De quelques malentendus

Le voici, le voilà, le billet du week-end … avec un peu de retard, pour cause de week-end prolongé.

Sète 1

Mais bon, quand on se réveille face à ça …

Le billet

Il y a à peine moins d’un lustre, je commençais un billet consacré aux étymologies populaire par ces quelques lignes :

Commençons ce billet par une anecdote racontée par  Albert Dauzat dans  Les Noms de Lieux — Origine et évolution, un ouvrage publié chez Delagrave en 1926 ( dont je n’ai, hélas!,  sur mes étagères que la réédition de 1947 …).

Voici l’anecdote :

Quelques exemples rapportés par Rochas [ Rochas (A. de ) Les noms de lieux-dits de l’arrondissement de Vienne, Paris-Tours ; 1880 ]  sont tellement extravagants qu’on croirait à des galéjades si l’on n’avait pas les précisions. Un officier avait demandé à un paysan provençal : « Quel est ce col ? », « Quelle est cette ferme ? ». Le brave homme avait répondu en patois, dans le premier cas : Lou sabé pas ( «  je ne le sais pas » ) et dans le second : Es la miéu ( « c’est la mienne » ). L’enquêteur prit ces phrases pour les noms demandés et inscrivit gravement sur la carte : col Loussabépas ; ferme Eslamiéu.

D’autres malentendus du même ordre sont à l’origine de toponymes moins anecdotiques. En voici quelques exemples :

Dakar (Sénégal) :

ce nom est issu du terme wolof dakhar, qui désigne le tamarinier. On raconte plaisamment que quand les premiers navigateurs européens abordèrent près de la pointe sud de la presqu’île du Cap Vert (c’étaient sans doute des Portugais au XVè siècle), ils demandèrent à des piroguiers indigènes le nom de l’endroit, mais ceux-ci crurent qu’on leur demandait le nom des grands arbres de la côte et ils répondirent n’dakar. Les autres étymologies proposées comme le wolof deuk raw, « terre de refuge », nom qui aurait été donné par les indigènes fuyant l’oppression coloniale, sont des réfections a posteriori sans base solide.  (voir ce billet).

Papeete (Tahiti, Polynésie Française) :

lors de la découverte de Tahiti en 1767, sa plus grosse agglomération indigène n’était qu’un petit village côtier qu’il fallut bien nommer. Lorsque les découvreurs demandèrent son nom en pointant leur doigt dans sa direction, les indigènes crurent qu’ils montraient des femmes qui venaient du ruisseau voisin chargées d’eau douce dans des récipients en tressage serré. Ils répondirent en tahitien pape ete :« c’est de l’eau ( pape ) dans des corbeilles (ete )» ou « ce sont des corbeilles d’eau » (ce qui nous permet incidemment de savoir que la corvée d’eau était réservée aux femmes …). Papeete était née, et plus personne ne sait aujourd’hui le nom que ses habitants donnaient  à leur village. (voir ce billet)

Alabama (États-Unis d’Amérique) :

Alabama aurait d’abord été le nom d’une localité indienne fortifiée découverte par l’explorateur espagnol Hernando de Soto en 1540. La forme actuelle serait une hispanisation d’Alibamo (ou Alibamon chez les anciens colons français) qui signifierait en langage indigène (choctaw) « Ici nous habitons ». C’est du moins l’explication officielle adoptée en 1868, le sceau de l’État portant l’inscription « Here we rest ». Mais une autre hypothèse plus vraisemblable traduit alabama comme issu de alba (herbes) amo (couper) : défrichement ou cueillette. (voir ce billet).

Après ce rappel de toponymes déjà vus, en voici quelques autres inédits sur ce blog :

Texas (États-Unis d’Amérique) :

ce plus grand des États-Unis d’Amérique après l’Alaska fut progressivement colonisé par les Espagnols aux XVIè et XVIIè siècles. Il fut d’abord une province de la Nouvelle-Espagne, puis du Mexique. C’est à cette époque que remonte le nom que les Espagnols écrivaient Texas ou Tejas, avec x et j notant une même fricative (cf. Mexico et Méjico). La prononciation avec x valant ks s’est imposée ultérieurement et s’est naturellement maintenue quand le Texas est devenu un état de l’Union en 1845. L’origine du nom Texas n’est pas connue avec certitude mais il semble que les Espagnols ( on raconte qu’il s’agit du frère franciscain Damian en 1690) aient pris pour un nom de pays le mot par lesquels les Indiens se présentaient et qui signifiait simplement « amis ». La quasi homophonie entre l’indien tejas et l’espagnol terras est sans doute pour beaucoup dans cette confusion.

carte-USA

Pérou (espagnol Perú) :

ce pays d’Amérique du Sud recouvre une partie de l’ancien royaume des Incas, mais celui-ci ne s’appelait pas ainsi en quechua. L’origine exacte du nom du Pérou n’est pas connue avec certitude, malgré de nombreuses hypothèses. C’est le navigateur et explorateur espagnol Vasco Nuñez de Balboa qui, ayant franchi en 1513 l’isthme de Panama, entendit le premier parler du riche royaume des Incas, mais on ne sait en quels termes. Dès 1515 les Espagnols organisèrent des expéditions vers le sud, cherchant à rencontrer et à remonter des vallées à partir de la côte du Pacifique. C’est ans doute lors d’une de ces explorations que les conquistadors, s’informant auprès des indigènes, entendirent le mot piru ou peru, « fleuve, rivière », qu’ils prirent pour le nom du pays qu’ils cherchaient. Cette explication est confirmée par le témoignage de Garsilasco de la Vega, fils d’un capitaine espagnol et d’une princesse inca, qui écrit en 1609 (Comentarios reales de los Incas) que son pays a été appelé d’un nom quechua pelu signifiant « rivière ». Le guarani actuel dit piru ou biru pour « eau, rivière ». Quoi qu’il en soit, les Espagnols continuèrent à employer ce nom comme celui du pays. Ce fut tout à fait officiel quand fut créée, en 1543, la vice-royauté du Pérou, qui d’abord s’étendit à presque toute l’Amérique du Sud avant d’être amputée et réduite au Pérou actuel. L’étymologie du nom du Pérou donnée par wikipedia, qui fait appel au nom d’un cacique local, n’est pas documentée.

Gran Chaco (région d’Amérique du Sud) :

cette région d’Amérique du Sud s’étend en partie sur les territoires de l’Argentine, de la Bolivie, du Brésil et du Paraguay, entre les rivières Paraguay et Paraná à l’est, et l’Altiplano andin à l’ouest. Son nom est emprunté au quechua chacu qui désigne une manière de chasser pratiquée anciennement par les indigènes et qui consistait à encercler le gibier pour le forcer. Quand les conquérants espagnols du XVIè siècle entendirent ce mot, ils crurent qu’il signifiait « domaine de chasse » et l’appliquèrent à la région — comme si on avait appelé Vénerie les forêts soloniotes. Contrairement à ce que dit wikipedia, chaco ne veut pas dire « territoire de chasse ». Le nom de la région est précédé de l’adjectif espagnol gran, « grand », permettant ainsi de la distinguer de la province argentine du Chaco qui n’en est qu’une partie.

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Yucatán (presqu’île et État du Mexique) :

On sait que cette région fut découverte en 1517 par le conquistador Hernandez de Cordoba, mais on ne sait pas avec certitude d’où fut tiré son nom espagnol Yucatán. À défaut d’une étymologie contrôlable, on retient souvent une explication anecdotique. Un indigène à qui les Espagnols demandaient le nom du pays aurait répondu dans sa langue quelque chose signifiant « je ne comprends pas » que les Espagnols auraient noté Yucatán. C’est ce qu’écrit en 1541 le franciscain Toribio de Benavente dans son Histoire des indiens de la Nouvelle Espagne. Il est permis de douter de cette étymologie. Une autre explication voit dans ce nom un composé de deux mots locaux yuka, « tuer », et yetá, « beaucoup », rappelant l’extermination du peuple maya par les maladies et les conquistadors. Une troisième explication fait appel au yucca  dont les Mayas consommaient les fruits ou bien au yuca, nom tupi-guarani du manioc que les Mayas avaient peut-être adopté. D’autres explications ont été données, mais moins crédibles.

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La devinette

Il vous faudra trouver une localité non française.

L’ancien nom de cette localité est l’adaptation par ceux qui venaient y commercer d’une expression que les indigènes disaient dans la langue locale en signe de bienvenue.

Son nom moderne désigne, toujours dans la langue locale, le cours d’eau qui la borde.

Une base aérienne américaine avait été installée là pendant la Seconde Guerre mondiale, ce qui a largement contribué au développement de la localité.

■ un indice :

indice a 04 02 2023

■ et un autre :

indice b 06 03 2023

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Katmandou (répàladev)

Ayant décidé de passer le reste du week-end sur les bords de l’étang de Thau, je publie cette répàladev plus tôt que d’habitude : que les éventuels joueurs retardataires ne m’en veuillent pas !

Xyla et LGF sont les seuls à m’avoir donné la bonne réponse à ma dernière devinette. Bravo à tous les deux !

Il fallait trouver Katmandou, capitale du Népal, centre de pèlerinage bouddhiste.

local katmandou

Les origines de la ville remontent obscurément au VIIè siècle. Jusqu’au XVIè siècle, son nom fut Kantipur : issu du sanscrit Kāntipuram ou Kāntipurī, il signifiait « la ville (puram, purī) de la Beauté ou de la Lumière (kānti) » ; ce dernier terme pouvait aussi être un des noms de la déesse de la Fortune, plus connue comme Laksmī.

En 1598 fut construit dans la ville un bâtiment  qui devint vite célèbre parce qu’il était destiné à abriter les moines bouddhistes mendiants qui passaient par là. On appelait cet édifice en népalais Kātmāndu, ce qui correspond au sanscrit Kāsthamandapa, c’est-à-dire « le pavillon (mandapa) de bois (kāstha) » : il était en effet entièrement de bois, sans clou de fer, et une légende prétend même qu’il s’agissait du bois d’un seul arbre.

Au XVIIè siècle, lors de l’unification du royaume du Népal, la ville fut appelée Kātmāndu, transcrit en anglais Kathmandu, et en est devenue la capitale en 1768.

Un séisme de forte magnitude a touché Katmandou en 2015. Les travaux de reconstruction ont permis la découverte, sous le Kāsthamandapa, de différents matériaux (terre, charbon et sable) qui ont été datés du VIIè siècle, date probable de la construction d’un premier bâtiment et de la fondation de la ville.

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Les indices

■ La route de Katmandou était parcourue par les hippies dans les années 60-70, d’où le nom de hippie trail que lui donnent les Anglais. André Cayatte en fit un film en 1969, Les Chemins de Katmandou, dont René Barjavel fit un roman. De nombreux artistes s’inspirèrent de cette ville pour composer des chansons.

■ la chanson de Laurent Voulzy, intitulée Le Pouvoir des fleurs, devait rappeler le flower power des hippies qui fréquentèrent longtemps les rues de Katmandou, notamment la Freak Street.

indice a 31 01 2023

■ cette épée légendaire, appelée Chandrahrasa, est celle de Manjusri, patron protecteur du Népal. Quand ce dernier vint au Tibet pour rendre hommage au Bouddha, il fendit d’un coup d’épée les collines qui cernaient la vallée de la future Katmandou afin que puissent s’écouler les eaux du lac aux Serpents, ceux-ci s’enfuyant définitivement. Cette épée est représentée sur le drapeau de la ville.

Novi Sad: hippie van is symbol of music festival Exit held in Novi Sad, Serbia

■ le combi VW, véhicule mythique des hippies …

Les indices du mardi 31/01/2023

LGF (j’allais écrire : « comme d’habitude ») m’a déjà donné la bonne réponse à ma dernière devinette. Félicitations!

Rappel de l’énoncé :

Il vous faudra trouver une localité (située hors de France, faut-il le préciser ?) qui doit son nom actuel à un édifice reconstruit au XVIè siècle qui accueillait les voyageurs et notamment les moines mendiants. Ce nom associe un terme désignant le type de bâtiment avec un terme désignant l’unique matériau utilisé pour sa construction.

Des fouilles récentes, permises grâce à un évènement dramatique, ont montré que l’édifice originel datait du VIIè siècle.

Avant le XVIè siècle, cette localité portait un nom la qualifiant de « belle » ou « lumineuse ».

Des indices ? Je pourrais vous faire écouter des chansons, vous faire lire des titres d’ouvrages ou de films, tant cette localité a inspiré d’artistes pour diverses raisons … mais je ne le ferai pas, ce serait vous mettre trop facilement sur la route !

Ou alors, ça :  clic !

Quelques indices supplémentaires :

■ une arme :

indice a 31 01 2023

■ et un véhicule :

Novi Sad: hippie van is symbol of music festival Exit held in Novi Sad, Serbia

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

De quelques monastères ailleurs dans le monde

Lors de la rédaction des six billets consacrés aux monastères (pour mémoire : chap. I, chap. II, chap. III, chap. IV,, chap. V et chap. VI), j’avais pris quelques notes à propos de toponymes étrangers. Elles me servent aujourd’hui à la rédaction de ce billet certes non exhaustif mais qui concerne quelques noms plus ou moins remarquables — omettant volontairement tous les noms sans mystère proches des toponymes français.

Munich (allemand München) : capitale du land de Bavière, elle fut fondée en 1158 par le duc de Bavière Henri le Lion. Complètement brûlée en 1327, elle fut rebâtie par le duc Louis Ier considéré comme le second fondateur. Le nom de la ville remonte avant même la première fondation, alors qu’il n’y avait là qu’une petite localité en terre monastique autour d’un couvent de moines situé à Tergensee. Dès 1102, les Annales du couvent attestent le nom Munichen et l’acte de fondation de 1158 mentionne la villa Munichen. Très tôt, le terme monachus, « moine », emprunté par le latin chrétien au grec monakhos, est passé dans les langues germaniques : munih en vieux haut allemand (VIIIè – Xè siècle), munich en moyen haut allemand (XIè– XIVè siècle) et finalement Mönch en allemand moderne.  C’est au second niveau de cette évolution que s’est figé le toponyme : de là Munich en français et en anglais, mais le datif pluriel München en Allemand.

Münster : ville allemande de Rhénanie-Westphalie, célèbre par le traité de Münster qui mit fin à la guerre de Trente Ans en 1648. Siège épiscopal par décision de Charlemagne en 803, son nom apparait au XIè siècle après qu’un monastère y fut construit. Le moyen haut allemand münster procède du vieux haut allemand munistri, lui-même issu du latin monasterium. Une trentaine de localités portent, en pays germanique, le même nom, d’où la précision souvent employée en allemand de Münster in Westfalen pour désigner Münster en Westphalie.

Monchen-Gladbach : ville allemande de Rhénanie-Westphalie. Le premier nom est attesté sous les formes Gladabach et Gladebach au XIè, c’est-à-dire « le ruisseau (bach) joli (glad = moderne glatt) ». Pour éviter la confusion avec Bergisch-Gladbach, on a introduit secondairement l’indication Mönchen, anciennement München, « moines », rappelant l’abbaye bénédictine fondée vers 800.

CPA Munchen

Brasserie de cour à Munich

Monastir (arabe al-Munastir ) : ville et port de Tunisie, sur une presqu’île rocheuse au sud du golfe de Hammamet. Dans l’Antiquité romaine, elle était appelée Ruspina (chez Pline l’Ancien). Ce nom est d’origine phénicienne ou punique : on y reconnait un premier terme rus, « cap » (cf. hébreu rōs et arabe ras) tandis que pina n’est pas expliqué. Ce nom est probablement resté en usage jusqu’à la fin de l’Empire romain. On pense généralement que le nom Monastir provient du latin monasterium et on place à l’origine de la ville un monastère chrétien, logiquement antérieur à l’islamisation. En fait, la forme arabe monastir ne vient pas du latin, mais du grec byzantin, où monastērion se prononçait monastiri (cf. le nom que portait la ville de Bitola en Macédoine dans le paragraphe suivant). En Tunisie, la construction d’un monastiri byzantin doit se situer au VIè siècle  : on sait qu’en 533-534 Bélisaire, général de Justinien, reconquit toute l’Afrique romaine contre les Vandales, et que cette reconquête fut consolidée dans la suite par Jean Troglita, le Lyautey byzantin.

Bitola : ville de Macédoine du Nord. C’est l’antique Herakleia Lynkestis mentionnée par Strabon et Polybe, qui est devenue Monastirion à l’époque byzantine à cause des nombreux monastères qui la caractérisaient.  Quand elle fut prise par les Bulgares au IXè siècle, elle fut nommée par eux Bitolia, c’est-à-dire « monastère ». Redevenue grecque, elle fut incorporée à la Turquie d’Europe au XIVè siècle sous le nom turc emprunté Monastir. Quand les Serbes la reprirent en 1942, ils l’appelèrent, en serbo-croate, Bitolj, « monastère ». Elle porte aujourd’hui, en slave macédonien, le nom de Bitola, de même sens.

Bihār : état fédéré de l’Inde, au sud du Népal, qui correspond à peu près à l’antique royaume du Magadha qui, au VIè siècle avant notre ère, fut le premier centre de rayonnement du bouddhisme. Le nom lui vient de celui de son ancienne capitale. Celle-ci s’appelait, en sanscrit, Vihāra, « monastère », parce que son centre était constitué par un important monastère bouddhique construit là, vers le VIIè siècle, par le roi Gopāla, fondateur de la dynastie Pāla du Bengale. La ville, qui porte un autre nom (Udantapura) dans la tradition sanscrite, a décliné à partir du XVIè siècle quant Patna est devenue la capitale politique. Le nom de Bihar ne désigne plus aujourd’hui que la région.

Borobudur : célèbre site archéologique du ventre de Java (Indonésie) qui porte le nom du gigantesque monument bouddhique construit là, au sommet d’une colline au IXè siècle de notre ère. En effet, en indonésien, boro est l’emprunt du sanscrit et moyen indien vihāra/bihāra, « monastère » (cf. le paragraphe précédent), et budur signifie « colline, montagne ».

cpa Borobudur

Kildare : ville d’Irlande, au sud-ouest de Dublin. Ce nom est l’adaptation en anglais de l’irlandais Cill Dara qui signifie « le couvent (cill) du chêne (dara) ». Selon la légende, cet arbre marquait l’endroit choisi par sainte Brigide ou Brigitte pour bâtir son monastère. Le terme cill est l’emprunt en irlandais du latin cella qui, dans la chrétienté médiévale, servit à désigner d’abord la cellule du moine solitaire, l’ermitage, puis le couvent et qui s’est figé dans une série de noms de lieux comme, en France, Celle, Celles, La Celle-Saint-Cloud, Celles-sur-Belle, etc. (cf. chap. V) Il en est de même en Irlande où, à côté de Kildare, on trouve une série de Kilbride (sainte Brigide), de Kilmurey (sainte Marie), Killarney (prunelles), etc. NB : la page wiki, aussi bien en français qu’en anglais, traduit kildare par « église du chêne » ce qui n’est pas tout à fait exact.

index

La devinette

Il vous faudra trouver une localité (située hors de France, faut-il le préciser ?) qui doit son nom actuel à un édifice reconstruit au XVIè siècle qui accueillait les voyageurs et notamment les moines mendiants. Ce nom associe un terme désignant le type de bâtiment avec un terme désignant l’unique matériau utilisé pour sa construction.

Des fouilles récentes, permises grâce à un évènement dramatique, ont montré que l’édifice originel datait du VIIè siècle.

Avant le XVIè siècle, cette localité portait un nom la qualifiant de « belle » ou « lumineuse ».

Des indices ? Je pourrais vous faire écouter des chansons, vous faire lire des titres d’ouvrages ou de films, tant cette localité a inspiré d’artistes pour diverses raisons … mais je ne le ferai pas, ce serait vous mettre trop facilement sur la route !

Ou alors, ça :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Serazereux (la répàladev)

LGF et Xyla sont restés seuls à me donner la bonne solution à ma dernière devinette. Bravos renouvelés, donc !

Il fallait trouver Serazereux, une commune du canton de Saint-Lubin-des-Joncherets dans le département d’Eure-et-Loire.

local-Serazereux

Serazereux : la forme Sarescolus de 1028 suivie de Ceresereus en1199 nous permet de comprendre que le nom est issu du latin cerasarius, « cerisier », accompagné du suffixe diminutif –eolum. Nous avons donc un « petit cerisier ». Le nom évoluera ensuite jusqu’à Cerazereux en 1757  sur la carte de Cassini (feuillet 27, Chartres) et à Sazereux en 1819 sur le cadastre. Ce dernier nom est celui qui correspond le mieux à la prononciation locale tandis que le nom actuel Serazereux est la reprise du nom « révolutionnaire » tel qu’il a été écrit en 1793, oubliant le nom Cezareux de 1801.

Saint-Lubin-des-Joncherets : cette commune porte le nom de Lubin, évêque de Chartres mort en 557. Après sa destruction en 1418, ses terres abandonnées se recouvriront de joncs, ce qui explique le déterminant joncheret, « lieu couvert de joncs », qui apparait dans les noms Sanctus Leobinus de Juncherez puis Sanctus leobinus de Juncheriis en 1626.

CPA Serazereux

Les indices

■ à Serazereux, « un monument à huit morts dans des circonstances particulières » : il s’agit d’une « stèle érigée en hommage aux huit aviateurs anglais morts le alors qu’ils survolaient le village » (wiki — mais je précise quand même qu’ils ne sont pas morts de mort naturelle : leur avion a été abattu par les Allemands).

■ baignant Saint-Lubin-des-Joncherets, « une rivière qui a longtemps servi de frontière au royaume de France » : il s’agit de la rivière Avre, affluent de l’Eure, qui a servi de frontière entre le royaume de France et le duché de Normandie.

■  un habitant de Saint-Lubin-des-Joncherets fut « le protagoniste d’un épisode de la Résistance qui lui valut d’être le premier homme à mourir pour les mêmes raisons et de la même façon qu’un cheval. » : il s’agit d’Étienne Achavanne, fusillé à Rouen par les Allemands après avoir sectionné les câbles électriques et les lignes téléphoniques de la base aérienne de Boos. Il est le premier homme fusillé de la Résistance française, le premier fusillé étant Iris XVI, le cheval du futur maréchal Leclerc abattu le 14 juin 1940 pour avoir tué un soldat allemand d’un coup de sabot.

indice 24 01 2023 ■ cette photo censée montrer un ovni devait rappeler le témoignage d’un cultivateur de Serazereux, M. Lucien Hébert, qui a déclaré avoir observé une soucoupe volante le

indice-b-23-01-2023  ■ cette photo montrait le capitaine de Hautecloque, futur maréchal Leclerc, sur son cheval Iris XVI, dont nous avons parlé plus haut.

Les indices du mardi 24/01/2023

LGF et Xyla m’ont déjà donné la bonne réponse à ma dernière devinette. Félicitations à tous les deux !

Pour les autres, j’en rappelle l’énoncé :

Il vous faudra trouver une localité de France métropolitaine dont le nom est lié à celui du cerisier.

Cette localité n’a vu naître aucune figure historique, artistique ou autre ; elle n’abrite aucun site archéologique ni architectural remarquable (si on excepte un monument à huit morts dans des circonstances particulières) ; on n’y élève pas de vin ni n’y affine de fromage … Comment voulez-vous trouver un indice dans ce vide ? (que le maire et ses administrés me pardonnent s’ils se sentent blessés par ce paragraphe).

Passons donc au stade administratif supérieur :

Le nom du chef-lieu du canton où se trouve cette localité est un hagiotoponyme complété par celui d’un type de végétation.

Ce même chef-lieu est baigné par une rivière qui a longtemps servi de frontière au royaume de France.

Un habitant de ce chef-lieu fut le protagoniste d’un épisode de la Résistance qui lui valut d’être le premier homme à mourir pour les mêmes raisons et de la même façon qu’un cheval.

Et je rajoute ces indices :

■ pour la commune à trouver elle-même :

indice 24 01 2023

■ pour son chef-lieu de canton :

indice-b-23-01-2023

Réponse attende chez leveto@sfr.fr

Cerisier

cueillete des cerises

Nous ne sommes pas encore au temps des cerises, non !, mais que voulez-vous ?, le manque d’inspiration, après plus de treize ans de billets hebdomadaires, m’oblige à consulter de vieilles fiches mises de côté pour le cas où (oui, je parle bien de « fiches » écrites à la main sur du papier, pas de « fichiers » informatiques). Ainsi tombai-je sur des notes prises à propos du cerisier, lors de la rédaction de billets sur les arbres présents dans les toponymes (je vous laisse taper le nom des différentes essences dans le champ de recherche du blog). Il ne me restait plus qu’à les compléter et mettre en forme. Une affaire de quelques heures, voilà tout, me disais-je tant in petto qu’innocemment. Tu parles, Claude ! (oui, je me prénomme Claude, ce qui ne rime pas avec « tu parles », j’en suis tout à fait conscient) … voilà plus de trois jours que je me promène dans les cerisaies !

Illustration : La cueillette des cerises – tapisserie en laine de J.-B. Huet (1745 – 1811)

Cerisier

Commençons par un rappel de l’étymologie du mot « cerise ». Facile ! Je n’ai qu’à recopier un paragraphe du billet consacré aux arbres ailleurs dans le monde :

Giresun (Turquie) : le nom de cette ville est la survivance,  avec adaptation à la prononciation turque, du grec Kerasous. cerisierCe sont des colons de Sinope (plus à l’ouest sur la même côte) qui ont fondé Kerasous entre le VIIè siècle av. J.-C., date de la fondation de Sinope, et le début du IVè siècle av. J.-C., date à laquelle Xénophon la mentionne dans son Anabase. Le nom grec Kerasous (génitif Kerasountos) signifie « abondant en cerisiers».

La cerise elle-même est présente au singulier comme au pluriel dans le nom de quelques lieux-dits et sert de déterminant à Margny-aux-Cerises (Oise) tandis que la Cerisaie est présente à de nombreux exemplaires qu’il serait fastidieux et sans intérêt de citer.

Les cerisiers sont bien présents dans la toponymie, juste derrière les poiriers mais devant les pommiers. Au fait, pourquoi les poiriers sont-ils les plus représentés en toponymie ? Sans doute parce qu’on les trouvait souvent isolés, servant alors de points de repère, de bornage ou de marqueurs de propriété.

Si la langue d’oïl a fait « cerise » à partir du latin classique cerasum, l’occitan a fait « cerièis, ceriès » à partir du latin populaire ceresium. Du premier est issu « cerisier », du second « cerièr ». Les toponymes que nous allons voir sont issus de l’une ou l’autre de ces formes.

Le nom au singulier évoque l’arbre caractéristique des abords de la ferme d’où les nombreux lieux-dits (Le) Cerisier répartis principalement dans le Nord, le Centre et l’Ouest. L’occitan donne une série de noms parmi lesquels on relève (le) Cérier (Ardèche, Vienne, Char. etc), avec Le Vieux-Cérier (Char.), Cerez (à Villegouin, Indre), Sérieys (une douzaine rien qu’en Aveyron), Sirieix (à Saint-Laurent-les-Églises, H.-V.) ainsi que les gascons Cerès (à Biran, Gers et à Saint-Geours-de-Maremne, Landes).

Le pluriel désigne bien entendu une cerisaie comme pour Cerisiers (Yonne) ou Cériers (Cant.).

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Mauvais cadrage : les cerisiers sont dans le dos du photographe, bien sûr.

Les collectifs *cerasetum ou *ceresiacum ont donné des noms comme Cerizay (une commune des Deux-Sèvres, Seresiacum en 1179), de nombreux lieux-dits Cerisay (Sarthe, I.-et-L., Manche etc.) et Cerçay (à Ligueil, I.-et-L. et Villecresnes, V.-de-M..). En Languedoc, apparaissent des collectifs en –et comme Le Sérayet (à Arthès, Tarn, de l’occitan cerairet, ceraiet), Le Ceriset (à Cauterets, P.-A.) et le Cerizet (à Boisset-lès-Montrond, Loire).

Céret (P.-O.) est attesté Sirisidum avant 814. Les attestations suivantes du  IXè au XIIè siècle ramènent au latin ceraseum accompagné du suffixe collectif –etum. Dans le groupe consonantique rs, le s a été assimilé par la consonne précédente : c’est ainsi qu’on passe de Cersed (1103) à Ceret (1143). Selon P.-H. Billy (DNLF*), contrairement aux affirmations de Dauzat & Rostaing (DENLF*) et E. Nègre (TGF*), le nom de Céret ne peut pas venir et ne vient pas du nom du peuple Cerretani, d’autant que la capitale romaine en était Llivia et que Céret se trouve dans le bas Vallespir.

Ajoutons Cerisières (H.-M., Sarisey en 1108 : le marqueur –s du pluriel n’est pas étymologique) et de nombreux lieux-dits (La ou Les) Cerisière(s) répartis sur tout le territoire ainsi que Cerisère à Vialer et à D’Arricau-Bordes (P.-A.).

D’autres collectifs, plus rares, se trouvent dans les noms de la Cerisaille (à Saint-Jean-le-Blanc, Loiret, et à Guigneville-sur-Essonne, Ess.) et des Cerisailles (à Ville-sous-Anjou, Is.).

Un diminutif apparaît dans le nom de Cérizols (Ariège) et de quelques lieux-dits comme Cérisol (à Triviers, Cantal) et Cerisou (à Courcôme, id.).

Enfin, le basque gerezi est à l’origine du nom de Guéréciette à Ibarolle (P.-A.).

Discussion

Le col de la Sereyrède (à Vail-d’Aigoual, Gard, la Serareda en 1150) porte un nom que J. Astor (DNFLMF*) explique par l’occitan cereireda, « cerisaie », tandis que P. Fabre (NLC*) préfère l’expliquer par l’occitan sèrra, « crête de montagne, colline, bord de plateau, de coteau » accompagné du double suffixe collectif –areda, le tout tombé dans l’attraction de cereireda. Le nom est semble-t-il aujourd’hui écrit Serreyrède.

Sardy-lès-Épiry et son dérivé Sardolles, tous deux dans la Nièvre, pourraient représenter le sardier, une forme ancienne de « cerisier » encore présente çà et là dans les patois du Forez et du Livradois, selon G. Taverdet (NLB*). Cependant Dauzat & Rostaing (DENLF*) comme E. Nègre (TGF*) préfèrent y voir le nom d’homme latin Sardus.

Notons une série de faux-amis issus, selon Dauzat & Rostaing (DENLF*) et E. Nègre (TGF*), du nom d’homme latin Ceretius accompagné du suffixe –acum : Cerisé (Orne), Cerisi-Belle-Étoile (id.), Cerisy-Buleux (Somme), Cerisy-Gailly (Somme), Cerisy-la-Forêt (Manche), Cérizy (Aisne) et Chérisy (P.-de-C.). Cependant, on sait maintenant que le suffixe –acum n’accompagnait pas nécessairement des anthroponymes : certains de ces noms pourraient alors être dérivés du latin populaire ceresium, « cerise ».

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Sardy, sa gare et …  son cerisier ?

Le merisier

Sous l’entrée cerasus du FEW (2, 598), on trouve les mots cesse, « merise » et cessier, « merisier », d’où le nom de Cessières dans l’Aisne et les noms de nombreux lieux-dits (Le ou Les) Cessier(s), notamment en Picardie (le picard dit cessé, chéché, chéchier etc.).

Quant au merisier, producteur de fruits et d’un bois prisé des ébénistes, il a fourni des dizaines de toponymes sans grande originalité sauf à relever le Merisier d’Amour à Balot (C.-d’Or), le Merisier Noir et Égaré à Chauvincourt-Provemont (Eure), le Merisier Taureau à Villiers-Saint-Georges (S.-et-M.) et les Merisiers Foireux à Menestreau (Nièvre).

En langue d’oc, on a donné au merisier, outre le nom d’amarusièr, celui d’amargièr formé sur le verbe amargar, amarjar, « avoir une saveur amère », à propos des drupes au goût acerbe de cet arbre. On trouve ainsi un lieu-dit Amargiers à Landos (H.-L.).

Finissons en observant que le nom du cerisier comme celui du merisier et de leurs variantes, quand il désignait l’arbre caractéristique de la ferme, a pu passer à l’habitant en produisant des noms de famille qui ont pu servir à leur tour à nommer des lieux-dits, ce qui explique qu’on puisse trouver de tels noms là où il n’y a jamais eu de cerisiers.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

PS et non, il n’y aura pas de Temps des cerises. Ce n’est pas le moment.

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La devinette

Il vous faudra trouver une localité de France métropolitaine dont le nom est lié à celui du cerisier.

Cette localité n’a vu naître aucune figure historique, artistique ou autre ; elle n’abrite aucun site archéologique ni architectural remarquable (si on excepte un monument à huit morts dans des circonstances particulières) ; on n’y élève pas de vin ni n’y affine de fromage … Comment voulez-vous trouver un indice dans ce vide ? (que le maire et ses administrés me pardonnent s’ils se sentent blessés par ce paragraphe).

Passons donc au stade administratif supérieur :

Le nom du chef-lieu du canton où se trouve cette localité est un hagiotoponyme complété par celui d’un type de végétation.

Ce même chef-lieu est baigné par une rivière qui a longtemps servi de frontière au royaume de France.

Un habitant de ce chef-lieu fut le protagoniste d’un épisode de la Résistance qui lui valut d’être le premier homme à mourir pour les mêmes raisons et de la même façon qu’un cheval.

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

La Ricamarie, ancienne Tiregarne (répàladev)

LGF est le seul (ça devient une habitude) à m’avoir donné la bonne réponse à ma dernière devinette. Bravo !

Il fallait trouver La Ricamarie, une commune du département de la Loire, anciennement appelée Tiregarne.

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Nous disposons, grâce au Dictionnaire topographique du Forez et des paroisses du Lyonnais et du Beaujolais formant le département de la Loire de Jean-Édouard Dufour publié à Mâcon en 1946, des formes anciennes du nom suivantes :

Apud Tiragarne et Solore (1388) ; Iter tendens de Sancto Stephano apud Tiragarne… Versus domum Andree Raquamer (1388) ; Terra Andree Raquamer (1408) ; Apud Tiregarne (1408) ; Johannes Fabri de Tiregarna (1408) ; Andreas Fabri de Tireguerna alias Recamier… La Recamari parrochie. Sancti Stephani de Furano… La Raq… (1454) ; Apud la Racamary (1454) ; Johannes Recamery habitator loci de la Reramary (lire Recamary) alias de Tirigama (lire Tirigarna)… (1454) ; La Recamari (1455) ; La Recamari (1516) ; Le lieu de la Riquemarie paroisse de Saint Estienne (1638) ; Laricamarie (XVIIIe siècle, chez Cassini).

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Carte de Cassini  (feuillet 88 – Saint-Marcellin –1767) : Laricamarie en un seul mot

Le lieu-dit à l’origine de la commune a donc d’abord porté le nom de Tiragarne puis Tiregarne formé sur l’occitan tira, « tire », et garno, « ramée de pin ou de sapin, branche de mélèze, bois pour chauffer le four, cépée » : il s’agissait donc d’une forêt de conifères exploitée pour son bois. On tirait ici le bois de la sapinière comme on tirait ailleurs le vin de la vigne.

Dès la fin  du XVe siècle, la terre deviendra – au moins dans les textes, mais peut-être l’était-elle déjà avant – la propriété d’un nommé Andree Raquamer et en portera le nom, La Recamari.

Le nom moderne La Ricamarie est donc la Récamière, propriété d’un nommé Récamier, avec le suffixe franco-provençal –eri (français –ière) conservé à tort dans le nom français.

Le lieu-dit ayant vu sa démographie et son importance fortement augmenter du fait de l’exploitation de plusieurs mines de charbon fut élevé au rang de commune en 1843. Un document de la Compagnie des Mines de 1848 portera le nom de La Rycamarie. Quelques érudits locaux imaginèrent une étymologie de ce nom selon le latin rica mina ou riacminera, « riche mine », sans fondement vu les formes anciennes.

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Bienheureusement, Rubis n’a pas connu ça !

Le patronyme Récamier est quant à lui formé sur le verbe de l’ancien français récamer, « broder », et désignait celui qui faisait profession de broder, le brodeur.

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Les indices

■ les habitués de mes devinettes ont peut-être remarqué l’utilisation d’une police verte pour introduire les indices à la place de la couleur bleue habituelle. Il s’agissait d’une allusion à la couleur verte indissociable du maillot des footballeurs de Saint-Étienne, dont La Ricamarie est limitrophe.

indice a 15 01 2023 ■ ce portrait de Juliette Récamier (François Gérard, 1805) donnait, par le patronyme du modèle, quasiment la réponse.

■ le premier tube des Bee Gees (1967) intitulé New York mining disaster était censé orienter les recherches vers les bassins houillers et les mines de charbon. Le avril 1857, un accident au puits Saint-Mathieu (ou des Littes) de La Ricamarie fit sept morts par asphyxie. Le charbon, la couleur verte, Récamier … tout était dit ! (Je laisse les curieux lire la page wiki en anglais consacrée à cette remarquable chanson des Bee Gees, beaucoup plus complète que la page française).

logo mineur ■ le cul de lampe qui annonçait les indices du mardi (là aussi en vert) rappelait qu’on cherchait une commune minière.

■ l’épisode sanglant reste dans les mémoires sous le nom de fusillade du Brûlé et eut lieu le 16 juin 1869 quand l’armée ouvrit le feu sur les civils protestant contre l’arrestation de mineurs grévistes et fit quatorze morts. Victor Hugo ne manqua pas de rappeler l’épisode dans un poème intitulé Misère :

Partout la force au lieu du droit. L’écrasement

Du problème, c’est là l’unique dénouement.

Partout la faim. Roubaix, Aubin, Ricamarie.

La France est d’indigence et de honte maigrie.

On prétend également qu’Émile Zola se serait inspiré de cet épisode pour son Germinal.

Enfin, le chansonnier Rémy Doutre (1845-1885) écrivit à ce sujet la chanson La Ricamarie

Soldats, quand vous frappez l’ennemi de la France
Dans un loyal combat, vous êtes des héros ;
Mais quand vous massacrez vos frères sans défense,
Vous n’êtes plus soldats, vous êtes des bourreaux.

(je renonce à vous proposer les interprétations qu’on trouve de cette chanson sur la toile. En revanche, je vous propose de jeter un œil à cette page).

Les indices du mardi 17/01/2023

Ma dernière devinette n’a pas eu de succès. Sans doute l’énoncé en était-il un peu trop succinct. Je le rappelle ici, sachant que le mot du jour était garn :

Il vous faudra trouver une commune de France métropolitaine dont le nom n’a rien à voir avec le mot du jour.

L’endroit porte en effet, depuis le début du XVè siècle, un nom dérivé de celui qui en possédait et exploitait les terres. C’est ce nom qui sera conservé quand fut créée la commune plusieurs siècles plus tard. Certains ont alors plutôt voulu voir dans ce nom un rappel de l’exploitation supposée très ancienne de son sous-sol.

Avant cela, cet endroit était désigné par un nom relatif à l’exploitation qu’on y faisait des ramées de pin ou de sapin (nous y voilà !).

Les indices

et d’un :

indice a 15 01 2023

et de deux : https://youtu.be/48j8UdBwDS8

Dit autrement :

Un endroit portait avant le XVè siècle un nom rappelant sa richesse en bois de pin ou de sapin (c’est là qu’intervient le mot du jour !) et l’exploitation qui en était faite. Il a pris ensuite le nom de son propriétaire. Plusieurs siècles plus tard, devenu commune, il a gardé ce dernier nom, légèrement modifié quant à son orthographe et son suffixe, sous lequel nous le connaissons encore aujourd’hui. Une fausse étymologie explique ce nom par l’exploitation, supposée ancienne, de son sous-sol.

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Les indices du mardi

♦ dans le premier nom de la commune, le mot du jour est précédé d’un verbe.;

♦ la commune est connue pour un épisode sanglant de la lutte des classes évoqué par un poète et dont se serait inspiré un romancier. On en a même fait une chanson.

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Garn

Les plus attentifs de mes lecteurs se souviennent sans doute qu’en conclusion du paragraphe concernant le terme vargne dans le billet consacré au sapin, j’indiquais qu’un autre mot avait été rapproché de ce terme, à savoir garn.

Photo garn  Le Trésor du Félibrige définit garno comme une « ramée de pin ou de sapin, branche de mélèze, bois pour chauffer le four, cépée ». L’occitan actuel désigne plus généralement par garna une « ramée de conifères », d’où par exemple le mot du dialecte lyonnais guergnes désignant des branchages de pin. En Vendée, Massif Central, etc. garn a pris plus particulièrement le sens de « buisson, taillis, fourré épais ».

On rencontre des toponymes formés à partir de ce garn sur tout le territoire mais principalement en pays de langue d’oc. Ils apparaissent soit sous la forme simple garne (s) soit suffixés de différentes façons.

Forme simple garne

On trouve une vingtaine de lieux-dits La Garne, par exemple à Saint-Marcelin-de-Cray (S.-et-L.), au Langon (Vendée), à Meillant (Cher), à Saint-Jean-Roure (Ardèche), etc. ainsi qu’une Grande et une Petite Garne à Meaulne (Allier).

Le pluriel Les Garnes est plus fréquent avec une quinzaine rien qu’en Vendée, avec le sens de « buisson, taillis ». Mais ce toponyme est aussi présent à quatre exemplaires dans l’Allier ainsi que dans le Cher, en Saône-et-Loire, dans la Loire … On trouve également Les Garnes à Saint-Jacques-en-Valgodemard, dans les Hautes-Alpes où il a le sens de « fagots de branchages » (Trésor du Félibrige).

La forme occidentale La Garna se trouve à Lézigneux et le pluriel Les Garnas à Lapte et à Riotord, tous trois dans la Loire.

Notons enfin la variante Guerne(s) qui n’apparaît qu’en Saône-et-Loire et dans l’Allier à moins de vingt exemplaires, à ne pas confondre avec le guern du parler breton, dérivé du gaulois verno, qui désigne l’aulne et signale généralement un marais en Bretagne.

Formes suffixées

avec le suffixe augmentatif –assa (du latin –acea) une garnassa désigne un fourré en Haute-Loire, d’où une trentaine de (la) Garnasse dont une Garnasse Brûlée à Montclard, la Garnasse du Loup à Chanteuges et une petite dizaine de Les Garnasses dans ce département, plus trois Garnasse dans le Puy-de-Dôme et un Garnasse en Lozère (à Malzieu-Forain). (Désolé, pas trouvé d’Ali Garnasse …)

avec le même suffixe –assa complété par le suffixe –on ou –oun (du latin one), un garnasson désigne un bois de pins, principalement dans le Forez comme pour le Garnasson à Doranges et à Saint-Clément-de-Valorgue (P.-de-D.) et la Garnassoune à Villeneuve-d’Allier, Salzuit et Saint-Jeunes (H.-L.).

d’autres suffixes, plus rares, apparaissent dans des noms comme Garnassette (cinq exemples en Haute-Loire) ou Garnassaire (au Mas-de-Tence, H.-L.).

Formes proches et faux-amis

Comme souvent avec les mots monosyllabiques, les paronymes sont nombreux.

Le Garn, commune du Gard, était de Algarno en 1314 et de Garno en 1532. E. Nègre (TGF*) explique ce toponyme par le nom de personne germanique Altegernus dont la première syllabe Al- aurait été comprise al (=a lo). On peut préférer y voir, avec P. Gastal (NLEF*) une étymologie selon garn et agglutination de la préposition dans le nom de 1314.

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Garnay (E.-et-L.) était Ganniacum en 1120, sans doute du nom de personne germanique Waninus et suffixe –acum, mais les lieux-dits Garnay à Marly-sur-Arroux en Saône-et-Loire et à Bas-en-Basset en Haute-Loire pourraient être des noms issus de garn suffixés là aussi en –acum, dont on sait qu’il n’accompagnait pas que des anthroponymes.

en région parisienne, un garneau est un bloc, un galet de silice. Les noms de Guernes (Yv.) et Garnes (à Senlisse, Yv.), tous deux attestés Garnes aux XIIIè – XIVè siècles sont peut-être à rapprocher de ce nom dialectal.

le radical germanique warn (issu de wara, « protecteur », d’où le français « garer ») a donné avec hari, « armée », des noms comme Garnier et l’hypocoristique Garnon et avec wald, « gouverner », des noms comme Garnal et Garnaud. Tous ces noms de famille ont pu à leur tour fournir des toponymes qui n’ont donc rien à voir avec notre garn.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

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La devinette

Il vous faudra trouver une commune de France métropolitaine dont le nom n’a rien à voir avec le mot du jour.

L’endroit porte en effet, depuis le début du XVè siècle, un nom dérivé de celui qui en possédait et exploitait les terres. C’est ce nom qui sera conservé quand fut créée la commune plusieurs siècles plus tard. Certains ont alors plutôt voulu voir dans ce nom un rappel de l’exploitation supposée très ancienne de son sous-sol.

Avant cela, cet endroit était désigné par un nom relatif à l’exploitation qu’on y faisait des ramées de pin ou de sapin (nous y voilà !).

Les indices

■ et d’un :

indice a 15 01 2023

■ et de deux :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr