Manglieu (répàladev)

Une lectrice qui signe Xyla a rejoint LGF sur le podium des découvreurs de la bonne réponse à ma dernière devinette. Félicitations !

Dernière minute : à l’instant de publier, je reçois la bonne réponse de TRS ! Voilà donc le podium complété.

Il fallait trouver Manglieu, une commune du canton de Vic-le-Comte, dans le département du Puy-de-Dôme, en Auvergne.

local Manglieu-

Manglieu : Magnus locus en 818, Abbatia Magnilocensis en 846, Grantlieu au XIIIè siècle et enfin Manlieu au XVIIIè siècle. On voit sans difficulté dans ce nom l’adjectif latin magnus, « grand », suivi de locus , « lieu », désignant le plus souvent un monastère.

La légende locale qui fait d’un moine nommé Magnus le fondateur du village est racontée sur le site de la mairie et accessible en suivant ce lien.

Vic-le-Comte : simplement Vic en 1373 et Vicus en 1392, du latin vicus, « village ». la commune s’appela Vic-sur-Allier de 1792 à 1814. Le déterminant le-Comte, attribué dès 1801 et officialisé en 1814, rappelle que la commune a été capitale du comté d’Auvergne de 1213 à 1533 (wiki).

CPA vic-le-comte-

Qui se souvient encore des épiceries Le Familistère ? Et du Clacquesin, « le plus sain des apéritifs » ?

pffft ! Tout fout le camp …

Auvergne : ce pays a reçu plusieurs noms à partir du Vè siècle : Arverno regio et Arvernum chez Sidoine Apollinaire au milieu du Vè siècle, Arvernorum regione en 575-94 chez Grégoire de Tours, ex Arvernico pagum après 743. Tous ces noms sont formés sur celui de la ville capitale des Arvernes, Arverni, qui deviendra plus tard Clermont. Le Glossaire d’Endlicher (publié en 1836 par celui qui l’avait découvert, c’est un manuscrit qui remonte probablement au Vè siècle) définit le nom des Arverni, écrit Areuernus, comme ante obsta, que l’on peut traduire par « devant les obstacles ». Quand les Gaulois sont dans la plaine de la Limagne, à Gergovie ou ailleurs, ils font face aux obstacles que présente la chaîne des Puys. Ladite chaîne est alors une vaste forêt qui sépare la Limagne des Arvernes à l’Est, des plateaux vallonnés des Lémovices à l’Ouest. Le nom des Arverni repose probablement sur un composé gaulois are, « devant », ver, « sur » et suffixe no, que l’on peut alors traduire par « (ceux qui sont) devant ce qui est placé en haut». (P.-H. Billy, DNLF*).

D’autres hypothèses ont été émises concernant la signification du nom des Arvernes. On a proposé le gaulois are, « près de, devant » et verno , « aulnaie » : ce seraient alors les Gaulois de l’aulnaie (Pierre-Yves Lambert, La langue gauloise : description linguistique, commentaire d’inscriptions choisies, éditions Errance, 2003).

On a également proposé de voir dans are-vernos une allusion par métonymie au bouclier en bois d’aulne qu’ils tenaient devant eux (Jacques Lacroix, Les noms d’origine gauloise : la Gaule des combats, éditions Errance, 2012).

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

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Les indices

 

indice 11 12 2022 ■ cette statue du chevalier d’Assas, célèbre pour le cri d’alerte « À moi, Auvergne, ce sont les ennemis ! » qu’on lui attribue à tort et qui fut poussé à la bataille de Clostercamp le 15 octobre 1760, devait orienter les recherches vers l’Auvergne (et pas vers Le Vigan ni vers Assas…).

la chanson des Choristes : une partie du film de Christophe Barratier a été tournée dans l’église de Manglieu.

indice c 13 12 2022  ■ le café à glands de chênes : le pharmacien Jean-Baptiste Bargoin (1813-1885) qui fit fortune avec le café de glands doux est né à Vic-le-Comte.

indice c 13 12 2022  ■ la papeterie de la Banque de France est installée à Vic-le-Comte.

Les indices du mardi 13/12/2022

Toujours aussi rapide, LGF m’a déjà donné la solution de ma dernière devinette. Bravo à lui !

Comme d’habitude, je vous en recopie l’énoncé en rappelant que le mot du jour était l’occitan lòc, français lieu.

Il vous faudra trouver une localité de France métropolitaine dont le nom est lié au mot du jour, accompagné d’un adjectif qualificatif.  Une légende locale raconte que ce nom rappelle celui d’un moine malade qui, à son retour de Rome, fonda là un monastère dédié au saint qui l’aurait guéri et dont il avait rapporté des reliques.

Le nom du chef-lieu du canton où se trouve cette localité, un terme générique pour désigner un groupement d’habitations, garde dans son déterminant la trace de son seigneur du Moyen Âge.

La région porte un nom dérivé de celui des Gaulois qui l’occupaient. Le nom de ces derniers a donné lieu à plusieurs interprétations : il serait lié à leur arme de prédilection, à un arbre ou encore aux hauteurs sur ou devant lesquelles ils se trouvaient.

■ Un premier indice :

indice 11 12 2022

■ Un deuxième indice en chanson :

 

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Les indices du mardi

La commune elle-même n’ayant pas grand chose à offrir, passons au chef-lieu de canton :

■ et d’un :

indice c 13 12 2022

 

■ et de deux :

indice c 13 12 2022

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Lieu de Dieu ! etc.

Près de Villefranche-de-Rouergue (Aveyron), dans la commune de Martiel, se trouve une abbaye cistercienne dont l’histoire est aussi celle de son nom.

CPA Loc-Dieu  À l’origine, au début du XIIè siècle, l’abbé Roger de l’abbaye de Dalon, en Limousin, demande à douze de ses religieux de fonder une nouvelle abbaye en un lieu désert.

Ces derniers arrivent le 21 mars 1123 au puech d’Elbes, à l’est duquel s’étendait une grande forêt infestée de brigands qui y multipliaient les atrocités et qu’on avait appelée Loc Diable (locus diaboli) – à moins que l’attribution du nom de diable ait été faite au lac situé près de l’actuelle abbaye (lacus diaboli). Un immense dolmen et un alignement de pierres levées, vestiges de cultes pré-chrétiens, accentuaient, dans l’esprit chrétien de l’époque, la croyance en un lieu diabolique. C’est là que les moines, pour conjurer la peur de tous, plantèrent une croix, précisément sur le dolmen, selon une pratique alors répandue de sanctification de lieux de culte pré-chrétien.

Capture Loc-Dieu

Le chef des douze moines, Guillaume, demanda alors à l’évêque Adhémar III de Rodez la permission de fonder une abbaye, ce qui lui fut accordé. Les Cisterciens y mirent tant d’ardeur qu’en dix ans à peine, assèchement des marais du voisinage, défrichements et construction de l’abbaye furent achevés.

En 1144, l’évêque Adhémar vint en visite à l’abbaye et lui donna le nom de Loc-Dieu, Locus Dei par opposition à Locus diaboli, pour montrer combien la foi chrétienne avait eu raison de la terreur (et des mécréants, par conséquent).

Propre aux fondations religieuses, particulièrement du XIIè siècle, on retrouve cette locution toponymique sous forme francisée avec Le Lieu-Dieu à Boulazac (Dord.), Lieudieu, une commune de l’Isère (Locus Dei au XIIè siècle) et, dans le domaine d’oïl, avec l’abbaye de Lieu-Dieu au sud-ouest de Beauchamps (Somme). Dans le même ordre idée, on connaît Lieusaint en Seine-et-Marne (locus sanctus au Xè siècle qui ferait référence aux rites gaulois qui se célébraient là mais qui pourrait aussi être un ancien sanctuaire ou cimetière).

CPA Lieudieu

La forme occitane lóc, « lieu », se rencontre encore avec Bouloc (bon lóc, « bon lieu » ) dans l’Aveyron à Salles-Curan, ancien siège d’une commanderie templière, Bouloc (H.-G.), Villeneuve-lès-Bouloc (id.) et Bouloc-en-Quercy (T.-et-G.). On trouve également Bonloc (P.-A.), une autre ancienne commanderie.

Mention particulière pour Jû-Belloc (Gers) dont le premier est le nom d’un ancien village dont l’étymologie fait débat : pour Dauzat&Rostaing (DENLF*) il s’agit du gascon jus, « inférieur, en aval », sens attesté dans le Dictionnaire de Godefroy et dans le Trésor du Félibrige et qu’on trouve par exemple dans les noms de trois lieux-dits Lajus en Pyrénées-Atlantiques, désignant une maison , « celle d’en bas » ; pour E. Nègre (TGF*), il s’agit du gascon , « joug, contrepoids d’une cloche, pour désigner la légère hauteur du village ». Chacun se fera son opinion

Mais c’est surtout avec bèl, « beau », que l’on trouve des noms composés comme ceux des communes de Belloc (Ariège) et Bellocq (P.-A., site d’un ancien monastère, Pulcher Locus en 1286) ainsi que de près de deux-cents lieux-dits.

Sous une forme francisée, on trouve le nom de Beaulieu, une abbaye au nord-ouest de Verfeil (H.-G.) ainsi que de nombreuses localités dans divers départements (Alpes-Maritimes, Ardèche, Ardennes, Calvados, Cantal, Charente, Corrèze, Deux-Sèvres, Gard, Hérault, Haute-Loire, Indre, Indre-et-Loire, Loiret, Maine-et-Loire, Mayenne, Nièvre, Orne, Oise, Puy-de-Dôme, Vendée, ouf !), sans oublier Neuville-lez-Beaulieu (Ardennes), Annesse-et-Beaulieu (Dord., Anessa en 1076, du gaulois ana, « marais » et diminutif itia), Ferrière-sur-Beaulieu (I.-et-L.) et Rejet-de-Beaulieu (Nord, « rejet » désignant un terrain vague, une terre non cultivée, une décharge publique) ainsi qu’une multitude de lieux-dits.

CPA Beaulieu Corr

Vaut le détour, croyez-moi !

A contrario, on a nommé Triste-Loc un lieu-dit de Latrape (H.-G.) et Tristeloc un autre à Montesquieu-Volvestre (id.).

Enfin, citons Grand-Lieu, nom de trois lieux-dits dans la Loire-Atlantique, le Loiret et les Deux-Sèvres et Saint-Aignan-Grandlieu (L.-A.) ainsi que Groslieu à Alainville (Yv). Et terminons avec Mandelieu-la-Napoule (A.-M.), attesté Mandans locus  vers 990, peut-être du latin mandantum, « confié, remis, livré » et locum (TGF*) ou du celtique manda, « hauteur, limite » (DENLF*).

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.index

 

Devinette

Il vous faudra trouver une localité de France métropolitaine dont le nom est lié au mot du jour, accompagné d’un adjectif qualificatif.  Une légende locale raconte que ce nom rappelle celui d’un moine malade qui, à son retour de Rome, fonda là un monastère dédié au saint qui l’aurait guéri et dont il avait rapporté des reliques.

Le nom du chef-lieu du canton où se trouve cette localité, un terme générique pour désigner un groupement d’habitations, garde dans son déterminant la trace de son seigneur du Moyen Âge.

La région porte un nom dérivé de celui des Gaulois qui l’occupaient. Le nom de ces derniers a donné lieu à plusieurs interprétations : il serait lié à leur arme de prédilection, à un arbre ou encore aux hauteurs sur ou devant lesquelles ils se trouvaient.

■ Un premier indice :

indice 11 12 2022

■ Un deuxième indice en chanson :

 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Touyeras à Sereilhac (Haute-Vienne), la répàladev.

LGF a été rejoint par TRS sur le podium des découvreurs de la solution à ma dernière devinette. Bravo à tous les deux !

Il fallait trouver Touyeras, un lieu-dit de Séreilhac, dans le canton d’Aixe-sur-Vienne en Haute-Vienne.

local Séreilhac

 

Touyeras : le nom de ce hameau est écrit Touieras sur la carte de Cassini (feuillet 33, Limoges,1779). On y reconnaît un dérivé de touille/touye étudié dans le billet précédent, accompagné ici du suffixe collectif –ier et de l’augmentatif –às. Ce dernier servait sans doute à distinguer cette « lande d’ajoncs ou de genêts épineux » de sa voisine La Touyère à Marval ou de son voisin Touyer à Chaptelat.

Touieras Cass

Sereilhac : le nom de cette commune est attesté parr. de Cerelhac au XIIè siècle, du nom de personne roman Caerellius accompagné du suffixe –acum.

Aixe-sur-Vienne : Axia au Xè siècle et de Aisa en 1147-85, du nom de personne roman Axius accompagné du suffixe –a qui fait d’Axia un adjectif féminin, sous-entendu villa.

CPA Aixe sur Vienne

Limousin : le nom de ce pays historique du haut Moyen Âge est attesté in Lemovicino en 575-94 chez Grégoire de Tours. Il est est formé sur le nom ancien de Limoges, Lemovicae, muni du suffixe –inu. Cette dernière a pris au IVè siècle, le nom de la tribu gauloise dont elle était la capitale, les Lemovices, déjà mentionnés par César au Ier siècle : la ville est alors attestée Lemovices au milieu du Vè siècle chez Sidoine Apollinaire. Ce nom s’est figé à l’accusatif féminin pluriel Lemovecas en 575-94 (Grégoire de Tours). Le v intervocalique, qui n’est plus prononcé, sera remplacé par un d, d’où Limodecas sur des monnaies mérovingiennes ; après disparition du e, le nom aboutit à la forme occitane Limotjas en 1126 puis au français Limoges vers 1170. Le nom des Lemovices est formé sur le celtique lemo, « orme » et vices « qui combattent » : il s’agit de « ceux qui combattent avec l’(arc en) orme ».

cdl b

Les indices

« Le canton fut le théâtre d’un épisode de la Résistance qui s’acheva de manière dramatique par la mort d’un de ses jeunes héros. » : Thomas Saintourens, pour Lemonde.fr, racontait l’histoire du petit Marcel Pinte dans cet article.

« Je vous proposerais bien une chanson picarde comme indice, mais j’ai peur que ça ne fasse l’effet d’un éléphant dans un magasin de porcelaine » :  cette phrase a suffi à LGF pour penser au P’tit Quinquin, la célèbre Canchon dormoire picarde, et à la porcelaine de Limoges.

indice a 04 12 2022  ■ ce tableau de Hugues Claude Pissarro (petit-fils de Camille Pissarro né en 1935), intitulé L’Orme du moulin devait faire penser aux Lemovices, « ceux qui combattent avec l’ (arc en) orme ».

Les indices du mardi 06/12/2022

LGF est le seul à avoir décrypté les indices cachés de ma dernière devinette et par conséquent à m’avoir donné la bonne réponse. Félicitations !

Un rappel de l’énoncé ? D’accord :

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié aux mots du jour.

Les noms de la commune où se trouve ce lieu-dit, comme celui de son chef-lieu de canton, sont basés sur des noms d’hommes latins suffixés différemment, tandis que le nom de la région est d’origine gauloise.

Le canton fut le théâtre d’un épisode de la Résistance qui s’acheva de manière dramatique par la mort d’un de ses jeunes héros.

Je vous proposerais bien une chanson picarde comme indice, mais autant faire entrer un éléphant dans un magasin de porcelaine. Alors, peut-être demain ou mardi…

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Et de nouveaux indices ?

D’accord :

■ pour la région :

indice a 04 12 2022

■ et puis la chanson promise :

 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

 

Touge, touille et touya

Dans les pays de langue d’oc, et plus particulièrement dans le Sud-Ouest, les noms féminins touge et touille désignent l’ajonc, le genêt épineux et, plus généralement, toutes les plantes destinées à servir de litière d’hiver pour les animaux, comme les bruyères, fougères, ajoncs, genêts, brandes etc. qu’on appelle aussi tuie.  On en recouvrait le sol des bergeries pour le protéger de l’humidité. À la fin de l’hiver, décomposée et mélangée aux déjections animales, cette litière servait à fumer les champs.

Ces mots sont issus de l’occitan toja/ tolha (prononcés toujo/touyo) de même sens, qui a aussi donné tojar/tolhar, « lande couverte d’ajoncs » et, par extension, « terrain inculte », et le béarnais touja/touya de même sens. En sont issus les français régionaux touille et touyère et les collectifs touget et touyet. Ces mots sont aussi présents en espagnol (tojo), aragonais (toya/toyaga) et galicien (toxo) ce qui a permis d’envisager une origine ibère.

On retrouve ces termes dans plusieurs toponymes du Sud-Ouest.

Touge

Deux communes du Gers portent un nom issu de ce mot accompagné d’un suffixe collectif, désignant alors la lande à genêts : il s’agit de Touget, avec le suffixe collectif latin –etum et de Toujouse, avec le suffixe –osum. Dans la Haute-Garonne, ce mot apparaît au pluriel comme déterminant du nom de Pouy-de-Touges (avec Pouy, de podium) où passe le Touch, un affluent de la Garonne attesté infra flumina Togii en 1134, de même étymologie, qui donne son nom au pays qu’il traverse, le Tougès.

CPA Toujouse

Les micro-toponymes sont bien sûr plus nombreux comme les Touges à Lahage et Rieumes (H.-G.) et Touget à Projan (Gir.) ou encore Toujes à Fongrave (L.-et-G.) et Toujet à Lasseube (P.-A.). Notons, avec l’agglutination de l’article, le lieu-dit Latouje à Tonneins (L.-et-G.).

Quelques toponymes ont gardé la forme occitane d’origine : on trouve ainsi plusieurs lieux-dits appelés simplement Touja(s) dans le Gers, la Haute-Garonne et les Landes. On trouve également, formés avec un suffixe locatif, les noms de Toujacas à Preignan (Gers), Toujaga à Villeneuve-Lécussan (H.-G.) et Toujagues à Sabarat (Ariège) ou encore Toujan à Auribail (H.-G.). Cette forme béarno-gasconne toja désignait plus particulièrement un mélange d’ajoncs et de fougères, comme je le signalais naguère dans un billet consacré aux fougères.

Touille

Ce terme entre dans le nom de deux communes : Touille (H.-G.) et Latouille-Lentillac (Lot, avec Lentillac du nom d’homme gallo-romain Lentilius et suffixe –acum).

Plusieurs lieux-dits portent un nom attaché à ce même mot comme (La) Touille à Marcillac (Gir), à Saint-Julien-du-Serre (Ardèche), à Caumont (Ariège) etc.

CPA Touille

On trouve également des lieux-dits La ou Les Touillère(s) (à Juillaguet, Cant. ; à Talmont-Saint-Hilaire, Vendée ) qui sont à distinguer d’anciennes carrières de tuf comme à Dosches (Aube) ou à Charmoille (Jura, où le patois toulière est attesté dans ce sens).

Le collectif ou diminutif Touillet est devenu patronyme d’où le nom des Touillets à Châteauneuf-sur-Charente (Char.) et celui des Touillettes au Grand-Bornand (H.-Sav.) où le féminin qualifie les propriétés d’un certain Touillet.

Avec une orthographe un peu différente, on trouve la Touye à Bommes (Gir.), les collectifs Touyer à Chaptelat (H.-Vienne) et La Touyère à Marval (id.) ainsi que Touyet à Gan (P.-A.).

Touya

En Béarn, dans les Landes et la Gironde, l’ajonc nain, appelé toia, a longtemps été utilisé, du Moyen Âge et jusqu’à une époque récente, comme fourrage ou litière puis, réduit en cendre, comme engrais. La lande à ajoncs était appelée toiar.

C’est de ces mots que sont issus les noms de nombreux lieux-dits Tuyas, Touya et Touyas, principalement dans les Landes et les Pyrénées-Atlantiques. Quelques-uns sont suffixés comme Touyaga à Gan (P.-A.), Touyaret à Mesplède (id.) ou encore accompagnés d’un qualificatif comme Touyagrand à Sauveterre-de-Béarn (P.-A.).

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La devinette

 

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié aux mots du jour.

Les noms de la commune où se trouve ce lieu-dit, comme celui de son chef-lieu de canton, sont basés sur des noms d’hommes latins suffixés différemment, tandis que le nom de la région est d’origine gauloise.

Le canton fut le théâtre d’un épisode de la Résistance qui s’acheva de manière dramatique par la mort d’un de ses jeunes héros.

Je vous proposerais bien une chanson picarde comme indice, mais autant faire entrer un éléphant dans un magasin de porcelaine. Alors, peut-être demain ou mardi…

Réponse attendue chez leveto@sfr

 

 

 

Menditipiko Bizkarra, la répàladev

Bravo à TRS qui m’a donné le premier la bonne réponse à ma dernière devinette et à LGF qui l’a suivi de peu.

Il fallait trouver Menditipiko Bizkarra, une montagnette de 872 m sur la commune d’Itxassou du canton de Baïgura et Mondarrain dont le chef-lieu est Cambo-les-Bains, dans le département des Pyrénées -Atlantiques.

local Itxassou

Menditipiko Bizkarra

Ce nom basque se décompose de la manière suivante :

mendi (montagne) tipi (petit) : la petite montagne ; ko préposition locative ; bizkarra : la crête (suffixe –a correspondant à l’article défini) : il s’agit donc de la « petite montagne de la crête ».

Mention particulière à TRS qui, ayant trouvé la commune et avant de trouver la bonne réponse, m’en a énuméré les noms de rues ou de lieux-dits contenant biskar : Biskayluze (déjà cité dans le billet), Soubeletakobiscarra (zubel, « orme » et suffixe collectif eta ), Oloron Biskarreko Bidea (la rue de la crête d’Oloron) et enfin Meatseko Biskarra (du col de Mehatze, « étroit »). Or, il s’agissait de trouver le nom d’un relief, c’est-à-dire un oronyme qui ne figure pas dans la liste des rues ou lieux-dits de la commune.

Itxassou

En basque, le genêt se dit jats ou itsas, cette seconde forme permettant d’expliquer Itxassou, avec le suffixe –tsu indiquant l’abondance : c’est le lieu « où le genêt abonde ». Le genêt a été longtemps utilisé pour tisser des toiles ou des draps mais aussi, on le sait, pour confectionner des balais.

CPA-itxassou

Pas de Roland mais un gars rosse

Labourd

Le nom de ce pays historique du haut Moyen Âge, dont le chef-lieu est Bayonne, est attesté episcopatus Laburdensis en 983. C’est une formation sur le nom ancien de Bayonne, Lapurdum, attesté dès le Vè siècle, in Lapurdo, nom qui persistera encore après l’an mil. Il s’agirait, selon l’hypothèse généralement admise, d’un composé aquitain de deux éléments reconnaissables dans le basque labe, « écobuage, défrichement », et l’ancien basque urd, « plateau » : le nom aurait donc désigné un terrain plat couvert de brûlis. Cette étymologie est contestée par P.-H. Billy (DNLF*) qui voit dans le premier élément le basque lap -, « ronce » (attesté dans le collectif lapar), et fait du Labourd un terrain plat couvert de ronces. Les formes gasconnes anciennes médiévales sont diversement graphiées, les plus anciennes étant Labort en 1120 et Labord au XIIè siècle. La graphie Labourd ne semble pas attestée avant le XVIè siècle.

Bayonne : c’est en 1063 qu’apparaît le second nom de la ville Baiona, formé sur le basque bai, « cours d’eau », suivi du suffixe latin ona (qui a probablement remplacé le locatif basque un). La forme Bayonne n’est attestée qu’après le XVè siècle.

Cambo-les-Bains 

D’origine gauloise, cambo a d’abord désigné la courbe, le méandre d’une rivière avant de désigner la plaine alluviale fertile en bordure de rivière. En Pays basque, il s’agit d’un nom importé. Le village est situé sur une hauteur sur la rive gauche de la Nive, la petite plaine alluviale proprement dite se trouvant sur la rive droite à l’intérieur d’une boucle. Cambo-les-Bains est le chef-lieu du canton de Baïgora et Mondarrain :

Baïgora : la rivière (baï) rouge (proto-basque gor, « chair, viande » d’où « rouge ») qui a donné son nom à la vallée de Baïgory.

Mondarrain : ce nom d’un lieu-dit d’Itxassou n’est pas basque, il s’agit de la déformation du nom d’un ancien castrum nommé Monte Ferrandi par l’administration basco-aquitaine et qui fut occupé par le roi de Navarre.

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Les indices

indice a 28 11 2022cette illustration des Misérables de V. Hugo montre Cosette maniant un balai fait de rameaux de genêt. Du genêt français au basque itsas et de là à Itxassou

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  ■ pour une fois cette illustration représentant Cyrano de Bergerac n’était pas là pour son héros, mais pour son auteur Edmond Rostand qui avait fait construire la villa Arnaga à Cambo-les-Bains.

indice b 30 11 2022 ■ des piments d’Espelette : qu’ajouter ? Le village d’Espelette, situé dans le même canton, est attesté Espeleta en 1249, du basque ezpel, « buis », et suffixe collectif eta.

indice a 30 11 2022  ■ cette illustration de Chantecler par Jean Gradassi (éditions du Panthéon, collection Pastels,1955) était là pour son auteur, Edmond Rostand qui l’aurait écrit à Cambo-les-Bains.

Les indices du mercredi 30/11/2022

 

Personne n’est venu à bout de ma dernière devinette qui concernait le basque biskar. En voici, pour les fainéants qui n’auraient pas cliqué sur le lien parce qu’ils savent que de toutes façons je vais le recopier ici, en voici, donc, l’énoncé :

Il vous faudra trouver le nom d’un relief de France métropolitaine dans lequel le terme du jour entre en composition.

Ce relief est situé sur le territoire d’une commune dont le nom signale la présence ancienne et abondante d’une plante sauvage qui était parfois cultivée pour diverses utilisations dont la confection de toiles et de draps.

Le nom de la région, issu de l’ancien nom de sa ville principale, décrirait un relief plat où se pratiquait le brûlis, l’écobuage. Le nom de son point culminant serait dû à la présence d’un animal sauvage ou à celle d’un travailleur bien plus paisible.

Le nom du chef-lieu de canton fait allusion à la qualité de la terre qui borde la rivière qui coule à ses pieds.

■ un indice pour la commune :

indice a 28 11 2022

 

■ un indice pour le canton

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cdl b

Et j’ajoute de nouveaux indices

 

le nom à trouver signifie littéralement « la petite montagne de la crête » ;

pour une commune proche :

indice b 30 11 2022

et j’insiste pour le canton :

indice a 30 11 2022

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Biskar

On a vu dans le précédent billet passer le nom de la commune landaise de Biscarrosse, qui porte un nom formé sur le basque biskar. C’est à ce terme que je consacre mon billet aujourd’hui.

Le basque biskar désigne, en topographie, un coteau, une crête, et plus précisément une crête allongée, ainsi qu’en anatomie, l’échine, le dos, voire la croupe. Il a été emprunté par le gascon où bisquère désigne un faîte, une poutre faîtière ainsi que l’échine des moutons à tondre.

Comme on pouvait s’y attendre, ce nom a été donné à de nombreux reliefs en Pays basque comme le Bizkarzé qui culmine à 1 656 m sur la commune de Larrau (P.-A.), le Bizkarzun, une colline de 185 m sur celle d’Ascain (id.) ou encore le Bizkarra qui s’élève à 537m sur celle d’Ibarolle (id.). Notons qu’on trouve en Béarn, sur les communes de Bedous et Sarrance, le col de Biscarce, identique au premier cité.

Biscay, hameau de Labets-Biscay (P.-A. – avec Labetz du basque labe, « four»), présente la même forme que celle de la province de Biscaye du côté espagnol (Viscaya en espagnol). On la retrouve dans le nom de Biskayluze, une « longue crête » à 671 m d’altitude sur les communes d’Espelette et d’Itxassou (P.-A.).

CPA labets biscay

On retrouve toujours ce même mot en composition dans Idolkobizkarra, « la crête des joncs » à Sare (P.-A. – ihi-doi, « lieu de joncs ») et dans Ahounbizkardéguy, « la crête en dos de chèvre » à Ayherre (P.-A. – ahoun, « chèvre » et eguy, « lieu, montagne »).

Sur le même modèle que le nom de Biscarrosse, on rencontre des lieux-dits Biscarosse (Mont-de-Marsan, Landes ; Captieux et Saint-Laurent-de-Médoc, Gironde – avec un seul r) et Biscarross à Cuqueron (P.-A.– avec deux r mais sans e final).

Avec aphérèse du a-, on trouve cette racine dans les noms de Visker (H.-P., Bisquer en 1283), de Viscos (H.-P., avec le suffixe basco-aquitain –os) ou encore dans celui du pic de Biscau sur la commune de Gabas (P.A.). Certains (J. Astor, M.-T. Morlet pour les noms de famille) expliquent ces derniers noms par aphérèse d’évesque, pour désigner une terre épiscopale. Si cette étymologie est possible hors du domaine basque, comme pour Vesc (Drôme, Vaesc en 1183), Le Vesque à Ballons (id.) ou encore pour la Tête de Vescal (sommet de 2 516 m à Pra-Loup, A.-de-H.-P.), elle est moins convaincante pour les toponymes du domaine pyrénéen dont les formes anciennes ou les suffixes confirment l’origine basque.

Ce mot a pu servir comme sobriquet pour désigner un bossu et devenir nom de maison (etxe) et ainsi voyager hors du Pays basque comme pour Le Biscardoun à Espéchède (P.-A. – côté béarnais et non basque). La même remarque peut être faite pour le quartier Biscardy de Bayopnne (même dépt.) : s’agit-il d’un ancien toponyme basque (biskar et collectif dy) ou bien d’un nom de famille transporté ?

index

La devinette

La devinette initialement prévue devait porter sur le Tuc de Biscarrague, une montagnette qui culmine à 91 m à cheval sur les communes d’Urt et de Briscous (P.-A.) dont le nom associe le gascon tuc, « hauteur, sommet », aux basques bizkar, « crête » et aga, « lieu » soit « le tuc du lieu des crêtes ». Cependant, ce lieu apparaît sous d’autres graphies comme Bizkarraïa, lieu-dit de Briscous selon Géoportail ou encore Bizkaraïa dans les listes de lieux-dits de cette même commune sur sa fiche wiki… Bref, en attendant que tout le monde se mette d’accord, j’ai renoncé et suis parti en quête d’une autre devinette, que voici :

Il vous faudra trouver le nom d’un relief de France métropolitaine dans lequel le terme du jour entre en composition.

Ce relief est situé sur le territoire d’une commune dont le nom signale la présence ancienne et abondante d’une plante sauvage qui était parfois cultivée pour diverses utilisations dont la confection de toiles et de draps.

Le nom de la région, issu de l’ancien nom de sa ville principale, décrirait un relief plat où se pratiquait le brûlis, l’écobuage. Le nom de son point culminant serait dû à la présence d’un animal sauvage ou à celle d’un travailleur bien plus paisible.

Le nom du chef-lieu de canton fait allusion à la qualité de la terre qui borde la rivière qui coule à ses pieds.

un indice pour la commune :

indice a 28 11 2022

un indice pour le canton

71c07-1-cyrano-1959

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Latécouère à Maubourguet (H.-Pyr.), la répàladev

Jacques C. a été rejoint sur le podium des découvreurs de la bonne réponse à ma dernière devinette par TRS puis LGF. Félicitations à tous les trois !

Il fallait trouver Latécouère, un lieu-dit de Maubourguet au nord du département des Hautes-Pyrénées.

local-Maubourguet-

Latécouère

Le nom de Latécouère est issu, après agglutination de l’article la, de l’occitan tecouèro que F. Mistral (Trésor du Félibrige) traduit par « hameau ». Étymologiquement, tecouère est formé de l’occitan tec(t), « toit » (du latin tectum), accompagné du suffixe collectif –ère : il s’agit d’un ensemble de toits, comme une couvertoirade est un ensemble d’abris couverts.

D’autres étymologies ont été proposées comme celle faisant appel à l’oronyme pré-indo-européen *tukk, donnant un pré-latin *tukka, accompagné là aussi du suffixe collectif –ère (M.-T. Morlet, Dictionnaire étymologique des noms de famille, Perrin, 1991), mais on voit mal un ensemble de « sommets, mamelons, éminences » au lieu-dit Latécouère de Maubourguet. A. Pégorier (GDT*) après avoir mentionné tec, « toit », définit  técoère comme « monticule, petite hauteur à la cime arrondie », mais là non plus, je n’en vois pas à Maubourguet..

Capture Latécoère aérien

On a fait également un rapprochement avec la teissonièra, la « tanière », c’est-à-dire le gîte du blaireau (du latin taxo, « blaireau », donnant taxonaria) qui devient teissoèra en gascon après la chute du n intervocalique, d’où le nom de Tachoires (Gers) et le nom de famille Tichouère. Dans ces derniers exemples, on aura noté que le x du latin taxonaria est passé à s sourd puis à ch, ce qui n’est pas le cas pour le tec occitan, prononcé avec un c dur d’où Latécouère.

Ce nom de lieu a donné le nom de famille Latécoère porté entre autres par Pierre-Georges Latécoère, né à Bagnères-de-Bigorre, à cinquante kilomètres au sud de Maubourguet. Cet entrepreneur installera ses ateliers  d’assemblage d’hydravions à Biscarrosse, dont le lac constitue une base idéale. L’endroit choisi prendra le nom de son propriétaire, Latécoère. On y trouve aujourd’hui un musée de l’hydravion.

D’autres lieux portent un nom similaire : Lastecouéras à Banios (H.-P.), Técouère, Pont de la Técouère et le diminutif Técouèrot à Saint-Gor (Landes), un Abreuvoir de la Técouère et le Plateau de la Técouère à Bilhères (P.-A.) et enfin le Turon de la Técouère à Bielle (P.-A.).

Maubourguet

local précis maubourguet  E. Nègre (TGF*), s’appuyant sur le nom  Maubourguet  attesté dès le XVè siècle avec une variante Maleburget en 1496-9,  explique ce toponyme par le gascon mau, « mauvais, qui sait se défendre » et bourguet, « quartier fortifié dans les villes autrefois ». On trouve également les formes A Malborguet vers 1200, Malum Borgetum en 1265, Mau Borguet en 1429, etc. qui n’apportent rien de plus. On peut toutefois  se demander si cette interprétation martiale du toponyme – un bourg fortifié qui sait se défendre – convient bien à un village qui a été plus ou moins vidé de ses habitants en 1161, installés chez son voisin Saint-Martin-de-Celle qui en prendra le nom. Peut-être vaut-il mieux voir, avec J. Astor (NFLMF*) dans cet adjectif mau le sens d’« incommode » appliqué à une implantation qui sera abandonnée au profit d’une plus récente. Le « bourguet » n’aurait alors été qu’un petit bourg (latin burgittum) jugé « mal commode, mauvais » par ses habitants.

CPA.Maubourguet-rue-nationale

Biscarrosse

Le nom de cette commune des Landes s’explique par le basque bizkar, « crête allongée » et « échine, dos », accompagné du suffixe basco-aquitain –os. Il est probable que dans un pays plat comme les Landes ce nom devait désigner les dunes allongées qui bordent l’océan.

cdl a

Les indices

indice a 19 11 2022    On aura compris que Jean Mermoz était là pour faire penser aux hydravions Latécoère à bord d’un desquels, baptisé le Croix du Sud il s’abîma en mer le 07 décembre 1936.

indice-a-22-11-2022 Il fallait reconnaître la Croix du Sud, comme le Latécoère 300 à bord duquel etc.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.