N’en jetez plus !

Ma journée d’hier ayant un peu débordé de mon emploi du temps habituel, je me suis trouvé fort dépourvu lorsque l’heure fut venue d’écrire un billet de blog et sa devinette associée. Las! Je n’eus d’autre solution que de fouiller dans la chemise cartonnée où je serre quelques feuillets dépareillés sur lesquels je note, quand elles viennent, des idées dont je me dis que peut être un jour je leur trouverai quelque utilité. J’en ai trouvé qui me semblaient constituer une triplette convenable pour faire patienter mes lecteurs. Tout en me félicitant de ce sens de l’anticipation dont je fais preuve en toutes circonstances qui me fait conserver ce que d’aucuns jetteraient sans réfléchir en m’accompagnant souvent de cette exclamation que mon entourage me reproche en général à mauvais escient : « On ne sait jamais, ça peut toujours servir ! », tout en me félicitant, donc, je me mis à les recopier sans me poser plus de questions. Enfin, l’esprit tranquille, avec cette même savoureuse satisfaction du devoir accompli que celle qui saisit le berger ayant rassemblé son troupeau à la nuit tombante, je pus alors me mettre au lit où je dormis du sommeil du juste.

Jusqu’à ce matin.

Ce matin où un de mes lecteurs qui fait rien qu’à m’embêter, TRS, m’a donné une réponse inattendue à la première de ces trois questions. Je fus alors bien obligé de constater que mes questions avaient sans doute été rédigées un peu trop vite : il pourrait y avoir plusieurs bonnes réponses à chacune des questions. J’espérais me tromper, la suite me prouva que non. Complétée par TRS lui-même, enrichie par TRA et Un Intrus puis par LGF, la liste des bonnes réponses s’est allongée au fil de la journée, au point où je me vois obligé de siffler maintenant la fin de la récréation.

Voici donc ces solutions :

■ une cible pour des tireurs :

  • Papegai: autrement orthographié papegaut, papegault, etc. « Oiseau de carton ou de bois peint placé au bout d’une perche pour servir de cible au tir à l’arc ou à l’arbalète.» ( Acad.). Il existe une rue du Papegault à Rennes. ( TRS, Un Intrus, LGF ).
  • Bersaut : autrement orthographié beursaut, beursault, etc. « Cible pour le tir de l’arc ou de l’arbalète » ( dmf ). Il existe une rue des Bersaults à Bousbecque (Nord) et une rue Bersault à Vailly-sur-Aisne ( Aisne) ( TRS, LGF).
  • Cible : avenue de la Cible à Aix-en-Provence, rue de la Cible à Ille-sur-Têt (P.O.) et à Angoulême (Char.) (TRA).
  • Blason : en archerie, une cible s’appelle aussi « blason » mais rien ne dit que les nombreuses rue du Blason lui doivent leur nom. ( TRA ).
  • Tir au Pigeon : de très nombreuses rues portent ce nom comme à Berck (P.-de-C.), Aix-les-Bains ( Sav.), Neuvecelle (H.-Sav.), etc. ( TRA ).
  • Quintaine : « poteau fiché en terre et auquel était suspendu un écu, contre lequel on s’exerçait au maniement de la lance ». Il ne s’agissait pas, à proprement parler d’une cible pour tireurs, mais, bon, tant qu’on y est … Il existe une rue de la Quintaine à Rennes ( I.et-V.), à Montargis (Loiret),  une rue des Quintaines à Romorantin ( L.et-C.), etc … ( TRA ).

■ un dragon en osier :

  • Graoully : parfois écrit Graouli, Graouilly, Graouilli ou Graully  « C’était une effigie monstrueuse, ridicule, hideuse et terrible aux petits enfants, ayant les yeux plus grands que le ventre, et la tête plus grosse que tout le reste du corps, avec amples, larges et horrifiques mâchoires bien endentelées, tant au-dessus comme au-dessous, lesquelles, avec l’engin d’une petite corde cachée dedans le bâton doré, l’on faisait l’une contre l’autre terrifiquement cliqueter, comme à Metz l’on fait du dragon de saint Clément.»  ( Rabelais, Quart-Livre). Il a sa rue à Metz et à Woopy ( Mos.) ( TRA, LGF )
  • Bailla ou Grand Bailla : Le Grand Bailla est un dragon qui fait l’objet de processions. La tradition datant du Moyen Age est aujourd’hui ressuscitée dans la ville de Reims ( Marne ) et au Châtelet-sur-Retourne ( Ardennes) où il a sa rue. ( TRS, Un Intrus ).
  • la Tarasque de Tarascon comme la Gargouille de Rouen, même si elles ont pu être représentées par des mannequins en osier, ont peu à voir avec des dragons ( TRA ).

une porte pour les vaches :

  • Vacheresse : Godefroy fait de « vacheresse » un adjectif et donne la porte vacheresse comme exemple. on trouve une rue de la Vacheresse à Gometz-la-Ville ( Essonne), une rue Vacheresse à Lagny-sur-Marne (S.et-M.) et une rue de Vacheresse à Mittainville ( Yv.) ( TRA ).
  • Bachère : « Dans la Marche limousine, on trouve d’autres termes : entre les poutrelles, un espace d’environ 0,30 m pour le passage de la tête des animaux se nomme Bachèrë ou Coluère » ( à lire ici ). Il ne s’agit donc pas à proprement parler d’une « porte ». On trouve une rue des Bachères à Sambreville … en Belgique, mais pas en Limousin. ( TRS ).
  • Barbacane : « Ouvrage extérieur de fortification en maçonnerie ou en bois, percé de meurtrières, protégeant un point important, tel qu’un pont, une route, un passage, une porte.» Étymologie : de l’arabe vulgaire b-al-baqára, altération du classique bāb-al-báquara, proprement « porte pour les vaches » (parce que la barbacane protégeait une enceinte intermédiaire entre cette fortification et la muraille principale où les assiégés gardaient le bétail). On trouve une rue Barbacane à Carcassonne (Aude) et, avec une altération de l’orthographe, une rue Barbecane à Périgueux ( Dord.) et d’autres. ( Un Intrus )

■ mes solutions :

j’avais noté sur mes petits papiers la rue Bailla de Reims et la rue Barbecane de Carcassonne. Mes lecteurs en ont trouvé d’autres, bravo ! Mais de toutes façons, je m’en fous : j’ai passé une bonne nuit !

« Ah! Mais attendez! », m’interpelez-vous de derrière votre écran ( ne mentez pas, je le sais !), « et votre cible pour tireurs ? ». Ah ! Vous avez mille fois raison, personne n’a trouvé celle-là. Tout était perdu, donc, fors l’honneur !

Il va vous falloir chercher encore, sachant que :

  • datant du Moyen Âge, le nom, en trois mots à l’origine, a été incompris et mis en un seul mot à peu près compréhensible ;
  • une recette royale n’est sans doute pas étrangère à la nouvelle appellation ;
  • la rue et le quartier qui portent ce nom étaient devenus si célèbres qu’une famille de la ville en prit le nom, patronyme toujours vivant de nos jours.

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Vasgovie ou Wasgau ( répàladev)

TRS a rejoint TRA sur le podium des « solutionneurs » de ma dernière devinette. Les autres s’en sont approchés et Un Intrus est allé jusqu’à tutoyer le dieu sans aller plus loin à l’heure où j’écris ces lignes.

Il fallait trouver la Vasgovie une petite région à cheval sur la frontière franco-allemande dans les Vosges du Nord — départements de la Moselle et du Bas-Rhin — et dans le sud du Palatinat en Allemagne où elle est appelée Wasgau, comme sur cette carte :

L’hypothèse la plus souvent retenue pour expliquer l’origine du nom Wasgau est celle qui fait référence au dieu tutélaire celte des Vosges, le dieu de la chasse en forêt que les Romains ont incorporé à leur panthéon sous le nom de Vosegus. Ils parlaient ainsi des Vosegus mons ( les montagnes de Vosegus ) et de la Vosegus silva ( la forêt de Vosegus ) dont sont issues les formes latines Wasacus, Vosagum, Vosegus ou Vosagus et, de là, le moyen haut allemand Wasigen puis Wasgen.

C’est de cette dernière forme qu’on peut déduire celles plus tardives Wasgenwald, ( avec wald, « forêt», pour désigner du XIIè au XVIIIè siècle l’ensemble des forêts régaliennes ou impériales des Vosges ) et Wasgengau simplifié en Wasgau ( avec gau désignant un petit pays mis en valeur et bien administré).

La latinisation du nom Wasgau a donné Vasgovia devenu le français Vasgovie, comme Aargau a donné Argovia devenu Argovie ( pays de l’Aar ) ou Thurgau a donné Thurgovia devenu Thurgovie ( pays de la Thur, qui m’a été proposé comme solution par TRS en imaginant un lien avec le dieu Thor tandis que le nom de la Thur provient de l’indo-européen *Dhu, « rapide »).

D’autres hypothèses ont été avancées pour expliquer ce nom. On a pensé à un petit pays forestier ( wald et gau ) opposé à l’Imgau, petit pays découvert à vocation agricole et on a cru aussi y voir un petit pays occidental ( west et gau ). Les hypothèses selon un établissement de Vascons ( les futurs Basques ) ou un rapprochement avec des Berbères sont … rigolotes. Ces hypothèses sont aujourd’hui toutes abandonnées.

La Vasgovie ressemble à ça ( cf ce blog )

Dans un de ses courriels, TRS, un fidèle lecteur de Carpentras Picardie, me donne comme possible réponse le nom d’un petit pays jurassien nommé Ajoie en français et Elsgau en allemand. Le nom de ce pays vient de celui de la rivière qui le traverse, l’Allaine, qui tient le sien d’un hydronyme pré-celtique *al, cf. son nom allemand originel Hall. La rivière a aussi donné son nom à Allenjoie. Les très curieux peuvent se munir de patience et suivre ce lien aimablement fourni par TRS.

Cette possible transformation du gau allemand en français joie m’avait complètement échappé et n’est de toute façon pas exactement expliquée par les spécialistes. L’hypothèse la plus vraisemblable passe par une transcription à l’époque mérovingienne du germanique gau(-wia) en latin gaudia, lequel est par ailleurs à l’origine de « joie ». D’anciens mons gaudii sont ainsi devenus des Montjoi ou Montjoie ( cf. wiki ) parmi lesquels la ville allemande Montjoie ou la doubienne Montjoie-le-Château sont peut-être d’anciens mund-gawi, au sens de « protection du pays », mal compris et donc mal traduit par le latin mons gaudii.

On notera en outre qu’Ajoie, Argovie et Thurgovie sont, comme ceux déjà cités dans le billet Allez! Gau!, des pays nommés d’après le cours d’eau qui les arrose, ce qui confirme la première impression : il s’agissait de nommer l’endroit où s’établissaient ces tribus germaniques d’après le cours d’eau auprès duquel ils s’installaient. D’où le renforcement de l’hypothèse qui fait venir gau ( -wia) de * ga-agwja, « terre face à l’eau », avec le germanique *awjō, « eau ».

Les indices

■ La statue :

Il s’agit de la Diane chasseresse de Houdon exposée au Louvre. Elle était censée vous faire chercher un dieu équivalent, comme Vosegus.

■ la ligne :

quoi de mieux qu’une ligne bleue pour évoquer les Vosges ?

la ligne bleue des Vosges dans le paysage de Belfort, vue depuis la Miotte.

■ le thermomètre :

Il nous montre des températures glaciales qui ont valu à la Vasgovie son surnom de « Petite Sibérie ».

Allez ! Gau !

Équivalent germanique du pagus romain, le gau désignait une division géographique et politique d’une nation, correspondant au pays de la France féodale, plus particulièrement le comté carolingien des IXè et Xè siècles.

Plusieurs hypothèses ont été avancées pour l’étymologie proto-germanique de ce mot :

  • de *gaw-ja, « région, paysage », lié à l’arménien gawaṝ, « région, ville natale, village », par une racine indo-européenne *ghəu, comme le grec chṓra , « région, contrée » ;
  • de *ga-au-ja, « ensemble de villages » ;
  • de * ga-agwja, « terre face à l’eau », avec le germanique *awjō, « eau ».

On retrouve ce mot en tant que suffixe dans des appellations topographiques en pays de langue germanique bien sûr comme en Allemagne, en Belgique ou en Suisse mais, les frontières ayant fluctué au cours du temps, quelques vestiges de ces anciens pays carolingiens germaniques sont aujourd’hui sur le territoire français. J’en ai relevé un peu moins d’une dizaine :

Albgau ou Pays d’Albe : à cheval sur la Moselle et le Bas-Rhin, ce petit pays correspond au bassin supérieur de la Sarre et tire son nom de celui d’un de ses affluents, l’Albe, dont la confluence se fait à Sarralbe. Le nom de l’Albe est issu du francique *alvi, « petite rivière, lit de rivière ».

Bliessgau : autour de Blisbruck en Moselle, ce pays, anciennement Bliesahgouwe, tient son nom de celui de la Blies, un cours d’eau de quinze kilomètres à peine. Le nom de ce dernier pourrait être issu du celtique *blet, « loup » muni du suffixe roman -ia ( aqua ) : la *Bletia serait la « rivière aux loups ».

Methingau ou Mathois : en Meurthe-et-Moselle, autour de Longwy et baigné par la Chiers, ce pays doit son nom à celui d’un homme germanique Matto muni du suffixe –ingos ( vu dans ce billet ) et complété par –gau. Ce fut une place forte qui résista « héroïquement » aux Alliés en 1815 , mais aussi l’un des points par lesquels l’armée du Kronprinz pénétra en France lors de la première guerre mondiale …

Niedgau ou Nide : en Moselle, autour de Saint-Avold, ce pays est arrosé par la Nied, un affluent de la Sarre. Une inscription romaine mentionne un pagus Nitensis qui deviendra le Nitagowa à l’époque carolingienne, le « pays de la Nied ». Cette dernière porte un nom issu du celtique *nid, « couler » qu’on a pu confondre avec le germanique nieder, « qui est en bas ».

Saargau ou Pays de la Sarre : en Moselle, autour de Bouzonville, arrosé par la Sarre et la Nied, ce pays complète la série des pays de la vallée de la Sarre. Appelé en latin pagus Saroensis, il deviendra le Sarrachowe carolingien. La Sarre est un hydronyme issu de l’indo-européen ser, « couler ».

Les bords de la Sarre à Bouzonville
Alfred Renaudin ( 1866 – 1944)

Spiergau : dans le Bas-Rhin, autour de Lauterbourg et Wissembourg, ce pays doit son nom à Spira, une des quatre cités de la première Germanie, anciennement Noviomagus ( le « nouveau marché » ) puis Nemetes ( « temple celtique » à l’époque gallo-romaine).

Nordgau : autour de Saverne et Strasbourg, ce pays alsacien correspond, à peu de choses près, au département du Bas-Rhin, soit au nord de l’Alsace. Il doit son nom à l’ancien anglais norp, « nord ».

Sundgau : dans le Haut-Rhin, autour d’Altkirh et Mulhouse, ce pays était noté Sundgowe à l’époque carolingienne. Il doit son nom à celui d’un homme germanique Sundo. S’il s’était agi du « pays du sud » ( comme on le trouve sur wikipedia ), on aurait eu Südgowe plutôt que Sundgowe.

Rizzigau ou Pays de Sierck : en Moselle, autour d’Apach, Manderen, Ritzing et Sierck. On trouve pour Sierck les noms de Sirke castellum en 1036 et Circum castrum en 1067, soit du latin circum, « cercle, édifice rond » ou du nom de personne Circius. Rizzigau doit son nom au village Ritzing ( aujourd’hui inclus dans Manderen-Ritzing ), lequel doit le sien à un personnage germanique nommé Ritzo accompagné du suffixe -ingos.

On aura remarqué ( si on m’a lu attentivement ) que quatre de ces pays doivent leur nom au cours d’eau qui les parcourt. Ce chiffre augmente nettement si on regarde en Suisse, Allemagne ou Belgique : le canton suisse Aargau doit son nom à l’Aar, le Chiemgau allemand doit le sien au Chiemsee, « la mer bavaroise » et le Rheingau au Rhin inférieur, le Sennegau belge doit le sien à la Senne et le Hainaut, en allemand Hennegau, doit le sien à la Haine, etc. Cela correspond sans doute à une vieille habitude germanique qui rattache les hommes au point d’eau qui leur a permis de se fixer et qui pourrait expliquer l’étymologie selon * ga-agwja, « terre face à l’eau ».

Il convient de se méfier d’une paronymie avec le germanique wald, « bois, forêt », qui a donné l’oïl gaut, de même sens, comme à Le Gault ( L.-et-C. ), Le Gault-la-Forêt ( Marne, un toponyme pléonastique), Le Gault-Saint-Denis (E.-et-L.), etc. Le Boisgault à Donnery ( Loiret) est un autre bel exemple de pléonasme.

La devinette

Saurez-vous me dire quelle autre petite région tire son nom de celui d’un dieu accompagné de ce gau ?

Ça, c’est un indice

La blairie ( répàladev )

Personne n’a rejoint Un Intrus et TRS dans la résolution de ma dernière devinette.

Il fallait trouver la blairie dont le Littré nous donne la définition suivante :

Terme de droit féodal. Redevance seigneuriale à raison de la vaine pâture.

Un des sites consacrés aux Templiers, dans son dictionnaire, précise :

Dans la France du Moyen Age et de l’Ancien Régime la blairie est un impôt seigneurial sur le pacage des animaux.
Le seigneur perçoit une redevance en avoine pour rétribution du pacage des animaux des paysans, sur les terres cultivées (après la récolte) ou non cultivées. Ce droit existe en Auvergne, Berry, Bourgogne et Nivernais.

Domaine de la Blairie à Saint-Martin-de-la-Place (M.et-L.)
La blairie ? Ç’ a eu payé …

Le dictionnaire de l’ancien français de Godefroy connaît la blaierie avec ses autres orthographes blayerie, blaerie, bleeyrie, blairie, blayerie, blerie et blefrie et en donne une définition élargie : « production de blé, récolte de blé, blé ». Il rajoute toutefois que le mot a pu désigner une « terre à blé, terre cultivée de blé, pièce de blé, terre emblavée » ainsi que le « droit seigneurial sur le blé ».

On comprend que le mot est un dérivé de « blé », au sens général de « céréale dont le grain sert à l’alimentation » ( cf. étymologie ). Le mot gallo-roman bladum est parvenu au sens de « céréales, blé » au xes. C’est de ce mot que sera issu bladaria, « aire à blé », qui donnera blairie après disparition du -d- intervocalique.

En toponymie, on retrouve plusieurs La Blairie dans l’ouest de la France ( I.-et-V., L.-Atl., May., Sarthe, Vienne, M.-et-L.) et un seul Les Blairies ( à Retiers, I.-et-V.). On trouve aussi deux La Petite Blairie ( May. et M.et-L.) et deux La Grande Blairie ( May. et M.-et-L.) ainsi qu’une Haute Blairie ( à Reffuveille, Manche).

Avec une autre orthographe, on trouve La Blérie à quatre exemplaires ( trois en I.-et-V. et un dans la Manche).

Les indices

■ Picsou :

… plonge dans son tas d’or, de fric, de pognon … de blé!

■ le tableau :

Jules Dupré, Pacages du Limousin (1837)
Huile sur toile, 31×51 cm.
The Metropolitan Museum of Art, Robert Lehman Collection, 1975 (1975.1.169).

La blairie était une « rétribution du pacage des animaux des paysans, sur les terres cultivées (après la récolte) ou non cultivées ».

■ le 10 Downing street ( que tout le monde aura reconnu, je pense )

L’indice était dit « vieux d’au moins douze ans » ce qui nous ramenait donc à … Tony Blair. Oui, je sais… j’ai un tout petit peu honte ( mais je suis là aussi pour m’amuser !).

Ceci dit, étymologiquement, l’anglais blair est issu du gaélique écossais blàr , « champ, plaine », ce qui nous rapproche un peu du champ de blé, non ?

Ces mots sont tous issus d’une même racine indo-européenne *bʰleh dont on peut lire les évolutions sur cette page issue de ce site remarquable.

Un week-end particulièrement propice au farniente m’a tenu loin de mon clavier et empêché d’écrire un nouveau billet accompagné de son habituelle devinette. Vous devrez attendre jusqu’à demain soir ou peut-être même mardi et j’en suis désolé.

Les indices du 28/05/2019

Presque en même temps, Un Intrus et TRS m’ont déjà donné la bonne solution à la dernière devinette dont je rappelle l’énoncé :

Une ancienne redevance payée en nature pour une utilisation particulière de terres seigneuriales cultivées ( après la récolte) ou non cultivées a laissé son nom dans l’ouest de la France à une quinzaine de micro-toponymes au singulier et au moins à un au pluriel ainsi qu’à quatre autres avec une orthographe différente. Si le mot est bien attesté dans ce sens dans le Littré, je ne l’ai trouvé dans aucun des autres dictionnaires habituels : il est aujourd’hui sorti d’usage.

Le Godefroy donne, lui, une autre variante orthographique, de même étymologie, mais avec un sens beaucoup plus général ( qui est peut-être à l’origine de quelques uns des toponymes dont il est question plus haut) dont Littré ne retiendra donc qu’une spécialisation.
Quel est ce mot ? Et, si vous le trouvez, vous trouverez aussi quelques uns des toponymes …

J’ai cherché, pour les retardataires, des indices adéquats et j’ ai trouvé celui-ci

et je ne résiste pas au plaisir vicieux de vous donner cet autre-là déjà fort ancien ( au moins douze ans !) et très tordu :

Encore des terres agricoles …

Je reviens aujourd’hui à nos champs cultivés

Et aux noms peu connus dont on les baptisait.

La liste en est bien longue et j’ai déjà tout dit ?

En voici quelques uns et j’en aurai fini.

À la fin du servage, il fallut bien trouver d’autres contrats entre seigneur et vilain pour continuer à mettre en valeur les terres.

Les plus connus furent le fermage ( où le loyer annuel, fixe, est payé en argent ou en nature ) et le métayage ( où le loyer est constitué d’une partie de la récolte et donc variable ). Les micro-toponymes en « ferme » et « métairie » sont innombrables et facilement identifiables, donc sans grand intérêt. Quelques autres sont moins connus.

La tenure ou le tènement — du latin médiéval tenatura, tenura (IXè s. toenatura dans un texte de l’Est, 1059 tenura à Marseille), dérivé de tenere, « tenir » — était une concession, à bail précaire et moyennant redevance, de la seule jouissance d’une terre à un paysan qui n’en était pas propriétaire. On trouve presque exclusivement les tenures dans le nord comme La Tenure à Iviers ( Aisne), Hannapes ( Ardennes ), Lacollonge ( T.-de-B.) et à Locquignol ( Nord). Le tènement semble plus présent au sud de la Loire avec une vingtaine de ( Le ) Tènement en Vendée, trois autres à Vieillevigne ( L.-Atl.), Pomarède ( Lot) et Sauveterre-la-Lémance (Lot-et-G.) et un dernier à Forest-Saint-Julien (H.-A.). Ce tènement a fait des petits :

A tenement, a dirty street …

Le nom de la tâche ( du latin taxa, « paiement, travail rémunéré »), « redevance consistant en une part de fruits, souvent un onzième, que le tenancier doit au propriétaire pour des champs obtenus par la mise en valeur de terres vierges », a pu servir, par métonymie, à désigner la parcelle concernée. Que ce soit au pluriel ou au singulier, avec ou sans accent, avec un suffixe diminutif ( La Tachette) ou spécifique ( Tacherie ), etc. ce nom a été très productif sur tout le territoire. Je n’en retiendrai qu’un exemple, au hasard : le climat de La Tâche à Vosne-Romanée ( C.-d’Or).

Notons que le nom gaulois du blaireau, taxon, est à l’origine de toponymes pouvant prêter à confusion comme pour les Tachon ( Gers, etc.) qui sont une référence directe à l’animal ou Les Tachères ( Sav., C.-d’Or, etc ) qui rappellent sa tanière ( cf. aussi ce billet ). Le dictionnaire de l’ancien français de Godefroy nous indique plusieurs orthographes de ce mot à l’entrée tasche parmi lesquelles tachi a donné deux Tachies ( Salies-de-Béarn et Bérenx ( Pyr.-A.) et tasque a fourni sept singuliers La Tasque ( quatre dans le Gers, un dans l’Hérault, dans le Vaucluse et les Bouches-du-Rhône), deux pluriels Les Tasques ( Bouches-du-Rhône et Hérault ) et un diminutif Tasquet ( Lannemezan, H.-Pyr.). Toujours dans le domaine occitan on trouve Les Tascariès ( à Cessenon, Hér.).

L’ensange ( sans doute du latin médiéval d’origine celtique andecinga, « grande avancée [ de pas ] » ) désignait jusqu’aux alentours de l’an Mil un lot-corvée dont le paysan devait s’acquitter comme d’une corvée. Plus tard, et jusqu’au XVè siècle, il a désigné un lot de terre prélevé sur le domaine du maître que le titulaire d’une tenure par exemple devait mettre en valeur et dont le produit revenait intégralement au maître. Le dictionnaire de Godefroy ( qui explique le nom par le fait que cette parcelle devait être enceinte « de haies, de pallis, de treillis ou d’autre clôture » ) nous propose plusieurs orthographes ayant fourni leur lot de micro-toponymes : Ensenges ( 2 pluriels), Ensange ( 32 pl.) et Ansange ( 1 sing., 12 pl. ). Une remarque toute particulière pour le climat En songe de Gevrey-Chambertin ( C.d’Or) dont le nom est une transcription d’« ensange ».

La facende ou faciende ( d’un pseudo-latin faciendus, « devant être fait », forgé sur facere, « faire », qui a donné l’espagnol hacienda, le portugais fazenda, etc.) désignait une métairie ou une ferme le plus souvent louée à mi-fruit, mais sans laisser de trace toponymique. On trouve dans le domaine provençal la facharié et la facharia, « redevance du métayer, d’un domaine loué à mi-fruit ». La francisation de ce dernier nom a donné la facherie ( sans accent ) pour désigner un contrat de métayage souvent employé au Moyen Âge en Provence, notamment par la Commanderie de Ruou ( Var ). La part qui revenait alors au commandeur variait de la moitié à un huitième de la récolte, en relation, semble-t-il, avec la plus ou moins grande fertilité des sols. Tous les frais d’exploitation étaient à la charge du facherius, même les semences. En revanche, il pouvait utiliser, lorsqu’elles avaient subsisté, les corvées qui revenaient à la Commanderie. Il ne subsiste aucune trace de ces facheries dans la toponymie provençale mais on trouve Les Facheries à Montflanquin ( Loiret ) et à Saint-Germain-le-Fouilloux ( Mayenne ). Notons toutefois que certaines des très nombreuses Fache(s) qui désignent en général des friches ( notamment dans le nord et nord-est de la France ) ou des parcelles de terre orientées dans le mêmes sens ( notamment dans les Ardennes ) peuvent avoir été d’anciennes « facendes » ou « facheries ».

Ce fut difficile d’en trouver une, mais voici tout de même une devinette à peu près sur le même sujet :

Une ancienne redevance payée en nature pour une utilisation particulière de terres seigneuriales cultivées ( après la récolte) ou non cultivées a laissé son nom dans l’ouest de la France à une quinzaine de micro-toponymes au singulier et au moins à un au pluriel ainsi qu’à quatre autres avec une orthographe différente. Si le mot est bien attesté dans ce sens dans le Littré, je ne l’ai trouvé dans aucun des autres dictionnaires habituels : il est aujourd’hui sorti d’usage.

Le Godefroy donne, lui, une autre variante orthographique, de même étymologie, mais avec un sens beaucoup plus général ( qui est peut-être à l’origine de quelques uns des toponymes dont il est question plus haut) dont Littré ne retiendra donc qu’une spécialisation.

Quel est ce mot ? Et, si vous le trouvez, vous trouverez aussi quelques uns des toponymes …

Ça c’est l’indice.

Les réponses sont attendues chez leveto@sfr.fr

Londres

À la demande générale de Jacques C., je me suis mis à étudier les noms des villes dans les différentes langues afin d’essayer de déterminer comment et quand ces noms ont divergé. Ma première analyse a concerné Londres, capitale du Royaume Uni d’Angleterre et d’Irlande du Nord ( il y en aura peut être d’autres, mais je ne promets rien !).

Claude Monet -Le parlement de Londres – 1904

Londres fut créée par les Romains au Ier siècle de notre ère ( les premières traces archéologiques sont datées de l’an 43 ) et c’est vers 115 dans les Annales de l’historien romain Tacite que l’on trouve la première attestation du nom sous la forme Londinium qui sera transposée en Londinion vers 150 par le géographe Ptolémée. On trouvera encore la forme Lundinium chez Ammien Marcellin au IVè siècle.

Au milieu du Vè siècle, quand sont arrivés les envahisseurs anglo-saxons, ils ont simplement adopté l’appellation antérieure avec des variantes secondaires. C’est ainsi que du Vè au XIè siècle, en vieil anglais, on trouve de très nombreuses formes, les unes simples, les autres composées : Lundene, Lundune, Lunden, Lundon, Lundenburg, Lundenwic, Lundentum.

C’est à partir du vieil anglais que sont alors formées les formes néolatines Lundenia et Lundonia, cette dernière en 730 chez Bède le Vénérable, qui aboutiront au nom actuel de la ville, London.

Au IXè siècle, le géographe anonyme de Ravenne emploie l’ablatif de lieu Londinis. L’accentuation sur la première syllabe provoquera la syncope de la voyelle brève interne pour aboutir à une forme * Londnis/Londne qui évoluera par différenciation euphonique en *Londris/Londre. C’est de cette dernière forme que procèdent le français Londres, l’espagnol Londres, l’italien Londra.

À défaut d’une étymologie latine ou germanique, on suppose que la première origine du nom de Londres a été brittonique ( celtique ). Mais aucune des étymologies celtiques avancées n’est péremptoire.

Une des plus citées fait venir Londinium d’un anthroponyme *Londinos, lui-même dérivé d’un adjectif *londo, « sauvage ».

Une autre hypothèse fait de ce nom un dérivé du celtique Llyn-din, qui signifie « ville ou fort au bord de l’eau », *lyn étant un mot celtique signifiant « étendue d’eau » et dun désignant une « colline fortifiée, une forteresse ».

D’autres hypothèses ont été proposées mais sans qu’on puisse leur accorder quelque crédit : London serait Lud-ton la « ville » ( vieil anglais tūn, d’où town ) du roi Lud » ou luna-dun, la « colline ( celtique dun ) de la Lune ( latin luna ) » ou d’autres encore.

Mes lecteurs les plus ludophiles me pardonneront l’absence de devinette. Un manque d’inspiration associé au manque de temps en sont la cause. Peut-être mardi ?

Ou alors une charade ( fabriquée du temps où j’initiais mes fils aux charades à tiroirs, c’est vous dire si elle est tordue! ) ?

Mon premier me trompe.
Mon deuxième te trompe.
Mon troisième fait comme mon deuxième.
Mon quatrième fait comme mon troisième et mon deuxième.
Mon tout est un des États unis d’Amérique.