Les indices du mardi 30 novembre 2021

Hibou Bleu et TRS ont déjà trouvé la bonne réponse à ma dernière devinette. Bravo à tous les deux ! TRA n’est vraiment pas loin, mais …

L’énoncé :

Peut-être pourrez-vous néanmoins vous amuser à chercher le nom de cette montagne de France métropolitaine ?

Son nom, en deux mots, évoque sa forme élancée et sa situation côté sombre, obscur.

Simple coïncidence, le nom de la commune sur le territoire de laquelle se trouve cette montagne évoque lui aussi une forme élancée, mais avec un mot différent.

Non loin de là se trouve un ensemble de grottes où la Vierge Marie serait apparue à deux reprises, à la fin d’une épidémie de peste, donnant lieu à un pèlerinage et à la construction d’une chapelle qui lui est dédiée.

Une famille d’artistes baroques a habité la commune, œuvrant à la décoration de nombreuses églises de la région, dont celle de la commune.

Et des indices :

■ pour la commune :

■ pour la montagne :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Ubac etc.

Ayant longé l’Ubaye lors de ma dernière devinette, je me suis intéressé aux autres toponymes issus du même adjectif latin opacus, « obscur, sombre », désignant le versant d’une vallée exposé au Nord, donc peu ensoleillé, froid et humide, peu favorable aux habitations et aux cultures, que tous les enfants qui ont bien écouté leur professeur de géographie savent qu’on appelle l’ubac — opposé à l’adret, le « bon endroit», celui qui reçoit directement les rayons du soleil.

Si ubac a fourni de nombreux toponymes, notamment dans les Alpes et le Midi, on trouve ailleurs d’autres mots comme revers, envers, etc. pour désigner le même emplacement peu ensoleillé.

Ubac

La forme la plus courante est bien ubac comme pour L’Ubac, un lieu-dit sur le versant nord de la vallée du ruisseau de Combe Bonne à Saint-Martial (Gard), la serre de L’Ubac, sur le causse Noir à Lanuéjols (Ardèche), le Mas d’Ubac à Barjac (Gard), le Bois de L’Ubac à Alboussière (Ardèche) et une cinquantaine d’autres. On doit rajouter à cette première liste les noms formés avec l’agglutination de l’article comme Lubac à Saint-Jean-de-Muzols et à Toulaud (Ardèche), à Biert (Ariège), etc. et ceux formés après une mécoupure (l’ubac donnant lu bac compris lo bac) donnant des lieux-dits Le Bac éloignés de tout cours d’eau susceptibles de rendre compte de la présence d’un bac, comme le Puy du Bac à Albepierre-Bredons (Cant.), le col du Bac à Vieussan (Hér.), Le Bac à Revens (Gard), à Firmi, Aubin et Taussac (Av.). Dans le Lot, Bach porte un nom qui semble bien être issu d’ubac tout comme  Bach au sud-est d’Espalion (Av.), le Bach à Caudiès-de-Fenouillères (P.-O.), etc.

Notons que quelquefois l’implantation de fermes à l’adret avec maintien de leur rattachement toponymique au versant opposé, en l’occurrence l’ubac, a entrainé des migrations du toponyme d’un versant à l’autre. C’est ainsi qu’on trouve des Ubac exposés au sud, comme Ubac, versant de colline dominant le hameau de Castanet à Pourcharesses (Loz.) ou Ubac à Saint-Julien-Boutières (Ardèche). Si Costubague (avec ubagua, épithète formée sur ubac) est un versant (une còsta) exposé au nord, dans la commune de Mandagout (Gard), Costubague de la commune de Lauroux (Hér.) est exposé au sud.

Une orthographe Hubac, avec un h initial non étymologique, se rencontre avec L’Hubac en Ardèche et Hautes-Alpes, Les Hubacs, aussi écrit Les Hubas à Saint-Étienne-de-Lugdarès (Ardèche), Les Hubacs à Pourcieux (Var) ou encore Les Hubats à Cournonterral (Hér.), qui combine le h parasite et le t pour c par attraction des finales en –at. Saint-Paul-sur-Ubaye (A.-de-H.-P.), une vraie mine toponymique, nous offre, outre Maljasset, plusieurs Hubac (de Melezen, de Mirandol, de Pra Chouvene, de Riouburent, de Serenne, de l’Infernet, du Longet) ainsi qu’un Hubagas (avec suffixe -as augmentatif péjoratif : on ne doit pas y voir le soleil très souvent !). D’autres formes plus rares se rencontrent comme Luba à Grambois (Vauc.) ou Ibac à Saint-Martin-Vésubie, Saint-Jean-la-Rivière et Contes (A.-M.).

Le déterminant de Saint-Michel-de-Vax (Tarn) était mentionné l’Olm ad Avac en 1175 (avec olm pour « orme »), Vaxium en 1404 et Sanctus Michael de Vac au XVIè siècle, est issu de l’occitan ubac, d’abord au singulier (ad Avac serait une mauvaise graphie d’al ubac) puis au pluriel als (u)bacs, « aux terrains exposés au nord ».

La commune d’Aubazine (Corrèze), mentionnée terra abbatis Obasinae en 1287 puis Obasina au XIVè siècle, porte un nom issu du latin opacus suffixé au féminin –ina pour (terra)*opacina, « (terre) exposée au nord » ; l’initiale Au– est une mauvaise graphie de O-.

Upaix (H.-A.), d’abord pagus Epotius sur une inscription à Ventavon, du nom d’homme gaulois Epotius variante d’Epasius, est devenu Opaga en 739, Upsal en 1241 et Upaysio en 1262 après attraction du latin opacus, qui explique le U– initial.

Les oronymes sont bien représentés comme à la Serre de l’Ubac (à Lanuéjols, Gard), au Suc de l’Ubac à Saint-Pierre-du-Colombier (Ardèche), à la montagne de l’Hubac à Andon (1581 m, A.-M.) etc. Les hydronymes sont eux aussi très nombreux avec des ruisseaux, torrents, ravins etc. portant ce nom d’Ubac, auxquels il faut bien sûr rajouter l’Ubaye déjà mentionnée.

Du même domaine de sens, on trouve le nom de Soulom (H.-Pyr.), du gascon solom, « lieu abrité du soleil ».

Revers

Du latin reversus, « retourné », donnant l’ancien français revers de même sens, ce mot a désigné le côté opposé au principal, au meilleur côté. Dans les Alpes, et plus généralement dans le Midi, il s’agit de la pente, du versant de la vallée non exposé au soleil, donc de l’ubac.

On trouve ainsi, pour n’en citer que quelques uns Revers au Vigan (Lot), Le Revers à Beaufort (Sav.), Les Revers à Courpierre (P.-de-D.), etc. et un redondant Malrevers, nom d’une commune de Haute-Loire et d’un hameau à Saint-Front dans le même département.

Une variante méridionale revèst a été formée par croisement avec vest-, de vestit, « vêtement », d’où revers de vêtement. Elle apparait dans cinq noms de communes : Revest-des-Brousses, Revest-du-Bion [ Revesto de Albionis en 1272 avec mécoupure Albion pris pour au Bion ], Revest-Saint-Martin (A.-de-H.-P.), Revest-les-Roches (A.-M.)  et Revest-les-Eaux (Var). Plusieurs hameaux portent le même nom Revest comme à Gourdon (A.-M.), à Oraison (A.-de-H.-P.), etc. ou encore au diminutif Reveston-d’Utelle à Utelle (A.-M.) ou le Revestel à Cassis (B.-du-R.).

Notons, à Chasseradès en Lozère, le Valat de Reversat, où reversat représente un ancien dérivé de revèrs, désignant, avec le suffixe collectif –at, les terres orientées vers le nord.

Envers

L’occitan envèrs, evèrs, evès, « envers, opposé au bon endroit », a lui aussi désigné le côté nord de la vallée ou de la montagne.

On trouve ainsi, pour n’en citer que quelques uns, L’Envers à La Salle (H.-A.), à Entremont, Thônes, La Clusaz (H.-Sav.), Les Envers à Jarrie (Is.) et bien d’autres. Des variantes comme les Enveyres à Ceillac (H.-A.), la Côte Enverse à Argentine (Sav.), l’Enversin à Joux (Rhône) ou à Oz (Is.) sont plus rares.

Le nom de Malviès (Aude), attesté de Malvers en 1071, de Malverio en 1108 et de Malverzo en 1119, est issu de l’adjectif occitan mal, « mauvais », qualifiant l’occitan envèrs, evèrs.

Avec agglutination de l’article apparaissent des noms comme Lévès à Lacaze (Tarn), Lébès à Castres (id.), Lembeye à Lasseube (P.-A.) et d’autres.

De l’envers à l’hiver, la frontière est floue et certains toponymes en sont le reflet. Ainsi de Uvernet-Fours (A.-de-H.-P.), sur la rive droite du Bâchelard, au bas des pentes exposées au nord-ouest, qui doit son nom à l’occitan envers, evers, « partie d’une vallée exposée au nord », accompagné du diminutif –et,  qui a subi l’attraction de l’occitan local uvèrn, « hiver » (attesté dans le Trésor du Félibrige). D’autres toponymes sont encore plus difficiles à interpréter comme ces Évernas et Yvernaux que Xavier Gouvert, dans sa thèse soutenue à Paris IV en 2008, estime représenter des pâturages d’hiver, ne le sont pas forcément tous : l’Évernas de Jeansagnière (Loire), comme l’Éversin tout proche, sont des versants boisés en ubac qui ne ressemblent pas à des prés d’hiver, tout comme les Yverneaux de Saint-Jean-la-Vêtre (id.). On verrait mieux dans ces noms des envers ou évers ayant subi l’attraction d’hiver. De la même façon, Malivert à Saint-Julien-de-Beauchêne (H.-A.) est un mal-evèrs, « mauvais versant », qui a subi l’attraction de l’occitan ivèrn, « hiver ». Selon E. Nègre (TGF*), le nom de Livernon (Lot) serait issu de l’adjectif ivernós, « exposé au nord » (attesté dans le Dictionnaire Occitan-Français de Louis Alibert, 1965).

L’occitan avèrs n’est pas, comme en français, le contraire de « revers » : il désigne ce qui est opposé (latin adversus) à l’endroit, à l’adrech, c’est donc un synonyme d’ubac. On retrouve ce nom dans celui de quelques Avers à Bersac (Gers), à Sommant (S.-et-L.), du Bois de l’Avers à Saint-Laurent-les-Bains (Ardèche), des Avers à Savilly (C.-d’Or), du Mont d’Avers à Lalley (Is.) etc. Des variantes comme L’Avès à Chambonas (Ardèche) ou Lavès à Venteuges (H.-L.) sont plus rares. En pays de langue d’oïl, l’Averse Côte de Beaulieu, à Bar-le-Duc (Meuse), doit son nom à l’adjectif féminin averse, « exposé au nord ».

Les corses Inversu (à Loreto-di-Tallano), Ambarscia ( à Bocognano ) et Unverccia ( àCardo-Torgia) semblent être des variantes de ce même envèrs.

PS : et tout ça, sans côté obscur mentionner une seule fois j’ai.

Sérieux manque d’inspiration pour une devinette … et le temps me manque.

Peut-être pourrez-vous néanmoins vous amuser à chercher le nom de cette montagne de France métropolitaine ?

Son nom, en deux mots, évoque sa forme élancée et sa situation côté sombre, obscur.

Simple coïncidence, le nom de la commune sur le territoire de laquelle se trouve cette montagne évoque lui aussi une forme élancée, mais avec un mot différent.

Non loin de là se trouve un ensemble de grottes où la Vierge Marie serait apparue à deux reprises, à la fin d’une épidémie de peste, donnant lieu à un pèlerinage et à la construction d’une chapelle qui lui est dédiée.

Une famille d’artistes baroques a habité la commune, œuvrant à la décoration de nombreuses églises de la région, dont celle de la commune.

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr