Dūnum, une autre colline gauloise

Je poursuis mon exploration des vestiges gaulois dans la toponymie française, entamée avec le marais (bracu), poursuivie avec le gué (ritum), le pont (briva) et une première colline (briga), par un nouveau mot pour désigner une hauteur : dūnum.

Le radical indo-européen *dhun-, associant un relief et un habitat défendu (cf. la « dune », les Downs anglais, pays de collines, et town, la ville anglaise, parfois simplement réduite au suffixe -ton), est à l’origine d’une racine celtique *dhuno dont le premier sens aurait été « clôture, zone enclose », d’où le gaulois  dūnum qui a pris le sens de « citadelle, enceinte fortifiée » et, par métonymie, celui de « colline, mont » puisque la plupart de ces citadelles étaient bâties sur des hauteurs — dunum enim montem trouve-t-on dans le glossaire de Vienne.

Comme le suggère le titre de ce billet, je m’en tiendrai ici au dūnum gaulois, laissant de côté les autres dérivés comme le brittonique din ( Dinan et Dinard), le moyen néerlandais dune (Dunkerque), etc.

Les toponymes français issus de ce dūnum gaulois sont trop nombreux pour être tous cités ici, néanmoins on peut envisager d’en effectuer une espèce de classement lexicologique accompagné d’exemples.

krapahutt
Attention! Une fois de plus, la route est longue!

Dūnum utilisé seul

  • sans suffixe :

Dun (Ariège, de Duno en 1034) est la seule à ne pas avoir de déterminant contrairement à D.-sur-Auron (Cher), D.-le-Palestel (Creuse, du nom des seigneurs du XIIè siècle), D.-le-Poëlier (Indre), D.-sur-Meuse (Meuse), Dun-les-Places (Nièvre, longtemps orthographié Dhun-les-Places) et Dun-sur-Grandry (Nièvre).

Avec une orthographe modifiée pour des raisons qui nous échappent, on trouve le nom de Dung (Doubs, Dun en 1312) et de Dom-le-Mesnil (Ardennes, de Duno en 1229 et Don en 1335, avec peut-être l’attraction de dom).

chateaudunOn trouve ce même dun en tant que déterminant dans de nombreux noms comme Liny-, Villers- et Lion- toutes trois -devant-Dun dans la Meuse (en référence à D.-sur-Meuse), ou Mussy-, Anglure-, La-Chapelle-, Chassigny- et Varennes– toutes cinq –sous-Dun dans la Saône-et-Loire (en référence à l’ancienne citadelle de la montagne de Dun détruite en 1181) ou encore dans Neuilly-en-Dun (Cher). Fontaine-le-Dun  et La-Chapelle-sur-Dun (Seine-Mar.) font référence au Dun, fleuve côtier qui doit son nom au Bourg-Dun.

  • avec suffixe :

On trouve deux diminutifs avec Duneau (Sarthe, Dunellum en 1010) et Dunet (Indre, Dun au XIIIè siècle puis Dunetum en 1327) et deux dérivés avec Dunières (H.-Loire) et Dunière-sur-Eyrieux (Ardèche, Duneria en 1020).

Dūnum utilisé en composition avec une voyelle de liaison

Comme souvent en gaulois, un -o- de liaison se trouve entre les deux éléments du nom composé ; cette voyelle sera accentuée et fournira alors le plus souvent, après chute du -d-, des terminaisons en – on ou voisines de -on. Dans quelques cas, la voyelle de liaison ne sera pas accentuée et fournira des terminaisons en -don. Les premiers éléments peuvent être très variés :

  • gaulois are-, « devant » : Ardon (Jura, Loiret), Arzon (Morb., Ardon en 836), Ardin (D.-Sèv., Areduno vico au VIIè siècle) et Ayron (Vienne) — dans ces noms, are-ó-dunum qui aurait pu évoluer en ar(e)ó(d)un pour fournir *Aron a été traité comme  *ardonum avec persistance du d ;
  • pré-celtique *cala, « abri sous roche » : Châlons-du-Maine (Mayenne, Caladunno en 710) à distinguer des homonymes Châlons-en-Champagne (Marne, du nom des Catalauni) et Châlons-sur-Vesle ( Marne, du nom d’homme gaulois Cabellius) ;
  • gaulois cambo, « courbe (de rivière ) » : Campbon (Loire-Atl., Cambidonno sur une monnaie mérovingienne), Champéon (May.) et Chambéon (Loire) ;
  • gaulois eburo, « if » : Averdon (L.-et-C., Everdunensis au VIè siècle ), Averdoingt (P.-de-C., Averdun en 1142) ; cf. Embrun plus bas et le billet consacré à l’if.
  • gaulois verno, « aune » : Vernon (Eure, Vienne ) ;
  • gaulois briva, « pont » : cf. la série des Brion vue à l’article correspondant ;
  • gaulois cassi, « agréable » : Chaudon (E.-et-L., Casdon en 820 puis attraction de chaud) ;
  • gaulois ollo, « grand » : Olendon (Calv.)
  • gaulois visu, « digne » : Vézézoux (H.-Loire, Vesedoni au XIè siècle, puis passage habituel du d au z en occitan) ;
  • gaulois banatlo, « genêt  » : Balan (Ain, Balaon en 1187 ; Ardennes), cf. Balazuc plus bas ;
  • gaulois glano, « pur » ou glanna, « rive » : Glandon (H.-Vienne) sur la Boue et la Boucheuse ;
  • gaulois grava, « gravier » : Gravon (S.-et-M., Kravedonum au XIè siècle) ;
  • du gaulois medlo-, mello- , « colline » : Meudon (H.-de-Seine, Moldon en 1154) et Mions (Rhône, métropole de Lyon, Metdono au Xè siècle) ; cf. Melun plus bas.
  • gaulois lati, « héros » ou nom d’homme gaulois Lattus : Ladon (Loiret) ;
  • gaulois ver-nemento, « grand sanctuaire » : Vermenton (Yonne, Vermentonnus en 901) : on est passé de *vern(e)ment-ó-dunum à * vermentodunum puis *vermento(d)on.
  • latin cervus, « cerf » : Cervon (Nièvre, Cervedunum au VIè siècle) montre que dunum était encore vivant au VIè siècle — on parlait encore le gaulois en ce temps-là  dans certaines contrées reculées non complètement romanisées.

EPSON scanner Image

On retrouve ce dunum associé à des noms de personne :

  • gaulois : Le Bardon (Loiret, de Barus), Barzun (P.-Atl., de Barus avec -d- passant au -z- en occitan),  Bouthéon (Loire, de Boddi, aujourd’hui fusionnée avec Andézieux), Brancion (S.-et-L, à Martailly-lès-Brancion, de Brancus), Chaumont-le-Bois (C.-d’Or, Casmuum en 1085, de Casamo) et Lons-le-Saunier (Jura, de Litu) ;
  • romains : Bresdon (Ch.-Mar., de Briccius), Courson (Yonne, Curcedonus au VIè siècle, de Curtius), Ébréon (Char., Ebredonus en 868, d’Eburus) et Rhodon (L.-et-C., Rausidonem au VIè siècle, peut-être d’Arausio avec chute du A- initial ).

L’association la plus connue mais sans doute la plus controversée est sans doute celle qui a donné son nom à Lyon. La ville est en premier lieu attestée Lugudunum au Ier siècle av. J.-C., nom qui sera repris tel quel par Sénèque au IIè siècle puis passera à Lugdunum, Lyons en en 1292 et enfin Lyon en 1334. S’appuyant sur une source grecque du IIIè siècle av. J.-C. qui traduit lougos par « corbeau », l’hypothèse a été émise que le nom de Lyon signifiait « montagne aux corbeaux », mais c’était oublier que le gaulois avait branno pour désigner le corbeau et que ce lougos ne se retrouve dans aucune langue celtique. Depuis le XIXè siècle, celtomanie aidant, on a proposé une étymologie d’après le nom du dieu  solaire Lug (continué par les figures mythologiques insulaires de Lug en Irlande et de Lleu en Galles), auquel un culte aurait été voué sur la colline. L’archéologie n’a pas (encore?) permis de valider cette hypothèse, d’autant plus fragile qu’une seule inscription dédiée à ce dieu a été retrouvée sur tout le monde romain, à Luzaga en Espagne. En revanche, le même nom Lugdunum se retrouve dans la Gaule  comme à Lion-en-Beauce (Loiret), Laon (Aisne, ecclesia Lugdunensis en 549) ou encore à Loudon (à Parigné, Sarthe, Lucdunum au IXè siècle) ce qui inciterait à voir dans le premier élément un appellatif descriptif gaulois, peut-être lugo, leuca, « marais, marécage », de l’indo-européen *leug-, *lug-, « noirâtre ; marais ». D’autres étymologies  moins étayées ont été proposées mais il n’est pas question de toutes les citer ici.

Dūnum utilisé en composition sans voyelle de liaison

Chose rare en gaulois, l’appellatif dunum a été souvent joint sans voyelle de liaison à un autre terme : dans ces cas-là, le -d– initial de dunum ne disparait pas et fournit alors le plus souvent des terminaisons en –dun. On peut citer des compositions avec :

  • particule gauloise intensive ver-, donnant le sens de « super-forteresse » :  Verdun ( Ariège, Meuse), V.-en-Lauragais (Aude), V.-sur-Garonne (T.-et-G.), V.-sur-le-Doubs (S.-et-L.) et de nombreux micro-toponymes sur tout le territoire (à Quins dans l’Aveyron, à St-Guilhem-le-Désert dans l’Hérault, à St-Sauveur dans la Drôme, etc.). Château-Verdun (Ariège) et Montverdun (Loire) se rattachent à cette série ;
  • adjectif gaulois uxello, «élevé » : Exoudun (D.-Sèvres, Exuldunus en 872), Issoudun (Indre, Uxelodunum en 984), Issoudun-Létrieix (Creuse) et le Puy d’Issoudun ( à Vayrac, Lot) ;
  • adjectif gaulois novio, « nouveau » : Neung-sur-Beuvron (L.-et-C., Noviodunum au Ier siècle av. J.-C.), Nouan-le-Fuzelier (L.-et-C.) et Nouan-sur-Loire (L.-et-C.). Dans ces trois exemples, le -d- a fini par tomber ;
-Nouan-le-Fuselier-Relais-Solognot
Nouan-le-Fuzelier (Loir-et-Cher)
  • gaulois bodi, « victoire » : Bézaudun-les-Alpes (Alpes-Mar., in Besaldu en 1155), Bézaudun-sur-Bîme (Bosidunum en 739,, Drôme) et quelques micro-toponymes ;
  • gaulois magos, « marché » donc « marché fortifié » :  Médan (Yv., Magedon au IXè siècle), Mauzun (P.-de-D., Magdunio en 1207, avec passage du -d- au -z- en occitan), Mehun-sur-Yèvre (Cher, Magdunense castrum en 1085) et Meung-sur-Loire (Loiret, pago Magdunense en 651) ;
  • pré-celtique ròc, « rocher » : Roquedur (Gard, Rocdun en 1156, puis attraction de l’adjectif dur) ;
  • adjectif gaulois caleto, « dur » : Chaudun (Aisne, Caudunum en 1188)  et Chaudun (à Rabou, H.-Alpes) ;
  • gaulois esca-, isca-, « eau » : Achun (Nièvre, Scaduno en 1130, les eaux sont celles de l’Alnain qui traverse le village) ;
  • du gaulois banatlo, « genêt » : Balazuc (Ardèche, Baladuno en 1275, avec passage habituel en occitan du -d- au -z- ) ; cf. Balan plus haut.
balazuc
Balazuc (Ardèche)
  • latin aquila, « aigle » : Aiglun (A.-Mar. et A.-de-H.-P.) ;
  • gaulois eburo, « if » : Embrun (H.-Alpes ) déjà vu à l’article consacré à l’if. Cf. Averdon plus haut.
  • gaulois medlo-, mello- , « colline » : Melun (S.-et-M., Melodunum, Mecledone, Metlosedum chez César puis Mecledonense castrum au VIè siècle, Milidunum en 999). Le  medlo-, mello-, « colline » a d’abord était accompagné par le gaulois sedo-, « siège » ( cf. Sidobre ) puis par le gaulois dunum, « forteresse ». Dans *medlodúnum le second –d- disparait pour donner Meleun vers 1222 puis Melun. Cf. Meudon plus haut.
  • gaulois *savartos, restitué d’après l’oïl savart, « terre inculte, friche » : Saverdun (Ariège) ;
  • gaulois ianton, « désir » : Jandun (Ardennes) — étymologie non assurée ;
  • gaulois sego, « force » : Suin (S.-et-L., Sedunum au XIè siècle) avec la butte de Suin.
  • latin turris, « tour » : Tourdun (Gers) — le premier élément pourrait être le pré-celtique *turno, « hauteur, éminence » mais il est difficile de trancher sans formes suffisamment anciennes.

Comme pour la série précédente on retrouve des composés avec des noms d’homme :

  • gaulois : Ahun (Creuse, d’Agedo, « figure, visage »), Gavaudun (L.-et-G., de Gabalus, ethnique), Arthun (Loire, d’Artos, « ours »), Vesdun (Cher, de Vecisus ) ;
  • romains : Laudun (Gard, de Laucus), Lauzun (L.-et-G., idem avec passage du -d- au -z- habituel en occitan), Loudun ( Vienne, id.), Montlauzun (Lot, id.), Monlezun et Monlézun -d’Armagnac (Gers, id.) ainsi que Autun (S.-et-L, Augustodunum au Ier siècle, du nom de l’empereur Auguste) et Hostun (Drôme, id.).

On notera les noms composés à l’époque gallo-romaine avec le nom de l’empereur Auguste ou avec son titre César ( le nom complet de l’empereur était Caius Iulius Otauianius Augustus). On a délà vu Autun et Hostun auxquels on peut ajouter Caesarodunum, l’ancien nom au Ier siècle de Tours (I.-etL.). « (…) la coutume antique relative aux noms de ville contenant un anthroponyme consistait à donner soit le nom du fondateur réel, soit, au temps de l’Empire, celui du princeps dont il était le représentant (…) » (Caesaredunum : propositions sur l’origine du nom antique de Tours, par R. Bedon, Bull. de la Soc. Archéol. de Touraine, Tours, 2001, p.85). Quant à l’hybridation onomastique, « (…) l’explication la plus vraisemblable est qu’il ne s’agissait pas de la part des vétérans d’une idée totalement originale, mais de l’association d’une coutume gauloise existant de longue date, et de souvenirs rapportés de leurs campagnes. » (ibid. p.87).

Je pensais faire court mais, emporté par mon élan, je suis allé comme d’habitude au bout des choses, ne laissant de côté que deux ou trois toponymes controversés voire sans étymologie assurée selon les spécialistes eux-mêmes. Désolé pour la longueur du billet!

cdl5

Les devinettes

La fabrication de devinettes n’est pas chose facile, surtout quand on le fait pour des joueurs aguerris connaissant tous les trucs et astuces et tous les recoins de la toile où dénicher la solution. Renonçant à faire trouver un toponyme assez connu pour qu’en quelques clics l’affaire soit pliée, j’ai cherché plus compliqué. Et j’ai trouvé.

Il vous faudra trouver les noms de deux pays (au sens de pagus du haut Moyen Âge), formés sur les noms de deux villages aujourd’hui disparus et sans autre descendance toponymique que le nom du pays. Les noms des deux anciens villages sont bien entendu formés du dunum gaulois précédé d’un premier terme monosyllabique. Les noms des deux pays sont formés sur celui des villages avec le même suffixe assez courant pour ce faire. Les deux pays sont distants d’une centaine de kilomètres.

Toponyme A :

  • le premier terme du nom composé est un radical  indo-européen signifiant « sur, au-delà » ;
  • possède sa propre page wikipedia et apparait comme déterminant dans le nom de son bourg principal et de deux petits villages (màj 20/07/20à 09:00);
  • le bourg principal possède un château homonyme de celui d’un célèbre héros de cape et d’épée.

Toponyme B :

  • le premier terme du nom composé est un radical indo-européen signifiant « se tenir debout ; poser » ;
  • ne possède pas de page wikipedia et n’apparait que très rarement sur internet ;

MAJ : une page wiki est consacrée à ce pagus mais son nom est écrit avec une consonne supplémentaire qui m’a trompé et cette forme est un peu plus présente que l’autre sur la toile.

  • c’est pourtant dans ce petit pays que se sont déroulés deux évènements majeurs de la Révolution française, à à peine plus d’un an et moins de quarante kilomètres d’intervalle.

 

Le temps me manque pour chercher des indices convenables : il vous faudra patienter jusqu’à mardi. Bonne chance !

Et champagne pour celui qui me donne les solutions!

Réponses attendues chez leveto@sfr.fr

Zone rouge

Avec une semaine de retard, je commémore à ma façon le 11 novembre 1918 en m’attachant aux villages de la zone rouge, morts pour la France et jamais reconstruits pour la plupart. Un billet du blog Langue sauce piquante nous en parlait récemment.

Il ne sera pas question, sur ce blog consacré à la toponymie, de leur histoire mais de leur nom. Les voici donc, présentés par départements comme sur la fiche wiki. La liste est longue mais il était impossible d’en laisser de côté.

Aisne

  • Ailles : Aquila en 1224 a repris le nom de l’Ailette, affluent gauche de l’Oise noté Aquila fluvius en 877, de l’adjectif latin ăquĭla ( ăqua ), « (eau ) d’un brun noirâtre ». La rivière prendra par la suite le suffixe diminutif –ette, sans doute pour la différencier du village.
  • Beaulne-et-Chivy : Belna en 1191, du gaulois Belena, adjectif féminin tiré de Belenos, dieu gaulois assimilé à Apollon. Chiviacum en 1213, du nom d’homme gaulois Cavius et suffixe possessif -acum.
  • Courtecon : du latin cortem, « domaine » et du nom d’homme germanique Acco.
  • Crandelain-et-Malval : Cruandelein en 1136, probablement du nom d’homme germanique Chrodolenus ou bien du même radical gaulois *grava, « gravier », que pour Craonne, accompagné du nom d’homme gaulois Andolenus. Malval est la « mauvaise vallée ».
  • Moussy-sur-Aisne : du nom d’homme latin Moccius accompagné du suffixe possessif -acum.
  • Vauclair-et-la-Vallée-Foulon : « vallée claire ». Foulon, du nom d’homme germanique Folo.
  • Craonne : Grauhenna au IXè siècle et Creunna en 1000, sans doute du gaulois grava, « gravier » et suffixe gaulois –enna ( comme pour Ardennes ) avec attraction tardive des suffixes en –onne.
  • Cerny-en-Laonnois : du nom d’homme latin Cernius et suffixe possessif –acum. Laonnois : le pays de Laon, noté ecclesia Lugdunensis en 540, du nom du dieu gaulois Lug et dunum, « forteresse », comme Lyon.
  • Allemant : d’une ancienne colonie rurale ou d’un poste militaire tenu par des Alamans.

Marne

  • Hurlus : cf. cet article.
  • Le Mesnil-les-Hurlus : du latin mansionile, « maison de paysan, habitation avec portion de terre ».
  • Perthes-les-Hurlus : du nom de femme germanique Perrata ou de Perta, divinité gauloise des jardins clos.
  • Ripont : Rivi pons, « le pont du ruisseau »
  • Tahure : Tahur au XIIè siècle d’origine incertaine. Pourrait être un ancien Tapuria ( villa ), après la transformation du p intervocalique en v ( comme sapere a fait « savoir ») suivi de son amuïssement. Tapuria est un adjectif féminin tiré du nom d’homme latin Tapurius, attesté par ailleurs.
  • Moronvilliers : Muronis villare en 1066, du nom d’homme germanique Moro et latin villare, « ferme ».
  • Nauroy : Nueridum vers 850, du latin nucarium, « noyer », et suffixe collectif –etum.

Meurthe-et-Moselle

  • Regniéville : du nom d’homme germanique Ragino et ville, ancien français pour domaine, village.
  • Remenauville : du nom d’homme germanique Ramenoldus et ville.
  • Fey-en-Haye : Faix en 1305, du latin fagus, « hêtre », et suffixe collectif -etum. Haye de l’ancien français « haie » ou, plus exactement, « bois entouré d’une haie », lui-même du francique *hagja. Cf. cet ancien billet.
  • Flirey : Flery en 1551, soit du nom d’homme germanique Filricus soit du nom d’homme latin Fleurus avec suffixe –acum.

Meuse

  • Beaumont-en-Verdunois : « belle colline ». Verdun, des gaulois *uer, « sur-, super- » et dunum, « citadelle, forteresse ».
  • Bezonvaux : du nom d’homme germanique Biso et du latin vallis, « val ».
  • Cumières-le-Mort-Homme : Commenarias en 701, du latin communis, « commun » et suffixe –aria, désignant des terres appartenant à une communauté. Le Mort-Homme ( nom d’une colline rajouté en 1922 ) est un ancien « mort orme ».
  • Douaumont : sans doute du nom d’homme germanique Deudanus et latin montem, « colline ». L’origine selon le nom gaulois deva ou deoua donné à certains cours d’eau divinisés n’est pas assurée. Il existe bien la Doua, un ruisseau affluent de la Meuse, mais elle coule loin de Douaumont.
  • Fleury-devant-Douaumont : du nom d’homme latin Fleurus et suffixe possessif –acum.
  • Haumont-près-Samogneux : Haudimons en 1049 puis Altus mons en 1127. Du nom d’homme germanique Haldo modifié par paronymie en altus, « haut ». Samogneux, noté Samongea en 1049, provient du nom d’homme latin Samonus et suffixe possessif –acum.
  • Louvemont-Côte-du-Poivre : Luponis mons en 991, du nom d’homme germanique Lupo et latin mons, « montagne ». La Côte-du-Poivre ( nom rajouté en 1922 ) : il faut sans doute voir dans ce Poivre le nom d’homme latin Piper qui aurait donné un Pipera( villa ) comme pour Poivres dans l’Aube.
  • Ornes : du nom de la rivière Orne, affluent de la Moselle, dont l’étymologie est incertaine.
  • Vaux-devant-Damloup : du latin vallis, « vallée ». Damloup, Domus Lupus en 1040, vient du latin domnus, « saint » et Loup, qui peut faire allusion à plusieurs saints.
  • Vauquois : pourrait être une ancienne vallis quietum, « vallée tranquille », ou une ancienne vallis Quadensis, « vallée des Quades », un peuple germain aujourd’hui encore assez méconnu.

Nord

  • Bailleul : du nom d’homme latin Ballius associé au gaulois ialo, « clairière défrichée, champ ».
  • La Bassée : dérivé de l’adjectif bas, désignant un bas-fond.

Pas-de-Calais

  • Mazinghein : du nom d’homme germanique Maso et suffixe –inghem. Pour le suffixe voir ce billet

Somme

  • Fay : Fayetum en 1145, du latin fagus, « hêtre » et suffixe collectif -etum.

En mémoire de mon grand-père paternel qui y fut blessé en 1916, m’est venue l’idée de vous demander de trouver ce village, en rapport avec le sujet du jour, qui porte un nom composé d’un nom et de son diminutif.

Ce même nom sans déterminant est celui de quatre communes françaises et, avec un déterminant, en désigne neuf autres sans compter celle qui nous intéresse. Toutes sont situées au-dessus de la Loire.

Par paronymie, ce nom a pu être mal interprété comme étant dérivé de celui d’un végétal qui a fait l’objet d’un billet.

Je ne vois pas quel indice pourrait vous être utile, sauf à vous livrer une carte d’état-major.

PS pour les curieux. Avec son éclat d’obus dans le biceps, mon grand-père a bénéficié d’une permission pendant laquelle fut conçu mon père. Il n’en avait pas pour autant fini avec la guerre, qu’il termina à Salonique où il attendit qu’on veuille bien le ramener à la maison. Il n’aimait pas trop parler de tout ça.