Connaissez-vous bien Don Diègue ?

C’est en 1475, à Almagro (Castille, Espagne) que naquit Diego, bâtard de Juan de Montenegro, plus tard connu comme Diego de Almagro. En 1514, il se rendit sur le Nouveau Monde où, dix ans plus tard, il s’associa avec  Francisco Pizzaro pour partir à la conquête de l’empire inca, qui deviendra ce qu’on appelle aujourd’hui le Pérou. La suite de ses aventures, que je vous laisse découvrir en   détail en suivant ce lien, l’amenèrent au Chili avant qu’un violent conflit avec les Incas ne l’oblige à revenir à Cuzco pour aider Pizzaro. De traîtrise en parole donnée puis reprise, cela se passa fort mal entre les deux hommes et Diego de Almagro fut finalement exécuté sur ordre de Pizzaro le 8 juillet 1538. Son fils, né d’une amérindienne du Panama en 1522 et appelé lui aussi Diego de Almagro, fut empêché de recevoir son héritage par Pizzaro mais, aidé par d’anciens partisans de son père, il parvint à le vaincre et à le faire assassiner. Cependant, le roi ayant nommé entre temps un nouveau gouverneur du Pérou, Diego de Almagro fils fut arrêté et exécuté à son tour en 1542.

Pourquoi vous parlé-je de tout ça ? Parce qu’au Chili, dans la province de Chañaral de la région d’Atacama, une ville, d’abord connue sous le nom de Pueblo Hundido, porte depuis 1977 le nom de Diego d’Almagro, en hommage au conquistador. Toujours au Chili, mais dans la région antarctique, une île de l’archipel de Hanovre, d’abord appelée île Cambridge, a pris elle aussi le nom de Diego de Almagro. Les militaires chiliens alors au pouvoir étaient pris, comme souvent, d’une fièvre néo-toponymiste.

Ailleurs dans le monde, d’autres Diego ont laissé leurs traces toponymiques.

Qu’on se souvienne de la malgache Diego-Suarez (répàladev du 14 janvier 2017), qui doit son nom à Diego Dias, premier européen à apercevoir les côtes malgaches en 1500 et à Fernando Suarez, premier européen à pénétrer dans la baie en 1506.

Un atoll de l’archipel des Chagos dans le nord de l’océan Indien (revenu à l’Île Maurice en novembre 2024) porte le nom de Diego-Garcia, nom donné par Diego García de Moguer lui-même (1484-1544), un Espagnol au service des Portugais qui, en 1544, a mené une expédition  et a redécouvert l’archipel des Chagos.

Diego-Garcia : et bien sûr les Américains y ont chié une base aérienne

Mais ce n’est pas tout : des Diego, en veux-tu ? en voilà !

Diego Ibarra est une municipalité du Venezuela qui doit son nom au général Diego Ibarra (1798-1852, wiki esp.), héros de la guerre d’Indépendance.

Diego Lamas est une localité uruguayenne qui doit son nom au général Diego Eugenio Lamas (1810-1868, wiki esp.).

Diego Martin est une ville de Trinité-et-Tobago, baptisée en hommage à un explorateur espagnol appelé don Diego Martin.

La ville espagnole Diego del Carpio  (Castille-et-León) est née en 1976 de la fusion de Diego Alvaro avec Carpio Medianero.

Enfin, en revenant en Antarctique, on trouve, côté chilien, l‘île Diego, les Îles Diego Ramirez et côté argentin, le Cap San Diego, qui rendent hommage à l’explorateur Diego Ramirez de Arellano.

Portant comme prénom une variante de Diego,  le navigateur portugais Diogo Rodriguès (1500-1557, wiki), explorateur de l’océan Indien, a laissé son nom à l‘île Rodrigues qu’il a découverte en 1524 (de Diego à Rodrigue, rien de plus logique …).

En France, Diègue apparait dans le nom de l’Anse à Diègue à La Trinité (Martinique) et dans celui du Parc Diègue à Meslin (Morbihan).

Tout cela est bien beau, me direz-vous, mais d’où sort donc ce prénom Diego ?

Diego est l’aboutissement en espagnol, comme Diègue l’est en français, du nom latin Didacus, en français Didace, prénom aujourd’hui tombé en désuétude. La chute habituelle du d intervocalique a fait passer Didacus à *Diacus puis l’affaiblissement du c en g a abouti à Diègue ou Diègo. Plusieurs hommes d’église on porté ce nom comme le bienheureux Didace ou Diego d’Azevedo, mort en 1207 et Didace de Ségovie aussi appelé Diego d’Alcalà, mort en 1463 et canonisé en 1568.  Vous voyez où je veux en venir ?

Saint-Didace est le nom d’une ville du Québec (Canada), baptisée en 1863 d’après saint Didace de Ségovie. Et c’est aussi, mais peu de gens le savent, le nom d’un lieu-dit de Valognes, dans la Manche (France).

Les toponymes utilisant le nom espagnol sont plus nombreux, en commençant par les villes de San Diego en Californie (USA), siège du comté de même nom, nommée le 12 novembre 1602 par le cartographe Sebastian Vizcaíno en hommage à saint Diego de Alcalà dont c’était le jour consacré (c’est évidemment par erreur qu’on traduit parfois Diego par Jacques ou James et qu’on assimile San Diego à Santiago – comme le fait l’Oxford Dictionnary of World Place Names, cf. ma bibliographie) et de San Diego au Texas (USA), siège du comté de Duval, et en poursuivant avec San Diego en Colombie (département de César), San Diego au Vénézuela (dans l’état de Carabobo, fondée sous le nom de San Diego de Alcalà, et dans l’état de Falcón) et San Diego de Cabrutica toujours au Venezuela (dans l’état de Anzoátegui). Un volcan du Salvador a reçu, lui aussi, le nom de San Diego.

La devinette

Je vous propose de partir à la recherche d’un toponyme de France métropolitaine qui porte le nom, issu du latin Didacus, d’un de ses anciens propriétaires ou exploitants.

Je précise d’emblée que ce toponyme, qui est pourtant bien présent sur la carte IGN actuelle, sur la carte d’état-major et sur le cadastre napoléonien, ne figure pas dans le fichier FANTOIR.

Il est situé sur une commune qui a été citée sur ce blog, avec trois homonymes, à propos de l’homme qui leur a donné son nom, d’origine latine.

Le canton porte le nom de son chef-lieu associé au nom du pays, soit une association d’un terme lié au défrichement et d’un terme lié au couvert végétal. Ces deux noms ont été vus et expliqués sur ce blog.

Le chef-lieu d’arrondissement a été lui aussi vu ce blog, notamment pour son blason.

Je vous propose cet indice deux-en-un, pour la commune et pour le chef-lieu d’arrondissement :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Diego-Suarez ( RALD)

Ma précédente devinette a fini par être résolue par la plupart de mes lecteurs habituels.

Il fallait trouver la ville malgache de Diego-Suarez, dans la baie du même nom.

Le tout premier nom de Diego-Suarez ou Antsiranana est Antomboko, qui signifie « troué, perforé », nom dû à cette baie naturelle qui s’étend sur 156 km. C’est la deuxième plus grande baie au monde après celle de Rio de Janeiro. Elle possède aussi son « pain de sucre », appelé Nosy Lonjo.

La ville retrouve son nom malgache d’Antsiranana (en malgache : le port) dans les années 1970 dans le cadre de la politique de malgachisation prônée sous la Deuxième République. Néanmoins, l’ancien nom demeure courant.

( wiki.)

Sous le double nom de Diego-Suarez se cachent deux navigateurs portugais de la fin du XVè et du début du XVIè siècles partis sur la route des Indes en doublant le cap de Bonne-Espérance.

Le premier a été identifié comme étant Diego ou Diogo Dias, dont on sait peu de choses, mais qui est réputé pour être le premier Européen à avoir aperçu les côtes malgaches le 10 août 1500, sans qu’on soit sûr qu’il y débarquât. On connaît la date précise car les Portugais, comme les Espagnols, nommaient leurs découvertes du nom du saint du jour : Diego Dias baptisa São Lourenço la contrée qu’il côtoyait. Pourquoi a-t-on choisi de donner son prénom et pas son nom à la ville ? Sans doute parce que le patronyme Dias était porté par son frère aîné, Bartolomeu, qui s’était rendu célèbre en doublant le cap de Bonne-Espérance. Faute de pouvoir se faire un nom, Diego préféra se faire un prénom.

Le second est Fernando Soares ( ou Suarez) qui fut le premier Européen à entrer dans la baie en 1506 et à débarquer sur l’île pour s’emparer d’esclaves.

Venons-en maintenant à la polémique. Une autre théorie fait appel à un autre explorateur portugais, un certain Diego Suarez, qui aurait découvert  — ou plutôt redécouvert — la baie en 1543. Cette théorie manque malheureusement de sources crédibles.

Examinons soigneusement cette carte :

baie diego suarezOn aperçoit, au nord de l’entrée de la baie, deux îles nommées Suarez et Diego. Le fait qu’elles portent les mêmes noms que la ville, mais cette fois séparés, semble  démontrer qu’il s’agit bien de deux personnages différents.

Les curieux pourront consulter cette étude sur la « découverte » de Madagascar par les Portugais.

images

Les indices :

Ces deux-là travaillaient ensemble, le premier sous les ordres du second : Suarez était amiral de la flotte portugaise, Diego Dias n’était que capitaine.

La baie de Diego-Suarez est la deuxième plus grande du monde après celle de Rio-de-Janeiro et avant celle de Terre-du-Haut ( archipel des Saintes en Guadeloupe). Chacune de ces baies est pourvue d’un pain de sucre. L’indice en photo montrait celui de Terre-du Haut, voici celui de la baie de Diego-Suarez :

pain-de-sucre-diego-suarez

La jolie image du mardi représentait Manuel Ier, roi du Portugal du 27 octobre 1495 jusqu’à sa mort le 13 décembre 1521, sous le règne duquel eurent lieu les grandes explorations de la flotte portugaise ( Vasco de Gama pour la route des Indes, Pedro Cabral pour le Brésil, etc.).

La jolie chanson du mardi ( Pirate des Naufragés  ) faisait bien entendu référence aux pirates de tous bords qui se réfugiaient voire s’établissaient à Madagascar. Le « petit plus » que personne n’a trouvé ( waouh! ça fait du bien !) est que cette chanson a été enregistrée sur un album intitulé Libertalia. Et Libertalia est  le nom d’une colonie libertaire ( vous pensez bien que je ne pouvais pas passer à côté!) fondée par des pirates sur l’île de Madagascar, qui aurait existé pendant environ vingt-cinq ans à la fin du XVIIe siècle, sans que l’on sache vraiment s’il s’agit d’une réalité ou d’une légende. Voyez wikipedia.

Le joli (n)avion du mardi :  il s’agissait d’un Potez 28, dont seuls deux exemplaires auront été fabriqués. C’est à bord d’un de ces avions que Ludovic Arrachart battit  le record international de distance de vol, en ligne droite, sans ravitaillement, soit 4 305 km en 26 heures et 25 minutes le 27 juin 1926, entre Le Bourget et Bassorah (Irak), avec son frère Paul. On honora Ludovic Arrachart, décédé en 1933 lors du crash de son avion en Eure-et-Loir, en donnant son nom à l’aéroport de Diego-Suarez.

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Un nouveau billet accompagné de sa devinette est prévu pour demain. Patience!