Les indices du mercredi 30/11/2022

 

Personne n’est venu à bout de ma dernière devinette qui concernait le basque biskar. En voici, pour les fainéants qui n’auraient pas cliqué sur le lien parce qu’ils savent que de toutes façons je vais le recopier ici, en voici, donc, l’énoncé :

Il vous faudra trouver le nom d’un relief de France métropolitaine dans lequel le terme du jour entre en composition.

Ce relief est situé sur le territoire d’une commune dont le nom signale la présence ancienne et abondante d’une plante sauvage qui était parfois cultivée pour diverses utilisations dont la confection de toiles et de draps.

Le nom de la région, issu de l’ancien nom de sa ville principale, décrirait un relief plat où se pratiquait le brûlis, l’écobuage. Le nom de son point culminant serait dû à la présence d’un animal sauvage ou à celle d’un travailleur bien plus paisible.

Le nom du chef-lieu de canton fait allusion à la qualité de la terre qui borde la rivière qui coule à ses pieds.

■ un indice pour la commune :

indice a 28 11 2022

 

■ un indice pour le canton

71c07-1-cyrano-1959

cdl b

Et j’ajoute de nouveaux indices

 

le nom à trouver signifie littéralement « la petite montagne de la crête » ;

pour une commune proche :

indice b 30 11 2022

et j’insiste pour le canton :

indice a 30 11 2022

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Biskar

On a vu dans le précédent billet passer le nom de la commune landaise de Biscarrosse, qui porte un nom formé sur le basque biskar. C’est à ce terme que je consacre mon billet aujourd’hui.

Le basque biskar désigne, en topographie, un coteau, une crête, et plus précisément une crête allongée, ainsi qu’en anatomie, l’échine, le dos, voire la croupe. Il a été emprunté par le gascon où bisquère désigne un faîte, une poutre faîtière ainsi que l’échine des moutons à tondre.

Comme on pouvait s’y attendre, ce nom a été donné à de nombreux reliefs en Pays basque comme le Bizkarzé qui culmine à 1 656 m sur la commune de Larrau (P.-A.), le Bizkarzun, une colline de 185 m sur celle d’Ascain (id.) ou encore le Bizkarra qui s’élève à 537m sur celle d’Ibarolle (id.). Notons qu’on trouve en Béarn, sur les communes de Bedous et Sarrance, le col de Biscarce, identique au premier cité.

Biscay, hameau de Labets-Biscay (P.-A. – avec Labetz du basque labe, « four»), présente la même forme que celle de la province de Biscaye du côté espagnol (Viscaya en espagnol). On la retrouve dans le nom de Biskayluze, une « longue crête » à 671 m d’altitude sur les communes d’Espelette et d’Itxassou (P.-A.).

CPA labets biscay

On retrouve toujours ce même mot en composition dans Idolkobizkarra, « la crête des joncs » à Sare (P.-A. – ihi-doi, « lieu de joncs ») et dans Ahounbizkardéguy, « la crête en dos de chèvre » à Ayherre (P.-A. – ahoun, « chèvre » et eguy, « lieu, montagne »).

Sur le même modèle que le nom de Biscarrosse, on rencontre des lieux-dits Biscarosse (Mont-de-Marsan, Landes ; Captieux et Saint-Laurent-de-Médoc, Gironde – avec un seul r) et Biscarross à Cuqueron (P.-A.– avec deux r mais sans e final).

Avec aphérèse du a-, on trouve cette racine dans les noms de Visker (H.-P., Bisquer en 1283), de Viscos (H.-P., avec le suffixe basco-aquitain –os) ou encore dans celui du pic de Biscau sur la commune de Gabas (P.A.). Certains (J. Astor, M.-T. Morlet pour les noms de famille) expliquent ces derniers noms par aphérèse d’évesque, pour désigner une terre épiscopale. Si cette étymologie est possible hors du domaine basque, comme pour Vesc (Drôme, Vaesc en 1183), Le Vesque à Ballons (id.) ou encore pour la Tête de Vescal (sommet de 2 516 m à Pra-Loup, A.-de-H.-P.), elle est moins convaincante pour les toponymes du domaine pyrénéen dont les formes anciennes ou les suffixes confirment l’origine basque.

Ce mot a pu servir comme sobriquet pour désigner un bossu et devenir nom de maison (etxe) et ainsi voyager hors du Pays basque comme pour Le Biscardoun à Espéchède (P.-A. – côté béarnais et non basque). La même remarque peut être faite pour le quartier Biscardy de Bayopnne (même dépt.) : s’agit-il d’un ancien toponyme basque (biskar et collectif dy) ou bien d’un nom de famille transporté ?

index

La devinette

La devinette initialement prévue devait porter sur le Tuc de Biscarrague, une montagnette qui culmine à 91 m à cheval sur les communes d’Urt et de Briscous (P.-A.) dont le nom associe le gascon tuc, « hauteur, sommet », aux basques bizkar, « crête » et aga, « lieu » soit « le tuc du lieu des crêtes ». Cependant, ce lieu apparaît sous d’autres graphies comme Bizkarraïa, lieu-dit de Briscous selon Géoportail ou encore Bizkaraïa dans les listes de lieux-dits de cette même commune sur sa fiche wiki… Bref, en attendant que tout le monde se mette d’accord, j’ai renoncé et suis parti en quête d’une autre devinette, que voici :

Il vous faudra trouver le nom d’un relief de France métropolitaine dans lequel le terme du jour entre en composition.

Ce relief est situé sur le territoire d’une commune dont le nom signale la présence ancienne et abondante d’une plante sauvage qui était parfois cultivée pour diverses utilisations dont la confection de toiles et de draps.

Le nom de la région, issu de l’ancien nom de sa ville principale, décrirait un relief plat où se pratiquait le brûlis, l’écobuage. Le nom de son point culminant serait dû à la présence d’un animal sauvage ou à celle d’un travailleur bien plus paisible.

Le nom du chef-lieu de canton fait allusion à la qualité de la terre qui borde la rivière qui coule à ses pieds.

un indice pour la commune :

indice a 28 11 2022

un indice pour le canton

71c07-1-cyrano-1959

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Latécouère à Maubourguet (H.-Pyr.), la répàladev

Jacques C. a été rejoint sur le podium des découvreurs de la bonne réponse à ma dernière devinette par TRS puis LGF. Félicitations à tous les trois !

Il fallait trouver Latécouère, un lieu-dit de Maubourguet au nord du département des Hautes-Pyrénées.

local-Maubourguet-

Latécouère

Le nom de Latécouère est issu, après agglutination de l’article la, de l’occitan tecouèro que F. Mistral (Trésor du Félibrige) traduit par « hameau ». Étymologiquement, tecouère est formé de l’occitan tec(t), « toit » (du latin tectum), accompagné du suffixe collectif –ère : il s’agit d’un ensemble de toits, comme une couvertoirade est un ensemble d’abris couverts.

D’autres étymologies ont été proposées comme celle faisant appel à l’oronyme pré-indo-européen *tukk, donnant un pré-latin *tukka, accompagné là aussi du suffixe collectif –ère (M.-T. Morlet, Dictionnaire étymologique des noms de famille, Perrin, 1991), mais on voit mal un ensemble de « sommets, mamelons, éminences » au lieu-dit Latécouère de Maubourguet. A. Pégorier (GDT*) après avoir mentionné tec, « toit », définit  técoère comme « monticule, petite hauteur à la cime arrondie », mais là non plus, je n’en vois pas à Maubourguet..

Capture Latécoère aérien

On a fait également un rapprochement avec la teissonièra, la « tanière », c’est-à-dire le gîte du blaireau (du latin taxo, « blaireau », donnant taxonaria) qui devient teissoèra en gascon après la chute du n intervocalique, d’où le nom de Tachoires (Gers) et le nom de famille Tichouère. Dans ces derniers exemples, on aura noté que le x du latin taxonaria est passé à s sourd puis à ch, ce qui n’est pas le cas pour le tec occitan, prononcé avec un c dur d’où Latécouère.

Ce nom de lieu a donné le nom de famille Latécoère porté entre autres par Pierre-Georges Latécoère, né à Bagnères-de-Bigorre, à cinquante kilomètres au sud de Maubourguet. Cet entrepreneur installera ses ateliers  d’assemblage d’hydravions à Biscarrosse, dont le lac constitue une base idéale. L’endroit choisi prendra le nom de son propriétaire, Latécoère. On y trouve aujourd’hui un musée de l’hydravion.

D’autres lieux portent un nom similaire : Lastecouéras à Banios (H.-P.), Técouère, Pont de la Técouère et le diminutif Técouèrot à Saint-Gor (Landes), un Abreuvoir de la Técouère et le Plateau de la Técouère à Bilhères (P.-A.) et enfin le Turon de la Técouère à Bielle (P.-A.).

Maubourguet

local précis maubourguet  E. Nègre (TGF*), s’appuyant sur le nom  Maubourguet  attesté dès le XVè siècle avec une variante Maleburget en 1496-9,  explique ce toponyme par le gascon mau, « mauvais, qui sait se défendre » et bourguet, « quartier fortifié dans les villes autrefois ». On trouve également les formes A Malborguet vers 1200, Malum Borgetum en 1265, Mau Borguet en 1429, etc. qui n’apportent rien de plus. On peut toutefois  se demander si cette interprétation martiale du toponyme – un bourg fortifié qui sait se défendre – convient bien à un village qui a été plus ou moins vidé de ses habitants en 1161, installés chez son voisin Saint-Martin-de-Celle qui en prendra le nom. Peut-être vaut-il mieux voir, avec J. Astor (NFLMF*) dans cet adjectif mau le sens d’« incommode » appliqué à une implantation qui sera abandonnée au profit d’une plus récente. Le « bourguet » n’aurait alors été qu’un petit bourg (latin burgittum) jugé « mal commode, mauvais » par ses habitants.

CPA.Maubourguet-rue-nationale

Biscarrosse

Le nom de cette commune des Landes s’explique par le basque bizkar, « crête allongée » et « échine, dos », accompagné du suffixe basco-aquitain –os. Il est probable que dans un pays plat comme les Landes ce nom devait désigner les dunes allongées qui bordent l’océan.

cdl a

Les indices

indice a 19 11 2022    On aura compris que Jean Mermoz était là pour faire penser aux hydravions Latécoère à bord d’un desquels, baptisé le Croix du Sud il s’abîma en mer le 07 décembre 1936.

indice-a-22-11-2022 Il fallait reconnaître la Croix du Sud, comme le Latécoère 300 à bord duquel etc.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Les indices du mardi 22/11/2022

Jacques C., décidément en grande forme, m’a déjà donné la bonne réponse à ma dernière devinette. Bravo à lui !

Rappel de l’énoncé :

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom a le même sens que celui étudié dans le billet mais qui utilise un autre radical  et un autre suffixe.

La commune où se trouve ce lieu-dit porte un nom qui la décrit comme incommode.

Ce toponyme est, à une lettre près, à l’origine d’un nom de famille dont un des membres, un industriel bien connu, a  laissé son nom à un lieu-dit d’une commune où il avait installé son usine et dont un musée rappelle aujourd’hui la gloire passée. Le nom de cette commune, issu de la langue régionale, signifie qu’elle est entourée de « crêtes allongées », de reliefs « en forme de dos, d’échine ».

■ un indice

indice a 19 11 2022

NB D’autres étymologies ont été proposées pour ce toponyme, mais il y a de bons arguments pour privilégier celle dont je parle.

cul de lampe Cjpg

L’ indice du mardi

indice-a-22-11-2022

En espérant que vous ne resterez pas le bec dans l’eau …

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

La Couvertoirade

Sur le plateau du Larzac (pour lequel j’ai une tendresse toute particulière), La Couvertoirade, commune de l’Aveyron, est un bourg fortifié.

Carte-COUVERTOIRADEjpg

La Couvertoirade, entrée sud du causse du Larzac

Ce sont les Templiers qui entreprirent la construction de son château vers la fin du XIIè siècle ; les travaux furent achevés au milieu du XIIIè siècle.

Les remparts furent bâtis au milieu du XVè siècle par les Hospitaliers ou Chevaliers de l’ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem qui succédèrent aux Templiers.

Les formes les plus anciennes du nom (relevées par André Soutou, La Couvertoirade, Millau, 1972) qui nous sont connues sont les suivantes : l’une, datée du milieu du XIè siècle, est mentionnée à propos de la limite descendant de Cobertoirada jusqu’à Virenque, à l’est ; l’autre apparaît en 1135 dans une bulle du pape Innocent II qui fait de l’ecclesiam sancti Christophori de Cubertoirata une possession de l’abbaye de Nant.

Ces dates d’attestation du toponyme montrent clairement que le village existait bien avant que les Templiers l’aient eu en leur possession et que les Hospitaliers en aient entrepris la fortification. Le toponyme n’est donc en aucune façon lié à ces dernières. Il faut donc en chercher le sens ailleurs.

Ce toponyme est connu en d’autres lieux (nous en verrons quelques exemples en fin de billet), il ne s’agit donc pas d’une formation accidentelle et la présence de l’article la montre bien qu’il s’agissait d’un terme bien connu de l’ancien occitan. Mais quel sens précis lui donner ?

En occitan, un cobèrt, ou une cobèrta, est un toit, d’où le sens d’abri sommaire, de hangar … (cf. le français « couvert » au sens d’abri).

E. Nègre (TGF*) cite Du Cange : coopertorium, « abri, refuge, couvert où se cache le gibier ». À ce coopertorium pourraient donc correspondre cobertor et cobertoira de l’ancienne langue avec ce sens (cf. le portugais et galicien cobertoira, « couverture »)

Le suffixe –ada (latin –atum, pluriel –ata), en tant que collectif donnerait à cobertoirarada le sens d’ensemble d’abris sommaires, de masures, de constructions rudimentaires ou, plus particulièrement, celui d’ensemble d’abris bâtis pour les bergers transhumants. Plus tard et localement, ce nom a pu devenir simplement synonyme de « hameau ».

CPA.la-couvertoirade-

Outre La Couvertoirade aveyronnaise, on trouve quelques noms de lieux comparables :

la serre de la Coubertouyrade à La Cavalerie (Av.) avec serre, « colline de forme allongée » ;

La Couvertourade et Les Couvertirades à Neuvéglise-sur-Truyère (Cant.) ;

Couberturade Est et Couberturade Ouest à Rageade (Cant.) ;

Coubertirade et Coubertirade Est à Anglards-de-Saint-Flour (Cant.) ;

Cuberteyrade au Lac-d’Issarlès (Ardèche) ;

La Cabourtouyrade à Peyre-en-Aubrac (Loz.) ;

Couvertourat à Py (P.-O.), seul exemple (à ma connaissance) de ce type de toponyme à l’extérieur du Massif Central.

Notons enfin que l’adjectif « couvert, -e » a servi à former des toponymes comme Fontcouverte (Aude, Ch.Mar., Sav.), Couvertpuis (Meuse) etc. qui n’ont pas leur place ici.

rog

La devinette

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom a le même sens que celui étudié dans le billet mais qui utilise un autre radical  et un autre suffixe.

La commune où se trouve ce lieu-dit porte un nom qui la décrit comme incommode.

Ce toponyme est, à une lettre près, à l’origine d’un nom de famille dont un des membres, un industriel bien connu, a  laissé son nom à un lieu-dit d’une commune où il avait installé son usine et dont un musée rappelle aujourd’hui la gloire passée. Le nom de cette commune, issu de la langue régionale, signifie qu’elle est entourée de « crêtes allongées », de reliefs « en forme de dos, d’échine ».

un indice

indice a 19 11 2022

NB D’autres étymologies ont été proposées pour ce toponyme, mais il y a de bons arguments pour privilégier celle dont je parle.

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Cimiez (répàladev)

Jacques C. le premier, TRS ensuite et LGF enfin m’ont donné la bonne réponse à ma dernière devinette. Bravo à tous les trois !

Il fallait trouver Cimiez, nom d’une colline et d’un quartier du haut Nice (Alpes-Maritimes).

La colline domine le Paillon et était occupée primitivement par un oppidum ligure.

Cimiez carte

On relève le nom Cemenelo chez Pline au Ier siècle, Κεμενέλεον chez Ptolémée au IIè siècle, Cemeno sur l’Itinéraire d’Antonin au IVè siècle, civ. Cemenelensium vers 400, Cimella en 999, Cimela en 1010, Chimela en 1028, Chimers et Cimer vers 1150, Chimela en 1152, Cimelensis (adjectif) en 1247, in Cimeriis en 1367, de Cimeriis en 1440. Le nom provençal est Cimié (Trésor du Félibrige).

Le prototype Cemenelum est formé de la racine *kem (qui évoluera en *keb pour donner le nom des Cévennes) accompagnée du double suffixe enelo, dont le second est « sinon exclusivement ligure, du moins fréquent dans le domaine ligure » (ETP*). Il y a ensuite eu haplologie et réduction à *Cimelum attesté au Xè siècle. Mais Cimela ne peut expliquer Cimiez : il a dû y avoir changement de suffixe, –ela étant remplacé par –ariu, le nom s’intégrant ainsi dans une série plus habituelle.

Les indices du dimanche

La paronymie entre « cime » et Cimiez est à l’origine d’une étymologie populaire basée sur les arbres qui couvraient la colline et dont la hauteur extraordinaire leur permettait de toucher le ciel.

CPA-cimiez

… et les arbres gratte-ciel

Les premiers occupants étaient des Ligures de la tribu des Védiantes. La province romaine des Alpes-Maritimes était appelée Vediantiorum ciuitatis par Pline et leur métropole était Cemenelum. Selon X. Delamarre, le nom des Védiantes est basé sur la racine celtique uediu qui signifie « prier », faisant de ceux-ci des « prieurs ».

Après la conquête romaine, la cité Cemenelum deviendra la préfecture de la province des Alpes-Maritimae jusqu’à son remplacement par Embrun au IVè siècle.

indice-a-12-11-2022  Le jour de l’Annonciation a lieu à Cimiez le traditionnel festin dei cougourdoun, un légume non comestible de la famille des cucurbitacées que les Niçois utilisent de nombreuses façons. (clic)

Les indices du mardi

indice a 15 11 2022  La Danse de Chagall et Les Danseuses de Matisse devaient faire penser au musée Henri    indice-b-15-11-2022    Matisse et au musée national Marc Chagall, situés tous deux dans le quartier Cimiez, comme le Conservatoire de musique, danse et théâtre de Nice.

■ Le nom du quartier Cimiez avait fait l’objet de deux paragraphes dans un premier billet en 2014 (dans lequel je déclarais inconnue son étymologie …) et dans un second billet en 2018.

« Ça devrait suffire à vous faire crier victoire ! » : cette exclamation pouvait faire penser à l’origine du nom de Nice. Strabon, au Ier siècle av. J.-C., parle de Νίκαια, repris en latin Nicaea par Tite-Live. C’est de cette dernière forme qu’est issu Nicea, d’où normalement Nicia puis en ancien provençal Niza et enfin, par réduction de l’affriquée Nissa. Il est évident que Nice tire son nom du grec νίκη, « victoire », sous la forme de l’adjectif νίκαια, « qui donne la victoire », à rattacher sans doute au nom d’une déesse de la cité de Marseille, Artémis ou Athéna. Nice rappellerait donc le souvenir d’une victoire remportée par les Marseillais à l’époque où ils fondèrent leur colonie — sans qu’on sache sur qui ils ont remporté cette victoire, peut-être les Ligures ou les Étrusques.

*ETP Essai sur la toponymie de la Provence, Ch.Rostaing, Laffitte Reprints, 1973.

Les indices du mardi 15/11/2022

Personne ne m’a encore donné de réponse à ma dernière devinette dont je rappelle l’énoncé :

Il vous faudra trouver un lieu de France métropolitaine dont le nom est bien entendu lié au mot du jour.

Une étymologie populaire lie son nom aux grands arbres qui le recouvraient.

Le nom de ses premiers occupants pourrait être une allusion à leur pratique assidue de la prière.

Il s’agit d’une ancienne préfecture.

Un indice

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60px-Asterism.svg

 Je rajoute ces précisions et indices :

■ le nom à trouver désigne une colline devenue quartier d’une grande ville ;

■ incapable de choisir entre l’une ou l’autre de ces peintures, je vous propose les deux :

indice a 15 11 2022 indice-b-15-11-2022

■ le lieu à trouver a déjà été mentionné sur ce blog à deux reprises.

Ça devrait suffire à vous faire crier victoire !

Réponse attendue chez leveto @ sfr.fr

Les Cévennes

Cette région naturelle montagneuse a des contours mal définis, aux confins des départements de l’Ardèche, du Gard, de l’Hérault, de l’Aveyron et de la Lozère. Depuis l’Antiquité, son relief découpé, sa végétation méditerranéenne et son habitat dispersé en ont fait une terre de refuge.

carte cévennes

C’est chez César, au milieu du Ier siècle av. J.-C., que nous trouvons la première attestation de son nom, Cevenna, suivie par Κέμμενον ὄρος (Kemmenon oros) chez le géographe grec Strabon en 7 av. J.-C. Le pluriel apparaît en latin au milieu du Ier siècle chez Pomponius Mela, Cebennae et Cebennici montes et au siècle suivant en grec chez le géographe Ptolémée, Κέμμενα (Kemmena).

L’étymologie proposée par A. Holder en 1896, et souvent reprise depuis, s’appuyait sur une supposée racine celtique cebinno, « dos », bien attestée selon lui dans les langues brittoniques du bas Moyen Âge à aujourd’hui (cf. le gallois cemn-). Pourtant, selon certains spécialistes (DNLF*, DNLFM*), tous les exemples donnés par Holder pour appuyer sa démonstration ramènent plutôt à un *kebn.

Les formes anciennes présentent toutes un radical cem/ceb suivi du suffixe gaulois enna, le même que pour Ardenna (avec le gaulois ardu, « haut ») donnant Ardennes. Les deux formes du radical sont fort voisines : m et b sont des bilabiales qui ont ont été parfois confondues à l’époque romane. L’un des deux radicaux est donc une variante de l’autre, les spécialistes s’accordant pour une évolution kem donnant keb.

Cette racine indo-européenne *kem, probablement ligure, serait une variante du pré-indo-européen kam, « courbure » d’où le sens de « montagne arrondie ». C’est cette racine qu’on trouve par exemple dans le nom du Mont Cemet ou Cimet, près d’Allos dans les Alpes-de-Haute-Provence. Le sens de « couvrir » que lui donne P.-H. Billy (DNLF*) en se référant au couvert forestier des Cévennes décrit par Strabon, semble moins convenir.

C’est toutefois la variante *ceb qui s’est maintenue et a évolué en *cev, par confusion entre les deux consonnes bien souvent articulées de la même manière en occitan d’où le passage de cebèna à cevèna (comme les Gabali, Gabales, ont donné son nom au Gévaudan).

Rappelons que le nom du massif apparaît dans celui du peuple gaulois appelé Volcae Arecomici par César, c’est-à-dire Volques Arécomiques, dont le territoire s’étendait au pied des Cévennes, dans le Languedoc oriental : Arecomici est un composé du gaulois are-, « devant », et de com-, variante vocalique du radical *kem, muni du suffixe latin –icu.

CPA Barre des Cévennes

La forme plurielle du nom du massif, déjà connue dans l’Antiquité, a été réutilisée et s’est imposée en français à partir du XVIè siècle où on trouve mention du pays de Sevenes en 1557. Sans doute le fait que le massif est un ensemble de montagnes a pu influer, même dans l’Antiquité, sur le choix du nombre. La forme actuelle Cévennes est attestée au début du XVIIè siècle.

En Quercy, le terme cebéno désigne une « chaîne de montagne escarpée, une haute falaise » (TdF) et même, plus précisément, une « pente abrupte avoisinant le Lot » (FEW II, 563b). Cette dernière définition décrit parfaitement des lieux appelés (La) Cévenne sur les rives du Lot, comme La Cévenne d’Étienne à Bouziès, La Cévenne à Douelle, La Cévenne de Caïx à Luzech et quelques autres toutes dans le Lot.

Une dizaine de lieux-dits portent ce nom au pluriel (Les) Cévennes, en Corrèze à Sainte-Ferréole, en Haute-Loire au Puy-en-Velay, dans le Lot-et-Garonne à Saint-Étienne-de-Villeréal, dans le Gard à Cros etc. Ce même nom sert de déterminant à celui de la commune lozérienne de Barre-des-Cévennes et de complément à plusieurs dénominations géographico-touristiques comme la Corniche des Cévennes au Pompidou (Loz.), le Travers des Cévennes à Chasseradès (Loz.), la Porte des Cévennes à Anduze (Gard) et quelques autres.

Cebenna fut-il un appellatif gaulois de la montagne ? se demande P.-H. Billy (Thesaurus linguae gallicae, éd. Olms-Weidman, 1993), ou bien a-t-on affaire à un essaimage du nom des Cévennes ? Ce sont les questions que l’on doit en tout cas se poser pour Savennes (P.-de-D., Cevena dès 1200, Savena en 1392 et pluriel d’apparition tardive), Savennes (Creuse, Savennas en 1447), Savenès (T.-et-G., Sevenès en 1441) ou encore Sévenne à Chambonchard (Creuse) et Sévennes à Saint-Genest-en-Roselle (Haute-Vienne, Cevenna au XIIè siècle).

Notons pour finir que le nom du massif a fourni les noms de famille Sévenier et Sévenèry qui désignaient les muletiers franchissant régulièrement les Cévennes, d’où quelques noms de lieux-dits Sévenier en Ardèche.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

index

La devinette

Il vous faudra trouver un lieu de France métropolitaine dont le nom est bien entendu lié au mot du jour.

Une étymologie populaire lie son nom aux grands arbres qui le recouvraient.

Le nom de ses premiers occupants pourrait être une allusion à leur pratique assidue de la prière.

Il s’agit d’une ancienne préfecture.

Un indice

indice-a-12-11-2022

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Gruyères (CH), répàladev

podium seul  Seul LGF m’a donné la réponse à ma dernière devinette. Bravo à lui !

Dans un de ses commentaires, Brosseur remarquait que l’énoncé ne précisait pas si le lieu à trouver se situait ou non en France métropolitaine. Bien vu !

Il fallait trouver Gruyères, une commune du canton de Fribourg en Suisse.

Gruyères-CH-local

Depuis le Moyen Âge, cette commune fait figurer une grue sur ses armories qui en deviennent ainsi « parlantes » : il n’est pas besoin de savoir lire, la seule vision d’une grue suffit à identifier la localité comme étant Gruyères.

Monnaie-Gruyèresc1      Sur une pièce de monnaie de 1552

Deux hypothèses ont été proposées pour expliquer ce nom dont on connaît les formes anciennes Gruerico (1101-11200), de Grueri (1138-1139) et de Grueria (1142).

Stéphane Gendron (Animaux et noms de lieux, Errance, 2010) explique, à propos des grues : « parmi les noms à valeur collective rappelant la présence temporaire de ces échassiers migrateurs, le plus fameux est Gruyères, commune de la Suisse romande (de Grueria en 1285). D’ailleurs, la grue figure depuis le Moyen Âge sur les armes de la ville. Ajoutons son homonyme ardennais Gruyères (Grueariae au XIè siècle), Gruyères à Cormoz (Ain, apud Gruerias en 1416) et le Moulin de la Gruyère, moulin à vent de Piney (Aube, moulin de la Gruière chez Cassini). ». On pourra quand même s’étonner que le fait de voir figurer une grue sur les armes de la ville soit considéré comme une preuve de l’étymologie avancée : c’est faire peu de cas des nombreuses étymologies populaires à l’origine de telles armes. Cette étymologie avait été proposée par Andres Mark Kristol (Dictionnaire toponymique des communes suisses, Payot, 2005) et reprise par Jacques E. Merceron (LaVieille Carcas de Carcassonne, le Seuil, 2006). Ce dernier parle du latin grus, « grue », suivi du suffixe aria pour désigner un « endroit fréquenté par les grues » et ajoute néanmoins : « mais comme les grues sont plutôt rares en Suisse, il faut plutôt comprendre “ endroit où l’on a vu une grue ” ou, métaphoriquement, “ ville perchée sur une hauteur ” ». Un coup d’œil sur la carte des migrations et des sites d’hivernage des grues nous confirme que la Suisse n’en fait pas partie.

S. Gendron (op. cit.), à propos de gruyer, précise quant à lui qu’« il ne doit pas être confondu avec le seigneur gruyer, celui qui bénéficie d’un droit d’usage sur les bois de ses vassaux (et son dérivé gruerie “ privilège royal ou seigneurial sur les bois ”) ». Voilà qui nous amène à l’autre hypothèse étymologique.

Comme il est expliqué sur la page wikipedia consacrée au Comté de Gruyère :

Les anciens pagus gallo-romains ayant pris le nom de Gau, un des premiers officiers de cette subdivision territoriale, gouvernée par Rodolphe Ier de Bourgogne, est Turimbert, nommé comte d’Ogo ou Hochgau (traduit par : Haut-Pays, Gau étant un terme vieux francique désignant une division politico-géographique d’une nation, l’équivalent d’un district). Ogo est l’ancien nom du comté de Gruyère occupant la totalité de la haute vallée de la Sarine dont le chef-lieu est le Château-d’Œx dans le Canton de Vaud, où le comte exercera le droit de justice pour les eaux et la forêt, cet office est désigné sous le nom de Gruerie, avec le temps il deviendra le nom propre de la famille de Gruyère qui portera le titre de comte dès le IXe siècle comme le prouve la charte de fondation du prieuré de Rougemont. À cette époque il était courant qu’un grand officier, nommé « forestarii« , soit investi de cette charge pour assurer l’inspection et la conservation des forêts. Avec l’affaiblissement du pouvoir royal les Grands-Gruyers, ou comtes-forestiers, rendront leurs titres héréditaires et s’érigeront en seigneurs. »

Les lecteurs soucieux de vérifier par eux-mêmes sont invités à lire cet extrait

Capture Gruerie I

(Jean Joseph Hisely, Histoire du comté de Gruyère, vol. 10, page 6, 1885)

Ou encore, du même auteur, les pages 48-49 de son Introduction à l’histoire du comté de Gruyère.

Les termes grieur, gruier et gruyer sont attestés en ancien français (Dictionnaire dit de Godefroy) avec le sens de « garde-forêts », de même que gruerie, qui est la juridiction d’un gruier. Ces mots sont issus de l´ancien haut allemand gruoni, germanique *grônia, « vert ». Le même parallèle avec la couleur verte se retrouve dans le nom français du verdier, « garde-forestier et garde-chasse chargé de juger les délits qui y sont commis ». (Noms de lieux de Suisse romande, Savoie et environs, Henri Suter).

On aura remarqué que le comté porte le nom de Gruyère au singulier tandis que le nom de la commune est muni d’un s terminal. Je n’ai pas d’explication et aucun des auteurs que j’ai lus ne s’attarde sur cette différence.

cdl 1

Les indices

■  le chef-lieu de canton (suisse) Fribourg porte un nom issu de l’allemand frei burg, soit « ville libre », rappelant les privilèges octroyés par son fondateur, le duc Berthold IV de Zaehringen en 1157.

indice c 05 11 2022  ■ l’héroïne Sylvie de ce roman se rend chez le garde-forestier. N’ayant pas lu ledit roman, je ne saurai pas vous dire si elle y a vu le loup.

■ la légende raconte que Gruyères fut fondée par un guerrier nommé Gruerius qui choisit la grue pour orner son blason.  LGF m’a proposé à ce sujet cette lecture.(pp 92-93).

■ le Haut-Pays : cf. l’extrait de la page wiki cité plus haut.

indice a 08 11 2022  ■ l’affiche du film Alien, rappelait que H. R. Giger, le dessinateur de la créature, a fondé son propre musée à Gruyères.

■ la comptine du petit ver de terre n’était là que pour la présence d’une grue dans ses paroles (et parce que ça m’amusait).