Les indices du mardi 25/01/2022

podium seul  LGF est le seul à m’avoir déjà donné les bonnes réponses à mes deux dernières devinettes. Félicitations !

TRA et Brosseur ont fait, quant à eux, la moitié du chemin en me donnant la première réponse.

Voici de nouveau les deux énoncés agrémentés de nouveaux indices :

■ Le premier toponyme est celui d’une région naturelle qui fut une vicomté.

♦ Le nom de sa « capitale » est lié à un arbre fruitier.

♦ On s’y battit pendant plusieurs années à propos d’un impôt.

♦ un indice :

indice a 23 01 2022

♦ Ce toponyme, en deux mots joints sans trait d’union, a déjà été mentionné ici dans un billet consacré au premier de ces deux mots.

♦ et j’ajoute cette affiche de film, pour une commune de la région :

indice a 25 01 2022

 

60px-Asterism.svg

■ Le deuxième toponyme est celui d’un lieu-dit.

♦ Il s’agit d’un hapax.

♦ Il fait partie d’une commune dont le nom à l’étymologie obscure pourrait faire croire qu’on n’y paya pas d’impôt.

♦ le pays doit son nom à un peuple non gaulois.

♦ un indice :

indice b 23 01 2022

♦ la seigneurie dont faisait partie la commune où se trouve le lieu-dit en question portait le nom d’une commune voisine dont le nom dit qu’elle est exposée au soleil.

♦ deuxième essai pour l’avion :

indice b 25 01 2022

Réponses attendues chez leveto@sfr.fr

Aux Aspres etc.

Le latin asper, « âpre, rugueux, raboteux », est à l’origine de l’ancien français et de l’occitan aspre, de même sens. En topographie, l’adjectif aspre a été employé pour « rocailleux, caillouteux » et, par extension, pour « aride », et s’est surtout appliqué à des pentes difficiles d’accès, des hauteurs escarpées (qui ne connait la locution per aspera ad astra ?). Le substantif masculin aspre qui en est issu désigne, notamment en catalan du Roussillon, un « terrain pauvre et pierreux », une « terre non irrigable » par opposition au regatiu, la plaine irriguée par des canaux. Comme on le verra plus loin avec quelques exemples de pays d’oïl, l’ emploi de ce mot ne se limite pas aux pays d’oc.

Aspre employé seul

Le plus souvent au pluriel, aspre a donné son nom à trois communes : Les Aspres (Orne ; issue de la réunion en 1959 de Saint-Martin-d’Aspres et de Notre-Dame-d’Aspres ; un exemple de la présence de ce terme en pays d’oïl), Aspres-sur-Buëch (H.-A., de Asperis en 1171 ; avec le nom de la rivière Buëch du gaulois bodio, « jaune ») et Aspres-lès-Corps (H.-A., Aspere en 1152 ; avec le nom de la ville iséroise voisine Corps du latin corbus, « corbeau »).

Les noms de lieux-dits sont bien plus nombreux, majoritairement en pays d’oc et pour la plupart au pluriel. On compte ainsi une douzaine d’Aspres rien que dans l’Aude, dont le Pech des Aspres à Boutenac (avec pech du latin podium) ; on trouve les Aspres dels Roures à Saint-Cyprien (P.-O., avec l’occitan rore, prononcé roure, du latin robur, chêne rouvre ou sessile), les Aspres de la Sureda à Argelès-sur-Mer (P.-O., avec le catalan sureda, forêt de chênes-liège) et bien d’autres. Dans le Roussillon, Les Aspres désignent les collines caillouteuses au nord-est de Céret, celles-là même dont le nom les oppose aux terres fertiles du Riberal. On retrouve le nom de ce pays dans celui de Banyuls-dels-Aspres (P.-O.), ainsi nommée dès le XIIè siècle pour la différencier de Banyuls de la Marenda, aujourd’hui Banyuls-sur-Mer.

CPA Aspres sur Buech

Avec une initiale H- non étymologique, on trouve  Haspres (Nord). Avec un accent grave sur le -e final, reproduisant plus ou moinsl’accent occitan, on trouve les Asprès  de Thézan-lès-Corbières (Aude) ou de Montaud (Hér.). La disparition du –r– est à l’origine de plusieurs noms comme Aspes à Villeneuve-lès-Béziers (Hér., ad Asperas en 1010) que seules les formes anciennes permettent de distinguer d’autres noms semblables mais d’étymologie différente.

L_Aspe

Plus rare au singulier, aspre apparait néanmoins dans quelques noms de lieux-dits comme L’Aspre à Llupia (P.-O.), la Plaine d’Aspre à Rochegude (Drôme) et quelques autres, mais il est surtout présent comme nom de montagnes aussi bien dans les Alpes, comme à la Cime de l’Aspre à Châteauneuf-d’Entraumes (A.-M.), ou dans les Pyrénées, comme au Pic de l’Aspre de Lercoul ou de Soula (Ariège). Quelques cours d’eau, au lit caillouteux, portent aussi ce nom comme l’Aspre à Fontanges et au Fau (Cant.) ou l’Agouille de l’Aspre à Castelnou (P.-O., avec le catalan agouille, « canal d’irrigation »).

Le diminutif en -et est présent à Aspret-Sarrat (H.-G. avec Sarrat de l’occitan sarrat, « colline isolée », ) et dans le nom des lieux-dits Aspretto à Ajaccio (C.-du-Sud) et Asprettes à Chastel-Nouvel (Loz.).

Le collectif en -ère ou –ière, pour signifier une zone de terrain particulièrement caillouteux, apparait dans les noms d’Aspères (Gard, Asperae en 815) et d’Asprières (Av., de Asperiis en 1267), ainsi que dans celui d’Aspères à Tornac (Gard) et du lieu-dit Les Aspères à Palau-de-Cerdagne (P.-O.).

Aspre en composition

Le composé le plus courant, et de loin, est formé avec mont et, dans certains cas l’épithète aspre n’a peut-être pas qu’une valeur topographique : on sait que l’appellatif « mont » a pu avoir, par métonymie, le sens de « château » ; dans ce cas, aspre a pu avoir une connotation martiale.

Deux communes portent le nom d’Aspremont (H.-A. et A.-M.) ainsi que deux lieux dits dans les Landes, à Sainte-Marie-de-Gosse et à Peyrehorade.

CPA Aspremont AM

On trouve six communes nommées Apremont (Ain, Ardennes, Oise, Haute-Saône, Savoie et Vendée) auxquelles s’ajoutent Apremont-la-Forêt (Meuse) et Apremont-sur-Allier (Cher). Les lieux-dits portant un tel nom sont très nombreux et répartis sur tout le territoire : Les Apremonts à Saint-Céole (Cher), les Bruyères d’Apremont à Saint-Ouen-la-Cour (Orne), etc.

Unique en revanche est le nom d’Asperjoc en Ardèche, composé avec l’occitan joc, « sommet », du latin jugum (aujourd’hui fusionnée avec Antraigues-sur-Volagne dans Vallées-d’Antraigues-Asperjoc).

Notons pour finir le nom du lieu-dit L’Aspervayré à Chaunay (Vienne), avec la racine hydronymique pré-celtique *var-.

Asperius

Asper, –eri est un surnom romain à l’origine du nom Asperius. On retrouve ce dernier avec le suffixe –acum dans les noms d’Apprieu (Is.) et dans ceux d’Aprey et de Villiers-lès-Aprey (H.-M.)  et avec le suffixe –anum dans celui d’Aspiran (Hér.).

rog

Les devinettes

N’ayant pas pu me résoudre à faire un choix, je vous propose aujourd’hui deux devinettes concernant bien sûr le mot du jour, la première me semblant plus accessible que la deuxième. On ne sera pas étonné, étant donné le mot en question, que les deux lieux à trouver se trouvent en région montagneuse.

■ Le premier toponyme est celui d’une région naturelle qui fut une vicomté.

♦ Le nom de sa « capitale » est lié à un arbre fruitier.

♦ On s’y battit pendant plusieurs années à propos d’un impôt.

♦ un indice :

indice a 23 01 2022

■ Le deuxième toponyme est celui d’un lieu-dit.

♦ Il s’agit d’un hapax.

♦ Il fait partie d’une commune dont le nom à l’étymologie obscure pourrait faire croire qu’on n’y paya pas d’impôt.

♦ le pays doit son nom à un peuple non gaulois.

♦ un indice :

indice b 23 01 2022

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Estigarde (répàladev)

TRA a rejoint TRS et LGF sur le podium des « solutionneurs » de ma dernière devinette. Bravo à tous les trois !

Il fallait trouver Estigarde, un village de l’arrondissement de Mont-de-Marsann dans le département des Landes (wiki).

local estigarde

Estigarde : des formes anciennes du nom antérieures au XVIIIè siècle nous font défaut pour affirmer avec certitude son étymologie. Néanmoins, ce nom semble être composé de aestuarium (voir l’ancien français estier, « canal », et le gascon estié, « canal, rigole » ) et de garde, soit « guet du cours d’eau ou du canal » (NLPBG*, DNFLMF*). C’est cette étymologie qui est également donnée par Julien Lesbats dans sa Toponymie des Landes : recherches historique (éd. de l’auteur,1978) :

Screenshot 2022-01-19 at 16-16-02 Toponymie des Landes - Google Books

et par Bénédicte Fénié dans Les substrats linguistiques dans les noms de la Grande Lande (dans les Actes du colloque de Sabres, page 133 – 1981) :

Screenshot 2022-01-17 at 08-11-38 LES SUBSTRATS LINGUISTIQUES DANS LES NOMS DE PAROISSES DE LA GRANDE LANDE - substrats40 pdf

cdl 1

Les indices

indice b 16 01 2022 ■ ces Danseuses de flamenco de Marcel Dyf (1899-1995) orientaient vers le chef-lieu d’arrondissement, Mont-de-Marsan, qui accueille tous les ans depuis 1989 le plus grand festival consacré au flamenco hors d’Espagne appelé Arte Flamenco.

indice c 16 01 2022 ■ l’Heptaméron, de Marguerite de Navarre, aurait été écrit à Mont-de-Marsan dont elle avait fait son lieu de retraite dès 1542.

328px-Cul-de-lampe_à_la_pomme_de_pin.svg ■ ce cul-de-lampe en forme de pomme de pin, dont c’était la première apparition sur ce blog, essayait d’orienter vers les Landes.

indice d 16 01 2022 ■ il fallait reconnaitre de la gemme, soit de la résine de pin, là aussi rappelant la vocation forestière du département des Landes.

indice a 18 01 2022 ■ cette photo (extraite de ce site) montre de l’ajonc européen, appelé gavarra en gascon. C’est ce mot qui a donné son nom à Gabarret (Landes, Gavared en1242 et Gavarretum en 1281, avec le suffixe collectif latin etum) et au pays Gabardan (Gabared et suffixe anum, habituel en Gascogne pour désigner un terroir), ancienne vicomté faisant partie du duché d’Albret. Jusqu’en 2013, Estigarde a fait partie de la Communauté de communes du Gabardan.

Les indices du mardi 18/01/2022

TRS et LGF ont déjà résolu ma dernière devinette. Bravo !

L’énoncé en était le suivant :

Il vous faudra trouver le nom d’une commune de France métropolitaine, lié au mot du jour, indiquant qu’on y montait la garde près d’un cours d’eau.

■ un indice pour le chef-lieu d’arrondissement :

indice b 16 01 2022

■ et un recueil de nouvelles :

indice c 16 01 2022

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Les indices du mardi

■ pour la région :

indice d 16 01 2022

■ pour le nom de l’ancienne vicomté :

indice a 18 01 2022

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Garde (la)

Comme envisagé dans mon billet concernant la gache, je m’intéresse aujourd’hui à la garde.

Les toponymes du type La Garde ou Lagarde sont très répandus dans le Midi de la France et dans une moindre mesure au nord de la Loire. Le sens de ces noms est fort apparent : il s’attache à l’idée de « garder », ce qui correspond bien à la réalité puisque, dans la majorité des cas, il s’agit de hauteurs servant de guet ou de fortifications, voire de châteaux.

En Lozère, le village de La Garde-Guérin de la commune de Prévenchères est un bon exemple : il s’agit d’un village fortifié où une enceinte entoure les 27 maisons fortes des chevaliers « paisiers » qui, au service des évêques de Mende, veillaient sur la sécurité des voyageurs qui empruntaient la voie Régordane conduisant d’Auvergne en Languedoc. Le nom de Guérin est celui des seigneurs du Tournel, barons de Gévaudan, qui portaient ce nom de père en fils.

la garde Guérin

La Garde-Guérin

Garde employé seul

Les noms de lieux dans lesquels Garde est employé seul sont innombrables et il n’est pas question de tous les citer ici. Mentionnons par exemple les ruines du château de La Garde, incendié en 1795, à Albaret-Sainte-Marie (Loz.), ou celles du château de la Garde, déjà mentionné en 1207, à Collandres (Cantal). Citons encore La Garde, nom de communes des Alpes-de-Haute-Provence, de l’Isère et du Var et de très nombreux hameaux sur tout le territoire.

On relève la forme sans article pour Gardes-le-Pontaroux (Char.) les lieux-dits Gardes à Mende (Loz.), à Bruniquel (T.-et-G.), etc. et l’article au pluriel pour Les Gardes à Antran (Vienne), à Saint-Rogalien (Ch.-M.), etc.

Nombreuses sont aussi les formations avec agglutination de l’article. Citons les communes Lagarde d’Ariège, Aveyron, Haute-Garonne, Gers, Moselle et Hautes-Pyrénées, sans oublier les très nombreux hameaux du même nom.

Notons  la forme picarde warde présente dans le nom de Lewarde (Nord, le Warde en 1265). On trouve une forme similaire dans la Marne avec la Warde à Saint-Souplet-sur-Py, la Varde à Prosnes et le diminutif Ouardettes à Auve.

En Bretagne, garde a été utilisé principalement comme nom de fort défensif. La Couarde à Castennec-en-Bieuzy (Mor.) était un exemple de ce genre de poste de défense. Une dizaine de lieux-dits de ce même type se trouvent également en Haute-Bretagne. Le château de Joyeuse-Garde à La Forest-Landerneau (Fin.), au bord de l’Elorn, est lié aux récits de la Table Ronde, sans qu’il soit possible de dire s’il a été créé avant ou après la rédaction des romans arthuriens. En breton, Coet er Houarn, « le bois de la garde » à Baud (Mor.) n’est pas très loin de la Couarde de Bieuzy. On trouve également en Basse-Bretagne quelques noms de lieux-dits er Houarn ou ar Houarn, comme à Paimpol (C.-d’A.) ou à Guiscriff (Mor.).

Si on trouve bien dans les Alpes la forme « garde » comme pour La Garde en Isère ou le Col des Gardes en Haute-Savoie, on y trouve également une forme « varda, varde, vardette, etc. » qui peuvent être des noms de sommet, sans doute métaphoriques, ou alors associés à la surveillance des troupeaux de montagne. On connait ainsi La Varde, une petite colline à Annecy-le-Vieux (H.-Sav.), Les Vuardes à Pers-Jussy (id.), Bellavarde à Haute-Luce (Sav.), Les Ouardes à Perrignier (H.-Sav.) et bien d’autres. Selon certains auteurs (Roland Boyer, Les noms de lieux de la région du Mont-Blanc, Éditions Myrtha, 1987), le mot varda a pu prendre en patois savoyard le sens de « versant mal exposé, qui reçoit peu de soleil ».

 

Garde dans des noms composés

La fréquence de ces  toponymes a entrainé l’emploi de déterminants :

■ noms de seigneurs : outre La Garde-Guérin cité plus haut, on trouve La Garde-Adhémar de la Drôme, qui était Guardia Adhemari en1334, du nom des Adhémar qui, au XIIè siècle, fondèrent les deux châteaux de Montélimar (castrum Montilium Adhemari). La vauclusienne Lagarde-Paréol, castrum Garde Pareoli en 1281, était partagée entre plusieurs seigneurs, appelés « pariers » ou pairs (provençal pariou). Lawarde-Mauger (Oise) fournit un exemple de la forme picarde warde avec agglutination de l’article et suivie d’un anthroponyme germanique.

■ autres toponymes du voisinage :  La Garde-Freinet (Var) doit son nom à une frênaie ; Lagarde-Enval (Corrèze) est dans la vallée ; Lagarde-Hachan (Gers) avec Hachan du gascon hatch, « hêtre » ; Lagarde-d’Apt (Vauc.) ; Lagarde-sur-le-Né (Char.). De nombreux lieux-dits portent un nom formé de la même façon comme La Garde-Viaur à Montirat (Tarn), sur le Viaur.

■ épithètes : on rencontre, avec bona, « bonne », la commune de Bonnegarde dans les Landes (apud Bonam Gardam en 1289), ainsi qu’un lieu-dit du même nom à Mâcot-la-Plagne (Sav.) et un château à Savignac (Gir.). Mais c’est surtout bèla, « belle », qui a été le plus productif avec les communes Bellegarde (Gard, Gers, Loiret), B.-Poussieu (Is., avec Poussieu noté Pociago en 882 du nom d’homme latin Poccius et suffixe –acum), B.-Marsal (Tarn, avec Marsal du gaulois maros, « grand », et sal, « sel »), B.-du-Razès (Aude, cf. Razès), B.-en-Diois (Drôme ; Diois : pays de Die), B.-du-Forez (Loire ; Forez : pays de Feurs), B.-en-Marche (Creuse, avec Marche issu du germanique marka, « frontière », le nord du Limousin ayant été organisé en marche pour lutter contre les Normands), B.-Sainte-Marie (H.-G.). ( les lieux-dits etc.). Signalons le nom à rallonge d’ Escueillens-et-Saint-Just-de-Belengard (Aude) dans lequel le déterminant Belengard, comme le montre le Dictionnaire topographique du département de l’Aude, (par l’abbé Sabarthès, 1912) est un ancien Bellegarde attesté en 1639. On notera que cette commune possède un lieu-dit Maugard, d’où la vue n’était probablement pas aussi bonne. Ce qui nous conduit à la commune vauclusienne de Saint-Roman-de-Malegarde (Sancti Romani de Mala Gardia en 1317) une ancienne forteresse templière qui ne devait pas avoir très bonne réputation. Enfin, Gardefort (Cher) complète cette liste.

■ « garde » a aussi été employé comme déterminant : c’est par exemple le cas pour Montlieu-la-Garde (Ch.-M.), Saint-Thomas-la Garde (Loire, où Garde a été ajouté au XVIIIè siècle, à cause de la présence d’un château), Albefeuille-Lagarde (T.-et-G.), Saint-Barthélémy-de-Bellegarde (Dord.), Saint-Silvain-Bellegarde (Creuse), Ouzouer-sous-Bellegarde (Loiret). (les lieux-dits etc.). À noter le composé Prentigarde au Chambon (Gard) qui est tout simplement la locution pren ti garde, « prends garde à toi ! », qui désigne généralement un lieu isolé.

CPA BellegardePoussieu

 

Dérivés

La distinction entre plusieurs « gardes » a souvent été faite avec des dérivés diminutifs :

■ du latin illu/illa ou ellu/ella donnant –elle (occitan –èla) : on trouve La Gardelle à Soulages-Bonneval (Av.), sur un sommet portant un donjon carré à mâchicoulis accolé à une tour ronde, et bien d’autres lieux-dits ainsi que les communes Lagardelle (Lot) et Lagardelle-sur-Lèze (H.-G.). En gascon, où le l intervocalique de –èla passe à r, gardèla donne gardèra, d’où les noms de Gardères (H.-Pyr.) et Lagardère (Gers).

■ du latin ittu/itta  donnant –ette (occitan –eta) : d’innombrables lieux-dits en Gardette, principalement méridionaux, et seulement quelques Lagardette.

■ du latin illiu/illia ou elliu/ellia  donnant –ille (occitan –ilha) : la Gardille à Rimeize (Loz.) et à Lapte (H.-Loire) et les Gardilles à la Panouse (Loz.).

■ du latin ulu/ula donnant –olle (occitan – òla) : avec le doublement étymologique du l, on trouve Lagardiolle (commune du Tarn), la Gardiolle à Lafite-sur-Lot (L.-et-G.) et à Lortet (H.-P.). La forme simplifiée avec un seul l est la plus représentée comme pour le massif de la Gardiole entre Montpellier et Sète (Hér.), Vic-la-Gardiole (Hér.) et une trentaine de lieux-dits. Mais ce diminutif n’est pas exactement dérivé de garda, mais de gardia, d’une variante bas latine *wardia (conservée par l’espagnol guardia). L’Hérault ne connut que cette forme, avec un sens identique à celui de garda. On le retrouve ainsi dans le nom La Gardie d’un château à Vias et de six autres lieux-dits dans ce même département, auxquels on peut ajouter la commune de Gardie dans l’Aude.

index

La devinette

Il vous faudra trouver le nom d’une commune de France métropolitaine, lié au mot du jour, indiquant qu’on y montait la garde près d’un cours d’eau.

■ un indice pour le chef-lieu d’arrondissement :

indice b 16 01 2022

■ et un recueil de nouvelles :

indice c 16 01 2022

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Gachalou à Malarce-sur-la-Thines (répàladev)

Le temps est venu de donner la réponse à ma dernière devinette ! Il fallait trouver Gachalou, un hameau de Malarce-sur-la-Thines, en Ardèche, qui a donné son nom à un ruisseau.

local-Malarce-sur-la-Thines-

Le Gachalou : les formes anciennes Gascho, Gaschalo et Guaschallo (1464) orientent vers un nom dérivé de l’ancien occitan et occitan moderne gacha, « guet, tour de guet », tombé dans l’attraction de gacha-lo, « regarde-le ». Le nom du hameau est passé au ruisseau qui l’arrose.

Malarce-sur-la-Thines : les formes anciennes Malharsa (1275), Malarssa (1317) et Malarcia (1501) ne nous permettent pas de proposer une étymologie incontestable.

malarce-sur-la-thines-

Malarce-sur-la-Thines

Thines : ce hameau est attesté Tina sancti Laurenti au IXè siècle. On y reconnait l’occitan tina que F. Mistral définit comme : « cuve, fosse de tanneur, cuvier à lessive, bassin de fontaine, réservoir de moulin ». Plutôt qu’un sens matériel ou topographique, le mot a pu avoir une affectation religieuse (baptistère ? fonts baptismaux ?) suggérée par sa dédicace à saint Laurent. Le nom est là aussi passé au cours d’eau qui sert de déterminant au nom du village. On notera à ce propos que ce dernier s’appelle Malarce-sur-la-Thines, l’article indiquant qu’on parle bien de la rivière, évitant la confusion avec un Malarce-sur-Thines qui aurait pu faire croire que le bourg de Malarce était en amont de celui de Thines, ce qui n’est pas le cas.

Les Vans (chef-lieu du canton des Cévennes ardéchoises ) : attestés Vannis en 1208 puis les Ventz en 1623, d’une racine pré-celtique, probablement ligure, à valeur oronymique *van/ven, qu’on retrouve par exemple dans le nom des Grands Vans (2203m) en Haute-Savoie, de Vence (A.-Mar., capitale des Ligures Néruses entre Grasse et Nice), du mont Ventoux (Vauc.), etc.

Largentière (chef-lieu d’arrondissement) : d’abord Segualières (XIè siècle), « terre à seigle », puis Argentarie (1275) et Argentaria (1299) en référence au plomb argentifère qu’on extrayait de ses mines que se disputèrent, du Xè au XVè siècle, les comtes de Toulouse et les évêques de Viviers.

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Les indices

monument-resistance-thines-2  ■ le 4 août 1943, six maquisards et trois civils furent tués par les Allemands à Malarce-sur-la-Thines. La commune leur rendit hommage en faisant sculpter par Marcel Bacconnier un monument inauguré en 1950 sur lequel figurent leurs noms.

indice b 09 01 2022 ■ ce flacon de Jouvence de l’abbé Soury rappelait que les laboratoires Omega Pharma avaient installé à Largentière l’un de leurs quatre sites de production français dans un ancien moulinage de Palluat. Ils y fabriquaient, jusqu’en 2018, ladite Jouvence.

indice a 09 01 2022 ■ ce paysage pyrénéen est l’œuvre d’Eugène de Malbos né aux Vans en 1811.

Les indices du mardi 11/01/2022

TRS le premier, puis LGF et TRA ont déjà trouvé la bonne réponse à ma dernière devinette. Bravo à tous les trois !

Pour les autres (qui auraient peut-être intérêt à choisir un trigramme pour pseudo …), voici un rappel de l’énoncé :

Il vous faudra découvrir un micro-toponyme de France métropolitaine lié au mot du jour. Ce nom a d’abord été celui d’un hameau puis a aussi désigné le ruisseau qui le traverse. Je ne pense pas me tromper en affirmant qu’il n’existe nulle part ailleurs.

La commune qui abrite ce hameau porte un nom de quatre mots dont un article et une préposition. Si le nom de la rivière qui sert de déterminant est bien compris, celui de la commune elle-même reste « obscur » pour l’auteur du dictionnaire des noms de lieux de la région et est absent des dictionnaires toponymiques dits « de référence ».

Le chef-lieu de canton porte un nom issu d’une racine oronymique pré-celtique, sans doute ligure, mise au pluriel.

Le chef-lieu d’arrondissement doit son nom à des mines qui ont été longtemps source de conflits entre les seigneurs et les évêques.

La commune a fait ériger un monument à la mémoire de Résistants qui y furent tués par les Allemands.

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 Les indices du mardi

■ un flacon, pour le chef-lieu d’arrondissement :

indice b 09 01 2022

■ un paysage, pour le chef-lieu de canton :

indice a 09 01 2022

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Gache

Le toponyme Gache du domaine occitan relève du Moyen Âge belliqueux : il vient de l’occitan gacha, « vigie, poste d’observation, de surveillance », répondant au vieux français guette ou guète qui désignait les tours du château fort où se tenaient les sentinelles. Pourquoi vous parlè-je de ça ? Parce qu’on m’interrogeait récemment su la tour de la Gache du Palais des Papes d’Avignon, qui n’est autre qu’une tour de guet.

Du francique wahton, ce déverbal du verbe gachar, « épier, regarder », a servi à désigner des lieux où la vue est dégagée, propices à l’installation de postes de garde. C’est ainsi qu’on trouve la montagne de Gache près de Sisteron (A.-de-H.-P.) , le rocher des Gaches près de Veyrau (Av.), pourvu de marches taillées dans le roc, la Gache, une colline de 160m surplombant Goudargues (Gard) etc. Près de Cunac (Tarn), un lieu dégagé sur la campagne environnante est appelé Le Gach, représentant le masculin gach correspondant au français « guet », qu’on retrouve à Montréal (Aude), Rignac (Av.) et Romestaing (L.-et-G.).

Ce poste de guet, pourvu d’une habitation sommaire, a parfois été à l’origine d’un hameau d’où des noms de lieux-dits Gache à Cébazan (Hér), Gache Haut à Viviers-lès-Montagnes (Tarn), la Gache à Barraux (Is.), les Gaches à Ussac (Corr.) et bien d’autres.

Le diminutif gachon ou agachon, qui a pu désigner, outre un lieu d’observation où on voit loin, un poste de chasse à l’affut, est à l’origine de noms comme Gachon à Saint-Amand-Roche-Savine (P.-de-D.), à Ozon (Ardèche), à Bassoues (Gers), etc., la Crête d’Agachon à Briançonnet (A.-Mar.), les Agachons à Buoux (Vauc.), etc. Notons, sur la même variante agacha, le sommet de l’Agachal à Ferrières-Poussarou (Hér.).

L’Agachon de la Soude à Marseille

Les temps devenant plus cléments, les seigneurs locaux abandonnèrent la fonction de guet des remparts des villes ou des points élevés des environs, aux communautés urbaines et rurales. Le plus souvent, ces guets furent organisés à tour de rôle par quartiers ; d’où le nom de Gache donné, à l’époque médiévale, aux quartiers de Castres, d’Albi, de Saint-Pons et de bien d’autres villes.

Le terme a quelquefois été orthographié, de manière fautive, avec un accent circonflexe, comme pour la Gâche et la Gâchette à Murviel-lès-Béziers et à la Salvetat-sur-Agout (Hér.), ou la Gâche à Cros (Gard), etc.

Dans le Sud-Ouest, on trouve la variante gaita de gacha (comparer aux doublets fach/fait, « fait » ou lach/lait, « lait »). Elle a donné des noms comme Gayte à La Tourette (Loire), à Tresques (Gard), à Saint-Prix (Ardèche), à Saint-Porquier (T.-et-G.) et à Castelsarrasin (T.-et-G.). Une variante orthographique est à l’origine du nom des Gueites, un sommet de 204m dans le massif de La Clape, non loin de Narbonne (Aude), de lieux-dits Gueyte à Fauillet (L.-et-G.), Bergerac (Dord.) et Molandier (Aude) ou encore de Gueyteben à Saint-Colomb-de-Lauzun (L.-et-G., « guette bien ») et Gueytevent à Saint-Aubin-de-Cadelech (Dord., plutôt « guette bien » déformé en « guette le vent »). Et c’est à cette petite liste qu’il convient d’ajouter le seul nom de commune issu de ce mot, à savoir Gueytes-et-Labastide (aujourd’hui commune déléguée de Val de Lambronne, Aude), mentionnée de Gayeis en 1246, à lire probablement *Gayetis puis Gaytea en 1319.

D’autres toponymes du même domaine de sens auraient pu compléter ce billet comme Garde (La), Mirabel, Viste, Miradoux, Espieilh, Lescout ou encore Coustouge. Ils feront peut-être l’objet d’un ou de plusieurs autres billets. Veiren bèn! Et, bien entendu, on aura remarqué que je me suis cantonné au domaine de langue d’oc. Pour la langue d’oïl, on verra bien !

La devinette

Il vous faudra découvrir un micro-toponyme de France métropolitaine lié au mot du jour. Ce nom a d’abord été celui d’un hameau puis a aussi désigné le ruisseau qui le traverse. Je ne pense pas me tromper en affirmant qu’il n’existe nulle part ailleurs.

La commune qui abrite ce hameau porte un nom de quatre mots dont un article et une préposition. Si le nom de la rivière qui sert de déterminant est bien compris, celui de la commune elle-même reste « obscur » pour l’auteur du dictionnaire des noms de lieux de la région et est absent des dictionnaires toponymiques dits « de référence ».

Le chef-lieu de canton porte un nom issu d’une racine oronymique pré-celtique, sans doute ligure, mise au pluriel.

Le chef-lieu d’arrondissement doit son nom à des mines qui ont été longtemps source de conflits entre les seigneurs et les évêques.

La commune a fait ériger un monument à la mémoire de Résistants qui y furent tués par les Allemands.

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

La Couillade des Bourriques (répàladev)

TRS ayant livré par mégarde la réponse à ma dernière devinette dans ce commentaire, je publie dès maintenant la « répàladev ». Je reviendrai en fin de billet sur le nombre de mots du toponyme.

Il fallait trouver la Couillade des Bourriques, un col (2252m) entre la vallée d’Orlu et le Donezan en Ariège, situé sur la commune d’Orlu :

local Orlu

et, plus précisément, ici, tout en bas de cette carte :

Couillade Bourriques

Venons-en à la toponymie :

Couillade : il s’agit de la francisation de l’occitan colhada, dérivé de col, lui-même issu du latin collum, « passage dans la montagne ». Le suffixe occitan –ada (du collectif latin –etum/-eta) sert ici à désigner les deux versants du col. On rencontre ce terme exclusivement en Ariège, Aude et Pyrénées-Orientales.

Bourriques : empruntée par des voyageurs à dos d’âne ou par des ânes bâtés, cette Couillade a naturellement été appelée des Bourriques pour la différencier de la Couillade d’en Beys (variante de bèç, nom occitan du bouleau, du latin bettius ), de la Couillade de la Greulière (où pousse le houx, du latin acrifolium donnant l’occitan agrifol puis, après aphérèse, grifol et enfin disparition du f — cf. cet article), de la Llauze (lause, pierre plate et mince qui se débite en lames fines) et de Pinet (pinède), toutes quatre sur le territoire de la commune d’Orlu.

Orlu : les formes anciennes, Urla en 994 et plus tard Orluno, infirment une étymologie selon le latin lucus, « bois sacré », que certains auteurs imaginent en se basant sur la finale en –lu du nom actuel. Sans doute faut-il préférer, avec Dauzat & Rostaing (DENLF*), une étymologie selon un « mot pyrénéen conservé dans le basque urlo, ormeau, tremble ».

Donezan : ce petit pays du comté de Foix est mentionné en 844 sous le nom de Donacanum, à lire * Donacianum, puis Donesa en 1315 et terra Donasani en 1318, du nom d’homme romain Donatianus, dérivé de Donatus.

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Les indices

♦ « couillade » : le dictionnaire Bob de l’argot lui donne le sens de « baise, coït », avec un exemple tiré de Faut pas rire avec les barbares d’Albert Spaggiari (1977).

♦ « bourrique » : à l’origine du verbe argotique bourriquer, « accomplir l’union sexuelle » (CNRTL).

♦ « le chef-lieu pourrait aussi entrer dans l’équation » : il fallait voir là une allusion à la ville de Foix qui participe à l’équation toponymique bien connue «Troyes Foix Sète Autun font Vains ».

indice a 31 12 2021 ♦ ce portrait de François Hanriot (1759-1794) était intéressant à double titre : ce général était surnommé par ses ennemis la bourrique à Robespierre et on lui a tranché le col. Cf. cet ouvrage qui rétablit la vérité sur sa prétendue ébriété habituelle. L’anecdote racontée dans cette page (et mise en lien par TRA en commentaire du billet précédent) est tout sauf authentique. Même le CNRTL n’y croit pas qui parle bien en revanche d’Hanriot.

indice a 01 01 2022 ♦ ce dessin s’explique aisément (un âne, des boules … c’est bon, là ?).

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TRS, qui s’est excusé de sa bévue en privé, a compté quatre mots pour la Couillade des Bourriques avant de constater que l’article ne faisait pas partie du toponyme. Ce dernier ne compte donc que deux mots séparés par une préposition, comme je l’écrivais dans l’énoncé de la devinette.

Les noms de communes précédés d’un article comptent pour deux mots et l’article prend la majuscule : Le Mans, Le Havre, La Rochelle etc.

Quand les noms de lieux-dits, les oronymes et les hydronymes sont précédés d’un article, celui-ci s’écrit par convention avec une minuscule, mais il ne fait pas toujours partie du nom. Il faut alors prendre en compte l’usage local généralement retranscrit par l’IGN (et auparavant par les cartes d’état-major quand ce nom y est mentionné).

En regardant la carte IGN insérée un peu plus haut on constate que Couillade des Bourriques y est mentionnée sans article tandis que des lieux-dits le sont avec l’article comme la Bague ou le Menudet.

Une copie de la fin de la liste des toponymes en Couillade présents en Ariège montre bien Couillade des Bourriques sans article à Orlu  et la Couillade avec article à Montségur.

couillade

that's all folks