Californie ( répàladev)

Ma dernière charade introuvable n’a pas été trouvée…

Mon premier me trompe.
Mon deuxième te trompe.
Mon troisième fait comme mon deuxième.
Mon quatrième fait comme mon troisième et mon deuxième.
Mon tout est un des États unis d’Amérique.

Il est donc temps de vous en donner la solution.

Il fallait trouver la Californie.

Mon premier est CAL puisque CAL me ment ( calmement ) ;

Mon second est I puisque I c’est O ( hisse et oh! ) et O te ment ( hautement ) ;

Mon troisième est FOR puisque FOR te ment ( fortement ) ;

Mon quatrième est NIE puisque NIE c’est FOR ( Nicéphore ) et FOR te ment .

Mention spéciale à TRS qui avait trouvé le bon État dans les mauvais tiroirs :

Mon premier est CAL car le « CAL (me) ment » (calmant inefficace?)
Mon second est LI car l’ « I berne » (hiberne)
Mon troisième est FOR car il « fort nique » ( du verbe niquer = entourlouper, avec ici une nuance à caractère augmentatif )
Mon quatrième est NIE car il « abonnit » (du verbe abonnir = tromper sur la marchandise)
Mon tout est donc (et fort possiblement) la CALIFORNIE.

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Londres

À la demande générale de Jacques C., je me suis mis à étudier les noms des villes dans les différentes langues afin d’essayer de déterminer comment et quand ces noms ont divergé. Ma première analyse a concerné Londres, capitale du Royaume Uni d’Angleterre et d’Irlande du Nord ( il y en aura peut être d’autres, mais je ne promets rien !).

Claude Monet -Le parlement de Londres – 1904

Londres fut créée par les Romains au Ier siècle de notre ère ( les premières traces archéologiques sont datées de l’an 43 ) et c’est vers 115 dans les Annales de l’historien romain Tacite que l’on trouve la première attestation du nom sous la forme Londinium qui sera transposée en Londinion vers 150 par le géographe Ptolémée. On trouvera encore la forme Lundinium chez Ammien Marcellin au IVè siècle.

Au milieu du Vè siècle, quand sont arrivés les envahisseurs anglo-saxons, ils ont simplement adopté l’appellation antérieure avec des variantes secondaires. C’est ainsi que du Vè au XIè siècle, en vieil anglais, on trouve de très nombreuses formes, les unes simples, les autres composées : Lundene, Lundune, Lunden, Lundon, Lundenburg, Lundenwic, Lundentum.

C’est à partir du vieil anglais que sont alors formées les formes néolatines Lundenia et Lundonia, cette dernière en 730 chez Bède le Vénérable, qui aboutiront au nom actuel de la ville, London.

Au IXè siècle, le géographe anonyme de Ravenne emploie l’ablatif de lieu Londinis. L’accentuation sur la première syllabe provoquera la syncope de la voyelle brève interne pour aboutir à une forme * Londnis/Londne qui évoluera par différenciation euphonique en *Londris/Londre. C’est de cette dernière forme que procèdent le français Londres, l’espagnol Londres, l’italien Londra.

À défaut d’une étymologie latine ou germanique, on suppose que la première origine du nom de Londres a été brittonique ( celtique ). Mais aucune des étymologies celtiques avancées n’est péremptoire.

Une des plus citées fait venir Londinium d’un anthroponyme *Londinos, lui-même dérivé d’un adjectif *londo, « sauvage ».

Une autre hypothèse fait de ce nom un dérivé du celtique Llyn-din, qui signifie « ville ou fort au bord de l’eau », *lyn étant un mot celtique signifiant « étendue d’eau » et dun désignant une « colline fortifiée, une forteresse ».

D’autres hypothèses ont été proposées mais sans qu’on puisse leur accorder quelque crédit : London serait Lud-ton la « ville » ( vieil anglais tūn, d’où town ) du roi Lud » ou luna-dun, la « colline ( celtique dun ) de la Lune ( latin luna ) » ou d’autres encore.

Mes lecteurs les plus ludophiles me pardonneront l’absence de devinette. Un manque d’inspiration associé au manque de temps en sont la cause. Peut-être mardi ?

Ou alors une charade ( fabriquée du temps où j’initiais mes fils aux charades à tiroirs, c’est vous dire si elle est tordue! ) ?

Mon premier me trompe.
Mon deuxième te trompe.
Mon troisième fait comme mon deuxième.
Mon quatrième fait comme mon troisième et mon deuxième.
Mon tout est un des États unis d’Amérique.

La Lorraine ( répàladev )

Ma dernière devinette a été résolue par la majorité de mes contributeurs habituels. Félicitations à tous!

Il fallait trouver le nom de la Lorraine.

Cette région du Nord-Est, qui comprend la Meurthe-et-Moselle, la Meuse, la Moselle et les Vosges, était une région administrative à part entière avant de fusionner en 2016 avec l’Alsace et la Champagne-Ardenne pour former la région Grand Est. Elle reprend une très grande partie de l’ancien duché de Lorraine.

Lors du partage de l’Empire carolingien par le traité de Verdun en 843, Lothaire II hérita d’un vaste territoire comprenant approximativement les actuels Pays-Bas, la Belgique, la Rhénanie, le Luxembourg, l’Alsace et la Lorraine ainsi qu’une partie de la Bourgogne, la Provence et la Lombardie, l’ensemble formant la media Francia.

L’habitude fut prise, tant par les rédacteurs des Annales que par les scribes des chancelleries royales, d’appeler chacun des nouveaux royaumes par le nom de son premier souverain. La partie échue à Lothaire Ier ( Lotharius ) va être appelée Lotharii regnum, « royaume de Lothaire » ( la plus ancienne attestation date de 884 quand on lit in regno quondam Hlotarii *), que certains écriront Lohier regne d’où est issu le nom gallo-roman de Loheregne ( 1230 ), écrit Lorreine par le chroniqueur Joinville puis Lorraine dès 1302.

Cependant, les populations germanophones vont utiliser un autre moyen de se nommer, en adjoignant au nom de leur souverain, alors Lothaire II, le suffixe -ingen, « les gens de », d’où Lotharingen, dont le pays sera appelé en francique Lotharinga qui prendra le suffixe latin -ia pour donner Lotharingia vers 980. Ce dernier nom deviendra Lotharingie en français semi-savant et Lothringen en Allemand.

Entre le milieu et la fin du IXè siècle, l’appellation s’est réduite au territoire situé au nord des Vosges méridionales, à l’est du Rhin, à l’ouest de l’Escaut. La division en deux duchés, dès le milieu du Xè siècle, conduisit à appeler Lorraine le seul duché de Haute Lorraine dite mosellane, le duché de basse Lorraine étant dès lors appelé Lotharium, d’où le wallon Lothier.

*Le nom Lothaire vient du germanique Hlodar, de hlod, « gloire » et hari, « armée ».

Les villes en -ing

Les lecteurs de LSP auront reconnu dans ce titre un rappel du billet paru sur ce blog le 04 mai dernier dans les commentaire duquel le contributeur qui signe Gus m’interpellait à propos des toponymes terminés en -ing. Voilà ma réponse, certes tardive mais qui a le mérite d’exister.

Ce suffixe -ing, ou plutôt -ingen, est germanique et désignait l’ensemble des personnes vivant dans l’entourage d’un individu. Après les grandes invasions, il a remplacé le suffixe gallo-romain -iacum accolé au nom du propriétaire du domaine.

En raison des différentes prononciations des peuples germaniques qui l’importèrent et des peuples locaux qui l’adoptèrent, ce suffixe a donné en français des terminaisons diverses dont je vous livre ici les plus répandues.

Les royaumes après les invasions barbares

Dans le Nord de la France, zone des Francs saliens, -ingen a donné -ingue comme à Affringues ( P.-de-C., Hafferdinges en 1182 d’après Harifrid), Peuplingues ( P.-de-C., d’après Popilo ) ou, après transformation, Wulverdinghe (Nord, Wulverthinga en 1175 d’après Wulfhard ) ou encore Gravelines ( Nord, Graveninga en 1040, d’après Grawin) etc.

En Lorraine, Luxembourg et dans l’Est de la Belgique, zone des francs Ripuaires, -ingen a évolué le plus souvent en -ange comme à Bertrange ( Luxembourg, Bertingen d’après Berthari ), Morhange ( Moselle, d’après Moricho ), Mondelange ( Mos., Medelinga au XIè siècle d’après Mundilo ), Éblange ( Mos., Ebling en 1606 d’après Ebilo ), etc. Mais on trouve aussi là des formes « pures » comme Dehlingen (Bas-Rhin, Delinguen en 1361 d’après Tailo ) ou Etting ( Mos., Aettingem en 1571 d’après Atto) et les noms cités par Gus sur LSP : Hunting ( d’après Hunto ), Cutting ( Kutto ), Epping ( Eppo ), Alsting ( Adalsidis ), Bébing ( Bobo), Remelfing (Romulf), etc. Notons le cas beaucoup plus récent de Carling, toujours en Moselle, bâti en 1716 sur des terrains concédés par Charles-Louis, comte de Nassau-Sarrebruck, et nommé Karlingen en son honneur.

En Bourgogne, Franche-Comté, Savoie et Dauphiné, -ingen a le plus souvent fourni des toponymes en -ans ou -ens comme Louhans ( S.et-L, ancien Lovingen noté Lauvingum en 915, de Lauba), Mervans ( S.-et-L., de Méroveus), Accolans ( Doubs, de Ascold), Vadans ( Jura, de Waldo ), Ornans ( Doubs, d’après Orno), etc. Mais on trouve aussi quelques toponymes en -ange comme Berthelange ( Doubs, de Bartholf), Bantanges ( S.-et-L, de Bando), Bousselange ( C.-d’Or, de Bucco), etc.

Un enterrement à Ornans – G.Courbet

Enfin, importé dans le Sud-Ouest par les Wisigoths, ce suffixe -ingen a rayonné autour de leur capitale Toulouse, de Carcassonne jusqu’à Agen en passant par l’ouest de l’Albigeois, où il a évolué en -ens/-eins et parfois en -enx/-encs. C’est ainsi que l’on trouve Badens ( Aude, de Bado ), Boussens (H.-G., de Bosso), Maurens (Dord., de Moro ), Giscardenx (Tarn, de Guiscard), Grimaudenx (Tarn, de Grimoald) et bien d’autres parmi lesquels Rabastens (Tarn, de Hratgast) sans lequel la toponymie ne serait pas ce qu’elle est.

Pour finir en beauté et en douceur :

Faute de meilleure inspiration, la devinette de ce dimanche sera facile et devrait permettre à tout le monde de jouer : le nom d’une région française aurait toute sa place dans ce billet. Quel est-il ?

Réponses, que j’espère nombreuses, attendues chez leveto@sfr.fr

Champtier ( répàladev )

TRA et Un Intrus ont rejoint TRS comme découvreurs de la bonne solution à ma dernière devinette. Félicitations !

Il fallait trouver le champtier et les micro-toponymes qui portent ce nom :

  • des lieux-dits habités comme le Champtier à Sainte-Néomaye (Deux-S.) et à Saint-Romain-le-Benet (Ch.-M.), le Champtier du Coq à Évry (Ess.), les Champtières à Cistrières ( H.-L.) et quelques autres ;
  • des lieux-dits non habités, les plus nombreux et le plus souvent accompagnés d’un déterminant, comme le Champtier de la Mare Bonvoin à Dampierre-en-Yvelines (Yv.), le Champtier des Sauvageons et le Champtier des Morts à à Charmont-en-Beauce ( Loiret), le Champtier à Caille à Saint-Pierre-du-Perray ( Ess.), le Champtier des Haies Blanches et des Tournenfils au Coudray-Montceaux ( Ess.) et bien d’autres tous plus bucoliques les uns que les autres.

Absent des dictionnaires habituels ( Littré, Larousse, Robert et même du Quillet ou du dictionnaire de l’Académie ) ainsi que des dictionnaires du français d’autrefois ( Godefroy ), ce mot est toutefois présent dans des textes spécialisés comme des cartulaires ( Notre-Dame de Chartres, 1865 ) ou des monographies ( carte archéologique de l’Eure-et-Loir, 1994).

Le mot champtier désigne un ensemble de parcelles, en général de petite tailles, cultivées de la même façon selon une rotation des cultures triennale. Le nom proviendrait donc de l’association des mots « champs » et « tiers », ce dernier en référence à la pratique culturale évoquée.

Cette définition ( du wiktionnaire ) s’appuie sur un texte de Samuel Leturcq publié par l’université de Tours en 2004, intitulé Contrainte communautaire et individualisme agraire dans un finage beauceron (XVIIè-XXè s.), où on lit :


Les déclarations des tenanciers et exploitants des terres de Toury consignées dans un terrier rédigé en 1696 (AD Yvelines, D 1266 et 1267) mettent en évidence la pratique d’un assolement par quartiers (appelés couramment champtiers) à la fin du XVIIè siècle. Les soles de blé d’hiver, de mars et de jachère ne connaissent pas à Toury la répartition classique et spectaculairement rigoureuse des trois grands champs d’un seul tenant, de superficies sensiblement égales, au sein desquels toutes les parcelles doivent suivre la même culture selon un cycle triennal, comme on en rencontre fréquemment le cas en Lorraine par exemple.

Dolmen de la Pierre du Champtier du Buisson à Vieuvicq ( E.-et-L.)

La proximité de ce mot avec « chantier » est à l’origine de confusions qui ont pu faire passer des micro-toponymes de type « champtier » à « chantier », l’inverse n’ayant sans doute pas eu lieu puisque l’usage tend le plus souvent à la simplification. Cette thèse inverse est néanmoins soutenue par Jacques Chaurand à la page 145 de ce texte.

Selon le Dictionnaire Godefroy, chantier a pu désigner le « bord des rivières navigables, lisière qui doit rester libre pour le service de la navigation, l’entrepôt des marchandises qu’on embarque ou qu’on débarque » ainsi que la coupe des arbres nécessaire à son entretien. Ce dernier sens a évolué plus largement pour désigner tout lieu d’abatage d’arbres ( pour la batellerie, la tonnellerie, etc. ).

Chantier a pu aussi avoir le sens, dérivé du latin canthus, de « côté, coin » à rapprocher de chantière ou chaintre, « bande de terrain, lisière d’un champ» et aussi celui
de « place vague, cour » ( Glossaire des termes dialectaux …, A. Pégorier, Paris, IGN, 1993).

C’est ainsi que l’on trouve le Chantier du Plain à Beaurains (P.-de-C.), le Chantier des Noyers à Andonville (Loiret), le Chantier de l’Orme à Villiers-le-Morthier ( E.-et-L.) et bien d’autres qui sont, au moins pour certains d’entre eux, d’anciens Champtiers.

Enfin, dernière précision et non des moindres : on trouve à la page 122 de l’édition 2006 du Glossaire des termes dialectaux … d’A. Pégorier ( op.cit.) :

Champetier : n.m.

— nom collectif dérivé de champ, équivalent de terroir, souvent contracté en « champtier » ou « chantier » ( graphie à éviter ) – Île de France, Centre.

— de la campagne, rural – Ardèche.

Je n’ai pu trouver aucun Champetier en Île-de-France ou dans le Centre. En revanche, aux Assions, commune d’Ardèche, on trouve un Champetier Haut, un Champetier Bas et une Grand-Font de Champetier.

Les indices ( les quatre tiers du curaçao-citron-picon de César et le panneau de signalisation routière Attention! Chantier!) se comprennent aisément.

À la vôtre !

Les indices du 07/05/2019

TRS, une fois de plus, est le seul à être venu à bout de ma dernière devinette dont je rappelle l’énoncé :

Un mot, qui désignait une terre cultivée par rotation mais qui ne figure pas dans les dictionnaires de référence ( Larousse, Littré, Robert ), a été utilisé comme micro-toponyme. C’est le rythme de cette rotation, défini par un nombre, qui, accolé à un terme désignant la terre, a servi à former ce nom.

Quels sont ce mot et ce micro-toponyme?

Trois précisions :

Il s’agit d’un nom écrit en un seul mot désignant une surface agricole cultivée selon un rythme de rotation très habituel.

Ce même nom, avec une erreur d’orthographe due à une paronymie, a servi à nommer d’autres micro-toponymes, d’où une confusion étymologique possible.

La très grande majorité de ces micro-toponymes se trouvent en Beauce et région parisienne.

Un panneau :