Ce sont les troubadours qui ont introduit le nom du rossinhol en ancien provençal, passé vers 1160 en français sous la forme rossignol. Le provençal rossinhol est issu du latin populaire *lusciniolus, masculin dérivé de lusciniola (attesté chez Plaute au IIè siècle av. J.-C.), diminutif de luscinia. Sur l’étymologie de ce dernier terme, on ne peut faire que des hypothèses : on a évoqué un dérivé de luscus, « borgne », mot populaire d’origine inconnue, donnant le dérivé luscinus, « éborgné », par allusion au fait que le rossignol chante dans l’obscurité (cf. également luscitio, « nyctalopie »). Le r– initial (déjà attesté au VIIè siècle avec roscinia) s’explique par une dissimilation du l– initial conservé dans l’italien lusigniolo ou par un croisement avec russus, « roux », allusion au plumage roussâtre de l’oiseau (l’ancien français avait une forme roussigneul qui semble appuyer cette hypothèse).

Le rossignol est réputé pour la perfection de son chant. Il est à l’origine de nombreux noms de famille désignant un homme aimant à chanter ou siffler, comme Rossignol, Roussignol, Rossigneux, Rossignon ou Rossignot, eux-mêmes à l’origine de toponymes, ce qui rend difficile l’interprétation de ces derniers : sont-ils dus à l’oiseau ou à l’habitant ?
La forme simple est à l’origine de 562 Rossignol au singulier et de 67 Rossignols au pluriel (fichier FANTOIR). Parfois, les formes anciennes semblent confirmer la présence de l’oiseau comme Le Rossignol à Autheuil (E.-et-L.) qui était le Roussignol en 1580 ou Le Rossignol à Sains-lez-Fressin (P.-de-C.) qui était Le Rausignol en 1289. Dans la très grande majorité des cas, le rossignol est présent dans des toponymes comportant un appellatif : Bois, Champ, Clos, Combe, Hameau, Pièce, Pré … Si quelques uns de ces noms peuvent être reliés à l’oiseau, comme le Bois du Rossignol à Buis-les-Baronnies (Dr.), le doute est permis pour beaucoup d’entre eux. Parfois, l’appellatif ou les formes anciennes permettent de lever ce doute : le Mas-Rossignol (Saint-Simon, Cantal), le Moulin Rossignol (Mourjou, id.) ou Chez Rossignol (Chavaroux, P.-de-D.) étaient la propriété d’un nommé Rossignol ; Les Rossignols (Allogny, Cher), attestés casale aus Rosignos en 1287 étaient la maison de la famille Rossignol ; Rossignol (Saint-Jean-Lachalm, H.-L.), attesté Mansus de Rocinhol en 1335, était la maison d’un nommé Rossignol etc. La dizaine de noms au féminin Rossignole ou Rossignolle peuvent être des adjectifs qualifiant une ferme ou, moins probablement, un matronyme.
Le second élément de Gout-Rossignol (Dord. – Goz en 1100, du nom des Goths) était déjà Rossignol au XIIIè siècle, Rossinholium en 1382 et Rossinhol au XVIè siècle, sans doute du nom du propriétaire terrien. L’ hypothèse d’une étymologie selon le gaulois ros, « rouge » et ialo, « clairière », qui correspondrait à la couleur de la terre ( Marcel Vergnaud, Monographie de Gouts-Rossignol, 1971), est douteuse pour deux raisons : d’abord, le gaulois ros signifie « hauteur, tertre » (cf. l’irlandais et le breton ros, de même sens) tandis que rouge roux se dit dergos et rouge sang se dit rowdos ; ensuite, les composés gaulois en o-ialo donnent dans la région des noms en œuil ou ieul (comme Nantheuil ou Baneuil, cf. cet article) et non pas en –ol [comme je l’ai mentionné sur la page wiki].
Le chant harmonieux du rossignol, exprimant le bruit de l’eau qui coule, a pu servir à nommer des cours d’eau : le Rossignol (Saint-Loup-des-Chaumes, Cher), la cascade du Rossignolet (Mont-Dore, P.-de-D.), le ruisseau du Rossignol (Saint-Martin-le-Vieil, Aude ; Albaret-le-Comtal, Loz. etc.), la Font du Rossignol (Chamadelle, Gir.), le Ru du Rossignol, affluent de la Beuvronne à Jully (S.-et-M.) etc.
Le Dictionnaire de Godefroy donne l’ancien français rossignolerie, « lieu peuplé de rossignols » avec l’exemple du séminaire Saint Charles (Angers, M.-et-L.) qui était La Rossignolerie en 1258. On compte une trentaine de toponymes du type Rossignolerie(s) ou Rossignollerie(s) qui peuvent aisément se confondre avec les domaines des familles Rossignol, tout comme la quarantaine de Rossignolière(s) ou Rossignollière(s). Les toponymes du type Rossignolaie (huit exemples dans les Pays-de-la-Loire) ou Rossignolais (six exemples en Bretagne et un dans les pays-de-la-Loire) indiquent eux aussi la propriété d’un nommé Rossignol.

Le patronyme a été écrit de quelques autres façons avant de devenir toponyme. C’est ainsi qu’on trouve une trentaine de Roussignol (e–s) très majoritairement en Occitanie, un Roussignon (Anzex, L.-et-G.) et El Roussignou (La Chapelle-Saint- Géraud, Corr.). La forme Rossigneux, donnée comme picarde par A. Dauzat, se rencontre une douzaine de fois (Gir., Cher, Indre …), tandis que Rossignot(s) ne se rencontre que quatre fois (Aisne, C.-d’Or …) et Rossignotte(s) cinq fois (S.-et-L., C.-d’Or, Aube).
On peut enfin rajouter des formes bien plus rares comme le Champ Roussignel (Plémet, C.-d’A.), Le Roussigneul (Saint- Denis-du-Maine, May.) ou encore Rossignoly (Saint-Césaire-sur-Siagne, A.-M. – avec le –y mis pour la prononciation locale du suffixe –in, comme Limouzy pour Limousin, servant à désigner l’habitant d’un lieu nommé Rossignol).
Si les langues régionales que j’ai pensé à explorer ont bien un mot pour désigner le rossignol (alsacien Nàchtigàll ; basque erresiñol ; corse rissignolu …), aucun d’entre eux ne semble avoir donné de nom de lieu, excepté le breton eostig qu’on retrouve dans Kan An Eostig à Pleumeur-Bodou (C.-d’A. – le « chant du rossignol »), Kernéostic à Landudec (Fin.– le « sommet du rossignol »?) et Bod en Estic à Grand-Champ et à Grignan (Mor. – le « bosquet du rossignol »).
PS : il n’est ici question que de toponymes en France et non en Belgique, au Canada ou ailleurs …

La devinette
Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine qui apparait dans deux communes d’un même canton et qui aurait pu figurer dans le billet du jour.
Si l’un d’entre eux figurait bien sur le cadastre napoléonien et si les deux sont bien recensés aujourd’hui dans le fichier officiel des toponymes, aucun ne figure sur la carte IGN actuelle (ni même sur Google Maps …).
La première commune (par ordre alphabétique) doit son nom à celui d’un homme latin suivi d’un suffixe d’origine gauloise.
Le bureau centralisateur du canton doit son nom à celui d’un autre homme latin suivi d’un autre suffixe d’origine gauloise et accompagné du nom de la rivière.
La deuxième commune doit son nom à la roche calcaire qu’on y trouve et qui a servi à bâtir des maisons.
Ça devait pas mal chauffer pour les adversaires de ceux qui ont ont laissé leur nom à la région.
Un indice pour ladite région :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr
TRS est le seul à m’avoir donné la bonne réponse à ma dernière



■ « Le Gaucher », pour l’étymologie selon le latin Laevius du nom de Levie.
■ Cette
■ cette 











■ cette image montre un paysan gaulois à la chevelure blonde (gaulois Blavos, « blond », à l’origine du nom de Blaye) adossé à un pin (latin pinus, à l’origine du nom de Pineuilh).
■ Cette série de romans de fantasy de J.-P. Jaworski intitulée 







■ Le sanglier (ici
■ Saint 

