Les indices du mardi 23/02/2021

TRA le premier, suivi de TRS, Brosseur et LGF ont déjà résolu ma dernière devinette. Bravo à la bande des quatre !

Pour les autres, j’en recopie l’énoncé :

Je vous propose aujourd’hui de découvrir trois noms de communes de France métropolitaine liés au chanvre.

Trois noms, que je désignerai par T1, T2 et T3, qui sont très proches (et c’est bien parce qu’ils forment une sorte de lot que je ne pouvais pas en donner un ou deux dans le billet et vous en faire découvrir un ou deux autres, c’eut été trop facile !) :

  • ils commencent par les cinq mêmes lettres — liées au chanvre, donc ;
  • T2 ne diffère de T1 que par le doublement de l’antépénultième lettre, une consonne ;
  • T3 voit cette consonne remplacée par un couple de deux autres consonnes différentes.

Les trois communes sont situées dans trois départements différents et séparées par les  distances suivantes (par la route) :  T1 – 58 km – T2 -240 km – T3 – 182 km – T1.

Un marin d’origine grecque byzantine, qui se livra à des activités de corsaire pour des rois de France, acquit le château de T3 et y installa la sépulture familiale.

Un prêtre dominicain natif de T2 est mort en mer en tentant d’échapper à la fin d’un royaume chrétien du Levant.

Du côté de T1 ? Rien.

Un indice ? À ma façon, alors !

indice c 21 01 21

et je rajoute, faute de mieux, ces indices qui, avec le précédent, font une triplette

indice a 21 02 21

indice b 21 02 21

Réponses attendues chez leveto@sfr.fr

Le chanvre

Je vous propose aujourd’hui un petit billet — il ne faut pas abuser des bonnes choses — consacré au chanvre.

Domestiqué par l’Homme depuis le néolithique en Asie, le chanvre s’est ensuite rapidement répandu et a été cultivé et utilisé pour ses fibres (textile, huile, papier, cordages …) sur tous les  continents.

chanvre-1

Le latin cannabis vient directement du grec κάνναβις, kánnabis, mais avant cela, l’histoire est plutôt obscure. Elizabeth Wayland Barber, archéologue et linguiste spécialisée dans les textiles, a proposé que le mot soit issu d’une racine pré-indo-européenne, *kan(n)aB-, et que les Grecs prirent leur terme des Scythiens ou des Thraces. Une étymologie sémitique a été également proposée. (wiki)

Quoi qu’il en soit, le latin populaire canapus, forme altérée du latin classique cannabis, est à l’origine de notre chanvre, de l’occitan caneba, cambe ou cambre et d’autres formes locales.

Les noms de communes

La forme du toponyme la plus répandue est chènevière, « champ de chanvre » (latin *cannabi-aria). C’est elle qui est à l’origine des noms de Chènevières (M.-et-M.), de Chennevières (aujourd’hui dans Chanteraine, Meuse), Chennevières-lès-Louvres (Val-d’Oise) et Chennevières-sur-Marne (Val-de-Marne) ainsi que de Canavaggia (Haute-Corse). Le nom de Chenevrey-et-Morogne (H.-Saône) semble être le franc-comtois chenevrai, « chènevière ». Nous avons croisé le nom d’Echenevex (Ain, Eschenevay en 1390) dans ce billet. Le diminutif en –ella de cannabis a donné son nom à Chenevelles (Vienne).

CHENNEVIERES_LES_LOUVRES-95

Chennevières-lès-Louvres

Le même latin cannabis a aussi fourni la forme charve (attestée en Saintonge), à l’origine de Cherves (Vienne, vicaria Kanabinsis en 936 puis Charva en 1161), Cherves-Châtelars et Cherves-Richemont (Char.). Le diminutif se retrouve dans le nom de Chervettes (aujourd’hui dans La Devise, Ch.-Mar.) et le pluriel dans celui de Cherveix-Cubas (Dord.).

La forme de langue d’oïl chambe, chanve, chanvre a donné Chamvres (Yonne) tandis que son équivalent normand a donné La Cambe et Cambes-en-Plaine (Calv.). Le nom de Champoux (Doubs), noté Champvo en 1392, pourrait être issu de l’oïl chenevot, chanvrotte, au sens de chènevière.

La forme équivalente de langue d’oc cambe se retrouve dans les noms de Cambes (Gir., Lot et Lot-et-G.) et sans doute dans celui de Camboulazet (Av.) qui serait un diminutif  de cambolàs (cf. plus bas les micro-toponymes correspondants).

Les noms de lieux-dits

Les lieux-dits portant un nom lié au chanvre sont innombrables, témoignages de la culture omniprésente de cette plante. Je vous en livre quelques exemples, sans prétendre être exhaustif.

Les formes les plus courantes sont, comme pour les noms de communes, du type cannabi-aria : Chenevière(s), Chennevière(s), etc. et leurs équivalents en pays de langue d’oc Canabière(s), Cannebière(s), etc. On trouve aussi des formes légèrement différentes comme Chenevier ou Chenebiers en Dauphiné.

La célèbre avenue marseillaise, La Canebière, rappelle les chènevières qui occupaient les marais bordant, au Moyen Âge, le fond du Vieux Port ; le chanvre y était filé sur place et alimentait les corderies installées en ce même lieu. Un ruisseau de l’Hérault, à Mireval, s’appelle La Canabière.

canebière

Une autre forme collective a fourni des noms comme Chenevée à Belleau (M.-et-M.) ou Chenevois à Assay (I.-et-L.). Le collectif occitan *canabòl a donné Canabols à La Loubière (Aveyron) tandis que la forme cambe, dérivée en cambol et cambolàs (qui désigne aussi une toile métisse de laine et de chanvre) a donné lieu à une série de toponymes comme Camboula et Camboularet à Pont-de-Salars (Aveyron), Camboulan à Ambeyrac (id.), etc. La forme occitane plus rare candi (issue de la dissimilation mb- en –nd) se retrouve dans Les Candinières à Castries (Hér.).

La forme occitane carbe (produit de l’évolution de can(e)be en carbe) est à l’origine de la Carbière à Verlhac-Trescou (T.-et-G.) ainsi que de Charbet à Hauteluce (Sav.) avec le collectif -et (du neutre latin –etum).

Une particularité franco-provençale se voit dans Chenevet à Cordelle (Loire), formé du nom du chanvre chevèn, issu par métathèse de cannabis et du suffixe collectif -etum ; le diminutif avec -ellos se retrouve dans Chenevoux à Bussières (id.)

Dérivé du latin vulgaire canaputium, lui même de canapus, « chanvre », la forme chenevuis a donné « chènevis » qu’on retrouve  dans quelques micro-toponymes, dont une Pile Chènevis à Yvrandes (Orne). 

Si on trouve une Chenevières  à Neufchelles (Oise), la variante dialectale picarde Quennevières existe à Moulin-sous-Touvent (id.).

Le breton kanab a laissé sa trace dans des noms comme Kanabeg, « chènevière », avec des francisations abusives en Canapé ou Canapet, ou Pour-ar-C’hanap ( « la mare au chanvre », sans doute le bassin à rouir), Kerganaben (« le hameau du chanvre »), etc. Dans le sud de la Basse-Bretagne, le mot kouarc’h se substitue parfois à kanab pour donner des noms comme Kergouarc’h (« le hameau du chanvre »), Botcouarc’h (« la touffe » ou « la demeure du chanvre »), etc.

 

Le dessin du blason est issu du site l’Armorial des villes et villages de France, avec l’aimable autorisation de son auteur, Daniel Juric.

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Les devinettes

Je vous propose aujourd’hui de découvrir trois noms de communes de France métropolitaine liés au chanvre.

Trois noms, que je désignerai par T1, T2 et T3, qui sont très proches (et c’est bien parce qu’ils forment une sorte de lot que je ne pouvais pas en donner un ou deux dans le billet et vous en faire découvrir un ou deux autres, c’eut été trop facile !) :

  • ils commencent par les cinq mêmes lettres — liées au chanvre, donc ;
  • T2 ne diffère de T1 que par le doublement de l’antépénultième lettre, une consonne ;
  • T3 voit cette consonne remplacée par un couple de deux autres consonnes différentes.

Les trois communes sont situées dans trois départements différents et séparées par les  distances suivantes (par la route) :  T1 – 58 km – T2 -240 km – T3 – 182 km – T1.

Un marin d’origine grecque byzantine, qui se livra à des activités de corsaire pour des rois de France, acquit le château de T3 et y installa la sépulture familiale.

Un prêtre dominicain natif de T2 est mort en mer en tentant d’échapper à la fin d’un royaume chrétien du Levant.

Du côté de T1 ? Rien.

Un indice ? À ma façon, alors !

indice c 21 01 21

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Thiembronne (répàladev)

LGF a rejoint TRS dans la résolution de ma dernière devinette. Bravo! Un commentaire de TRA me fait comprendre qu’il a au moins trouvé le département…

Il fallait trouver Thiembronne, un village pas-de-calaisien, dans l’arrondissement de Saint-Omer …

local Thiembronne-

… là haut, dans le Nord

Les formes anciennes (Tembroina en 1079, Tenbrona en 1121, Tienbrona en 1128, Timbronne au XIIè siècle et Tinborne en 1178) montrent que le nom est issu des flamands teen, tenen, « osier », et bron, « source ». L’aire du flamand recouvre en France la région de Dunkerque – Hazebrouck (Nord) avec, au Moyen Âge une extension jusqu’à Saint-Omer (P.-de-C.).

Les indices

■ La source mentionnée dans le nom  est celle d’un affluent gauche de l’Aa couramment appelé le Thiembronne (cf. ici )mais qui semble aussi porter le nom de Vilaine (cf. le réseau hydrographique de l’Aa). Quand à sa source, les avis divergent là-aussi : pour les uns sur la commune de Thiembronne, pour les autres sur la voisine Campagne-lès-Boulonnais. Pour y voir plus clair, j’ai consulté la carte de Cassini :

Capture d’écran villaine Cassini

puis la carte d’état major sur laquelle le cours supérieur de la rivière semble faire la frontière entre les deux communes :

Capture d’écran vilaine Etat Major

comme sur la carte IGN :

Capture d’écran vilaine IGN

Bref, à vous de juger !

J’ai pensé vous proposer une photo de la rivière, mais quand j’ai vu ce qu’ils en font, je préfère ne pas.

■ Les deux guerriers (soldats ou bidasses) de la région dont on a chanté le repos (la permission) sont Bidasse et son ami, « tous deux natifs d’Arras, chef-lieu du Pas-de-Calais », comme chacun sait.

■ La gravure :

indice a 14 02 21 

il s’agissait d’une représentation de S. Petrus ad vincula, c’est-à-dire de « saint-Pierre aux (ou ès) liens », quand il fut emprisonné en 43 sous Hérode Agrippa. L’église de Thiembronne lui est dédiée mais n’apparait pas dans les listes que wikipedia consacre à ces édifices (aux-liens ou ès-liens), sinon je me serais bien gardé de donner l’indice, pas folle, la guêpe!

 

 

 

 

■ la Sonnerie aux morts :

la lecture de la page wiki qui est consacrée à cette sonnerie nous apprend que « le général Gouraud prit l’initiative de faire composer par le chef de la musique de la Garde républicaine, le commandant Pierre Dupont, une sonnerie appropriée ». Ledit Pierre Dupont est né à Saint-Omer le 3 mai 1888.

■ et, enfin, quand je précisais que TRS m’avouait avoir puisé sa réponse à la meilleure source, je faisais allusion au billet déjà ancien paru sur un site remarquable. Le Picard est malin.

Les indices du mardi 16/02/2021

Seul TRS, qui m’avoue avoir puisé à la meilleure source, a trouvé la bonne réponse à ma dernière devinette. Bravo à lui !

L’énoncé ? Le voici :

Le défi du jour consistera à trouver le nom d’une commune de France métropolitaine lié à l’osier et à la source d’une rivière à laquelle elle donne son nom.

On a chanté le repos de deux guerriers de la région où se situe cette localité.

■ une gravure comme indice :

indice a 14 02 21

Les indices

■ ah oui ! une précision : le toponyme à découvrir est issu de deux mots d’un dialecte régional ;

■ le nom d’un des deux guerriers dont on a chanté le repos désigne ses semblables par antonomase ;

■ en pensant à une naissance dans le coin, j’ose vous faire écouter une sonnerie aux morts :

Et ça devrait suffire !

réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Un brin d’osier

Planche de botanique de Carl Lindman

Je poursuis mon exploration des végétaux dans la toponymie avec  les noms liés à l’osier. On regroupe sous ce nom plusieurs arbres ou arbustes du genre Salix (saule) que l’on distingue par la couleur (blanc, brun, cendré, jaune ou pourpre) ou l’utilisation qu’on en fait (osier des vanniers).  L’osier n’étant rien d’autre qu’un saule, il est fort probable que des toponymes issus du latin sălix aient un rapport avec l’osier plutôt qu’avec le saule, mais la distinction est difficile voire impossible à faire. Il semble toutefois qu’on réservait jadis le nom de saule à l’arbre et celui d’osier à l’arbuste. Les dérivés de « saule » ayant été vus dans ce billet, je restreindrai celui-ci aux noms liés à l’osier lui-même.

Plusieurs mots d’origine différente ont été employés pour désigner l’osier, que ce soit l’arbre lui-même ou le rameau flexible, chacun ayant donné des toponymes.

Osier

La confusion qui a pu exister entre l’aune et le saule, tous deux croissant au bord de l’eau, est à l’origine du nom de ce dernier. On rencontre en effet au XIè siècle  l’ancien français féminin osiere, dérivé du latin auseria, « bosquet, groupe d’arbres », attesté au VIIIè siècle, un collectif lui-même issu d’un  *alisaria formé sur le francique alisa, « aulne ».

On retrouve ce mot dans les noms d’Ozières (H.-Marne ) et d’Ozerailles (M.-et-M., avec le suffixe collectif –aille) ainsi que dans de très nombreux micro-toponymes du type Osier, Osière, Oseraie, Oseraille, Ozier, Ozière, Ozeraille, etc. ainsi que quelques Losier ou Losière, tous répartis sur l’ensemble du territoire.

Vim et bim

Issue  de indo-européen *wei, « nouer, tresser », la forme ancienne vim ou bim est à l’origine du latin vimen, « bois flexible, en particulier l’osier », d’où l’adjectif viminalis, « propre à faire des liens », qui a servi à nommer une des sept collines de Rome, le Viminal (Viminalis collis, la colline de l’osier), et à former le nom scientifique Salix viminalis de l’osier des vanniers.

On retrouve cette racine dans le nom de Vimines (Savoie, du pluriel vimena) et de Vimenet (Aveyron, avec le collectif –etum). On rencontre aussi des  micro-toponymes de type Vimière, Vimenière, etc. ou encore Bimes, Bimerie, Bimenède, Le Bimiet (à Sorde, Landes), etc.

-Vimines

Certains auteurs (Roger Brunet dans TT*, B. et J.-J. Fenié dans DPPF*) font de ce vimen l’origine du nom du Vimeu, petit pays picard de la Somme traversé par la Visme dont l’ancien nom Vimina rappellerait les bois flexibles, les osiers, issus des saules la bordant. P.-H. Billy (NDLF*) y voit quant à lui un hydronyme indo-européen *svem, « se mouvoir », après amuïssement du s initial en gaulois, muni du suffixe -ina. C’est cette même racine qui serait à l’origine du nom de Wismes (P.-de-C.), noté Vima en 1136, où la légende raconte que saint Maxime y aurait fait jaillir une source d’un coup de bâton.

Vordz, vorge, vorze

L’occitan vordz, « osier », sans doute d’origine gauloise (une origine selon le latin vortex, « tourbillon »,  d’où le lien servant à entourer, à lier, a aussi été proposée), est à l’origine des noms de Vors (aujourd’hui fusionnée dans Baraqueville, Aveyron — villa Vordz en 1075), et de Bor-et-Bar (Aveyron, Vorts en 1258, avec Bar du pré-celtique bar, « sommet, hauteur »). Le plus souvent en pays de langue d’oc, ce nom a pu évoluer pour donner des micro-toponymes  du type Vorge et Vorze (en Lyonnais et Velay), Vourge (à Ambléon, Ain), Vourze, Vorchère (à Aigleblanche, Sav.), Vorziers (cinq en Haute-Savoie), Vorzillière (à Rivas, Loire), le Vourdiat (à Saint-Jodard, Loire), etc.

… et quelques autres

Quelques autres mots, pour la plupart d’utilisation régionale voire locale, ont désigné l’osier ou l’oseraie.

■ l’occitan vergant ou vercant, « brin d’osier, scion d’osier », a donné son nom à Lavercantière (Lot), avec l’agglutination de l’article, et à des micro-toponymes comme les Vercantières, la Vercantine ou encore la Vercantelle ; d’une origine similaire, l’occitan bergo  a donné Bergasse à Saurat (Ariège) et à Lurbe-Saint-Christau (P.-A.), avec le suffixe augmentatif collectif -asse, désignant un lieu humide riche en osier, une oseraie naturelle ;

■ le franco-provençal avan, « osier », d’origine gauloise, a servi à nommer Les Avanchers-Valmorel (Sav.) ainsi que des micro-toponyme du type Avancher(s), Avanchère(s) ou encore Aux Avants à Jarrier (Sav.) ;

les avanchers

Merci papa, merci maman ?

■ l’occitan amarin, « osier », ou amarino, « osier jaune, scion d’osier, amarine » (du latin amarus, « amer », à cause de l’amertume de l’écorce du saule) a donné son nom aux Amarinettes, un affluent gauche de l’Hérault à Valleraugue (Gard), à L’Amarnier à Saint-Laurent-du-Cros (H.-Alpes), aux Hautes et Basses Amarines à La Croix-sur-Roudoule (A.-M.) ; avec passage du m au b, on trouve Les Abarines à Saint-Jean-du-Gard (Gard)  et à Rochecolombe (Ardèche) et quelques autres ;

■ le latin vincio, « lier, attacher », a donné en Pays-Basque et Gascogne, avec passage du v au b, divers toponymes comme Benquet (Landes), Benque (H.-Gar.), Benqué (H.-P.) et des micro-toponymes semblables (Michel Morvan, NLPBG*). L’hypothèse de Dauzat & Rostaing qui faisaient de ces noms des dérivés d’un pré-latin *benc, « roche escarpée», ne tient pas au vu de la topographie du Benquet landais ou du Benque haut-garonnais.

Ça se discute

Certains toponymes peuvent donner lieu à différentes interprétations :

■ le gascon bergougnà, « sol propre à l’osier, oseraie », aurait donné Barcugnan (Gers) selon E. Nègre (TGF*) mais l’hypothèse du nom d’homme latin Barcunius accompagné du suffixe –anum n’est pas exclue (D&R, DENLF*) ;

■ les noms de Vinzelles (P.-de-D., de Vinzella en 919), Vindelle (Char., Vincellae en 1020 et Vindella en 1491) comme des micro-toponymes du type La Vinzelle à Grand-Vabre (Av., castri de la Vinzola en 1267) seraient issus de l’occitan vindèlo ou vinzelo, « branche longue, mince, flexible », pour désigner quelque oseraie selon E. Nègre (TGF*). Dauzat & Rostaing (DENLF*) suivis par J. Astor (DNFLMF*) et G. Taverdet (NLB*) préfèrent y voir un héritage du bas latin vinicella, diminutif en -icella de vinea, « vigne ». Les choses se compliquent quand on constate que Vincelles (Jura, Marne, S.-et-L., Yonne), Vincelottes (Yonne, avec diminutif en –ote)  et Vinzelles (S.-et-L., Vinzellam en 979) sont donnés par E. Nègre comme des dérivés de vini cella, « cave à vin », tandis que les autres persistent dans l’hypothèse de « la petite vigne ». E. Nègre n’explique pas pourquoi il donne une étymologie différente pour les Vinzelles du Puy-de-Dôme et de Saône-et-Loire : ces noms ne sont pas classés au même paragraphe de son ouvrage, voilà tout. La commune de Saône-et-Loire (« cave à vin ») est rangée dans les Formations latines ou romanes, chapitre V, Agriculture (tome I, 5637) tandis que la commune du Puy-de-Dôme (« oseraie ») l’est dans les Formations dialectales, chapitre V, Plantes sauvages (tome II, 23627). C’est une des incohérences qui montrent  que la Toponymie Générale de la France a souvent été rédigée plus dans un souci d’exhaustivité (ah! ces 35 000 étymologies tant vantées par l’auteur…) que de rigueur scientifique. À la décharge de l’abbé, la discussion reste pourtant ouverte quand on regarde de près et qu’on constate que certains de ces lieux ne sont pas propices à la culture de la vigne, même jadis : Vinzelles (P.-de-D.) est au bord de l’Allier, la Vinzelle de Grand Vabre (Av.) est au fond de l’abrupte vallée du Lot, Vincelles (S.-et-L.), dans la vallée humide de la Seille et Vincelles (Jura), au bord de la Sonnette, tous lieux où on s’attend à rencontrer plus de saules que de vignes, et donc où un rapport avec l’osier peut être privilégié ;

■ pour (presque) tout savoir plus sur les noms du saule et de l’osier ainsi que sur leurs dérivés en onomastique, on peut consulter cette page (mais la Flore populaire  d’Eugène Rolland, publiée en 1896-1914, contient quelques erreurs et des omissions).

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

point-d-interrogation-sur-le-clavier-nb10411

La devinette

Le défi du jour consistera à trouver le nom d’une commune de France métropolitaine lié à l’osier et à la source d’une rivière à laquelle elle donne son nom.

On a chanté le repos de deux guerriers de la région où se situe cette localité.

■ une gravure comme indice :

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Saint-Bonnet-de-Four (répàladev)

LGF a rejoint le groupe des « solutionneurs » de ma ma dernière devinette. Bravo à lui!

Il fallait trouver Saint-Bonnet-de-Four, un village bourbonnais dont la fiche wiki est muette sur l’origine du nom.

saint-bonnet-de-four

Le lieu primitif d’installation humaine fut sans doute le hameau de Four, où s’établirent des potiers qui profitaient des bois environnants pour alimenter leurs fours. Lorsque le hameau et ses alentours furent assez peuplés pour qu’on y établît une paroisse et qu’on y construisisse une église, soit au XIè siècle, on mit tout naturellement celle-ci sous le vocable de saint Bonnet, évêque de Clermont au VIIè siècle et patron des potiers. Dès lors, l’ensemble fut appelé Sancti Boniti de Furnis (attesté au XIVè siècle*), soit Saint-Bonnet-de-Four (on notera la préposition de et non du : il s’agit bien à l’origine de l’église du hameau nommé Four et non d’une église bâtie près d’un four).

Cassini Four

Carte de Cassini (feuillet 51 – Gannat- 1741)  : le hameau de Four à l’ouest de St-Bonnet

Notons que dans le même département, sur la commune d’Yzeure, un hameau également appelé Saint-Bonnet a accueilli lui aussi, dès l’époque romaine, des potiers (merci à Brosseur pour le lien  !)

L’énoncé de la devinette mentionnait « une ville où on fabrique depuis plus d’un siècle un élément essentiel des automobiles » située à « moins de trente kilomètres ». Il fallait y voir une allusion à Montluçon, lieu d’implantation de la manufacture de pneumatiques Dunlop.

La phrase  « en partie détruit par un incendie à la fin du XIXè siècle, un édifice public de cette commune fut rénové avec un matériau défectueux qui provoqua un défaut qui en fait aujourd’hui la fierté » rappelait l’incendie dont fut victime le clocher de l’église en 1894 et sa rénovation avec du bois trop vert qui se vrilla rapidement pour devenir ce qui constitue sa renommée aujourd’hui, un clocher tors. C’est ce à quoi devait faire penser la photo de la tour Eiffel tordue :

indice a 07 02 21     saint-bonnet-de-four

*Dictionnaire des communes de l’Allier – Arrondissement de Montluçon. André Leguai, éditions Horvath, 1986.

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Les indices

■ la gravure :

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il fallait reconnaitre, mais ce n’était pas trop difficile, un atelier de potier et le « merci patron » qui l’accompagnait devait faire penser au saint patron des potiers, saint Bonnet.

Gravure de Mathias Meriam  pour Atalanta Fugiens de Michel Maier en 1617.

■ la bédé :

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le « merci docteur » devait inciter à privilégier la publicité Dunlop plutôt que le Mans : cette entreprise, dont la première usine française s’établit à Montluçon, fut en effet nommée d’après le docteur vétérinaire John Boyd Dunlop (1840-1921).

Dessin de Jean Graton (1923-2021).

Les indices du mardi 09/02/20121

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Brosseur m’a donné le premier la bonne solution à ma dernière devinette, dès dimanche soir. Mille bravos ! TRS et Jacques C. l’ont suivi quasiment ensemble lundi après-midi et TRA les a rejoint ce mardi.

Pour les oublieux, je recopie l’énoncé :

Je vous propose de découvrir le nom composé, bien sûr lié au four, d’une commune de France métropolitaine.

Il s’agit d’une localité située à moins de trente kilomètres d’une ville où on fabrique depuis plus d’un siècle un élément essentiel des automobiles.

En partie détruit par un incendie à la fin du XIXè siècle, un édifice public de cette commune fut rénové avec un matériau défectueux qui provoqua un défaut qui en fait aujourd’hui la fierté.

Un indice :

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Et je rajoute ces indices :

■ une gravure —  merci, patron ! :

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■ un peu de bédé —  merci, docteur ! :

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Le four

Le latin furnus, « four », est bien représenté dans la toponymie au sens de four de potier, four de verrier, four à chaux et même four à griller le minerai de plomb ou le minerai de fer, sans oublier le four spécialisé de la boulange. Mais les dates d’attestations sont souvent trop tardives pour nous aider à trancher, sauf si une précision y est attachée.

Personnage près d’un four – École française du XIXè siècle

Le four

Le simple furnus est à l’origine des noms de Four (Isère), Fours (Gironde et Nièvre), Uvernet-Fours (Alpes-de-H.-P., avec Uvernet issu du latin hibernum donnant l’occitan local uvern, « hiver », et diminutif –et), Fours-en-Vexin (Eure) et Six-Fours-les-Plages (Var). Dans le Doubs, les noms de Fourg (Fourz en 1275) et Les Fourgs (Les Fours en 1343), qui sont donnés comme issus de furnus par Dauzat&Rostaing (DENLF*) et R. Brunet (TT*), sont donnés comme dérivés de l’oïl forc, « bifurcation d’un chemin », par E. Nègre (TGF*) : dans le Doubs, je m’abstiens. Le parler gascon, qui fait passer le f- initial à h-, est à l’origine du nom de Hours (P.-A.).

Dans la Meuse, après la construction au XVè siècle d’un four de verrier pour la fabrication de bouteilles et de cloches de jardin, on nomma un village Le Neufour (Le Neuf-Four en 1571).

Une forme féminisée *furna est à l’origine de Fournes-Cabardès (Aude, avec Cabardès, région formée autour de Cabaret, sur la commune de Lastours, ancien Caput Arietis castra, du latin caput, « tête » et arietis, « de bélier ») et de Fournes-en-Weppes (Nord, avec Weppes noté in Vueppis en 984, de la racine indo-européenne uep-, « eau », correspondant à la nature particulièrement aqueuse du terrain).

En composition avec un nom de personne, on trouve Fourchambault (Nièvre, avec aphérèse d’Archambault) et Fournaudin (Yonne, avec aphérèse d’Arnaudin, hypocoristique d’Arnaud), dont on sait qu’il s’agissait d’un four de verrerie, celui de l’abbaye de Vauluisant.

Furnus a été suffixé de différentes façons :

  • avec le locatif  -ensis : Fournès (Gard) ;
  • avec le diminutif –ittum : Fournet (Calv.), Fournet-Blancheroche (Doubs) et Grandfontaine-Fournets (id.) ;
  • avec l’augmentatif -as et l’agglutination de la préposition in : Les Infournas (aujourd’hui dans Saint-Bonnet-en-Champsaur, Alpes-de-H.-P., villa Fornax au XIè siècle ) ;
  • avec le suffixe diminutif -olum : Fournols (P.-de-D.) et avec -olum et le locatif -ensis : Fournoulès (Cant.).

 

Le basque emploie labe pour désigner le four, comme à Labets-Biscay (P.-A., avec Biscay du basque biskar, « tertre »).

Les micro-toponymes ne manquent pas qui comptent plusieurs centaines de dérivés de « four » sous une forme simple (Four, Fournet, Fournol, etc.) , composée (Grandfour, Fourblanc, etc.) ou avec déterminant (le Four à Briques, à Carreaux, etc.). Le breton forn ne se rencontre, lui, que dans des micro-toponymes comme Coz Forn, « vieux four » (au moins quatre en Côtes-d’Armor). Ce même forn se retrouve en occitan comme à el Forn ( à Erre, P.-O.) tandis que le corse fornu se retrouve à U Fornu (à Rosazia, Corse-du-Sud).

Le nom d’homme latin Furnus (sobriquet ou variante de Furnius) est à l’origine de Fourneville (Calv.) et Fournival (Oise)

La commune de Beaufour (aujourd’hui Beaufour-Duval, Calv.) est un exemple de faux-ami induit par un dérivé en « four » du latin fagus, « hêtre » : son nom est attesté Bellus fagus en 1195.

Le fourneau

Le français fourneau, diminutif de « four », apparait, avec des variantes régionales, dans les noms de Fourneaux (Loire, Manche, Savoie), Fourneaux-le-Val (Calv.), Fournels (Loz.) et Fornex (Ariège, de Furnellis en 1324, où la finale -x au lieu de -els est issue, en gascon, du double -ll qui passe à -t en position finale, d’où la prononciation –èts écrite -ex).

Le four à chaux

Une place à part est faite, dans la toponymie, aux fours à chaux.

Du latin calcis furnus, l’ancien français chauffour se retrouve dans les noms de Chauffour-sur-Vell (Corr., Califurno en 885), Chauffour-lès-Bailly (Aube, noté Calidus Furnus, « chaud four », en 1081, qui est une mauvaise latinisation), Chauffour-lès-Etréchy ( Ess.), Chauffourt (H.-Marne) et, au pluriel, dans celui de Chauffours (E.-et-L.). Avec un seul -f-, on trouve Chaufour-lès-Bonnières (Yv.) et Chaufour-Notre-Dame (Sarthe). L’agglutination de la préposition « ès » (en les ) est à l’origine des noms d’Échauffour (Orne, Escalfo en 1050) et d’Escaufourt (Aisne, Les Caufours en 1234, aujourd’hui associée à Saint-Souplet).

La bien connue Forcalquier (Alpes-de-H.-P., de Forcalcherio en 1004 et in castro Furnocalcario) comme son diminutif Forcalqueiret (Var, in Furno calacario en 1037) doivent bien leur nom — association de forn, « four », et de calquièr, littéralement « calcaire » mais qu’il faut comprendre au sens étymologique « à chaux » (calx, « chaux » ; calcarius, « de chaux, à chaux ») — à d’anciens fours à chaux, figurant d’ailleurs dans le blason de cette dernière (cf. ci-contre).

 

Les fours à chaux sont eux aussi fort bien représentés en micro-toponymie sous des formes variées comme Caufour, Chaufour, etc. et, pour les plus récents, Le Four à Chaux. Avec le passage du f initial à h, le gascon donne  de rares Cohorn. En franco-provençal, le mot est devenu rafor ou rafour, pour désigner le  four à chaux, le four pour fondre le minerai, le four à tuiles ou le fourneau du charbonnier : on le retrouve dans Raffort (aux Allues, Sav.) et Le Raffour (à Albiez-le-Vieux, id.) et d’autres similaires dans l’Ain, l’Isère, le Jura et le Rhône.

P.S. : le four, d’accord, mais le moulin a été vu ici et dans quatre autres billets.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Le  dessin du blason est issu du site l’Armorial des villes et villages de France, avec l’aimable autorisation de son auteur, Daniel Juric.

cdl6

La devinette

Je vous propose de découvrir le nom composé, bien sûr lié au four, d’une commune de France métropolitaine.

Il s’agit d’une localité située à moins de trente kilomètres d’une ville où on fabrique depuis plus d’un siècle un élément essentiel des automobiles.

En partie détruit par un incendie à la fin du XIXè siècle, un édifice public de cette commune fut rénové avec un matériau défectueux qui provoqua un défaut qui en fait aujourd’hui la fierté.

Un indice :

indice a 07 02 21

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

 

Champhol et Muidorge (les répauxdev)

LGF a été le premier à me donner les bonnes réponses à mes deux dernières devinettes. Bravo! De son côté, TRA donne, juste à temps, une des deux réponses en commentaire sur le billet des indices …

Il fallait trouver Champhol, une petite ville eurélienne et Muidorge, un village isarien.

champhol

Champhol

Nous disposons, grâce au Dictionnaire topographique du département d’Eure-et-Loir de Lucien Merlet ( publié en 1861) de plusieurs formes anciennes du nom dont la première, datée de 986, est Campus Follis qui sera suivie en 1224 par Champfou : il s’agissait donc de désigner un champ où poussaient des herbes folles, sans doute la folle avoine (Avena fatua), donc un champ peu fertile.

Le qualificatif de follis attribué en 986, sans doute mal compris ou considéré comme peu valorisant, a donné lieu à des réinterprétations ultérieures. On trouve par exemple Campus Fauni en 1127 et Campus Faunus en 1154 qui ont été interprétés comme le « champ d’un faune », divinité champêtre, dans  Les noms de villes et de villages d’Eure-et-Loir, par l’abbé Guy Villette, (1917-1991) — qui donne la date, hélas non documentée, de 930 pour le nom de Campus Fauni. On trouve également Campus Folium en 1188 et Campus Folius en 1200, où le champ aurait été « feuillu » … Le nom de Champfol apparait en 1495 et celui de Champhol en 1736, en plein dans ce siècle où il était de bon ton de gréciser à tout-va à coups de ph et th

Le premier indice montrait tout simplement un champ de folle avoine

Wild oat / Avena fatua

L’église de Champhol est dédiée à saint Denis, céphalophore, et située à cinq kilomètres de la cathédrale de Chartres dont le bourdon est prénommé Marie.

Muidorge

Le Dictionnaire topographique du département de l’Oise d’Émile Lambert, publié en 1981, nous donne les deux  formes anciennes datées de 1157,  ecclesiam de Modio Ordei et Medio hordei, qui sont suivies de Muidorge dès 1224. On reconnait dans ces noms l’oïl mui, « mesure de capacité pour les grains et les liquides » qui a pris le sens  de « mesure agraire, étendue de terrain ensemencée avec un muid de grains », et orge.

Le premier indice montrait un récipient servant à la mesure des grains (je n’allais quand même pas vous montrer un muid !) :

indice b 31 01 21

L’église de Muidorge est dédiée à saint Lucien, un autre céphalophore, et située à quinze kilomètres de la cathédrale de Beauvais, détentrice du record du plus haut chœur gothique sous voûte du monde.

shadock

 

Les indices du mercredi 03/02/2021

en retardEn retard, oui! en retard, je sais !

 

podium vide

 

 

Mes deux dernières devinettes n’ont pas eu le succès escompté : le podium des découvreurs est resté vide !

 

 

Je recopie les énoncés, qui étaient ainsi présentés : « Je vous propose de chercher les noms de deux communes de France métropolitaine, liés l’un à l’avoine et l’autre à l’orge », en les accompagnant de nouvelles précisions et indices :

■ toponyme 1 : il s’agit d’un nom composé qui désigne le terrain où pousse la céréale mais où le nom de celle-ci n’apparait pas sauf en sous-entendu.

Wild oat / Avena fatua

 

Il s’agit donc d’un nom composé dont le premier élément indique le terrain et dont le second élément désigne la céréale qui y poussait par une de ses qualités bien connue.

La commune, dont l’église est dédiée à un saint céphalophore, se trouve à moins de cinq kilomètres d’une cathédrale dont le bourdon porte un prénom féminin.

■ toponyme 2 : il s’agit d’un nom composé qui indique d’une certaine matière la taille du terrain à l’origine de la commune.

indice b 31 01 21

Il s’agit donc d’un nom composé dont le premier élément indique, d’une certaine manière, la superficie du terrain sur lequel poussait la céréale désignée par le second élément.

La commune, dont l’église est vouée à un saint céphalophore, se trouve à moins de quinze kilomètres d’une cathédrale détentrice d’un record du monde.

 

Réponses attendues chez leveto@sfr.fr