Retour en douceur aujourd’hui, avec un petit billet clin d’œil 😉
Le grec ancien καταράκτης, (kataraktēs), dérivé de καταράσσω, (katarassō), (préfixe kata- « de haut en bas » et verbe rassô, attique rattô, « se jeter sur ») signifiait « qui se précipite, qui fond sur » et pouvait s’appliquer à une pluie violente, une pente abrupte, une chute d’eau, une herse qui s’abat, une porte qui se ferme, une écluse, etc., mais aussi à un faucon, rapace qui fond sur sa proie. Il est à l’origine du latin cataracta, « chute d’eau », terme d’abord appliqué aux chutes du Nil (Sénèque ; Pline) et aux écluses du ciel bibliques (Ambroise de Milan). C’est en 1479 que le mot apparait en français quand on parle des « cataractes du ciel » pour décrire des pluies torrentielles analogues au déluge et il faudra attendre 1549 pour que le terme désigne une « ouverture entre les montaignes, par ou quelque cours d’eau se iecte de hault en bas, et fait merveilleusement grand bruit ». Dix ans auparavant, sans doute par métaphore du voile tombant sur les yeux, le terme avait été utilisé pour décrire l’affection ophtalmologique bien connue des personnes d’un certain âge.
Le terme « cataracte » n’a pas eu beaucoup de succès en toponymie : le billet sera court.
On mentionnera le district des Cataractes de la province du Kongo-Central en république démocratique du Congo, situé en rive gauche du fleuve Congo, à l’est de Matadi. On ajoutera les Cataractes des Trois Soeurs (cataractas las Tres Hermanas) dans la région d’Ayacucho, au Pérou, qui sont parmi les plus hautes du monde (914 m de haut) ; les « trois sœurs » désignent les trois sauts successifs qui forment la cataracte. Toujours au Pérou, la Cataracte de Gocta, dont le nom n’est pas expliqué, est appelée plus simplement La Chorrera, « la chute d’eau », par les habitants de la région (département d’Amazonas, au nord du Pérou) – photo ci-dessous. Enfin, on n’oubliera pas les six Cataractes du Nil , qui sont en réalité plus des rapides que des cataractes.
Et en France ? Les choses sont assez simples dans la mesure où le terme « cataracte » n’existe pas en tant que toponyme.
Cependant, ce même terme, utilisé dès le bas latin en Gaule pour désigner des chutes d’eau naturelles ou artificielles (comme des digues de captage ou de détournement) se rencontre en toponymie sous des formes dérivées. La plus connue d’entre elles est Cadarache, nom d’un hameau de Saint-Paul-lès-Durance (B.-du-R. ; de Cadaraia en 1089, de Cadaraxa en 1147 et Cadaracha en 1165), à la jonction de la Durance et du Verdon, célèbre pour son centre de recherche atomique, son château et sa forêt domaniale. On retrouve le même nom Cadarache à Saint-Julien-de-Peyrolas (Gard), à Sauveterre (id.) et à Saignon (Vauc.), où il désigne des falaises bordant de petits cours d’eau.
Chalette-sur-Voire (Aube ; Cataracta au IXè siècle et Catalacta en 1103) et Chalette-sur-Loing (Loiret ; Kadelatam en 1065 et Catalecta en 1103) doivent elles-aussi leur nom au bas latin cataracta avec ici plus probablement le sens dérivé d’écluse ou de barrage, appellation liée à un moulin.
L’iséroise Charette (ecclesia de Chaarata au XIIè siècle et Chareta au XIVè siècle), située sur le Fouron, comme l’ancienne Charette de Saône-et-Loire (aujourd’hui dans Charette-Varennes ; Cherrettes en 1313) sont probablement de même origine.
Cascade de Charette (Isère)
On trouve enfin Cadariège, nom d’un ruisseau de l’Aude qui était Cadayrecham en 1352 et Cadariacha en 1386, aujourd’hui doublé d’un Canal de Cadariège, à Narbonne.
La devinette
Il vous faudra trouver un hydronyme de France métropolitaine qui aurait pu figurer dans le billet du jour.
Ce nom, bien écrit sur le cadastre napoléonien et dans le Dictionnaire topographique du département, apparaît aujourd’hui sur les cartes IGN précédé d’un adjectif et déformé par une consonne non étymologique, sans doute par attraction du nom d’une commune du département voisin. On le trouve également dans le nom d’un chemin, dans sa forme correcte mais au pluriel, sans doute parce que le cours d’eau est issu de plusieurs ruisselets tantôt à sec tantôt grossis par les pluies.
Le nom de la commune dans lequel il court est issu de celui d’un homme latin, sans doute un bon père de famille.
Réponse attendue chez leveto@sfr.fr