Habert, baïta et meiro

Je poursuis aujourd’hui mon exploration des toponymes liés aux habitations permanentes ou temporaires des bergers menant leurs troupeaux, comme les muandes vues dans le précédent billet.

En 1907, dans son Glossaire des noms topographiques les plus usités dans le Sud-Est de la France et les Alpes occidentales (éd. X. Drevet), Daniel Mourral définit un habert comme un « chalet en bois ou en maçonnerie servant dans la haute montagne d’étable et de fromagerie ». Il précise que « ce terme est surtout utilisé dans les massifs d’Allevard et de la Chartreuse ».

Peu de temps auparavant, en 1901, Paul Guillaume écrivait les aberts, « chalets d’alpage » (L’industrie laitière dans les Hautes‑Alpes d’après les anciens documents», dans les Annales des Alpes n°5).

Encore avant, Frédéric Mistral (TdF*, 1879-86) écrivait ce nom aberg, défini comme un « chalet dans les Alpes dauphinoises » et le rapprochait du catalan alberg, de l’italien albergo et de l’allemand herberg.

Habert est un des nombreux dérivés du germanique *haribergon, *heribergon, « loger un armée, camper », composé de *hari, « armée », et de *bergon, « abriter », comme « auberge » et « héberger ». Très tôt, l’orthographe a hésité à mettre ou non un h– initial, comme on le voit dans le dictionnaire de Godefroy :

Le Dictionnaire de l’occitan médiéval en ligne cite, à l’entrée alberc de nombreuses variantes,dont une seule avec h– initial : abber, aberc, abert, aiberc, alber, alberch, alberg, albergo, albert, albrec, alsberc, arbeh, arbeich, arber, arberc, arberch, arberg, arbert, arbrec, auberc, harber

Dans les Alpes dauphinoises, où le mot est encore vivant, on écrit abert. Cependant, les toponymes qui en sont issus sont écrits Habert – sans doute par la volonté des topographes de se rapprocher de l’étymologie. On remarque ainsi dans le Dictionnaire topographique de l’Isère (E. Pilot de Thorey, 1921) l’Abert-d’en-Haut (à Laval-en-Belledonne, Is.) aussi écrit l’Habert-d’en-Haut – toponyme aujourd’hui disparu.

Le Glossaire des termes dialectaux de Pégorier (GTD*) écrit le mot avec un h– initial : « Habert nm : chalet servant d’étable et de fromagerie en montagne – Alpes ».

Ces toponymes se trouvent dans leur très grande majorité en Isère où on compte dix-sept lieux-dits habités portant ce nom et autant de lieux-dits non habités où le chalet est en ruine. À l’exception du Habert de Saint-Christophe-sur-Guiers, tous ces noms sont suivis d’un déterminant, comme à Saint-Pierre-de-Charteuse où se trouvent un Habert de Barbison, un Habert de Billon, un Habert de Chartroussette, un Habert de Corde, un Habert de la Malamille, un Habert de la Saulce, un Habert de Pravouta, un Habert de Valombré, un Habert des Rochers, un Habert du Col du Coq et un Habert du Plat.

En Savoie, on ne trouve que le Habert de la Perrière à Arvillard et le Habert de Val Froide à Saint-Pierre-d’Entremont.

On se gardera bien de confondre les toponymes isérois et savoyars du type Habert avec la cinquantaine d’homonymes répartis sur le reste du territoire français, notamment en Centre-Val-de-Loire, Pays-de-la-Loire, Grand-Est … Il s’agit, pour ces derniers, d’un patronyme d’origine germanique composé de had, « combat » et berth, « illustre », d’où des noms comme le Bois d’Habert et le Champ d’Habert à Ids-Saint-Roch (Cher).

En 1846, le Dictionnaire provençal-français de Simon-Jude Honorat définit la baïta comme « une feuillée, une hutte, une baraque, petite loge de torchis, dans une vigne, et couverte de pailles, de branches etc. ». Il propose comme probable étymologie « l’hébreu baith, maison, logement ».

Peu de temps après, le Trésor du Félibrige (1879-86) définit la baïto [graphie mistralienne avec terminaison en -o du féminin ] comme une « hutte, baraque, maisonnette dans une vigne, en Languedoc » et rapproche ce mot du piémontais baita, du vieil allemand baiton, du grec βαιτα, « tente faite de peau » [ ou plutôt βαιτη, si j’en crois le Bailly] et de l’hébreu baith, « logement ».

À la même époque, le Patois des Alpes cottiennes (Briançonnais et vallées vaudoises) et en particulier du Queyras (J.-A. Chabrand et A. de Rochas d’Aiglun, 1877) définit la baïta comme « une petite cabane, un abri pour les bergers » dans les vallées vaudoises, en Languedoc et en Auvergne et rapproche lui aussi ce terme de l’allemand baiton et de l’hébreu baith en rajoutant – sans doute à tort – l’anglais abode. Cette définition sera reprise en 1907 par Daniel Mourral dans son Glossaire des noms topographiques les plus usités dans le Sud-Est de la France et les Alpes occidentales qui rajoute que le terme se retrouve aussi en Pays Basque.

En 1916, dans son ouvrage intitulé Italia dialettale, Giulo Bertoni (ici) signale le même terme baita, qu’il juge d’origine incertaine, utilisé dans toute l’Italie septentrionale avec le sens de baraque, chaumière, cabane, surtout pour les charbonniers et les chasseurs.

Selon Alain Nouvel (Les noms de lieux témoins de notre histoire, éd. Terra d’Oc, 1981) baita serait issu d’un radical *bayt– pré-indo-européen et méditerranéen, d’où le même radical sémitique commun à l’arabe et à l’hébreu, signifiant « maison, famille », d’après la tente abritant une famille dans les campements des bédouins nomades, éleveurs et agriculteurs saisonniers en périodes de transhumance. On pensera par exemple à Bethléem, « la ville de la divinité agricole Lahmu » (plutôt que « la ville du pain ») ou à Beita, une ville du gouvernorat de Naplouse dans le nord de la Cisjordanie, dont le nom rappelle que des nomades et des pèlerins y plantaient leurs tentes.

Les toponymes du type Baïta ne se trouvent qu’en Pyrénées-Atlantiques, au nombre de vingt-trois. Le mot, utilisé en post-position, signifie « maison de » ou « chez ». Ainsi Ancho Baita à Urugne se traduit par « Chez Anxo (ou Antxo, qui est un diminutif de sanche, du latin sanctus, « saint, pur »), Handia Baita à Urugne encore se traduit par « Chez Handi (le grand ) » et Mocho Baita à Saint-Jean-de-Lutz par « Chez Motxo (court ; manchot ; silencieux) ». Je précise toutefois que je n’ai pas pu vérifier l’étymologie de ce mot basque qui n’a peut-être rien à voir avec le radical *bayt, sauf s’il s’agit d’un emprunt. C’est ce qu’on peut penser en lisant J.-B. Orpustan (Les noms des maisons médiévales en Labourd, Basse-Navarre et Soule, 2006) qui écrit que « les noms construits sur –baita, spécifiquement labourdins et même en un certain sens urbains, sont très comparables aux composés de –(t)egi mais leur invention et leur développement postérieurs au Moyen Age » : baita ne serait donc pas un mot originellement basque.

À comprendre villa Amabaïta, soit la « villa de l’aïeule »

Ailleurs qu’en Pays Basque, on peut néanmoins signaler les appellations modernes La Baïta del Lop d’un hôtel-gîte d’étape à Saint-Véran (H.-A.), une ancienne bergerie rénovée et La Baïta de la Foux à La Foux-d’Allos (A.-de-H.-P.).

La forme baïte n’est pas mieux représentée qui n’apparait que dans le nom des Baïtes à La Piarre (H.-A.).

Il faut se tourner vers les variantes en Bet– pour trouver quelques toponymes issus de baita. C’est le cas, en Savoie, d’une dizaine de noms comme La Betaz, qui regroupe quelques maisons isolées aux Mollettes, de La Betaz, , une maison isolée à Châteauneuf nommée La Bette sur la Carte IGN ou encore de La Bétaz aussi écrite La Baytaz, un château et lieu-dit à Planaise, où furent signés les préliminaires de la paix en 1815. Toujours dans le même département, le lieu-dit La Bête, désignant une maison isolée à Queige, est peut-être de même origine, forme francisée de baita.

Écrits avec –tt-, les quatre La Bettaz savoyards (La Thuile, Châteauneuf, Montvernier et Fontcouverte-la-Toussuire) et le Haut-Savoyard Les Bettaz (Marigod) pourraient être de même origine mais un patronyme Bette ou Bettaz du germanique *berhta, « illustre, brillant, renommé » n’est pas exclu, qui expliquerait également le nom de
Le Bette, une maison isolée à Beaufort-sur-Doron (Sav.) dont le masculin interroge.

En 1846, le Dictionnaire provençal-français de Simon-Jude Honorat donnait le substantif féminin pluriel meiras comme « le nom que l’on donne, à Barcelonnette, aux cabanes situées sur la montagne qu’on n’habite que le temps où l’on ramasse les récoltes » et en donnait comme étymologie le verbe meire, « moissonner ».

En 1877, J.-A. Chabrand et A. de Rochas d’Aiglun (op. cit.) qui donnent les formes meiro et meirie, « chalet, habitation où l’on passe une partie de l’été », optent pour l’étymologie selon le verbe meirar, « changer de lieu ». Ils ajoutent qu’on appelle « époque des Meiries » celle des changements de résidence des troupeaux.

Le Trésor du Félibrige (1879-86) définit la meiro comme un « chalet, une cabane dans la montagne, qu’on n’habite que pendant la moisson ou la fenaison, dans les Alpes » et en reprend l’étymologie selon le verbe meira, « changer de place, émigrer » en comparant ce nom avec muando qui « vient du verbe mua, muda qui a la même signification ».

Il est difficile de trancher entre ces deux étymologies puisque le Dictionnaire de l’Occitan médiéval en ligne donne effectivement les deux verbes : meirar pour « changer de place, déménager » et meire pour « moissonner », mais les deux ont pu se croiser puisqu’il fallait bien faire l’un pour pouvoir faire l’autre …

Ce nom ayant été écrit de nombreuses façons par des topographes peu au fait des prononciations locales, les toponymes qui en sont issus sont très variés et pas toujours identifiables avec certitude.

La forme la plus proche de l’« original » est La Meira à Tourette-du-Château (A.-M.) francisée en La Meire (Enchastrayes, Uvernet-Fours et Prads-Haute-Bléone, A.-M.) et les diminutifs La Meironette à Puyloublier (B.-du-R.) et Meirou à Vialas (Loz.).

La forme « francisée » meirie se rencontre avec les lieux-dits Meirie de Saint-Martin-le-Vinoux (Is.) et Meiry à Vions (Sav.). C’est la graphie avec –ey– censée transcrire la prononciation –éï– qui est la plus courante avec une dizaine de La ou Les Meyries dans les Hautes-Alpes et autant en Savoie, Isère, Drôme (à Barsac) etc. Le nom est parfois écrit Meyriès (Maeyria en 1358 et Les Meiries en 1779) comme à Château-Ville-Vieille (H.-A.).

On trouve également parfois le nom écrit mayrie, voire mairie, ce qui complique parfois l’interprétation des toponymes.

Ainsi, à Saint-Laurent-en-Royans (Dr.) le lieu-dit Les Mairies était-il Meyarie en 1503, La Marye en 1560, la Meyerie en 1594, la Merie en 1620 et La Meyrie en 1891 : il s’agissait donc bien à l’origine d’une mérie. Les lieux-dits homonyme Les Mairies à Volvert et à Valdrôme (Dr.) semblent être de même origine, comme Les Mairies à Saint-Aupre (Is.) et à Dévoluy (H.-A.). Les autres noms du même type, notamment ceux au singulier, sont, en l’absence de forme suffisamment ancienne, plus difficiles à interpréter, sauf si leur situation géographique penche plus en faveur d’un chalet d’alpage que d’une mairie, propriété du maire (au sens historique de régisseur, de magistrat local ou de principal propriétaire) ou que d’un cours d’eau (du gaulois matir ou occitan maire, « mère » p.ex.). On rencontre enfin plus rarement la graphie mayrie comme pour La Mayrie à Château-Ville-Vieille (H.-A.), La Motte-d’Aveillan et Saint-Joseph-de-Rivière (Is.), dont la position géographique correspond mieux à un chalet d’alpage.

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine qui aurait pu figurer dans le billet du jour. La route qui le longe porte le même nom, à une lettre près.

La commune qui l’abrite, résultat d’une ancienne fusion, porte un double nom. Le premier de ces noms décrit un type de terrain accompagné du nom de son propriétaire au Moyen Âge. Le second nom est directement issu d’un nom de personne latin.

Le bureau centralisateur du canton, dont le nom est un hagionyme accompagné du nom du pays, a déjà été étudié sur ce blog.

On pourrait sourire en constatant le contraste entre le deuxième nom de la commune, plutôt clair, et celui du pays, plutôt foncé.

Un indice pour un ensemble touristique sis sur la commune

Un second indice pour la commune

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Miandon à Saint-Jacques-en-Valgodemard (H.-A.) : la répàladev

Grâce aux indices du mardi, TRS est venu à bout de ma dernière devinette. Bravo à lui !

Il fallait trouver Miandon à Saint-Jacques-en-Valgodemard dans le canton de Saint-Bonnet-en-Champsaur de l’arrondissement de Gap, dans les Hautes-Alpes.

Saint-Jacques-en-Valgodemard, ici :

Miandon, là, tout à droite :

Il s’agit d’un diminutif en –on de la variante miande de muande, vue dans le billet avec le lieu-dit Miande à Montclar (A.-de-H.-P.). On y trouve également le Ruisseau du Miandon.

Absent du fichier FANTOIR, ce toponyme apparait néanmoins dans le fichier IGN

À Annonay (Ardc.) se trouve le Mont Miandon, parfois écrit en seul mot Montmiandon. Pierre Charrié (DTA*) parle du Montmandon attesté Monte Mando en 1464 et Montmiandou au XVIIIè. et explique qu’il s’agit d’un « ancien château fondé vers 1045 par Agimara détruit par les Anglais. En 1131, passe au seigneur Miraud d’où Montmirau, son fils adoptant le nom de Montmiandon.». En 1882, l’abbé Filhol (Histoire religieuse et civile d’Annonay depuis l’origine jusqu’à nos jours, page 514) parlait de « Montmiandon ou Montmirandon (Mons Mirandus) », ce qui ressemble fort à une étymologie pseudo-savante. Pour ma part, j’émets l’hypothèse d’un *Montmiraud (du seigneur Miraud) passé au diminutif *Montmiraudon lors de la succession, d’où *Montmirandon (par attraction du verbe mirar, « regarder, guetter » comme pour Montmirail) puis Montmiandon.

♦ Saint-Jacques : la paroisse est attestée S. Jacobus en 1179, du nom de saint Jacques, apôtre.

♦ Valgodemard : le nom de cette vallée est également écrit Valgaudemar ou Valgodemar. J’écrivais dans un ancien article :



vallée de la Severaisse dans les Hautes-Alpes dont le nom est attesté Valgaudemar en 1224, formé sur le nom de personne germanique Gautmarus et du latin vallis, « vallée ». La légende locale parle d’un chef burgonde qui se serait retiré là en 531. Il parait plus raisonnable d’y voir le nom d’un seigneur local du début du bas Moyen Âge, nommé Godemar, Goudemar ou Gaudemar, du saxon Waldemar, soit le « gouverneur (wald) célèbre (mar) » .

♦ Saint-Bonnet : attesté S. Bonitus en 1152, du nom de l’évêque de Clermont au VIIè siècle.

♦ Champsaur : le nom de cette région est d’abord attesté Campania en 739, terme latin signifiant « les champs, la plaine » et qui désignait donc la plaine et c’est plus tard, au XVIIIè siècle, que le nom sera étendu à la montagne qui barre le fond de la vallée. En 1027 apparait le nom Camsaurus, du latin campus, « champ » et de l’adjectif ancien francique saur, « jaune, brun jaunâtre » qu’on a interprété comme une référence aux céréales jaunes, aux feuillages bruns ou encore au sol brun. Le nom passera à Campus Saurus en 1100 et la graphie actuelle Champsaur s’imposera à partir de 1594.

j’écrivais dans un récent article :

je recopie ici sans vergogne ma contribution à la rubrique toponymique de la page wiki consacrée à Gap (qui a été visiblement modifiée depuis) :

Le nom de la ville est attesté Vappinquo dès 17 av. J.-C. sur le quatrième gobelet de Vicarello. Selon le linguiste et spécialiste de l’onomastique P.-H. Billy (DNLF*), la seule étymologie plausible serait la racine indo-européenne *uop– , « eau », suivie du suffixe gaulois –inco (peut-être emprunté aux Ligures). Le passage du nom de lieu Vappincum à l’adjectif Vappincensis puis à la forme courte Vappensis explique la disparition du suffixe. L’évolution de l’initiale est marquée par les graphies Wappincensis ecclesiae en 876 puis vicecomes Guapincensis en 1045 qui ne peuvent pas s’expliquer par une influence germanique (avec w passant à g) mais probablement par une prononciation originelle proche de *g-uop ou *gwop.
Dans son dernier ouvrage concernant les Noms de lieux celtiques de l’Europe ancienne, le linguiste X. Delamarre émet pour Vapincum l’hypothèse d’un celtique *uapincon formé de la racine *wek/wok donnant le gaulois uep/uop passé à uap, « parler », accompagné du suffixe –inco. Le sens, incertain, serait celui de « domaine de *Vapincos (parleur ?) » (NLCEA*).

■ « nom du pays, lequel est issu de celui d’un célèbre seigneur » : Valgodemard, du saxon Waldemar, soit le « gouverneur (wald) célèbre (mar) » .

■ « un autre pays, lequel indique la couleur de sa végétation ou de sa terre » : Champsaur, du latin campus, « champ » et de l’adjectif ancien francique saur, « jaune, brun jaunâtre » qu’on a interprété comme une référence aux céréales jaunes, aux feuillages bruns ou encore au sol brun

■ Une coquille saint-jacques pour Saint-Jacques-en-Valgodemard et cinq bonnets pour Saint-Bonnet-en-Champsaur.

L’indice du mardi 27 octobre 2026

Personne n’est venu à bout de ma dernière devinette ! [ Mais, méfi !, TRS n’est pas très loin...]

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine qui aurait pu figurer dans le billet du jour. Il désigne un lieu-dit non habité et le ruisseau qui le traverse. Il est absent du fichier FANTOIR mais apparait sur les cartes.

Le nom de la commune où il se situe est composé d’un hagionyme accompagné du nom du pays, lequel est issu de celui d’un célèbre seigneur.

Le bureau centralisateur du canton est lui aussi composé d’un hagionyme accompagné du nom d »un autre pays, lequel indique la couleur de sa végétation ou de sa terre.

Il existe un mont homonyme dans un autre massif montagneux, dont les formes anciennes et l’histoire montrent qu’il n’a pas la même étymologie.

Puisque vous savez déjà dans quelle région chercher, vous donner d’autres indices serait vous rendre les choses trop faciles.

Un indice pour la commune et pour le bureau centralisateur du canton :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Muande

Cité dans le Trésor du Félibrige, Albert de Rochas d’Aiglun (1837-1914) expliquait : « Pendant la saison où les troupeaux se nourrissent dehors, ceux-ci montent de chalet en chalet, épuisant les pâturages au fur et à mesure qu’ils arrivent à maturité. Les troupeaux redescendent ensuite, habitant les mêmes chalets en sens inverse ». Dans son Patois des Alpes cottiennes (Briançonnais et vallées vaudoises) et en particulier du Queyras, le même auteur donne le nom de ces chalets : « Muande, nom féminin : Chalet. Maison de pasteur avec bercail ».

Le Trésor du Félibrige donne également Muando et les variantes Mudando et Mutando pour « chalet où on ne fait que passer en se rendant aux Alpes supérieures ». Le Dictionnaire topographique des Hautes-Alpes (Joseph Roman, 1884 ) écrit : « La Muande (la cabane de bergers) à Abriès ». Adolphe Gros (Dictionnaire étymologique des noms de lieux de la Savoie, 1935) décrit la muande comme une « habitation temporaire pour la saison de l’inalpage »

L’occitan muanda est issu du latin mutanda (sous entendu casa), du verbe mutare, « mouvoir, déplacer changer ».

Les toponymes qui en sont issus sont peu nombreux et, sans surprise, sont dans leur très grande majorité situés dans le massif alpin.

Muande est bien sûr le nom le plus répandu, avec vingt-et-un lieux-dits Muande et onze Muandes, tous situés dans les Hautes-Alpes et quatre autres en Isère. On citera la redondante Cabane de la Muande (La Chapelle-en-Valgaudémar, H-A.), les Muandes, un alpage et un col à 2828 m, à Névache (H.-A.), Les Muandes aux Orres qui étaient Muanda déjà en 1343, la Pointe et le Ruisseau de la Muande à Saint-Christophe-en-Oisans (Is.). La forme occitane n’apparait que dans le nom du Plan de la Muanda à Montricher-Albanne (Sav.). La Chapelle-en-Valgaudémar (H.-A.) compte un augmentatif Muandasse et un diminutif Muandon.

En Savoie, apparait la variante La Mande (Val-Cenis etc. ; La Mande de Bessans était Muanda en 1345) et le diminutif Mandettaz à Bonneval-Sur-Arc tandis que Les Mandettes se rencontrent au Monêtier-les-Bains dans les Hautes-Alpes.

La variante La Miande se rencontre à Monclar (A.-de-H.-P.) et son diminutif Les Miandettes à Montgenèvre (H.-A.).

On rencontre d’autres diminutifs comme Mandallaz à Allonzier-la-Caille, Sillingy et Choisy (H.-Sav.). À Ugine (Sav.) les Trois Aiguilles (2277 m) portent aussi le nom de Pointe de Mandallaz, le nom de la muande étant monté au sommet. À Samoëns (H.-Sav) apparait le diminutif La Mandollaz.

On peut sans doute rajouter La Mandellerie (Manigot, H.-Sav.) qui regroupe quelques maisons isolées ce qui pourrait expliquer le suffixe collectif en –erie.

En Savoie, aux Belleville, se trouve le vallon de la Moendaz dont le nom est passé au Ruisseau de la Moendaz et monté aux Aiguilles de la Grande Moendaz (2697 m).

Pour être complet, parlons de la remue (déverbal de « remuer »), le nom donné dans les Alpes au mouvement du bétail montant à l’estive. Comme pour la muande, le nom a désigné la petite cabane d’altitude, en bois, souvent démontable, servant d’étape à l’alpage. Peu nombreux sont les toponymes qui en sont dérivés. On citera le Lac de la Remuaz et l’Aiguille de la Remuaz (2863 m), dans les Aiguilles Rouges à Chamonix-Mont-Blanc (H.-Sav.).

Du même domaine de sens : borie ; bür, bure et buron ; mazuc et mazut ; huttes, bordels et autres cabanes.

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine qui aurait pu figurer dans le billet du jour. Il désigne un lieu-dit non habité et le ruisseau qui le traverse. Il est absent du fichier FANTOIR mais apparait sur les cartes.

Le nom de la commune où il se situe est composé d’un hagionyme accompagné du nom du pays, lequel est issu de celui d’un célèbre seigneur.

Le bureau centralisateur du canton est lui aussi composé d’un hagionyme accompagné du nom d »un autre pays, lequel indique la couleur de sa végétation ou de sa terre.

Il existe un mont homonyme dans un autre massif montagneux, dont les formes anciennes et l’histoire montrent qu’il n’a pas la même étymologie.

Puisque vous savez déjà dans quelle région chercher, vous donner d’autres indices serait vous rendre les choses trop faciles.

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Lissignol à Mostuéjouls et Peyreleau (Aveyron) : la répàladev du 24 octobre 2026

TRS est resté le seul découvreur de la solution de ma dernière devinette. Félicitations à lui tout seul, donc !

Il fallait trouver les lieux-dits Lissignol à Mostuéjouls et à Peyreleau, dans le canton Tarn et Causses, dont le bureau centralisateur est Séverac-d’Aveyron, de l’arrondissement de Milhau, en Aveyron.

Mostuéjouls et Peyreleau, ici :

Ce nom est bien équivalent de « rossignol » qui a conservé le l- initial du latin *lisciniolus. On parlait, au XIIIè siècle , de « La douce voiz du louseignol sauvage » (Roman du Castelain de Couci et de la dame de Fayel). Au XVIè siècle, Ch. De Bouvelles écrivait : « Luscignol, ou, selon la prononciation corrompue des Parisiens, rossignol ». On sait que c’est cette forme « corrompue » qui s’est imposée.

Lissignol et sa variante Lessignol sont des noms de famille devenus toponymes lors de l’établissement de leur porteur, à Mostuéjouls et Peyreleau pour le premier et à Livron-sur-Drôme (Drôme) pour le second.

Comme je l’ai précisé dans l’énoncé de la devinette, on ne trouve Lissignol sur aucune carte actuelle (à ma connaissance). Seul le lieu dit portant ce nom à Peyreleau apparait sur le cadastre napoléonien de 1840 :

On apprend par ailleurs que « la source de Lissignol, émergence karstique localisée sur la commune de Peyreleau, alimente uniquement les abonnés de cette commune » (source).

En août 2025, en réponse à un de mes lecteurs, j’écrivais :


Attesté Mostogol (1147), Mostoiol (1150), Monstuejols (1383), Mostuejolis (1404) et Monstuegholis (1457), du nom de personne roman Mustus et gaulois ó-ialo, « clairière ». Il y a eu attraction passagère du latin mons. Les Romains arrivant dans les zones de forte colonisation gauloise perçurent –o-ialo comme un dérivé au sens de « lieu de », d’où son utilisation avec des noms latins.

Cette explication est celle donnée par E. Nègre (TGF*). A. Dauzat & Ch. Rostaing (DENLF*) et J. Astor (DNFLMF*), s’ils approuvent la suffixation par le gaulois -o-ialo, jugent le premier élément « obscur ».

Attesté de Peiraleu vers 1183. Déjà, F. Mistral (TDF*), qui donnait la forme occitane Pèiro-Lèu, expliquait ce nom par le bas latin petra levis, « pierre légère ». E. Nègre (ib.) puis J. Astor (ib.) lui emboîtent le pas en expliquant qu’il s’agissait sans doute de désigner le tuf calcaire qui abonde dans la région et qui a servi à y bâtir des maisons.

Attesté Severiacum en 914, du nom d’homme latin Severus et suffixe –acum.

La commune a été formée en 2016 par la réunion de cinq communes dont Séverac-le-Château, dont elle a gardé le nom mais changé le déterminant Château par le nom de la rivière qui y prend sa source, l’Aveyron.

La ville a porté deux noms. Je copie-colle la rubrique wiki écrite par moi-même (comme je l’avais déjà fait dans ce billet):

Le nom Condatomagus du IVè siècle est un composé gaulois de *condate, « confluent » et de *magos, « champ ou marché » : originellement situé au confluent du Tarn et de la Dourbie, il s’agissait d’un des plus grands marchés de potiers de la Gaule. Après les invasions germaniques, la ville fut déplacée à son emplacement actuel, sur la rive opposée du Tarn. À la fin du VIIIè siècle apparait le nouveau nom de la ville : Amiglado (attesté dans la Vie de saint Didier, évêque de Cahors ) qui évoluera en Amiglauuo en 1037. Ce nom est un composé gaulois de *ambe, « rivière » et de *klados, « fossé » : la ville était bordée par le Tarn et entourée de fossés. L’apocope est apparue dès le XIIIè siècle et deviendra définitive au XIVè siècle. En occitan, la ville sera appelée Omilau vers 1132 puis Melhau à la fin du XIIè siècle. En français, on dira a la Amilloie en1262 puis Millau dès 1470 (DNLF*). D’autres étymologies basées sur le nom d’homme romain Æmilius ont été proposées (A. Dauzat, E. Nègre etc.) mais elles ne tiennent pas compte des formes les plus anciennes du nom.

■ « Ça devait pas mal chauffer pour les adversaires de ceux qui ont ont laissé leur nom à la région. »:

Il fallait penser au Rouergue qui doit son nom aux Rutènes, dont le nom, d’origine gauloise, signifie « les très ardents guerriers » comme je l’écrivais dans ce billet ce billet :


Le nom des Rutènes serait formé du préfixe augmentatif celtique rŏ– (formé par la perte du p– initial de *prŏ-, « en avant », « devant ») suivi du thème celtique *tēno-, « chaleur, feu » (de *tepno-, issu d’une racine indo-européenne *tep-, « chauffer ») et pourrait signifier « les très chauds ou très ardents (guerriers) » (Jacques Lacroix, Le nom des Rutènes, Revue des études-anciennes, 2013, t. 115, n°1, p. 51-70. – en ligne).

■ Ces trois roues devaient faire penser aux armoiries de Rodez, « de gueules à trois roues pleines d’or, au chef cousu d’azur chargé de trois fleurs de lis d’or ».

Les trois roues (rodas) sont « parlantes », basées sur une fausse étymologie du nom de Rodez, qui doit son nom aux Rutènes, comme le Rouergue.

Le nom du pays est attesté in Roteneco en 629-37, in pago Rutenico en 640-47. Il s’agit d’une formation du haut Moyen Âge sur le nom ancien de son chef-lieu Rodez, Ruteni muni du suffixe latin –icu, sur le nom des Rutènes qui l’occupaient. Les attestations ultérieures montrent bien l’évolution phonétique : *Rutenicu donne Rodanege attesté avant 1105 puis Rodengue en 1150, Rodergue en 1132 et Roergue en 1129 d’où est issue la forme française Rouergue dès 1512.

■ Ce gant (gravure à l’eau forte de Giacomo Porzano, 1972) devait faire penser à Millau, dont l’industrie gantière a fait la réputation.

■ « Le premier homme latin cité dans l’énoncé était plutôt nouveau tandis que le second était plutôt sévère. » :

Mustus, en latin « nouveau ; frais, neuf, récent, jeune » et Severus, « sévère, grave, sérieux, austère ».

Le dessin du blason est issu du site l’Armorial des villes et villages de France, avec l’aimable autorisation de leur auteur, Daniel Juric.

Les indices du mardi 20 octobre 2026

TRS n’a pas eu besoin d’indices supplémentaires pour résoudre ma dernière devinette. Bravo à lui !

Rappel de l’énoncé :

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine qui apparait dans deux communes d’un même canton et qui aurait pu figurer dans le billet du jour [rossignol].

Si l’un d’entre eux figurait bien sur le cadastre napoléonien et si les deux sont bien recensés aujourd’hui dans le fichier officiel des toponymes, aucun ne figure sur la carte IGN actuelle (ni même sur Google Maps …).

La première commune (par ordre alphabétique) doit son nom à celui d’un homme latin suivi d’un suffixe d’origine gauloise.

Le bureau centralisateur du canton doit son nom à celui d’un autre homme latin suivi d’un autre suffixe d’origine gauloise et accompagné du nom de la rivière.

La deuxième commune doit son nom à la roche calcaire qu’on y trouve et qui a servi à bâtir des maisons.

Ça devait pas mal chauffer pour les adversaires de ceux qui ont ont laissé leur nom à la région.

Un indice pour ladite région :

■ Pour l’arrondissement

■ Le premier homme latin cité dans l’énoncé était plutôt nouveau tandis que le second était plutôt sévère.

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Rossignol

Ce sont les troubadours qui ont introduit le nom du rossinhol en ancien provençal, passé vers 1160 en français sous la forme rossignol. Le provençal rossinhol est issu du latin populaire *lusciniolus, masculin dérivé de lusciniola (attesté chez Plaute au IIè siècle av. J.-C.), diminutif de luscinia. Sur l’étymologie de ce dernier terme, on ne peut faire que des hypothèses : on a évoqué un dérivé de luscus, « borgne », mot populaire d’origine inconnue, donnant le dérivé luscinus, « éborgné », par allusion au fait que le rossignol chante dans l’obscurité (cf. également luscitio, « nyctalopie »). Le r– initial (déjà attesté au VIIè siècle avec roscinia) s’explique par une dissimilation du l– initial conservé dans l’italien lusigniolo ou par un croisement avec russus, « roux », allusion au plumage roussâtre de l’oiseau (l’ancien français avait une forme roussigneul qui semble appuyer cette hypothèse).

Le rossignol est réputé pour la perfection de son chant. Il est à l’origine de nombreux noms de famille désignant un homme aimant à chanter ou siffler, comme Rossignol, Roussignol, Rossigneux, Rossignon ou Rossignot, eux-mêmes à l’origine de toponymes, ce qui rend difficile l’interprétation de ces derniers : sont-ils dus à l’oiseau ou à l’habitant ?

La forme simple est à l’origine de 562 Rossignol au singulier et de 67 Rossignols au pluriel (fichier FANTOIR). Parfois, les formes anciennes semblent confirmer la présence de l’oiseau comme Le Rossignol à Autheuil (E.-et-L.) qui était le Roussignol en 1580 ou Le Rossignol à Sains-lez-Fressin (P.-de-C.) qui était Le Rausignol en 1289. Dans la très grande majorité des cas, le rossignol est présent dans des toponymes comportant un appellatif : Bois, Champ, Clos, Combe, Hameau, Pièce, Pré … Si quelques uns de ces noms peuvent être reliés à l’oiseau, comme le Bois du Rossignol à Buis-les-Baronnies (Dr.), le doute est permis pour beaucoup d’entre eux. Parfois, l’appellatif ou les formes anciennes permettent de lever ce doute : le Mas-Rossignol (Saint-Simon, Cantal), le Moulin Rossignol (Mourjou, id.) ou Chez Rossignol (Chavaroux, P.-de-D.) étaient la propriété d’un nommé Rossignol ; Les Rossignols (Allogny, Cher), attestés casale aus Rosignos en 1287 étaient la maison de la famille Rossignol ; Rossignol (Saint-Jean-Lachalm, H.-L.), attesté Mansus de Rocinhol en 1335, était la maison d’un nommé Rossignol etc. La dizaine de noms au féminin Rossignole ou Rossignolle peuvent être des adjectifs qualifiant une ferme ou, moins probablement, un matronyme.

Le chant harmonieux du rossignol, exprimant le bruit de l’eau qui coule, a pu servir à nommer des cours d’eau : le Rossignol (Saint-Loup-des-Chaumes, Cher), la cascade du Rossignolet (Mont-Dore, P.-de-D.), le ruisseau du Rossignol (Saint-Martin-le-Vieil, Aude ; Albaret-le-Comtal, Loz. etc.), la Font du Rossignol (Chamadelle, Gir.), le Ru du Rossignol, affluent de la Beuvronne à Jully (S.-et-M.) etc.

Le Dictionnaire de Godefroy donne l’ancien français rossignolerie, « lieu peuplé de rossignols » avec l’exemple du séminaire Saint Charles (Angers, M.-et-L.) qui était La Rossignolerie en 1258. On compte une trentaine de toponymes du type Rossignolerie(s) ou Rossignollerie(s) qui peuvent aisément se confondre avec les domaines des familles Rossignol, tout comme la quarantaine de Rossignolière(s) ou Rossignollière(s). Les toponymes du type Rossignolaie (huit exemples dans les Pays-de-la-Loire) ou Rossignolais (six exemples en Bretagne et un dans les pays-de-la-Loire) indiquent eux aussi la propriété d’un nommé Rossignol.

Le patronyme a été écrit de quelques autres façons avant de devenir toponyme. C’est ainsi qu’on trouve une trentaine de Roussignol (e–s) très majoritairement en Occitanie, un Roussignon (Anzex, L.-et-G.) et El Roussignou (La Chapelle-Saint- Géraud, Corr.). La forme Rossigneux, donnée comme picarde par A. Dauzat, se rencontre une douzaine de fois (Gir., Cher, Indre …), tandis que Rossignot(s) ne se rencontre que quatre fois (Aisne, C.-d’Or …) et Rossignotte(s) cinq fois (S.-et-L., C.-d’Or, Aube).

On peut enfin rajouter des formes bien plus rares comme le Champ Roussignel (Plémet, C.-d’A.), Le Roussigneul (Saint- Denis-du-Maine, May.) ou encore Rossignoly (Saint-Césaire-sur-Siagne, A.-M. – avec le –y mis pour la prononciation locale du suffixe –in, comme Limouzy pour Limousin, servant à désigner l’habitant d’un lieu nommé Rossignol).

Si les langues régionales que j’ai pensé à explorer ont bien un mot pour désigner le rossignol (alsacien Nàchtigàll ; basque erresiñol ; corse rissignolu …), aucun d’entre eux ne semble avoir donné de nom de lieu, excepté le breton eostig qu’on retrouve dans Kan An Eostig à Pleumeur-Bodou (C.-d’A. – le « chant du rossignol »), Kernéostic à Landudec (Fin.– le « sommet du rossignol »?) et Bod en Estic à Grand-Champ et à Grignan (Mor. – le « bosquet du rossignol »).

PS : il n’est ici question que de toponymes en France et non en Belgique, au Canada ou ailleurs …

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine qui apparait dans deux communes d’un même canton et qui aurait pu figurer dans le billet du jour.

Si l’un d’entre eux figurait bien sur le cadastre napoléonien et si les deux sont bien recensés aujourd’hui dans le fichier officiel des toponymes, aucun ne figure sur la carte IGN actuelle (ni même sur Google Maps …).

La première commune (par ordre alphabétique) doit son nom à celui d’un homme latin suivi d’un suffixe d’origine gauloise.

Le bureau centralisateur du canton doit son nom à celui d’un autre homme latin suivi d’un autre suffixe d’origine gauloise et accompagné du nom de la rivière.

La deuxième commune doit son nom à la roche calcaire qu’on y trouve et qui a servi à bâtir des maisons.

Ça devait pas mal chauffer pour les adversaires de ceux qui ont ont laissé leur nom à la région.

Un indice pour ladite région :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Ferula et Col de Ferula à Levie (Corse-du-Sud) : la répàladev

TRS est le seul à m’avoir donné la bonne réponse à ma dernière devinette. Félicitations !

Il fallait trouver Ferula et le Col de Ferula à Levie, « capitale » de l’Alta Rocca, dans le canton Grand-Sud (BCC Porto-Vecchio) de l’arrondissement de Sartène, en Corse-du-Sud.

Levie, ici (flèche rouge) :

Le Col de Ferula, là, tout en bas :

et plus précisément, Ferula et le Col de Ferula, ici :

Ce nom s’explique aisément par le latin ferula, « férule ».

Les Corses parlent de la Bocca di Ferula, avec bocca pour « col ».

Un des premiers toponymistes à s’intéresser à ce nom est l’italien Gino Bottiglioni (Elementi prelatini nella toponomastica corsa, Pise, 1929) qui le rattache à Laevius « nom latin d’origine ligure ». Mgr Rodie, évêque d’Ajaccio, mentionne cette hypothèse dans son Petit dictionnaire des noms de lieux corses (Éditions Publiroc, 1937) mais lui préfère la traduction de Levie par « Les Routes », comme le lui disent les habitants de la commune. Cette hypothèse est encore reprise par Alain Baousson (Origine du nom de votre commune : Corse. BoD, 2026) qui explique que « le nom corse de la commune est Livia, reconstruit en une forme toscanisée Le Vie, qui signifie « les routes », devenue Levie ». Pourtant, dès 1979, Fernand Ettori (Corse, éd. Bonneton ), notant que « ce toponyme se retrouve ailleurs en Corse dans un contexte qui exclut toute idée de route », penchait pour une origine prélatine du nom.

De leur côté, A. Dauzat et Ch. Rostaing (DENLF*), expliquent le nom de Levie comme étant dérivé du nom d’homme latin Laevius donnant Laeviae (villae ou terrae). Laevius est formé sur l’adjectif laevus, « gaucher »

Cette région naturelle porte un nom qui signifie littéralement, les « hauts rochers ». Levie en est une des villes principales.

Sans difficulté. (Sauf pour les Sardes, bien sûr.)

Littéralement le « port vieux ». Ce sont les Génois, vers 1539, qui construisirent là une forteresse pour se protéger des incursions des pirates Barbaresques.

Un port avait déjà été aménagé à cet emplacement par les Grecs de Syracuse au VIè siècle av. J.-C. mais la région, peu fertile et infestée par le paludisme, avait été abandonnée

Ce nom « serait issu d’un radical prélatin évoquant des rochers en pointe, hérissés, comme pour la Sardaigne, voire la Cerdagne », écrivais-je dans ce billet.

■ « Le Gaucher », pour l’étymologie selon le latin Laevius du nom de Levie.

■ La « vieille dame » : il fallait penser à la Dame de Bonifacio, dont les vestiges osseux sont exposés au musée de l’Alta Rocca, à Levie. J’en avais parlé lors d’un billet sur la Corse.

■ Les « incursions malveillantes » : les Génois ont aménagé Porto Vecchio pour se protéger des pirates Barbaresques, comme expliqué plus haut.

■ Cette gravure représentant une « levée de sel dans un marais salant les bords de la Méditerranée » devait faire penser aux marais salants de Porto Vecchio qui ont assuré la richesse de la ville.

■ cette forme représente la Corse, de manière stylisée.

Les indices du mardi 13 octobre 2026

Ma dernière devinette est restée irrésolue …

Rappel de l’énoncé :

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine lié au mot du jour [férule].

Il désigne un lieu-dit non habité et sert de déterminant à un nom de relief.

La commune où cela se trouve porte un nom qui pourrait être issu de celui d’un homme latin ou qui pourrait se rapporter aux routes qui s’y croisaient. On peut y voir une vieille dame.

Le pays est rocheux et montagneux.

Le bureau centralisateur du canton porte un nom qui montre qu’il fut aménagé il y a longtemps pour se protéger contre des incursions malveillantes.

Un indice, pour une des étymologies possibles du nom de la commune :

■ La « vieille dame » dont il est question à propos de la commune est morte et enterrée depuis très longtemps.

■ « Le pays est rocheux et montagneux », comme l’indique son nom.

■ Les « incursions malveillantes » dont il est question à propos du bureau centralisateur du canton étaient menées par des pirates.

■ Un indice pour le bureau centralisateur du canton :

■ et un indice plus général

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

La férule

La férule (Ferula communis L.) est une plante herbacée à fleurs jaunes disposées en ombelle, connue depuis l’Antiquité pour ses vertus aromatiques et médicinales (notamment l’ase fetide). Pourvue d’une longue tige, la férule commune était utilisée pour corriger les esclaves et les enfants puis son nom a servi à désigner une petite palette de bois ou de cuir utilisée pour frapper la main d’un écolier réprimandé (d’où l’expression « être sous la férule de »).

Caractéristique des lieux rocailleux, pauvres et exposés au soleil, donc plutôt méridionaux, elle a servi, munie d’un suffixe collectif, à nommer certains lieux. Un autre trait remarquable de cette plante est que, pendant une courte période de l’année, elle peut être vénéneuse pour les animaux qui la consomment : on peut imaginer que certains de ces lieux aient pu être baptisés de son nom pour mettre en garde (comme Bramevaque, un lieu-dit près d’Albi, porte le nom de la brama vaca, la colchique d’automne).

Le suffixe collectif le plus souvent utilisé est –et (du latin etum), d’où des toponymes comme Ferlet à Gigean (Hér.), Les Ferlets à Montchenu (Dr.) et à Nancy-sur-Cluse (H.-Sav.) ou encore le diminutif la Ferlette à Upie (Dr.) et à Archignac (Dord.). Ce nom se retrouve également en Corse avec Ferleto (Vivario, H.-C.) et le Monte Ferletta (Santo-Pietra-di-Tenda, id.). Par passage du nom de la propriété à l’habitant, Ferlet est devenu patronyme, d’où la Ferleterie à Lagorce (Gir.) et ce qui explique qu’on le retrouve en Isère avec la Maison Ferlet (Ruy), en Normandie avec la Picotière Ferlet (Notre-Dame-du-Touchet, Manche – association de deux patronymes Picot et Ferlet) et jusqu’en Bretagne avec le Pré Ferlet (L’Hermitage-Lorge, C.-d’A) ou le Clos Ferlet à Ercé-en-Lamée (I.-et-V.).

Sous l’influence ouvrante du –r-, la syllabe -èr– a parfois évolué en -ar- d’où le lieu-dit Farlet à Méze (Hér) qui était Ferleto en 1188 et Ferlet sur la carte de Cassini (f. 57, Lodève, 1778), le Farlet et la Lèque à Valliguières (Gard – lèque : occitan leco « pierre, rocher plat ») et le diminutif la Farlette à Martiel (Av.).

Il convient d’ajouter à cette série le nom de la commune varoise La Farlède, qui était Farleda en 1079, avec variante –eda du suffixe collectif –eta, qu’on retrouve également comme nom du quartier Farlède à la Seyne-sur-Mer, dans le même département. Le pluriel les Farlèdes se rencontre, lui, à Bagard (Gard) où il désigne un relief arboré. Et, pour ceux qui se poseraient la question, oui, il existe aussi un « ferlède » avec la Combe de la Ferlède à Tuchan, dans l’Aude.

Et c’est tout. Vous pouvez ranger vos férules cartables.

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine lié au mot du jour.

Il désigne un lieu-dit non habité et sert de déterminant à un nom de relief.

La commune où cela se trouve porte un nom qui pourrait être issu de celui d’un homme latin ou qui pourrait se rapporter aux routes qui s’y croisaient. On peut y voir une vieille dame.

Le pays est rocheux et montagneux.

Le bureau centralisateur du canton porte un nom qui montre qu’il fut aménagé il y a longtemps pour se protéger contre des incursions malveillantes.

Un indice, pour une des étymologies possibles du nom de la commune :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr