Joyeux Noël !

M’attelant par avance ce jeudi 22 décembre à l’écriture du billet dominical puisque je prévois un week-end occupé à d’autres choses (l’une d’entre elles, la plus précieuse, âgée de cinq ans et demi, se prénomme Chloé – qu’elle me pardonne, si elle lit cette pauvre prose un jour, de l’inclure dans des « choses » : ce n’est qu’une façon de parler), me voilà fort dépourvu …

Quand l’illumination est venue !

Estimant qu’un délai de huit ans est suffisant pour vous infliger un remake, je vous propose de relire ce billet daté de la Noël 2014 :

Joyeuse noue !

Et n’oubliez pas de lire les commentaires !

Quant à une devinette … peut-être dans le courant de la semaine ou plus tard.

D’ici là, passez de bonnes fêtes !

Castéra-Lou (la répàladev)

TRS et LGF sont restés les seuls, à l’heure où je publie ce billet, à m’avoir donné la bonne réponse à la dernière devinette. encore bravo !

Il fallait trouver Castéra-Lou dans le canton des Coteaux dont le chef-lieu est Trie-sur-Baïse, en pays de Bigorre dans les Hautes-Pyrénées.

local castera-lou

 

Castéra-Lou : le nom de cette commune est issu du gascon castérar correspondant au languedocien castellar après passage habituel du ll intervocalique à r. Ce mot est formé de castel, « château », accompagné du suffixe ar (du latin are) qui désigne traditionnellement l’emplacement, le site. La chute du r final, non prononcé, a fini par aboutir à Castéra. Quant à la deuxième partie du toponyme, il s’agit de l’article défini occitan Lou, « le », qui a été postposé de manière absurde et incompréhensible par l’administration, semble-t-il en 1845, le nom occitan Lou Castéra ayant été « francisé » en Castéra-Lou. Une tentative (gentille) d’explication est que le responsable aurait pris Lou pour un nom de personne (en pensant à Saint Loup ?). D’autres prennent moins de gants comme Aitor Carrera (Les representacions gràfiques dels topònims occitans, 2002) qui parle, en catalan, d’« extravagance » :

Capture Castéra-Lou

ou le rédacteur du site internet officiel du canton qui parle « de l’une des plus belles bourdes administratives ou cartographiques qu’on puisse imaginer ». Quoi qu’il en soit, le nom n’a jamais été corrigé.

CPA-trie-sur-baise

Trie-sur-Baïse : il s’agit d’une ancienne bastide fondée en 1322 qui doit son nom, attesté bastida de Tria en 1325, à son fondateur Jean de Trie, sénéchal de Toulouse et de l’Albigeois. Le nom de la Baïse, attesté Vanesia au IVè siècle, est issu de la racine hydronymique pré-celtique *ban accompagnée du suffixe latin –itia ; en gascon, le n intervocalique disparaît.

la Bigorre : « doit son nom au peuple aquitain appelé Bigerriones par César au milieu du Ier siècle av. J.-C. Le nom de ce peuple est issu d’un appellatif que l’on peut reconstituer par le basque bigurri, « pervers », et bihurri, « tordu, indocile, pervers » ( DNLF *). », écrivais-je naguère dans ce billet. Il est intéressant de faire un parallèle avec le nom de Vascones donné par les Romains de l’Antiquité aux Basques de la péninsule ibérique, nom formé sur l’adjectif vascus, « qui va de travers, oblique, divergent ». Bigerriones a, de surcroit, le même suffixe. Les deux appellations semblent donc étrangement concordantes : s’agissait-il alors de relever leur étonnante différence par rapport aux populations environnante ?

D’autres étymologies pour le nom de la Bigorre ont été proposées comme le basque Ibai gorri, « la rivière rouge » (dès 1899 par André Rolland de Denus et E. Lechevalier et plusieurs fois reprise par la suite) sans expliquer ni la disparition du I initial ni le transfert du nom de la rivière à celui du peuple.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

fleuron1

 

Les indices

indice a 18 12 2022  ■ ce calligramme d’Apollinaire est extrait des Poèmes à Lou. (wiki)

cyrano-1959

  ■ Cyrano de Bergerac devait orienter vers la Gascogne.

Le ciel, le soleil et la mer est chanté par François Deguelt qui est né à Tarbes, chef-lieu de l’arrondissement où se situe Castéra-Lou.

 

Les indices du mardi 20/12/2022

TRS est le seul à m’avoir donné la bonne réponse à ma dernière devinette. Bravo à lui !

J’en rappelle ici l’énoncé :

La commune de France métropolitaine que je vous propose de découvrir porte un nom absurde issu d’une erreur incompréhensible du fonctionnaire chargé de l’inscrire dans les registres officiels.

Le toponyme en question était depuis longtemps connu et composé d’un nom et d’un déterminant antéposé. Prenant sans doute ce dernier pour un nom de personne, il le plaça en seconde position dans le nom officiel de la commune, sans même prendre la peine de traduire l’ensemble. L’erreur ne fut jamais réparée et la commune porte encore aujourd’hui ce nom absurde, comme si, s’étant appelée « Eine Stadt », elle avait été baptisée « Stadt-Eine » (attention !, l’allemand n’est utilisé ici que comme exemple – pour les non germanophones, « Une Ville » devenant « Ville-Une »).

Le nom du chef-lieu du canton où se trouve cette commune est celui de son fondateur accompagné de celui du cours d’eau qui l’arrose.

Le pays porte un nom dérivé de celui de la peuplade qui l’habitait, lequel nom pourrait être traduit aujourd’hui par « les Insoumis » ou « les Frondeurs ».

Une fois n’est pas commune, mon indice sera un poème :

indice a 18 12 2022

 

Et je rajoute ces cadeaux de Noël indices :

un héros bien connu de mes lecteurs habituels, pour la région :

cyrano-1959

une chanson pour la grande ville :

 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

La devinette du dimanche 18/12/2022

en retard

 

Aïe ! Aïe ! Bien trop occupé cette semaine pour écrire un billet (déjà que j’ai eu du mal à finir la répàladev !) je passe directement à la devinette hebdomadaire, préparée à l’avance pour le cas où …

 

 

 

Certains de mes lecteurs se souviennent sans doute des billets que j’ai consacrés il y a près d’un lustre aux joca monachorum, ces « plaisanteries de moines » qui, volontairement ou non, modifiaient des toponymes en en corrompant l’orthographe ou en en détournant le sens. Je renvoie les autres à ce billet et à celui-ci.

 Les moines copistes ne sont bien sûr pas les seuls responsables de ces plaisanteries ou de ces maladresses ou erreurs : les notaires ou leurs clercs comme les fonctionnaires chargés des écritures ont aussi leur part de responsabilité.

Un notaire

Un notaire italien, par Giusto Giusti (1406-1483)

La commune de France métropolitaine que je vous propose de découvrir porte un nom absurde issu d’une erreur incompréhensible du fonctionnaire chargé de l’inscrire dans les registres officiels.

Le toponyme en question était depuis longtemps connu et composé d’un nom et d’un déterminant antéposé. Prenant sans doute ce dernier pour un nom de personne, il le plaça en seconde position dans le nom officiel de la commune, sans même prendre la peine de traduire l’ensemble. L’erreur ne fut jamais réparée et la commune porte encore aujourd’hui ce nom absurde, comme si, s’étant appelée « Eine Stadt », elle avait été baptisée « Stadt-Eine » (attention !, l’allemand n’est utilisé ici que comme exemple – pour les non germanophones, « Une Ville » devenant « Ville-Une »).

Le nom du chef-lieu du canton où se trouve cette commune est celui de son fondateur accompagné de celui du cours d’eau qui l’arrose.

Le pays porte un nom dérivé de celui de la peuplade qui l’habitait, lequel nom pourrait être traduit aujourd’hui par « les Insoumis » ou « les Frondeurs ».

Une fois n’est pas commune, mon indice sera un poème :

indice a 18 12 2022

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

 

 

 

 

Manglieu (répàladev)

Une lectrice qui signe Xyla a rejoint LGF sur le podium des découvreurs de la bonne réponse à ma dernière devinette. Félicitations !

Dernière minute : à l’instant de publier, je reçois la bonne réponse de TRS ! Voilà donc le podium complété.

Il fallait trouver Manglieu, une commune du canton de Vic-le-Comte, dans le département du Puy-de-Dôme, en Auvergne.

local Manglieu-

Manglieu : Magnus locus en 818, Abbatia Magnilocensis en 846, Grantlieu au XIIIè siècle et enfin Manlieu au XVIIIè siècle. On voit sans difficulté dans ce nom l’adjectif latin magnus, « grand », suivi de locus , « lieu », désignant le plus souvent un monastère.

La légende locale qui fait d’un moine nommé Magnus le fondateur du village est racontée sur le site de la mairie et accessible en suivant ce lien.

Vic-le-Comte : simplement Vic en 1373 et Vicus en 1392, du latin vicus, « village ». la commune s’appela Vic-sur-Allier de 1792 à 1814. Le déterminant le-Comte, attribué dès 1801 et officialisé en 1814, rappelle que la commune a été capitale du comté d’Auvergne de 1213 à 1533 (wiki).

CPA vic-le-comte-

Qui se souvient encore des épiceries Le Familistère ? Et du Clacquesin, « le plus sain des apéritifs » ?

pffft ! Tout fout le camp …

Auvergne : ce pays a reçu plusieurs noms à partir du Vè siècle : Arverno regio et Arvernum chez Sidoine Apollinaire au milieu du Vè siècle, Arvernorum regione en 575-94 chez Grégoire de Tours, ex Arvernico pagum après 743. Tous ces noms sont formés sur celui de la ville capitale des Arvernes, Arverni, qui deviendra plus tard Clermont. Le Glossaire d’Endlicher (publié en 1836 par celui qui l’avait découvert, c’est un manuscrit qui remonte probablement au Vè siècle) définit le nom des Arverni, écrit Areuernus, comme ante obsta, que l’on peut traduire par « devant les obstacles ». Quand les Gaulois sont dans la plaine de la Limagne, à Gergovie ou ailleurs, ils font face aux obstacles que présente la chaîne des Puys. Ladite chaîne est alors une vaste forêt qui sépare la Limagne des Arvernes à l’Est, des plateaux vallonnés des Lémovices à l’Ouest. Le nom des Arverni repose probablement sur un composé gaulois are, « devant », ver, « sur » et suffixe no, que l’on peut alors traduire par « (ceux qui sont) devant ce qui est placé en haut». (P.-H. Billy, DNLF*).

D’autres hypothèses ont été émises concernant la signification du nom des Arvernes. On a proposé le gaulois are, « près de, devant » et verno , « aulnaie » : ce seraient alors les Gaulois de l’aulnaie (Pierre-Yves Lambert, La langue gauloise : description linguistique, commentaire d’inscriptions choisies, éditions Errance, 2003).

On a également proposé de voir dans are-vernos une allusion par métonymie au bouclier en bois d’aulne qu’ils tenaient devant eux (Jacques Lacroix, Les noms d’origine gauloise : la Gaule des combats, éditions Errance, 2012).

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

cdl4

 

Les indices

 

indice 11 12 2022 ■ cette statue du chevalier d’Assas, célèbre pour le cri d’alerte « À moi, Auvergne, ce sont les ennemis ! » qu’on lui attribue à tort et qui fut poussé à la bataille de Clostercamp le 15 octobre 1760, devait orienter les recherches vers l’Auvergne (et pas vers Le Vigan ni vers Assas…).

la chanson des Choristes : une partie du film de Christophe Barratier a été tournée dans l’église de Manglieu.

indice c 13 12 2022  ■ le café à glands de chênes : le pharmacien Jean-Baptiste Bargoin (1813-1885) qui fit fortune avec le café de glands doux est né à Vic-le-Comte.

indice c 13 12 2022  ■ la papeterie de la Banque de France est installée à Vic-le-Comte.

Les indices du mardi 13/12/2022

Toujours aussi rapide, LGF m’a déjà donné la solution de ma dernière devinette. Bravo à lui !

Comme d’habitude, je vous en recopie l’énoncé en rappelant que le mot du jour était l’occitan lòc, français lieu.

Il vous faudra trouver une localité de France métropolitaine dont le nom est lié au mot du jour, accompagné d’un adjectif qualificatif.  Une légende locale raconte que ce nom rappelle celui d’un moine malade qui, à son retour de Rome, fonda là un monastère dédié au saint qui l’aurait guéri et dont il avait rapporté des reliques.

Le nom du chef-lieu du canton où se trouve cette localité, un terme générique pour désigner un groupement d’habitations, garde dans son déterminant la trace de son seigneur du Moyen Âge.

La région porte un nom dérivé de celui des Gaulois qui l’occupaient. Le nom de ces derniers a donné lieu à plusieurs interprétations : il serait lié à leur arme de prédilection, à un arbre ou encore aux hauteurs sur ou devant lesquelles ils se trouvaient.

■ Un premier indice :

indice 11 12 2022

■ Un deuxième indice en chanson :

 

cdl5

 

Les indices du mardi

La commune elle-même n’ayant pas grand chose à offrir, passons au chef-lieu de canton :

■ et d’un :

indice c 13 12 2022

 

■ et de deux :

indice c 13 12 2022

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Lieu de Dieu ! etc.

Près de Villefranche-de-Rouergue (Aveyron), dans la commune de Martiel, se trouve une abbaye cistercienne dont l’histoire est aussi celle de son nom.

CPA Loc-Dieu  À l’origine, au début du XIIè siècle, l’abbé Roger de l’abbaye de Dalon, en Limousin, demande à douze de ses religieux de fonder une nouvelle abbaye en un lieu désert.

Ces derniers arrivent le 21 mars 1123 au puech d’Elbes, à l’est duquel s’étendait une grande forêt infestée de brigands qui y multipliaient les atrocités et qu’on avait appelée Loc Diable (locus diaboli) – à moins que l’attribution du nom de diable ait été faite au lac situé près de l’actuelle abbaye (lacus diaboli). Un immense dolmen et un alignement de pierres levées, vestiges de cultes pré-chrétiens, accentuaient, dans l’esprit chrétien de l’époque, la croyance en un lieu diabolique. C’est là que les moines, pour conjurer la peur de tous, plantèrent une croix, précisément sur le dolmen, selon une pratique alors répandue de sanctification de lieux de culte pré-chrétien.

Capture Loc-Dieu

Le chef des douze moines, Guillaume, demanda alors à l’évêque Adhémar III de Rodez la permission de fonder une abbaye, ce qui lui fut accordé. Les Cisterciens y mirent tant d’ardeur qu’en dix ans à peine, assèchement des marais du voisinage, défrichements et construction de l’abbaye furent achevés.

En 1144, l’évêque Adhémar vint en visite à l’abbaye et lui donna le nom de Loc-Dieu, Locus Dei par opposition à Locus diaboli, pour montrer combien la foi chrétienne avait eu raison de la terreur (et des mécréants, par conséquent).

Propre aux fondations religieuses, particulièrement du XIIè siècle, on retrouve cette locution toponymique sous forme francisée avec Le Lieu-Dieu à Boulazac (Dord.), Lieudieu, une commune de l’Isère (Locus Dei au XIIè siècle) et, dans le domaine d’oïl, avec l’abbaye de Lieu-Dieu au sud-ouest de Beauchamps (Somme). Dans le même ordre idée, on connaît Lieusaint en Seine-et-Marne (locus sanctus au Xè siècle qui ferait référence aux rites gaulois qui se célébraient là mais qui pourrait aussi être un ancien sanctuaire ou cimetière).

CPA Lieudieu

La forme occitane lóc, « lieu », se rencontre encore avec Bouloc (bon lóc, « bon lieu » ) dans l’Aveyron à Salles-Curan, ancien siège d’une commanderie templière, Bouloc (H.-G.), Villeneuve-lès-Bouloc (id.) et Bouloc-en-Quercy (T.-et-G.). On trouve également Bonloc (P.-A.), une autre ancienne commanderie.

Mention particulière pour Jû-Belloc (Gers) dont le premier est le nom d’un ancien village dont l’étymologie fait débat : pour Dauzat&Rostaing (DENLF*) il s’agit du gascon jus, « inférieur, en aval », sens attesté dans le Dictionnaire de Godefroy et dans le Trésor du Félibrige et qu’on trouve par exemple dans les noms de trois lieux-dits Lajus en Pyrénées-Atlantiques, désignant une maison , « celle d’en bas » ; pour E. Nègre (TGF*), il s’agit du gascon , « joug, contrepoids d’une cloche, pour désigner la légère hauteur du village ». Chacun se fera son opinion

Mais c’est surtout avec bèl, « beau », que l’on trouve des noms composés comme ceux des communes de Belloc (Ariège) et Bellocq (P.-A., site d’un ancien monastère, Pulcher Locus en 1286) ainsi que de près de deux-cents lieux-dits.

Sous une forme francisée, on trouve le nom de Beaulieu, une abbaye au nord-ouest de Verfeil (H.-G.) ainsi que de nombreuses localités dans divers départements (Alpes-Maritimes, Ardèche, Ardennes, Calvados, Cantal, Charente, Corrèze, Deux-Sèvres, Gard, Hérault, Haute-Loire, Indre, Indre-et-Loire, Loiret, Maine-et-Loire, Mayenne, Nièvre, Orne, Oise, Puy-de-Dôme, Vendée, ouf !), sans oublier Neuville-lez-Beaulieu (Ardennes), Annesse-et-Beaulieu (Dord., Anessa en 1076, du gaulois ana, « marais » et diminutif itia), Ferrière-sur-Beaulieu (I.-et-L.) et Rejet-de-Beaulieu (Nord, « rejet » désignant un terrain vague, une terre non cultivée, une décharge publique) ainsi qu’une multitude de lieux-dits.

CPA Beaulieu Corr

Vaut le détour, croyez-moi !

A contrario, on a nommé Triste-Loc un lieu-dit de Latrape (H.-G.) et Tristeloc un autre à Montesquieu-Volvestre (id.).

Enfin, citons Grand-Lieu, nom de trois lieux-dits dans la Loire-Atlantique, le Loiret et les Deux-Sèvres et Saint-Aignan-Grandlieu (L.-A.) ainsi que Groslieu à Alainville (Yv). Et terminons avec Mandelieu-la-Napoule (A.-M.), attesté Mandans locus  vers 990, peut-être du latin mandantum, « confié, remis, livré » et locum (TGF*) ou du celtique manda, « hauteur, limite » (DENLF*).

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.index

 

Devinette

Il vous faudra trouver une localité de France métropolitaine dont le nom est lié au mot du jour, accompagné d’un adjectif qualificatif.  Une légende locale raconte que ce nom rappelle celui d’un moine malade qui, à son retour de Rome, fonda là un monastère dédié au saint qui l’aurait guéri et dont il avait rapporté des reliques.

Le nom du chef-lieu du canton où se trouve cette localité, un terme générique pour désigner un groupement d’habitations, garde dans son déterminant la trace de son seigneur du Moyen Âge.

La région porte un nom dérivé de celui des Gaulois qui l’occupaient. Le nom de ces derniers a donné lieu à plusieurs interprétations : il serait lié à leur arme de prédilection, à un arbre ou encore aux hauteurs sur ou devant lesquelles ils se trouvaient.

■ Un premier indice :

indice 11 12 2022

■ Un deuxième indice en chanson :

 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Touyeras à Sereilhac (Haute-Vienne), la répàladev.

LGF a été rejoint par TRS sur le podium des découvreurs de la solution à ma dernière devinette. Bravo à tous les deux !

Il fallait trouver Touyeras, un lieu-dit de Séreilhac, dans le canton d’Aixe-sur-Vienne en Haute-Vienne.

local Séreilhac

 

Touyeras : le nom de ce hameau est écrit Touieras sur la carte de Cassini (feuillet 33, Limoges,1779). On y reconnaît un dérivé de touille/touye étudié dans le billet précédent, accompagné ici du suffixe collectif –ier et de l’augmentatif –às. Ce dernier servait sans doute à distinguer cette « lande d’ajoncs ou de genêts épineux » de sa voisine La Touyère à Marval ou de son voisin Touyer à Chaptelat.

Touieras Cass

Sereilhac : le nom de cette commune est attesté parr. de Cerelhac au XIIè siècle, du nom de personne roman Caerellius accompagné du suffixe –acum.

Aixe-sur-Vienne : Axia au Xè siècle et de Aisa en 1147-85, du nom de personne roman Axius accompagné du suffixe –a qui fait d’Axia un adjectif féminin, sous-entendu villa.

CPA Aixe sur Vienne

Limousin : le nom de ce pays historique du haut Moyen Âge est attesté in Lemovicino en 575-94 chez Grégoire de Tours. Il est est formé sur le nom ancien de Limoges, Lemovicae, muni du suffixe –inu. Cette dernière a pris au IVè siècle, le nom de la tribu gauloise dont elle était la capitale, les Lemovices, déjà mentionnés par César au Ier siècle : la ville est alors attestée Lemovices au milieu du Vè siècle chez Sidoine Apollinaire. Ce nom s’est figé à l’accusatif féminin pluriel Lemovecas en 575-94 (Grégoire de Tours). Le v intervocalique, qui n’est plus prononcé, sera remplacé par un d, d’où Limodecas sur des monnaies mérovingiennes ; après disparition du e, le nom aboutit à la forme occitane Limotjas en 1126 puis au français Limoges vers 1170. Le nom des Lemovices est formé sur le celtique lemo, « orme » et vices « qui combattent » : il s’agit de « ceux qui combattent avec l’(arc en) orme ».

cdl b

Les indices

« Le canton fut le théâtre d’un épisode de la Résistance qui s’acheva de manière dramatique par la mort d’un de ses jeunes héros. » : Thomas Saintourens, pour Lemonde.fr, racontait l’histoire du petit Marcel Pinte dans cet article.

« Je vous proposerais bien une chanson picarde comme indice, mais j’ai peur que ça ne fasse l’effet d’un éléphant dans un magasin de porcelaine » :  cette phrase a suffi à LGF pour penser au P’tit Quinquin, la célèbre Canchon dormoire picarde, et à la porcelaine de Limoges.

indice a 04 12 2022  ■ ce tableau de Hugues Claude Pissarro (petit-fils de Camille Pissarro né en 1935), intitulé L’Orme du moulin devait faire penser aux Lemovices, « ceux qui combattent avec l’ (arc en) orme ».

Les indices du mardi 06/12/2022

LGF est le seul à avoir décrypté les indices cachés de ma dernière devinette et par conséquent à m’avoir donné la bonne réponse. Félicitations !

Un rappel de l’énoncé ? D’accord :

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié aux mots du jour.

Les noms de la commune où se trouve ce lieu-dit, comme celui de son chef-lieu de canton, sont basés sur des noms d’hommes latins suffixés différemment, tandis que le nom de la région est d’origine gauloise.

Le canton fut le théâtre d’un épisode de la Résistance qui s’acheva de manière dramatique par la mort d’un de ses jeunes héros.

Je vous proposerais bien une chanson picarde comme indice, mais autant faire entrer un éléphant dans un magasin de porcelaine. Alors, peut-être demain ou mardi…

fleuron1

Et de nouveaux indices ?

D’accord :

■ pour la région :

indice a 04 12 2022

■ et puis la chanson promise :

 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

 

Touge, touille et touya

Dans les pays de langue d’oc, et plus particulièrement dans le Sud-Ouest, les noms féminins touge et touille désignent l’ajonc, le genêt épineux et, plus généralement, toutes les plantes destinées à servir de litière d’hiver pour les animaux, comme les bruyères, fougères, ajoncs, genêts, brandes etc. qu’on appelle aussi tuie.  On en recouvrait le sol des bergeries pour le protéger de l’humidité. À la fin de l’hiver, décomposée et mélangée aux déjections animales, cette litière servait à fumer les champs.

Ces mots sont issus de l’occitan toja/ tolha (prononcés toujo/touyo) de même sens, qui a aussi donné tojar/tolhar, « lande couverte d’ajoncs » et, par extension, « terrain inculte », et le béarnais touja/touya de même sens. En sont issus les français régionaux touille et touyère et les collectifs touget et touyet. Ces mots sont aussi présents en espagnol (tojo), aragonais (toya/toyaga) et galicien (toxo) ce qui a permis d’envisager une origine ibère.

On retrouve ces termes dans plusieurs toponymes du Sud-Ouest.

Touge

Deux communes du Gers portent un nom issu de ce mot accompagné d’un suffixe collectif, désignant alors la lande à genêts : il s’agit de Touget, avec le suffixe collectif latin –etum et de Toujouse, avec le suffixe –osum. Dans la Haute-Garonne, ce mot apparaît au pluriel comme déterminant du nom de Pouy-de-Touges (avec Pouy, de podium) où passe le Touch, un affluent de la Garonne attesté infra flumina Togii en 1134, de même étymologie, qui donne son nom au pays qu’il traverse, le Tougès.

CPA Toujouse

Les micro-toponymes sont bien sûr plus nombreux comme les Touges à Lahage et Rieumes (H.-G.) et Touget à Projan (Gir.) ou encore Toujes à Fongrave (L.-et-G.) et Toujet à Lasseube (P.-A.). Notons, avec l’agglutination de l’article, le lieu-dit Latouje à Tonneins (L.-et-G.).

Quelques toponymes ont gardé la forme occitane d’origine : on trouve ainsi plusieurs lieux-dits appelés simplement Touja(s) dans le Gers, la Haute-Garonne et les Landes. On trouve également, formés avec un suffixe locatif, les noms de Toujacas à Preignan (Gers), Toujaga à Villeneuve-Lécussan (H.-G.) et Toujagues à Sabarat (Ariège) ou encore Toujan à Auribail (H.-G.). Cette forme béarno-gasconne toja désignait plus particulièrement un mélange d’ajoncs et de fougères, comme je le signalais naguère dans un billet consacré aux fougères.

Touille

Ce terme entre dans le nom de deux communes : Touille (H.-G.) et Latouille-Lentillac (Lot, avec Lentillac du nom d’homme gallo-romain Lentilius et suffixe –acum).

Plusieurs lieux-dits portent un nom attaché à ce même mot comme (La) Touille à Marcillac (Gir), à Saint-Julien-du-Serre (Ardèche), à Caumont (Ariège) etc.

CPA Touille

On trouve également des lieux-dits La ou Les Touillère(s) (à Juillaguet, Cant. ; à Talmont-Saint-Hilaire, Vendée ) qui sont à distinguer d’anciennes carrières de tuf comme à Dosches (Aube) ou à Charmoille (Jura, où le patois toulière est attesté dans ce sens).

Le collectif ou diminutif Touillet est devenu patronyme d’où le nom des Touillets à Châteauneuf-sur-Charente (Char.) et celui des Touillettes au Grand-Bornand (H.-Sav.) où le féminin qualifie les propriétés d’un certain Touillet.

Avec une orthographe un peu différente, on trouve la Touye à Bommes (Gir.), les collectifs Touyer à Chaptelat (H.-Vienne) et La Touyère à Marval (id.) ainsi que Touyet à Gan (P.-A.).

Touya

En Béarn, dans les Landes et la Gironde, l’ajonc nain, appelé toia, a longtemps été utilisé, du Moyen Âge et jusqu’à une époque récente, comme fourrage ou litière puis, réduit en cendre, comme engrais. La lande à ajoncs était appelée toiar.

C’est de ces mots que sont issus les noms de nombreux lieux-dits Tuyas, Touya et Touyas, principalement dans les Landes et les Pyrénées-Atlantiques. Quelques-uns sont suffixés comme Touyaga à Gan (P.-A.), Touyaret à Mesplède (id.) ou encore accompagnés d’un qualificatif comme Touyagrand à Sauveterre-de-Béarn (P.-A.).

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La devinette

 

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié aux mots du jour.

Les noms de la commune où se trouve ce lieu-dit, comme celui de son chef-lieu de canton, sont basés sur des noms d’hommes latins suffixés différemment, tandis que le nom de la région est d’origine gauloise.

Le canton fut le théâtre d’un épisode de la Résistance qui s’acheva de manière dramatique par la mort d’un de ses jeunes héros.

Je vous proposerais bien une chanson picarde comme indice, mais autant faire entrer un éléphant dans un magasin de porcelaine. Alors, peut-être demain ou mardi…

Réponse attendue chez leveto@sfr