Les indices du mardi 07/12/2019

TRS a déjà trouvé la bonne réponse à la deuxième devinette de mon dernier billet, à l’encontre de mon opinion qui la considérait comme la moins facile des deux. Bravo à lui !

Pour les autres, je recopie ici les énoncés des deux devinettes en les accompagnant d’indices supplémentaires :

Première devinette

un des toponymes cités dans le billet, adapté dans une autre langue, a été le premier nom donné à une région devenue État sous un autre nom mais est encore aujourd’hui celui d’une ville dans ce même État. Quel est ce nom ?

Dommage ! Le tatouage qui aurait pu servir d’indice n’est pas disponible sur la toile.

Une précision : il s’agit bien d’un transfert — indirect — du toponyme français ( cité en gras dans le billet ) vers un nouvel État et non d’un toponyme similaire dans une autre langue, comme Saint-Sauveur ( Vienne ) peut être traduit en espagnol par San Salvador ( devenu l’État mexicain d’El Salvador ) sans qu’il n’y ait d’autre lien entre les deux ( c’était une hypothèse soumise par TRA ).

Un indice supplémentaire :

Deuxième devinette

Un village français porte un nom composé d’un mot du parler local désignant un sol calcaire gris bleuâtre associé à un mot relatif à la topographie. Quel est-il ?

Un indice :

Afin d’éviter toute polémique future, je me hâte de préciser qu’une autre étymologie a été antérieurement proposée pour ce toponyme sur la base d’un nom d’homme gaulois nulle part ailleurs attesté, d’où la distance prise aujourd’hui avec cette hypothèse.

Deux indices supplémentaires :

Réponses attendues chez leveto@sfr.fr

De la terre ( première partie )

Il sera question dans ce billet de la terre, dans le sens de « sol considéré dans sa nature, son aspect, sa consistance ».

En toponymie, le latin terra s’associe le plus souvent à un adjectif :

  • Bonneterre ( à Saint-Laurent-d’Olt, Aveyron, Bonnaterra en 1341 ) ;
  • Aubeterre ( Aube, Alba Terra en 1177 ), Obterre ( Indre, Alba Terra en 1204 ) et Opterre à Chalo-Saint-Mars (Essonne), à Jeu-les-Bois (Indre ) et à Saint-Sauveur ( Vienne ), qui sont des « terres blanches » comme Terraube ( Gers, Tairauba en 1182 ) ;
  • Noirterre à Bressuire ( Deux-Sèvres, Nigra Terra en 1225 ), Terrenoire à Saint-Étienne, Loire, Terra Nigra en 1255 ), Noireterre à Issy-l’Évêque ( Saône-et-Loire) qui sont des « terres noires » auxquelles on peut sans doute rattacher Noirlieu ( Marne, Niger Locus en 1140 ) ;
  • Solterre ( Loiret, Sora Terra en 1162 ) est un nom composé avec l’adjectif saure, « jaune brun, fauve », qualifiant l’argile qui constitue l’essentiel du sol de la commune.
Où on notera le pluriel fautif à Solterres …

La composition du sol entre elle aussi en compte :

  • les terres blanches ou argilo-calcaires, par conséquent de couleur blanchâtre, sont dites aubuis dans le Val de Loire, d’après le gaulois *albuca, d’où les micro-toponymes du type Les Aubuis ( le passage de la terminaison –uca à –uis se fait sur le modèle du latin noces à tu nuis, cf. le nom d’Ablis à la fin du billet précédent ) , L’Aubus, L’Aubeu et des variantes comme Les Obus (à Doudeauville, S.-Mar.) et même Les Hauts Bœufs ( à Saint-Aubin-Épinay, id.) ;
  • l’argile ( latin argilla ) est à l’origine de nombreux toponymes ( sous la forme particulière « ardille » dans l’Ouest et le Centre ) : Ardilleux (Deux-Sèvres, Arzilocus en 990 ), Ardillières ( Ch.-Mar., de Argilleriis en 1157 ), Arzillières-Neuville ( Marne, Arzeliers en 1136 ), Argillières ( H.-Saône, Argillières en 1292 ), Argeliers ( Aude, de Argeleriis en 1154 ), Argelliers ( Hér., de Argillariis en 1154 ), Argelès-sur-Mer ( P.-O., Argilers en 1298). Les micro-toponymes sont aussi très nombreux : Les Ardilles et Les Ardillaux ( Charente, Indre ), L’Ardiller et Les Ardillers ( Sarthe ), Les Ardillats ( Cher ), L’Ardillère ( Indre-et-Loire ), Les Ardillières à Chaumont-sur-Tharonne ( L.-et-C, Ardelerias en 1236 ), L’Argillière à Marcoing (Nord, Argilariis en 1139 ), Arzeliers à Laragne-Montéglin ( Hautes-Alpes, Arzillers en 1140 ) et d’autres ;
  • la marne sous la forme de l’ancien français marle ( du gaulois margila lui-même de marga ) est à l’origine de Marle ( Aisne, Marna en 1112 ), Marles-en-Brie ( S.-et-M., Malles vers 1185 puis Marla vers 1200 ), Marles-sur-Canche (P.-de-C., Marla en 1078 ) ainsi que d’Aumale ( S.-Mar. ) qui était Albamerula en 1086 puis Albamarla à la fin du XIè siècle, soit « marne blanche » et non pas « merle blanc » ! Marlhes ( Loire ), noté Marliis et Marlhas en 1080, semble du même type. Les carrières où on extrayait la marne pour amender les sols ou pour la poterie étaient appelées des marlières d’où le nom de La Marlière à Janvilliers ( Marne ) et d’autres micro-toponymes du même type. L’oïl « marne » a directement donné son nom à La Marne (L.-Atl., de Marnis en 1062 ). Il convient ici de se méfier des faux-amis issus du gaulois matrona, « déesse mère », appliqué le plus souvent à la source d’une rivière, comme Marnes ( D.-Sèvres), Marnes-la-Coquette (H.-de-Seine) ou encore Marnaz ( H.-Sav.) ;
  • l’occitan bolbena, « terre argilo-sablonneuse » ( qui serait d’origine gauloise ) est à l’origine de Laboulbène ( Tarn, Bolbena en 1328 ) et de Le Boulvé ( Lot, Bolvena au XIVè siècle qui s’est masculinisé *bolve(n) par recul de l’accent ) ainsi que de micro-toponymes comme la Boubée à Castelnau-d’Auzan ( Gers ) ou Boulbonne à Belpech ( Aude ).
  • sur un mot gaulois assez proche ont été formés les bournais ou bornais, sols argileux lessivés de couleur grise assez claire, à l’origine de micro-toponymes dans l’Ouest, le Centre et le Sud-Ouest comme les Bournais en Touraine à Chambourg-sur-Indre, à Civray-de-touraine, à Reignac-sur-Indre, à Persac, tous dans la Vienne, ou en Anjou à Vaudelnier et Coutures en Maine-et-Loire, ainsi que des Grandes et Petites Bournaches à Exoudun( D.-Sèvres).

Il existe d’autres toponymes en rapport avec la composition du sol ( glaise, limon … et autres noms dialectaux ) qui feront l’objet d’un prochain billet.

La première me semblant relativement facile, je vous propose deux devinettes :

1 – un des toponymes cités dans le billet, adapté dans une autre langue, a été le premier nom donné à une région devenue État sous un autre nom mais est encore aujourd’hui celui d’une ville dans ce même État. Quel est ce nom ?

Dommage ! Le tatouage qui aurait pu servir d’indice n’est pas disponible sur la toile.

2 – Un village français porte un nom composé d’un mot du parler local désignant un sol calcaire gris bleuâtre associé à un mot relatif à la topographie. Quel est-il ?

Un indice :

Afin d’éviter toute polémique future, je me hâte de préciser qu’une autre étymologie a été antérieurement proposée pour ce toponyme sur la base d’un nom d’homme gaulois nulle part ailleurs attesté, d’où la distance prise aujourd’hui avec cette hypothèse.

Lancosme, Lancôme et Longorme et Quaëdypre ( les répauxdev).

TRS est resté tout seul sur la ( presque ) plus haute marche du podium des découvreurs des solutions de mes deux dernières devinettes. Bravo à lui — même s’il a sans doute coupé l’herbe sous les pieds de ceux qui cherchaient encore, en publiant une des premières réponses dans un de ses commentaires et même si sa réponse était incomplète.

1 – Orme a été peu utilisé en composition pour former un nom de commune. On en trouve pourtant trois exemples à peu de choses près identiques, formés du même qualificatif de taille joint à un dérivé d’ulmus sans trait d’union. Entre les deux guerres, l’un de ces trois toponymes a été choisi par son créateur comme nom d’une marque aujourd’hui mondialement célèbre. Il vous faudra trouver ces trois toponymes, en vous aidant, s’il le faut, de cet indice :

Ceux, dont TRS, qui se sont arrêtés à Lancôme ( Loir-et-Cher ) se sont approchés de la solution mais n’ont pas fait le pas supplémentaire qui leur aurait permis de la trouver exactement. L’attestation la plus ancienne connue ( 1053 ) du nom de Lancôme nous apprend qu’il s’agissait de Longa Ulmus qui sera suivie de Lunga Ulmo en 1217, soit « long orme » à comprendre sans doute comme « longue ormaie », ce qui correspond en effet à une partie de l’énoncé.

Mais l’historique de la société de parfumerie Lancôme nous apprend qu’il fallait trouver le château de Lancosme à Vendœuvres dans l’Indre. Armand Petitjean veut concurrencer les Américains en 1925 et se lance dans la parfumerie :

Puis l’on réfléchit en commun au nom de la future marque, avec pour impératifs : un nom français mais prononçable dans toutes les langues et se prêtant à un graphisme harmonieux. Guillaume d’Ornano suggère Lancosme, nom d’un château du centre de la France. La première idée sera la bonne. Seul le « s » muet va disparaître au profit d’un accent circonflexe sur le « ô », porte-drapeau ô combien reconnaissable d’une marque française bientôt célèbre dans le monde entier.

On peut s’étonner sur ce choix de transformer le nom de Lancosme en Lancôme, alors qu’à peine plus de cent kilomètres séparent le château de Lancosme de Lancôme qui porte son accent circonflexe au moins depuis Cassini :

… Sans doute Guillaume d’Ornano ne connaissait-il que les châteaux et ne fréquentait-il pas le Loir-et-Cher. Quoi qu’il en soit, le nom de Lancosme est bien, lui aussi, un ancien longus ulmus noté Lonc Oume au XVè siècle.

Pour compléter le tiercé demandé, il fallait ajouter Longorme à Ablis ( Yvelines ) que l’on trouve sous la forme Longam Ulmum en 1207.

L’indice, un flacon de parfum en cristal, renvoyait à la marque de parfumerie, bien sûr.

2 – Dans un pays frontalier de l’Hexagone, une petite rivière, aujourd’hui détournée de son cours initial, porte un nom où il était question d’ormes. Cette rivière a donné son nom à une ville qui eut un grand rayonnement au Moyen Âge grâce à une industrie particulière et qui fut le lieu d’âpres combats durant la Première Guerre mondiale, ville que j’appellerai Machin par commodité. De l’autre côté de la frontière, en France donc, un village porte un nom signifiant soit « petite » ou « mauvaise » Machin soit « petite » ou « médiocre » ormaie. Il vous faudra trouver ce village, en vous aidant, s’il le faut, de cet indice :

Il fallait trouver Quaëdypre, un village du Nord. Les attestations anciennes de son nom datent de 1067 où on trouve Ypra puis de 1220 où on trouve Quatipra. On reconnait dans ce dernier nom l’adjectif flamand kwaad, « médiocre, mauvais, méchant », accompagnant semble-t-il le nom d’Ypres, la ville belge voisine.

Ypres, en flamand Ieper, était mentionnée sous les formes Iprensis en 1066, Ipera en 1070 – 1093, Ipram (accusatif) en 1085 et enfin Ipre dès le XIIè siècle. Il s’agit du transfert du nom d’une petite rivière alors appelée Iepere, un nom formé sur le flamand iep, « orme, ormeau », accompagné de l’hydronyme –er, variante du bien connu -ar : c’était donc « la rivière des ormes ». Après détournement de son tracé au XIè siècle pour la faire se jeter dans l’Yser plutôt que directement dans la mer, cette rivière est devenue aujourd’hui un canal baptisé Yperlée.

La quasi simultanéité des noms anciens de Quaëdypre, Ypra en 1067, et d’Ypres, Iprensis en 1066, ne permet pas de décider si le nom de la première fait référence à la seconde en la qualifiant plus tard de « méchante, mauvaise » ou s’il s’agit dans les deux cas d’anciennes ormaies dont la première sera qualifiée de « médiocre, petite » pour la différencier de sa voisine belge.

L’enluminure moyenâgeuse donnée en indice montrait des fileuses et était censé vous orienter vers l’industrie textile qui fit d’Ypres une place forte de l’industrie drapière

La Halle aux draps d’Ypres

Le deuxième indice montrait une planche botanique consacrée à la moutarde :

Il s’agissait d’une allusion au tristement célèbre « gaz moutarde » qui fut employé pour la première fois en septembre 1917 à Ypres, d’où son autre nom d’ypérite.

Vendœuvres ( Indre ) est noté Vendopera en 1174. Il faut rapprocher ce nom de celui de Vandœuvre ( M.-et-M., Vindopera en 971 ), Vendeuvre-sur-Barse ( Aube, Vindovera à l’époque mérovingienne puis Vinopera en 861 ), Vendeuvre-du-Poitou ( Vienne, Vindopere en 938, Vindovria vers 1000 ) et Vendeuvres ( Calv., Vendevre en 1195). Ces noms sont tous des composés gaulois de l’adjectif vindo, « blanc », et briga, « forteresse, château-fort ». on sait que les Gaulois blanchissaient leurs remparts à la chaux pour les rendre éblouissants et impressionnants à d’éventuels assiégeants.

Ablis (Yv.) est noté Avallocium au VIè siècle puis Abluis vers 1158. On y reconnait le gaulois avallo, « pomme », accompagné d’un suffixe gaulois -ocium : il s’agissait d’une « pommeraie ». Le passage de la terminaison –ocium à –uis se fait sur le modèle du latin noces à tu nuis. Le passage de –uis à –is est postérieur au XIIè siècle.

L'indice du 03/12/2019

TRS ayant dévoilé un tiers de la réponse à la première devinette de mon dernier billet dans ses commentaires correspondants, vous serez privés d’indices à ce sujet.

Reste donc cette devinette ( que TRS, toujours lui, a déjà résolue ) :

Dans un pays frontalier de l’Hexagone, une petite rivière, aujourd’hui détournée de son cours initial, porte un nom où il était question d’ormes. Cette rivière a donné son nom à une ville qui eut un grand rayonnement au Moyen Âge grâce à une industrie particulière et qui fut le lieu d’âpres combats durant la Première Guerre mondiale, ville que j’appellerai Machin par commodité. De l’autre côté de la frontière, en France donc, un village porte un nom signifiant soit « petite » ou « mauvaise » Machin soit « petite » ou « médiocre » ormaie. Il vous faudra trouver ce village, en vous aidant, s’il le faut, de cet indice :

Sans oublier qu’elle s’inscrivait dans un billet consacré à l’orme, vous pouvez vous appuyer sur ce deuxième indice :

Les réponses sont attendues chez leveto@sfr.fr

De l'orme.

Arbre de longue vie, entre 300 et 500 ans, l’orme fut souvent, pour cette raison, planté de manière isolée dans la cour de la ferme ou le quartier de la ville ou du village. Nombreuses furent les places du Moyen Âge plantées d’un orme à l’ombre duquel se tenaient les réunions officielles ( c’était la platea ulmi qu’on retrouve dans des chartes de Provence ).

« Les assemblées générales des communautés d’habitants en France du XIIIe siècle à la Révolution »
par Henry Babeau, Paris, 1893

C’est pour cette raison que les toponymes comme les anthroponymes évoquent plus souvent l’arbre unique, au singulier, que l’ensemble boisé, l’ormaie.

Le français « orme » est une altération de l’ancien français olme, lui-même issu du latin ulmus. Monosyllabique, « orme » se prêtait à des évolutions phonétiques nombreuses comme nous allons le voir.

L’orme isolé

Avec conservation de la voyelle finale, olme a abouti à des formes du type Orme, Ome ( souvent remotivé en Homme ) et Olme ( surtout dans le sud de la France, correspondant à l’occitan olm). C’est ainsi que l’on trouve L’Hôme-Chamondot ( Orne, Ulmus en 1272), Lhomme (Sarthe, de Ulmo en 1237 ), Lomme ( Nord, id. en 1237), Hommes ( I.-et-V., I.-et-L.), Oulmes (Vendée, de Ulmis en 1225 ), Les Ulmes ( I.-et-V., M.-et-L.), Lormes (Nièvre ), Ormes ( Aube, Eure, Loiret, S.-et-L.), Les Ormes (Vienne, Yonne), Saint-Pierre-des-Ormes ( Sarthe ) et quelques autres. De la même manière, les hameaux et lieux-dits de type Orme, L’Orme, L’Homme, Lhomme, etc. sont particulièrement nombreux. Et c’est à cette liste qu’il faut rajouter les lieux-dits de l’Homme Mort qui font le plus souvent référence à un arbre mort servant de point de repère, notamment en montagne où on compte une dizaine de cols de l’Homme Mort, autant de combes ainsi que des crêtes, des pics etc.

Avec la chute du l par dissimilation , le groupe –olm– est passé à Oms ( P.-O., Ulmis en 899 ). Dans quelques cas, le contact entre le m et le s final articulé a produit l’apparition d’un p de transition pour aboutir à Omps ( à St-Mamet-la-Salvetat, Cantal ) et, avec hypercorrection savante en h initial, à Homps (Aude, Ulmos en 1026, et Gers ). Dans d’autres cas, le s final est tombé, aboutissant par exemple à Lom ( à Noaillac, Corrèze). C’est à ce type qu’il faut rattacher le plan de l’Om montpelliérain.

Enfin, avec nasalisation du m final, on obtient le produit ultime de cette évolution avec les lieux-dits en Hon ou Hons, avec le h savant, comme à L’Hon ( à Bassurels et au Fraissinet-de-Fourques en Lozère). Notons que l’anthroponyme bien connu Delon est l’aboutissement phonétiquement évolué du non moins connu Delorme.

Le gros orme, l’ ormàs occitan, apparait à L’Ourmas ( à Valmigère, Aude).

L’orme en bande

Le bois d’ormes, l’ormaie ou ormoie, est représenté par des dérivés collectifs en -et ( du latin –etum ), -ède ( du latin -eda ) ou encore -ière ( du latin area ).

C’est ainsi que l’on trouve Olmet ( P.-de-D.), Olmet-et-Villecun ( Hér.), Olmeto ( Corse-du-Sud ) et Olmeta ( deux communes en H.-Corse ), Omet ( Gir. ) et de nombreux Ormoy ( E.-et-L., H.-Saône, Cher, Ess., Oise, etc. ) ainsi que Lhoumois ( Deux-Sèvres ), Lommoye ( Yv. ), Lormaye ( E.-et-L.), Lourmais ( I.-et-V.) et Ommoy ( Orne).

L’Olmède, noté Ulmeto en 1143, est présent à St-Marcel-de-Fontfouillouse dans le Gard et L’Aumède au Bessan et au Pouget dans l’Hérault. L’Ourmado à Pradelles-en-Val (Aude ) relève de ce type.

Le dérivé en -ière est représenté dans de nombreux lieux-dits comme Olmière ( Villefranche-de-Rouergue, Aveyron ), Aumières (La Parade, Loz. ), Almières ( St-Rome-de-Dolan, Loz.), Les Aumières ( Moyrazès, Villefranche-de-Rouergue et Millau, Aveyron ) ainsi qu’avec l’article agglutiné à Laumière ( La Rouquette, Lunac, Martiel, St-Rome-de-Cernon, Aveyron ) et Laumières ( Roussenac, id.).

Olmeta-di-Capocorso ( Haute-Corse )

L’orme atypique

Il aurait été trop facile de pouvoir tout ranger dans les types précédents, aussi classerai-je ici les dérivés de ce même ulmus avec des suffixes moins communs.

Le suffixe corse –icia est à l’origine d’Olmiccia (C.-du-Sud).

Le double suffixe -ici-onem se retrouve à Ormesson ( S.-et-M ) et à Ormesson-sur-Marne ( Val-de-Marne).

Le suffixe –ellum a fourni Omméel ( Orne, Ulmiri vers 1048 puis Ommel vers 1335 ) et Lumigny-Nesle-Ormeaux ( S.-et-M.). Ces formes en omel ou oumeau sont particulièrement présentes dans le nord de la France comme Le Hommel ( à Gratot, Manche ), L’Houmeau ( Char.-Mar.) et bien d’autres.

L’orme non latin

Les Gaulois utilisaient le celtique lemo pour désigner l’orme — lemo, comme le latin ulmus, l’anglais elm ou encore l’allemand Ulme procèdent d’un étymon indo-européen commun el, au sens de brun rouge, couleur de son bois. De ce lemo sont issus les noms de Limeux ( Lemausus en 697, Limos en 1164, Cher ), Limours (Ess. ), Limoges-Fourches ( Limodium au Xè siècle, S.et-M. ) et Limoise ( Allier). La proximité de nom entre Limoges-Fourches et Limoges, capitale des Lemovices, a permis l’hypothèse d’une origine selon lemo du nom de ces derniers.

Une racine d’origine nordique, qui a donné niep en néerlandais, a donné son nom à Nieppe ( Nord ) qui s’appelle Niepkerke, l’« église de l’orme », en flamand.

La forme bretonne oulm, plus rare que le classique orme, apparait à Bolumet ( Pontivy, Morb.) qui est un ancien *Bodulmet, « buisson d’ormes », et à Le Nolmen ( à Cléguer, Morb.) pour En Olmen, « l’orme ».

Le basque emploie zunhar que l’on retrouve à Sunhar ( Pyr.-A.) et Sunharette (id. ).

Deux devinettes aujourd’hui ! ( je vous épargne le Marais de l’Orme qui a déjà fait l’objet de la sienne ).

1 – Orme a été peu utilisé en composition pour former un nom de commune. On en trouve pourtant trois exemples à peu de choses près identiques, formés du même qualificatif de taille joint à un dérivé d’ulmus sans trait d’union. Entre les deux guerres, l’un de ces trois toponymes a été choisi par son créateur comme nom d’une marque aujourd’hui mondialement célèbre. Il vous faudra trouver ces trois toponymes, en vous aidant, s’il le faut, de cet indice :

2 – Dans un pays frontalier de l’Hexagone, une petite rivière, aujourd’hui détournée de son cours initial, porte un nom où il était question d’ormes. Cette rivière a donné son nom à une ville qui eut un grand rayonnement au Moyen Âge grâce à une industrie particulière et qui fut le lieu d’âpres combats durant la Première Guerre mondiale, ville que j’appellerai Machin par commodité. De l’autre côté de la frontière, en France donc, un village porte un nom signifiant soit « petite » ou « mauvaise » Machin soit « petite » ou « médiocre » ormaie. Il vous faudra trouver ce village, en vous aidant, s’il le faut, de cet indice :

Le quiz – deuxième épisode : les réponses.

Comme je l’ai dit dans mon précédent billet, TRS et Un Intrus ont trouvé les quatre bonnes réponses à mon petit quiz de la semaine dernière. Qu’ils en soient de nouveau félicités!

Et c’est parti !

1 – Quels habitants portent un drôle de nom d’oiseau issu d’une fausse étymologie ( ou d’un jeu de mots ? ) du nom de la commune qu’ils habitent ?

Il fallait trouver les Ansériens, nom des habitants d’Oye-Plage, charmante bourgade du Pas-de-Calais qui avait fait l’objet d’un paragraphe dans un billet consacré aux blasons parlants il y a un peu plus d’un an, paragraphe que je recopie in extenso ici :

Cette ville du Pas-de-Calais était appelée Ogiam au XIè siècle, devenu Oyam ( 1121 ), Oio (1147) puis Hoia (1164). On y reconnait le germanique *awa donnant auwja, « eau, prairie humide ». Le complément –Plage a été ajouté en 1913, alors que naissait la mode des bains de mer.

Par étymologie populaire, on rapprocha le nom de la ville de celui de l’oie, d’où le blason d’azur à l’oie d’argent, becquée et membrée de sable, surmontée d’une couronnée de vicomte d’argent.

OYE_PLAGE-62

Cette étymologie fantaisiste est à l’origine du gentilé Ansérien,  formé sur le latin anser, « oie », cf. les ansériformes.  Et quand on en sait rien, on ferait mieux de se taire, oui.

L’indice associé représentait les deux oies Amélie et Amélia Jacasse du dessin animé Les Aristochats.

TRS a fait un bel effort qui m’a proposé deux autres solutions tout à fait valables qui m’avaient échappé :

■ les Oisillons et Oisillonnes, habitants d’Oisy dans le Nord. Le nom d’ Oisy vient du nom d’homme latin Otius ou Autius, avec le suffixe -acum.

■ les Loriots et Loriottes, habitants de Lor dans l’Aisne. La page wiki consacrée à la commune nous parle de Loriens ou Lorois mais le site de la mairie parle bien, lui, de Loriots et Loriottes. Le nom de Lor, noté Ortus en 1183, est issu du latin hortus, donnant l’oïl hort ou ort, « jardin », avec agglutination de l’article.

2 – Quel saint ( local et peu connu ) a vu sa rue devenir une rue dédiée à un certain primate servant à son tour d’enseigne à une maison close par Marthe Richard en 1946 ?

Il fallait trouver la rue du Singe Vert à Tours, qui avait été mentionnée dans un billet consacré à la couleur des rues il y a près de sept ans déjà. J’y écrivais qu’elle « doit son nom actuel à une confusion : elle s’appelait rue Saint-Genail, un saint très local, à moins qu’il ne s’agisse d’une déformation du nom de saint Genou vénéré dans le Berry. Toujours est-il que, une fois le nom de ce saint tombé dans l’oubli, la rue de Saint-Genail devint celle du Singe-Vert. Ce n’est que bien plus tard qu’une maison de la rue, une de celles que clora définitivement Marthe Richard en 1946, arbora  un singe vert comme enseigne.

L’indice associé montrait une boite de corned-beef ( le « singe » des Poilus ) made in Irlande ( l’île verte ). Même pas honte.

3 – Quelle rue porte aujourd’hui un nom désignant des quadrupèdes difformes par mauvaise compréhension du nom local d’origine qui désignait des … trophées de chasse ?

Il fallait trouver la rue des Chats Bossus à Lille. Cette rue a été mentionnée dans un billet consacré à quelques chats il y a plus de huit ans. J’écrivais alors : « Le nom de la rue des Chats-Bossus, à Lille, ne doit rien aux chats puisqu’il  vient de la déformation d’un mot local. Les mégissiers, pelletiers et fourreurs accrochaient des têtes d’animaux empaillées à leur devanture en guise d’enseigne, des «caboches », qu’on appelait localement cabochu. ». Une autre hypothèse fait état d’une ancienne enseigne représentant une famille de cats bochus, patois pour « chats bossus » …

L’enseigne du Chat Bossu, au numéro 2 de la rue lilloise

L’indice montrait le Chat saisissant un oiseau, un tableau de Picasso peint en 1939.

4 – Quel petit ensemble de maisons est devenu un faux hagiotoponyme désignant un lieu-dit d’un village ?

Il fallait trouver le hameau de Saint-Chaise à Yèvres, dans le Loir-et-Cher, qui apparaissait dans un billet consacré à une paire de faux saints, publié il y a huit ans. On pouvait alors y lire : « À ses débuts, un hameau d’Yèvres, en Eure-et-Loir, ne comptait que très peu de maisons. Cinq exactement, pas une de plus : c’est ce que nous indique son premier nom  Quinque Casae en 1050. L’évolution phonétique normale, avec notamment le chuintement du -c- initial a fait évoluer ce nom en Sainchaises en 1523. Une tentative de retour au nom initial eut lieu en 1591 : on trouve alors écrit  Cinq Chèzes dans quelques documents. Chèze, aussi écrit chèse, était  le nom  en langue d’oïl de la maison que l’on retrouve d’ailleurs dans de nombreux toponymes. Mais rien n’y fit : l’attraction du mot « saint » fut la plus forte et l’on appelle aujourd’hui ce lieu-dit Saint Chaise. »

L’indice associé montrait un empilement de cinq chaises.

Si vous avez bien compté, vous avez remarqué que les quatre réponses avaient déjà été publiées dans quatre précédents billets et non pas seulement trois comme je l’avais annoncé par erreur lors de la rédaction du quiz.

Moralité : après dix ans de billets, soit près de cinq cents devinettes, ça devient difficile de se renouveler !

Les indices du mercredi 27/11/2019

TRS le premier, suivi d’Un Intrus, ont donné les quatre bonnes réponses au dernier petit quiz. TRS a fait même mieux, qui m’a proposé deux solutions supplémentaires tout à fait valables à la première question : il est vraiment très fort !

Pour ceux qui se poseraient encore des questions, voici quatre indices, dans le désordre bien entendu, sinon ce ne serait pas drôle :

■ et d’un :

■ et de deux :

■ et de trois :

■ et de quatre :

Amusez-vous bien!

Réponses attendues chez leveto@sfr.fr