Gour etc.

Gour et ses nombreuses variantes sont des termes méridionaux et alpins qui ont d’abord servi à désigner un gouffre, un abîme rempli d’eau, parfois des grottes, voire des cascades ou des étangs. Le mot s’est aussi appliqué à une cavité étroite creusée sous le sol par les eaux d’infiltration, à un trou d’eau dans une rivière, et, plus tardivement, au bassin profond d’un cours d’eau, une vallée encaissée, une gorge.

Étymologiquement, l’ancien français gorc comme l’occitan gorg ou gorga (prononcez gour/gourga) sont dérivés du latin gurgesgurgitis (d’abord « tourbillon d’eau » puis « gouffre, abîme »), lui-même probablement issu d’une racine indo-européenne onomatopéique.

On retrouve ce nom sous différentes formes dans des parlers régionaux, parfois avec des sens plus ou moins spécialisés. C’est ainsi le cas du vieux français du Nord gorgue, « trou dans lequel l’eau tombe après avoir fait tourner un moulin » ; des franco-provençaux gour, « gouffre rempli d’eau, trou d’eau, mare » et, dans le Vercors, « petit bassin peu profond à l’intérieur d’une grotte calcaire », et gourgue, francisation de gorga, « réserve d’eau aménagée, par exemple pour les bêtes » ; du savoyard goura, cf. l’italien gòra, « canal de dérivation, bief » d’où « ruisseau » ; des dialectaux gour du Forez, gou de la Bresse, gourinat (trou d’eau peu profond, terrain marécageux) de l’Allier. Signalons enfin, pour être complet, la forme gourp, où p se substitue à c sous une influence qui reste à déterminer.

On comprend, au vu des différentes formes et des différents sens pris par cet étymon, que les toponymes qui en sont issus sont aussi variés que nombreux (et vice versa, oui). Il ne reste plus qu’à les classer (mes lecteurs les plus assidus savent que je suis un fervent adepte des classements, non pas hiérarchiques, bien sûr, mais thématiques, parce que sinon, après, on ne sait plus où sont rangées les choses — avec les trucs ? ou avec les machins ? — ni  même de quoi on parle et c’est alors très vite le bordel, et encore, là, je suis aimable ).

Les gouffres et les grottes

On connait le Gour Martel, au-dessus d’Autrans-Méaudre (Isère), le Gour des Oules à Montbrun-les-Bains (Drôme), le Gour des Anelles à Céret dans les Albères (Pyr.-O.) ou encore le Gour de Tazenat, un lac de cratère profond de 68 mètres à Charbonnières-les-Vieilles (P.-de-D.) qui sont tous des gouffres. Le Gour de l’Oule, en aval de Meyruels (Loz.), est une des cavités par lesquelles la Jonte poursuit son cours souterrain et le Gour de Conque, à Serviers-et-Labaume (Gard) est une vasque d’eau au débouché d’un défilé de la rivière des Seynes. Saint-Julien-du-Gourg (à Florac, Lozère) doit son déterminant à un grand gourg (un « trou d’eau ») dans le Tarn, d’une grande profondeur mais d’une eau transparente, et surmonté d’un rocher en falaise d’où plongent les plus hardis.

La Grotte du Gourp des Boeufs se trouve à Saint-Jean-Minervois (Hér.) et le Gourp de la Sau à Saint-Geniès-des-Mourgues (id.).

St Julien du Gourg

Les hydronymes

Dans les Hautes-Pyrénées, quelques-uns des nombreux lacs de montagne sont évoqués par le Pic des Gourgs Blancs, à Loudenvielle, dominant une vallée glaciaire parsemée de lacs à la frontière d’Espagne,  à rapprocher du Gour de Tazenat, un lac de cratère à Charbonnières-les-Vieilles (P.-de-D.).

Le sens d’étang ou de mare (qui montre bien la variété de sens qu’a prise ce gour) se retrouve par exemple dans le Gourg de Maffre et le Gourg de Pairollet, des étangs de la côte languedocienne à Marseillan, (Hérault). Et c’est bien le moment de citer ici le Gourg de Maldormir, une petite annexe de l’étang de Thau et Gorgue, un lieu-dit sur le lido du même étang, ô combien cher à votre serviteur !,  puisque c’est là, sur le sable, que … qu’il … enfin, bref, qu’il a eu le réflexe de se coucher sur le ventre pour la première fois pour masquer son émoi à sa cousine (et j’ai bien écrit lido pas libido).

On a vu plus haut que gour a pu désigner un simple ruisseau : c’est le cas du Nant des Gourettes, affluent de l’Isère en Savoie, de la Gurraz du Bois, affluent du Doron de Bozel en Tarentaise (Sav.) — tandis que l’Italie toute proche connait le Canale della Gorra (à Massa, Toscan) et la Stura della Gurra, un torrent des Alpes Grées (Piémont) — et aussi de la Gourgue, un petit fleuve côtier des Landes.

Citons encore le Vallat des Gours à Meyrannes (Gard), le ravin du Gour (à Foussignargues, id.) et le Valat des Gourgues à Saint-Chaptes (id.). À l’ouest du Rhône, et notamment dans les Cévennes, gorga a pu avoir le sens de retenue d’eau pour l’alimentation d’un moulin ou pour l’irrigation : c’est sans doute à ce sens qu’on doit le nom du ruisseau des Gourgues à Vialas (Loz.), où l’on ne voit aucun gouffre ni aucune gorge (au sens topographique du terme, bien entendu).

Un cas particulier : le gour noir

L’appellatif gour a souvent été associé à la couleur noire (occitan nièr, français nègre), pour donner le sens général de « trou d’eau noire », où l’épithète évoquant la couleur sombre de l’eau renforce l’idée de profondeur du trou. C’est ainsi qu’on trouve les Gourps Nègres à Sussargues (Hér.), la grotte de Gournier, une résurgence du cirque de Choranche au nord du Vercors (Isère), le lac de Gournier à Montélimar (Drôme), la grotte de Gourniès à Ferrières-les-Verreries (Hér.), le lieu-dit Gourniès à Causses-et-Veyran (id.), le ruisseau de Gournier à Cessenon (id.). On trouve de nombreux autres exemples du composé gorg nièr en Ardèche, Haute-Loire, Gard, Drôme et quelques autres en Ariège, Aude et Hautes-Alpes. Et on trouve aussi le ruisseau de Gourmaurel ( « gour sombre »), affluent de la Garnière en Ardèche.

Rappelons aussi (« rappelons », vraiment ?, mais à qui ?) le loco nominato Gurgonigro, un nom attesté en 1029, suivi de Gurgite nigro en 1030, pour désigner l’actuelle commune héraultaise Saint-Jean-de-Fos, à l’entrée des gorges de l’Hérault.

On peut aussi classer ici Gorniès, une commune de l’Hérault qui aurait eu sa place dans la rubrique suivante des lieux habités.

Les lieux habités

« Ouah, l’autre ! Comme si on pouvait habiter dans un gouffre ! », vous entends-je vous gausser. Euh, non, pas « habiter dans un gouffre » mais à côté ! c’est-à-dire dans un lieu ainsi nommé parce qu’il se situe près d’un gour (un gouffre, une grotte, un lac, un ruisseau, etc.). Allez ! Un classement ? bon, d’accord :

  • Gour : Gours (Gir.) et Les Gours (Char., Gurgitibus en 1280) sont des communes. Les lieux-dits, très nombreux, sont représentés par Les Gours à Grane (Drôme), les Gures à Passy (Haute-Savoie), le Gour Faraud à Marguerittes (Gard, avec l’occitan faròt, « impertinent »), le Mas des Gours à Rousson (id.) et bien d’autres. Avec un qualificatif dérivé de nièr, « noir », on peut aussi classer ici Gorniès, une commune de l’Hérault qui aurait eu sa place dans la rubrique précédente (Ah? C’est déjà fait ? Bon. Ben bis repetita etc.) ;
  • Gourgue (forme féminine) : Gorgue (Nord), au confluent de la Lys et de la Lawe, est une forme picarde ayant ici le sens de « trou dans lequel l’eau tombe après avoir fait tourner un moulin ». Gourgue, sur l’Arros, (H.-Pyr.) correspond sans doute au sens d’« abîme d’eau (dans un cours d’eau) », de « creux profond, mare, bourbier profond et dangereux », que l’on retrouve sans doute aussi dans les noms de La Gourgue à Pézenas (Hér.), La Gourgue de Maroule à Argences-en-Aubrac (Aveyron), la Gourgue du Moulin à Saint-Gély-d’Apcher (Lozère — ce qui semble montrer que ce sens de « trou dans lequel l’eau tombe après avoir fait tourner un moulin » n’est pas restreint aux parlers du Nord), La Gourgue d’Asque à Asque (H.-Pyr.) et bien d’autres. C’est ici qu’il faut ranger Gorges en Loire-Atlantique, entre la Sèvre Niortaise et son affluent la Margerie, Gorges dans la Manche, sur le ruisseau Bricquebosc, en amont du Marais de Gorges (de Gorgie marisco en 1082) et Gorges dans la Somme à l’origine d’une vallée sèche qui rejoint la rive droite de la Somme, trois communes auxquelles on peut ajouter Valgorge (Ardèche, Valligorgia en 950) et aussi Cognin-les-Gorges (Isère, le déterminant a été ajouté en 1937 en référence aux gorges du Nan) ;

Cognin les Gorges

  • dérivés : Le suffixe d’origine latine –osus, servant à former des adjectifs indiquant la qualité ou l’abondance, a donné Gourgoux à Augerolles (P.-de-D.).  L’augmentatif occitan -às sert à former le déterminant de Saint-Étienne-de-Gourgas (Hér.) qui est à l’origine du ruisseau de Gourgas. Le redoublement du radical a donné son nom, au diminutif,  à Gourgouret (à Montvendre, Drôme) et, à l’augmentatif-péjoratif, à Gourgouras (à Saint-Julien-d’Intres, Ardèche) ;
  • Gurraz : cette variante savoyarde, reconnaissable à sa terminaison -az, a le sens local de « fossé pour l’écoulement des eaux », qu’il soit naturel ou creusé de mains d’homme. On la retrouve dans les noms de  La Gurraz à Villaroger et à Peisey-Nancroix (Sav.),  de La Gurraz du Bois, un ruisseau de la Tarentaise (déjà classé dans les hydronymes, oui, je sais) , etc.
  • Gourgeon (H.-Saône), est situé à la source de la Gourgeonne, un affluent droit de la Saône en aval de Recologne (même département) ; son nom est issu de l’oïl gourgeon, « cours d’eau, canal, creux de terrain », qui désignait sans doute d’abord la source ;
  • la variante Courgoul, sur la Couze (P.-de-D.), dans les Gorges de Courgoul (Courgouilh en 1401 et Corgolium au XVIè siècle)  correspond à l’occitan gorgolh, « gargouillis, bouillonnement », pour décrire les « rapides » de la Couze (où je retombe sur mes pieds avec l’origine onomatopéique de gour, qu’est-ce que je suis fort ! ).

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La devinette

Il vous faudra trouver le nom, en un seul mot composé de deux éléments sans trait d’union, d’une commune de France métropolitaine lié au mot du jour.

Pour compliquer la chose, l’élément lié au mot du jour a été si déformé qu’il est méconnaissable au point qu’on le confond avec un adjectif qualifiant l’autre élément du nom.

La commune se distingue par la résurgence d’un cours d’eau qui forme une piscine naturelle profonde d’une dizaine de mètres à laquelle elle doit son nom.

Elle est riche de plusieurs châteaux dont au moins deux s’enorgueillisssent de leur production viticole.

J’aurais pu vous donner en indice une chanson d’un auteur-compositeur-interprète canadien, mais ça aurait été beaucoup trop facile …

Je préfère vous proposer ce portrait qui devrait vous montrer le chemin :

indice b 13 06 21

MAJ du 14/06/2021 Précision importante sur l’indice en photo :

Si le personnage représenté en photo peut aider à trouver la région dans laquelle se situe la commune à trouver, il faut toutefois savoir sortir du chemin pour trouver la commune.

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Limendous (répàladev)

TRS a rejoint le groupe des « solutionneurs » de ma dernière devinette. Félicitations !

Il fallait trouver la béarnaise Limendous (wiki).

local Limendous

Le Dictionnaire topographique du département des Basses-Pyrénées (Paul Raymond, 1863) nous donne quelques formes anciennes du toponyme :

Limendoux

On remarque qu’en 1385, le nom se découpait en deux parties dont la première, Luc, nous est connue : il s’agit du dérivé du latin lucus qui ne désignait plus à cette époque qu’un « bois », en dehors de tout sentiment religieux.

La seconde partie du nom a fait l’objet de plusieurs hypothèses : selon les uns (DENLF*) il s’agirait du basque mendi, « montagne », accompagné du suffixe aquitain –osus (comme pour Mendousse à Burosse-Mendousse du même département) et selon les autres (TGF*) du latin mendosus, « défectueux ». Une troisième hypothèse (TT*, NLPBG*) s’appuie sur une forme du nom datée du XVè siècle (mais hélas non sourcée), Lucbentous, avec le gascon bentous, « venteux ».

On remarque également que le nom était écrit Limendoux, avec un -x terminal en 1863, sans doute sous l’influence des pluriels en –oux et/ou de l’adjectif « doux », ce qui montre, s’il en était besoin, l’extrême fragilité de l’orthographe des noms propres et la nécessité de s’appuyer sur le plus grand nombre de sources possibles pour en découvrir l’étymologie (d’un Limendoux à un « doux limon », il n’y a qu’un pas …).

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Les indices :

Jean Bouzet, né en 1892 à Pontacq (chef-lieu du canton où figure Limendous), enseigna l’espagnol à la Sorbonne, où Georges Pompidou et François Mitterrand furent ses élèves. Il fut l’auteur de plusieurs ouvrages dont, en 1936, une Grammaire d’espagnol qui fit longtemps autorité et fut rééditée jusqu’en 1993.

■  indice a 06 06 2021 La palissade faite de pieux rappelait la ville de Pau dont le nom pourrait venir du latin palus, « pieu». Même si cette étymologie est controversée, le blason de la ville montre trois pieux censés représenter la palissade qui cernait la ville originelle.

■  La chanson Gastibelza de G. Brassens était intéressante par son refrain « le vent qui vient à travers la montagne me rendra fou ! ». Vous y êtes ? Oui, c’est bien ça : le vent, comme Lucbentous, et la montagne, comme Lucmendous.

indice c 28 02 21 Ce taureau en céramique rouge rappelait le blason du Béarn sur lequel figurent deux vaches rouges. Cette image avait déjà été utilisée à propos d’une précédente devinette.

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Je ne pouvais bien entendu pas terminer ce billet sans rétablir une vérité aussi irréfutable qu’immarcescible : il n’y a en France qu’une seule montagne venteuse avec un record de 320 km/h le 19 novembre 1967, c’est le Ventoux, 1912 m. Et que ceux qui me parleraient de la rafale chronométrée à 360 km/h au sommet de l’Aigoual en 1968 ravalent leur morgue :  une « montagne » de 1565 m ? laissez-moi rire ! l’Aigoual n’est qu’une colline à peine un peu plus haute que ses voisines, voilà tout — et une seule rafale ! ventilateur précoce, vai ! le Ventoux sait garder le rythme sur une longue durée, lui !

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L’indice du mardi 08/06/2021

Jacques C. le premier et très vite (le « jaquecet » est un petit animal nocturne très joueur des landes bretonnes) a trouvé la bonne réponse à ma dernière devinette. TRA, LGF et Hibou Bleu l’ont suivi. Bravo à tous les quatre !

L’énoncé ? Le voici :

Il vous faudra trouver le nom d’une commune de France métropolitaine associé au mot du jour.

Ce nom, aujourd’hui écrit en un seul mot, est composé de deux éléments :

 — l’origine de l’un d’entre eux fait consensus : il est issu du latin lucus ;

— l’autre est, pour la plupart des spécialistes, issu d’un mot de la langue régionale désignant un relief, mais un adjectif latin plutôt péjoratif a aussi été proposé.

Une fois de plus, la localité est si petite qu’il n’y a quasiment rien à en dire … donc, je vous propose ces quelques indices en vrac :

■ Le chef-lieu du canton de cette commune a vu naître un professeur qui enseigna l’espagnol à deux futurs présidents de la cinquième République française et qui écrivit un manuel de grammaire régulièrement réédité pendant plus d’un demi siècle.

■ une photo pour la grande ville la plus proche :

indice a 06 06 2021

■ Mal compris au XVè siècle, le nom à trouver a été momentanément transformé en un autre, ce qui me fait penser à ça : clic

Que rajouter d’autre ?

Je ne vois que cet indice qui a déjà servi il n’y a pas si longtemps :

indice c 28 02 21

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Luc

À l’époque romaine, le bois sacré était le lucus (ou le nemus, mais c’est une autre histoire). Le lucus était plus particulièrement un bois avec un sanctuaire à ciel ouvert voué à une divinité, historiquement antérieur aux temples bâtis dus à l’influence étrusque. Il était nefas (impie, sacrilège) d’y couper ne serait-ce qu’une branche et on était alors tenu d’offrir un sacrifice expiatoire. Il s’agissait donc d’un endroit touffus, sombre, difficile à pénétrer et qui inspirait la crainte. Ce type de bois sacré existait aussi dans la religion celtique et explique les toponymes qui le rappellent aujourd’hui.

Étymologiquement, lucus est issu de la racine indo-européenne *leuk ayant le sens d’espace dégagé au milieu du couvert, donc de clarté, de lumière, cf. le sanscrit lokah, « espace libre » et les latins lux, « lumière » et lucere, « éclairer ». Cet appellatif se rapporte bien sûr à la clairière avec un autel dédié à la divinité à laquelle le bois était consacré.

Ce lucus a une bonne représentation sur tout le territoire national. À la meilleure place figure Luc-en-Diois (Drôme) siège d’une ancienne colonie romaine, Lucus Augusti, le « bois sacré d’Auguste », au Ier siècle ap. J.-C.

Luc en Diois

Hors de toute attestation glorieuse, on peut citer de nombreuses autres communes (liste non exhaustive) :

  • nom simple : Luc (Loz., H.-Pyr.), Le Luc (Var) et Lux (C.-d’Or, H.-Gar. et S.-et-L.) ;
  • avec un déterminant : Luc-Armau (Pyr.-Atl. — Armau : Hermau au XIVè siècle, diminutif de herm, ne comptait qu’un seul feu en 1385), Luc-la-Primaube (Av. — pour la Primaube, suivre ce lien), Luc-sur-Aude (Aude), Luc-sur-Mer (Calv.), Luc-sur-Orbieu (Aude), Lucq-de-Béarn (Pyr.-Atl.) et Lugo-di-Nazza (H.-Corse) ;
  • au pluriel : Les Lucs-sur-Boulogne (Vendée) ;
  • au diminutif : Luquet (H.-Pyr.) et Le Luot (Manche) ;
  • au féminin : Laluque (Landes, de la forme féminine gasconne vieillie lugue ) ;
  • employé comme déterminant : Saint-Étienne-de-Montluc (Loire-Atl.), Campestre-et-Luc (Gard) et Cellier-du-Luc (Ardèche, qui servait de réserves de vivres aux habitants de Luc, en Lozère, tout proche) ;
  • avec un qualificatif ou un appellatif post-posé : Le Luart (Sarthe, avec le suffixe péjoratif –ard), Lucmau (Gir., le « mauvais bois »), Lubbon (Landes, « le bon bois »), Lugaut-Retjons (Landes, le « bois haut » — Retjons : du latin regiones, « limite, frontière », nom du ruisseau qui marquait sans doute autrefois une frontière), Luglon (Landes, « le bois long »), Lucarré (Pyr.-Atl., « le bois carré »), Luplanté (E.-et-L.), Lutilhous (H.-Pyr, « bois de tilleuls »), Lucelle (H.-Rhin, Luticella en 1125, avec cella, « sanctuaire, ermitage »), Lugarde (Cantal, avec le germanique warda, « garde, poste de guet »), Lucgarier (Pyr.-Atl., avec Garier nom de personne issu du gascon garié, « gardien de poules »ou « aire de perdrix »), Lucbardez-et-Bargues (Landes, avec Bardez, nom de la rivière, du gascon bard, « boue, limon » et suffixe  –ès : « (ruisseau) boueux » — Bargues : de vervagere, « pacager des moutons », sur vervex, « mouton », d’où bargus, bargarus, « parc à moutons »);

955-lucmau-hotel-dubourg

 

  • avec un qualificatif ante-posé :  Ardelu (E.-et-L., avec l’oïl ardu, « escarpé, difficile » ou « glorieux, illustre »), Grandlup-et-Fay (Aisne, avec Fay, de fagus et collectif –etum, « hêtraie »), Noirlieu (D.-Sèvres, Nerluc en 1283), Andelu (Yv., avec celtique *ande, « bifurcation ») ;
  • avec un nom d’homme ou un appellatif germanique : Banthelu (Val-d’Oise, de Bandaridus), Gandelu (Aisne, de Wadenus), Havelu (E.-et-L., de Habertus), Warlus (P.-de-C., de Warno, mais qui pourrait venir du  flamand water, « eau » comme les suivants ), Warlus (Somme, Waderlois au XIIè siècle, avec le flamand water, « eau »), Warluis (Oise, Wadre locus au VIIIè siècle, idem) et Wattreloos (Nord, Waterlooz en 1030, idem.) ;
  • mention spéciale pour Véel (Meuse, Velis en 1402), Veslud (Aisne, Veelu en 1190) et Vélu (P.-de-C., Wluth en 1111) que Dauzat & Rostaing (DENLF*) font dériver du gaulois *videllu, « petit bois » et latin lucus et qu’Éric Vial (NVV*) fait venir de vetus lucus, « vieux bois » , ce que semble confirmer la devise « Vetus lucus semper virens » (« Son vieux bois est toujours verdoyant ») de Veslud.

Les micro-toponymes formés sur ce même lucus sont tout aussi nombreux et variés. Je ne citerai que le rocher de Capluc, qui constitue l’avancée extrême au sud-ouest du causse Méjean, dont le nom signifie littéralement « en haut du bois sacré ».

rocher-capluc-01

Mais on peut se demander dans quelle mesure le bois qui recouvre le versant en étrave du causse Méjean (cf. photo ci-dessus) a été un bois sacré. Il a peut-être été tout simplement un bois, dans la mesure où de nombreux exemples montrent que le terme a été connu du Moyen Âge avec le simple sens de « bois », ce qui explique le grand nombre de toponymes qui en sont issus.

En réalité, la signification religieuse (païenne) de lucus, « bois sacré », longtemps attachée à ce mot, contribua sans doute à le faire tomber en défaveur lors de la christianisation, bien que le sens de « bois » en ait été conservé assez longtemps par endroits, comme le montrent les toponymes composés avec des noms d’hommes germaniques ou les noms, encore plus tardifs, précédés de l’article, révélant un usage au Moyen Âge purement appellatif.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

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La devinette

Il vous faudra trouver le nom d’une commune de France métropolitaine associé au mot du jour.

Ce nom, aujourd’hui écrit en un seul mot, est composé de deux éléments :

 — l’origine de l’un d’entre eux fait consensus : il est issu du latin lucus ;

— l’autre est, pour la plupart des spécialistes, issu d’un mot de la langue régionale désignant un relief, mais un adjectif latin plutôt péjoratif a aussi été proposé.

Une fois de plus, la localité est si petite qu’il n’y a quasiment rien à en dire … donc, je vous propose ces quelques indices en vrac :

■ Le chef-lieu du canton de cette commune a vu naître un professeur qui enseigna l’espagnol à deux futurs présidents de la cinquième République française et qui écrivit un manuel de grammaire régulièrement réédité pendant plus d’un demi siècle.

■ une photo pour la grande ville la plus proche :

indice a 06 06 2021

■ Mal compris au XVè siècle, le nom à trouver a été momentanément transformé en un autre, ce qui me fait penser à ça :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Salerm (la répàladev)

TRA puis LGF ont rejoint Hibou Bleu sur le podium des découvreurs de ma dernière devinette. Bravo à tous les trois !

Il fallait trouver Salerm, un village de Haute-Garonne.

local-Salerm-

Les documents à notre disposition ne permettent pas de trouver de forme ancienne du toponyme différente de la forme actuelle, Salerm. C’est la raison pour laquelle au moins trois hypothèses ont été émises pour expliquer ce nom. En l’absence d’un mot ancien unique (celtique, latin, roman etc.) pouvant lui donner un sens, on s’accorde pour le couper en deux parties distinctes que l’on s’applique à déchiffrer :

  • Sal : il pourrait s’agir de la racine pré-celtique sal- à valeur oronymique. Cette racine, connue comme hydronyme (on la retrouve dans *salera, hydronyme gaulois de la Sauldre, de la Salindre, etc. et dans le nom gaulois salar de la truite) est aussi connue comme oronyme (on la retrouve dans le nom de Salers en Cantal, de Salernes dans le Var, etc.), comme je l’expliquais dans un ancien commentaire où il était déjà question de Salerm (merci à LGF pour son talent d’archiviste !). Cette hypothèse est partagée par Dauzat & Rostaing (DENLF*), Michel Morvan (NLPBG*) et Jacques Astor (DNFNLMF*). Ernest Nègre (TGF*) émet l’hypothèse de l’occitan sala, « résidence seigneuriale », lui-même issu du germanique seli (allemand Saal), d’abord « chambre » puis « demeure, château ».
  • Erm : l’hypothèse la plus consensuelle fait dériver ce deuxième élément du gascon erm, « lande nue, désert, friche, terre vaine et vague », lui-même du latin eremus, « désert ». Seul Jacques Astor (DNFNLMF*) se distingue, qui opte pour le suffixe pré-latin –ernu (celui de Salernum donnant Salers en Cantal ou de Salerna donnant Salernes dans le Var) et une mauvaise graphie m pour n final.

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Les indices

■ La région mentionnée en indice dans l’énoncé de la devinette est le Comminges, pays historique, du haut Moyen Âge, formé de partie de l’ancien diocèse de Saint-Bertrand-de-Comminges (H.-G.). Son  nom est attesté d’abord sur une monnaie mérovingienne, in Cummonigo : il s’agit d’une formation sur le nom ancien de la ville, Convenae et suffixe atone latin –icu. L’assimilation précoce du groupe consonantique –nv– a entrainé l’évolution en –mm– donnant Cummonigo puis le gascon Comenge dès 1095, adapté en français Comminge en 1262. L’apparition en 1302, dans un acte de la chancellerie royale, de la lettre finale –s (cuens de Comminges ), ici étymologique puisqu’elle reprend le pluriel de la forme originelle latine Convenae, s’est répétée jusqu’à devenir définitive à partir du XVIIIè siècle.

-St-Bertrand-

Saint-Bertrand-de-Comminges a porté trois noms. Le premier est un composé gaulois attesté d’abord chez le géographe grec Strabon en 7 av. J.-C. sous la forme :  Λoυγδουνον (Lugdunum). Depuis au moins le XIXè siècle, celtomanie aidant, on a voulu y voir un lieu de culte au dieu Lug : tous les noms de lieux antiques en Lugu– seraient liés à ce dieu. Mais tous les spécialistes ne sont pas d’accord, d’autant qu’une seule inscription dédiée au dieu Lug a été trouvée sur tout le monde romain (à Luzaga, en Espagne). En revanche, le nom Lugdunum est fréquent dans la Gaule et il parait plus probable que l’étymon soit un appellatif descriptif. En comparant la topographie des différents lieux ainsi nommés, Lugdunum doit être un composé gaulois de *lugo, « marécage » (de l’indo-européen *leug-, *lug-, « noirâtre ; marais ») avec dunum, « mont ; citadelle ; enceinte fortifiée ». Le nom, encore attesté Lugdunum au IIIè siècle dans l’Itinéraire d’Antonin, a perduré dans celui du Mont Laü sur le territoire de la commune. Le second nom de la ville, Convenae, figure sur une inscription latine du IIè siècle : colonia Convenarum. Dans le traité de saint Jérôme contre Vigilance, écrit après 386, le nom est expliqué quand il est dit, à propos de Vigilance :  de latronum et Convenarum natus est semine (quos Cn. Pompeius edomita hispania, et ad triumphum redire festinans, de Pyrenaei jugis deposuit, et in unum oppidum congregavit : unde et Convenarum urbs nomen accepit), « né d’un germe de brigands et d’aventuriers, que Cn(aeus) Pompée, après avoir soumis l’Hispanie et se hâtant vers son triomphe, a déplacé des sommets des Pyrénées et a rassemblé dans une seule place forte d’où, également, la ville a reçu le nom de Convènes ». La ville tient donc son nouveau nom de la population (ni peuplade, ni peuple) de brigands ibères que Pompée avait installés là. En latin classique, convenae signifie « étrangers venus de partout, fugitifs, aventuriers », avec une connotation péjorative. Au XIIè siècle, la ville prend son troisième nom, celui de Bertrand de l’Isle-Jourdain qui fut son évêque de 1073 à 1123 qui fit restaurer la ville détruite par les Francs au VIè siècle. Au XIVè siècle, le nom de la ville est muni pour déterminant du nom du pays dont elle est la capitale antique : Saint Bertran de Cuminge en 1347 qui deviendra Saint Bertrand de Comminges en 1663.

 

indice 30 05 2021

 

■ Cette calligraphie représentant un corbeau auréolé était censée renvoyer à un saint (ben si : l’auréole !) et à Bertrand , nom issu du germanique berht-, « brillant, illustre », et hram, « corbeau ».

 

 

 

 

indice b 01 06 21

■ Ce montage photo montre ce qu’a sans doute été le Trophée de Pompée, au col de Panissars, sur la frontière pyrénéenne entre Espagne et France. Ce monument à sa propre gloire a été édifié par Pompée à l’issue de sa guerre victorieuse contre Sertorius.

 

indice a 01 06 21 

■ Ce tableau d’Andrea Solari (1460-1524) est  intitulé Salomé recevant la tête de Jean-Baptiste. Hérode Antipas, qui fit couper cette tête à la demande de Salomé, est mort en exil à Lugdunum Convenarum. Une légende raconte que Salomé serait morte noyée dans un lac non loin de là.

 

 

■ Enfin, il était question dans mon dernier indice d’une entreprise espagnole homonyme de Salerm. Il s’agit d’une entreprise de cosmétiques, spécialisée dans la coloration capillaire (d’où mon « indice tiré par les cheveux »), qui apparait en premier quand je tape Salerm dans ma barre de  recherche (je vous laisse faire, je n’ai aucune raison de leur faire de la pub avec un lien !). En fouinant un peu, on découvre que cette entreprise trouve son origine dans celle fondée dans les années 1970 par deux frères (hermanos en espagnol) nommés Sala, d’où l’acronyme Salherm qu’ils ont forgé pour la nommer. En 1995, les racheteurs, soucieux que le nom soit lu et prononcé sans difficulté par tout le monde, ont ôté le -h- pour baptiser Salerm leur société (d’où le « à un poil près rectifié en 1995 » ).

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

♦♦♦♦

Plusieurs lecteurs que je remercie m’ont fait remarquer un oubli concernant le billet consacré à l’herm. En voici la réparation :

Germ

Les indices du mardi 01 juin 2021

Hibou Bleu est, une fois de plus, le seul à avoir trouvé la bonne réponse à ma dernière devinette. Bravo !

Pour les étourdis, j’en rappelle l’énoncé :

Il vous faudra trouver le nom d’une localité de France métropolitaine lié au mot qui nous intéresse aujourd’hui [ herm ]accompagné vraisemblablement d’un élément issu d’une racine oronymique pré-indo-européenne ou, selon une autre hypothèse moins consensuelle, d’un mot désignant un type de bâtiment.

La localité est si petite qu’il n’y a rien à en dire de particulier.

♦ un premier indice, pour la région :

la région où se trouve ce village doit son nom à des étrangers, fugitifs, brigands ou aventuriers, installés dans sa ville principale par un général romain à l’issue d’une guerre victorieuse dans un pays voisin. Le nom générique donné à cette population a d’abord complété celui de la ville avant de le remplacer puis de servir à nommer  la région. Cette ville porte aujourd’hui un autre nom complété par le nom de ladite région.

♦ un second indice, pour la ville principale :

indice 30 05 2021

et je rajoute ces indices :

■ en complément du premier :

indice b 01 06 21

■ en complément du deuxième :

indice a 01 06 21

■ et un indice tiré par les cheveux :

deux frères du pays voisin cité dans l’énoncé ont créé dans les années 70 une entreprise qu’ils ont baptisée d’un acronyme formé sur leur nom et leur lien de parenté qui est, par un pur hasard, l’exact homonyme du toponyme à trouver — à un poil près, rectifié en 95.

 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Herm

Le latin classique utilisait un mot hérité du grec eremus pour désigner le désert, la solitude. Le latin chrétien a emprunté au grec le terme « ermite », « celui qui vit dans la solitude ».

Dans l’ancienne langue, eremus a gardé ce sens de désert, de solitude, d’ermitage, mais, parallèlement, est apparu le sens rural de lande stérile, en bas latin herma terra, et c’est celui-ci que j’aborde aujourd’hui, laissant de côté les ermites et leurs ermitages.

L’ancien français hermi ou ermi était un désert inculte ; l’occitan èrm ou èrme désigne une lande, un désert, une terre inculte, la vigne abandonnée, et son péjoratif ermàs a donné le verbe s’esmassir, « se transformer en friche ; le catalan dit erm, l’espagnol yermo, l’italien ermo et le basque eremu. On rapproche de cette même racine le gallois hermaes, « externe, extérieur », ou encore le breton ermaez, « au dehors », d’où est issu ermaeziad, « étranger ».

Les toponymes issus de ce mot sont très nombreux dans toute la France, notamment en pays de langue d’oc et plus particulièrement dans le Massif Central.

On trouve ainsi les noms de Herm (Landes), L’Herm (Ariège), Saint-Germain-l’Herm (P.-de-D.), Saint-Cernin-de-l’Herm (Dord.) et Saint-Michel-en-l’Herm (Vendée) et aussi de Hermé (S.-et-M., Hermez en 1166, avec le suffixe diminutif –et au pluriel) et Hermes (Oise, ad pontem Harmis en 1060 puis Mons Hermarum en 1143 et Harmae en 1170, sans rapport avec le dieu Hermès).

L’agglutination de l’article a fourni les noms de Lherm (H.-Gar. et Lot) et de Lerm-et-Musset (Gir.).

Les lieux-dits, écarts ou hameaux portant des noms similaires sont très nombreux comme Les Hermes (par exemple à Vitrolles, B.-du-R.), Les Ermes (aux Allues, Sav.), le Mas de l’Herme (à Jonquières, Hér.), etc.

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On trouve quelques dérivés comme Les Hermaux (Loz., avec le suffixe –al au pluriel) et Herment (P.-de-D., avec le suffixe locatif –enc) et aussi les lieux-dits L’Hermet (à Desaignes, Ardèche – diminutif), L’Hermier (à Carsac-Aillac, Dord. – collectif), Hermillon (à La Tour-en-Maurienne, Sav. – diminutif), Hermière (à Favières, S.-et-M. – collectif), etc.

Plus inattendus sont les noms de L’Air (à Siauges-Saint-Roman, H.-Loire)  qui est un ancien Lermum (1078-91) et de Lerveuil (à Vissac, H.-Loire)  qui était Lermus en 1078 avant de changer en Lerm Veilh en 1404 avec l’adjectif occitan vielh, « vieux ».

Notons des formes quasi méconnaissables dans les déterminants de Saint-Romain-de-Lerps (Ardèche, Romanus de heremos au XIIIè s ) et de Saint-Genest-Lerpt (Loire, Sancti Genesi l’Erm en 1225).

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Erme a donné aussi des formes en arm– comme pour Armes (Nièvre ) et Armeau (Yonne, Hermeau en 1304 – diminutif –al,eau) et pour de nombreux lieux-dits en Armiaz (à Cranves-Sales, Sav.), Armigère (à Chatain, Vienne, et Pleuville, Char.) Armières (à Villefontaine, Is.) etc.

Quelques hydronymes ont été formés avec cette même racine comme le ruisseau de l’Herm, affluent du Viaur à la Salvetat-Peyralès (Av.) et donc sous-affluent de la Garonne, L’Herm, affluent de l’Ance à Saint-Julien-d’Ance (H.-Loire)  ou encore l‘Hermettaz, affluent de l’Isère à Notre-Dame-des-Millières (Sav.).

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La devinette

Il vous faudra trouver le nom d’une localité de France métropolitaine lié au mot qui nous intéresse aujourd’hui accompagné vraisemblablement d’un élément issu d’une racine oronymique pré-indo-européenne ou, selon une autre hypothèse moins consensuelle, d’un mot désignant un type de bâtiment.

La localité est si petite qu’il n’y a rien à en dire de particulier.

♦ un premier indice, pour la région :

la région où se trouve ce village doit son nom à des étrangers, fugitifs, brigands ou aventuriers, installés dans sa ville principale par un général romain à l’issue d’une guerre victorieuse dans un pays voisin. Le nom générique donné à cette population a d’abord complété celui de la ville avant de le remplacer puis de servir à nommer  la région. Cette ville porte aujourd’hui un autre nom complété par le nom de ladite région.

♦ un second indice, pour la ville principale :

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Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Luçay-le-Libre et Ancy-le-Libre (répauxdev)

 Un podium en solitaire pour Hibou Bleu, le seul à m’avoir donné les bonnes réponses à ma dernière devinette, malgré l’énoncé plus que succinct et l’absence d’indices ! Félicitations !

 

Il fallait trouver Luçay-le-Libre (Indre) et Ancy-le-Libre (Yonne), deux villages qui ont changé de nom lors de la Révolution, appliquant le décret de la Convention du 25 vendémiaire de l’an II (soit le 16 octobre 1793, le jour même où Marie-Antoinette, comme tout condamné à mort, a eu la tête tranchée) et qui font partie des rares qui ont gardé leur nom révolutionnaire (cent dix selon le répertoire dit de Figuères ).

Luçay-le-Libre

Le Dictionnaire historique, géographique et statistique de l’Indre (Eugène Hubert, 1889) nous donne les formes les plus anciennes connues du nom de ce village :

Les premières formes orientent vers un nom d’homme latin Luccaeus accompagné du suffixe –acum. En 1648 apparait le nom de Luceyo Captivo, dont le déterminant sera traduit le plus souvent par le Captif, et quelquefois par le Chétif sans doute par opposition à Luçay-le-Mâle du même département.

Carte de Cassini – feuillet n° 10 – Bourges – 1760

Jugeant désormais inadapté ce qualificatif de « Captif », les Conventionnels  changeront le nom en Luçay-le-Libre.

Mes recherches, certes limitées et donc incomplètes, ne m’ont pas permis de trouver la raison pour laquelle ce village a été dit « captif » au moins depuis le XVIIè siècle.

Ancy-le-Libre

C’est le Dictionnaire topographique du département de l’Yonne (Max. Quantin, 1862) qui nous donne les formes anciennes du nom de ce village :

Comme pour le toponyme précédent, la première forme nous oriente vers un nom d’homme latin Antius accompagné du suffixe –acum. Dès 1116 apparait le qualificatif Servosum, sur le latin servus, « esclave, serf », qui sera traduit par Serveux  — avec des variantes, volontaires ou non, sur le thème de la forêt, du latin silva, donnant le Silveux en 1513. Le rappel du servage était bien entendu intolérable pour les Révolutionnaires qui choisirent de changer le nom par Ancy-le-Libre — ce que, visiblement, l’auteur du Dictionnaire précité,  qui continue à parler d’Ancy-le-Serveux, avait du mal à admettre.

Carte de Cassini – feuillet 82 – Tonnerre – 1759

Les plus attentifs de mes lecteurs auront noté qu’Ancy-le-Libre faisait partie du canton d’Ancy-le-Franc. Ce dernier village était appelé Anciacum dès 781 : il s’agissait de l’origine du vaste domaine agricole du nommé Antius, qui sera plus tard partagé entre une partie affranchie (attestée Anceium francum en 1225) et une partie qui conservera son statut servile (attestée Anceyum servosum dès 1116).

 

Des contrats d’émancipation (deuxième partie)

Après avoir vu les dérivés du latin colonica et d’autres types de contrats d’émancipation au Moyen Âge dans un précédent billet, je vous propose de continuer aujourd’hui cette exploration.

Le vilain

Le latin (terra) villana désignait une (terre) tenue par un villanus, un paysan libre par opposition au serf, c’est-à-dire une terre non noble. De nombreuses communes, quasiment toutes en régions de langue d’oïl, portent aujourd’hui un nom dérivé de ce villana latin, parmi lesquelles neuf Villaines accompagnées de divers déterminants et Vaux-Villaines (Ardennes). On trouve aussi quelques formes différentes comme Velaine-en-Haye et Velaine-sous-Amance (M.-et-M.), Velaines (Meuse), Velennes (Oise, Somme), Velanne (Isère), Velosnes (Meuse), Vilosnes-Haraumont (Meuse), Violaines (P.-de-C.), Voulaines-les-Templiers (C.-d’Or), Vulaines (Aube), Vulaines-sur-Seine et Vulaines-lès-Provins (S.-et-M.).

carte postale-villaines-croix

À gauche, Monsieur le curé sur les marches de La Croix

Notons un changement de suffixe dans le nom de La Villotte (Yonne) qui s’est d’abord appelée Villena au IXè siècle avant de devenir la Vilete vers 1170, de l’oïl villette, villotte, « petite maison des champs » ou « très petite ville ».

Les micro-toponymes son aussi, on s’en doute, très nombreux. On trouve ainsi des dizaines de la Vilaine éparpillées de la Vendée au Berry, ainsi que des Grange Vilaine, Terre Vilaine, Pré Vilain, etc.

Des contrats de location

Toute une série de contrats pouvaient lier un bailleur et un preneur. Parmi les plus connus figurent le fermage et le métayage qui mériteraient chacun un billet particulier et sur lesquels je ne m’attarde pas, mais bien d’autres formes moins connues ont laissé des traces en toponymie :

  • la rente foncière est un terme fréquent parmi les micro-toponymes, surtout en Charente-Maritime qui a plus de soixante noms en Rente, dont plusieurs Bois de la Rente ou Champ de la Rente, et même une Rente des Clochards à Mons ;
  • la locature désignait simplement une petite maison rurale louée, avec ou sans terre. On trouve ce terme principalement en Sologne comme la Locature de la Straize à Gy-en-Sologne (L.-et-C.). En Bourgogne et Bourbonnais, le terme devient locaterie, employé seul ou avec un nom propre comme la Locaterie Pinaud ou la Locaterie Bonnefoi au Bouchaud (Allier), etc.
  • le bail à gazaille confiait à un paysan la garde et l’entretien d’animaux d’un propriétaire. Il pouvait les faire travailler et en garder tout ou partie des produits (lait, fromage, œufs, laine, fumier …). C’est dans le Sud-Ouest que le terme a été le plus productif avec une vingtaine de Gazaille, Gazaillou, Gazaillan, Gazagne  ainsi que le château des Gazaillas à Saint-Sulpice-sur-Lèze (H.-Gar.), la Gasagne à Moustiers-Sainte-Marie (Alpes-de-H.-P.), etc. Le terme serait issu du germanique waidanjan,  « se procurer de la nourriture » d’où l’occitan gasanha, « terre cultivée » et la forme gasalho, « cheptel, troupeau » en Guyenne, Gascogne et haut Languedoc (TDF) : certains des micro-toponymes cités pourraient rappeler ces sens plutôt qu’un bail à gazaille ;
  • l’acate, contraction du latin ad acceptum, était un bail à long terme qu’on retrouve dans plusieurs lieux-dits Les Acates du Var, dont un Ubac de l’Acate à Collobrières. La variante acapte se retrouve à moins de dix exemplaires, presque tous dans le Tarn dont l’Acapte d’Espine à Anglès (mais pas d’Acate Zeblouse ou d’Acate Guettenaud à se mettre sous la dent …). Du même domaine de sens, l’abenevis était un contrat de concession à durée illimitée, notamment dans le Lyonnais : l’Abbenevis est un hameau de La Bénisson-Dieu (Loire).

Droit d’usage, wèbes et douaire

  • le droit d’usage concédé par le propriétaire permettait d’utiliser certaines ressources autrement négligées : ainsi de la vaine pâture ou du ramassage de bois mort. Il fallait pour cela définir exactement les lieux où ce droit s’appliquait, ce qui explique que des toponymes en Usage en soient issus. On trouve ainsi, outre Les Usages,  des Grands Usages, des Petits Usages, de nombreux  Bois des Usages, des Pièce des Usages, etc. répartis principalement en pays de langue d’oïl. À l’inverse, il existe l’Usage Défendu, un bois à Raveau (Nièvre).
  • en Ardennes, les wèbes étaient des parties de forêts concédées par des seigneurs à chaque feu (famille) de commune pauvre (cf. page 4). Le nom pourrait être issu du germanique geben et évoquer un don. On le retrouve dans des micro-toponymes Wèbes à Sècheval, aux Mazures (les Wèbes Hautes), à Bogny-sur-Meuse (les Hautes Wèbes), à La Grandville (Wèbe Chauvin), etc.
  • les douaires désignaient les biens laissés en usufruit à la femme survivante, la douairière. Plusieurs lieux-dits en gardent le souvenir, notamment en Lorraine occidentale et dans les Ardennes, comme le Grand Douaire à Margut (Ardennes) ou le Douaire à Quincy-Landzécourt (Meuse) et jusqu’en Normandie comme aux Douaires à Montesson ou le Douaire à Langeard (Manche).

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Si une journée supplémentaire m’a permis de terminer et d’illustrer mon billet, elle ne m’a en revanche pas permis de trouver un toponyme à vous faire deviner.  Sauf peut être ça :

Quelles sont ces deux localités, distantes de 211 km par la route, qui ont changé une partie de leur nom, qui portait la marque de leur soumission, pour une autre partie correspondant à leur nouveau statut ?

Réponses attendues chez leveto@sfr.fr

Quelaines-Saint-Gault (répàladev)

Personne n’a rejoint le trio des « solutionneurs » de ma dernière devinette …

Il fallait trouver Quelaines-Saint-Gault, un bourg mayennais non loin de Château-Gontier.

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Ce bourg résulte de la fusion en 1973 entre Quelaines et sa voisine Saint-Gault.

Quelaines est attesté Colonica en 837, du latin colonica, « terre confiée à un colonus, un fermier perpétuel et héréditaire, attaché au sol, mais homme libre ». L’évolution phonétique aurait dû conduire à un nom comme Collonge ou Collanges, mais un changement du toponyme s’est produit pour devenir Colonias en 1097 puis Queleniis au XIIIè siècle et donc Quelaines aujourd’hui — comme le nom Colonica  du IXè siècle est passé à Colonias au XIè siècle pour donner le nom de l’actuelle Coulaines dans la Sarthe. Mais il faut aller encore plus loin dans la démonstration puisque l’évolution habituelle du latin colonia aurait dû fournir un nom avec un -gn- mouillé comme dans Coulogne. E. Nègre explique le passage de –ogne  à –aines par  l’attraction de l’oïl collaine, « ornement de cou ».

Saint-Gault porte le nom du quatrième évêque d’Évreux saint Gaud ou Waldus.

carte postale quelaines

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Les indices :

■  Quelaines-Saint-Gault fait figurer sur son blason une lyre qui rappelle que la commune possède une des plus anciennes fanfares de France, fondée en 1868.

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indice a 16 05 2021  l’affiche du film Les Chouans devait orienter vers la région et plus particulièrement vers Quelaines où est né Louis d’Andigné en 1765 et où est mort Jambe d’Argent en 1795, tous deux chefs chouans.

Les Jolies colonies de vacances, de Pierre Perret … pour les colonies.

indice-18-05-21 ■ le buste était celui de saint Gaud — c’est du moins ce qu’affirme ce site.