La Chapelle-Urée ( répàladev )

TRA a rejoint Un Intrus sur le podium des « solutionneurs » de ma précédente devinette mais les autres marches sont restées vides. Bravo à tous les deux !

Il fallait trouver La Chapelle-Urée, une ( toute ) petite commune de la Manche.

Le premier nom connu de cette localité apparait en 1180 sous la forme Capella uslata. On trouvera par la suite Capella usta ( 1369 ), ecclesia de Capella usta ( 1412 ) et enfin Chapelle urée dès 1522 ( dans le Registre de l’Impôt royal de 1522, cité dans l’Avranchin monumental et historique, par Édouard Le Héricher, éd. E. Tostain, Avranches, vol I, 1845, p. 259.).

Les autres formes connues comme Chap. orée ( 1711), Chap.le Vrée ( 1716 ), la Chapelle Ullee ( 1728 ), Chapelle-urée ( Cassini, 1753/1785 ) etc. ne se maintiendront pas et c’est finalement la Chapelle Urée qui s’imposera à partir de 1793. Le trait d’union pour la Chapelle-Urée sera fixé dans le Bulletin des lois de la République française, ( Imprimerie Nationale, Paris, 1801-1870 ).

Nous sommes en présence d’un toponyme d’origine médiévale formé sur l’ancien français chapelle uslee, « chapelle brûlée ». L’ancien français uslé est le participe passé du verbe usler, « brûler », issu du latin ustŭlāre, de même sens . Ce dernier mot est un dérivé verbal en -ulare d’ustus, participe passé du verbe ūrere, toujours de même sens. Il représente un plus ancien *ūs-e-se, dérivé de la racine indo-européenne *eus– « brûler », (on retrouve cette racine dans le mot combustion). La forme uslee puis u(s)l(l)ée est devenue urée à une date indéterminée antérieure à 1522. Ernest Nègre ( TGF *) attribue cette altération à « l’attraction savante du latin urere ». Une autre hypothèse, plus séduisante, fait appel au phénomène de rhotacisme responsable en Normandie de l’évolution de Basile en Basire, Cécile en Cécire, Gille(s) en Gire(s), Mabille en Mabire, etc., soit du passage du [l] au [r] en contexte palatal.

On ignore tout des circonstances de l’incendie, tout comme on ignore l’identité du constructeur ou du commanditaire de la chapelle.

Les indices

■ la statue :

Cette statue de Saint Martin partageant son manteau avec un mendiant (1531), était là pour le manteau à capuchon, la cape. La moitié de cette cape – diminutif capella en latin attesté en 679 – fut envoyée à Aix-la-Chapelle pour l’oratoire de Charlemagne qui prendra ainsi, par métonymie, le nom de chapelle.

■ la planche anatomique :

Puisqu’il était question, dans l’énoncé de la devinette, d’un homonyme dans le domaine physiologique, cette coupe d’un rein devait faire penser à l’urée.

■ la carte postale :

Tout le monde aura reconnu le mont Saint-Michel censé orienter vers la communauté d’agglomération Mont-Saint-Michel-Normandie, dont fait partie La Chapelle-Urée.

*Les abréviations en majuscule renvoient à la Bibliographie accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

PS : pour écrire ce billet, je me suis notamment appuyé sur cette page publiée sur le site wikimanche.

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Les indices du mardi 01/10/2019

Bravo à Un Intrus qui est seul venu à bout de ma dernière devinette dont je vous recopie ici l’énoncé :

Une autre petite commune française porte un nom formé sur le même modèle ( qu’Azay-le-Brûlé ou Marville-Moutiers-Brûlé ). Il s’agit du nom d’un bâtiment accompagné d’un déterminant indiquant qu’il fut jadis victime des flammes, mais sans qu’on ne sache ni quand ni dans quelles circonstances.

Je vous propose donc de partir à la recherche du nom de cette commune sachant que :

  • le déterminant, issu d’un verbe sorti des dictionnaires actuels, a pris une forme qui le rend aujourd’hui incompréhensible pour la plupart des gens ;
  • il existe un parfait homonyme dudit déterminant dans le domaine physiologique.

Et je vous en rappelle l’indice :

… qui a suffi à Un Intrus pour parvenir à la solution.

Les indices

■ une carte postale pour la commune à trouver :

■ une planche anatomique pour l’homonyme :

et je ne vois rien à ajouter !

Amazonie, Amazonia ( partie V )

S’arrêtera-t-elle un jour de brûler ? Faute de bois, un jour peut-être …

Oui, l’Homme a brûlé certaines régions de l’Amazonie pendant des milliers d’années mais les analyses de ces incendies indiquent pour le moment que la forêt n’a jamais été aussi perturbée qu’au 21e siècle.

( National Geographic )

Voici aujourd’hui le dernier volet ( après un premier, un second, un troisième et enfin un quatrième ) du survol des régions amazoniennes.

L’Amazonie surinamienne

Le nom du Suriname est attesté pour la première fois chez Walter Raleigh en 1595 à propos du fleuve qu’il appelle Surinam. Il y a par la suite plus de trente orthographes différentes du nom de la rivière dans les cartes et la littérature. Le nom est probablement dérivé de celui de l’ancienne tribu indienne Surinen qui habitait le pays avant d’en être chassée par les Caraïbes. Le Suriname est divisé en dix districts.

Sipaliwini : ceux qui se souviennent de mon précédent billet, auront remarqué le suffixe wini qui signifie « eau » en langue caribe : il s’agit donc là du nom d’une rivière. Le radical sipali désigne la raie ( sans doute la raie d’eau douce réticulée ). Il s’agit donc de la « rivière des raies ». La capitale … n’existe pas, la région étant administrée directement par la capitale du pays, Paramaribo ( voir plus loin ).

Brokopondo : ce nom, qui est aussi celui de la capitale, apparait pour la première fois sur une carte maritime de 1887 sous la forme Broko Pondo. Certains y ont vu un toponyme fabriqué, un semblant d’acrostiche de Broken Pontoon or Boat, soit le « ponton ou le bateau brisé ». Aucune trace ne subsiste d’un tel événement, mais rien ne permet d’exclure un éventuel naufrage contre un ancien ponton ( construit en bois à cette époque ) ou des rochers submergés toujours présents. En l’absence d’une étymologie amérindienne crédible, c’est donc l’origine anglaise qui est généralement admise aujourd’hui.

Para : ce nom signifie « eau, cours d’eau, fleuve, mer » en langue tupi-guarani. Le nom de la capitale Onverwacht signifie, en néerlandais, « inattendu », en référence à la plantation de tabac qui se développa là au XVIIè siècle. Au siècle suivant, on l’appela Bose, du nom du propriétaire Frederik Coenraad Bossé. Après l’abolition de l’esclavage en 1863, huit anciens esclaves achetèrent le terrain en 1881 pour y établir une plantation de bois.

Nickerie : contrairement aux apparences, le nom de cette rivière est d’origine amérindienne : noté Nikeza sur une carte de 1770, il signifie « généreuse », sans que l’on sache s’il s’agissait de décrire les eaux particulièrement poissonneuses ou le débit parfois important ; le nom a sans aucun doute subi l’influence de nickel, lors de l’occupation anglaise. La capitale Nieuw-Nickerie a remplacé l’ancienne Nieuw-Rotterdam, plus en aval, victime de trop nombreuses inondations.

Coronie : le nom amérindien de la rivière est Coroni, dans lequel on reconnait le suffixe uni/oni pour « eau ». La capitale Totness est située à l’emplacement de la première colonie anglaise au Surinam, où elle a repris le nom, avec un -s- supplémentaire, de la ville du Devon Totnes d’où les colons étaient majoritairement originaires.

Saramacca : c’est un Anglais appelé Lawrence Keymis qui a découvert le fleuve en 1596 et qui a repris le nom amérindien Shurama pour le baptiser ; on trouvera ensuite les noms Surrmacca, Saramo, Saramaca et Sarameca. Le nom arawak de la rivière est en réalité Surama, sans étymologie clairement identifiée, auquel les Arawaks ajoutent un suffixe -ka pour en faire un ethnonyme. La capitale est Groningen, qui porte un nom importé des Pays-Bas ( Groningue ).

Wanica : le nom était aussi écrit Wonica. On y reconnait une variante caribe woni, « eau », accompagnée du suffixe -ka qui en fait un ethnonyme : il s’agit du « peuple de l’eau ». La capitale Lelydorp ( « le village de Lely » en néerlandais) a été baptisée en hommage à Cornelis Lely, gouverneur de la Guyane néerlandaise entre 1902 et 1905. Son nom précédent Kofi Djompo faisait référence à un leader des nègres marrons appelé Kofi, qui fut capturé par les hollandais puis décapité. Les Hollandais mirent sa tête sur une perche fichée dans un bateau comme avertissement aux esclaves qui s’étaient enfuis et erraient dans la forêt. Il est dit que, lorsque l’embarcation arriva au milieu de la rivière, la tête de Kofi « sauta » en dehors du bateau et disparut.  Kofi  signifie « né un vendredi » et djombo  veut dire « saut ».

Paramaribo : ce nom est issu du tupi-guarani para, « eau, cours d’eau, fleuve, mer » et maribo, « habitants ». Le rapprochement qui a été fait avec l’amérindien paramoeroe, « arc-en-ciel », reste fort douteux. Paramaribo est aussi le nom de la capitale.

Commewijne : ce nom de rivière est la transcription néerlandaise en 1678 du nom caribe Commewini où l’on reconnait là encore le suffixe caribe wini, « eau ». La capitale Nieuw- Amsterdam porte un nom importé des Pays-Bas en 1774.

Marrowijne : de même origine que le précédent, il s’agit de la transcription néerlandaise du nom du fleuve Maroni. En langue kali’na, mara-uni signifie « rivière sans fin ». La capitale Albina a été fondée en décembre 1846 par le colon allemand August Kappler, qui la baptisa du prénom de sa future épouse Albina Josefine Liezenmaier, de Stuttgart, qui le rejoignit en 1853.

L’Amazonie guyanaise

Le département français de la Guyane est divisé en deux arrondissements :

Cayenne : l’étymologie de ce nom a fait l’objet d’un récent billet dont on lira aussi à profit les commentaires.

Saint-Laurent-du-Maroni : l’étymologie de Maroni a été donnée dans le paragraphe concernant le Marrowijne surinamien. Lors de l’établissement du pénitencier agricole par le commandant Eugène Mélinon ( 1818 – 1904 ), le 21 février 1858, le contre-amiral Auguste-Laurent Baudin, alors gouverneur de la Guyane, décide de placer le village sous le vocable de saint Laurent, à la mémoire de son père et de son grand-père, qui se prénommaient Laurent comme lui.

Plusieurs communes françaises gardent dans leur nom des traces d’anciens incendies, comme on l’a vu pour Cendras, par exemple. Pour d’autres, c’est un déterminant qui garde la mémoire d’un tel événement.

C’est le cas d’Azay-le-Brûlé dans les Deux-Sèvres, même si l’origine du qualificatif semble s’être perdue dans les couloirs du temps. La commune d’Azay-le-Rideau (Indre-et-Loire ), dont le fort fut brûlé en 1418 par Charles VII, a été appelée Azay-le-Brûlé jusqu’au XVIIIè siècle. Azay-sur-Indre, incendié par le gouverneur de Touraine pour en déloger les Anglais en 1395, fut aussi quelque temps surnommé Azay-le-Brûlé. On pourra tirer deux enseignements : les Azay attirent les flammes et seul celui dont on ignore l’histoire en garde la trace dans son nom …

En Eure-et-Loir, Marville-Moutiers-Brûlé ( Marville du gaulois Marto et villa, et Moutiers de monasterium, « monastère » ) garde le souvenir d’un incendie allumé par les Huguenots en 1562.

La voici, la voilà :

Une autre petite commune française porte un nom formé sur le même modèle. Il s’agit du nom d’un bâtiment accompagné d’un déterminant indiquant qu’il fut jadis victime des flammes, mais sans qu’on ne sache ni quand ni dans quelles circonstances.

Je vous propose donc de partir à la recherche du nom de cette commune sachant que :

  • le déterminant, issu d’un verbe sorti des dictionnaires actuels, a pris une forme qui le rend aujourd’hui incompréhensible pour la plupart des gens ;
  • il existe un parfait homonyme dudit déterminant dans le domaine physiologique.

Et, voyez ma générosité, un indice :

Cendras ( répàladev )

Un début de week-end qui me tiendra loin de mon clavier me pousse à publier un peu en avance la réponse à ma dernière devinette.

TRS, TRA et LGF s’en sont approchés très près mais sans pouvoir la confirmer. Les « preuves » étaient en effet bien cachées, ailleurs que dans wikipedia.

Il fallait trouver Cendras, une petite commune du Gard, à sept kilomètres d’Alès.

Le Dictionnaire topographique du département du Gard d’Éugène Germer-Durand (1812-1880 ) nous donne les appellations successives suivantes : Abbatia de Scenderatis (1012) ; Sanctus-Martinus de Senderatis (1031) ; Cendracense monasterium (1050) ; Cendracensis abbatia (1156) ; Monasterium Cendracense (1243) ; Abbas de Cendras abbas Cendracii (1349) ; Abbas Cendraci (1386) ; Notre-Dame-et-Saint-Martin de Cendras abbaye de l’ordre de S. Benoist (1667) . ( cf page 218 )

L’hypothèse étymologique la plus vraisemblable et généralement admise aujourd’hui nous vient d’Ernest Nègre ( TGF * ) qui explique qu’il s’agit

peut-être du bas latin cineratis (casis) locatif féminin pluriel de bas latin cineratus « brûlé, réduit en cendres » (Du Cange) ; le sens serait : « aux (maisons) incendiées »

Le monastère dont il est question en 1050 aurait ainsi été bâti sur les cendres d’habitations incendiées sans doute au millénaire précédent.

Un second incendie eut lieu à Cendras le 11 avril 1480, dans lequel périt l’abbé Jean V de Sorbières :

( source )

Le 20 janvier 1703, Jean Cavalier, le principal chef de la révolte des Camisards cévenols, incendie avec ses troupes l’abbaye et les quelques maisons qui l’entourent. On ne manque pas alors de l’accuser de crimes atroces :

( source )

On peut retrouver la liste des 17 victimes en consultant cette page.

■ L’indice du mardi :

il fallait reconnaître une représentation du Phénix, l’oiseau mythique qui renaît de ses cendres.

■ le dernier conseil :

« concentrez-vous sur le résultat ! » : le résultat d’un feu, c’est des cendres

*les abréviations en capitale renvoient à la page Bibliographie accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Les indices du mardi 24/09/2019

Personne ne m’a encore donné la bonne solution à ma dernière devinette

Les indices

■ une notule historique : la commune n’a vraiment pas eu de chance ! Outre l’incendie dont il ne reste qu’une trace toponymique datée de 1012, elle en a connu deux autres documentés à des dates ultérieures, le premier accidentel et le second volontaire ;

■ une sculpture :

■ un conseil : concentrez-vous sur le résultat !

Devinette ( complément )

Pour mémoire, voici l’énoncé de ma dernière devinette :

Il vous faudra trouver le nom d’une commune française qui fut la proie des flammes, selon son étymologie.

Après vous avoir laissé pêcher dans le brouillard, je resserre les mailles du filet :

■ le nom de la commune est en un seul mot, sans déterminant explicatif ;

■ il s’agit bien de flammes s’attaquant à la commune, à ses bâtiments, et non pas d’un feu volontaire de broussailles ou de forêt pour le défrichement ;

■ la fiche wiki de la commune, si elle cite bien quelques formes anciennes du nom mais sans les dater, n’en donne pas la signification ( ce qui devrait vous compliquer la tâche, ah ah ) ;

Voilà, à vous de jouer !

La forêt Charbonnière ( répàladev )

LGF s’est joint à TRA et TRS pour constituer le podium des « solutionneurs » de ma dernière devinette. Bravo à tous les trois !

Il fallait trouver la forêt Charbonnière, une ancienne forêt sur le territoire belge actuel.

C’est Jules César qui nous en parle le premier, dans ses Commentaires sur la guerre des Gaules, mais sans la nommer. Elle faisait d’abord barrière entre la cité des Tongres et la cité des Nerviens, avant que les Romains n’en fassent la frontière entre la province de Gaule Belgique et la province de Germanie inférieure.

C’est dans la loi salique (IVe siècle) que le nom Carbonaria silva de la forêt apparait pour la première fois, quand il est précisé qu’elle marque la limite nord-est des possessions des Francs saliens. Elle servira plus tard à tracer la frontière entre les royaumes des Francs saliens et des Francs rhénans.

Disparue dans sa continuité depuis longtemps, il n’en reste plus aujourd’hui que des vestiges épars : le bois de Heverlee, le bois de LauzelleLouvain-la-Neuve), le bois de MeerdaalOud-Heverlee), la forêt de Soignes, le bois de Raspaille à Grammont, le Vrijbos (en partie préservé à Houthulst), le bois de Buggenhout, le bois de Hal, le bois de la Houssière et la forêt de Neigem.

Son nom provient à l’évidence du latin carbo, -ōnis, « charbon », accompagné du suffixe –aria, « lieu où on trouve » : la forêt était utilisée par ses riverains pour la production de charbon de bois.

François de Belleforest ( 1530 – 1583 ), un écrivain jugé « fécond mais peu exact » dans un dictionnaire critique du XIXè siècle, avait imaginé une étymologie selon le nom Cambron d’un supposé chef des Cimbres, voire selon le nom des Cimbres eux-mêmes qui se sont répandus en Europe en traversant le territoire belge actuel. Ce nom aurait donné un hypothétique Cambronière altéré plus tard en Charbonnière. C’est beau comme l’antique … mais c’est sans fondement.

Les indices :

■ un octogone :

il s’agissait avant tout d’une pièce de deux francs … censée représenter les Francs saliens et les Francs rhénans.

■ un cube :

il ‘agit d’une structure cubique centrée, comme la maille du cristal de fer alpha ( ferrite ) qui est représentée par le mal nommé Atomium de Bruxelles :

censé vous indiquer la piste belge.