Les indices du mardi 01/12/2020

Ma dernière devinette n’ a été résolue une fois de plus que par TRS. Bravo à lui tout seul !

Pour les fainéants qui n’ont pas cliqué sur le lien, je recopie l’énoncé :

Il vous faudra chercher (et éventuellement trouver) le nom composé d’une commune de France métropolitaine dont un élément désignait un genre de magistrat garant de la bonne entente entre les citoyens, tandis que l’autre est tout à fait banal.

Un indice :

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et je propose ces indices :

■ un objet :

indice b 29 11 20

■ une chanson :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Les agents et intermédiaires

La relation entre seigneurs ou grands propriétaires et les travailleurs, comme la gestion des redevances et des conflits, passaient par divers employés, agents ou officiers dont les appellations ont fourni de nombreux noms de lieux — et aussi des noms de famille.

Le bailli

Issu d’un latin bajulus, « porteur, messager », lui-même de l’indo-européen bher, « porter », le nom du bailli est sans doute le plus répandu. Il exerçait des fonctions de régisseur d’un domaine, chargé aussi bien de l’intendance que des questions judiciaires, ce qui pouvait en faire un simple valet ou, au contraire, un très haut fonctionnaire : le roi avait ses baillis. Il est bien difficile de distinguer dans les toponymes ce qui vient soit d’un nom propre soit directement du titre ou de la fonction. L’origine est plus claire quand bailli est accompagné d’un article ou d’un complément ou encore s’il a fourni un dérivé comme baillage ou baillive. On trouve habituellement les formes bailli, souvent agrémenté d’un y, baillif, et, dans le Midi, bayle ou baylet, ainsi que battle en pays catalan. On trouve ainsi de très nombreux Bailly, le Baylet, le Baillage, etc. sur tout le territoire ainsi que la Ferme du Bailli (Alette, P.-de-C.), la Côte au Bailli (Heuilley-le-Grand, H.-M.), un Bois du Bailly (Campeaux, Oise), plusieurs Pré Bailly en Bourgogne ; des Mas du Bayle, Maison du Bayle, Bois du Bayle, etc. ainsi qu’un Canal del Battle (Taurinya, P.-O.), un Pret d’en Battle (Corneilla-de-Conflent, P.-O., avec la préposition honorifique en). Le nom de la commune de Baillif en Guadeloupe est probablement issu d’un nom propre.

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Ici le Baillif … et sinon, ça va, vous, le confinement?

Le sénéchal

À l’origine doyen des serviteurs, le sénéchal (composé gothique de sineigs, cf. le latin senex, « âgé », et de skalks, « serviteur ») était le représentant du seigneur ou du roi. Ce nom est à l’origine de plusieurs noms de lieux comme le Pont Sénéchal (Clohars-Carnoët, Fin., et Sigournais, Vendée), l’Être Sénéchal (Sainte-Marguerite-de-Carrouges, Orne), la Sénéchalière (Bazouges-sur-le-Loir, Sarthe), un Fief Sénéchaud (Villeneuve-la-Comtesse, Ch.-Mar.), etc. et plusieurs la Sénéchale, le Sénéchalais, ainsi que la Sénéchaussée (Villiers-Charlemagne, May. ) et la Sénéchaussière (Vieux-Vy-sur-Couesnon, I.-et-V.). Une forme méridionale aurait donné son nom à la gardoise Sénéchas.

Le prévôt

Placé en général sous l’autorité d’un bailli ou d’un sénéchal, le prévôt (du latin praepositus, « chef, officier », comme le préposé) était chargé de l’administration et de la justice ainsi qu’éventuellement de la perception des impôts. Les noms de lieux sont fort nombreux avec des orthographes variées : Prévot, Prévôt, Prévost ainsi que des dérivés comme le Château de la Prévôté (Haines, P.-de-C.), le Gîte de la Prévauté (Les Essarts, Vendée), la Gagnerie de la Prévotais (Campbon, L.-Atl.), etc. S’y ajoutent de nombreux Pré, Bois, Source, Étangdu Prévôt ou de la Prévôté.

Mise à jour du 01/12/20 : Prévocourt (Meuse) doit bien sûr son nom aux latins praeposius, « prévôt », et cortem, « ferme, domaine ».

Le viguier

Comme vicaire,  viguier vient du latin vicarius, « remplaçant, représentant » : il agissait comme substitut du roi ou des seigneurs. Les noms de lieux et noms propres en Viguier, Viguerie, Vigier et la Vigerie sont très nombreux, les premiers notamment en Aveyron et Tarn, les Vigier et Vigerie en Limousin, Périgord et Charentes. Les formes avec l’article agglutiné comme Lavigerie et Laviguerie sont aussi très présentes, comme à Lavigerie (Cant.). Dans le Sud-Ouest, le nom est devenu Bégué, qu’on retrouve en plusieurs dizaines d’exemplaires.

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Le juge

On compte des dizaines de lieux-dits en Juge, surtout dans le Sud-Ouest, ainsi que des Jugerie, la Jugerie, les Jugeries, etc.  On peut signaler une vingtaine de Bois ou Bosc du Juge, des Mas du Juge, un Prat du Juge (Rennes-le-Château, Aude), etc. La forme (la) Jugie est, elle, très présente en Auvergne.

Le trésorier

Qu’il s’agisse de celui du roi, d’un seigneur ou de propriétés ecclésiastiques, le trésorier a laissé des traces directement sous la forme (le) Trésorier, (la) Trésorière ou (la) Trésorerie et indirectement sous d’autres formes. C’est le cas du Trésor qui parait plus d’une centaine de fois, sans qu’il s’agisse d’un trésor caché, ainsi qu’en des Bois du Trésor, Rond du Trésor (Saint-Bonnet-de-Tronçais, Allier), Source du Trésor (Fayl-Billot, H.-M.), etc. Montrésor (I.-et-L., Mons Thesauri au IXè siècle) doit son nom au trésorier de la cathédrale de Tours. Une autre appellation ancienne du trésorier, conteor (celui qui fait les comptes), a été proposée pour être à l’origine des noms de Moncontour (C.- d’Armor, Vienne), de Montcontour (Vouvray, I.-et-L.), et de quelques (le) Contour, mais une origine selon comtor, contor contour, est sans doute préférable. Conformément au sens de la dérivation en -or (comtor, « du comte »), le comtor était le vassal direct du comte.

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Le gruyer

Le gruyer était un officier chargé de percevoir les droits royaux sur les coupes de bois ; sa charge était appelée gruerie ( d’étymologie liée au francique *grodi, « vert », cf. l’allemand grün) et a fourni une vingtaine de la Gruerie, plusieurs Grueries et certains Gruère ou Gruyère, comme la Ferme de Gruyère (Gruchet-la-Valasse, S.-Mar.), l’Étang de la Gruyère (Navilly, S.-et-L.), Gruère au Vert (en forêt de Chizé, Deux-Sèvres), la Gruerie (en forêt de Signy-le-Petit, Ardennes), etc. Le verdier désignait un autre officier forestier et a pu fournir des noms de lieux mais la distinction d’avec d’anciens vergers est délicate. Néanmoins, des Bois Verdier ou Bois du Verdier, sont sans nul doute liés à cet officier.

… et quelques autres

■ l’intendant pouvait être un simple chargé d’administration ou un grand représentant du roi en province. On trouve une quinzaine de noms de lieux l’Intendant ou l’Intendance, principalement dans le Sud-Ouest.

■ le breton maer, équivalent de l’ancien maire comme officier local ou dominial, est présent dans des An Merdi ( maer-ty, « maison du maire »), Merdi et Menez -Merdi (avec menez, « mont ») au Juch (Fin.) et Merdy an Dour à Plourac’h (C.-d’A.)

■ le syndic, terme d’origine grecque passé par le bas-latin syndicus, attesté principalement dans les Sud-ouest dès le XIIIè siècle, était chargé de défendre en justice une communauté (ce qu’exprime le syn). On trouve ainsi une bonne trentaine de toponymes qui lui sont liés dont le Syndic Vieux et le Syndic Neuf (Mazères, Ariège), les Syndics (Cornebarrieu, H.-Gar.), la Syndiquerie (Laulne, Manche), etc.  Syndicat apparait quant à lui au XIVè siècle dans le sens de groupe présentant un intérêt commune. La commune nommée Le Syndicat (Vosges), est née en 1868 de la fusion de plusieurs paroisses dans une région où l’on connaissait déjà les syndicats forestiers. On trouve plusieurs mentions de Forêts Syndicales en Lorraine, Champagne et aussi en Bourgogne. Il existe les Granges du Syndicat d’Issaux (à Osse-en-Aspe, P.-A.) et Le Syndicat à Saint-Pierre en Martinique.

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■ le sergent, de même étymologie que « servant », qui a pu être un officier chargé de la surveillance des eaux et forêts, a donné, outre des noms propres  parfois devenus toponymes, une dizaine de Bois Sergent ou Bois des Sergents, un Champ Sergent (Sallenard, S.-et-L.), un Bois de la Sergente (Chaumont-la-Ville, H.-M., sans rire), et une quinzaine de (la) Sergenterie ou (la) Sergentière.

■ le ramonet (diminutif de Raymond, du gothique ragin, « conseiller », et mund, « protection »), était un maître-valet, un régisseur de ferme ou un métayer, notamment en Rouergue, dans l’Hérault et le vignoble bordelais, d’où une cinquantaine de noms de lieux en Ramonet comme le Tuc de Ramonet (Ercé, Ariège, et Puillaurens, Aude).

■ le notaire (celui qui écrit des notes) comme son équivalent le tabellion (qui se sert de tablettes) sont des termes des XIIè et XIIIè siècles. Le second est peu répandu en toponymie : on ne trouve que quelques Tabellion, une Tabellionne (Vernouillet, E.-et-L.) et un Étang Tabellion (Élobon,H.-S.). Les noms comme Notaire, les Notaires (le Castéra, H.-G., Avignon, Vauc., etc.) sont plus nombreux et surtout en association comme Mas du Notaire (Fontvieille, B.-du-R.), Pont du Notaire (Granier, Sav., etc.), Métairie du Notaire (Roquebrun, Hér.), Bois Notaire (Saint-Jean-de-Monts, Vendée), etc. On trouve plusieurs dérivés en Noutary, dont quatre en Pyrénées-Atlantiques et le diminutif Noutaret à Théus (H.-Alpes).

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La devinette

Il vous faudra chercher (et éventuellement trouver) le nom composé d’une commune de France métropolitaine dont un élément désignait un genre de magistrat garant de la bonne entente entre les citoyens, tandis que l’autre est tout à fait banal.

Un indice :

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When the Levee Breaks (répàladev)

Jacques C.,  TRA et LGF ont rejoint TRS sur le podium des « solutionneurs » de ma dernière devinette. Bravo à tous !

Il fallait trouver When the Levee Breaks (« Quand la digue se rompt ») une chanson écrite après la crue désastreuse du Mississippi en 1927 par Kansas Joe McCoy et Memphis Minnie en 1929. On aura noté dans le titre anglais la présence du mot levee directement emprunté au français de la Nouvelle-Orléans au début du XVIIIè siècle.

Un peu plus de quarante ans plus tard, le groupe de rock Led Zeppelin a repris ce titre sur son album IV avec notamment un motif de batterie joué par John Bonham autour duquel tourne toute la chanson et qui est devenu « culte » (comme on dit maintenant à propos non seulement de tout mais aussi de n’importe quoi).

NB : en réponse à une question récemment posée par un lecteur de Carpentras, je précise 1° que les textes en langues étrangères sont écrits par convention en italiques, 2° que tous les mots d’un titre d’œuvre en anglais prennent une majuscule initiale contrairement aux titres en français et 3° qu’il m’arrive parfois d’oublier ces conventions, qu’on ne m’en tienne pas rigueur.

PS : on aura remarqué l’abondance des liens soulignés en bleu, parfaitement raccord avec une inondation.

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Les indices

La  phrase qui suivait l’énoncé, « Non, pas d’indice ce soir, c’est déjà l’heure d’aller se coucher », laissait entendre que le lever pourrait en fournir un : du lever à la levée …

■ la bédé :

inice b 24 11 20 un numéro complet du Journal de Spirou (n° 1351 du 05 mars 1964) avait été inondé par Gaston, et dans le bas de presque toutes les pages, Franquin avait imaginé un gag. Il fallait voir dans cet extrait une fine allusion à l’évènement cité dans l’énoncé de la devinette : l’inondation de la vallée du  Mississippi de 1927.

■ le portrait :

indice a 24 11 20  mes lecteurs les plus aguerris dans le maniement de Google Images auront facilement reconnu le maréchal Paul von Hindenburg, à l’origine du pas de l’oie dont s’est inspiré John Bonham pour son rythme de batterie. Mais non, je rigole! On a donné le nom du maréchal à un zeppelin devenu tragiquement célèbre par l’incendie du 6 mai 1937 à Lakehurst, New-Jersey, dont une photo figure sur la pochette du premier album du groupe Led Zeppelin qui avait choisi son nom en raison d’une plaisanterie de Keith Moon, le batteur des Who, qui lui prédisait un destin digne d’un Lead Zeppelin, un « ballon de plomb ». (J’ai relu : cette dernière phrase est correcte.)

Les indices du mardi 24/11/2020

TRS le premier et TRA le second ont déjà trouvé la chanson mystère cachée derrière cet énoncé :

Il vous faudra me donner le titre d’une chanson écrite et interprétée par un couple marié après un évènement survenu sur les bords du Mississippi et reprise par un groupe de rock qui en fit, grâce notamment au jeu d’un de ses membres, un de ses « tubes » qui sera repris à son tour par de nombreux artistes.

Non, pas d’indice ce soir, c’est déjà l’heure d’aller se coucher.

Des indices supplémentaires ? OK. Cadeau !

■ un peu de bédé :

■ et un portrait :

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Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

En descendant le Mississippi

En ces temps confinés, l’envie m’a pris de réécouter ce dimanche après-midi quelques uns de mes vieux disques, sautant d’une plage à l’autre au gré de mon humeur. J’ai ainsi posé sur la platine un vieux Johnny Cash ( qui a dit qu’on s’en serait douté ?) et me suis repassé trois fois Big river pour y être attentif aux paroles. Elles racontent la tristesse d’un homme qui poursuit sa belle qui lui échappe du Minnesota à la Louisiane, tout au long du Mississippi, la big river du titre.

Et pourquoi ne pas faire un billet à propos de ce fleuve ? Ce serait aussi l’occasion de réécouter certaines chansons, c’est toujours ça de gagné !

Après l’aventurier espagnol Hernando de Soto qui en visita le cours inférieur et qui mourut sur ses bords en 1542, il faudra attendre plus d’un siècle pour que les Français Jacques Marquette, un missionnaire jésuite, et Louis Jolliet, un spécialiste en hydrographie, partis du Canada en descendent et en décrivent le cours entier en 1673. Côté nord, ils avaient été précédés par un autre jésuite en mission chez les Sioux de 1665 à 1667, le père Claude Allouez. C’est lui qui mentionne le premier le nom du fleuve sous la graphie Messipi. Côté sud, les Français avaient baptisé fleuve de Colbert son cours inférieur. Ce sont Joliet et Marquette qui confirmèrent que c’était bien le même fleuve qui se jetait dans le golfe du Mexique et que tout son cours pouvait être désigné sous le même nom de Mississippi, qui, dans une langue dakota des Sioux, signifie  « le grand (missi) fleuve (sipi) ». Le géographe, géologue et ethnologue américain Henry Rowe Schoolcraft  découvrit en 1832 un lac que les Ojibwés appelaient  Omashkoozo-zaaga’igan, « le Lac de l’Élan » . Il avait pour habitude de nommer les contrées et les lacs qu’il découvrait en forgeant de toutes pièces leur nom à partir de syllabes ojibwés, latines, grecques voire arabes. Pour ce lac à la source du Mississipi, ce sera donc Itasca, fabriqué à partir du latin veritas caput, « la vraie tête » (du lac), dont la sonorité lui paraissait suffisamment amérindienne. (cf. ce billet).

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Allez! Une pause avec une jolie voix de la country américaine (dans une reprise d’un titre du groupe hollandais Pussycat ) :

 

Du nord au sud, le Mississippi traverse ou longe :

■ le Minnesota : ce nom est lui aussi d’origine siouanne et signifie « l’eau (minne) couleur du ciel (sota) ». Ce même mot minne, accompagné du grec polis, « ville », a donné son nom à Minneapolis, fondée en 1839 près de pittoresques chutes du Mississippi.

■ le Wisconsin : Jolliet et Marquette mentionnent en 1674 le Miskonsing comme affluent du Mississippi. L’écriture Ouisconsin, et donc la prononciation actuelle, serait due à René-Robert Cavelier de la Salle qui aurait mal recopié le M majuscule en écriture cursive utilisé par Jolliet sur une carte, le prenant pour Ou. Il n’est pas douteux que le nom soit d’origine algonquine mais les hypothèses sont très nombreuses quant à sa signification exacte. La plus couramment admise aujourd’hui fait appel à la langue ojibwe où on reconnaitrait « rouge (misko) pierre (ashin) endroit (sin) » : le Wisconsin serait la « rivière des pierres rouges » ( source en anglais).

■ l’Iowa : du nom d’une tribu amérindienne qui y était établie, dont le nom était noté Ayavois ou Ayauois par le jésuite français François-Xavier de Charlevoix en 1744 qui reprenait le nom Ayuhwa que les Sioux donnaient à leurs voisins et dont on dit qu’il signifiait « les endormis ». Ces Amérindiens s’appelaient eux-mêmes Báxoje ou Bah-Koh-Je, « (couleur de) neige grise ».

■ l’llinois : du nom de la tribu des Miami-Illinois qui occupaient le pays au temps de l’exploration par les Français. Ils s’appelaient eux-mêmes irenwe·wa, « ceux qui parlent la bonne langue », nom qui a été repris en ojibwe, peut-être par les Ottawas, sous la forme illinwe  et transcrit Illinois en français, avec oi  prononcé oué (tandis que les anglophones prononcent aujourd’hui oïs). Ce nom est un des rares vestiges de cette tribu, exterminée par les Ottawas vers 1769.

■ le Missouri : du nom d’une tribu que les Illinois appelaient Wimihsoorita, « ceux qui ont des canots », relevé par Jolliet et Marquette, tandis qu’ils s’appelaient eux-mêmes les Niúachi  ou Niutachi, « ceux de la rivière ».

■ le Kentucky : la région ayant été parcourue par une série de tribus amérindiennes qui s’y sont combattues, on hésite à donner l’avantage à un de leurs parlers pour proposer une explication à son nom. L’hypothèse la plus consensuelle est celle d’un nom iroquois, kentakhe, signifiant tout simplement « prairie ». L’hypothèse de la langue shawnee, où le nom signifierait « terre de nos ancêtres », ressemble plus à une étymologie populaire.

Une pause ? Allez! Avec Doc Watson interprétant une chanson de Bill Haley (mais j’aurais pu choisir Arlo Guthrie)

■ le Tennessee : ce nom, probablement emprunté à la langue des Cherokees, a d’abord été donné à une ville construite entre 1770 et 1880, puis a été étendu à un comté en 1788 et est finalement devenu en 1796 celui du 16è État de l’Union. C’est l’explorateur espagnol Juan Pardo qui parle le premier en 1567 d’un village que les Amérindiens appellent Tanasqui. Au XVIIIè siècle, des négociants anglais mentionnent sur une carte en 1725 le village cherokee Tanasi , sans qu’on soit sûr qu’il s’agisse du même. Le nom moderne, Tennessee, apparait pour la première sous la plume du gouverneur de la Caroline du Sud en 1750. De nombreuses significations en ont été proposées (« lieu de rencontre », « rivière venteuse », etc. ) mais il est sans doute préférable de se ranger à l’avis de l’ethnographe James Mooney qui dit que ce nom ne peut être analysé et que son sens s’est perdu.

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 De Memphis (Tennessee) au nord à Vicksburg (Mississippi) au sud, bordé à l’ouest par le Mississipi et par la Yazoo River à l’est, s’étend une région qu’on appelle le Delta ( à ne pas cofondre avec l’embouchure du fleuve dans le golfe du Mexique). Elle est le berceau du Delta Blues dont on attribue la paternité à Charley Patton

 

■ l’Arkansas : ce nom désignait à l’origine, en algonquin, une tribu rencontrée par Jolliet et Marquette qui l’ont transcrit Akamsea en 1673. Plus tard, on trouvera Alkansas (La Harpe, 1720), Arcansas (Dumont, 1753) et enfin Arkansas (Le Page du Pratz, 1757). Dans ces dernières formes, le -s est la marque du pluriel et ne se prononce pas. Néanmoins, il l’a été par les anglophones quand ils ont adopté l’appellation Arkansas pour désigner le nouvel État en 1836 avant de décréter finalement comme seule authentique en 1881 la prononciation à la française sans faire entendre le -s final. La tribu en question, celle des Quapaws, était appelée Akansa par les Algonquins, d’un préfixe a- signalant un ethnonyme et de káze, « ceux du vent du sud ». C’est de cette même racine qu’est issu le nom du peuple Kansa, qui a donné son nom au Kansas, avec le -s  anglais qui se fait entendre.

■ la Louisiane : c’est René-Robert Cavelier de la Salle qui, descendant le Mississippi en 1681-82, prit possession, au nom du roi Louis XIV, d’un vaste territoire arrosé par le fleuve et le dénomma, par un acte du 22 août 1681, la Louisiane. En 1762, une partie, cédée à l’Espagne, devint la Louisiana. À peine revenue à la France, elle fut vendue en 1803 par Napoléon à la nouvelle république des États-Unis et garda en anglais le nom de Louisiana, qui ne désigne plus aujourd’hui qu’une petite partie de la Louisiane du XVIIè siècle.

Et, puisque nous sommes arrivés en Louisiane, je rappelle quatre billets écrits il y a deux lustres quand ses côtes furent repeintes au pétrole ( et d’un, featuring Hank Williams Sr, de deux, de trois et de quatre).

Une autre pause ? d’accord ! Avec cet extrait de Show boat que vous attendiez tous, sans doute, et qui nous rappelle que le fleuve a plusieurs surnoms populaires : Old Man River, the Father of Waters, Muddy River, Old Blue, etc.

mais on peut aussi écouter la version des Temptations.

Et la playlist  n’est pas terminée ! Elle continue, dans le désordre le plus complet, avec le Mississipi Delta de Bobbie Gentry (face B de l’Ode à Billie Joe reprise par Joe Dassin), la Creole Belle de Mississippi John Hurt, le Funky Mississippi de Rufus Thomas, les Chers beaux yeux de la Louisiane de Moïse Robin et bien d’autres que je vous laisse chercher et, pourquoi pas?, nous faire découvrir.

Que les amateurs ne m’en veuillent pas : je n’ai oublié ni la musique cajun ni le zydeco ! Mais ces musiques-là mériteraient un billet à elles seules  …

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Au risque d’en décevoir certains, ma devinette ne sera pas toponymique aujourd’hui (rien trouvé d’original en si peu de temps à me mettre sous la dent) mais musicale.

Il vous faudra me donner le titre d’une chanson écrite et interprétée par un couple marié après un évènement survenu sur les bords du Mississippi et reprise par un groupe de rock qui en fit, grâce notamment au jeu d’un de ses membres, un de ses « tubes » qui sera repris à son tour par de nombreux artistes.

Non, pas d’indice ce soir, c’est déjà l’heure d’aller se coucher.

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Le Val (répàladev)

Un Intrus, qui le fait savoir par son commentaire au précédent billet, et LGF, juste à temps par courriel, rejoignent TRA dans la découverte de la solution de ma dernière devinette. Ah oui! Et TRS aussi. Félicitations à tous!

Il fallait trouver Le Val, une commune du Var, qu’on appelait déjà del Val vers 1200, de l’occitan val, « vallée », ici au masculin, contrairement au latin vallis, qui a plus souvent donné des toponymes en La Val ou Laval. Le Trésor du Félibrige de Frédéric Mistral donne vau, bau ou bal indifféremment féminin ou masculin et le Petit dictionnaire provençal-français d’Emil Levy (1909) signale aussi ce masculin pour val.

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Le premier blason de la commune, attesté dans l’Armorial général de France (1696), était d’azur au valet de menuisier d’argent.

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On comprend que le valet était ici employé par homophonie avec « vallée », pendant féminin du « val », ce qui faisait « parler » ce blason.

Le conseil municipal du 16 août 1947 décida d’adopter un nouveau blason d’azur aux deux montagnes cousues de sable mouvant des flancs, formant un val planté d’un cep de même feuillé et fruité d’or accolé à un échalas d’argent, surmonté d’un croissant du même.

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On y reconnait l’élément topographique qui a donné son nom au bourg, le val, ainsi que le cep de vigne, dont les fruits sont vinifiés à la cave coopérative des Vignerons de Correns. Pourquoi abandonner le valet de menuisier ? Trop peu connu ou trop roturier ?

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NB : les dessins des blasons sont issus du site Vexillologie provençale de Dominique Cureau.

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Les indices

■ un étal de saucisses :

indice b 15 11 20 Une célèbre foire à la saucisse se tient au Val depuis 1628, avec quelques intermittences. Je vous laisse en découvrir l’origine en suivant ce lien.

 

■ un établi de menuisier :

indice a 17 11 20  Il fallait surtout accorder son attention au valet posé sur l’établi.

 

L’indice du mardi 17/11/2020

   podium seul       

 

  Et un podium pour lui tout seul, un!

TRA est le seul à m’avoir donné la bonne réponse à ma dernière devinette. Félicitations !

Une fois n’est pas coutume, je redonne cette même devinette en tournant son énoncé d’une façon différente.

Il s’agit de trouver une commune de France métropolitaine qui a connu deux blasons successifs :

Le premier, qui montrait un outil servant au travail du bois dont le nom est homophone de celui du bourg au féminin, était donc « parlant ».

Le second, né après la Seconde Guerre mondiale, qui montre l’élément topographique qui donne son nom masculin au bourg, accompagné d’une plante qu’on y cultive, est purement descriptif.

J’accompagnais le premier énoncé de l’indice suivant :

indice b 15 11 20

Je précise que le nom à trouver est en deux mots dont un article et je rajoute ce deuxième indice :

indice a 17 11 20

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Blasons parlants (suite)

Une fois de plus en manque d’inspiration, je poursuis mon exploration des blasons parlants avec quatre nouveaux exemples … et une devinette, bien sûr.

 

Claviers (Var)

D’azur aux deux clefs affrontées d’or, pendant en chevron d’un annelet d’argent en chef : le blason de cette commune varoise « parle » mieux  par le latin claves (singulier clavis) que par le français, sans oublier qu’un des premiers sens de clavier est bien celui de « chaisne, ou cercle d’acier, ou d’argent servant à tenir des clefs ensemble » (Acad., 1694).

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Les formes anciennes de Clavero (XIè siècle) et Claviers (dès 1179) montrent une étymologie selon l’ancien occitan clavièr, au sens de « clôture, enclos », qui pouvait être devenu un anthroponyme.

 

La Cadière-d’Azur (Var)

Le blason moderne de cette autre commune varoise est d’azur au tabouret d’or ; au chef cousu de gueules chargé d’un sautoir d’or selon Louis de Bresc (Armotial des communes de Provence, 2002) :

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tandis que D’Hozier (Armorial général de France, 1696) donnait d’azur à la chaire de prédicateur d’or ; au chef cousu de gueules chargé d’un flanchis d’or :

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Quoi qu’il en soit, ces armes ne sont parlantes qu’à travers l’occitan en référence aux formes anciennes du toponyme. Le nom le plus ancien connu date de 993 sous la forme Cathedra et est suivie de Cadera en 1047. E. Nègre (TGF*) voit dans ces noms l’occitan *cap d’ièra, « aire à battre le blé », restitué d’après capsòl, « aire à battre » (sòl ayant tendance à remplacer ièra) avec attraction de cadièra, « chaire » (du latin cathedra). J.Astor (DNFLM*) propose un dérivé de l’occitan cadenèda, « lieu riche en genévriers » (du latin catanus) avec, là aussi, attraction de cadièra.

La substitution d’un tabouret à une chaire de prédicateur reste, pour moi, mystérieuse, sauf à y voir la volonté de préserver une laïcité sans faille…

 

Éguilles (Bouches-du-Rhône)

Commune des Bouches-du-Rhône, Éguilles est blasonnée d’azur à trois aiguilles d’argent rangées en fasce, les deux des flancs le chas en chef, celle du milieu le chas en pointe, chacune surmontée d’une étoile du même.

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Ce sont évidemment les trois aiguilles qui sont parlantes. Les formes anciennes sont : Aculia (1004), Agulia (1056), de castro Agullie (1092) et de Aguilla (1200). E. Nègre (TGF*) y voit un dérivé du nom d’homme latin Aquilius avec le suffixe féminin -a (sous-entendu villa ou terra) tandis que J.Astor (DNFLM*) préfère y voir un dérivé du latin aculeus, « piquant, mordant », ce qui ferait des aiguilles des armes parlantes étymologiques.

 

Gonesse (Val-d’Oise)

De gueules à la tour couverte en dôme d’argent, ouverte, ajourée et maçonnée de sable, accostée à dextre d’une gerbe de blé d’or et à senestre d’un gond enlacé de la lettre capitale S du même ; au chef cousu d’azur semé de fleurs de lis d’or : c’est ainsi qu’est décrit le blason de cette ville du Val-d’Oise.

GONESSE-95

Ces armes sont parlantes par le rébus gond + S (esse). La gerbe de blé et la tour, qui symbolise sans doute un four à pain, évoquent le fameux pain de Gonesse.

Les formes anciennes Gaunissa (862)  puis granchia de Gonessa (1198) s’expliquent par le latin gallinacea (villa), « (ferme) aux poules » (TGF*), granche désignant en ancien français la carcasse du poulet.

 

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Les dessins de blasons sont issus du site l’Armorial des villes et villages de France, avec l’aimable autorisation de leur auteur, Daniel Juric.

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La devinette

Je vous propose de chercher et d’éventuellement trouver le nom d’une commune de France métropolitaine. Comme La Cadière-d’Azur vue plus haut, cette commune possède un blason moderne différent du blason primitif.

Le blason d’aujourd’hui, purement descriptif, montre l’élément topographique qui a donné le nom masculin du bourg accompagné d’un végétal qu’on y cultive.

Le blason primitif était, lui, « parlant » : on n’y voyait qu’un outil de travailleur du bois dont le nom est homophone de celui du bourg au féminin.

Un indice ? Bon.

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Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

 

Tuffalun (répàladev)

Ma dernière devinette concernait les noms de communes liés à ceux de roches. Elle a été résolue par TRS, LGF et TRA. Bravo à tous les trois!

Il fallait trouver Tuffalun, une commune de Maine-et-Loire, dans l’arrondissement de Saumur.

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L’attestation la plus ancienne que nous ayons du nom de cette commune, déjà sous la forme Tuffalun, date du 17 décembre 2015, jour de la publication de l’arrêté préfectoral qui en officialise la création par le regroupement d’Ambillou-Château, Louerre et Noyant-la-Plaine.

Pour tout savoir sur l’origine de ce nom, nous lisons le premier bulletin municipal annuel, daté de 2016, qui nous apprend que « Fabien Graveleau, maître de conférences en géologie animera une soirée sur l’histoire de nos sous-sols : Tuffeau et Falun. Ses propos expliqueront pourquoi nos villages, nos champs, notre forêt se sont implantés ainsi et que tout naturellement la Commune Nouvelle s’est fait baptiser TUFFALUN ». On passera sur l’inflation des majuscules pour retenir que Tuffalun est un mot valise composé des noms du tuffeau et du falun : il s’agit donc d’un « toponyme fabriqué » (cf. la Pakis-tan-zanie, le Pays du soleil couchant, Wauzhushk Onigum, Flin Flon, et quelques autres).

Ambillou-Château : Ambiloo en 1077, du nom d’homme latin Ambilius et suffixe gaulois -avum.

Louerre : Landrum villa (à lire Laudrum?) en 848 puis Loerra, Loirra en 1050 et Loria en 1076-77. Du gaulois lautro-, « bain, bassin, canal, auge ». Louerre est à la source même de l’Aubance.

Noyant-la-Plaine : Novientus en 644, du gaulois novios, « nouveau », et suffixe gaulois -entum.

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Les indices

■ le monument aux morts :

indice 2 08 11 20 comme beaucoup d’autres, le monument aux morts de La Fère-en-Tardenois (Aisne) a été sculpté par Alfred Benon, né en 1887 à Saumur et mort en 1965 à Limeil-Brévannes. « Sous le pseudonyme de Pierre des Tuffeaux, il se fera également critique d’art pour le quotidien La Nouvelle République

 

■ le petit oiseau :

topelement.jpgce troglodyte rappelait qu’à Louerre, « les hameaux d’Avort, du Vau, de la Haute et Basse Coudre, de la Chaslerie, de la Trésorerie et de la Dronière ponctuent la campagne où de nombreux sites troglodytiques sont à découvrir ».

De manière plus générale, ces sites troglodytiques pouvaient au moins renvoyer vers l’Anjou, le Saumurois.

 

L’indice du mardi 10/11/2020

TRS occupe seul le podium des découvreurs de la solution de ma dernière devinette. Félicitations!

J’ajoute, sur un strapontin, LGF qui émet des doutes en me donnant pourtant la bonne réponse .

L’énoncé en était le suivant :

Il vous faudra trouver une commune de France métropolitaine dont le nom en un seul mot est fait de ceux de deux roches différentes.

Je précise qu’il s’agit bien de deux noms de roches et pas d’une simple homophonie.

Un  indice   :

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Il faut croire que cette seule indication a suffi à TRS pour faire le taf.

Pour les autres, en voici une nouvelle :

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Réponse attendue chez leveto@sfr.fr