Le jonc, à l’appel !

Juncus_effusus-021_image1200  

On a vu dans le billet consacré à l’osier qu’une des variantes latines de son nom, vimen, était issue de la racine indo-européenne *wei, « nouer, tresser », rappelant les liens ou les tressages faits à partir des rameaux flexibles. Cette idée de lien souple existe aussi dans le nom du jonc, du latin juncus, formé à partir d’une autre racine indo-européenne *yeug dont sont venus entre autres « joindre », jungere en latin et le joug.

 

Du jonc et des jonchaies sont issus de nombreux toponymes :

■ de manière simple dans le nom de Jons (Rhône) ;

■ avec le suffixe -aria La Jonchère (Vendée), La Jonchère-Saint-Maurice (H.-Vienne), Jonchères (Drôme) et de nombreux hameaux et lieux-dits du même type dans une bande allant de l’Ain à la Vendée et à la Sarthe ; Jonquières (Aude, Hérault, Oise, Tarn, Vaucluse), Jonquières-et-Saint-Vincent (Gard) et Saint-Pierre-des-Jonquières (S.-Mar.) ;

■ avec –aria et diminutif —ittum : l’ancienne Jonquerets-sur-Livet (aujourd’hui dans Mesnil-en-Ouche, Eure) et Saint-Lubin-des-Joncherets (E.-et-L.) ; au féminin Jonquerettes (Vauc.) ;

■ avec –aria et diminutif -eolum : Joncreuil (Aube) ;

■ avec –arium et –acum : Jonchery (H.-Marne), Jonchery-sur-Suippes (Marne), Jonchery-sur-Vesle (Marne) et Jonquery (Marne) ;

■ de juncus et suffixe -ellum : Joncels (Hér.) ;

■ de juncus et suffixe collectif –etum : Saint-Pierre-du-Jonquet (Calv.) ;

■ de juncus et double suffixe -ar-etum : Gincrey (Meuse, Junchereium vers 1040-1050) et Joncherey (terr. de Belfort).

Joncels

Les noms de hameaux et de lieux-dits sont très semblables aux précédents et répartis sur tout le territoire et, bien entendu, plus abondants en terres humides ou aux bords des rivières. En ce qui concerne les cours d’eau, on trouve un affluent de l’Aude à Lézignan-Corbières  (Aude) nommé La Jourre (alha Jorrá) dont le nom provient de l’occitan jòrra ( jorro chez Mistral ), qui désigne une sorte de jonc des terres humides, et une rivière de la Dombes, dans l’Ain, nommée le Vieux Jonc qui sert de déterminant à Saint-André-sur-Vieux-Jonc.

Le jonc est aussi représenté dans des toponymes en langues régionales :

■ avec le suffixe -al suivi de l’augmentatif péjoratif gascon -as, qui pouvait donner le sens de « terrain marécageux » : Juncalas (H.-Pyr.) ;

■ le breton utilise broenn et sa variante vannetaise bren donnant des micro-toponymes comme  Poul Brennec (avec poul, « mare », à Gurunhuel, C.-d’A.), Lann-Vrenneg (avec lann, « lande », à Crac’h, Morb.), Broennen etc. La jonchaie, broennid, est visible dans le nom d’ar Vrenid soit Le Vrennit, un quartier de Saint-Pol-de-Léon (Fin.) ;

■ le basque parle d’ihi, le plus souvent avec le suffixe des végétaux -(i)tz pour la jonchaie. C’est probablement ce nom qu’on trouve, en Pyrénées-Atlantiques, dans l’ancienne commune Utziat (aujourd’hui dans Larceveau-Arros-Cibit), notée Içcuat en 1350, à comprendre ihi-tzu-ate : « lieu où les joncs abondent », dans Cette-Eygun et Igon, avec ihi-gun, « où il y a des joncs ». Dans le même département, les cours d’eau Iharté (à Briscous), Ihixart (à Menditte), Ihitiko (à Ordiarp), Ihitzaga (à Barcus), etc.  doivent eux aussi leurs noms à la présence de joncs.

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La Rirette, sans faucille (ni marteau)

(qu’on me pardonne ce trait d’humour)

N’oublions pas les faux amis qui peuvent être nombreux, comme toujours avec les noms monosyllabiques. On a vu dans un précédent billet le célèbre mont Gerbier-de-Jonc sur lequel je ne reviens pas. Des noms de personne peuvent prêter à confusion comme les latins Juncius à Joncy (S.-et-L.), Jucundius à Jongieux (Sav.), Juventius à Jonzieux (Loire), etc. ou le germanique Juni à Joncourt (Aisne) et Jonval (Ardennes), etc.

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La devinette

Il vous faudra trouver le nom d’une commune de France métropolitaine composé d’un terme à valeur hydronymique associé à un terme lié au jonc.

C’est un émigré, venu combattre et chasser des envahisseurs, qui est à l’origine de cette localité, après qu’il eut reçu l’autorisation, pour services rendus, de défricher une terre inculte et de s’y installer avec ses compagnons. Ils y bâtirent une église vouée à une vierge  martyre, sainte patronne d’une grande ville de leur pays d’origine. Plus tard, une fois la famille des seigneurs châtelains éteinte, c’est l’archevêque qui récupéra la seigneurie jusqu’à la Révolution.

La sainte en question a aussi donné son nom à une autre commune française, quasi frontalière du pays d’où venait le fondateur de la commune à trouver et à cent quarante kilomètres de celle-ci.

Cette commune est située à une trentaine de kilomètres de la capitale d’une ancienne grande province.

Je ne suis pas très inspiré pour un indice, à moins de vous proposer celui-ci, qui pourrait servir aussi bien pour la commune elle-même que pour sa région :

indice f 07 03 21

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Bougarber (répàladev)

Jacques C. puis TRA ont rejoint LGF sur le podium des « solutionneurs » de ma dernière devinette. Bravo à tous les trois !

Il fallait trouver Bougarber, un village béarnais à quinze kilomètres au nord-ouest de Pau.

Bougarber-local

La forme la plus ancienne de son nom que nous connaissons date de 1385 sous la forme Borc-Garber ; viennent ensuite Borc Garbe (XIVè siècle), Montgerbiel (chez Froissart, 1337-1410), Borgarber (1402), Mongarber (1538), Bourgarber (1625) et enfin Bougarber sur la carte de Cassini :

Bougarber Cassini

carte de Cassini (feuillet 107, Orthez – 1771)

On reconnait aisément dans les premiers noms l’occitan borc, « bourg » (du bas latin burgus emprunté au germanique) associé au gascon garbè, « gerbier » (on prononce bougarbé)  : il s’agissait d’un village producteur de blé. Froissart, sans doute influencé par le mont Gerbier ardéchois, a retranscrit ce nom Montgerbiel.

Jacques Astor (DNFNLMF*) propose d’expliquer la perte du -r- faisant passer de Bourgarber à Bougarber par l’attraction de l’occitan bons garbiers, « bons gerbiers », désignant un lieu où les gerbiers sont grands et riches en grains, que l’on retrouve par exemple dans le patronyme Bousgarbiès.

lescar 

Bougaber se trouve à 9 km de Lescar qui fut, sous le nom Beneharnum, la capitale du peuple gaulois des Venarnis qui ont donné son nom au Béarn. Après sa destruction par les Vikings en 841 (les « gens du Nord » cités dans l’énoncé), elle a retrouvé son nom originel noté Lascurris en 980. Ce nom est d’origine pré-celtique, d’une racine *lasc– ou *lesc-, « tranche », à rapprocher de l’occitan lesco de même sens, de l’espagnol lasca, « pierre plate » ou encore du français « lauze  ». Le suffixe –urris peut être prélatin ou le basque uri, « eau ».

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Les indices

■ le tableau :

indice b 28 02 21

 

intitulé Le Moulin aux gerbes, ce tableau d’Eugène Chigot (1860-1927) permettait d’orienter ses recherches vers les gerbes.

 

 

 

■ la sculpture :

indice c 28 02 21 

ce bovin en céramique rouge qui ne constituait qu’un « demi indice » devait être doublé pour orienter vers les deux vaches rouges du Béarn.

 

 

■ la gravure :

indice f 02 03 21  

 

les quatre Mousquetaires étaient là pour confirmer le Béarn.

 

 

 

■ le fromage :

indice g 02 03 2021 

 

cette tomme des Pyrénées a été baptisée Phébus, en hommage à Gaston III de Foix-Béarn, dit Gaston Phébus, sous le règne duquel furent construites des bastides, dont Bougarber.

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Les indices du mardi 02/03/2021

podium seul   LGF est le seul à avoir trouvé la bonne réponse à ma dernière devinette. Bravo à lui !

Je vous rappelle l’énoncé :

Je vous propose de partir à la recherche d’une commune de France métropolitaine dont le nom aurait pu figurer dans une des trois premières parties de ce billet (voyez comme je suis sympa : le houblon est éliminé !).

Les terres agricoles étaient réputées si bonnes que certains voient dans une partie de ce nom un adjectif laudatif, là où d’autres ne voient qu’un mot désignant un type d’habitat.

La commune se situe à 9 km de l’ancienne capitale d’un peuple gaulois qui lui a donné son nom ainsi qu’à toute la région ; après sa destruction quasi totale par des gens venus du Nord, l’ancienne capitale a repris son nom de très ancienne origine, tandis que la région gardait le sien.

Un indice — pour la commune :

indice b 28 02 21

Un demi indice  — pour la région :

indice c 28 02 21

et je rajoute cet indice :

indice f 02 03 21

et celui-ci :

indice g 02 03 2021

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Céréales et autres plantes cultivées (suite et fin)

Après le millet, après l’avoine et l’orge, après le blé, le chanvre et le lin, après le céleri et d’autres raves, après la moutarde, le fenouil et d’autres, je m’attaque pour finir à quelques céréales et plantes cultivées de moindre importance mais qui ont quand même laissé des traces toponymiques.

Fromental et ségala

On opposait jadis la bonne terre à blé, ce qu’on appelait un fromental, au terroir réputé pauvre, plutôt laissé au seigle, et pour cela nommé ségala. Certes liée à la nature des sols, la distinction n’est pourtant pas toujours si simple : tous les ségalas ne sont pas sur le granit, ni même en terrain siliceux, il s’en trouve sur les causses.

Fromental se retrouve dans le nom de Fromental (Vienne) et de Bessais-le-Fromental (Cher, avec Bessais du nom d’homme latin Beccius et suffixe –acum), ainsi que dans celui de plusieurs lieux-dits en diverses régions, avec une forte fréquence en Périgord et Auvergne. On rencontre des Fromentières, Fromentaux, etc. qui sont bien liés à la culture du blé, tandis que les lieux nommés simplement Froment (et les diminutifs Fromentin, Fromenty, …) sont sans doute issus de noms de famille, celui de marchands de blé ou de muletiers en assurant le transport. Notons aussi de rares dérivés avec métathèse (la même qui a fait du formage le fromage) comme Forment ou Fourment.  Signalons enfin un Fromentas à Aignan (Gers), formé avec le suffixe augmentatif –às.

bessais le fromental

 

Le terme ségalar (avec la dérivation en -ar issue du neutre latin -are) désignait la terre de culture du seigle et plus généralement, on l’a vu, une terre pauvre. C’est ainsi qu’on trouve de nombreux Ségalar et Segala,  un pla Segala à Mantet (P.-O.), un campu Segala à Vezzani (H.-Corse) ou encore le plateau pierreux de Segela en Lozère, (territorium dels Seguelars au XIVè siècle) près de Gatuzières (de l’occitan gatuça, « euphorbe, épurge, Euphorbia lathyris », et suffixe -ièra ). Ce même nom a été parfois donné à des lieux escarpés où la culture de toute céréale parait improbable, comme au cap de Seguela en Ariège, ce qui a donné lieu à une interprétation par le pré-indo-européen sek, « montagne », même si un glissement de sens de « terre pauvre » vers « terre aride, inculte, lieu rocheux » semble possible. La région du Ségala s’étend, en Aveyron, de Rodez à Réquista et de Saint-Beauzély à Rieupeyroux, délimitant une vaste zone de terre à seigle. Comme pour le froment, on trouve des dérivés du type Ségalière, Ségalas, etc. La forme simple apparait dans quelques noms comme le Pain de Seigle à Ligny-en-Barrois (Meuse), le Champ du Seigle à Gonsans (Doubs), le Moulin de Seigle à Plouray (Mor.), etc. et dans des dérivés comme la Seiglerie à Machecoul-Saint-Même (L.-A.) ou la Seiglière à Balnot-la-Grange (Aube). Des Kerségalen, Kerségalou, Kerségalec se dispersent en Bretagne. Notons enfin, pour rester en Bretagne, la commune de Saint-Segal (Finistère) qui ne doit rien au seigle mais qui devrait son nom, Seint Sengar vers 1330, à un saint irlandais.

Escourgeon et baillarge

L’escourgeon, autre nom de l’orge d’hiver, apparait dans le nom des Escourgeonnières à Pouan-les-Vallées (Aube), des Escourgeas à Barges (H.-Loire.), Escourjades à Gallargues-le-Montueux (Gard), Escourjadisses à Lherm (H.-G.).

Le baillarge (ou baillorge, l’orge qui bâille), autre nom de l’orge de printemps, apparait dans quelques noms, notamment en Poitou où le mot s’est implanté plus durablement, comme  la Baillargère à Moulidars (Char.) et à Bressuire (D.-Sèvres), la Baillargerie à Saint-Romain (Char.) et à Azay-sur-Thouet (D.-Sèvres), etc. ou dans le Midi comme Baillargas à Jugazan (Gir.) ou Baillargué à Eauze (Gers), etc. Une confusion est toutefois possible avec des noms comme Baillargues (Hér.) issus du nom d’homme latin Ballius et suffixe –anicum.

Javelle, éteule et gerbe

La javelle, brassée d’épis de céréales moissonnés et laissés au sol, a donné quelques noms de lieux comme la Javelière (trois exemples en Vendée), le château de la Javelière à Montbarrois (Loiret), etc. On connait aussi bien sûr Javel, un ancien village de Paris qui a donné à son tour son nom, anciennement eau de Javelle, à un détersif grâce à la fabrique installée par Berthollet en 1777. Le nom est de la même famille que gabelle, qui a désigné un tas de sel récolté, puis l’impôt sur le sel. Ils sont tous deux issus d’un indo-européen ghab (donnant le gaulois gabali, le latin gabella) au sens de « ce que l’on a ramassé, saisi ».

montbarrois-javellière

L’éteule (du latin stipula devenu stupula en bas latin donnant l’ancien français estuble), ce qui reste des tiges de céréales après la moisson, se retrouve dans le provençal estoubloun  qui a donné Estoublon (Alpes-de-H.-P., Stuplonem au VIè siècle). La pratique du rensemencement du champ en chaume est à l’origine du verbe occitan restoblar, « sursemer, semer un chaume », d’où sont dérivées les formes restoubla, restolha, restola et leurs variantes masculines restolh, restol et restot qui ont fini par désigner le chaume sans aucune acception de rensemencement. On trouve aussi des formes avec ouverture de e en a : rastol, rastolh, rastolha. De tous ces appellatifs sont issus des toponymes comme Restouble à St-Roman-de-Codière (Gard) et Rastouille à Labécède-Lauragais (Aude).

Les Tintiaux forment un ensemble de petits rochers dans la Manche en Île-et-Villaine qui était appelé Les Quincats en 1764, du gallo quintiaou ou tintiaou, « tas de cinq gerbes dans les champs », par analogie. Puisqu’on parle de gerbes, il convient de ne pas oublier le célèbre mont Gerbier-de-Jonc à Saint-Martial (Ardèche) qui, comme chacun sait, ne doit rien au jonc. Le nom de la montagne est attesté Gerbers en 1179, dans lequel on reconnait l’ancien occitan garbier, « meule, tas de gerbes » qui, par analogie, signifie aussi « montagne conique ». En 1320 apparait le déterminant de Junquo (Gerberium de Junquo dans un manuscrit connu par une copie du XVIIIè siècle) qui connaîtra des fortunes diverses : de Jong en 1618 devenu de Jonc en 1777 chez Cassini, mais aussi une latinisation en Jugum en 1618 d’où le Joug en 1644, Jou en 1651 et Gerbier de Joux (dans le Grand dictionnaire historique de Louis Moréri) en 1674. Pour un grand nombre de toponymistes, ce jugum aurait le sens de « crête, faîte » et s’expliquerait par le fait que le Gerbier se trouve sur une ligne de faîte entre les bassins de la Loire et du Rhône. Pour P.-H. Billy (DNLF*) ce déterminant ne désigne pas la crête sur laquelle est assise la montagne, mais plutôt l’ensemble formé par un col (Col de Joux) et les deux sommets qui l’entourent à 7 km à l’Est, à vol d’oiseau : cet ensemble présente la forme d’un joug, en dialecte dzou (du latin jugum, « joug »). Les formes anciennes et l’actuelle sont des réinterprétations par attraction paronymique du dialectal dzoun, « jonc ». On a cru devoir interpréter le nom Gerbier comme issu d’une racine pré-celtique ger-, variante de gar-, attachée à l’idée de « pierre, roche », mais cela ne semble pas ici nécessaire, comme on l’a vu. On trouve par ailleurs Le Gerbier à Jausiers (Alpes-de-H.-P.), l’Arête du Gerbier à Villard-de-Lans (Isère), le Pech Gerbier à Limogne-en-Quercy et à Promilhanes (Lot), etc. qui, pour certains d’entre eux, au vu de leur topographie, pourraient bien être d’anciens ger- ayant subi l’attraction de gerbier. Enfin, quelques Gerbier(s) ou Gerbière(s) situés en plaine doivent sans doute leur nom aux gerbes de céréales.

Le houblon

Le houblon n’est certes pas une céréale, mais il me fallait bien le caser quelque part. On ne s’étonnera pas de trouver des toponymes formés sur le latin médiéval humulo, « houblon », dans les départements du Nord comme Hombleux (Somme) et Homblières (Aisne) ou encore La Houblonnière (Calv.). Le germanique hopf, « houblon »,  est à l’origine du nom des lieux-dits Hopfetgraben à Blotzeihm (H.-Rhin, avec graben, « creux, fossé ») et Hoepfelthal à Walscheild (Mos., avec thal, « vallée »).

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

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La devinette

Je vous propose de partir à la recherche d’une commune de France métropolitaine dont le nom aurait pu figurer dans une des trois premières parties de ce billet (voyez comme je suis sympa : le houblon est éliminé !).

Les terres agricoles étaient réputées si bonnes que certains voient dans une partie de ce nom un adjectif laudatif, là où d’autres ne voient qu’un mot désignant un type d’habitat.

La commune se situe à 9 km de l’ancienne capitale d’un peuple gaulois qui lui a donné son nom ainsi qu’à toute la région ; après sa destruction quasi totale par des gens venus du Nord, l’ancienne capitale a repris son nom de très ancienne origine, tandis que la région gardait le sien.

Un indice — pour la commune :

indice b 28 02 21

Un demi indice  — pour la région :

indice c 28 02 21

 

 

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Hannapes, Hannappes et Hannaches (répàladev)

Il fallait trouver Hannapes (Aisne), Hannappes (Ardennes) et Hannaches (Oise).

Screenshot_2021-02-24 Google Maps

 

Hannapes (Aisne) est mentionné comme villa Hanapio en 845, territorium Hanapie en 1138, Henapia en 1156, et enfin Hennapes et territorio de Hanapes en 1210.

Hannappes (Ardennes) apparait comme Hanape en 1113, Hanapia en 1206 et de Hannapis en 1312. 

Hannaches (Oise) est noté comme de Hanacas vers 1093, ecclesia Hannachiensis en 1115, Hanachiis en 1147 et Hanachie en 1261.

hannappes aisne

Hannapes (Aisne) s’est aussi écrit avec deux p

On reconnait dans ces trois noms le francique hanap, « chanvre » (cf. l’allemand moderne hanf), avec une évolution phonétique différente de la finale. C’est l’hypothèse formulée par Dauzat & Rostaing (DENLF*), approuvée et reprise par J. Chaurand et M. Lebègue (NLP*) et É. Vial (NVV*).

E. Nègre (TGF*) préfère voir dans ces noms un dérivé d’un germanique hanaf, « marais », accompagné d’un hydronyme pré-celtique *apia. N’étant pas germanophone, il m’est difficile de me prononcer sur ce hanaf donné pour « marais », que les dictionnaires en ligne ne semblent pas connaitre dans ce sens.  En revanche, le Wörterbuchnetz  indique que hanaf  est une forme ancienne pour hanf, « chanvre » (et on voit que hanap y est cité comme une variante). C’est ce qu’écrit d’ailleurs Alain Rey, dans le Dictionnaire historique de la langue française, à l’article « chanvre » : « le terme germanique (ancien haut allemand hanaf ) est probablement pris au latin [cannabis] ». J. Chaurand et M. Lebègue (NLP*) ne rejettent pas totalement l’hypothèse de l’hydronyme pré-celtique * apia, mais alors pour faire de *hanap-apia une rivière où rouir le chanvre.

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Les indices

Le « marin d’origine grecque byzantine, qui se livra à des activités de corsaire pour des rois de France, acquit le château de Hannaches et y installa la sépulture familiale » était Georges Paléologue de Bissipat, qui fut corsaire au service des rois de France Charles VII, Louis XI et Charles VIII après la prise de Constantinople par les Turcs en 1453.

Le « prêtre dominicain natif de Hannappes est mort en mer en tentant d’échapper à la fin d’un royaume chrétien du Levant » était Nicolas de Hanapes, prêtre dominicain né vers 1225, dernier patriarche latin de Jérusalem, mort en mer au large de Saint-Jean-d’Acre, le

■ l’illustration :

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 Il s’agissait d’un détail de retable, Le miracle des poulets rôtis ( 1470, musée d’Unterlinden de Colmar), qui sert d’illustration à l’article intitulé Le boire et le voir : hanaps et gobelets, objets détournés ?  paru dans la Revue d’Alsace. On y voit des … hanaps.

 

 

 

■ la case de bédé :

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 … ben, oui : il y est aussi question d’hanap.

 

 

 

■ le tableau :

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Nature morte aux huîtres, papillons, fruits et hanap d’Elias van den Broeck (1649-1708).

 

 

Bon, j’ai un peu honte de ce trio d’indices par homophonie partielle avec les noms à trouver, mais je n’ai pas trouvé mieux ! (sinon, j’avais aussi l’hanap à carreaux, l’hanap phréatique et d’autres, sans même parler de l’hanap au Léon).

Et encore, ne vous plaignez pas!, puisque vous avez échappé à « Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap ! ».

 

Ah!Ben non, vous n’y avez pas échappé …

 

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   Pour être complet, et faire plaisir à TRS qui y faisait allusion dans un de ses commentaires, je rappelle que, parmi les nombreux types de bâtiments de transport de 1350 tonnes ayant assuré le ravitaillement de Mururoa en 1964-1966, figurait le Hanap (ex Stjordels Fjord) en tant que citerne à vin (voir ici) — à ne pas confondre avec la citerne à eau de 600 tonnes des chantiers navals de Nantes en 1944 (voir ici). Vous avez bien lu : deux fois plus de vin que d’eau, oui ! Et vous savez ce qu’elle vous dit, la Marine française ?

Les indices du mardi 23/02/2021

TRA le premier, suivi de TRS, Brosseur et LGF ont déjà résolu ma dernière devinette. Bravo à la bande des quatre !

Pour les autres, j’en recopie l’énoncé :

Je vous propose aujourd’hui de découvrir trois noms de communes de France métropolitaine liés au chanvre.

Trois noms, que je désignerai par T1, T2 et T3, qui sont très proches (et c’est bien parce qu’ils forment une sorte de lot que je ne pouvais pas en donner un ou deux dans le billet et vous en faire découvrir un ou deux autres, c’eut été trop facile !) :

  • ils commencent par les cinq mêmes lettres — liées au chanvre, donc ;
  • T2 ne diffère de T1 que par le doublement de l’antépénultième lettre, une consonne ;
  • T3 voit cette consonne remplacée par un couple de deux autres consonnes différentes.

Les trois communes sont situées dans trois départements différents et séparées par les  distances suivantes (par la route) :  T1 – 58 km – T2 -240 km – T3 – 182 km – T1.

Un marin d’origine grecque byzantine, qui se livra à des activités de corsaire pour des rois de France, acquit le château de T3 et y installa la sépulture familiale.

Un prêtre dominicain natif de T2 est mort en mer en tentant d’échapper à la fin d’un royaume chrétien du Levant.

Du côté de T1 ? Rien.

Un indice ? À ma façon, alors !

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et je rajoute, faute de mieux, ces indices qui, avec le précédent, font une triplette

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Réponses attendues chez leveto@sfr.fr

Le chanvre

Je vous propose aujourd’hui un petit billet — il ne faut pas abuser des bonnes choses — consacré au chanvre.

Domestiqué par l’Homme depuis le néolithique en Asie, le chanvre s’est ensuite rapidement répandu et a été cultivé et utilisé pour ses fibres (textile, huile, papier, cordages …) sur tous les  continents.

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Le latin cannabis vient directement du grec κάνναβις, kánnabis, mais avant cela, l’histoire est plutôt obscure. Elizabeth Wayland Barber, archéologue et linguiste spécialisée dans les textiles, a proposé que le mot soit issu d’une racine pré-indo-européenne, *kan(n)aB-, et que les Grecs prirent leur terme des Scythiens ou des Thraces. Une étymologie sémitique a été également proposée. (wiki)

Quoi qu’il en soit, le latin populaire canapus, forme altérée du latin classique cannabis, est à l’origine de notre chanvre, de l’occitan caneba, cambe ou cambre et d’autres formes locales.

Les noms de communes

La forme du toponyme la plus répandue est chènevière, « champ de chanvre » (latin *cannabi-aria). C’est elle qui est à l’origine des noms de Chènevières (M.-et-M.), de Chennevières (aujourd’hui dans Chanteraine, Meuse), Chennevières-lès-Louvres (Val-d’Oise) et Chennevières-sur-Marne (Val-de-Marne) ainsi que de Canavaggia (Haute-Corse). Le nom de Chenevrey-et-Morogne (H.-Saône) semble être le franc-comtois chenevrai, « chènevière ». Nous avons croisé le nom d’Echenevex (Ain, Eschenevay en 1390) dans ce billet. Le diminutif en –ella de cannabis a donné son nom à Chenevelles (Vienne).

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Chennevières-lès-Louvres

Le même latin cannabis a aussi fourni la forme charve (attestée en Saintonge), à l’origine de Cherves (Vienne, vicaria Kanabinsis en 936 puis Charva en 1161), Cherves-Châtelars et Cherves-Richemont (Char.). Le diminutif se retrouve dans le nom de Chervettes (aujourd’hui dans La Devise, Ch.-Mar.) et le pluriel dans celui de Cherveix-Cubas (Dord.).

La forme de langue d’oïl chambe, chanve, chanvre a donné Chamvres (Yonne) tandis que son équivalent normand a donné La Cambe et Cambes-en-Plaine (Calv.). Le nom de Champoux (Doubs), noté Champvo en 1392, pourrait être issu de l’oïl chenevot, chanvrotte, au sens de chènevière.

La forme équivalente de langue d’oc cambe se retrouve dans les noms de Cambes (Gir., Lot et Lot-et-G.) et sans doute dans celui de Camboulazet (Av.) qui serait un diminutif  de cambolàs (cf. plus bas les micro-toponymes correspondants).

Les noms de lieux-dits

Les lieux-dits portant un nom lié au chanvre sont innombrables, témoignages de la culture omniprésente de cette plante. Je vous en livre quelques exemples, sans prétendre être exhaustif.

Les formes les plus courantes sont, comme pour les noms de communes, du type cannabi-aria : Chenevière(s), Chennevière(s), etc. et leurs équivalents en pays de langue d’oc Canabière(s), Cannebière(s), etc. On trouve aussi des formes légèrement différentes comme Chenevier ou Chenebiers en Dauphiné.

La célèbre avenue marseillaise, La Canebière, rappelle les chènevières qui occupaient les marais bordant, au Moyen Âge, le fond du Vieux Port ; le chanvre y était filé sur place et alimentait les corderies installées en ce même lieu. Un ruisseau de l’Hérault, à Mireval, s’appelle La Canabière.

canebière

Une autre forme collective a fourni des noms comme Chenevée à Belleau (M.-et-M.) ou Chenevois à Assay (I.-et-L.). Le collectif occitan *canabòl a donné Canabols à La Loubière (Aveyron) tandis que la forme cambe, dérivée en cambol et cambolàs (qui désigne aussi une toile métisse de laine et de chanvre) a donné lieu à une série de toponymes comme Camboula et Camboularet à Pont-de-Salars (Aveyron), Camboulan à Ambeyrac (id.), etc. La forme occitane plus rare candi (issue de la dissimilation mb- en –nd) se retrouve dans Les Candinières à Castries (Hér.).

La forme occitane carbe (produit de l’évolution de can(e)be en carbe) est à l’origine de la Carbière à Verlhac-Trescou (T.-et-G.) ainsi que de Charbet à Hauteluce (Sav.) avec le collectif -et (du neutre latin –etum).

Une particularité franco-provençale se voit dans Chenevet à Cordelle (Loire), formé du nom du chanvre chevèn, issu par métathèse de cannabis et du suffixe collectif -etum ; le diminutif avec -ellos se retrouve dans Chenevoux à Bussières (id.)

Dérivé du latin vulgaire canaputium, lui même de canapus, « chanvre », la forme chenevuis a donné « chènevis » qu’on retrouve  dans quelques micro-toponymes, dont une Pile Chènevis à Yvrandes (Orne). 

Si on trouve une Chenevières  à Neufchelles (Oise), la variante dialectale picarde Quennevières existe à Moulin-sous-Touvent (id.).

Le breton kanab a laissé sa trace dans des noms comme Kanabeg, « chènevière », avec des francisations abusives en Canapé ou Canapet, ou Pour-ar-C’hanap ( « la mare au chanvre », sans doute le bassin à rouir), Kerganaben (« le hameau du chanvre »), etc. Dans le sud de la Basse-Bretagne, le mot kouarc’h se substitue parfois à kanab pour donner des noms comme Kergouarc’h (« le hameau du chanvre »), Botcouarc’h (« la touffe » ou « la demeure du chanvre »), etc.

 

Le dessin du blason est issu du site l’Armorial des villes et villages de France, avec l’aimable autorisation de son auteur, Daniel Juric.

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Les devinettes

Je vous propose aujourd’hui de découvrir trois noms de communes de France métropolitaine liés au chanvre.

Trois noms, que je désignerai par T1, T2 et T3, qui sont très proches (et c’est bien parce qu’ils forment une sorte de lot que je ne pouvais pas en donner un ou deux dans le billet et vous en faire découvrir un ou deux autres, c’eut été trop facile !) :

  • ils commencent par les cinq mêmes lettres — liées au chanvre, donc ;
  • T2 ne diffère de T1 que par le doublement de l’antépénultième lettre, une consonne ;
  • T3 voit cette consonne remplacée par un couple de deux autres consonnes différentes.

Les trois communes sont situées dans trois départements différents et séparées par les  distances suivantes (par la route) :  T1 – 58 km – T2 -240 km – T3 – 182 km – T1.

Un marin d’origine grecque byzantine, qui se livra à des activités de corsaire pour des rois de France, acquit le château de T3 et y installa la sépulture familiale.

Un prêtre dominicain natif de T2 est mort en mer en tentant d’échapper à la fin d’un royaume chrétien du Levant.

Du côté de T1 ? Rien.

Un indice ? À ma façon, alors !

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Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Thiembronne (répàladev)

LGF a rejoint TRS dans la résolution de ma dernière devinette. Bravo! Un commentaire de TRA me fait comprendre qu’il a au moins trouvé le département…

Il fallait trouver Thiembronne, un village pas-de-calaisien, dans l’arrondissement de Saint-Omer …

local Thiembronne-

… là haut, dans le Nord

Les formes anciennes (Tembroina en 1079, Tenbrona en 1121, Tienbrona en 1128, Timbronne au XIIè siècle et Tinborne en 1178) montrent que le nom est issu des flamands teen, tenen, « osier », et bron, « source ». L’aire du flamand recouvre en France la région de Dunkerque – Hazebrouck (Nord) avec, au Moyen Âge une extension jusqu’à Saint-Omer (P.-de-C.).

Les indices

■ La source mentionnée dans le nom  est celle d’un affluent gauche de l’Aa couramment appelé le Thiembronne (cf. ici )mais qui semble aussi porter le nom de Vilaine (cf. le réseau hydrographique de l’Aa). Quand à sa source, les avis divergent là-aussi : pour les uns sur la commune de Thiembronne, pour les autres sur la voisine Campagne-lès-Boulonnais. Pour y voir plus clair, j’ai consulté la carte de Cassini :

Capture d’écran villaine Cassini

puis la carte d’état major sur laquelle le cours supérieur de la rivière semble faire la frontière entre les deux communes :

Capture d’écran vilaine Etat Major

comme sur la carte IGN :

Capture d’écran vilaine IGN

Bref, à vous de juger !

J’ai pensé vous proposer une photo de la rivière, mais quand j’ai vu ce qu’ils en font, je préfère ne pas.

■ Les deux guerriers (soldats ou bidasses) de la région dont on a chanté le repos (la permission) sont Bidasse et son ami, « tous deux natifs d’Arras, chef-lieu du Pas-de-Calais », comme chacun sait.

■ La gravure :

indice a 14 02 21 

il s’agissait d’une représentation de S. Petrus ad vincula, c’est-à-dire de « saint-Pierre aux (ou ès) liens », quand il fut emprisonné en 43 sous Hérode Agrippa. L’église de Thiembronne lui est dédiée mais n’apparait pas dans les listes que wikipedia consacre à ces édifices (aux-liens ou ès-liens), sinon je me serais bien gardé de donner l’indice, pas folle, la guêpe!

 

 

 

 

■ la Sonnerie aux morts :

la lecture de la page wiki qui est consacrée à cette sonnerie nous apprend que « le général Gouraud prit l’initiative de faire composer par le chef de la musique de la Garde républicaine, le commandant Pierre Dupont, une sonnerie appropriée ». Ledit Pierre Dupont est né à Saint-Omer le 3 mai 1888.

■ et, enfin, quand je précisais que TRS m’avouait avoir puisé sa réponse à la meilleure source, je faisais allusion au billet déjà ancien paru sur un site remarquable. Le Picard est malin.

Les indices du mardi 16/02/2021

Seul TRS, qui m’avoue avoir puisé à la meilleure source, a trouvé la bonne réponse à ma dernière devinette. Bravo à lui !

L’énoncé ? Le voici :

Le défi du jour consistera à trouver le nom d’une commune de France métropolitaine lié à l’osier et à la source d’une rivière à laquelle elle donne son nom.

On a chanté le repos de deux guerriers de la région où se situe cette localité.

■ une gravure comme indice :

indice a 14 02 21

Les indices

■ ah oui ! une précision : le toponyme à découvrir est issu de deux mots d’un dialecte régional ;

■ le nom d’un des deux guerriers dont on a chanté le repos désigne ses semblables par antonomase ;

■ en pensant à une naissance dans le coin, j’ose vous faire écouter une sonnerie aux morts :

Et ça devrait suffire !

réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Un brin d’osier

Planche de botanique de Carl Lindman

Je poursuis mon exploration des végétaux dans la toponymie avec  les noms liés à l’osier. On regroupe sous ce nom plusieurs arbres ou arbustes du genre Salix (saule) que l’on distingue par la couleur (blanc, brun, cendré, jaune ou pourpre) ou l’utilisation qu’on en fait (osier des vanniers).  L’osier n’étant rien d’autre qu’un saule, il est fort probable que des toponymes issus du latin sălix aient un rapport avec l’osier plutôt qu’avec le saule, mais la distinction est difficile voire impossible à faire. Il semble toutefois qu’on réservait jadis le nom de saule à l’arbre et celui d’osier à l’arbuste. Les dérivés de « saule » ayant été vus dans ce billet, je restreindrai celui-ci aux noms liés à l’osier lui-même.

Plusieurs mots d’origine différente ont été employés pour désigner l’osier, que ce soit l’arbre lui-même ou le rameau flexible, chacun ayant donné des toponymes.

Osier

La confusion qui a pu exister entre l’aune et le saule, tous deux croissant au bord de l’eau, est à l’origine du nom de ce dernier. On rencontre en effet au XIè siècle  l’ancien français féminin osiere, dérivé du latin auseria, « bosquet, groupe d’arbres », attesté au VIIIè siècle, un collectif lui-même issu d’un  *alisaria formé sur le francique alisa, « aulne ».

On retrouve ce mot dans les noms d’Ozières (H.-Marne ) et d’Ozerailles (M.-et-M., avec le suffixe collectif –aille) ainsi que dans de très nombreux micro-toponymes du type Osier, Osière, Oseraie, Oseraille, Ozier, Ozière, Ozeraille, etc. ainsi que quelques Losier ou Losière, tous répartis sur l’ensemble du territoire.

Vim et bim

Issue  de indo-européen *wei, « nouer, tresser », la forme ancienne vim ou bim est à l’origine du latin vimen, « bois flexible, en particulier l’osier », d’où l’adjectif viminalis, « propre à faire des liens », qui a servi à nommer une des sept collines de Rome, le Viminal (Viminalis collis, la colline de l’osier), et à former le nom scientifique Salix viminalis de l’osier des vanniers.

On retrouve cette racine dans le nom de Vimines (Savoie, du pluriel vimena) et de Vimenet (Aveyron, avec le collectif –etum). On rencontre aussi des  micro-toponymes de type Vimière, Vimenière, etc. ou encore Bimes, Bimerie, Bimenède, Le Bimiet (à Sorde, Landes), etc.

-Vimines

Certains auteurs (Roger Brunet dans TT*, B. et J.-J. Fenié dans DPPF*) font de ce vimen l’origine du nom du Vimeu, petit pays picard de la Somme traversé par la Visme dont l’ancien nom Vimina rappellerait les bois flexibles, les osiers, issus des saules la bordant. P.-H. Billy (NDLF*) y voit quant à lui un hydronyme indo-européen *svem, « se mouvoir », après amuïssement du s initial en gaulois, muni du suffixe -ina. C’est cette même racine qui serait à l’origine du nom de Wismes (P.-de-C.), noté Vima en 1136, où la légende raconte que saint Maxime y aurait fait jaillir une source d’un coup de bâton.

Vordz, vorge, vorze

L’occitan vordz, « osier », sans doute d’origine gauloise (une origine selon le latin vortex, « tourbillon »,  d’où le lien servant à entourer, à lier, a aussi été proposée), est à l’origine des noms de Vors (aujourd’hui fusionnée dans Baraqueville, Aveyron — villa Vordz en 1075), et de Bor-et-Bar (Aveyron, Vorts en 1258, avec Bar du pré-celtique bar, « sommet, hauteur »). Le plus souvent en pays de langue d’oc, ce nom a pu évoluer pour donner des micro-toponymes  du type Vorge et Vorze (en Lyonnais et Velay), Vourge (à Ambléon, Ain), Vourze, Vorchère (à Aigleblanche, Sav.), Vorziers (cinq en Haute-Savoie), Vorzillière (à Rivas, Loire), le Vourdiat (à Saint-Jodard, Loire), etc.

… et quelques autres

Quelques autres mots, pour la plupart d’utilisation régionale voire locale, ont désigné l’osier ou l’oseraie.

■ l’occitan vergant ou vercant, « brin d’osier, scion d’osier », a donné son nom à Lavercantière (Lot), avec l’agglutination de l’article, et à des micro-toponymes comme les Vercantières, la Vercantine ou encore la Vercantelle ; d’une origine similaire, l’occitan bergo  a donné Bergasse à Saurat (Ariège) et à Lurbe-Saint-Christau (P.-A.), avec le suffixe augmentatif collectif -asse, désignant un lieu humide riche en osier, une oseraie naturelle ;

■ le franco-provençal avan, « osier », d’origine gauloise, a servi à nommer Les Avanchers-Valmorel (Sav.) ainsi que des micro-toponyme du type Avancher(s), Avanchère(s) ou encore Aux Avants à Jarrier (Sav.) ;

les avanchers

Merci papa, merci maman ?

■ l’occitan amarin, « osier », ou amarino, « osier jaune, scion d’osier, amarine » (du latin amarus, « amer », à cause de l’amertume de l’écorce du saule) a donné son nom aux Amarinettes, un affluent gauche de l’Hérault à Valleraugue (Gard), à L’Amarnier à Saint-Laurent-du-Cros (H.-Alpes), aux Hautes et Basses Amarines à La Croix-sur-Roudoule (A.-M.) ; avec passage du m au b, on trouve Les Abarines à Saint-Jean-du-Gard (Gard)  et à Rochecolombe (Ardèche) et quelques autres ;

■ le latin vincio, « lier, attacher », a donné en Pays-Basque et Gascogne, avec passage du v au b, divers toponymes comme Benquet (Landes), Benque (H.-Gar.), Benqué (H.-P.) et des micro-toponymes semblables (Michel Morvan, NLPBG*). L’hypothèse de Dauzat & Rostaing qui faisaient de ces noms des dérivés d’un pré-latin *benc, « roche escarpée», ne tient pas au vu de la topographie du Benquet landais ou du Benque haut-garonnais.

Ça se discute

Certains toponymes peuvent donner lieu à différentes interprétations :

■ le gascon bergougnà, « sol propre à l’osier, oseraie », aurait donné Barcugnan (Gers) selon E. Nègre (TGF*) mais l’hypothèse du nom d’homme latin Barcunius accompagné du suffixe –anum n’est pas exclue (D&R, DENLF*) ;

■ les noms de Vinzelles (P.-de-D., de Vinzella en 919), Vindelle (Char., Vincellae en 1020 et Vindella en 1491) comme des micro-toponymes du type La Vinzelle à Grand-Vabre (Av., castri de la Vinzola en 1267) seraient issus de l’occitan vindèlo ou vinzelo, « branche longue, mince, flexible », pour désigner quelque oseraie selon E. Nègre (TGF*). Dauzat & Rostaing (DENLF*) suivis par J. Astor (DNFLMF*) et G. Taverdet (NLB*) préfèrent y voir un héritage du bas latin vinicella, diminutif en -icella de vinea, « vigne ». Les choses se compliquent quand on constate que Vincelles (Jura, Marne, S.-et-L., Yonne), Vincelottes (Yonne, avec diminutif en –ote)  et Vinzelles (S.-et-L., Vinzellam en 979) sont donnés par E. Nègre comme des dérivés de vini cella, « cave à vin », tandis que les autres persistent dans l’hypothèse de « la petite vigne ». E. Nègre n’explique pas pourquoi il donne une étymologie différente pour les Vinzelles du Puy-de-Dôme et de Saône-et-Loire : ces noms ne sont pas classés au même paragraphe de son ouvrage, voilà tout. La commune de Saône-et-Loire (« cave à vin ») est rangée dans les Formations latines ou romanes, chapitre V, Agriculture (tome I, 5637) tandis que la commune du Puy-de-Dôme (« oseraie ») l’est dans les Formations dialectales, chapitre V, Plantes sauvages (tome II, 23627). C’est une des incohérences qui montrent  que la Toponymie Générale de la France a souvent été rédigée plus dans un souci d’exhaustivité (ah! ces 35 000 étymologies tant vantées par l’auteur…) que de rigueur scientifique. À la décharge de l’abbé, la discussion reste pourtant ouverte quand on regarde de près et qu’on constate que certains de ces lieux ne sont pas propices à la culture de la vigne, même jadis : Vinzelles (P.-de-D.) est au bord de l’Allier, la Vinzelle de Grand Vabre (Av.) est au fond de l’abrupte vallée du Lot, Vincelles (S.-et-L.), dans la vallée humide de la Seille et Vincelles (Jura), au bord de la Sonnette, tous lieux où on s’attend à rencontrer plus de saules que de vignes, et donc où un rapport avec l’osier peut être privilégié ;

■ pour (presque) tout savoir plus sur les noms du saule et de l’osier ainsi que sur leurs dérivés en onomastique, on peut consulter cette page (mais la Flore populaire  d’Eugène Rolland, publiée en 1896-1914, contient quelques erreurs et des omissions).

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

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La devinette

Le défi du jour consistera à trouver le nom d’une commune de France métropolitaine lié à l’osier et à la source d’une rivière à laquelle elle donne son nom.

On a chanté le repos de deux guerriers de la région où se situe cette localité.

■ une gravure comme indice :

indice a 14 02 21

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr