Taupe et darbon

Les auteurs médiévaux férus d’histoire naturelle classaient la taupe parmi les vers (vermes), larves, insectes et petits rongeurs : c’était un animal peu apprécié, considéré comme un ennemi des cultures. On raconte ainsi, dans le Forez, que les fées  s´étant révoltées contre Dieu, furent changées en taupes et condamnées à ne jamais voir le jour. Les pattes de la taupe ressemblent à de petites mains, ce qui, selon le peuple, prouve bien la vérité de cette métamorphose (Louis-Pierre Gras, Dictionnaire du patois forézien, 1863)

On reconnaissait toutefois à la taupe quelques vertus. Elle faisait déjà partie de l’arsenal thérapeutique de Pline et, au Moyen Âge, on l’utilisait pour soigner l’épilepsie, les problèmes cutanés et les ulcères et, donc, la lèpre (oui, voilà pourquoi on parle de la taupe aujourd’hui !). Selon une tradition populaire, un collier de dents de taupe porté autour du cou aurait la capacité de protéger contre les maux de dents des enfants. Plusieurs légendes européennes vantent son caractère bénéfique pour la santé, accompagnant les hommes de bienfaits, de bonheur, d’amour et de richesse (Maurice Fleurent, « Les taupes, les hommes et les dieux », dans L’homme et l’animal. Premier colloque d’ethnozoologie. Institut International d’Ethnosciences, 1975).

Talpa cent balles

Étymologie

Le latin vulgaire talpa, attesté chez Varron (116 av. J.-C. – 27 av. J.-C.), est à l’origine du français « taupe ». Talpa était du genre masculin (cf. le catalan talp et l’espagnol topo) et est devenu féminin sous l’influence des mots en –a. Étymologiquement, ce mot serait d’origine prélatine, peut-être issu de la racine *tala, « terre ». Phonétiquement, talpa a évolué dans deux directions : les consonnes sourdes t et p ont été conservées pour donner le français « taupe », tandis qu’elles ont été modifiées en consonnes sonores d et b pour donner d’abord le latin vulgaire darpus puis le bas-latin darbo, darbonis d’où est issu l’occitan darbòn – qui a gardé le genre masculin.

Étant donné que les toponymes issus de darbon ne se rencontrent que dans un grand Sud-Est (Franche-Comté, Alpes, Provence et est du Massif Central) et que ce terme ne se retrouve dans aucune langue celtique, certains auteurs (NLEF*) lui attribuent une origine ligure.

Taupe 50

Tauoponymie

La présence de la taupe dans la toponymie n’est jamais tout à fait certaine, puisque la plupart des dérivés de taupe ou darbon se retrouvent également dans des noms de famille bien attestés qui ont pu, à leur tour, devenir toponymes. Le sens de ces patronymes (Taupin, Taupeau … Darbon, Darboux …) est difficile à déterminer. Il n’est en effet pas sûr que le Moyen Âge ait été sensible à la mauvaise vue de l’animal, au point d’en faire un sobriquet pour un individu à la vue basse : l’expression « myope comme une taupe », par exemple, n’est attestée que depuis 1579. Peut-être est-il préférable d’y voir un surnom pour un homme petit et aux proportions disharmonieuses, comme pour l’occitan taupet moderne ou pour un individu à la peau foncée voire noire (negro coumo un darboun écrit F. Mistral) ou bien encore pour celui qui fait des menées souterraines. Par ailleurs, certains dérivés lexicaux de taupe ou darbon  renvoient aussi fréquemment à l’idée de « petite élévation de terre formée par la taupe » d’où le sens secondaire de « monticule de terre » que l’on peut donner à certains de ces toponymes. C’est par exemple ce sens que donne le Littré à taupinée ou taulpinière, en ajoutant que Rabelais y voyait une « petite maison de campagne basse et sans apparence ».

Il ne sera pas question ici de passer en revue tous les toponymes dérivés de taupe ou darbon, mais d’en découvrir les formes principales et quelques cas particuliers intéressants.

Taupe

Seul, l’animal se rencontre dans quelques lieux-dits du type La ou Les Taupe(s) dans la Sarthe (p. ex. à Vibraye, La Grande Taulpe en 1557), du Cher (p.ex. à Nérondes) et de la Côte-d’Or (p. ex. à Pommard ou Chambolle-Musigny), région où il peut y avoir confusion avec toppe, « lieu en friche». On en trouve également en Haute-Loire (p.ex. à Sainte-Florine), dans la Nièvre (p.ex. à Mhère), le Morbihan (p.ex. à Ploërmel) etc. On signalera la Mine de la Taupe, une ancienne houillère de Vézézoux dont on apprend par le Dictionnaire topographique de la Haute-Loire (A. Chassaing, 1907) qu’elle a été « découverte en 1774 par les souterrains d’une taupe ».

Les toponymes du type La ou Les Taupière(s), au nombre d’une cinquantaine principalement en Bourgogne-Franche-Comté (C.-d’Or, S.-et-L. …)  sont probablement en lien avec les taupes : Les Taupières à Cuzy ou Issy-l’Évêque (S.-et-L.), La Taupière à Mesnay (Jura) etc. sont sans doute des terrains creusés par les taupes ou des lieux où étaient installés des pièges à taupes, un des sens donnés à « taupière ». On leur ajoutera une vingtaine de La ou Les Tauperi(e)s en Normandie et Pays-de-la-Loire.

Les toponymes du type Taupinière, Taupinerie ou encore Taupelière sont vraisemblablement issus de noms de famille Taupin et Taupel, bien attestés dans les régions concernées : la Taupinière à Bourges (Cher, La Tupinière en 1463), la Taupinière à Congé-sur-Orne (Sarthe, la Toupinière en 1874), Les Taupinières (Carquefou, L.-A.), la Taupinerie (Héric, L.-A.), la Taupelière à Secondigny (D.-S., Taupeleria au XIIè siècle) etc.

On mentionnera quelques autres noms plus rares comme Talpas à Bourg-de-Visa (T.et-G.), La Talpière à Saint-Pierre-de-Curtine (Sav.), Las Talpos à Limoux (Aude) etc.

Darbon

On ne sera pas étonné que, s’agissant d’un mot de deux syllabes, l’occitan darbòn ait de nombreuses variantes. F. Mistral (TDF*) signale ainsi darboun et darbou, derboun et derbou, mais aussi des formes avec métathèse comme draboun ou dreboun. Les dérivés sont tout aussi nombreux comme les collectifs darbounièro et derbounièro, darboussièro, darboussilho etc. Là aussi, les patronymes sont nombreux : Darbon, Darbou, Darboux, Darbous etc. et peuvent être à l’origine de toponymes. Il conviendra toutefois de se méfier pour Darbon qui peut également être une agglutination pour d’Arbon, nom qui a pu être donné à un individu originaire de la commune d’Arbon en Haute-Garonne. Même remarque pour Darbonne qui peut désigner un individu originaire d’Arbonne (S.-et-M.).

Le nom de Darbonnay, commune du Jura, a été interprété par Dauzat & Rostaing comme un « lieu infesté par les taupes ». Mais les formes anciennes données par Alphonse Rousset  (Dictionnaire géographique, historique et statistique de la Franche-Comté, Besançon, 1853), Arboniacum, Arbonia et Arbon, hélas ni datées ni sourcées, si elles sont sincères, orientent plutôt vers un nom de domaine gallo-romain formé avec le nom d’homme Arbonius ou Albinius et suffixe –acum ou bien sur un dérivé de la racine -*alb rappelant la blancheur du terrain argilo-calcaire (G. Taverdet, Noms de lieux du Jura, Association bourguignonne de dialectologie et d’onomastique, Dijon, 1984). Le même doute existe pour le lieu-dit Darbonnay à Ambronay (Ain) dont la forme Darbonay de 1424 ne permet pas de trancher entre le sens de taupinière, monticule de terre ou le nom d’homme. On rapprochera de ces noms les dérivés collectifs Darbonnet (Thénésol, Sav., Arcens, Ardc. etc.) ou Darbonet (Leyssard, Ain) sans oublier qu’il peut aussi s’agir d’un nom d’homme Darbonnet, plusieurs fois attesté dans les cartulaires médiévaux.

En micro-toponymie, on rencontre des formes simples comme Darbon (Cazères, H.-G., Le Breuil, Allier etc.), Darbou (Pechbonnieu, H.-G. etc.), Darboux (Laborel, Dr. etc.) ainsi que la forme avec métathèse les Drabons (Villard-sur-Doron, Sav.), mais aussi Derbou (Taulignan, Vauc. etc.), les Derbons (Luz-la-Croix-Haute, Dr. etc.), Derboux (Mondragon, Vauc.) etc.

On trouve également des noms collectifs comme Darbonnières à Saint-Just-Chaleyssin (Is.), la Darbonnière à Saint-André-d’Huiriat (Ain), Darboussille à Fontvieille (B.-du-R., cf. darboussilho donné par Mistral), Darbousset à Bourg-Saint-Andéol (Ardc.) etc. Avec d’autres suffixes apparaissent d’autres noms collectifs comme les Darbounoux à Raucoules (H.-L.),  Darbounouse à la Chapelle-en-Vercors (Dr. –Darbonnosa au XVème siècle), Derbounouse à Bouvante (Dr.) les Darboussèdes à Toulon (Var), des augmentatifs comme Darboussas à Tharaux (Gard) ou encore des diminutifs comme Darbounelles à Saint-Siffret (Gard).

Mention particulière pour les noms comme la Darboussière à La Seyne-sur-Mer (Var) ou les Darboussières à Lagorce (Ardc.) qui peuvent faire référence, plutôt qu’à la taupe elle-même, à la plante nommée en occitan darbossièra, soit la  stramoine (Datura stramonium), censée éloigner les taupes (GTD* et TP*).

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

La devinette

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine lié à un des mots du jour.

La commune porte un nom signifiant que certains animaux s’y rassemblaient en grand nombre. Ce nom est complété depuis peu par celui de la région.

Les différentes hypothèses expliquant le nom du bureau centralisateur du canton, une ville fleurie qui s’en remet totalement à Dieu, ont fait l’objet d’un billet sur ce blog.

Le canton ?

L’arrondissement ?

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

 

 

La Malautio à Monteils (T.-et-G.) et La Malautio Basse à Prunières (Loz.) : les répauxdev

LGF et Un Intrus sont restés les seuls à avoir résolu ma dernière devinette. Bravo à tous les deux !

Il fallait trouver La Malautio à Monteils, du canton de Quercy-Rouergue (bureau centralisateur Septfonds) dans l’arrondissement de Montauban dans le  Tarn-et-Garonne et La Malautio Basse à Prunières, dans le canton de Saint-Chély-d’Apcher de l’arrondissement de Mende en Lozère.

Monteils et Prunières :

 

La toponymie

La Malautio : il s’agit d’un nom formé directement sur le nom occitan de la maladie, malautiá ou sur celui du malade, malaut, équivalent des Malautié vus dans le billet, désignant une léproserie.

Monteils : attesté Montelha en 1326, de l’occitan mountel, « petite montagne, tumulus ». Le – est la marque du locatif ablatif pluriel.

canton de Quercy-Rouergue

Quercy : ce nom se rattache, comme celui de Cahors, aux Cadurques : il est la forme phonétique du produit du dérivé en –inus de Cadurcus, Cadurcinus, porté dans des formes du VIè siècle (Cadurcinus en 565), du VIIè siècle (pagus Catorcinus en 628) et  in Caercino de 1095, signifiant « dans le Quercy » , écrivais-je dans cet article.

Rouergue : le nom du pays est attesté in Roteneco en 629-37, in pago Rutenico en 640-47. Il s’agit d’une formation du haut Moyen Âge sur le nom ancien de son chef-lieu Rodez, Ruteni muni du suffixe latin –icu, sur le nom des Rutènes qui l’occupaient. Les attestations ultérieures montrent bien l’évolution phonétique : *Rutenicu donne Rodanege attesté avant 1105 puis Rodengue en 1150, Rodergue en 1132 et Roergue en 1129 d’où est issue la forme française Rouergue dès 1512. Le nom des Rutènes serait formé du préfixe augmentatif celtique rŏ– (formé par la perte du p– initial de *prŏ-, « en avant », « devant ») suivi du thème celtique *tēno-, « chaleur, feu » (de *tepno-, issu d’une racine indo-européenne *tep-, « chauffer ») et pourrait signifier « les très chauds ou très ardents (guerriers) » (Jacques Lacroix, Le nom des Rutènes, Revue des études-anciennes, 2013, t. 115, n°1, p. 51-70. – en ligne). (écrivais-je dans cet article)

Septfonds : la localité doit son nom aux sept sources que l’on y trouve (comme je l’écrivais dans cet article)

Montauban : cette ville fut fondée en 1144 par le comte de Toulouse Alphonse Jourdain sous le nom de Monte Albano, évoluant en Montalba (même date) Muntalba en 1189, villae Montis Albani en 1231 et Montauban dès  1280, soit le « mont blanc ». La ville fut créée par le comte de Toulouse pour contrer les pouvoirs jugés exorbitants de l’abbaye sise à Montauriol (aujourd’hui dite Saint-Théodard) dont le nom de « mont d’or » est censé traduire la splendeur, la richesse et la perfection du monde divin, nom typiquement monastique. Par opposition, il créé le « mont blanc, clair », aux connotations plus laïques, ne serait-ce que parce qu’elles décrivent simplement la couleur de la pierre calcaire. Je rappelais, dans ce billet, une explication légendaire de ce nom.

La Malautio Basse : l’adjectif « basse » laisse supposer qu’il devait y avoir une autre léproserie située plus en hauteur mais dont le souvenir s’est perdu. Cependant, ce toponyme n’est mentionné que dans le fichier FANTOIR : je ne l’ai trouvé ni sur le fichier IGN ni sur les cartes IGN, d’état-major ou de Cassini … Et même les coordonnées GPS ne sont pas disponibles !

 

Prunières : attesté Pruneyras en 1352 et Prunerie en 1383, pluriel de l’occitan prunièra, « prunier ».

Saint-Chély-d’Apcher :

Saint-Chély : du nom Hilarius de saint Hilaire, évêque d’Arles au Vè siècle, devenu le plus souvent saint Elier, est devenu ici Sanch Ile avant d’être francisé en Saint-Chély, comme je l’expliquais dans cet article.

Apcher : le nom du hameau de la commune de Prunières, où était situé le château de la seigneurie, est attesté Abcherio en 1307. Plutôt que le nom d’homme latin Appius suffixé en –arium (DENLF*),  il vaut sans doute mieux voir dans ce nom un résultat du latin apiarum,  d’où l’occitan apier« ruche ; rucher » (TGF*, DNFLM*).

Mende : ce nom a été expliqué à plusieurs reprises, comme dans cet article où j’écrivais :

On ne peut que supposer l’existence d’un oppidum gaulois sur le Mont Mimat ; une petite ville romaine s’est établie à son pied, à l’emplacement même de Mende. C’est Grégoire de Tours, en 575-94, qui évoque le martyre de saint Privat in criptam Memmatis montis, au premier Livre de son Histoire des Francs. Le même auteur cite plus loin la ville, ex Mimate. On comprend que la forme originelle est donc Memmate : accentuée sur la première syllabe, elle est à l’origine de Mende. Le nom est issu du gaulois *Menman, « pensée, prière ; intelligence, esprit », muni du suffixe locatif gaulois –ate. On retrouve ce radical dans des noms de divinités gauloises comme Menmandutiae à Béziers, Minmantiae à Périgueux, Menmanhia à Rome. Il est fort probable que la montagne surplombant Mende a fait l’objet d’un culte, comme c’était alors fréquent ; c’est sur le flanc de cette montagne que se trouvait l’ermitage de saint Privat où il fut découvert et martyrisé par les Alamans. La montagne n’est appelée le Mont Mimat que depuis 1724 environ, mais les paysans locaux ont conservé l’habitude de l’appeler lou Truc (de Saint-Privat) ; l’appellation Mont Mimat est une réfection d’érudits locaux. La forme originelle Mimate a eu pour résultat occitan régulier Memde en 1152, graphié Mende en français en 1318.

Gévaudan : dans le même article que ci-dessus, j’écrivais :

Ce pays historique du haut Moyen Âge, formé de l’ancien diocèse de Javols (Loz.), est devenu partie de l’ancienne province de Languedoc, dont le chef-lieu est Mende (Loz.) et qui correspond grosso modo à l’actuel département de la Lozère. Le nom du pays est attesté in Gabalitano en 587-93, toujours chez Grégoire de Tours. C’est une formation du haut Moyen Âge, sur le nom de la ville Gabali (l’actuelle Javols) avec le suffixe –itanu couramment utilisé dans l’Empire romain pour nommer des peuples ou des habitants. Le nom originel du peuple est ici Gabali, utilisé par César au milieu du Ier siècle av. J.-C. ; en 77,  Pline l’Ancien l’appelle Gabales. Au bas Moyen Âge, le nom du pays est graphié par l’occitan local Javalda en 1219 puis Givaudan en 1387, l’occitan toulousain Gavalda après 1277 et enfin le français Gevaudan en 1388. L’étymologie du nom des Gabales n’est pas assurée. On a pensé à la racine *gab (celle des hydronymes pré-latins de type gave). Après Venceslas Kruta (Les Celtes – Histoire et dictionnaire, R. Laffont, 2000) on s’accorde aujourd’hui pour voir dans le nom des Gabales un dérivé du gaulois *gabal qui désignait une « fourche ». Jacques Lacroix (Les noms d’origine gauloise – La Gaule des combats, éd. Errance, 2003) voit dans ce *gabal l’origine de « javelot » et fait des Gabales les « hommes au javelot ».

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

 

Les indices

À C1 naquit l’auteur d’un vol qui fit beaucoup de bruit : Dieudonné Costes, le premier aviateur à avoir traversé l’Atlantique d’est en ouest en 1930, est né à Septfonds, bureau centralisateur du canton où se situe Monteils, et pas à Monteils comme je l’ai laissé penser.

À C2 vécut un poète qui créa le style discordant : le troubadour Garin d’Apchier vécut au XIIè siècle au château d’Apcher, à Prunières. Il est l’auteur du  premier descort connu.

■ Le bureau centralisateur du canton de C1 a un nom qui coule de sources. : Septfonds, « les sept sources », comme expliqué dans ce billet.

Les habitants du bureau centralisateur du canton de C2 devraient leur surnom à leur farouche résistance face à l’envahisseur. On appelle Barrabans les habitants de Saint-Chély-d’Apcher, comme expliqué dans ce billet.

 ■ le sanglier devait faire penser aux Cadurques dont le nom est issu du celtique cato-turco, « sanglier de combat » (cf. wiki). Les Cadurques ont donné leur nom à Cahors et au Quercy, comme expliqué dans ce billet.

■ le loup féroce devait faire penser à la bête du Gévaudan, où se situe Prunières.

 

 

 

Le nom du canton de C1 associe celui d’un territoire jadis occupé par de bouillants guerriers à celui d’un territoire jadis occupé par des combattants au caractère de cochon.  Il fallait penser au Rouergue qui doit son nom aux Rutènes, dont le nom, d’origine gauloise, signifie « les très ardents guerriers » (cf. ce billet) et au Quercy, pays des Cadurques, « les sangliers de combat » (cf.ci-dessus).

Autour de C2 vivaient des lanciers. Il fallait penser au Gévaudan, le pays des Gabales, lesquels doivent leur nom au gaulois *gabal, d’où proviendrait le nom du javelot, comme expliqué plus haut.

  ■ une petite colline pour le nom de Monteils.

 

 

 

 ■ ce portrait de la reine Claude de France devait faire penser à la prune reine-claude et à Prunières.

Les indices du mardi 17 février 2026

LGF est le seul à avoir résolu ma dernière devinette. Félicitations !

En voici l’énoncé :

Il vous faudra chercher (et trouver) un toponyme de France métropolitaine lié aux mots du jour [ maladière, maladrerie …]

Il apparait, précédé d’un article, dans une commune C1 au nom relatif à son relief et, précédé du même article et suivi d’un adjectif, dans une commune C2 au nom d’origine végétale.

À C1 naquit l’auteur d’un vol qui fit beaucoup de bruit. À C2 vécut un poète qui créa le style discordant.

Le bureau centralisateur du canton de C1 a un nom qui coule de sources.

Les habitants du bureau centralisateur du canton de C2 devraient leur surnom à leur farouche résistance face à l’envahisseur.

Un indice pour les pays respectifs de C1 et C2

Les indices du mardi 

■ C1 et C2 sont séparées d’environ 200 km par la route.

■ Le lieu-dit de C2, pourtant présent dans le fichier FANTOIR, n’apparait pas sur les cartes IGN.

■ Le nom du canton de C1 associe celui d’un territoire jadis occupé par de bouillants guerriers à celui d’un territoire jadis occupé par des combattants au caractère de cochon.

■  Autour de C2 vivaient des lanciers.

■ Pour C1 :

■ Pour C2 :

 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Maladière, maladrerie etc.

Toujours à l’écart des zones urbaines, des établissements étaient spécialisés dans l’accueil des malades de la lèpre. Cette maladie a été introduite en France par les Croisés de retour de Jérusalem et a semé la terreur au Moyen Âge parce qu’on ne lui connaissait guère de traitement.  Les lépreux, repoussés par les populations, faisaient malgré tout l’objet de la charité de ceux qui, craignant pour leur salut éternel, offraient des terres ou faisaient bâtir des établissements spécialisés pour les accueillir, des léproseries. Le lépreux, c’était le « malade », du latin de l’époque impériale male habitus, « mauvais état » ( la première attestation date du Xè siècle sous la forme malabde), tandis que le latin classique aeger a complètement disparu. C’est à partir de ce mot malade  qu’ont été formés les noms des bâtiments qui leur étaient réservés comme  maladière, maladerie et d’autres, qui vivent encore aujourd’hui dans de nombreux toponymes.

Maladière et Maladerie

  Avec le suffixe –ière, ont été formés près d’un demi millier de noms du type (La ou Les) Maladière(s), principalement en Bourgogne-Franche-Comté, Auvergne-Rhône-Alpes et dans le Grand Est. On citera La Maladière, nom d’un quartier de Dijon (C.-d’Or) et de Valence (Dr.), La Maladière à Ucel (Ardc.), une léproserie qui a reçu des pensionnaires jusqu’au début du XVIIè siècle, La Maladière à Saint-Péray ‘Ardc.) construite en 1454 par Mathieu Valay dit le lépreux de Toulaud, Les Maladières à Beaune (C.-d’Or), où une léproserie avait été édifiée, au XIIIè siècle, à l’initiative du duc de Bourgogne Eudes III, leproseria Belnensis, « la léproserie de Beaune », citée en 1230 dans le Cartulaire de Citeaux – mais tous les bâtiments ont été détruits au début du XVIIIè siècle : seul le toponyme en garde la mémoire. Le même duc avait fait bâtir une autre léproserie à Nuits-Saint-Georges (id.), lors de l’affranchissement de la ville ; le lieu-dit Les Maladières garde le souvenir de ces bâtiments qui furent ravagés par un incendie lors des Guerres de Religion, comme le rappelle le lieu-dit voisin, Les Brûlées.

Dans la Drôme, un affluent de l’Isère s’appelle la Maladière, du nom d’un quartier de Bourg-de-Péage.

On mentionnera le diminutif La Maladerotte à Chorey-lès-Beaune (id.) qui existait encore au XIXè siècle sous le nom de La Maladière. Au XIIIè siècle était déjà mentionnée Maladeria Cherriaci, « la Maladière de Chorey ». Mais pourquoi cette Maladière est-elle devenue La Maladérotte, avec le suffixe bourguignon -otte ? Était-elle plus petite, par rapport à sa voisine de Beaune ?

À peine plus de cent toponymes ont été formés avec le suffixe –erie donnant des noms du type (La ou Les) Maladerie(s), plutôt répartis en Normandie, dans le Centre-Val-de-Loire et les Pays-de-la-Loire. On mentionnera La Maladerie à Montchauvet (Yv), associée à Notre-Dame-de-Bon-Secours  sur la carte de Cassini (f. 26, Évreux, 1757) et La Petite Maladerie à Mézeray (Sarthe) qui était simplement La Maladerie sur la carte de Cassini (f. 64, Le Mans, 1765). On citera également La Maladerie à Chimay (Hainaut, Belgique).

Maladrerie et Maladrie

L’ancien français ladre — du nom de Lazarus, ce malade couvert d’ulcères que le Christ ressuscita selon le Nouveau Testament — a servi à nommer le lépreux et sa maladie, la ladrerie. Par croisement entre « malade » et « ladrerie » a été formé le terme de « maladrerie », synonyme de maladerie. Ce terme  a fourni un  grand nombre de toponymes : on compte en effet plus de six cents (La ou Les) Maladrerie(s), notamment en Normandie, dans le Grand Est et les Hauts-de-France. On signalera les quartiers dits La Maladrerie de Caen (Calv.), de Jonzac (Ch.-M.), d’Aubervilliers (S.-St-Denis) ou encore d’Albi (Tarn). Dans une boucle de l’Ardèche, à Aiguèze, avait été fondée la Maladrerie des Templiers.

Sur la rive gauche du Tarn, au sud de Millau (Av.), La Maladrerie fut fondée par le comte Hugues de Rodez qui donna maison et terres pour lés lépreux en écrivant : « eu, Huc, com de Rodez, do et lieure a dieu et als malautes de la fermaria de Trageict l’alo et totas la drechuras que eu y avia » (Moi, Hugues, comte de Rodez, donne et livre à Dieu et aux malades de la maison de Trajet [du passage du Tarn] l’alleu et tous les droits que j’y ai »). Il n’en reste aujourd’hui que le nom et la chapelle Saint-Thomas

Une forme contractée apparaît, surtout en Bretagne et Normandie mais aussi dans les Hauts-de-France et le Grand Est, dans des noms du type (La ou Les) Maladrie(s) comme par exemple La Maladrie (Herbignac, Le Cellier, Vertou, Vigneux-de-Bretagne en L.-Atl., etc.) ou Les Maladries (Val Couesnon, I.-et-V. etc.). Le même toponyme se retrouve également en Belgique avec par exemple La Maladrie à Courcelles (Hainaut) et à Rendeux (Luxembourg). Sur ce même maladrie ont été formés les noms de La Maladrière à Esclassan (Ardc.), emplacement d’une léproserie détruite au XVIè siècle et Les Maladrières àPierreville (Manche).

Malautière

En langue d’oc, malade se disait malaut d’où la malautièra qui l’accueillait. On compte à peine quatorze lieux-dits nommés  La Malautière et trois (Les) Malautières – en Vaucluse, Ardèche (où la Malautière des Vans était La Maladyere au XVIIIè siècle), Bouches-du-Rhône, Drôme, Hérault, Gard et Lozère . Au nord de Génolhac (Gard), entre Concoules et Cap-Cèze, coule le ruisseau de la Malautière. À Roiffeux (Ardc.), le lieu-dit aujourd’hui La Maladière était une Mallauteria en 1464. On rajoutera La Malaudière à Peyre-en-Aubrac et à Sainte-Colombe-de-Peyre, en Lozère.

Une forme légèrement différente est à l’origine de huit noms, tous en Haute-Loire comme La Malouteyre à Brives-Clarensac qui était Malauteria en 1314 et la Maison Maladière en 1546 ou La Malouteyre à Polignac, mentionnée Malautaire sur la carte de Cassini (f. 103, Blaye, 1783).

Encore plus rare, puisqu’on n’en trouve qu’un seul exemple, est La Malitière à Laigné-Saint-Gervais (Sarthe – ancien français malit, « malade ; maudit »). À Génolhac (Gard), ce même nom, écrit au pluriel Les Malitières (occitan malit, « malade ») sur la carte de Cassini (f. 90, Viviers, 1779) est devenu de manière incompréhensible la Malhiguière sur le cadastre napoléonien de 1828, corrigé en La Malitière dans le Dictionnaire topographique du Gard (Eugène Germer-Durand, 1868), mais repassé à la Maliguière sur la carte IGN actuelle et à Malhiguière dans le fichier FANTOIR … Allez vous y retrouver !

Ces lieux étaient parfois désignés sous le nom plus simple de la malautiá, la « maladie », ou du malaut, le « malade », comme le Serre de la Malautié au nord-ouest de Marvuéjols (Gard – lire ici), La Malaudie à Riom-ès-Montagne (Cantal) ou encore le Valat de la Malautié à Aspiran (Hérault).

E. Nègre (TGF*) estime que le nom de La Mulatière (Briançon, H.-A.), qui était Malateria en 1314, est issu de l’occitan malautiera, « léproserie », et a subi l’attraction de l’occitan mulatièr, « muletier ». Il est suivi  par H. Sutter qui donne cette même étymologie pour les hameaux La Mulatière de Saint-Cyr-sur-Menthon dans l’ Ain (Villagium Millateriae en 1493), La Mulatière à Saint-Sylvestre en Haute-Savoie ou encore Les Mulatières à Nantoin en Isère.  On ajoutera le nom de La Mulaterie au Grand-Bornand (H.-Sav.). On se gardera bien de leur ajouter le nom de La Mulatière, commune du Rhône, qui vient de celui de la famille Mulat « installée là au XVè siècle » (DENLF*).

Les autres

D’autres noms ont été utilisés pour nommer ces établissements d’accueil des lépreux.  On connait ainsi une dizaine de La Ladrerie (dont sept dans le Grand-Est) mais seulement deux La Léproserie  (Le Tilleul, S.-Mar. et Lussac-le-Château, Vienne) qui étaient sans aucun doute des lieux d’accueils pour les malades. À ceux-là, s’ajoutent trois toponymes pour lesquels  Lépreux sert de complément : l’Ouche des Lépreux (Auxy, S.-et-L. – ouche), le Val aux Lépreux (Grands-Laviers, Somme) et  le Lac des Lépreux (Beauregard-et-Bassac, Dord.) dont l’eau était censée favoriser la guérison comme celle de la Fontaine des Lépreux (Fleurance, Gers) qui n’a droit, elle, qu’à une rue.

Il convient de ne pas oublier Levrouxvicus Leprosus au VIè siècle, soit « village lépreux », pour lequel j’écrivais  à propos de sa rue sans-Cul 

♦ Levroux, qui était donc un  village qualifié de « lépreux », accueillait et soignait les malades de la lèpre, attirés par la légende (reprise comme véridique sur le site de la mairie) de saint Sylvain de Levroux qui guérissait les maladies de peau, dont le « feu de saint Sylvain », un des premiers noms de la lèpre. On peut lire sur wiki la légende du saint et sa réfutation.

L’ancien français avait un autre mot pour désigner le lépreux : il s’agit de mesel (du latin misellus, diminutif de miser « malheureux ; malade ») connu également en occitan  mesèl ou mesèu,  déjà considérés comme « vieux » par F. Mistral (TDF*). On rencontre ainsi, en pays de langue d’oïl, La Meselle (Épinay-sur-Odon, Calv. ; Lagney, M.-et-M. etc.), La Mesellerie (Ahuillé, May.) et les variantes La Messelle (Beauzemont, M.-et-M. etc.) et La Messelière (La Bouëxière, I.-et-V.). En pays de langue d’oc, on notera la Grange de Meisselle, sur la même rive droite de l’Ardèche que La Maladrerie des Templiers d’Aiguèze (Ardc.) vue plus haut, La Meisselle (Saint-Auban, Alpes-Mar.) et plusieurs Messelière (Queaux, Vienne etc.). Selon F. R. Hamelin (TH*), le nom de Mezeilles, un hameau de la commune de Vieussan (Hér.), qui était mansus de Meselhas en 1342, aurait la même origine.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

La devinette

Il vous faudra chercher (et trouver) un toponyme de France métropolitaine lié aux mots du jour.

Il apparait, précédé d’un article, dans une commune C1 au nom relatif à son relief et, précédé du même article et suivi d’un adjectif, dans une commune C2 au nom d’origine végétale.

À C1 naquit l’auteur d’un vol qui fit beaucoup de bruit. À C2 vécut  un poète qui créa le style discordant.

Le bureau centralisateur du canton de C1 a un nom qui coule de sources.

Les habitants du bureau centralisateur du canton de C2 devraient leur surnom à leur farouche résistance face à l’envahisseur.

Un indice pour les pays respectifs de C1 et C2

 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

 

 

 

La Prémollière à Pouillé (Loir-et-Cher) : la répàladev

Un Intrus, TRS et LGF sont restés les seuls à avoir résolu ma dernière devinette. Bravo à tous les trois !

Il fallait trouver La Prémollière à Pouillé dans le canton de Saint-Aignan de l’arrondissement de Romorantin-Lanthenay dans le Loir-et-Cher.

Pouillé, ici

 

La Prémollière, là

Toponymie

La Prémollière : il s’agit d’un ancien pratum mollierum soit un pré cultivé où l’on voit sourdre de petites sources. L’article féminin s’explique par la finale –ière.

Pouillé : attesté Poillé en 1290 et de Poilleio au XIIIè siècle, du nom d’homme latin Paullius et suffixe –acum. Dans l’Antiquité, Pouillé faisait partie, avec Thésée et Monthou-sur-Cher, du vicus Tasciaca, et un temple dédié à une divinité de l’eau aux propriétés guérisseuses y avait été bâti comme on le lira chez wiki.

Saint-Aignan : attesté saint Aignien en 1280, du nom d’Anianus, évêque d’Orléans au Vè siècle

Romorantin-Lanthenay : la fusion entre les deux communes s’est faite en 1961.

Romorantin : l’étymologie de Romorantin a suscité de nombreuses hypothèses, notamment parce que les attestations médiévales prêtent à confusion : de Regemorantino en 1075  suivi de Rivus Morentini en 1151. Le premier élément du composé a semble-t-il subi l’attraction paronymique du latin rex, « roi » (d’où Rege-) ou du latin rivus, « ruisseau » (d’où Rivus). Il s’agit pourtant vraisemblablement du gaulois ritu, « gué », comme le suggèrent fortement les formes Remorentinum en 1196 et Roimorentin au XIIè siècle. Le second élément est le nom de la rivière : Morentinus au XIè siècle, le Rantin dès 1762, puis chez le géographe A. Joanne en 1872 et encore sur les cartes du XXè siècle avant de tomber en désuétude. Le nom Morantin est une formation sur le gaulois more, « mer » (dont on sait qu’il désignait toute étendue d’eau), accompagné du suffixe –anta, sur lequel est venu se fixer bien plus tard la désinence du cas régime féminin -ane, fréquente au bas Moyen Âge dans les noms de rivières. La substitution du genre masculin (Morantin) au féminin (*Morantane) s’explique par l’attraction des nombreux noms masculins terminés par –ain.  Le nom Romorantin a été créé pour désigner le gué sur la Sauldre de la voie d’Orléans à Limoges : il était situé à quelques centaines de pas du confluent avec le Morantin. Cette étymologie est celle que propose P.-H. Billy (DNLF*) après L. Duroy et M. Mullon (DNL*) qui penchaient pour un gallo-germanique *mora, « marais ». Guy Villette (L’Origine des noms de communes du Loir-et-Cher, 1992) voyait lui aussi en Romorantin un nom d’origine hydronymique gaulois sur *mor, « marais », précédé de ritu, « gué ». Dans un texte paru en 1947 dans la revue Onomastica, Jean Soyer considérait Morantin comme un cognomen gallo-romain *Maurentinius, diminutif de Maurentius ; il a été repris par A. Dauzat (DENLF*) et par E. Nègre (TGF*).

Lanthenay  : attesté de Lanthenayo en 1369. Ce nom a été le plus souvent expliqué par un nom d’homme accompagné du suffixe –acum : nom gaulois Lentenus pour A. Dauzat (DENLF*) et G. Villette (op. cit.) ; nom latin Lentinus pour E. Nègre (TGF*) ; nom latin Lentinius pour L. Duroy et M. Mullon (DNL*). P.-H. Billy (DNLF*) pense que ce nom est « aisément explicable par le gaulois *lantana, « viorne », avec le suffixe latin collectif -etu.

 

Indices

■ « La région, connue pour son couvert forestier, abritait un lieu de rendez-vous gaulois particulièrement prisé »  : il fallait penser à la Sologne et à son couvert forestier dont la célèbre forêt des Carnutes où se déroulait tous les ans un grand rassemblement des druides gaulois, comme nous le disait César : « Commandés par un chef unique », ils se réunissent une fois l’an, «  dans un lieu consacré, au pays des Carnutes , et arbitrent les différends entre particuliers ou entre la soixantaine de peuples qui forment cette mosaïque bigarrée qu’est alors la Gaule ».

LGF accompagnait sa bonne réponse de ce  commentaire : « Pour les rendez-vous gaulois, on peut soit faire référence à un classique du porno de Burd Tranbaree de 1979 (voir https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Grande_Mouille) ou plus vraisemblablement au château de Chambord, toujours en Sologne, où François 1er « avait pris l’habitude de disparaître en forêt pour y chasser en compagnie d’un petit groupe d’intimes – composé de beaucoup de dames – que les contemporains appellent la « petite bande » du roi. » » Je n’avais pensé ni à l’un ni à l’autre …

■ Il fallait reconnaître Agnan, le condisciple à lunettes du Petit Nicolas, qui porte le nom de l’évêque éponyme de Saint-Aignan.

 

 

 

 

■ le druide Panoramix partant à la cueillette du gui dans la forêt des Carnutes.

Les indices du mardi 10 février 2026

Un Intrus, LGF et TRS ont déjà résolu ma dernière devinette. Félicitations à tous les trois !

Rappel de l’énoncé :

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine lié aux mots du jour.

La commune où il se situe, d’abord sanctuaire gaulois voué au culte de l’eau, doit son nom à celui d’un homme latin.

Le nom du bureau centralisateur du canton est un hagiotoponyme.

La région, connue pour son couvert forestier, abritait un lieu de rendez-vous gaulois particulièrement prisé.

 

Les indices du mardi

■ l’indice ci-dessus concerne le bureau centralisateur du canton.

■ pour la région, son couvert forestier et le lieu de rendez-vous  :

 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Les Molières des topos

En région méridionale, une molière désigne généralement un terrain mou et détrempé, une « terre grasse et marécageuse ». L’occitan mòlièra, que F. Mistral écrivait mouliero, désigne un « terrain mou, lieu bas où les eaux croupissent et où l’on peut s’enfoncer » mais aussi un « champ cultivé où l’on voit sourdre de petites sources » (TDF*). Le Pégorier (GTD*) définit les molières comme des « terrains marécageux » dans les Ardennes et la mollière comme une « terre humide et molle» en Vendômois et dans le Centre ; il ajoute le molenc, « endroit humide et marécageux dans un champ » en occitan. Ces termes sont formés sur l’adjectif mòl, « mou, humide », lui-même du latin mollis.

Cependant, il existe un parfait homonyme molière, désignant une « carrière de pierres à meule ; pierre servant à faire des meules », soit l’équivalent de « meulière ». Comment faire la distinction ? D’abord par la géologie, bien sûr : où il n’y a pas de roche siliceuse, il n’y a pas de pierre meulière. Et puis par la datation du toponyme : sachant que l’on n’a parlé de carrière meulière qu’à partir de 1499 (molliere) et de pierre meulière qu’à partir de 1545 (pierre de moullère), tous les toponymes antérieurs à ces dates ne peuvent désigner que des terrains mous et détrempés.

Tous ces noms sont à l’origine de toponymes sous trois formes principales : Molière(s), Molère(s) et Moulenc.

De même étymologie sont issus des toponymes en mouille et mouillère , qui devraient faire l’objet d’un prochain billet.

Molière(s)

Trois communes portent le nom simple de Molières : en Dordogne (Molerii en 1115), dans le Lot (Molerias en 1147) et dans le Tarn-et-Garonne (de Moleriis en 1269) auxquelles s’ajoutent Les Molières (Ess., de Moleriis en 1146), où il s’agit bien de « terre humide » et non d’un lieu d’extraction de pierres meulières, puisque ce sens n’existait pas en 1146. Dans le Gard, deux communes homonymes ont ajouté un déterminant à leur nom : Molières-Cavaillac (de Molieyriis en 1162  – Cavaillac : Territorium de Cavallaco en 1250, sur le surnom latin Caballus et suffixe –acum ) et Molières-sur-Cèze. Dans la Drôme, on trouve l’ancienne Molières-Glandaz, aujourd’hui commune déléguée de Solaure-en-Diois. Dans la Loire se trouve Roche-la-Molière, attestée  ecclesia de Rochi la Moleri en 1225, où on exploitait le grès pour en faire des meules.

La variante molièra avec o fermé, francisée en moulière, se rencontre dans les noms de Serre-les-Moulières (Jura),  d’Esmoulières (Haute-Saône) – avec la préposition es, « dans les », en référence aux fondrières et tourbières présentes dans  la commune –  et comme déterminant dans celui de La Chapelle-Moulière (Vienne). Le nom de cette dernière est attesté Capella Molerarium en 1157, Capella de Moleriis en 1177 et Capella de Moleria en 1274 : l’ancienneté de ces noms montre bien qu’il s’agissait là aussi de terres humides et molles – et non d’extraction de pierres meulières qui ne s’est faite que beaucoup plus tard dans la forêt de Moulière.

 

Les noms de lieux-dits, oronymes et hydronymes du type (La ou Les) Molière(s) sont de loin les plus nombreux (le fichier FANTOIR compte près de 1000 lieux-dits ainsi nommés !). On mentionnera Molière à Chemazé (Mayenne, d’abord au pluriel de Moleriis au XIè siècle), Molières-sur-l’Alberte (ancienne commune de l’Aude aujourd’hui dans Ladern-sur-Lauquet, Moleyra en 1106), Molières à Saint-Michel-de Boulogne (Ardc., Moleria en 1464), etc. On trouve également quatre Lamolière (Moissac, T.-et-G. etc.) avec agglutination de l’article ainsi que  deux Emolières (Geay, Ch.-M. et Velles, Indre) et un Eymolières (Lablachère, Ardc. qui rappelle depuis le XVè siècle l’existence d’une carrière de meules), avec la préposition ès. On ne trouve qu’un seul diminutif avec La Molierette de Branoux-les-Taillades (Gard). À Saint-Étienne-de-Tinée (Alpes-Mar.), on a gardé la forme occitane avec Molieras et Molieras Haute, comme on trouve (Les) Mollieras à Nice et à Valdeblore (id.), peut-être un augmentatif.

Les toponymes avec o fermé sont plus de sept cents du type (La ou Les) Moulières. La grande majorité d’entre eux sont sans intérêt (onomastique). On signalera néanmoins, puisqu’on en connait les formes anciennes, Les Moulières à Sauvian (Hér., ad Molarias en 969) et Les Moulières à Pouzolles (id., de Molleiras en 1183). À Sainte-Radegonde (Gir.), le hameau de La Mouleyre rappelle une carrière de pierres à meules nommée Molieyra Barrassas en 1524, donnée à bail à huit meuniers d’Istournet, des Basses et d’Ambec, qui y trouvaient de quoi faire des meules pour leurs moulins. trois diminutifs apparaissent avec La Moulierette (Meyrueis, Loz.), et Moulierettes (Rousses, Loz. et La Garde-Freinet, Var). Les formes augmentatives sont ici plus nombreuses avec plusieurs (La, Les ou Las) Moulieras (Voutezac, Corr. ; Saint-Amand, Cr. etc. ) et La Moulierasse (Dourbies et Saint-André-de-Majencoules, Gard).

La graphie avec –ll– est présente à plus de quatre cents exemplaires du type (La ou Les) Mollière(s). Une mollière désigne le plus souvent  une « terre grasse et marécageuse »  ou encore, notamment dans la zone littorale picarde, le  terrain tour à tour couvert et découvert par les marées, d’où le nom de La Mollière d’Aval et de La Mollière de Terre à Cayeux-sur-Mer (Somme).

 

Molère(s)

En gascon, le suffixe –ièra est passé au simple –èra, donnant molèra.  Deux communes seulement utilisent cette variante molère dans leur nom. Il s’agit de Benqué-Molère (H.-Pyr. – Benqué : De Benquerio en 1313, du nom de l’osier dont on fait des liens, du latin vincus, « lien » et collectif –ier réduit à –é, comme pour la landaise Benquet, plutôt que du gascon benc, « roche escarpée ») et de Campet-et-Lamolère (Landes).

Les micro-toponymes sont ici bien moins nombreux : on ne compte en effet qu’une soixantaine de (La ou Les) Molère(s), principalement en Nouvelle-Aquitaine et en Occitanie. Ce type de nom est aussi présent en Bourgogne-Franche-Comté, Centre-Val-de-Loire, Grand-Est. etc, où le sens est plus vraisemblablement celui de carrière de pierres à meule voire de moulin.  On trouve un seul La Molerette (Marigny-en-Oxois, Aisne) et un seul Les Molerettes (La Chapelle-Longueville, Eure).

 

Moulenc

Le nom de l’ardéchoise  Issamoulenc  (Yssamolenco en 1275, Issamolenc en 1573 et Issamoulin chez Cassini ) est formé de l’ancien provençal eissame, « l’essaim », et de moulen « terrain mou, fondrière » (cf. ce billet).

Cette forme moulenc apparait dans une quinzaine de Le ou Lou Moulenc, tous en Occitanie (Av., Gard, Hér., Loz., P.-de-D., Tarn et T.-et-G.) à l’exception du Moulenc à Thèze (A.-de-H.-P). On peut leur rajouter des noms respectant la prononciation auvergnate, soit Las Moulenches ou Lou Moulenchos, tous en Lozère, et La Moulenchère à Saint-Angel (P.-de-D.).

La variante graphique avec q se rencontre dans une vingtaine de (Le) Moulenq, quelques La ou Les Moulenque(s) et La Moulinquière, très majoritairement en Aveyron et les autres dans le Tarn et en Lozère. On peut peut-être leur rajouter La Moulenquié à Terre de Bancalié (Tarn) mais les graphies Molinquié de Cassini en 1778 et Moulinquié de l’IGN en 1950 peuvent faire penser à un moulin.

Beaucoup plus rares sont les formes avec o ouvert : on ne rencontre qu’un seul Molenc (Saint-Antonin, Alpes-Mar.), un seul La Molenque (Mirandol-Bourgnonac, Tarn), un seul La Molenquière (Roussennac, Av.).

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

La devinette

 

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine lié aux mots du jour.

La commune où il se situe, d’abord sanctuaire gaulois voué au culte de l’eau, doit son nom à celui d’un homme latin.

Le nom du bureau centralisateur du canton est un hagiotoponyme.

La région, connue pour son couvert forestier, abritait un lieu de rendez-vous gaulois particulièrement prisé.

 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

 

 

 

Jarjalesse à Bassillac et Auberoche (Dord.) : la répàladev

Un Intrus et LGF sont les seuls à avoir trouvé la bonne réponse à ma dernière devinette. Bravo à tous les deux !

Il fallait trouver le lieu-dit Jarjalesse à Bassillac et Auberoche dans l’arrondissement de Périgueux, en Dordogne.

Bassillac et Auberoche, ici :

 

Jarjalesse, là, en bas à droite :

 

Les toponymes

Jarjalesse : ce lieu-dit a connu des graphies variées. On le trouve écrit Jargelesse sur la carte de Cassini (f. 70, Périgueux, 1779), déjà Jarjalesse sur la carte d’état-major (1820-66) et le cadastre napoléonien (1824)  tandis que le Dictionnaire topographique de la Dordogne (A. de Gourgues, 1873) signale la variante Jarjelaisse, mais sans préciser de date. Ce nom est composé de l’occitan jarjal, « nielle des blés » (TDF*) accompagné du suffixe locatif -ès (latin -ensis). La graphie -esse résulte soit d’une tentative de transcrire la prononciation locale  soit d’une féminisation volontaire, sous entendu « la terre ».

Jargelesse sur la carte de Cassini (f. 70, Périgueux, 1779)

 

Bassillac et Auberoche : cette commune résulte de la fusion, en 2017, de Bassillac, Blis-et-Born, Eyliac, Milhac-d’Auberoche, Saint-Antoine-d’Auberoche et du Change.

♦ Bassillac : attesté Basssilhac au XIIIè siècle, du nom d’homme latin Bassilius et suffixe –acum.

♦ Auberoche : on connait le nom de la châtellenie d’Auberoche au moins depuis  1287 sous la forme castellana de Alba Rupe, décrivant la paroi de roche blanche sur laquelle était construit le château.

♦ Blis-et-Born :  On trouve déjà le même nom Blis en 1147, difficile à analyser mais E. Nègre pense au nom d’homme germanique Biliso tandis que Bénédicte Fenié pense au gallo-romain Bilicius. Pour Born, on trouve déjà de Born en 1252, qu’Ernest Nègre analyse comme issu du nom d’homme germanique Borno tandis que Dauzat & Rostaing y voyaient un dérivé du pré-latin borna, « source ». Plus récemment, X. Delamarre y voit un *Burnon, « domaine de Burnos», ce dernier nom étant « rare mais attesté Burnus ».

♦ Eyliac : attesté Ilhacum au XIIIè siècle, du nom d’homme gaulois Illius et suffixe -acum.

♦ Milhac-d’Auberoche : attesté Milliacus  en 950, du nom d’homme gaulois Milios (X. Delamarre) plutôt que  latin Æmilius (Dauzat &Rostaing) ou Emilius (E. Nègre) et suffixe –acum.

♦ Saint-Antoine-d’Auberoche : l’église, bâtie au XIIè siècle, a été vouée à saint Antoine, anachorète né en 251 et mort en 356.

♦ Le Change : attesté eccl. deu Chanhere au XIIIè siècle et Cambium au XIVè siècle. La forme du XIVè siècle est sans doute une ré-interprétation du nom originel alors incompris et qui l’est encore aujourd’hui.

■ le canton du Haut Périgord Noir porte le nom d’une partie du Périgord, pays historique du haut Moyen Âge, formé de l’ancien diocèse de Périgueux, dont le nom est attesté Petrogoricum en 575-94 chez Grégoire de Tours, une formation du Moyen Âge sur le nom ancien de la ville, Petrocori, muni du suffixe latin –icu. La forme en ancien occitan Peiregors est attestée vers 1185 et la forme en ancien français Perigors en 1302.

Son  bureau centralisateur est Thenon  attesté  Teno en 1197 et Theno au XIIIè, du nom d’homme latin *Tenus et suffixe –onem.

■ canton d’Isle Manoire : porte le nom de deux rivières. L’Isle  était  Elle en 1090, Hela en 1107, Ella en 1160 et Esla en 1182, de la racine indo-européenne  *isl-, « se mouvoir vite », à l’origine de l’hydronyme pré-celtique *el et suffixe féminin -a.  Le Manoire était de Manore en  1365, Le Manoir chez Cassini (1779) et Manor sans date (Dictionnaire topographique du Périgord, op.cit.), du latin mano, manare, « couler, se répandre ».

Son bureau centralisateur est Boulazac Isle Manoire, attesté Bolazac au XIIIè siècle, du nom d’homme gaulois Bullatios et suffixe -acum.

Périgueux : lors d’une répàladev du 28/06/2025, j’écrivais :

cette ville a porté deux noms dans l’Antiquité. Le premier est attesté sous différentes formes : Tutella Aug(usta) et Tutela Au(gusta) Vesunnia au Ier siècle, Tutela Vesunna sans date. On y reconnait le nom de la déesse latine Tutela, chargée de la conservation et du salut du lieu (dont l’archéologie n’a retrouvé aucune trace) accompagné du nom de la déesse topique Vesunna, divinité d’une source (son nom est composé de l’indo-européen *ves, « s’écouler, couler » suivi du suffixe –unna). Au IVè siècle, comme il était d’usage, la ville a pris le nom du peuple dont elle était le chef-lieu de civitas, en l’occurrence celui des Petrocorii mentionné par César au milieu du Ier siècle av. J.-C.. Vers 360, la ville est appelée civitas Petrocorium, cité des Pétrocores.  Au VIIIè siècle, Petrecors est la forme à partir de laquelle l’évolution phonétique va donner Périgueux, par passage de Petr– à  Pedr– puis à Peir–  et enfin Per-, accompagné de l’affaiblissement du c intervocalique en g. On trouve plus tard la forme Pereguers (1433) qui est à lire peregüe : cette prononciation est en effet mise en évidence par la graphie Periguhes (1466) qui oblige à bien prononcer le u.  Le üe évoluant en œ en limousin et ü en gascon (Peyreguus est attesté en 1428), et en tenant compte de l’amuïssement du rs final, c’est bien la prononciation limousine originelle qui est à l’origine de Périgueux. Le -x final est un habillage pseudo-savant sur le modèle de nombreux appellatifs pluriels existant alors (gueux, cheveux …).

Quant aux Pétrocores, si vous avez suivi le lien précédent, vous savez déjà que leur nom signifie « les quatre armées » (gaulois petru-, « quatre », et corios, « armée »).

 

Les indices

■ on compte trois lions sur cette image, comme ceux qui figurent sur les armoiries et le drapeau du Périgord.

 

 

 

 

■ cette vidéo de Vetty chantant Où vas-tu Basile ?, déjà utilisée il n’y a pas si longtemps dans une devinette concernant Bazoches-sur-Hoëne, devait ici orienter les recherches vers Bassillac.

Les indices du mercredi 04 février 2026

Personne ne m’a encore donné la réponse à ma dernière devinette.

J’en rappelle l’énoncé :

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié aux mots du jour [gerzeau et jarjat].

Il est situé dans une commune de formation récente, dont le nom associe celui de son centre urbain le plus important avec celui d’un domaine seigneurial médiéval qui servait de déterminant à deux des communes fusionnées. Le premier de ces noms est issu de celui d’un nom d’homme latin et le deuxième fait référence à l’aspect de la roche.

Cette commune a été citée sur ce blog à propos de son ancienne petite fortification circulaire.

Elle  se trouve dans une région où vivaient des Gaulois particulièrement bien militarisés.

Et je rajoute les traditionnels indices du mardi :

■ La commune est partagée entre deux cantons. Le premier porte le nom du pays où il se situe et le second celui de deux rivières qui l’arrosent

■ Et, toujours pour la commune, je n’hésite pas à recycler :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Gerzeau et jarjat

  Gerzeau est l’autre nom que l’on donne à  la nielle des blés (Agrostemma githago), principalement dans le Centre et l’Ouest, où on trouve les variantes gerziau (Mayenne) et jarzeau (Oléron), sans oublier le jargeau québecois.

Avec un j- initial, d’autres variantes sont connues comme le jardeau et la jardille (haut Maine), la jergerie et le jadériot (Sologne), le jarjeillot (Morvan), le jarjillot (Doubs), le jarjillet (Bourgogne), la jargerie (Meuse), le jargiot (Indre), le jargé (Velay), le jarjai et le jarjal (Forez) etc. (Marcel Larchiver, Dictionnaire du Monde rural, Fayard, 2006).

Frédéric Mistral (TDF*), outre le jarjai et le jarjal foréziens, définis comme « vesce fausse, vesce des blés », ajoute les noms de gercèl (Limousin), gercil (Quercy), gergil et jardèl (Rouergue) et jarjariè (Auvergne) qu’il complète par une entrée pour jarjaio et jargilho (Dauphiné), jarjalido (Limousin) et jarjariies (Auvergne) définis comme la vesce faux-sapin (Vicia onobrychoïdes) ou la vesce hérissée (Vicia hirsuta).

Dans les Cahiérs de doléances des villes, bourgs et paroisses du bailliage d’Alençon en 1789 réunis par louis Duval en 1887 et mis en ligne en 2008, il est fait mention de terres qui ne rapportent que trente gerbes de seigle au jour  et « encore rempli de jardeau et d’yvraye », jardeau étant défini comme « gerzeau ou nielle, mauvaise herbe qui croit dans les blés ».

Étymologie

Gerzeau, qui a eu pour variante jardeau vers 1330, au sens de « espèce de nielle », apparait aussi sous la forme jarzeu au XIIIè siècle avec le sens d’« ivraie ». On rapproche ce nom de l’ancien français garderie, attesté vers 1176, variante de jarderie (1168), là aussi au sens d’ivraie, qui serait dérivé de l’ancien français gart (attesté en 1200), « long poil dur qui se trouve dans une toison et la déprécie ». Gart est considéré comme issu du francique*gard, « épine, aiguillon ». (DHLF*).

Pierre Guiraud (Dictionnaire des étymologies obscures, Payot, 1982) relie pour sa part jarzeu à l’ancien français jarse, « lancette utilisée pour la saignée », dérivé de jarser, « scarifier » (attesté au XIIè siècle), peut-être du bas latin charaxare, « couper, inciser », souvent écrit caraxare, « sillonner, déchirer » ( du grec kharassein, « faire une entaille »). Le verbe latin serait devenu *garassare puis par dissimilation *garsare. L’idée reste toutefois la même : une entaille qui déprécie un matériau comme la nielle parasite le blé.

Émile Littré pensait quant à lui que le mot gerzeau, dont il donne les variantes berrichonnes geargeau, geargiau et gearziau, pouvait dériver du nom de la gerce,  « sorte de teigne qui ronge les étoffes, les papiers », cette plante nuisible ayant été assimilée à une teigne. Mais  gerce, connue sous la forme jarse au XIIè siècle avec le sens de « lancette » comme on l’a vu plus haut, n’a pris le sens de « teigne des étoffes et des papiers » qu’au début du XVIIè siècle.

Enfin, P. Gastal (NLEF*) s’interroge sur un possible lien avec le gaulois gargo, « sauvage », cf. l’irlandais garg de même sens.

 

Toponymie

Tous ces mots, désignant des plantes parasites du blé, donc nuisibles, ont pu désigner par métonymie les terres qu’elles envahissaient et, par la suite, par portage du nom de lieu à l’habitant, devenir noms de familles.

Curieusement, le seul mot que l’on trouve encore dans les dictionnaires usuels n’apparait qu’une seule fois comme toponyme avec Le Gerzeau à Cravans en Charente-Maritime. On lui ajoutera, avec une graphie légèrement différente, Les Jarzeaux à Mélesse (I.-et-V.), la Pièce du Jarzeau à Chalonnes-sur-Loire (M.-et-L.) et le Bois Jarzeau à Bellon (Char.). Et on complètera avec Le Jardeau à Guécélard (Sarthe), à Beffia (Jura), Les Jardeaux à Oisly et Vallières-les-Grandes (L.-et-C.) et la Fontaine Jardeau à Haute-Amance (H.-M.) qui porte sans doute le nom de son propriétaire.

Ce sont les formes avec J– initial qui sont de loin les plus nombreuses, à commencer par Jarjat (Aspres-lès-Corps, H.-A. ; Boffres et Saint-Jean-Chambre, Ardc.), Jarjate (Thorame-Basse, A.-de-H.-P.), et plusieurs (La) Jarjatte (Dr., Ardc., H.-A. et A.-de-H.-P.) et leurs variantes Jargeat (Martignat, Ain ; Saint-Laurent-du-Cros, H.-A. ; Le Monteil (H.-L.), et La Jargeate (Sainte-Eulalie-en-Royans, Dr.). On pensera, pour les formes féminines, à un nom formé sur un patronyme pour en qualifier la ferme ou la terre : les patronymes Jarjat et Jargeat sont en effet connus et surtout portés en Ardèche et dans la Drôme. On ajoutera à cette liste le nom de Jarjeattaz à Saint-Julien-en-Genevois (H.-Sav.), dont on sait que le –z final ne se prononce pas et qui équivaut donc à une *jarjatte.

Beaucoup plus rares sont les autres noms. L’occitan jarjai se rencontre à Jarjaille à Sault (Vauc.) et aux Jarjailles, aussi écrit Jargeaille à Champsac (H.-V.). On trouve également le collectif Les Jargeries à Beaulon (Allier) et le diminutif Les Jargillets à Buxy (S.-et-L.).

À Sainte-Énimie (aujourd’hui dans Gorges-du-Tarn-Causses, en Lozère) on trouve la Serre de Jargilles, avec le francoprovençal  jargille, « vesce » (cf. § 41 et cet extrait) – dont j’aurais bien fait ma devinette du jour mais avec deux occurrences sur la toile seulement et absent des cartes, j’ai eu pitié ! Les Stéphanois utilisent aujourd’hui ce mot pour désigner un garnement – peut-être comme métaphore pour « mauvaise herbe ». On trouve également un lieu-dit Aux Jargilles à Mesnois (Jura), sans doute de même étymologie (le jurassien est un dialecte francoprovençal).

Plus spécifiquement bourguignon, le terme gergil, « mauvaise graine ; nielle », est à l’origine du nom de la Combe Gergille à Champagne-sur-Vingeanne (C.-d’Or), du Gergillet à Saint-Gervais-en-Vallière (S.-et-L.), du Meix Gergillet (pour meix, voyez ici), des Gergillets et des Gergillats à Saint-Maurice-en-Rivière (S.-et-L.) et de quelques autres.

Les incertains

Le nom  de Jarjayes (H.-A.), qui était Gargaia en 1080 et Jarjaya en 1190, a donné lieu à plusieurs hypothèses. La première, avancée par Dauzat & Rostaing (DENLF*) et reprise par J. Astor (DNFLM*) et B. et J.-J. Fenié (TP*), fait dériver ce nom de la racine pré-indo-européenne *gar, « pierre, rocher », prolongée en g-ata (à rapprocher, donc, de noms comme la montagne de Gargas des Hautes-Pyrénées, du pic de Garganta dans les Pyrénées-Atlantiques ou encore du mont Gargan dans la Haute-Vienne). E. Nègre (TGF*) ne remonte pas si loin et fait venir le nom de Jarjayes de l’occitan de Haute Provence *jarjaio, équivalent du provençal gargaio, « gorge, gosier ». Enfin, P. Gastal (NLEF*) et R. Brunet (TT*),  font venir ce nom de l’occitan jarjaio, mentionné pour le Dauphiné par F. Mistral (TDF*) avec le sens « vesce des blés ». Le même problème se pose pour le lieu-dit Château de Jarjayes à Noyers-sur-Jabron (A.-de-H.-P.) qui était de Gargaia en 1050 et de Jarjaya en 1309 et pour Jarjayes à Redortier-le- Contadour (id.).

Le nom de Jargeau (Loiret) est plus facile à identifier. Comme je l’ai écrit sur la page wiki consacrée à cette ville :  la première attestation du nom de la ville date de 938 avec la mention du Monasterium Gargoligensis, avec le suffixe adjectival latin -ensis. Le nom se décompose en *Gargo-ialon, soit « le domaine (du gaulois -ialo, « clairière » puis « domaine, village ») de Gargos (du gaulois gargo, « féroce, sauvage ») (NLCEA*). Seul P. Gaastal (NLEF*), semble-t-il, s’interroge sur un possible lien avec le gerzeau.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

 

 

La devinette

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié aux mots du jour.

Il est situé dans une commune de formation récente, dont le  nom associe celui de son centre urbain le plus important avec celui d’un domaine seigneurial médiéval qui servait de déterminant à deux des communes fusionnées. Le premier de ces noms est issu de celui d’un nom d’homme latin et le deuxième fait référence à l’aspect de la roche.

Cette commune a été citée sur ce blog à propos de son ancienne petite fortification circulaire.

Elle  se trouve dans une région où vivaient des Gaulois particulièrement bien militarisés.

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr