Les indices du mardi 07 avril 2026

Un Intrus a déjà résolu ma dernière devinette. Qu’il en soit félicité ! Et d’autant plus qu’il m’a fait remarquer que ma devinette pouvait avoir deux solutions, avec deux lieux-dits différents dans la même commune.

Rappel de l’énoncé :

Il vous faudra trouver  un  deux lieux-dits de France métropolitaine qui auraient pu avoir sa leur place dans ce billet.

Ils sont situés dans une commune dont le nom évoque la forme que lui ont donné les Gaulois en s’y établissant.

J’ai parlé ici de cette commune à propos d’un de ses lieux-dits au nom évocateur d’un taillis épais habité par un animal.

Le canton a été nommé en référence à la rivière qui y coule et au pays dans lequel il se situe, lequel doit son nom aux Gaulois qui l’habitaient

Son bureau centralisateur doit son nom à celui d’un homme lui aussi gaulois.

Quant au nom du chef-lieu d’arrondissement, bordé par la rivière sus-citée, il est aussi d’origine gauloise.

Un indice pour la commune :

Les indices du mardi

■ un indice pour le bureau centralisateur du canton :

■ et un dernier indice :

 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

 

Les Ébrûlés à Saint-Ellier-les-Bois (Orne) : la répàladev du 04 avril 2026

Un Intrus, TRS et LGF ont résolu ma dernière devinette. Bravo à tous les trois !

Il fallait trouver Les Ébrûlés à Saint-Ellier-les-Bois dans le canton de Magny-le-Désert de l’arrondissement d’Alençon dans l’Orne.

Saint-Ellier-les-Bois :

Les Ébrulés:

Toponymie

Les Ébrûlés

Le nom est au masculin dans le fichier FANTOIR mais on le trouve également au féminin Les Ébrûlées comme sur la carte IGN ci-dessus et dans des documents antérieurs. Le verbe gallo-roman *brustulare, « brûler », a eu une variante *exbrustulare dont le participe passé pluriel exbrustulatas (terras) est à l’origine des (terres) Ébrûlées, qui ont été plus tard munies d’un article.

On trouve plusieurs autres toponymes formés sur ce même terme : Les Ébrûlés à Saint-Didier-en Bresse et le Bois des Ébrûlés à Toutenant (S.-et-L.), L’Ébrûlé à Forest-sur-Marque (Nord) et Les Ébrûlas à Celles-sur-Aisne (Aisne).

Saint-Ellier-les-Bois : attesté Sanctus Helerius en 1092 et Sanctus Hilarius en 1035-55, du nom de saint Hilaire ou Helier de Jersey, assassiné au VIè siècle. Le latin hilarus, d’où est issu le nom Hilarius, signifie « gai, joyeux ».

Le complément les-Bois désigne les forêts environnantes, bien sûr.

Magny-le-Désert : attesté Magniacum vers 1140, du nom de personne latin Magnius et suffixe –acum. Le latin magnus signifie « grand ». Le nom pourrait être aussi celui d’un Gaulois Magnios (qu’on traduirait en français par Laroche) confondu plus tard avec le latin Magnius (Legrand).

Le complément le-désert est une référence aux forêts profondes et inhabitées qui faisaient l’essentiel du paysage et sur lesquelles ont gagnait parfois quelque espace en brûlant les bois. On le retrouve dans le nom des communes voisines  de Saint-Maurice-du-Désert et de Saint-Patrice-du-Désert

Alençon : attesté Alencionem à l’époque Mérovingienne, Alercio en 1060 (à lire *Alencio) et Alencio en 1070 , du nom de personne gaulois *Alantios et suffixe -on(e). Ce nom n’est pas attesté mais il existe une déesse Alantedoba, soit « la Noire (duba) Errante (alanti) », chez les Cammuni. Le nom Alantios signifierait donc « errant, vagabond ». Il est également à l’origine du nom de Notre-Dame-d’Allençon (M.-et-L.) et, avec le suffixe –aco, de celui de Nore-Dame-d’Alanchier (Roussillon, Is., Alantiacum en 1184) (NLCEA*).

■ les Aulerques : le nom de ces  Gaulois, Aulerci, qui occupaient la région signifie « ceux qui sont loin de leurs traces », comme il est expliqué sur la page wiki.

Indices

■ il fallait reconnaître sainte Thérèse de Lisieux qui, comme son nom ne l’indique pas, est née à Alençon.

Image extraite de ce site.

 

 

 

 

■ une dentelle d’Alençon.

Image extraite de ce site.

 

 

■ saint Helier de Jersey, patron de la paroisse de Saint-Ellier-les-Bois.

Cf.  par exemple ce site

Ça sent le brûlé ! IV

Je poursuis comme promis mon exploration des toponymes issus du verbe « brûler » commencée dans ce billet.

Brûlot et Brûlon

 Les toponymes du type Brûlot, qui sont plus de trois cents,  sont plus difficiles à analyser. Si le Pégorier (GTD*), suivi par Charles Higounet (Toponymie et défrichements médiévaux et modernes en Europe occidentale et centrale, éd. Presses Universitaires du Midi, 2020) leur donne bien le sens de « lieu défriché par le feu », particulièrement dans les Landes, on ne doit pas oublier que l’ancien français brulot est défini par Godefroy comme un « diminutif de broil, bois » (et je ne parle pas du « petit bâtiment bourré de matières inflammables que l’on utilisait pour incendier les vaisseaux adverses » qui n’a rien à faire ici). Brulot ou Brûlot est également un patronyme, ce qui complique l’interprétation des toponymes – sauf pour les Brulotte, Bruloterie ou Brulotière qui désignent la propriété d’un nommé Brulot. On ne trouve curieusement aucun lieu-dit Brûlot dans les Landes, la majorité d’entre eux se trouvant en Vendée, Charente-Maritime et Loire-Atlantique et d’autres en Normandie, Bretagne, etc.

Enfin, on n’oubliera ni le brûlot d’Armagnac ni le brûlot charentaisqui n’ont rien de toponymes.

Selon le Pégorier (GTD*), un brûlon désignerait un« terrain sableux brûlant » en Anjou, définition et aire de répartition sans doute trop restrictives. En effet, même si on trouve plus de cent cinquante (Le ou Les) Brulons dans le Maine-et-Loire, on en trouve bien plus dans d’autres départements des Pays-de-la-Loire, du Centre-Val-de-Loire, de Nouvelle-Aquitaine, de Bretagne et de Normandie.  Étymologiquement issu du verbe brusler et suffixe –on, le brulon a pu désigner, dans ces régions, une terre défrichée par le feu ou une lande victime de feux de broussailles. Devenu lui aussi nom de famille, il est à l’origine de noms comme La Brulonnerie, La Brulonnière ou Le ou La Brulonnais.

Le nom de la commune sarthoise de Brûlon, attesté Bricilonum  au VIe siècle, Bruciron sur une monnaie mérovingienne du VIIe siècle et in condita Bruslondense en 814, a donné lieu à plusieurs interprétations. Dauzat & Rostaing (DENLF*) y voient un nom d’homme gallo-romain *Bricillus, diminutif de Briccius et suffixe –onem, hypothèse appuyée par X. Delamarre (NLCEA*) qui opte pour le nom d’homme gaulois *Bricillus fait sur Briccus. E. Nègre (TGF*) se contente d’un prudent pré-celtique *bricil– « d’origine et sens incertain » et suffixe celtique –one. De son côté, Gérad Taverdet (NLM*) penche pour un dérivé de bruca, « bruyère  » sous la forme brica, qui aurait subi l’influence de brûler.

Brûlerie et Brûleur

La brûlerie, dont le premier sens était celui d’« action de brûler », a désigné, dès le XVIIIè siècle « le lieu où l’on brûle du vin pour en faire de l’eau-de-vie ; fabrique d’eau-de-vie ». On trouve plus de 200 lieux-dits (La ou Les) Brûleries pour lesquels seules les formes anciennes et leur date d’apparition peuvent aider à savoir de quoi il s’agit. Ainsi, pour ne citer que quelques exemples : Les Brûleries de Dixmont (Yonne) qui étaient Les Brulis  en 1753 étaient des terres défrichées tandis que La Brûlerie de Rogny (id.) qui était La Bruslerye dès 1678 a probablement été victime d’un incendie  et que Les Brûleries du Val-d’Ocre (id.) mentionnées comme « tuilerie » dans le Dictionnaire topographique de l’Yonne (Max Quantin, 1862) devaient leur nom aux fours. En revanche, il est fort probable que Les Vignes de la Brûlerie à Sancergues (Cher) produisaient le vin qui serait mis à distiller.

Pour s’occuper d’un tel atelier de distillation ou pour aller de ferme en ferme proposer ses services de bouilleur de cru, il fallait bien un brûleur, d’où par exemple la Cave au Brûleur à Moitron (C.-d’Or) . Ce nom est devenu nom de famille d’où une petite dizaine de de Le (Petit) Brûleur mais une seule La Brûleuse (Saint-Pôtan, C.-d’A.). L’occitan connaissait lui aussi le brulaire d’aigo-ardènt, le « distillateur d’eau-de-vie », d’où quelques La ou Les Brulaire(s) en Haute-Loire et dans le Cantal, qui peuvent aussi  tout simplement désigner des endroits incendiés.

 

Plus tard, « brûlerie » a pu aussi désigner un atelier de torréfaction du café, comme à la Brûlerie Saint-Jacques parisienne.

Beaucoup plus rare, le brûloir, « réchaud sur lequel tourne un cylindre ou une sphère en tôle pour griller le café en grain  » a donné son nom, par métonymie, à une dizaine de Le ou Les Brûloirs et quatre La ou Les Brûloires (Pays-de-la-Loire, Bourgogne-Franche-Comté etc.).

Burla et Bourla

Mentionnés dans le Trésor du Félibrige (TDF*) comme des variantes de brula, « brûler », les verbes burla, employé en Gascogne, et bourla, employé en Auvergne et en Limousin, sont à l’origine de quelques toponymes. Il faut examiner ces derniers avec beaucoup d’attention puisque quelques paronymes peuvent les expliquer.

On trouve en Nouvelle-Aquitaine une douzaine de toponymes du type Burlat, qu’on peut traduire par « brûlé » comme pour les quelques Bois Burlat (Lougratte, L.-et-G etc.) et les deux Moulin Burlat (Clairac et Coulx, id.). On ajoutera une dizaine de La ou Les Burlades, là aussi principalement dans le Lot-et-Garonne.  Cette étymologie toute simple ne semble toutefois pas avoir convaincu E. Nègre qui explique le nom de la commune de Burlats (Tarn) qui était Burlato vers 972, Burlas en 1118 et Burlacio 1384, par le participe passé de l’occitan burlar, qui a dû avoir le sens de « railler » puisque c’est un dérivé de burla, « raillerie ». Le sens de (mas) burlat serait «(hameau) objet de raillerie » mis au pluriel tardivement. Cette explication est d’autant plus surprenante que, à l’entrée burla, F. Mistral renvoie à bourla (railler) et brula (brûler) et que, si elle était exacte, cela ferait quand même beaucoup d’endroits soumis à a raillerie…

En Auvergne-Rhône-Alpes, ce sont La ou Les Bourlarte(s) et La ou Les Bourlade(s) qu’on rencontre à moins de vingt reprises, notamment en Haute-Loire, auxquelles ont ajoutera deux Bourladis (Soursac, Corr. ; Saint-Vert, H.-L.), deux Les Bourladis (Aix, Corr. ,  Avèze, P.-de-D.) et deux Bourlady (Cistrières, H.-et-L. ; Sauxillanges, P.-de-D.), des noms que F. Mistral donne comme synonymes de bruladis, « dégât d’un incendie, bois incendié ».

 H. Sutter (site) mentionne le patois savoyard  borlâ, bourlâ, « brûler », d’où bourlo, « brûlé », qui serait à l’origine de plusieurs toponymes dans le Valais suisse et du nom de La Burle, un alpage de La Giettaz en Savoie.  Le Pégorier (GTD*) signale en effet le terme burlaie, « terre défrichée, en Suisse », mais qui ne semble pas avoir été productif en France.  À Châtillon-sur-Colmont (May.),  La Burlaie, la Grande Burlaie et la Petite Burlaie (notées Les Burlaies sur la carte de Cassini de 1769) peuvent relever de plusieurs étymologies : le défrichement par le feu, comme en Suisse ; une cressonnière (gaulois berula, « berle » et suffixe collectif –etum) ; un lieu où poussent les digitales (patois burlu et collectif –aie) ; les terres d’un nommé Burle etc.

En Gascogne, et plus précisément à Nérac (L.-et-G.), on trouve le lieu-dit Burle Pachet, soit le « brûle pieu ou paisseau » ( échalas à vigne), qui existe aussi en seul mot Burlepachet à Cuq (id.), tandis qu’on trouve un simple La Burle à Pontenix-les-Forges (Landes).

Mais attention !, outre une métathèse de « brûle », le terme burle peut avoir plusieurs étymologies et sens fort divers :

  • le pré-indo-européen *bur, suffixé en –ula, a donné des hydronymes entre Causses et Cévennes, comme le Burle du Jaoul et le Burle de Gressentis, affluents de la Virenque ;
  • la burle désigne un  vent froid des Cévennes et des plateaux  du Vivarais et un peu de la Drôme, violent et fauteurs de congères. Elle a marqué suffisamment les esprits pour avoir donné son  nom au Suc de Burle, au Chambon en Ardèche, à la Burle à Rogues (Gard), à Labeaume (Ardc.) et à quelques autres ;
  • burle, on l’a vu, peut être issu de l’occitan burla, « railler », et a pu devenir patronyme pour désigner le « moqueur », d’où aussi des noms de lieux du type (La) Burlière, présents également hors du domaine occitan (mais qui peuvent aussi désigner des endroits où souffle la burle).
  • burle est également un ancien jeu de boules languedocien, équivalent du jeu du bouchon selon F. Mistral qui donne La Burlière comme nom d’« endroit où on joue aux boules » — ce qui fait beaucoup d’étymologies possibles pour un simple nom de lieu.

… et Brulu ?

Si vous avez bien lu les deux billets consacrés aux dérivés de « brûler », vous avez vu passer des Brûlats, des Brûlés, des Brûlis, des Brûlots et même des Brûlys. « Et les Brulus ? », me demanderez vous. Eh bien, les Brulus sont bretons et n’ont rien à voir avec le feu. Brulu est en effet le nom breton de la digitale, que l’on retrouve dans quelques microtoponymes comme Bruluec, avec le suffixe collectif –ec , à Lopérec, Lennon, Pleyber-Christ etc. dans le Finistère ou, avec une métathèse, Coat Burluec à Saint-Laurent (C.-d’A. – avec coat, « bois »).

Le breton et le basque 

Le breton parle de maradeg pour désigner l’écobuage, le défrichement par le feu. On retrouve ce terme dans les noms du Parc Maradec (Pédernec, C.-d’A.), de Coz Maradec (Plourivo, id.), d’Armaradec (Prat, id.) et de Brenguelven Maradeg (Landudec, Fin. – Brenguelven : la colline d’un nommé  Gelvenn).

Le basque moderne dit labaki pour « défrichement » et « brûlis, écobuage » (à rapprocher de labe, « four »). Ce radical lab-, auquel J.-B. Orpustan (Higounet, Charles, éditeur. Toponymie et défrichements. Presses universitaires du Midi, Comité départemental du tourisme du Gers, 1988 – pp. 111-116) donne le sens d’« écobuage », se retrouve peut-être dans l’ancien nom de Bayonne sous la forme latinisée Lapurdum, en composition avec urd, « plateau », qui a aussi donné son nom au Labourd.  Le nom de Labets-Biscaye(P.-A.) pourrait être issu de ce même lab– accompagné du suffixe collectif -(e)tz.

 

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

PS : ne vous réjouissez pas trop vite : si tout va bien, un cinquième (et dernier, promis) billet sur ce thème devrait être publié dimanche prochain.

 

La devinette

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine qui aurait pu trouver sa place dans ce billet.

Il est situé dans une commune dont le nom évoque la forme que lui ont donnée les Gaulois en s’y établissant.

J’ai parlé ici de cette commune à propos d’un de ses lieux-dits au nom évocateur d’un taillis épais habité par un animal.

Le canton a été nommé en référence à la rivière qui y coule et au pays dans lequel il se situe, lequel doit son nom aux Gaulois qui l’habitaient.

Son bureau centralisateur doit son nom à celui d’un homme lui aussi gaulois.

Quant au nom du chef-lieu d’arrondissement, bordé par la rivière sus-citée, il est aussi d’origine gauloise, désignant une construction.

Un indice pour la commune :

 

Réponse attendue chez leveto@sfr

 

 

 

Les indices du mardi 31 mars 2026

Un Intrus et TRS ont déjà résolu ma dernière devinette. Bravo à tous les deux !

L’énoncé était le suivant :

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine qui aurait pu trouver sa place dans le billet du jour.

Il est situé dans une commune dont le nom est un hagiotoponyme plutôt gai accompagné d’un mot désignant son couvert végétal.

Le bureau centralisateur du canton doit son nom à celui d’un Gaulois ou Gallo-romain plutôt grand suffixé sans grande surprise et accompagné d’un mot décrivant l’austérité de son environnement.

Le chef-lieu d’arrondissement doit le sien à celui d’un Gaulois plutôt vagabond suffixé d’une autre façon.

Le nom des Gaulois qui vivaient là montre qu’ils  s’étaient éloignés de leur origine.

Il vous faut un indice ?

Bon. Comme je ne suis ni un saint ni ne fais dans la dentelle, je vous propose celui-ci :

Les indices du mardi

■ si l’indice ci-dessus n’a pas suffi, je rajoute celui-ci, pour le chef-lieu d’arrondissement :

■ et celui-ci, pour la commune elle-même :

 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

 

 

Ça sent le brûlé ! III

Après les crémades et les usclades, les arsines et les arsures, je m’attaque aujourd’hui aux toponymes dont le nom est lié au verbe « brûler », soit les Brûlés, les Brûlis et d’autres plus rares.  Si ce verbe évoque souvent des incendies criminels commis en tant de guerre, il rappelle le plus souvent en toponymie un essartage ou la destruction par le feu des herbes, broussailles ou arbustes qui empêchent de mettre une terre en culture et, plus rarement, un lieu exposé au soleil.

Étymologie

Le verbe apparait d’abord sous la forme bruller vers 1120, dont la seconde partie représente l’ancien français usler dérivé du latin ustulare (qui est à l’origine d’usclade). L’initiale br– a une origine controversée. Pour certains, il y aurait eu un croisement entre usler et l’ancien français bruir lui-même issu du francique *brojan, « brûler, griller, échauder » (cf. l’allemand bruhen , « infuser » ou Braten « faire griller ») – de la racine indo-européenne *bh(e)re, « bouillonner ». Pour d’autres, qui font la comparaison avec les verbes italiens brustolare ou abbrustolire, « griller, rôtir », le br– serait issu d’une base méditerranéenne * brusare dont est issu le verbe brucare, « brûler ». D’autres encore ont émis l’hypothèse d’une source commune entre les formes françaises et italiennes qui serait un verbe gaulois latinisé en *brusiare, très douteux faute de correspondant dans les langues celtiques. Enfin, P. Guiraud (Dictionnaire des étymologies obscures, Payot, 1982) fait venir « brûler » d’un verbe *bruscitulare supposé par l’italien brustolare, diminutif d’un *brusciare, « flamber avec de la bruyère », du latin bruscus, « buisson épineux, bruyère ». Séduisante en ce sens qu’elle est compatible avec le principal sens ancien de « brûler », qui est « écobuer, brûler les broussailles ou les herbes », cette hypothèse pêche par le fait qu’elle ne repose que sur des formes reconstituées.

« Brûlé, -e » a été adjectivé très tôt avec les mêmes valeurs que le verbe. « Brûlant, -ante » s’est employé dès le XIIè siècle et jusqu’au XVIIè pour « enflammé, embrasé » puis pour « très chaud, assez chaud pour brûler » en parlant aussi de l’atmosphère. « Brûlis », d’abord bruellëiz (vers 1170) désigne le défrichement par le feu et, par métonymie, l’étendue ainsi traitée. « Brûlerie », d’abord brullerie (1417) a d’abord désigné l’action de mettre le feu, sens qui n’est pas resté, tandis qu’au XVIIIè siècle, est apparu, par métonymie, le sens de distillerie d’eau-de-vie. On verra, dans le cours de l’article, que d’autres dérivés existent avec quelquefois des sens bien précis.

Les toponymes

Dans tout ce qui suit, les noms de communes seront écrits en orange foncé.

Brûlé, Brûle et Brûlet

 Sans surprise, ce sont les toponymes formés sur le participe passé brûlé qui sont de loin les plus nombreux (au moins huit mille rien qu’en France métropolitaine ! ). La plupart d’entre eux, qu’ils soient au masculin (Le ou Les) Brûlé(s) ou au féminin (La ou Les) Brûlée(s), ne présentent pas grand intérêt : il s’agit le plus souvent de terres défrichées par le feu ou, plus rarement, d’incendies criminels provoqués par des guerres. Mes lecteurs les plus attentifs se souviennent peut-être qu’ « au XIIIè siècle, le duc de Bourgogne Eudes III avait fait bâtir une léproserie à Nuits-Saint-Georges (C.-d’Or), lors de l’affranchissement de la ville ; le lieu-dit Les Maladières garde le souvenir de ces bâtiments qui furent ravagés par un incendie lors des Guerres de Religion, comme le rappelle le lieu-dit voisin, Les Brûlées ». Cet exemple n’est bien sûr pas unique, comme en témoigne les dizaines de Maison Brûlée, de Château Brûlé, de Village Brûlé ou encore de Lieu Brûlé. On notera au passage que l’Histoire ne semble pas avoir retenu l’explication du qualificatif donné à Azay-le-Brûlé (D.-S.) – celle donnée par l’Office de tourisme, à savoir l’incendie du village par les Vikings au IVè siècle est à prendre avec des pincettes : le nom Villare ustum n’apparait en effet qu’au XIIIè siècle. Le nom d’Érize-la-Brûlée (Meuse) qui était Erisia au Xè siècle puis Erise-la-Bruleir en 1284, comme celui de Villiers-le-Brûlé (à Piney, Aube) témoignent d’un incendie au XIIè siècle tandis que celui de Villy-le-Brûlé (à Villy-le-Moutier, C.-d’Or – Villey-le-Brûlé en 1350) témoigne d’un incendie au XIVè siècle ;  le nom de Marville-Moûtiers-Brûlé (E.-et-L. – Marville-Moustier-Bruslay en 1612) comme celui de Reims-la-Brûlée (Marne –Rainc la Bruslée en 1530) témoignent d’un incendie criminel lors des guerres de Religion.

Si le défrichement par le feu est bien à l’origine des centaines de Bois Brûlé, on rencontre aussi des arbres solitaires brûlés qui devaient servir de point de repère, d’où les nombreux Chêne Brûlé, Orme Brûlé, Hêtre Brûlé etc.  On ajoutera les nombreux Champ Brûlé et Moulin Brûlé et on aura presque fait le tour…

Oui, j’ai aussi un gin

On s’amusera en rencontrant le Brûle Gueule à Gilhac-sur-Ormèze (Ardc.), le Brûle Cul à Bucey-lès-Gy (H.-Saône), le Ruisseau de Brûle-Choux à La Chapelle-aux-Choux [Sarthe – d’abord Cappella olerum (XIIIè siècle) puis Cappella caulium (XIVè siècle ) puis Val des Choux en 1624 doit bien son nom au chou] et le redondant Arcy Brûlé à Mayet (Sarthe), la Barbe-Brûlée à Cancale ( I.-et-V.), ainsi nommée semble-t-il à cause de nombreux feux de broussailles, la Cuisse Brûlée à Fuligny (Aube) etc. Les quatorze lieux-dits Brûlefer (dont la moitié en Bourgogne-Franche-Comté) indiquent l’ancienne présence d’un forgeron. Les quelques lieux-dits girondins Brûle-Sécaille désignaient les endroits où l’on brûlait les sarments de la vigne taillés (sécaille du latin secare) comme au lieu-dit Brûle-Javelle à Perrusson (I.-et-L.), avec javelle, « fagot d’échalas, de sarments de vigne ». Quant à la Fontaine Qui Brûle de Fismes (Marne), il s’agit d’une source d’eau chaude (c’est aussi l’autre nom, la Font que brulo, de la Fontaine Ardente iséroise vue dans le précédent billet).

On n’osera pas (trop) se réjouir de l’Église Brûlée de Lihons (Somme), du Brûlévêque de Landivy et de Saint-Mars-sur-Fûtaie (Mayenne – écrits en deux mots sur la carte d’état-major de 1820-66 et dans le Dictionnaire topographique de 1878) ni de l’Abbaye Brûlée d’Izel-les-Hameaux (P.-de.-C.) mais on pleurera sans vergogne les Vignes Brûlées de Chailly-en-Gâtinais (Loiret) et le Café Brûlé de Reignac-sur-Indre (I.-et-L., déjà connu sous ce nom en 1879). On s’interrogera sur le Brûlé du Nègre (Cad. Napo. 1837 et IGN) ou des Nègres (FANTOIR) à Chamadelle (Gir.).

On relève enfin quelques diminutifs comme le Brûlet (Montceaux, Ain etc.) ou la Brûlette (Brix, Manche etc.). On trouve également la variante orthographique Bruley (Normandie, Bourgogne-Franche-Comté etc.), devenue patronyme pour quelques La Bruleyre en Gironde. Cependant, Bruley (M.-et-M.) qui était Briviaricum en 836, Bruriacum en 1033 et Brurei en 1130 doit son nom au sobriquet gallo-romain Brevarius, « le bref» et suffixe –acum (le deuxième r de Brurei s’est dissimilé en l sous l’influence du premier).

La variante Brulez comme aux Champs Brûlez à Gignéville (Vosges) est beaucoup plus rare comme  cette autre variante donnant les noms de La Brûlesse  (Sèchebières, Loiret etc.) ou Les Brûlesses (Sigournais, Vendée).

Il conviendra toutefois de prendre garde aux faux amis que sont les toponymes écrits sans accent Brule(s) qui sont issus d’une variante de bruel, breuil, du gaulois brogilo, désignant « un bouquet d’arbres, un jeune taillis, un bord de rivière boisé ». Les choses seraient bien sûr trop simples s’il fallait se fier aux seuls accents : quelques toponymes sont simplement passés d’une étymologie selon brule à Brûlé par attraction paronymique, d’où l’importance de consulter les formes anciennes.  Ainsi Brûlé à Seraucourt (Aisne) était-il Bruille en 1481 et Broeul en 1581, soit un « breuil » ; Brûle à Malzy (id.) était Bruisle en 1266 et Le Bruylle en 1339,  tandis que Brûle à Vénérolles (id.) était fontaine du Brulle en 1632, de même étymologie. On s’abstiendra aussi de pleurer sur le Vieux Brûle à Fignières (Somme) qui, lui aussi, n’est qu’un ancien « breuil ».

Brûlis, Brûly, Brûlins et Brûleux.

Les toponymes issus de ce substantif sont nettement moins nombreux que les précédents. Ils sont généralement sans surprise, désignant généralement un espace de bois ou de bruyère détruit par le feu. Les plus représentés étant (Le ou Les) Brûlis suivis des Bois du Brûlis et des Champs du Brûlis. Il y a de Grands Brûlis et de Petits Brûlis. On rencontre ce type de toponymes principalement dans le Berry, en Sologne, dans les Ardennes, dans l’Aunis et en Saintonge. On remarque un Étang des Brûlis à Jouet-sur-Aubois (Cher) qui était l’estang neuf des Bruleis en 1500.

Il existe une forme féminine, à l’origine de noms comme La Brûlie  à Quelaines-Saint-Gault, May. etc) ou Les Brulies (Azy, Cher etc.). Il existe une variante orthographique avec -y final du type Le ou Les Brûly(s), bien connus en Belgique, que l’on rencontre notamment en Bretagne, dans les Pays-de-la-Loire et dans le Grand-Est.

Sur ce « brûlis » a été formé le nom du brûlier, le garde forestier (Godefroy parle de garde-forêt) chargé de maîtriser le feu. Devenu nom de famille, il est à l’origine de quelques toponymes comme Le Brûlier (Brizeaux, Meuse etc.) ou, pour la maison forestière, La Brûlière (Moncy, Orne etc.) – pour ce dernier, parfois écrit sans accent, il peut s’agir d’une déformation de La Bruyère.

On ajoutera pour terminer les dérivés de brulin (« destruction par le feu » chez Godefroy) que le Pégorier (GTD*) définit comme « brûlage de l’herbe qui recouvre le sol » mais aussi comme « bois taillis sans valeur, bruyères arides », terme surtout employé en Normandie, qui rassemble les deux tiers des 330 toponymes répertoriés dans le FANTOIR, du type sans grande originalité (Le ou Les) Brûlin(s). Avec le même sens mais avec une graphie légèrement différente, on trouve une cinquantaine de Le ou Les Brûlain(s) dont la très grande majorité en Normandie et quelques uns en Bretagne, Pays-de-la-Loire etc.  La commune de Brûlain (D.-S.) qui était Brulenc en 1244 et Brullent en 1258 se rattache sans doute à cette série (TGF*) même si on peut penser à un nom de femme germanique Berila accompagné du suffixe –ing (DENLF*).

La commune de Villers-Brûlin (P.-de-C.) ne doit rien au feu : d’abord Viler en 1182, elle a accompagné son nom de celui de Jehans Brovelins de Vilers pour devenir Vilers Brovelin au XIIIè siècle ; l’attraction paronymique a fait passer son nom à Villers-Bruslin en 1739. Le lieu-dit Le Brûlin à Drocourt (id.) doit son nom aux vestiges d’un cimetière par incinération du IIè siècle qui y ont été découverts (Dictionnaire topographique du Pas-de-Calais, Auguste de Loine, 1907).

En Franche-Comté principalement, mais débordant dans les Vosges, c’est le terme brûleux qui désigne le brûlis : on rencontre ainsi 85 lieux-dits (Au, Aux, Le ou Les) Brûleux

Brûlais, Brûlat, Brûlard et Brûlant

L’ancien français bruleis, « brûlé », est à l’origine du terme brulais désignant une « partie de forêt incendiée, de champ dont les herbes ont été brûlées pour améliorer le sol ». On le retrouve dans Les Brûlais, une commune d’Ille-et-Villaine et dans plus de 230 lieux-dits (La, Le ou Les) Brûlais tous en Bretagne ou dans les Pays-de-la-Loire (sauf deux en Normandie et un en Charente-Maritime) auxquels s’ajoutent moins de dix Le Brûlai et une vingtaine de La Brûlaie.

L’occitan brulat, « brûlé », est à l’origine d’une soixantaine de lieux-dits (Le ou Les) Brûlat(s) en Auvergne-Rhône-Alpes, Nouvelle-Aquitaine et Occitanie.  La présence d’un lieu-dit Chez Brulat à Bussières (Loire) montre que le nom est devenu patronyme, d’où sa présence par exemple en Bretagne (Le Brûlat à La Chapelle-Fleurignè, I.-et-V.) ou dans le Grand-Est (Les Brûlats à Villenauxe-la-Grande, Aube). Le féminin Brulate – pour « la propriété d’un nommé Brulat » se retrouve à moins de dix exemplaires en Bretagne et Centre-Val-de-Loire. Une autre forme féminine Brulatte est présente à quatre exemplaires seulement (deux en Savoie, une dans le Haut-Rhin et une en Mayenne). Il convient de se méfier sur l’étymologie de ces dernières puisque La Brûlatte (May.) était Bruereta en 1130 ce qui oriente vers la « petite bruyère » qui aurait subi l’attraction de « brûler ». Ça n’a pas empêché la commune d’adopter en 1999 un blason « d’argent à la tour de sable ouverte et ajourée du champ, enflammée de gueules, accostée de deux dagues du même ». Le feu est une référence à « l’incendie de la forêt qui a servi d’emplacement pour le village aux environs de 1200 », selon l’auteur du blason, – soit soixante-dix ans après le premier nom connu de la ville…

Ce blason est issu du site l’Armorial des villes et villages de France, avec l’aimable autorisation de son auteur, Daniel Juric.

La forme occitane augmentative avec le suffixe -às est à l’origine de toponymes du type (Las ou Les) Brûlas en Auvergne-Rhône-Alpes, Nouvelle-Aquitaine et Bourgogne-Franche-Comté. Là aussi, la présence de lieux-dits Chez Brûlas (Puy-Malsignat, Cr. ; Cottance, Loire) indique que le nom est devenu patronyme, d’où sa présence dans le Centre-Val-de-Loire et les Pays-de-la-Loire.

Le Pégorier (GTD*) mentionne le brûlard, « bois brûlé » en Saintonge. Étonnamment, on ne trouve aucun toponyme de ce type dans cette région. En tant que patronyme, avec le plus souvent une connotation péjorative d’incendiaire, Brulard est à l’origine d’une soixantaine de toponymes (Le ou Les) Brûlard(s) notamment en Bourgogne-Franche-Comté, Auvergne-Rhône-Alpes etc. On trouve également une dizaine de La ou Les Brulardière(s) en Normandie et Centre-Val-de-Loire mais une seule Brûlarderie (à Biou, M.-et-L.).

Le participe présent, avec le plus souvent le sens de « terre bien  exposée au soleil », apparait à une soixantaine d’exemplaires, parfois seul dans Le, La ou Les Brûlant(es) mais le plus souvent accompagné comme dans Bois Brûlant(s), Champs Brûlants, Le Mont Brûlant etc. On rencontre également La Ville Brûlant à Saint-Sauvier (Allier) qui porte déjà ce nom en 1759 chez Cassini (le domaine fut-il victime d’un incendie ?) et on ne résiste pas  à mentionner le Trou Brûlant  à Écordal (Ardennes), qui ne semble exister que dans le fichier FANTOIR.

Enfin, Le Brûlage n’apparait qu’à cinq exemplaires dans le Loir-et-Cher et la Sarthe, accompagnés du Petit Cloteau des Brûlages (Avessé, Sarthe), qui n’est vraiment pas très grand puisque Cloteau est déjà un « petit enclos près de la maison » (GTD*) – si ça se trouve, ce n’était que la cabane au fond du jardin où on brûlait de l’encens.

 

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

 

PS : Je n’en ai pas fini avec les toponymes liés au verbe « brûler » : la deuxième partie de ce billet, déjà très long, sera publiée la semaine prochaine.

La devinette

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine qui aurait pu trouver sa place dans le billet du jour.

Il est situé dans une commune dont le nom est un hagiotoponyme plutôt gai accompagné d’un mot désignant son couvert végétal.

Le bureau centralisateur du canton doit son nom à celui d’un Gaulois ou Gallo-romain plutôt grand suffixé sans grande surprise et accompagné d’un mot décrivant l’austérité de son environnement.

Le chef-lieu d’arrondissement doit le sien à celui d’un Gaulois plutôt vagabond suffixé d’une autre façon.

Le nom des Gaulois qui vivaient là montre qu’ils  s’étaient éloignés de leur origine.

Il vous faut un indice ?

Bon. Comme je ne suis ni un saint ni ne fais dans la dentelle, je vous propose celui-ci :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

 

 

Archiane à Châtillon-en-Diois (Drôme) : la répàladev

LGF a rejoint Un Intrus en découvrant à son tour la solution de ma dernière devinette. Bravo à tous les deux !

Il fallait trouver Archiane, un lieu-dit de Châtillon-en-Diois dans la Drôme.

Châtillon-en-Diois

Archiane

La toponymie

Archiane : il y avait là un prieuré de l’ordre de Saint-Benoit attesté prioratus de Archiana au XIVè siècle, de l’occitan arsina, « bois brûlé ou incendié » (P. Gastal in NLEF* et J.-F. Martin in Toponymie du Diois). Sans doute les religieux avaient-ils brûlé une partie de la forêt pour s’y installer. Cassini (Feuille 120, Die, 1779) écrit Archiane tandis que la carte d’état-major (1820-66) écrit Archianne. La forme avec –ch– n’est pas exceptionnelle : on a vu par exemple dans le billet Les Archis (Charbuy, Yonne) et Les Archies (Val-de-Louyre-et-Caudeau, Dord.).

On considèrera avec indulgence l’étymologie proposée par Adolphe de Coston en 1872 (Étymologie des noms de lieux du département de la Drôme, page 75) qui voyait dans Archiane le breton (!) ar chan, « le canal ou les fontaines » …

Selon le fichier FANTOIR, il existerait également une Combe d’Archiane à Sainte-Luce (Isère). Le Dictionnaire topographique du département (E. Pilot de Thorey, 1921) mentionne en effet Archianne, un « hameau disparu », qui était Archiana au XIVè siècle, mais que je ne trouve ni dans le fichier ni sur les cartes de l’IGN.

Le Cirque d’Archiane

 

Châtillon-en-Diois

Châtillon : attesté castrum Castillione et territorium Castillionis en 1321 du nord-occitan castillon, « forteresse, petit château ».

Diois : du nom de Die, sous-préfecture de la Drôme. Comme je l’expliquais dans ce billet : Die était Dea Augusta Vocontorium au IIIè  siècle et plus simplement Dea Bocontorium au siècle suivant. La déesse tutélaire du lieu, simplement appelée Dea, semble être en réalité la déesse indigène Andarta.

Châtillon-en-Diois a fusionné en 2019 avec sa voisine Treschenu-Creyers, elle-même résultat d’une fusion en 1972. J’avais exploré cette dernière lors d’une réponse à un lecteur le 19 janvier 2022 :

Treschenu : castrum de Tres Canutis en 1242, dans lequel Ch. Rostaing (DENLF*) a vu la racine oronymique pré-indo-européenne *kan (trois rochers ? trois montagnes?), mais il est peut être préférable d’y voir l’adjectif occitan chanut,  « joli, excellent, vigoureux, plantureux, de bonne qualité » (TDF*) précédé de l’adverbe d’intensité très : ce serait un lieu « très bien », fertile et agréable (TGF*).

Creyers  : étymologie mal assurée. Attesté Creers en 1145. À rapprocher du lieu-dit Creyers de la commune de Montbrand (H.-Alpes) qui était Crarie  en 739 puis Creers  en 1145. Peut-être du nom d’homme roman Crearius  (TGF*) ou dérivé du dauphinois crey variante de la forme dialectale masculine crest du français « crête » (DENLF*).

Les indices

■ un petit château, soit un châtillon et la Grande Ourse dans le ciel, soit Andarta (j’allais écrie « déesse éponyme » mais ce n’est pas tout à fait vrai, cf. plus haut) : Châtillon-en-Diois.

 

 

 

 

 ■ une grande partie de l’action des Âmes fortes, de Jean Giono, se passe à Châtillon-en-Diois.

 

 

 

 

■ La « fédération de tribus » : il s’agissait des Voconces, « les vingt (tribus) », déjà rencontrés lors de la récente devinette consacrée aux Badaffres des Granges-Gontardes.

 

 

Les indices du mardi 24 mars 2026

Un Intrus a déjà résolu ma dernière devinette. Félicitations !

Rappel de l’énoncé :

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié aux mots du jour. [ arcis, arsine, arsure …]

Il est situé dans une commune C1 dont le nom est celui d’un type de bâtiment accompagné du nom du pays dans lequel elle se trouve.

Cette commune C1 a récemment fusionné, tout en conservant son nom, avec une commune C2 dont le nom associe par un trait d’union celui des deux communes C3 et C4 qui avaient fusionné près de cinquante ans auparavant.

C3 et C4 portent des noms dont l’étymologie n’est pas assurée : le nom de C3 pourrait signaler un lieu particulièrement bien sous tous rapports ou bien dériver d’un très ancien oronyme ; le nom de C4 pourrait provenir de celui d’un homme latin ou bien dériver, là aussi, d’un oronyme.

Le nom du pays, qui est aussi celui du canton, est issu de celui de sa ville principale, laquelle porte un nom de divinité.

 

Les indices du mardi

■ L’indice ci-dessus concerne le nom de la commune C1 – et donc aussi le nom du pays.

■ Toujours pour la commune C1 :

■ Le nom du peuple gaulois qui occupait la région montre qu’il s’agissait d’une fédération de tribus.

 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Ça sent le brûlé ! II

Il est paraît-il

Des terres brûlées

Donnant plus de blé

Qu’un meilleur avril.

Jacques Brel

Après avoir vu les crémades et les usclades dans le précédent billet, je m’intéresse aujourd’hui comme promis à d’autres toponymes ayant trait au feu, qu’il soit volontaire ou non.

En toponymie, les arcis, les arsines et leurs variantes désignent des terres brûlées pour préparer la mise en culture,  des landes ou des forêts volontairement incendiées pour le défrichement ou encore des lieux victimes d’un incendie accidentel ou criminel.

Étymologie

L’ancien français arceis ou arcis, « action de brûler, incendie », l’occitan arsina, « bois incendié ; cendre résultant de l’écobuage » ou  arsura, « brûlure »,  proviennent du verbe arser ou ardre, « brûler », lui-même du latin ardere, donnant arsus au participe passé.

Le dictionnaire de Godefroy (en ligne) définit le masculin arseis , arseiz, arsis, arsiz comme « incendie » et ajoute « endroit rempli de bois brûlé, amas de chardon allumé ou de cendre chaude ». Le verbe arser est donné pour « brûler, incendier », arseur ou arsure pour « brûlure, incendie, feu » et arsin ou arcin pour « incendie ».

Le Pégorier (GTD*) donne différentes variantes :

  • arce : sol défriché par incendie ; mauvaise graphie pour arse – Savoie.
  • arse, arsine : terrain brûlé, défriché par le feu. Variantes : arsis, arce, arselle, arcelle. – Alpes, Sud-Est.
  • arsi : sec, desséché par le soleil – Mayenne.
  • arsis : lieu qui a été défriché par le feu.

Comme on le verra en découvrant les toponymes, il existe d’autres variantes dont quelques unes plus difficiles à identifier.

On notera enfin que l’adjectif arsin, arsine qualifie un « bois sur pied qui a été endommagé ou détruit par le feu » et que le nom arsin désignait l’« exécution de justice qui, au Moyen-Âge, consistait à brûler la maison du condamné », notamment dans le nord de la France, comme à saint-Omer. Il n’est pas impossible que certains toponymes  de ce type soient liés à cette coutume.

Toponymie

Arsine, Arsin et Arsure

On ne compte qu’un seul lieu-dit Arsine, 1667 m à Villar-d’Arêne (H.-A.), dont le nom est monté au Pic du Glacier d’Arsine, 3 364 m, et au Col d’Arsine, 2 348 m au dessus du Lautaret, à Monêtier-les-Bains. Le sens serait ici celui d’un bois qui aurait pris feu, de quelque manière que ce soit. Le sens d’écobuage semble en effet moins adapté pour ce lieu où toute culture semble impossible. Paul Joanne (Dictionnaire géographique et administratif de la France …, 1890) émettait, outre l’hypothèse du bois incendié, celle d’une corruption d’ourcine, en « souvenir d’un exploit de chasse à l’époque où les ours étaient la terreur des pâturages alpins ». Avec une graphie légèrement différente, on trouve le nom d’Arcine, une ancienne commune de Haute-Savoie aujourd’hui fusionnée dans Clarafond-Arcine, un redondant Les Esserts d’Arcine (essert : variante d’« essart », terrain défriché) à Chaumont du même département et un diminutif Les Arcinelles à Corbeilles dans le Loiret. L’agglutination de l’article est à l’origine du nom de Larcine à Anglade (Gir.).

Le masculin n’est guère plus représenté avec Le Grand Arsin à Lassay-les-Châteaux (May.), la commune d’Arcins (Gir., Arcyns en 1279 : un nom d’homme latin Arcinius non suffixé semble moins probable), L’Arcin à Loupfougères (May.), un Champ de l’Arcin à Réaumur (Vendée) et quatre ou cinq Les Arcins (Oz, Is. ; Lallaing, Nord etc.). L’agglutination de l’article a fourni, là aussi, quelques noms comme la Campagne de Larsin (Gauville, Orne) ou le Pré de Larsin (La Ferté-en-Ouche, id.)  ainsi que le Bois Larcin à Sion-les-Mines (L.-A.) et le Clos Larcin à Lapenty (Man.) – où Larsin ou Larcin pourraient être un nom de famille.

Le terme arsure, oublié du Pégorier (GTD*), est donné généralement comme jurassien (NLEF*) et se rencontre dans le nom de  Les Arsures (Jura) et, accompagné de son diminutif, dans le nom d’Arsure-Arsurette (Jura) et de quelques lieux-dits Arsure(s) dans le Jura et le Doubs,  ainsi que dans Larsure aux Combes et à Fournets-Luisans (Doubs).

Un vin qui fait de l’effet

(et il ne l’a pas volé)

Arse, Arcis et Arcy

Ces différentes formes, souvent de même sens que les précédentes, sont accompagnées d’homonymes qui peuvent en rendre l’interprétation difficile.

Les toponymes du type Ars, outre le sens de terre brûlée, peuvent être confondus avec des dérivés du latin arcus, « arc, arche » (de pont ou aqueduc romain) comme pour Ars-sur-Moselle (Mos., Arx en 881), Ars (Creuse, Arcs vers 1167) etc. En revanche, des noms comme le Bois d’Ars à Folles (Vienne), les Champs de l’Ars à Seix (Ariège), le Pré d’Ars à Charavines (Is.) etc. sont probablement des bois ou des terres brûlées. Le Moulin-Ars à Saint-Calais (Sarthe) qui était le Moulin aux Chanoines en 1391 a certainement était victime d’un incendie. Dans la Vienne, le déterminant de Saint-Julien-Lars (Ecclesia Sancti Juliani Arsi en 1119) et de  Saint-Martin-Lars-en-Sainte-Hermine (Ecclesia Sancti Martini Arsi en 1096) représente bien le défrichement par le feu.

Le féminin Arse et sa variante Arce sont également représentés : l’Arse à Thorens-Glières (H.-Sav.) et à Cisternes-la-Forêt (P.-de-D.) sont des lieux-dits en forêt, la Grande Arse à Mézens (Tarn) rappelle un ancien écobuage, la Maison-Arse à Fontaine-Simon (E.-et-L.) a été incendiée comme le rappellent ses noms  La Maison de Bois en 1631 et la Maison Bruslée en 1714 etc. La Commune d’Arces-Dilo (Yonne, Arcea au VIIè siècle, « brûlée » ; Deilocus en 1132, « le lieu de Dieu) est issue d’un défrichement par le feu. Les hameaux Arce à Limoux (Aude, Arsa en 1251), à Auterive (H.-G.) etc. sont eux aussi d’anciens défrichements. Avec le sens de « brûlé par le soleil, aride », on trouve des noms comme Puy de Peyre-Arse dans les monts du Cantal et la Peyrarce, à l’ouest des Mauves (Ardc.), une butte boisée au sommet dénudé. Les diminutifs sont représentés par L’Arselle, une clairière à Chamrousse (Is., Pratum de Arcella au XIVè siècle) et quelques autres en Savoie et Isère.  Mais, là aussi, les faux amis sont nombreux : l’Arce est un affluent de la Seine à Merrey-sur-Arce (Aube) dont le nom est issu de l’hydronyme pré-celtique *alis ; arce est un mot francoprovençal désignant un chalet de montagne comme aux Arces à Valloire (Sav.) ou à la Pointe des Arces à Bonneval-sur-Arce (id.) ; le nom d’ Arces vu plus haut (Yonne ; Ch.-M. etc.) pourrait être issu du nom de personne latin Artius et suffixe féminin-a.  Arcey (C.-d’Or) était Arceis en 1016, tandis qu’Arcey (Doubs) était Arces et Arceyes au Xè siècle, ce qui semble orienter vers l’ancien français arceis, « incendie » (NLBo*) mais n’empêche pas Dauzat & Rostaing (DENLF*) d’y voir le nom d’homme gaulois Artius et E. Nègre (TGF*) celui du latin Arsius et suffixe –acum.

  Les toponymes du type (Les) Arcis sont de loin les plus nombreux : le fichier FANTOIR en compte plus de deux cents, sans compter une trentaine de féminins (L’ ou Les) Arcie(s) et d’autres variantes plus rares. Les  risques de confusion avec d’autres étymologies sont, là aussi,  possibles et seules les formes anciennes du nom ou l’histoire locale peuvent permettre de lever le doute.  Les Arsis à Magrie (Aude, Als Arsitz en 1289) et Les Arcis à Verdun-en-Lauragais (Aude, Arsis, en 1771) ; Les Arsis à Marseilles-lès-Aubigny (Cher, le Chezeau des Arzseis en 1410) ; Arcey à Sombernon (C.-d’Or, villa que vocatur Arceis en 1017) ; Les Arsiz à Saint-Denis-d’Augeron (Eure, même nom en 1219) ; Les Arcis à Vielprat (H.-L., in Arcis en 1310) ;  Les Arsis à Louvigné (May., « bois défriché vers 1863 » précise le Dictionnaire topographique du département) ; Arcé-Fays à Vaubecourt (Meuse, Arcy-Fay en 1312; avec fay du latin fagetum, « hêtraie ») ; Les Arcis à Asnières-sur-Vèbre, Sarthe, Les Arsis en 1572), L’Arcis à Saint-Christophe-du-Jambet (Sarthe, l’Arsi en 1801) et le redondant Arcis-Brûlé à Mayet (Sarthe, Larcy-Brûlé en 1765) ; Les Arcis à Montmorillon (Vienne, Les Arsis au XIIè siècle) ; Les Archis à Charbuy (Yonne) etc. sont tous à coup sûr des endroits brûlés de quelque manière que ce soit. On trouve une variante dans le nom des féminins Les Arcies à Boisseuil (Dord.) et Archies à Val-de-Louyre-et-Caudeau (Dord., Arsis en 1785), dans celui des Arcisses à Chambon-sur-Lignon (H.-L., Larcisse en 1888), dans celui de L’Arcille à Touchay (Cher, L’Arsille en 1768, un diminutif), dans celui des Arcissas à Saint-Georges-Lagricol (H.-L., suffixe augmentatif –às)  et dans celui de Larcis à Antrenas (Loz) qui a subi l’agglutination de l’article.  On peut leur ajouter le nom de la commune nouvelle d’Arcisses (E.-et-L.) qui était à l’origine celui d’un hameau de l’ancienne commune de Brunelles  appelé Arsiz en 1120, défriché par les moines de l’abbaye de Thiron. En revanche, Les Arcis à Chaumes-en-Brie (S.-et-M., Arcisius en 1005 et Arciacum en 1189), Arcis-sur-Aube (Aube, Artiaca au IVè siècle et Archiacum au VIè siècle) et Arcis-le-Ponsart (Marne, Arseium au XIè siècle et Arciacum en 1209) sont plus sûrement issus du nom d’homme gaulois Artos (« Ours ») ou gallo-romain Artius. Pour certains de ces noms, on peut envisager le celtique *artu, « pierre » : ce serait le cas pour Arcis-sur-Aube  selon P.-H. Billy (DNLF*). Reste le nom de l’Arcis, un ruisseau des Pyrénées-Atlantiques et du Gers, dont le nom est attesté l’aygue  aperade lo Arsiis en 1538 dont il est difficile de savoir s’il a pris le nom d’un lieu défriché par le feu ou s’il le doit là aussi au nom d’homme Artius ou au celtique *artu.

La graphie avec –y final apparait à une centaine d’exemplaires dans le fichier FANTOIR, pour lesquels cette finale oriente plutôt vers des dérivés en –acum des noms de personne gaulois ou gallo-romains vus ci-dessus. C’est le cas pour Arcy-sur-Cure (Yonne, Arsiacum avant 1133), Arcy-Sainte-Restitute (Aisne, Arceius en 1100), Pont-Arcy (Aisne, Pons de Arseio en 896) et Arsy (Oise, Arsiacum en 1230). En revanche, Bois-d’Arcy (Yv.), qui était Sylvam de Arsitio et in sylva Arsitio en 1169 puis Bois darsis en 1335 et boscus arcisi en 1352, s’est bien développé  sur un  « bois brûlé » ou défriché par incendie, comme le Bois d’Arcy à Montigny (Cher).  La commune de Viel-Arcy (Aisne), était Vicus Arsus en 1297, « où l’on reconnaît le latin vicus, « village », accompagné de l’adjectif arsus, « brûlé ». Le passage de vicus à viel s’explique par un traitement de vicus en  veculus, sur le modèle de vetulus, « vieux », et par la chute du -c– intervocalique donnant ve (c) ulus. Arsus, « brûlé », a été remplacé par l’ancien français arseis, « incendie, endroit rempli de bois brûlé » »  (cf. cette  répàladev il y a plus de six ans). Pour certains toponymes, la présence de l’article agglutiné plaide pour des noms récents donc liés au feu plutôt qu’à un nom d’homme latin comme pour Larcy à Neuilly-le-Brignon (I.-et-L., L’Arcy en 1768), Larcy à Saint-Aubin-de-Terregatte (Manche, Les Arcis en 1768) et quelques autres.

Ardent

 

Des toponymes formés sur le participe présent « ardant » ou « ardent » se rencontrent à un peu plus de cent exemplaires du type Ardent, Ardant ou Ardens sans qu’il soit bien facile d’en saisir le sens précis. Certains de ces noms peuvent être liés à des incendies volontaires ou accidentels comme le Bois Ardent à Vars (Char.) ou les Ardens à Abondance (H.-Sav.), d’autres peuvent qualifier un lieu particulièrement exposé au soleil comme le Cros Ardent à Florac (Loz., cros « creux ») et d’autres enfin peuvent être de pieuses évocations du Buisson Ardent (Prémont, Aisne ;  Viabon et  Morancez, E.-et-L. etc.).  La commune d’Ardentes (Indre), qui était Ardentia en 1095, pourrait devoir son nom à l’oïl (pierres) ardentes, « chaux vive, pierre à chaux » (TGF*) correspondant aux fours à chaux qu’il y avait là en quantité (Dictionnaire administratif et géographique de la France, A. Joanne, 1890) plutôt qu’à un nom d’homme latin *Ardentius, « ardent », non attesté (DENLF*). On rappellera également la Fontaine Ardente au Gua (Is.), qui crache du feu. 

 

 

PS : le titre du billet n’a rien à voir avec les élections …

 

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

 

La devinette

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié aux mots du jour.

Il est situé dans une commune C1 dont le nom est celui d’un type de bâtiment accompagné du nom du pays dans lequel elle se trouve.

Cette commune C1 a récemment fusionné, tout en conservant son nom, avec une commune C2 dont le nom associe par un trait d’union celui des deux communes C3 et C4 qui avaient fusionné près de cinquante ans auparavant.

C3 et C4 portent des noms dont l’étymologie n’est pas assurée : le nom de C3 pourrait signaler un lieu particulièrement bien sous tous rapports ou bien dériver d’un très ancien oronyme ; le nom de C4 pourrait provenir de celui d’un homme latin ou bien dériver, là aussi, d’un oronyme.

Le nom du pays, qui est aussi celui du canton, est issu de celui de sa ville principale, laquelle porte un nom de divinité.

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

La Clédelle à La Salvetat-sur-Agout (Hér.) : la répàladev

Un Intrus et LGF sont les seuls à avoir résolu ma dernière devinette. Bravo à tous les deux !

Il fallait trouver La Clédelle à La Salvetat-sur-Agout dans le canton de Saint-Pons-de-Thomières de l’arrondissement de Béziers, dans l’Hérault.

La Salvetat-sur-Agout :

La Clédelle :

 

Les toponymes

La Clédelle : Frank R. Hamlin (TH*) a relevé les formes anciennes du nom suivantes : cum capelle  S. Martini de Uscadellas en 940 ; S. Martini de Uscladellis en 1262 ; prior de Uscladellis en 1351 ; prieur de Cladelles en 1518 ; Thomas Cros de la Cladela, terra del dict loc de la Salvetat en 1578 ; S. Martini d’Uscladeles en 1612 ; St Martin d’Uscladelles en  1665-81 et La Cledelle en 1773 chez Cassini. Les premières formes du nom sont issues sans ambiguïté de l’occitan usclada, « brûlée », muni du suffixe diminutif –ela.  Le nom a subi l’attraction paronymique de l’occitan cleda, « claie de parc », qui a entraîné l’aphérèse de la première syllabe. Malgré le retour des formes étymologiques au XVIIè siècle, c’est la forme non étymologique qui a fini par s’imposer.

On pardonnera à E. Nègre (TGF*) qui n’avait semble-t-il pas accès aux formes anciennes, puisque le Dictionnaire topographique de l’Hérault (Eugène Thomas, 1865) n’en mentionnait pas, et qui voyait donc dans La Clédelle l’occitan cledello « petite claie ». Sans doute s’est-il contenté de recopier F. Mistral (TDF*) qui écrivait, à tort :

La Salvetat-sur-Agout :

Salvetat : attesté ecclesiam de Salvetas en 1102 puis Salvetat en 1171, de l’occitan salvetat, « sauveté », c’est-à-dire « lieu d’asile » généralement organisé par une autorité ecclésiastique. Il s’agissait ici de terres autour de la chapelle de Saint Étienne de Cavall, mises en valeur dès le Xè siècle par des paysans attirés par les privilèges accordés. Le nom de la rivière, l’Agout, a été ajouté en 1848, pour éviter la confusion avec les autres communes du même nom.

♦  Agout : cet affluent gauche de l’Hérault était dit fluvium qui dicitur Aquotis ou Aguotis  en 820. Selon E. Nègre (TGF*), ce nom est dérivé du bas latin *ad-guttum, « canal, égout », qui a donné l’oïl agout, « égout ». J. Astor (DNFLMF*) explique ce nom par l’ancien occitan agot désignant un fossé de drainage. Le terme est resté dans l’expression faire un agot, « dériver un ruisseau pour prendre le poisson dans la partie aval asséchée ». Le verbe agotar, qui est issu du substantif, signifie « assécher, vider un puits, un fossé ». L’un et l’autre correspondent à « égout » et « égoutter », déjà connus de l’ancien français au XIIIè siècle.

Franck R. Hamlin (TH*) préfère voir plus simplement dans ce nom un dérivé d’*aquotem, sur aqua, « eau ».

Saint-Pons-de-Thomières : c’est en 936 que le comte Raymond Pons de Toulouse fait construire un monastère, nom loin d’un lieu alors nommé Tomerias.

Saint-Pons : dédié au saint martyr auquel le comte de Toulouse doit son deuxième prénom, le monastère est attesté glorioso martyri Pontio, Thomeriensi monasterio et S. Pontio Thomeriensi monasterio en 936. Saint Pons fut martyrisé en 257 à Cimiez, alors préfecture romaine, aujourd’hui simple quartier de Nice.

Thomières : attesté monasterium… nomine Tomerias en 939, monasterii S. Pontii Tomeriensis en  940 et S. Pontii Tomeriarum .. ecclesiam en 940. À la suite de Paul Fabre (NLL*) et de B. et J.-J. Fénié (TO*), Franck R. Hamlin (op. cit.) voit dans ce nom l’occitan tomièra « clayon de laiterie » (issu d’un mot pré-latin), terme se rapportant à la fabrication de fromage, ce que l’élevage qui existait sur les pentes du Somail semble confirmer. Mais P.-H. Billy (DNLF*), affirmant que le terme tomièra ne serait attesté qu’en Dauphiné (zone franco-provençale et occitane) – ce que le Trésor du Félibrige, à l’article toumiero, ne précise pas – préfère suggérer un dérivé en –aria au pluriel du celtique *tumo (cf. le breton tumenn, « manteau de cheminée », l’ancien irlandais túaim, « colline, monticule ») issu de l’indo-européen *tumo, « gros » : le nom ferait alors référence aux hauteurs qui entourent Thomières. Cependant, X. Delamarre (NLCEA*), ne signale pas ce nom comme celtique.

Tomme ou tome est la forme francisée (attestée en 1581) de toma, mot dialectal attesté en ancien provençal vers 1200 au sens de « fromage frais » et en ancien dauphinois pour désigner un petit fromage. L’origine de ce mot est obscure : on peut supposer un prélatin *toma ou *tuma (cf. les correspondants calabrais et sicilien tuma) auquel se rattacherait le latin tumere, « gonfler », cf. « tumeur ». (Dictionnaire historique de la langue Française, Alain Rey, éd. Le Robert, 1992). Ces précisions suggèrent que l’hypothèse avancée par P.-H. Billy serait la bonne.

Bédérrès et Béziers :

Le Bédérrès ou Bitterois est un pays historique du haut Moyen Âge, formé de l’ancien diocèse de Béziers, dont le nom est attesté in Beterrensi territorio après 673. Ce nom est formé sur l’ancien nom de la ville Bitteris muni du suffixe d’appartenance –ense, d’où la forme occitane Bederrez attestée en 1118. La ville est attestée Baeterras dès 17 av. J.-C. . On peut faire le rapprochement avec l’ancien nom du Guadalquivir espagnol, Baetis, et le nom antique de la ville catalane Mataró, Baetulo : le radical est bien attesté en zone ibérique et le suffixe –err est lui aussi attesté par ailleurs. Le radical est un prolongement en –to d’une racine ibérique *bai, apparentée à l’indo-européen * ghai, « clair, lumineux ». La forme latine, à l’ablatif pluriel Beterris attesté  au IIIè siècle dans l’itinéraire d’Antonin, a donné l’occitan Beders en 1118 et sa variante Bezers en 1213, d’où la forme française Béziers attestée en 1370 donnant Le Biterrois pour nommer le pays.

Les indices

■ ce treillis de bois devait faire penser à une (petite) claie, donc une clédelle

 

 

■ il fallait reconnaitre Soupalognon y Crouton, chef des Ibères et des Ibères à Béziers, le chemin était tout tracé.

 

Les indices du mardi 17 mars 2026 :

Un Intrus, décidément très fort, a déjà résolu ma dernière devinette. félicitations !

Rappel de l’énoncé :

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié à un des mots du jour  [cremat et usclade] déformé par une attraction paronymique.

La commune qui l’abrite a déjà été vue plusieurs fois sur ce blog, non seulement à propos d’un autre lieu-dit lié lui aussi au défrichement mais encore à propos de la tranquillité qu’elle offrait à ses habitants

Cette commune ayant déjà fait l’objet d’une devinette, il m’est difficile de vous proposer des indices qui ne l’aient pas déjà été et qui vous  rendraient le travail trop facile …

Le nom du bureau centralisateur du canton est un hagiotoponyme complété par un terme désignant plus sûrement le relief environnant qu’une production agricole locale.

■ Un indice pour le lieu-dit lui-même :

■ Un indice pour le pays :

 

Les indices du mardi

■ C’est une aphérèse qui rend le toponyme difficile à identifier comme étant issu d’un des mots du billet.

■ Le nom de la commune, un lieu particulièrement tranquille selon son étymologie, est accompagné par celui de la rivière qui y coule, particulièrement malpropre selon son étymologie.

■ C’est un comte de Toulouse qui fit bâtir le monastère dédié au saint éponyme du bureau centralisateur du canton. Des reliques de ce saint, martyrisé sur les rives de la Méditerranée, furent transportées dans ce monastère.

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr