Un Intrus est resté seul découvreur des réponses à mes dernières devinettes. Félicitations !
Les deux toponymes qu’il fallait trouver sont situés dans les Pyrénées-Orientales :

Le premier était le Cortal Triador situé à Corsavy, dans le canton du Canigou (bureau centralisateur : Amélie-les-Bains-Palalda) de l’arrondissement de Céret, dans les Pyrénées-Orientales.

■ Cortal Triador (à gauche sur la carte) : du catalan cortal, « bergerie » et triador « trieur ; parc de triage ». A. Pégorier (GTD* ) écrit : « Dans le parler catalan des Pyrénées-Orientales, bergerie se dit cortal, que le bâtiment soit dans un village ou sur un lieu de pâturage, qu’il soit couvert d’une toiture de tuiles ou de chaume ou d’une voûte de pierre sous un revêtement de terre ». On y parquait et triait les brebis avant le retour de transhumance. L’endroit est baigné par le Còrrec de Cortal Triador, avec còrrec, « petit torrent, ruisseau, ravin ».
On remarquera que le fichier FANTOIR appelle cet endroit Cortal Friado ce qui ne veut plus rien dire :

Le cadastre napoléonien (feuille C1, 1810-46) mentionne bien, lui, le Cortal Triado et la Rivière de Cortal Triado :

■ Corsavy : attesté Cortsavi et Corsavin au XIVè siècle puis de Corsevi en 1320, de l’ancien catalan cort, « domaine » et nom propre Sabin du propriétaire.
■ Canigou : à l’occasion d’un billet consacré aux Montañas Pirineos, j’écrivais : Le Canigou est le point culminant du massif du même nom, sur la commune de Vernet-les-Bains ( Pyr.-O.). Ce nom est attesté, montem Canigonis, dès 845. Sans aucun doute pré-roman, mais certainement pas celtique (sa localisation et son caractère unique l’interdisent presque à coup sûr), ce nom est issu d’une base indo-européenne *can– , « blanc » ou, mieux, *caneco , « jaune d’or », suivi du suffixe –one. La montagne aurait été ainsi appelée d’après la couleur prépondérante de ses roches. L’ hypothèse donnée par wiki — du phénicien transformé deux fois par les Grecs puis bénéficiant de la déclinaison latine — est, disons, pour rester aimable, rigolote.
■ Amélie-les-Bains-Palalda :
♦ Amélie-les-Bains : d’abord simple hameau connu sous le nom de Bain d’Arles qui prit le nom en 1840 de la reine Marie-Amélie, épouse de Louis Philippe, et devint commune du canton d’Arles-sur-le-Tech.
♦ Palalda : attesté Paladdenum en 833, in Palatiotano en 881, de Palacio Dano en 967, de Palan Dani en 1011 et in Paladdano en 1017. Du bas-latin palatium, « lieu défendu par une enceinte de pieux » et nom de personne germanique Alda(n) (TGF*) ou de palatium, « palais » d’époque mérovingienne ou carolingienne, et nom d’homme gaulois ou germanique Danus (DENLF*)
■ Céret : dans un article consacré au cerisier, j’écrivais :
Céret (P.-O.) est attesté Sirisidum avant 814. Les attestations suivantes du IXè au XIIè siècle ramènent au latin ceraseum accompagné du suffixe collectif –etum. Dans le groupe consonantique rs, le s a été assimilé par la consonne précédente : c’est ainsi qu’on passe de Cersed (1103) à Ceret (1143). Selon P.-H. Billy (DNLF*), contrairement aux affirmations de Dauzat & Rostaing (DENLF*) et E. Nègre (TGF*), le nom de Céret ne peut pas venir et ne vient pas du nom du peuple Cerretani, d’autant que la capitale romaine en était Llivia et que Céret se trouve dans le bas Vallespir.
Je me suis permis de rajouter ce paragraphe à la rubrique « toponymie » de la page wikipedia consacrée à Ceret et j’ai ajouté :
Le nom de ce peuple est mentionné Κερρητανοὶ par Strabon en 7 av. J.-C. par Strabon, Ceretani en 77 par Pline l’Ancien, et Ceretes par le poète Avienus au milieu du IVè siècle : aucune de ces formes ne peut être à l’origine de Sirisidum attesté en 814.
Le deuxième lieu à trouver était le Pla dels Triadors, situé à Dorres dans le canton des Pyrénées catalanes de l’arrondissement de Prades du même département.

■ Pla dels Triadors (en haut sur la carte) : du catalan pla, « plan, plateau » et triadors « trieurs ; parcs de triage ». On trouve là une Cabane des Triadors (carte IGN ) ou Baraque des Triadous (carte IGN 1950), où s’abritaient les bergers.
■ Dorres : attesté Edors en 1011 et Dorres en 1220, de l’hydronyme pré-celtique *iturr, qui a donné le basque iturri « fontaine » (TGF*) ou de l’hydronyme *dur (NLPBG*)
■ Prades : attesté Prata en 842, du latin neutre pluriel prata « les près », devenu bas-latin pratas, féminin pluriel.
*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Les indices
■ Les plus perspicaces ont bien compris qu’il ne fallait pas s’arrêter sur Alès, c’eût été trop facile. Il fallait remarquer la publicité murale pour Byrrh, la célèbre boisson au quinquina mise au point par Simon et Pallade Violet, deux frères issus d’une famille modeste de cinq enfants dont le père était muletier dans leur village natal de Corsavy. C’est ce qu’on apprend en lisant leur histoire ici.

■ ce minerai de soufre devait orienter vers Dorres, connu pour sa source d’eau chaude sulfureuse qui jaillit à 42 °C aux Bains de Dorres.
■ Marie-Amélie de Bourbon peinte par Fragonard, devait orienter vers Amélie-les-Bains, bien sûr.
■ le violoncelliste Pablo Casals, peint par Juan fernandez, devait orienter vers Prades, bien sûr.