Un Intrus et LGF ont déjà résolu ma dernière devinette. Bravo à tous les deux !
J’en rappelle l’énoncé :
Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine qui aurait pu figurer dans le billet du jour. Le mot du jour [mardelle, marzelle, margelle …] est ici accompagné d’un second élément.
Le nom de la commune qui l’abrite est issu de celui d’un homme latin accompagné du nom des religieuses qui y ont vécu.
Le nom du bureau centralisateur du canton est lui aussi issu de celui d’un homme latin.
Le nom du chef-lieu d’arrondissement rappelle la nature de sa terre (mais là aussi, des hommes latins ou même germaniques ont été évoqués).
■ un indice pour le nom de la commune :
■ un indice pour le chef-lieu d’arrondissement :
■ un indice pour la région :
■ je vous proposerais bien un indice pour le bureau centralisateur du canton, mais je ne voudrais pas être le chat noir.
Les indices du mardi
■ le dernier indice ci-dessus peut aussi être considéré comme en rapport avec le deuxième élément du nom à trouver.
■ toujours pour le bureau centralisateur du canton :
■ un indice pour une légende toponymique concernant le chef-lieu d’arrondissement
Plusieurs auteurs (A. Nicolaï, Les mardelles gauloises en Gironde, 1948 ; G. Souillet, Archéologie et toponymie, 1953) ont montré que « mardelle » désignait à l’origine le « fossé circulaire qui entourait autrefois une habitation rustique » . Le Pégorier (GTD*) donne à « mardelle » le sens de « fosse, excavation, souvent vestige d’un habitat antique », notamment dans l’Oise, le Berry et en Touraine. Le TLFi définit « mardelle » comme une « petite dépression plus ou moins conique qu’on trouve en Berry et sur certains plateaux calcaires du nord de la France ».
Pour certains auteurs, la signification archéologique de « mardelle » est multiple : il peut s’agir principalement de dépressions liées à des habitats du genre cabane, d’une fosse d’extraction d’argile ou de minerai, dur résultat de l’ effondrement de fours etc. (L. Langouët et G. Souillet, Les Mardelles, Mardrelles ou Marzelles dans la microtoponymie de la Bretagne, 1988).
Par extension, le même terme a désigné une petite mare, quelle qu’en soit l’origine, dans le Centre, une tourbière dans le Bas Maine ou encore un endroit humide marécageux dans l’Yonne (GTD*). Enfin, le même terme a désigné une « doline enrobée de dépôts argileux imperméables (Commission des phénomènes karstiques, 1972).
L’étymologie est la même que pour « margelle », attestée sous la forme marzelle en 1160, d’un latin populaire *margella, dérivé de margo, au sens de « rive, terrain en bordure d’une rivière ». Ce n’est que vers 1185 que « margelle » prendra le sens de bord d’une fontaine ou d’un puits, seul sens encore présent à l’époque moderne. Le dictionnaire de Godefroy regroupe dans la même entrée les termes « margelle, margele, mardelle, marzelle, marselle, marcelle, mardrelle » sous le seul sens d’« assise de pierres que forme le rebord d’un puits, d’une fontaine ».
Le mot ne semble pas connu en occitan qui dit pèira del potz ou relaiset pour la margelle du puits
Mardelle
On compte près de mille toponymes du type (La ou Les) Mardelle(s), tous situés en pays de langue d’oïl. Sous une forme simple, on citera Les Mardelles à Prémery (Nièvre) qui désignent un ensemble de petites mares dispersées dans la forêt. Outre des adjectifs habituels (Grande, Petite, Longue .. ) ou des locutions adverbiales (d’en haut, d’en bas …), le terme a été souvent accompagné d’un déterminant comme le nom du propriétaire (La Mardelle des Filles à Saint-Valérien et la Mardelle des Cocus à Villeneuve-la_Dondagre, dans l’Yonne etc.), un nom de végétal (La Mardelle des Ormes à Dollot, Yonne ; la Mardelle des Fougères à Pers-en-Gâtinais,Loiret etc.), un nom d’animal (La Mardelle aux Loups à Dollot et la Mardelle aux Ânes à Gron, dans l’Yonne ; La Mardelle au Coq à Courtenay, Loiret etc.) et bien d’autres (la Mardelle d’Enfer à Subligy, Yonne ; la Mardelle Sainteà Thizay, Indre ; etc.)
On ne compte curieusement qu’un seul diminutif Les Mardellettes à Villedieu-sur-Indre (Indre) – qui est écrit avec un seul l sur la carte d’état-major (1820-66) et sur la carte IGN actuelle.
La variante écrite avec un seul l apparait également dans le nom de la Mardèle à Étrechy (Loiret) et à Mardelet à Heugnes (Indre). On pourra sans doute leur ajouter le Mardeleux et la Plaine du Mardeleux à Ferrières-en-Gâtinais (Loiret) et la Mardeleuse à Jouy (Yonne), des lieux humides.
La variante mardrelle , d’origine gallo, a donné une vingtaine de noms comme La Mardrelle (Bonnemain, I.-et-V. etc) ou Les Mardrelles (Bobital, C.-d’A. etc).
Notons enfin que Mardelle passant du lieu à l’habitant est devenu patronyme, donnant des variantes comme Mardelay, Mardelet ou Lamardelle qui ont pu devenir à leur tour des toponymes comme le Mardelay à Chaumont-sur-Taronne (L.-et-C.).
La variante marzelle, la première attestée dans les textes médiévaux, ne se rencontre qu’ à un peu plus de quatre cents exemplaires très majoritairement dans les mêmes départements que les précédents sous les formes (La ou Les) Marzelle(s), parfois accompagnées d’un adjectif (Grande, Petite, Basse, Haute etc.) ou, plus rarement, d’un déterminant comme pour La Marzelle des Vignes (Vertou, L.-A.), ou les Marzelles de la Fontaine (Yviers, Char.).
Dans le Midi, on ne trouve qu’un seul La Marzelle à Saint-Germain-du-Bel-Air (Lot) et deux Marzelles à Cressenzac-Sarrazac et à Sarrazac (id.) qui sont dus à des patronymes comme le confirme par exemple le musée Albert Marzelles de Marmande 5L.-et-G.), du nom du notaire qui a fait don de sa maison et des œuvres qu’elle contenait à la ville.
Margelle
Encore plus rare, le terme margelle ne se rencontre qu’à un peu moins de soixante dix exemples sans surprise du type (La ou Les) Margelle(s), toujours dans les mêmes départements septentrionaux. Par métonymie, ces noms ont pu parfois désigner un puits. On leur ajoutera le lieu-dit Margellet à Cavillargues (Gard) issu, lui, d’un patronyme.
Le nom des communes de Lamargelle (C.-d’Or) qui était Margella en 1187 et de Lamargelle-aux-Bois(H.-Marne, aujourd’hui commune associée de Vals-des-Tilles) qui était Margella en 1228 semble pouvoir être rattaché à l’oïl « margelle », au sens de « source dont le bassin est façonné » (TGF*). Cependant, au moins pour la première, le sens de petite limite (germanique mark, « limite ») n’est pas exclu (DENLF*), le village se trouvant en limite nord des terres de Saint-Seine-l’Abbaye.
*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.
La devinette
Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine qui aurait pu figurer dans le billet du jour. Le mot du jour est ici accompagné d’un second élément.
Le nom de la commune qui l’abrite est issu de celui d’un homme latin accompagné du nom des religieuses qui y ont vécu.
Le nom du bureau centralisateur du canton est lui aussi issu de celui d’un homme latin.
Le nom du chef-lieu d’arrondissement rappelle la nature de sa terre (mais là aussi, des hommes latins ou même germaniques ont été évoqués).
■ un indice pour le nom de la commune :
■ un indice pour le chef-lieu d’arrondissement :
■ un indice pour la région :
■ je vous proposerais bien un indice pour le bureau centralisateur du canton, mais je ne voudrais pas être le chat noir.
Un Intrus a été rejoint par LGF et TRS (si j’en crois son commentaire du dernier billet) qui on à leur tour trouvé la réponse à ma dernière devinette. Bravo à tous les trois !
Il fallait trouver L’Échirouze à Charnas dans le canton de Sarras de l’arrondissement de Tournon-sur-Rhône, en Ardèche.
Charnas, ici :
L’Échirouze, là, en haut à gauche
Les toponymes
■ L’Échirouze
Ce nom est écrit au pluriel et en deux mots Les Chirouses sur la carte de Cassini (feuille 88, Saint-Marcellin; 1767), pour désigner des sols particulièrement caillouteux. Plus tard, une mécoupure a donné le nom actuel
■ Charnas
Le nom du village est d’abord attesté Curanum en 774 (forme corrompue) avant qu’on ne trouve Chasnas en 1186 et Chanas au XVè siècle. Il s’agit sans doute d’un composé du gaulois cassano, « chêne », accompagné du suffixe gaulois ate. Le –sn– du XIIè siècle a pu devenir –rn– (TGF*)
Une autre étymologie, faisant appel au radical pré-indo-européen *car, « pierre, rocher », prolongé en *kar-n avec le sens de « pointe rocheuse », a été proposée (DNFLMF)*, mais l’absence du -r– dans les formes anciennes fait difficulté. J’avais signalé cette étymologie dans un article consacré aux « cairn, montjoie, tas de pierres et autres points de repère ».
Plusieurs étymologies plus ou moins sérieuse sont proposées dans la rubrique consacrée à la toponymie de Sarras chez wikipedia. La plus récente, ajoutée par moi-même, fait de Sarras, attesté Saracatis en 814, un composé du nom d’homme gaulois Sarrios (« le Faucheur ») accompagné du double suffixe gaulois ac(o)-ate (NLCEA*) : ce serait le « domaine de Sarrios ».
■ Tournon-sur-Rhône
Le gaulois turno et suffixe –onem : Tournon-Sur-Rhône (Ardèche, castro Turnone en 814 ; la situation du château sur un piton rocheux et les vestiges archéologiques gaulois sont favorables à une origine du nom selon turno, « hauteur ») .
C’est ce que j’écrivais déjà en 2021 dans un article consacré au gaulois turno, repris dans une répàladev en janvier 2025, dans une autre en avril 2025 et dans une autre en mai dernier. J’aime bien Tournon-sur-Rhône et l’Ardèche en général.
Les indices
■ ce chêne devait faire penser à Charnas (cf. plus haut).
■ le Faucheur de Victor Fonfreide (peintre Auvergnat 1872 – 1934) devait faire penser à Sarras (cf. plus haut)
■ cette gravure concernait un pont suspendu comme la passerelle qui relie Tournon-sur-Rhône à Tain-l’Ermitage en 1825 et qui sera doublée en 1849 par un pont suspendu.
La phrase « Après un petit suspense, Un Intrus a fini par passer le pont jusqu’à la solution » en introduction des indices du mardi, en rajoutait un peu sur le pont suspendu.
■ des oignons pour rappeler la célèbre foire aux oignons de Tournon-sur-Rhône. Cet indice avait déjà utilisé lors d’une précédente devinette.
Bravo à Un Intrus qui remporte 5000 € ! Ah, non, pardon ! Ça c’est sur M6, pendant la « pause fraîcheur » …
Après un petit suspense, Un Intrus a fini par passer le pont jusqu’à la solution de ma dernière devinette. Félicitations !
Rappel de l’énoncé :
Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine lié au mot du jour [chirouze].
Le nom de la commune où il se situe est sans doute issu du nom gaulois d’un arbre plutôt que d’ un ancien radical oronymique.
L’étymologie du nom du bureau centralisateur du canton a donné lieu à plusieurs hypothèses plus ou moins solides. La dernière, la plus récente et sans doute la plus juste, fait appel à un nom d’homme gaulois.
Un indice pour la commune elle-même
Un indice pour le bureau centralisateur du canton
Et pour l’arrondissement :
Les indices du mardi
■ Si les deux premiers indices ci-dessus concernent bien l’étymologie des toponymes, le troisième concerne l’histoire du chef-lieu d’arrondissement.
Le nom féminin chirouze désigne, notamment dans les Alpes et le Massif Central, un éboulis, un bloc de roches au bas d’une pente ou d’un cône de déjection, parfois une coulée de lave fragmentée. Ailleurs, notamment en plaine, ce terme désigne parfois tout simplement un terrain pierreux.
Ce terme est issu du nord-occitan cheirosa, « lieu pierreux, encombré de rochers », variante de l’occitan cairoso formé de caire, « pierre, caillou » (du pré-indo-européen *kar) et du suffixe collectif -os/osa.
F. Mistral (TDF*) définissait cheirouso ou chirouso comme un « lieu pierreux, rocailleux, terrain de mauvaise qualité, dans les Alpes » et signalait la variante cairouso, « lieu pierreux, en Rouergue ».
Passant du lieu à l’habitant, Chirouze est devenu patronyme, notamment porté en Ardèche.
Sur le flanc du volcan de Chirouze à Creysseilles (Ardèche)
Nombreux sont les toponymes formés sur ce nom et avec des variantes orthographiques.
On rencontre de nombreux (la) Chirouze comme à La Salle-Alpes (H.-A.), à Saint-Clément-sur-Durance (id.), à Montvendre (Dr.), à Nozières (Ardc) ou encore à Bagnols (P.-de-D.) etc. et de moins nombreux (La) Chirouse comme à Saint-Lattier, Chatte, Saint-Just-de-Claix (Is.), à Lamastre (Ardc.) etc. On ajoutera le diminutif Chirouzette à Peyre-en-Aubrac (Loz.) et le Moulin Chirouze à Upie (Dr.) où apparait le nom de famille.
Le nom est le plus souvent au pluriel comme pour Les Chirouzes, à Besse-en-Chandesse (P.-de-D.), à Bourg-lès-Valence (Dr.), à Coubon (H.-L.) etc ou Les Chirouses à Chatuzange-le-Goubet, La Clastre, Boulc … (Dr.), à Saint-Romans (Is.), à Pinsuéjols (Loz. etc.
Ce même terme a pu servir de déterminant comme pour le Ravin des Chirouses à Saint-Julien-en-Quint et à Babières (Dr.), le Suc de Chirouse à Pereyres (Ardc. – une commune particulièrement caillouteuse, donc) ou encore le Puy de Chirouze qui complète également le nom de Saint-Oradoux-de-Chirouze (Creuse – pour le « saint » voyez ici).
Des variantes orthographiques se reconnaissent dans des noms comme Cheyrouse à Mauriac, Trizac et Oradour (Cant.) Les Cheyrouses à Ispagnac (Loz.), Cheyrouze à Laveissière (Cant.) et. le Bois des Cheyrouzes à Pierrefort (id.). On note également quelques noms avec qu- initial, comme pour La Queyrouse à Liorac-sur-Louyre (Dord.) et à Montfort (Gers).
La variante cairouso signalée par F. Mistral se rencontre dans des noms comme Cayrouse à Coran (Av.), au Bastit (Lot) etc. ou Les Cayrouses à Gramat (Lot), Prunet (Cant.), Mur-de-Barrez (Av.) etc.
NB : un nom similaire existe au masculin et a fourni également de nombreux toponymes qu’on verra peut-être dans un autre billet.
La devinette
Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine lié au mot du jour.
Le nom de la commune où il se situe est sans doute issu du nom gaulois d’un arbre plutôt que d’ un ancien radical oronymique.
L’étymologie du nom du bureau centralisateur du canton a donné lieu à plusieurs hypothèses plus ou moins solides. La dernière, la plus récente et sans doute la plus juste, fait appel à un nom d’homme gaulois.
LGF a rejoint Un Intrus en trouvant à son tour la bonne solution à ma dernière devinette. Bravo à tous les deux !
Il fallait trouver le Bois de la Cabeurne à Sanvignes-les-Mines, dans le canton de Saint-Vallier de l’arrondissement d’Autun, en Saône-et-Loire.
Sanvignes-les-Mines :
Le Bois de la Cabeurne, en haut à gauche :
Les toponymes
■ Bois de la Cabeurne
Charles Millot, auteur d’un Dictionnaire de patois de Mancey en 1877, écrit : » Cabeurne : caveme. « O s’est eatchi dam emie cabeume seu la reuche (sous la roche) » ».
Dans le Glossaire du patois de Villié-Morgon en Beaujolais (Émile de Villié, éd. Droz, 1950), l’auteur définit « cabeurne » par : « Excavation dans un talus , une roche . Tronc de saule ou de châtaignier creux ».
Cabeurne est donc une variante locale de la caborne vue dans le précédent billet.
■ Sanvignes-les-Mines
Le nom de la commune est attesté Sinvinea au XIè siècle du latin sin, « sans » et vinea, « vigne » et encore écrit au singulier Sanvigne sur la carte de Cassini. (feuille 85, Chalon-sur-Saône, 1759).
G. Taverdet (NLBo*) qui met en doute qu’on puisse appeler un lieu par l’absence de quelque chose, propose de voir dans Sanvignes le résultat, par nasalisation de la première syllabe, de l’évolution d’un ancien *Savignes, lui-même issu du latin (villa) silvinea, la « ferme dans la forêt ».
On peut toutefois lui opposer que si un propriétaire (un seigneur, une abbaye …) possède plusieurs terres toutes plantées de vignes sauf une, celle-ci pourrait alors être dite « (la terre) sans vigne ».
Le complément les-Mines, rappelant l’exploitation de la houille dans ce bassin minier, a été rajouté en 1924.
■ Saint-Vallier
La mairie expliquait (archives wiki): « Naissance de Sanctus Valerius, aujourd’hui Saint-Vallier, à l’époque des invasions romaines avec le passage du général Valerius et la conversion au christianisme des paysans gaulois », explication reprise sur la page wiki de Saint-Vallier. J’ai moi-même jouté ce commentaire :
Cette hypothèse étymologique amène plusieurs remarques :
– le général romain Marcus Valerius Maximianus, décédé vers 186, n’est pas réputé être venu en Gaule (et encore moins avec Jules César).
– la famille romaine des Valerii s’est convertie au christianisme entre le IIè et le IIIè siècle.
– aucune preuve n’existe que le village de Saint-Vallier ait existé au moment de la bataille de Bibracte et du prétendu passage du général Valerius dans la région.
– Le nom de Saint-Vallier n’apparait pour la première fois qu’au XIè siècle sous la forme Sanctus Valerius qui deviendra Sainz Voaillier en 1266 et Saint Vallier en 1757 (« De Saint-Valère à Saint-Vallier », Le Journal de Saône-et-Loire, 23 août 2015 à 05:00 mis à jour le 24 août 2015 à 09:07)
– le nom de Saint-Vallier est issu de sanctus Valerius, nom d’un martyr au IIIè siècle auquel l’église fut consacrée (DENLF*, TGF*). Les Acta Sanctorum recensent 19 Valerius.
■ Autun
Bâtie sur ordre de l’empereur Auguste en remplacement de l’oppidum celtique de Bibracte (aujourd’hui le Mont-Beuvray) la ville fut appelée Augustodunum au Ier siècle, du nom de l’empereur Auguste associé au gaulois dunum, « colline fortifiée ».
Mont-Beuvray (Bibracte) : longtemps privilégiée, l’étymologie selon le gaulois beber, « castor » et suffixe collectif –acti, a été récemment mise en doute par P.-H. Billy, comme je l’expliquais dans ce billet.
*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.
Les indices
■ cette Bande noire était une allusion aux anarchistes qui se firent connaître dans le bassin minier de Saône-et-Loire entre 1878 à 1885 et que l’on appela la Bande noire. Sanvignes-les-Mines ne fut pas épargnée : le 14 août 1884, quand la maison du maire de Sanvignes-les-Mines, François Grelin, est prise pour cible par une bouteille contenant des explosifs et des balles de plomb qui est lancée à travers une porte vitrée ; le 10 janvier 1885, quand une charge détone dans la cour du presbytère à Sanvignes-les-Mines …
■ Achille Zavatta, un des plus célèbres clowns Auguste du cirque français. D’Auguste à Augustodunum puis à Autun …
■ un castor, en référence à l’étymologie la plus connue de Bibracte.
Une panne géante ayant privé Orange d’électricité depuis hier soir 19h jusqu’à ce midi explique que ce billet n’est publié que maintenant.
Un Intrus est resté le seul à avoir résolu ma dernière devinette. Il est vraiment phénoménal, il mériterait etc.!
Rappel de l’énoncé :
Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine composé de deux mots dont le premier désigne un ensemble de végétaux et dont le second est lié au mot du jour [caborne].
La première partie du nom de la commune qui l’abrite exprimerait le fait que n’y poussait pas un certain type de végétal ou, au contraire, rendrait compte de son couvert forestier. Elle est accompagnée d’un déterminant rappelant l’industrie locale.
Le nom du bureau centralisateur du canton est un hagiotoponyme – que la mairie explique cependant par une référence à un militaire romain.
Une caborne a d’abord désigné une grotte, un creux, une cavité puis, par métaphore, une cabane rudimentaire, une hutte, un taudis généralement en pierres sèches. Employé en Anjou, en Auvergne, en Bourgogne, en Franche-Comté et jusque dans les Alpes, le mot a pu désigner localement des choses légèrement différentes.
Le Dictionnaire étymologique du patois lyonnais (Clair Tisseur, alias Nizier de Puitspelu, éd. Slatkine,1890 ) définit la caborne comme un « petit réduit, hutte, dans laquelle les journaliers se mettent à l’abri. Par extension, se dit avec sens péjoratif, de toute habitation misérable. En Savoie, on appelle caborne les chétives boutiques des marchands détaillants. ». Dans le Lyonnais, une caborne est une cabane de berger généralement en pierres sèches (cf. la carte postale ci-dessous).
Selon le même dictionnaire, « l’acception primitive de caborna est celle de chose creuse, ensuite grotte, caverne : languedocien caborno, cabourno ; limousin calabourno ; rouergat caborgno, cabourgno, cavité, creux d’arbre, tanière ; dauphinois calaborna, grotte ; acception conservée dans le lyonnais cabornu, creux, recreusé ».
Le Trésor du Félibrige définit caborne ainsi : « cavité, creux d’arbre ; caverne, tanière ; saule étêté, vieux tronc d’arbre ».
Émile de Villié (Glossaire du patois de Villié-Morgon en Beaujolais, lib. Droz, 1950) définit ce terme par : « excavation dans un talus , une roche. Tronc de saule ou de châtaignier creux ».
Une caborne – cabane de berger – à Saint-Cyr-au-Mont-d’Or (Rhône)
L’étymologie de ce mot a donné lieu à plusieurs hypothèses.
L’ancien français avait le terme cabordate, « cabane, hutte » qui a pu être croisé avec caborne, « capuchon de moine » (Dictionnaire de Godefroy) : c’est une des hypothèses mentionnées par H. Sutter.
Selon Pierre Gastal (NLEF*), il pourrait s’agir d’un dérivé du gaulois borna, d’abord « source, trou de source puis grotte » et « anfractuosité, cavité sombre dans un rocher », croisé avec le gaulois cabana ou le latin caverna (de cavus).
Il pourrait également s’agir du même gaulois borna précédé du suffixe péjoratif ca– (celui de cahute, cabosser, cafouiller…). C’est la deuxième hypothèse mentionnée par H. Sutter.
Cité par Roger Brunet (TT*), Pierre Guiraud (Dictionnaire des étymologies obscures, éd. Payot-Rivages, 2006) remarque que de nombreux noms commençant par ca– ont le sens de creux (cave, caverne … mais aussi cap pour la tête, caboche, caborne de moine) et souvent le sens de quelque chose qui protège (cabane, caborne … mais aussi caban, le breton kabig …) : peut-être ces mots sont-ils issus d’une racine pré-latine *ca– au sens de « creux ». NB : un prochain billet devrait être consacré à tous les mots commençant par ca– ayant le sens de « ceux » et/ou de « cabane, abri rudimentaire » que l’on trouve dans le Pégorier (GTD*) et qui sont à l’origine de toponymes.
Les toponymes issus du terme caborne sont peu nombreux : à peine une centaine de Caborne ou Cabourne accompagnés de quelques variantes sont mentionnés dans le fichier FANTOIR (qui ne recense pas tous les oronymes).
Avec le sens de « caverne », on trouve le gouffre de la Caborne à Aromas (Jura), la Caborne à l’Ours ou grotte de Cornu à Chaux-des-Crotenay (Jura), la Caborne du Boeuf à Saint-Hymetière-sur-Valouse (Jura), le Gouffre et le Sommet des Cabornes à Chichilianne (Is.) ou encore la Caborne Chopêtre (« caverne au salpêtre », ancien habitat troglodyte) ou Grotte du Cerdon à Haut-Bugey (Ain) et quelques autres.
Avec le sens de cabane en pierres sèches, on mentionnera le sentier des Cabornes à Poleymieux-au-Mont-d’Or (Rhône), La Caborne (Saint-Laurent-de-Mure, Rh. ; Le Trésor, Ain etc.), Les Cabournes à Jallais (M.-et-L.), La Cabourne (Aumagne, Ch.-Mar. etc) et quelques autres.
Une variante, pourtant attestée dans la plupart des dictionnaires de patois, ne semble apparaitre que quatre fois dans le nom de La Caborgne à Bellefonds et à Bignoux (Vienne) ainsi qu’ à Pouilly-sur-Loire (Nièvre) et dans Les Caborgnes à Bellefonds (Vienne).
Dans les Alpes est utilisé le terme chabournéou (probablement de même étymologie que caborne) pour désigner un endroit sous roche où les moutons se mettent à l’abri en cas d’orage, d’où le nom de la Pointe de Chabournéou qui culmine à 3250 m dans le massif des Écrins, à La Chapelle-en-Valgaudemar (H.-A.) et qui a donné son nom à un col, un torrent et un glacier ainsi qu’à un refuge. On peut sans doute ajouter le nom, avec suffixe augmentatif-péjoratif, du ravin de la Chabournasse (Saint-Étienne-en-Dévoluy, H.-A.) et peut-être celui de la Chabournouse (Saint-Front, H.-L.), « la caverneuse ».
*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.
La devinette
Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine composé de deux mots dont le premier désigne un ensemble de végétaux et dont le second est lié au mot du jour.
La première partie du nom de la commune qui l’abrite exprimerait le fait que n’y poussait pas un certain type de végétal ou, au contraire, rendrait compte de son couvert forestier. Elle est accompagnée d’un déterminant rappelant l’industrie locale.
Le nom du bureau centralisateur du canton est un hagiotoponyme – que la mairie explique cependant par une référence à un militaire romain.
Un Intrus, TRS et LGF sont restés les seuls à m’avoir donné la bonne réponse à ma dernière devinette. Félicitations !
Il fallait trouver Les Opies à Eyguières du canton de Salon-de-Provence dans l’arrondissement d’Aix-en-Provence, dans les Bouches-du-Rhône.
Eyguières, ici :
Les Opiès, là, à gauche :
Les toponymes
■ Les Opies : point culminant du massif des Alpilles (496 m) dont le nom est issu de la base oronymique op(p)- (TP*). L’étymologie lue sur wikipedia qui fait appel au provençal aupilhoun, « petite alpe, alpille » est reprise du Trésor du Félibrige (TDF*) qui cite comme exemples l’Aupillon à Enchastrayes (Alpes-de-Haute-Provence), le Pillon à Luc-en-Diois (Drôme) et Opio à Bar-sur-Loup (Alpes-Maritimes) mais ne mentionne pas les Opies.
■ Eyguières : Les anciens noms de la ville sont Aqueria (1044), Aquaria ( XIè siècle) et Aigueria (1143) d’après l’occitan eiguièro, « rigole, ruisseau », d’abord au singulier. La ville est entourée par de nombreux ruisseaux et canaux, ce qui a permis à Frédéric Mistral de lui donner cette devise: L’aigo fai veni pouli, « l’eau rend joli ». (C’est ce que j’écrivais dans ce billet). On compte trois sources dans le village : la Borme, la Gilouse et Font-Vieille et plusieurs fontaines.
■ Salon-de-Provence : Attesté villa Salone au IXè siècle, castro Sallone en 964, de Sellone en 1153 et Selon au XVIè siècle. L’étymologie donnée par Ernest Nègre (TGF*) basée sur le nom de personne germanique Sallo(n) ne fait pas l’unanimité. Avant lui, Charles Rostaing (ETP*) proposait de voir dans le nom de Salon un dérivé de la base oronymique pré-celtique sal*. Bénédicte et Jean-Jacques Fénié (TP*), reprenant cette étymologie, expliquent que le nom de Salon « s’inspire du site initial, Salonet, à 3 kilomètres à l’est de la ville actuelle (colline du Val-de-Cuech) où d’importants vestiges préhistoriques attestent de l’ancienneté de l’occupation du sol et du toponyme ».
■ Aix-en-Provence : attestée Aquae Sextiae au Ier siècle av. J.-.C. chez Tite-Live. Le premier élément est l’ablatif pluriel latin aquae, « eaux », usité, dans l’Antiquité, pour désigner des thermes ou des villes thermales. Le déterminant est le gentilice de Caius Sextius Calvinus. Dès le XIIIè siècle, le nom de la ville est suivi de celui du pays : Aquis in Provincia en 1250. Cependant, le nom d’Aix-en-Provence ne deviendra officiel qu’en 1932.
■ Provence : la victoire sur les Saliens du proconsul Caius Sextus Calvinus en 122 av. J.-C. est à l’origine de l’annexion par les Romains d’un très vaste territoire de la Gaule le long du rivage méditerranéen, qui est aussitôt appelé Provincia, appellatif désignant tout nouveau territoire soumis à la République romaine, redevable d’un tribut et gouverné par un magistrat, en l’occurrence un proconsul. Après le démantèlement de l’Empire romain, la Provincia est définitivement coupée en deux parties : la rive droite du Rhône, désormais Septimanie, est occupée par les Wisigoths à partir du Vè siècle tandis que la rive gauche, désormais seule Provincia, est occupée par les Ostrogoths au VIè siècle. Le nom est graphié Provensa en occitan au XIIè siècle et Provence en français dès le XIIIè siècle.
*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.
Les indices
■ le savon de Marseille devait orienter les recherches vers Salon-de-Provence où est mort François Merklen (1876 – 1938), chimiste ayant élaboré la formule actuelle du savon de Marseille et où se trouve la. Savonnerie Marius Fabre.
■ cette aiguière de bronze dorée était là comme paronyme du nom d’Eyguières, paronymie qui a permis à la ville de se pourvoir d’un blason parlant d’azur à trois aiguières d’argent posées 2 et 1.
Un Intrus, TRS et LGF n’ont pas mis longtemps à résoudre ma dernière devinette. Bravo à tous les trois !
Rappel de l’énoncé :
Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine lié à la racine op(p)- vue dans le billet.
Le nom de la commune où il est situé est sans doute lié aux ruisseaux qu’on y trouve mais on peut aussi penser à une racine oronymique pré-indo-européenne.
Le nom du bureau centralisateur du canton est issu d’une autre racine oronymique pré-indo-européenne mais on a aussi pensé à un nom d’homme germanique. Ce nom est complété par celui de la région.
Le nom du chef-lieu d’arrondissement est issu d’un radical hydronymique et, lui aussi, accompagné du nom de la région.