Un Intrus, TRS et LGF n’ont pas mis longtemps à résoudre ma dernière devinette. Bravo à tous les trois !
Rappel de l’énoncé :
Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine lié à la racine op(p)- vue dans le billet.
Le nom de la commune où il est situé est sans doute lié aux ruisseaux qu’on y trouve mais on peut aussi penser à une racine oronymique pré-indo-européenne.
Le nom du bureau centralisateur du canton est issu d’une autre racine oronymique pré-indo-européenne mais on a aussi pensé à un nom d’homme germanique. Ce nom est complété par celui de la région.
Le nom du chef-lieu d’arrondissement est issu d’un radical hydronymique et, lui aussi, accompagné du nom de la région.
Reprise en douceur après cette période de farniente : petit billet et petite devinette.
Le latin oppidum (pluriel oppida) désigne d’une manière générale un habitat groupé d’une certaine importance, une agglomération présentant certains caractères urbains, voire munie d’un statut spécifique comme dans l’expression oppidum latinum. Le fait que ce terme ait été largement utilisé par César, dans ses commentaires de la Guerre des Gaules (58-52 av. J.-C.), comme qualificatif des principales bourgades celtiques qu’il a fréquentées ou combattues, a très tôt incité les érudits et les archéologues français à réserver l’emploi du mot pour désigner les grands habitats fortifiés caractérisant la fin de l’âge du Fer en Gaule septentrionale, et plus particulièrement les agglomérations situées en hauteur. Ainsi, progressivement, le terme d’oppidum, au départ assez vague, s’est spécialisé dans la littérature archéologique aussi bien culturellement (un habitat caractéristique des Gaulois) que chronologiquement (typique de la fin de la période de la Tène) et structurellement (fortification et perchement étant conçus comme des critères significatifs).
C’est sans doute cette notion de protection, de fortification, située en hauteur, qui a précédé celle de ville.
Le terme est donc vraisemblablement à rattacher à une racine pré-celtique et pré-latine –op(p) , « hauteur », à l’origine par exemple du grec upsilos / hypsos et du celtique upsello/uxello : c’est la protection due à l’altitude élevée du site qui est à l’origine du premier sens donné au latin oppidum.
Le billet d’aujourd’hui sera court, puisque peu nombreux sont les toponymes formés sur cette racine, sans doute parce que, comme des archéologues ont pu l’expliquer, un oppidum n’était pas forcément à l’origine un habitat permanent.
La commune d’Oppède (Vauc.) était Oppeda en 1008, dont on explique le féminin par un participe passé *oppedita d’un verbe *oppedere, « fortifier en oppidum ». Son nom a été transporté, au diminutif, dans le département voisin pour nommer Oppèdette (A.-de-H-P., de Opedeta en 1277). C’est à Maubec (Vauc.) qu’on trouve le lieu-dit Chemin d’Oppède.
D’autres dérivations de la racine –op(p) sont possibles.
Le suffixe –icum a ainsi donné le nom de Le Pègue (Dr.), qui était castrumde Opigho en 1165 et Opegue en 1178 : la forme L’Opègue, comprise comme l’occitan *Lo Pègue, a entraîné la francisation en Le Pègue.
Le suffixe –ulum est à l’origine du nom d’Opoul-Périllos(P.-O. –cf. Périllos), réputé pour son oppidum sur une falaise de 20 m, porteur d’un ancien château reconstruit au XIIIè siècle et depuis ruiné. Ce même dérivé *oppulum a donné le nom d’Hautpoul, un éperon rocheux au sud de Mazamet (Tarn), l’initiale o– ayant été comprise aut, « haut ». Devenu nom de famille, ce nom se retrouve également à Hautpoul, Hautpouls Jeunes et Hautpouls vieux, trois lieux-dits entourant l’ancien château de Hautpoul à Cugnaux (H.-G.). Le même patronyme a servi de déterminant à Félines-Hautpoul (Hér.) devenue en 1829 Félines-Minervois (jugé sans doute plus « vendeur »).
Ruines du château médiéval d’Opoul-Périllos (P.-O.) bâti à l’emplacement d’un ancien oppidum
Le nom d’Opio (A.-Mar.), qui était Opia en 1084 et de Opio en 1172, pourrait lui aussi être formé sur la racine –opp, « hauteur », mais un nom d’homme latin Oppius donnant Oppia (villa) ou Oppium (fundum) ne peut pas être exclu.
La devinette
Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine lié à la racine op(p)- vue dans le billet.
Le nom de la commune où il est situé est sans doute lié aux ruisseaux qu’on y trouve mais on peut aussi penser à une racine oronymique pré-indo-européenne.
Le nom du bureau centralisateur du canton est issu d’une autre racine oronymique pré-indo-européenne mais on a aussi pensé à un nom d’homme germanique. Ce nom est complété par celui de la région.
Le nom du chef-lieu d’arrondissement est issu d’un radical hydronymique et, lui aussi, accompagné du nom de la même région.
Ceux qui, comme moi, s’intéressent un tant soit peu au football retransmis à la télévision ont remarqué que, depuis peu, a été instaurée ce qu’ils appellent une « pause fraîcheur ». Intervenant en milieu de mi-temps, soit entre la 20è et la 25è puis entre 65è et la 70è minute de jeu, cette « pause fraîcheur » fractionne le match non plus en deux mi-temps de 45 minutes mais en quatre quart-temps de 22,5 minutes.
Le but de cette « pause fraîcheur » ? Permettre aux joueurs de se rafraîchir avec des serviettes froides sur la nuque par exemple et de se réhydrater. On ne peut bien sûr qu’être d’accord avec cette pratique.
Sauf que…
Ben, oui, sauf que :
— cette pratique est devenue la norme – obligatoire ? – quelle que soit la température ambiante. Le premier exemple qui me vient à l’esprit est celui du match de préparation de l’équipe de France contre l’Irlande du Nord qui s’est joué à Lille le 8 juin 2026 avec une température extérieure de 15°C et un toit fermé au dessus-des joueurs … ce qui n’a pas empêché la « pause fraîcheur » !
— cette pratique sert (nous y voilà!) de prétexte au diffuseur pour nous infliger une minute de publicités.
Je remarque que de nombreux sports n’imposent pas de « pause fraîcheur » malgré des températures élevées et des durées de jeu plus longues que celles d’un match de foot : pas de telle pause en tennis à Roland-Garros ni en rugby dans le Tri Nations, par exemple (ni à la Marseillaise de pétanque ni même au championnat de surf à Hawaï …).
J’en conclus que cette « pause fraîcheur », si elle peut parfois se comprendre, n’est en réalité qu’un nouveau moyen de diffuser de la pub – une seule minute, pour le moment. Si on ne veut pas que le football finisse comme le basket de la NBA, c’est-à-dire de la pub entrecoupée par quelques actions de jeu et quelques paniers, il faut agir dès maintenant. Comment ?
Non, non ! pas en coupant le son ou en regardant ailleurs voire en allant pisser pendant la pub : ça ne suffira pas.
Le moyen le plus sûr est de zapper pendant cette « pause fraîcheur » : passer de la Six à la Cinq ou à la Sept, par exemple (pour ne prendre que l’exemple de la Coupe du Monde de football diffusée par M6), ne demande qu’un seul geste sur la télécommande mais si nous le faisons tous ensemble, quand « ils » verront leurs courbes d’audience en chute libre pendant la « pause fraîcheur », ils reverront sans doute leur stratégie. « Quoi ? Tant de millions pour que personne ne regarde ma pub ? Non, merci ! ».
Et on verra alors peut-être des « pauses fraîcheurs » – si elles sont vraiment nécessaires* – agrémentées de ralentis didactiques et/ou de commentaires judicieux (voire l’inverse).
Ceci dit, je ne me fais pas trop d’illusion, mais ce sera ma petite goutte d’eau de colibri pour éteindre l’incendie.
* Je ne m’étends pas sur cette contradiction qui voudrait imposer des « pauses fraîcheurs » quand on nous explique par ailleurs que le réchauffement climatique n’est qu’une fake news.
Les vacances ne sont pas tout à fait terminées, mais il est temps de revenir aux affaires …
Un Intrus et TRS ont résolu ma dernière grille de mots croisés. Félicitations à tous les deux !
En voici la solution ( et quelques explications – qui s’ajoutent aux élucubrations machincourtoises publiées en commentaire du billet précédent) :
Horizontalement :
I – Selon son nom, les habitants de cette ville vivent près d’un grand fleuve. Paramaribo, du tupi-guarani para, « grand fleuve » et maribo, « habitants ».
II- Donner de l’épaisseur à un matelas.
III – Encorné : Rhino, abréviation de rhinocéros — Un pour tout, tout pour un.
IV – Barrière belge : Barrière nadar utilisée en Belgique.— Article d’ailleurs : El, article espagnol
V – Chargeur.
VI – Ex fiancés — Donne de l’air.
VII – Biscuit BN pour Biscuiterie nantaise — Reprise : Récap, abréviation de récapitulation
VIII – Vraiment pas cool — Il y a un hic dans celui-ci.
IX – Ondes européennes UER : Union européenne de radio-télévision— Premier d’une série.
X – Économe. Cellerière : religieuse chargée de l’approvisionnement du cellier, de la nourriture et des dépenses de la communauté.
Verticalement:
1 – Essence exotique pour instrument à poils. Pernambouc ou pau brasil : bois utilisé pour la fabrication des archets. Cf. cet article.
2 – A su attirer les payeurs.
3 – Bander — En vrai. IRL : In real life, « dans la vraie vie ».
4 – Chantée par Joséphine Baker et Bourvil. Annamite : cf. la chanson La petite Tonkinoise.
5 -Langues d’Afrique Mooré : langue africaine parlée notamment au Burkina Fasso– Vieille pommade plombée. Uve : pommade de blanc de plomb .
6 – Plutôt tôt. AM : ante meridiem— Aident à en finir avec Marx.
7 – Ce qu’on fait faire aux enfants — D’un auxiliaire.
8 – Molécule indispensable. Isoleucine : un des vingt acides aminés essentiels
9 – On le pose devant l’amant mais pas devant le mari On dit bel amant mais beau mari– Penchant sombre.
10 – Nous promène par monts et par vaux. Orographie : Étude, description, représentation cartographique du relief et particulièrement du relief montagneux.
Un Intrus et LGF sont les seuls à avoir résolu ma dernière devinette. Bravo à tous les deux !
Il fallait trouver le lieu-dit Plantevidou à Saint-Étienne-Vallée-Française dans le canton du Collet-de-Dèze de l’arrondissement de Florac-Trois-Rivières, en Lozère.
Saint-Étienne-Vallée-Française :
Plantevidou :
Les toponymes
■ Plantevidou
Sans difficulté, plante a été vu dans le billet. Vidou est un diminutif de l’ancien occitan vit, « vigne » (latin vitis, « plante à vrille, vigne »). (DNFLMF*)
Le nom de ce lieu-dit apparait sous cette forme Plantevidou sur la carte IGN actuelle (cf. ci-dessus), sur celle de 1950, sur la carte d’état-major (1820-66) et sur le site de la mairie. On le trouve en deux mots Plante-Vidou dans le Dictionnaire géographique de la Lozère en 1856 (en ligne, mais en « full text » …) :
Il semble que ce soit sur le cadastre napoléonien de 1834 que le nom est écrit pour la première fois Plantebidou, nom qui sera repris tel quel dans le fichier FANTOIR. On le trouve également écrit Planté Bidou sur quelques cartes (comme Google Maps), ce qui montre que le nom est souvent mal interprété. Si des toponymes du type Bidou existent bien, on les trouve exclusivement dans le Lot-et-Garonne et les Pyrénées-Atlantiques où le gascon bidòs a le sens de « tordu, de travers » mais on voit mal cet adjectif associé à « plante » : une vigne tordue, plantée de travers ? Un dérivé du basque bide, « chemin », est bien entendu exclu ici tout comme le bidou, nom vernaculaire français d’un arbre … africain (Sacoglottis gabonensis).
On trouve dans la même commune plusieurs autres toponymes liés à plant(e) : l’Hort de Plantier, La Plantade, Los Plantados, Lou Plantairet, Lou Plantier, Lou Plantieret, Lous Plantiers et le Pesso de Planton, mais seul Plante Vidou fait explicitement référence à la vigne.
■ Saint-Étienne-Vallée-Française
♦ Saint-Étienne : du nom du « protomartyr », bien sûr.
♦ Vallée Française :
Cette région magnifique (n’allez pas l’abîmer !) est formée par la vallée du Gardon de Sainte-Croix. Le nom, attesté de Valle Francisca en 1162, vient du latin vallis Francisca, « vallée des Francs ». Il a été traduit en français Vallée Française au XIXè siècle quand la commune Saint-Étienne-de-Valfrancesque a été renommée Saint-Étienne-Vallée-Française entre 1802 et 1808. Le nom rappelle l’époque où le fond de la vallée, territoire franc, pénétrait en territoire wisigoth, quand les Wisigoths occupaient tout le littoral languedocien, la Septimania.» (vvlt). L’hypothèse d’une vallée franche, exempte d’impôts, ne s’appuie sur aucun fondement historique.
♦ Collet : diminutif de l’occitan còl (latin collum), « passage dans la montagne » (TO*). Une étymologie selon le diminutif de l’ancien occitan cola, « colline » (latin *cola, de collis), ne correspond pas à la topographie (DNLC*)
♦ Dèze : cet ancien hameau est mentionné comme Cambone de Dezis ou Chambont de Dezis (Feuda Gabalorum, 1938) soit le « bon champ » d’un nommé Dèze. Ce patronyme est soit un nom d’origine d’Eze (commune des Alpes-Maritimes) soit issu du nom d’homme latin Asius. Dès l’époque gauloise, il y avait là un castrum qui est devenu plus tard le « chef-lieu » du pays de Dèze. (DNLC*).
■ Florac-Trois-Rivières :
Le nom de Florac est probablement issu du nom d’homme gallo-romain Florus accompagné du suffixe –acum. J’écris « probablement » car on sait maintenant que le suffixe -acum n’accompagnait pas obligatoirement un nom d’homme : il pouvait accompagner ici flos, floris, « fleur », pour désigner un endroit particulièrement fleuri. Le nom Trois-Rivières a été rajouté en 2016 lors de l’absorption de sa voisine La Salle-Prunet. Les trois rivières en question sont le Tarn, le Tarnon et la Mimente.
*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.
Les indices
■ Dagobert Ier chassant le cerf.( Vie de saint Denis, XIIIe siècle). Cette enluminure devait évoquer le roi des Francs et, donc, la vallis francisca, « vallée des Francs » puis Vallée Française.
■ Selon une légende, les Francs auraient vaincu les Sarrasins en 737 (ou 778) au lieu-dit La Boissonnade de la commune voisine Moissac-Vallée-Française, où fut élevée l’église de Notre-Dame Valfrancesque, aujourd’hui temple protestant, dit Temple de la Boissonnade. (Boissonade : de l’occitan boissonada, « hallier », collectif en –ada de boisson, « buisson »).
■ le roman Les fous de Dieu, de J.-P. Chabrol, devait aider à restreindre les recherches aux Cévennes.
Après quelques tâtonnements, Un Intrus a fini par arriver à bon port en résolvant ma dernière devinette. Bravo !
Rappel de l’énoncé :
Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine qui aurait pu figurer dans le billet ci-dessus.
Son nom est lié à la vigne.
La commune qui l’abrite porte le nom d’un saint accompagné du nom du pays où elle se trouve. Ledit nom de pays est formé d’un terme topographique accompagné d’un adjectif issu du nom du peuple qui y vivait.
Le nom du bureau centralisateur du canton est composé du diminutif d’un terme topographique accompagné d’un nom de famille qui avait été donné à un château et qui est devenu celui d’un tout petit pays.
Un indice, pour la commune :
Les indices
■ L’indice ci-dessus concerne plus précisément le nom du pays complétant celui de la commune.
■ Dans la même commune, parmi d’autres qui pourraient convenir, seul le toponyme à trouver fait, outre le plant-, explicitement référence à la vigne. Le nom est parfois écrit en deux mots (et parfois même avec une erreur d’orthographe qui le rend moins compréhensible).
■ Selon la légende, ceux qui ont donné leur nom audit pays se seraient battus avec succès dans un village voisin (qui porte le même déterminant que la commune de la devinette) contre les Sarrasins – d’où la construction d’une église dédiée à Notre-Dame.
■ Et puis un indice plus général (je ne peux pas vous filer une châtaigne à chaque fois !)
On connait l’importance de l’arboriculture médiévale, dont la toponymie est le témoin : diverses espèces de pommier, le poirier qui fut souvent cultivé, le cerisier, le pêcher, le prunier, le mûrier et, dans le Midi, le figuier et l’olivier. Une place de choix a été faite à la vigne, culture délicate entre toutes.
C’est la création de ces exploitations ou leur extension à l’occasion de défrichements médiévaux qui est à l’origine de toponymes dérivés de plant, « jeune arbre », le plus souvent sous une forme collective.
Comme souvent, certains des noms lieux qui seront vus dans la suite ont pu devenir noms de familles qui ont pu à leur servir à nommer des lieux-dits.
Les formes simples
Le dictionnaire de Godefroy définit le substantif féminin plante par « vigne nouvellement plantée » et donne également la variante plantée, « vigne nouvellement plantée, jeune vigne ». Les toponymes issus de ces deux termes sont innombrables et tous, bien sûr, n’ont pas trait à la vigne puisque leur sens a évolué pour s’appliquer à tout type de plantation. Seuls ceux qui sont suffisamment anciens sont liés presque à coup sûr à une nouvelle vigne plantée lors de défrichements. On peut citer La Plante à Thuré (Vienne) mentionnée dans le nom d’Airinus de la Planta en 1120 ou Les Plantées à Charvey (Dr.) qui étaient Las Plantas sive Charbonner en 1494. D’autres noms, plus tardifs, peuvent ne pas être rattachés à la vigne.
En Bourgogne, où la viticulture a pris une place considérable, on défrichait beaucoup et on plantait de nouvelles vignes. Quand il s’agissait de nommer ces nouvelles parcelles, les vignes étaient relativement jeunes (au moins quatre ans avant de pouvoir produire de la qualité), et le nom était vite trouvé : ce serait La Plante. C’est par exemple le cas de La Plante à Boussey (C.-d’Or), qui était Fief de la Plante en 1776 et La Plante vers 1300, et de nombreuses parcelles homonymes munies d’un complément, souvent le nom de l’exploitant. On notera néanmoins la curieuse Plante des Plantes à Chorey-lès-Beaune (id.) qui pourrait être un superlatif comme on dit « le champion des champions » : ce serait une vigne encore plus jeune ou bien encore meilleure que les autres … On notera également deux lieux-dits Belle Plante, à Saint-Berthevin-la-Tannière et à Laval, en Mayenne.
Il conviendra de faire la différence d’avec les noms formés sur l’indicatif ou l’impératif « plante » qui, accompagnés du nom d’un végétal, ont donné des toponymes comme Plante-Chêne (Tigneu-Jameyzieu, Is.), Plante-Choux (Les Hayes, L.-et-C.), Plantefoin (Coutarnoux, Yonne), Plantemil (Daumazan-sur-Arize, Ariège), Plantenoix (Cosne-Cours-sur-Loire, Nièvre), Plante-Fève (Moulins-en-Tonnerois, Yonne), Plante-Vigne (Firmy, Av ; Caudecoste, L.-et-G. ; Belin-Béliet, Gir.) etc. sans oublier le lieu-dit Plantegenest à Cérences (Manche) et le Camp Plantagenet à Gennes-Val-de-Loire (M.-et-L.). Tous ces noms sont probablement des noms de familles passés à la ferme ou à la propriété.
Les toponymes faisant appel au participe passé sont eux aussi très nombreux comme les Bois Planté, Pré Planté ou encore quelques Chêne Planté (Cornillé, I.-et-V. ; Aron, May. etc.) qui ne présentent guère d’intérêt. J’ai néanmoins déniché un Couït du Planté à Saint-Griède (Gers), déjà connu de la carte d’état major(1820-66) mais dont je ne suis pas parvenu à lever le mystère. La commune de Saint-Lizier-du-Planté (Gers) s’appelait tout simplement Planté jusqu’au début du XVIIIè siècle quand elle a cru bon de se mettre sous le patronage de Lizier de Couserans. Et, pour ceux qui l’attendaient : non, pas de Planté de Bâton…
Toujours dans le dictionnaire de Godefroy, on trouve le substantif masculin planteis ou plantis, « plantation, lieu planté, clos de vigne ». Les lieux-dits du type (Le ou Les ) Plantis sont plus de sept cents, majoritairement en Pays-de-la-Loire et en Nouvelle-Aquitaine, sans grand intérêt. On trouve parfois écrit planty comme pour Le Planty à Verrue (Vienne) qui était Le Planteis en 1502 ou Le Planty à Buxerolles (id.) qui était Terroir du Plantis en 1581 (et maintenant vous savez d’où vient le nom d’Armand Duplantis).
Collectifs en –ade ou –et
Le suffixe collectif latin –etum/eta a donné les finales –et en langue d’oïl et –at et ada– en occitan, francisé en –ade.
L’occitan plantada désignait à l’origine une vigne plantée depuis un an ou bien une certaine quantité d’arbres plantés , une plantation. Près de sept cents lieux-dits portent ainsi le nom de (La ou Les) Plantade(s), répartis dans tout le Midi de la France. Je ne mentionnerai que le lieu-dit Plantade à Marc-la-Tour (Corr.) qui était illea vinea quae vocatur Plantada (1032-60), « cette vigne qu’on appelle Plantade », ou La Plantade à Saint-Bauzille-de-Putois (Hér.) mentionnée de Plantada en 1279. Le même terme a servi de déterminant pour le lieu-dit Saint-Antoine-les-Plantades de la commune d’Ussac (Corr.)
Le masculin est représenté par une vingtaine de (Le ou Les) Plantat(s) mais surtout par un peu plus de cinquante (Les) Plantas, dont la finale –as est le produit de –ats, après chute du t. La même remarque vaut pour le nom de la commune d’Esplantas – Vazeilles (H.-Loire, castrum dels Plantats en 1279) où, de plus, es– ne représente pas la préposition es, « en les », mais une mécoupure de dels, « des ».
En pays de langue d’oïl ne se rencontrent que vingt-cinq noms du type Plantet(s), avec, là aussi, le plus souvent le sens de jeune vigne. Sachant que le suffixe –etum a aussi donné des finales en –ay, on peut sans doute leur ajouter Le Plantay (Ain) qui était villa dou Plantey en 1299-1369.
Une variante occitane plantadis, « lieu planté d’arbres ou de vigne », apparait dans le nom de plusieurs (Le) Plantadis (Nexon, H.-V. ; Charron, Cr. ; Saint-Jal, Corr. etc.).
Collectifs en –ier
Le collectif provençal plantier (du latin plantarius,« pépinière », apparu au XIIIè siècle, a été repris en français dès 1526, pour désigner là aussi une « vigne nouvellement plantée » mais aussi une simple « plantation ». Les toponymes du type (Le ou Les) Plantier(s) sont là aussi très nombreux, parfois accompagnés d’un qualificatif comme les nombreux Grand Plantier (Vedène, Vauc. ; Gap, H.-A. etc.), le Plantier Rouge (Buzet-sur-Tarn, H.-G.) et même le Mauvais Plantier(Vins-sur-Caramy, Var) ou accompagnés du nom de l’exploitant ou propriétaire. La commune Les Plantiers (Gard) porte un nom de même étymologie (Mansus de Planteriis en 1466).
Le féminin est plus rare mais se rencontre néanmoins dans le nom de quelques La ou Les Plantière(s) comme à Estrablin (Is.) ou à Metz (Mos.).
Les autres
Un collectif en –ina est à l’origine de quelques Plantine(s) comme à Biaudos (Landes) et de diminutifs comme Plantinet (Bouy-en-Vexin, Oise etc).
Le diminutif planton, qui désignait à l’origine le petit plant conservé en pépinière (dont l’immobilité est à l’origine du nom du nom du militaire) se rencontre dans une trentaine de Planton(s) comme à Roquefort (L.-et-G.), à Vierzon (Cher), à Labrit (Landes) etc.
La devinette
Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine qui aurait pu figurer dans le billet ci-dessus.
Son nom est lié à la vigne.
La commune qui l’abrite porte le nom d’un saint accompagné du nom du pays où elle se trouve. Ledit nom de pays est formé d’un terme topographique accompagné d’un adjectif issu du nom du peuple qui y vivait.
Le nom du bureau centralisateur du canton est composé du diminutif d’un terme topographique accompagné d’un nom de famille qui avait été donné à un château et qui devint celui d’un tout petit pays.
Un Intrus est resté seul à m’avoir donné la réponse à ma dernière devinette. Félicitations à lui tout seul, donc !
Il fallait trouver le Mouriol, un lieu-dit de Boulieu-lès-Annonay, dans le canton d’Annonay de l’arrondissement de Tournon-sur-Rhône, en Ardèche.
Boulieu-lès-Annonay, ici :
Le Mouriol, là :
Les toponymes
■ Le Mouriol
Le nom est écrit le Mourier sur le registre paroissial en 1675 (DTA*) et Moriol d’Eyvas sur la carte d’état-major, du nom du hameau voisin : il s’agissait bien d’une plantation de mûriers, sans doute des blancs pour l’élevage du ver à soie.Ceux qui ont bien regardé la carte ci-dessus ont vu qu’on trouve non loin de là un lieu-dit Grand Mûrier – le Murier sur la carte de Cassini en 1767, (f. 88, Saint-Marcellin) – ce qui a sans doute poussé à employer le diminutif mouriol pour éviter la confusion entre les deux. Et c’est pour cette raison que je parlais inhabituellement d’un « petit toponyme » à trouver dans l’énoncé de la devinette.
■ Boulieu-lès-Annonay :
Les formes anciennes du nom de la commune sont : Bolieu (1095), Beolieu (1223), Boyleu (1275), Baillaco (1340), Castrum Belliloci (1381), Baylliaco (1464), Bouliacum (1498), Boilieu (XVIIè s.), Boulieu (1790) et enfin Boulieu les Annonay (1900). Sachant que le latin bellus, « beau », a d’abord donné l’adjectif bel (vers 880) avant de donner biau puis beau, le nom Bolieu attesté en 1095 ne peut pas être un « beau lieu » : il s’agit d’une mauvaise interprétation du nom originel dont le sens avait été oublié. Le nom originel de la commune est issu du nom de personne gaulois ou gallo-romain Bullius accompagné du suffixe –acum comme le montrent les formes corrigées Baillaco, Baylliaco et Bouliacum. (DENLF*, TGF*, DNFLMF*) [rubrique wiki écrite par moi-même]
■ Annonay :
Les formes anciennes du nom de la ville sont S. Mariae deAnnoniaco en 584 et Anonacus au VIIIè s. Il est formé du nom d’homme germanique Anno au cas régime Annon, accompagné du suffixe de propriété latin –acum : il s’agissait à l’origine du « domaine d’Anno » (TGF*). L’anthroponyme Anno, exprimant une idée de vieillesse, de sagesse, est formé sur le vieux haut allemand ano, « aïeul » (DNFLMF*).
■ Tournon-sur-Rhône
En janvier 2025, j’écrivais déjà qu’« en 2021, dans un article consacré au gaulois turno, « hauteur », j’écrivais que le nom de Tournon avait été formé avec ce radical accompagné du suffixe –onem :
Tournon-Sur-Rhône (Ardèche, castro Turnone en 814 ; la situation du château sur un piton rocheux et les vestiges archéologiques gaulois sont favorables à une origine du nom selon turno, « hauteur »).
*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.
Les indices
■ le Bazar de l’Hôtel de Ville a été fondé par Xavier Ruel (1822-1900), né à Annonay.
■ ce pantin de couleur rose devait faire penser au pantin d’Annonay, un biscuit emblématique de la commune.
■ les Gaulois exilés étaient les Allobroges qui occupaient entre autresla partie septentrionale de l’Ardèche, au-delà du Doux et dont le nom est composé des racines allo- « autre » et brogi- «pays »), soit « (le peuple) venu d’autres pays » ou « les exilés » (X. Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, Éd. Errance, 2008).