Les indices du mardi 17 mai 2022

Après un billet sur le nom de la Corse, je proposais cette devinette :

Un autre lieu méditerranéen doit son nom actuel dans la langue locale à la racine indo-européenne qui est à l’origine du grec κυρτος, kurtos, avec le sens de « courbé, arrondi, incurvé », dont il a été question plus haut.

Son nom français actuel est, lui, le résultat de l’évolution d’un autre nom, apparu plus tard toujours dans la même langue locale, qui faisait référence à deux sommets.

Quel est cet endroit ?

Un indice ? Ben, non, je ne suis pas fou. (qui a dit « pas encore » ?)

Il n’a pas fallu longtemps à TRA pour me donner la bonne réponse. Bravo à lui !

Pour les autres, allons-y pour quelques indices :

■ lacrymal :

indice a 17 05 2022

■ naval :

indice c 17 05 2022

■ champêtral :

indice b 17 05 2022

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

PS ne cherchez pas d’indice dans la rime en -al. C’était pour rire.

Corse

La Corse, île de la Méditerranée entre la côte ligure et la Sardaigne, est devenue française en 1769 après avoir longtemps appartenu à la République de Gênes et, auparavant, aux évêques de Pise. En 1790, elle est instituée département français (chef-lieu Ajaccio) puis scindée en deux en 1793 : Golo au nord (chef-lieu Bastia) et Liamone au sud (chef-lieu Ajaccio), chacun portant le nom d’une rivière, comme c’était souvent le cas à l’époque. En 1811, il n’y aura plus qu’un seul département de la Corse avec Ajaccio pour préfecture. Enfin, en 1975, l’île sera à nouveau partagée entre Haute-Corse (pour ne pas dire Corse-du-Nord, beurk ! — préfecture Bastia) et Corse-du-Sud (pour ne pas dire Basse-Corse, on a sa fierté ! — préfecture Ajaccio).

Si vous voulez connaître l’origine et le sens du nom de la Corse, ne vous précipitez pas sur la rubrique toponymie de la page wikipedia : on n’y trouve en effet, au moment où j’écris ces lignes (j’ai toujours rêvé d’écrire ça, qui fait très Albert Londres !) que la plupart des étymologies légendaires ou inventées de toutes pièces. Non, si vous voulez connaître l’origine et le sens du nom de la Corse, vous êtes à la bonne adresse !

Les plus anciennes traces d’occupation de l’île datent du dixième millénaire avant notre ère, mais nul ne sait quels furent ces premiers occupants. La « doyenne des Corses », la Dame de Bonifacio, date de 7000 à 6500 av. J.-C.

Dame de Bonifacio

(je suis allé la voir : elle est fort bien conservée pour son âge)

Des signes d’une culture agraire et de villages datent du sixième millénaire, les plus anciennes statues-menhirs remontent à 1500 avant notre ère et certains indices attestent la présence phénicienne et étrusque au septième siècle toujours avant notre ère. Les Phocéens fondent Alalia, l’actuelle Aleria, au VIè siècle avant J.-C. Les Étrusques seront chassés par les Syracusiens au Vè siècle, avant que la conquête romaine ne débute, autour de -250. On ne sait rien d’une éventuelle présence ibère ou ligure, sinon la proximité de certains toponymes avec de vieux termes pyrénéens. [On aura apprécié, j’espère, l’art de parcourir dix mille ans en dix lignes]

C’est l’historien grec Diodore, vers 30 av. J.-C., qui nous livre le premier nom latin connu de la Corse, à savoir Κóρσικα (Corsica) ; il en cite aussi le nom que lui donnaient les Grecs eux-mêmes, Κύρνος (Curnos), attesté depuis Hérodote avec l’épithète Κύρνιος. Le masculin pluriel Corsi désigne chez Tite-Live les habitants de l’île, sur la base de l’adjectif Corsus attesté peu de temps après chez Ovide et Martial. Il faudra attendre le bas Moyen Âge pour que se forge en Italie, notamment à Gènes, le nom de Corsa (accordé avec insula, « île », sous-entendu) pour désigner l’île, nom qui sera repris par la langue française sous la forme Corse. Parallèlement à cela, à l’époque de Varron au Ier siècle av. J.-C., avait été créé un adjectif Corsicus et, par suite, un autre nom de l’île, Corsica, attesté chez Cicéron et Pline l’Ancien et que l’italien a conservé à côté du populaire Corsa. Ce nom Corsica est devenu Corsegue chez les plus anciens géographes français, Corsega en vieil occitan et les Corses appellent aujourd’hui leur île Corsica. (et quand on l’appelle, elle répond : c’est là, peu de gens le savent, l’origine des polyphonies corses).

On n’aperçoit pas d’étymologie latine plausible pour Corsus. Certains ont alors fait appel au phénicien avec des hypothétiques *chorsi, « forêt », et *kyr, « cap, pointe » — mais doit-on rappeler qu’on ne connait presque rien de cette langue ? Le pré-indo-européen *kor, variante de *kar, « pierre, rocher », qu’on trouve entre autres dans les noms de Cors à Sonnac (Aveyron) sur une pente escarpée et à Saint-Cernin (Cantal) sur un versant de butte, dans celui des Cors à Polminhac (Cantal) ou encore de Corps (Isère), a lui aussi été mis à contribution (DPPF*). Mais rien ne vient sérieusement étayer ces hypothèses.

Pour d’autres, la racine commune des noms grec et latin peut être reconstituée en *kur-s-n pour laquelle deux explications ont été avancées :

♦ un rapprochement avec un ancien terme grec κορσος, korsos, signifiant « fait de couper, partie coupée » (devenu souvent ultérieurement κούρος), qui repose sur un radical κορσ-, lui-même issu de l’indo-européen *(s)ker-s, « coupé ». Cette appellation viendrait des navigateurs grecs de l’époque archaïque, dont on sait notamment qu’ils ont fondé Marseille et d’autres cités du golfe du Lion. À partir du sud de l’Italie, la voie normale consistait à caboter le long des côtes campaniennes, étrusques et ligures, mais celles-ci n’étaient pas sans risques, notamment avec la traversée de l’archipel Toscan, et c’est pourquoi, arrivés à hauteur du Latium, les marins grecs préféraient virer et mettre le cap sur la Corse, sans doute vers Aleria, d’où ils reprenaient leur route vers le nord. Il est tentant de penser que, dans la langue de la navigation, le terme korsos a pris le sens de « raccourcissement, raccourci » et a désigné, en l’occurrence, la route de la Corse et la Corse elle-même. On peut aussi faire un parallèle avec un autre adjectif grec, κυρτος, kurtos, « courbe, arrondi, incurvé », qui pouvait aussi désigner cette route maritime qui virait à bâbord en direction de la Corse (DNL*, DNLF*).

ITALIE

(Bon, moi je suis toponymiste, pas géographe ni dessinateur et encore moins navigateur)

♦ un rapprochement avec une racine indo-européenne *kurs-no, « bosquet, arbre » (Indogermanisches etymologisches Wörterbuch, de J. Pokorny, 2 vol. 1959-69, cité par DNLF*). Le couvert végétal de l’île, toujours abondant aujourd’hui, était sans doute impressionnant pour des marins qui venaient de régions pour la plupart largement déboisées. Certains ont même imaginé que les marins phéniciens venaient en Corse chercher le bois nécessaire à la confection de leurs bateaux.

PS : je n’en ai bien sûr pas terminé avec la Corse (ni avec le corse qui n’est pas une langue si facile que ça, même pour un Provençal).

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

index

Et, en plus, vous voulez une devinette ?

Bon. Andemu !

Un autre lieu méditerranéen doit son nom actuel dans la langue locale à la racine indo-européenne qui est à l’origine du grec κυρτος, kurtos, avec le sens de « courbé, arrondi, incurvé », dont il a été question plus haut.

Son nom français actuel est, lui, le résultat de l’évolution d’un autre nom, apparu plus tard toujours dans la même langue locale, qui faisait référence à deux sommets.

Quel est cet endroit ?

Un indice ? Ben, non, je ne suis pas fou. (qui a dit « pas encore » ?)

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Avis de réouverture

C’est moi, c’est leveto ! est-ce qu’il y a quelqu’un ? est ce qu’il y a quelqu’une ? ♪ ♫ ♪

Bonne nouvelle : le blog rouvre bientôt, probablement en fin de semaine.

D’ici là, patience ! ♫♪♫

… et en attendant, sauriez-vous me dire où j’étais ?

KODAK Digital Still Camera

… sachant que le nom local de ces sommets se traduit en français par les « cornes d’âne », tandis que le nom officiel, sous lequel ils sont mieux connus, aurait plutôt à voir avec le museau d’un autre animal.

Roqueredonde (répàladev)

TRA est le seul à m’avoir donné la réponse à ma dernière devinette. Bravo à lui !

Il fallait trouver Roqueredonde, une commune du canton de Lodève, dans l’Hérault.

local-Roqueredonde-

Roqueredonde : attesté de Rocca rotunda en 1135, ce nom est issu de l’occitan ròca , « roche » et de l’adjectif redonda, « ronde ». On sait que l’appellation « roche, roque » désignait le plus souvent, par métonymie, un château fort érigé sur une éminence rocheuse, ici arrondie. L’ancien château, dont il ne reste aujourd’hui que quelques ruines, était situé sur la crête de l’Escandorgue qui domine le village, au lieu-dit le Castella.

Capture Castella Roqueredonde

Profitant de ce site privilégié, les abbés de Joncels, alors maîtres des lieux, pouvaient contrôler leur territoire. Le village au pied du château s’appelait Tieudas jusqu’en 1925 quand il prit le nom de l’ancien château. Localement, on continue à l’appeler en occitan Tieudàs.

Tieudas :  attesté ecclesiam S. Dalmatii de Tenoldaz (à lire Tevoldaz) en 1135, Tendas en 1769, Tieudas chez Cassini et Tiendas en 1865, prononcé tioudàs, ce nom est issu du nom de personne germanique Tebaldus, c’est-à-dire Thibaud (theud, « peuple », et bald, « audacieux »).

ROQUEREDONDE

Carte de Cassini, feuillet 56, Nant -1778

Escandorgue : ce massif montagneux au nord-ouest de Lodève, dont la ligne de crête est une longue et étroite arête basaltique, qui ressemble au faîte d’un toit, est attesté d’Escaudelgue en 1643, à lire probablement *Escandelgue : peut-être du bas-latin scandula, «bardeau », et suffixe –ica (montanea) : « (montagne) ressemblant à un toit de bardeaux » ; attraction de l’occitan olgo, orgo, « odeur ». (TGF*, DPPF*). Frank R. Hamelin, dans sa Toponymie de l’Hérault (en ligne) propose une étymologie selon le latin scandula, « variété d’orge », et le même suffixe –ica.

Escandorgue bord du plateau

Aspect en bardeaux du bord du plateau de l’Escandorgue

Lodève : attesté Loteva au IIè siècle, Ludeva vers 678, sedis Lodove en 884, Lotevam vers 1056 et enfin Lodeva vers 1160, du gaulois lutevo, « marais », avec -a féminin. On reconnait dans lutevo la racine gauloise lut-, « boue », présente dans le nom Lutetia de Lutèce. (vvlt)

roqueredonde-herault-hotel-guiraudon-et-famille-bascou

Salut aux familles Guiraudon et Bascou !

Les indices

■ deux personnalités étrangères :  Lanza del Vasto (1901-1981), militant de la paix (vvlt), a créé à Roqueronde en 1963 la (nouvelle) maison mère des communautés de l’Arche, au domaine de la Borie Noble où il est enterré. Sogyal Rinpoché (1947-2019), lama tibétain, a fondé en 1991 le centre de retraite bouddhiste Lérab Ling, et en a démissionné en 2017, après des accusations de « mauvais traitements » (d’où les probables réticences à une inhumation à Roqueredonde).

indice-a-17-04-2022 ■ ces trois boules de granit devaient faire penser à des roches rondes.

indice a 19 04 2022 ■ ce symbole pacifiste bien connu (à l’origine anti-nucléaire) renvoyait aux engagements spirituels des deux personnalités citées plus haut.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Avis de fermeture

Mes chers amis, je pars. Je vous aime, mais je pars  (♫ ♪ ♫).

Je tire un trait, je ferme la valise  (♪ ♫ ♪).

Pas de panique ! (♫♪♫)

Avant de devenir trop vieux (♫ ♪ ♫), ma compagne et moi avons en effet décidé de prendre quelques vacances (♫♫♫) dans une île de Méditerranée ( ♪ ♫ ♪ – non, je ne recule devant rien), au bord de la mer (♪ ♫ ♪), pour fêter nos anniversaires respectifs et nos noces amours de flanelle.

Mais je vous rassure, je reviendrai. Ni à Montréal (♪♫♪), non, ni à Dublin (♫♪♫.), non plus : je reviendrai chez nous, bien sûr (♫♪♫).

Je reviendrai chez nous parce que :

ou parce que  ♪♪♫  (je ne pouvais certainement pas l’oublier !).

[ J’en ai plein d’autres, j’ai dû faire le tri ! Je vais laisser l’idée germer, et qui sait … ]

Bref, tout ça pour dire que je ne prévois pas de billet dominical pendant trois semaines consécutives. Cependant, la wifi étant maintenant disponible partout, peut-être trouverai-je  le temps de passer de temps en temps par ici.

PS n’oubliez pas ma dernière devinette ! Avis aux retardataires : le billet de la répàladev est déjà écrit et sera publié en avance dès demain soir.

Les indices du mardi 19/04/2022

ℳa dernière devinette n’a pas eu beaucoup de succès …

Pour les étourdis, je rappelle qu’elle concernait les dérivés du latin rotondus, « rond ».

et que son énoncé était le suivant :

Il vous faudra trouver un nom de lieu de France métropolitaine lié au mot du jour.

Dans la langue régionale, ce lieu porte le même nom issu d’un anthroponyme germanique que  sur la carte de Cassini, mais qui n’a rien à voir avec le nom français actuel qu’il faut trouver.

Deux personnalités étrangères décédées au XXè siècle sont liées à ce lieu, mais vous donner ne serait-ce que des indices pour vous aider à les identifier, serait vous donner la solution, aussi m’abstiendrai-je.

Le nom du pays lui aurait été donné, pour certains, en raison de sa ressemblance avec un toit fait de planchettes et, pour d’autres, parce qu’on y cultivait une certaine variété d’orge.

Le nom du chef-lieu de canton rappelle la qualité de son sol.

Un seul indice :

indice-a-17-04-2022

Quelques précisions supplémentaires :

■ ℒe nom à trouver est celui d’une commune.

■ ℒes deux personnalités étrangères liées à cette commune, pacifistes, étaient de nationalités différentes. L’une y est enterrée. L’autre, non — et sans doute que même si elle l’avait souhaité, cela aurait soulevé quelques réticences.

■ remplacer « planchettes »  par « bardeaux ».

■ le nom du chef-lieu de canton a quelque chose à voir avec le vieux Paris.

 

ℰt un seul indice :

indice a 19 04 2022

 

ℛéponse attendue chez leveto@sfr.fr

Complètement rond … ou presque.

Je m’intéresse aujourd’hui aux rondeurs. Non ! pas celles auxquelles vous avez immédiatement pensé, mais celles des reliefs, des surfaces ou des constructions de forme ronde qui ont laissé leur trace en toponymie. Constructions humaines mises à part, il semble que le dénominateur commun des toponymes en « rond », s’il faut en trouver un, soit celui d’un espace dégagé, circulaire ou non, assez important pour l’établissement d’une exploitation rurale (sommet tabulaire de montagne, replat de versant, espace circulaire en plaine, etc.)

Le latin populaire *retundus, issu, par dissimilation de la première syllabe, du classique rotundus, « qui a la forme d’une roue, rond », est à l’origine de l’occitan redond, a, de même sens, et du français « rond, -e » par amuïssement du d intervocalique.

Sur ces termes ont aussi été formés des noms de famille (Rond, Rondel, Redon, Redonnet …) évoquant la rondeur de l’individu, son embonpoint, la grosseur de son ventre. Certains des micro-toponymes que nous verrons peuvent être directement issus de ces noms de famille, comme des Prés ou des Fermes Redond.

Rond, ronde

Je ne m’attarderai pas sur tous les toponymes comportant l’adjectif « rond » ou « ronde » : ils sont beaucoup trop nombreux et de peu d’intérêt. On trouve ainsi quantité de Bois, de Champs, de Fermes, de Chênaies, de Landes, de Noues, de Touches Rond(e)s, etc. répartis sur tout le territoire.

On connait une seule commune nommée La Ronde (Ch.-M., du nom de l’île originelle) ainsi que l’ancienne La Ronde-Haye (Manche, aujourd’hui dans Saint-Sauveur-Villages).

En composition avec « mont », signalant une hauteur arrondie, cet adjectif apparait dans le nom des communes Montrond (H.-A., Jura), Montrond-le-Château (Doubs), M.-les-Bains (Loire), Monts-Ronds (Doubs, qui résulte de la fusion au 1er janvier 2022 de Mérey-sous-M. et Villiers-sous-M.), Montriond (H.-Sav.), Saint-Amand-Montrond (Cher) et Albiez-Montrond (Sav.). Formés sur le même modèle, les oronymes sont bien entendu nombreux avec le mont Rond ou Montrond du Jura à Mijoux dans l’Ain, le Montrond à Givors dans le Rhône, le Montrond à Limony en Ardèche et bien d’autres.

D’autres noms de communes sont composés avec « rond » : Ronchamp (H.-Saône) et Rondefontaine (Doubs), auxquelles on peut ajouter l’ancienne Ronfeugeraie, « lieu rond où poussent les fougères », aujourd’hui dans Athis-Val-de-Rouvre (Orne).

CPA-montrond-les-bains-

Le château sur son mont rond

Redon, redonde

C’est dans le domaine occitan, qui a conservé l’adjectif le plus proche du latin originel, qu’on trouve les toponymes formés sur le masculin redon ou le féminin redonde.

Les micro-toponymes sont là aussi très nombreux avec quantité de Bois, Bos ou Bosc Redon, de Camp ou Champ Redon, de Combe Redonde, de Lande Redonde, de Pré ou Prat Redon et bien d’autres.

Les oronymes sont particulièrement nombreux : on compte ainsi une soixantaine de Mont Redon comme à Minerve (Hér.), à Aydat (P.-de-D.), à Lanuéjols (Gard), etc., ainsi qu’une trentaine de Puech Redon comme à Claret (Hér.), autant de Puy Redon comme à Sornac (Corrèze) et de Pech Redon comme à Mirepoix (Ariège), quelques Piéredon comme à Tourves (Var) et un Puig Redon au Tech (P.-O.), tous formés avec des dérivés de podium. Notons encore plusieurs Monte Rotondu ou Monte Rotondo en Corse.

Comme en zone septentrionale, on trouve de nombreux toponymes où redon entre en composition. C’est le cas, avec « mont », de Montredon (Lot), de Montredon-des-Corbières (Aude) et de Montredon-Labessonié (Tarn) ; c’est aussi le cas, avec puech, de Puechredon (Gard) et, avec « château », de Châteauredon (A.-de-H.-P., francisation de Castèl Redon du XVIè siècle). Citons encore quelques noms de lieux-dits comme le Collet Redoun à Montauroux (Var, « col de faible altitude de forme arrondie ») avec une orthographe conforme à la prononciation occitane, ou les diminutifs Redounet à Uzès (Gard) et Redonnel à Mandagout (Gard). N’oublions pas le pont du Redondel à Colombiers (Hér.) qui évoque la forme circulaire de l’étang asséché de Montady (vvlt) ni le quartier de Montredon à Marseille.

Le féminin est tout aussi présent avec de très nombreux La ou Les Redonde(s), des Sagne Redonde, des Combe Redonde, quelques Mate ou Matte Redonde (avec mate), etc.

De même étymologie, le nom « rotonde » a servi à nommer quelques lieux-dits, le plus souvent en lien avec une construction. Il sert aussi depuis 1954 de déterminant au nom de Simiane-la-Rotonde (A.-de-H.-P.) en rappelant la forme octogonale du donjon de son château.

CPA Madrague de Montredon

Les faux amis

La ville de Redon (I.-et-V.), attestée in loco nuncupante Roton en 834 et Rodono en 838, doit son nom au gaulois *rotu, variante de ritu, « gué » (cf. le breton rodo, rodouz de même sens), accompagné du suffixe –one. La persistance du d intervocalique s’explique par le fait que la ville se situe dans la zone linguistique romano-bretonne. Les étymologies proposées par Dauzat & Rostaing (DENLF*), du latin rotundus, et par Nègre (TGF*), du gaulois *roto, « roue », sont à rejeter.

Le nom de Rethondes (Oise), attesté Rotundas et Rethondae au VIIè siècle, de Rotundis en 841, de Rothondis en 873, Retondes en 1177, fait difficulté. Le latin rotundus, dont le t serait tombé dans cette zone de langue d’oïl, semble exclu. E. Nègre (TGF*) propose un latin ructabundus, « qui rote », devenu nom de personne roman *Ructaundus, avec suffixe –as, sous -entendu terras, qui aurait subi l’attraction de rotundus. Dauzat & Rostaing (DENLF*) penchent pour un dérivé du germanique riuti, « défrichement », croisé avec rotundus.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

point-d-interrogation-sur-le-clavier-nb10411

La devinette

Il vous faudra trouver un nom de lieu de France métropolitaine lié au mot du jour.

Dans la langue régionale, ce lieu porte le même nom issu d’un anthroponyme germanique que  sur la carte de Cassini, mais qui n’a rien à voir avec le nom français actuel qu’il faut trouver.

Deux personnalités étrangères décédées au XXè siècle sont liées à ce lieu, mais vous donner ne serait-ce que des indices pour vous aider à les identifier, serait vous donner la solution, aussi m’abstiendrai-je.

Le nom du pays lui aurait été donné, pour certains, en raison de sa ressemblance avec un toit fait de planchettes et, pour d’autres, parce qu’on y cultivait une certaine variété d’orge.

Le nom du chef-lieu de canton rappelle la qualité de son sol.

Un seul indice :

indice-a-17-04-2022

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Saint-Roman-de-Tousque (répàladev)

podium seul  À l’heure où j’écris ces lignes, TRA est le seul à m’avoir donné la bonne solution à ma dernière devinette. Félicitations !

Il fallait trouver Saint-Roman-de-Tousque, un hameau de Moissac-Vallée-Française, sur la Corniche des Cévennes, dans l’arrondissement de Florac-Trois-Rivières en Lozère.

local Moissac VF

Saint-Roman-de-Tousque : on reconnait aisément dans ce nom le cognomen Romanus qui peut désigner l’un des quatre personnages dont il a été question dans la devinette précédente à propos de Saint-Rome-de-Tarn. Il est ici accompagné de Tousque, de l’occitan tosca,  petit bois généralement sur un tertre.

Moissac-Vallée-Française : le nom de Moissac est issu du nom d’homme gallo-romain Mussius, Mustius ou *Muscius accompagné du suffixe –acum. Le déterminant Vallée-Française a été ajouté en 1961 pour distinguer cette commune de Moissac du Tarn et Garonne. « Vallée Française  : cette région (magnifique !) est formée par la vallée du Gardon de Sainte-Croix. Le nom, attesté de Valle Francisca en 1162, vient du latin vallis Francisca, « vallée des Francs ». Il a été traduit en français Vallée Française au XIXè siècle quand la commune Saint-Étienne-de-Valfrancesque a été renommée Saint-Étienne-Vallée-Française entre 1802 et 1808. Le nom rappelle l’époque où le fond de la vallée, territoire franc, pénétrait en territoire wisigoth, quand les Wisigoths occupaient tout le littoral languedocien, la Septimania.» (vvlt) L’hypothèse d’une vallée franche, exempte d’impôts, ne s’appuie sur aucun fondement historique.

Florac-Trois-Rivières : le nom de Florac est probablement issu du nom d’homme gallo-romain Florus accompagné du suffixe –acum. J’écris « probablement » car on sait maintenant que le suffixe -acum n’accompagnait pas obligatoirement un nom d’homme : il pouvait accompagner ici flos, floris, « fleur », pour désigner un endroit particulièrement fleuri. Le nom Trois-Rivières a été rajouté en 2016 lors de l’absorption de sa voisine La Salle-Prunet. Les trois rivières en question sont le Tarn, le Tarnon et la Mimente.

CPA-St-Roman-Tousque

Les indices

■ « On y chanta pour la première fois, lors de la célébration d’un bicentenaire, une chanson qui allait devenir une sorte d’hymne régional. » : on chanta à Saint-Roman-de-Tousque pour la première fois la Cévenole le 23 septembre 1885 pour le bicentenaire de la révocation de l’édit de Nantes.

Capture Cévenole(source)

(je ne suis pour rien dans les fautes d’orthographe des sous-titres !)

indice a 10 04 2022  ■ cette photo représente la parade de Noël à New-York qui concerne directement un descendant d’un natif de Saint-Roman-de-Tusque :

Antoine Pintard naît en 1658 près de Saint-Roman-de-Tousque. Sa vie et celle de ses six frères et sœurs sont à l’image de la destinée des réfugiés protestants cévenols partis vers d’autres lieux après l’Édit de Fontainebleau (1685). La famille Pintard embrasse la Réforme dès le XVIè siècle et certains d’entre eux, fuyant les persécutions, démontrent par leur parcours que la réussite économique et sociale est possible, même en exil. Comme nombre de ses coreligionnaires, Antoine, contraint de se convertir au catholicisme, décide finalement de quitter ses Cévennes natales pour La Rochelle, puis les Antilles et enfin le Nouveau Monde. Loin de la répression, il peut renouer avec la religion protestante et s’installe en 1691 dans un quartier de New-York où il fait rapidement fortune dans les affaires. Il fonde une famille conséquente : 9 enfants, 40 petits-enfants et 37 arrière-petits-enfants. Parmi ses descendants, plusieurs membres lutteront, avec la même ardeur que lui, pour l’indépendance de la nation américaine. John Pintard (1759-1844), le plus célèbre de ses arrière-petits-fils, œuvrera notamment aux prémices de la finance moderne avec la création de Wall Street. Plus original, il sera l’instigateur du mythe de Santa Claus, consacrant de ce fait l’existence du Père Noël ! Pour tout cela, il est reconnu en 2009 par le Museum of the city of New-York parmi les 400 personnalités qui ont marqué l’histoire de la ville.

(source)

Pour la biographie de John Pintard, plus connu outre-Atlantique que chez nous, il faut se rendre chez wiki en anglais qui confirme : Perhaps his greatest contribution to American society, however, was his role in establishing the modern popular conception of Santa Claus.

indice b 10 04 2022  ■ cette photo de pièces d’un franc, que l’énoncé disait concerner l’histoire et le nom du pays, devait orienter vers un pays franc, donc la Vallée française.

■ le sobriquet : les habitants de Saint-Roman-de-Tousque étaient surnommés Assuco-Bèmis par leurs voisins (Grand dictionnaire cévenol – français, Yves Gourgaud, éd. Atramenta, 2019) :

Assuco-Bèmi

c’est-à-dire « assommeur de Bohémiens, de truands »

bèmi

■ l’incendie de l’église :

Pendant la guerre des Camisards, une compagnie des troupes royales y était établie. Le camisard Lafleur, accompagné de six hommes, vint y chanter des psaumes devant l’église. Les soldats croyant à une attaque par une grosse troupe se barricadèrent, ce qui permit aux camisards de mettre le feu à l’église.

(source)

■ la vidéo intitulée Vallée des papillons : outre une allusion à la Vallée française, il fallait y voir une allusion aux parpaillots, nom donné péjorativement aux protestants par les catholiques qui leur reprochaient de changer de religion comme les papillons, parpaillos en occitan, changent de fleurs.

Les indices du mardi 12/04/2022

lettrinea dernière devinette n’a pas eu de succès ! Personne ne m’a encore proposé la moindre solution.

En voici donc de nouveau l’énoncé, qui concluait un billet concernant la mate et la touche :

 

 

Il vous faudra trouver le nom d’un lieu-dit de France métropolitaine qui compte trois mots dont l’un est lié à l’un des mots du billet et les deux autres à un homme.

La commune où est situé ce lieu-dit n’a vu naître aucune « personnalité », pas plus que le chef-lieu du canton, si on en croit les rubriques correspondantes des pages wikipedia, c’est vous dire la difficulté de vous donner des indices pertinents ! Mais, comme souvent, la page wiki n’est pas complète !

Alors, voici deux indices qui n’ont rien à voir entre eux, sauf qu’ils concernent le lieu-dit lui-même :

■ On y chanta pour la première fois, lors de la célébration d’un bicentenaire, une chanson qui allait devenir une sorte d’hymne régional.

■ et une photo :

indice a 10 04 2022

■ et un troisième indice, pour le pays :

indice b 10 04 2022

Essayons d’être plus clair :

♦ le lieu-dit à trouver est un véritable hameau, qui possède son propre lieu de culte.

♦ l’homme qui complète le toponyme à trouver a déjà été croisé récemment sur ce blog.

♦ la première photo-indice concerne très directement le descendant d’un natif du lieu-dit.

♦ la deuxième photo-indice concerne l’histoire et le nom du pays (selon l’étymologie la plus consensuelle).

Ajoutons quelques précisions :

♦ les habitants du hameau y portaient le sobriquet d’« assomme truand », en langue régionale bien entendu.

♦ apeurés par les chants de leurs assaillants pourtant moins nombreux, des soldats s’y barricadèrent dans l’église, où ils périrent quand le feu y fut mis.

♦ la commune comme le chef-lieu-d’arrondissement portent des noms issus de celui d’un Gallo-romain suffixé de manière classique.

Et terminons avec un dernier indice :

Réponse attendue chez leveto@sfr;fr