Les voies de communication – Troisième partie

Après avoir vu les voies (du latin via) puis les chemins (du gaulois cammano), j’aborde ici un autre mot gaulois lié aux voies de communication : mantalon.

Tandis que Dauzat restreignait le sens de mantalon à celui de « péage », un consensus s’est fait aujourd’hui, avec Xavier Delamarre (Dictionnaire de la langue gauloise, éd. Errance, 2001), pour élargir le sens de ce mot à celui de « chemin, route ». Si ce mot n’est pas passé en français (sauf comme couleur dans une chanson d’Eddy Mitchell — oui, je sais : je l’ai déjà dit en aguichage dans le précédent billet, mais j’aime bien), il a toutefois laissé quelques traces toponymiques.

Nous pouvons donner comme certaine l’origine selon mantalon des toponymes suivants :

 

  • Mansle (Char.) : d’abord Mantulae curtis (1048-80) puis via Manliae (1108). On reconnait dans la forme la plus ancienne le gaulois mantalo– qui, accentué à la gauloise sur l’antépénultième syllabe, deviendra *mantla puis *manl-.

  • Manthes (Drôme) : Mantol (1033) et Mantula (1408) représentent le même mantalo-.

  • Mantallot (C.-d’A.) : d’abord Montaloer en 1330 puis Mentalloet en 1444 doit bien son nom au gaulois mantalo-.
  • Manthelan (I.-et-L.) : mentionné par Grégoire de Tours au VIè siècle comme Mantalomagensen, ce nom est issu du gaulois mantalo– accompagné de magos, « marché » : c’était le « marché sur la route ».

  • Manthelon  (Eure)  : écrit Mentelon en 1262, il s’agit là aussi d’un ancien *mantalo-magos.

  • Malvilly-Mandelot (C.-d’Or) : situé sur la voie romaine d’Autun à Alençon, le hameau Mandelot doit son nom au gaulois mantalon.

  • Maule à St-Saturnin (Sarthe),  qui est aussi noté La Butte-de-Maule sur les cartes actuelles, était mentionné Mantulam au IXè siècle puis Villula quae Mantula nuncupatur… cum ecclesia Sancti Albini au XIè siècle, noms dans lesquels ont reconnait le gaulois mantalon. Le hameau est sur la route d’Alençon au Mans.

CPA Mansle

Le cas particulier de Petromantalo :

Entre Brivisara (Radepont)  et Ritumagus (Pontoise), la Table de Peutinger mentionne une station nommée Petromentalum qui apparait aussi sur l’Itinéraire d’Antonin comme Petro Mantallus et Petromantalium. On reconnait dans ces noms le gaulois mantalon précédé de l’adjectif numéral gaulois petuar, petro, petru, « quatre » : il s’agissait donc de « quatre routes », c’est-à-dire d’un carrefour. Plusieurs communes, toutes dans le Val-d’Oise, revendiquent le fait d’être situées à l’emplacement de cette ancienne station mais un consensus semble se faire autour du nom de Saint-Clair-sur-Epte (Michel Roblin, Le terroir de l’Oise, éd. Picard, 1978).

Pierremande (Aisne) était Petramantula en 867, issu du même gaulois signifiant « quatre routes, carrefour », qui a subi plus tard l’attraction du latin petra, « roche, pierre », devenant Piermande en 1588.

À Saint-Martin-du-Mont (C.-d’Or), le lieu-dit Fromenteau, à la croisée de deux routes très anciennes dont la voie romaine d’Autun à Langres, pourrait être un ancien *petromantalo, la forme Froitmantel de 1376 n’étant pas assez ancienne pour se prononcer mais semblant exclure le « froment » (NLBo.* et voir page 9 de cet article pour le passage du p à f en gaulois). À Saint-Gervais-en-Belin (Sarthe), le lieu-dit homonyme Fromenteau était Le bordage de Fremencel en 1341, forme ancienne qui semble interdire un rapprochement avec le nom du froment qui n’a joué qu’un rôle paronymique tardif : il pourrait s’agir là-aussi d’un ancien petromantalo (NLM*). Un troisième Fromenteau, à Crécy-en-Brie (S.-et-M.) celui-là, anciennement Frigidum Mantellum en 1260, pourrait avoir la même origine.

On rapprochera de ces noms celui de Saint-Jean-Froidmentel (L.-et-C.), mentionné comme Frigidum Mantellum en 1107 : la route de Chartres à Vendôme semble avoir été coupée en ce lieu par une autre route qui venait de franchir le Loir. Sans doute le nom de Saint-Claude-de-Froidmentel, aujourd’hui dans Brévainville (L.-et-C.), anciennement S. Claudius de Frigido Mantello a-t-il la même origine.

Rappelons que le nom mantel, apparu en roman en 980, ne désignait alors que le vêtement ample porté sur tous les autres et que les sens métaphoriques qu’on lui connait aujourd’hui n’apparaitront qu’au XIVè siècle. D’autre part, le fait que Fromenteau à Crécy-en-Brie et Froidmentel à St-Jean-de-Froidmentel aient été tous deux transcrits Frigidum Mantellum montre bien que nous sommes en présence d’une approximation : incompris, le gaulois mantalon a subi l’attraction de mantellum, tandis que le gaulois petro a été transformé en « froid » (ou à « pierre » dans Pierremande) ou a permis de passer à « froment ». Mais il convient d’être prudent : d’autres Fromental, Fromenteau ou Fromentières désignent bien des terres à froment, c’est-à-dire céréalières ; seules les formes anciennes permettent de faire un choix comme pour Fromental (H.-Vienne, Fromentalium en 1315) ou Fromentières (Marne, Fromentariae en 1162).

Ceux qui ont de la mémoire se souviennent peut-être de mon doute à propos d’un Fromenteau de Côte-d’Or pour lequel l’hypothèse d’un petro-mentalon avec petro passé à fro– pour donner fro-mental m’étonnait. Ayant trouvé la confirmation du passgae de p- à f- en gaulois (cf. le lien donné plus haut), je suis obligé de revoir mon jugement.

CPA Froidmentel

L’origine selon mantalon des toponymes suivants est probable mais d’autres étymologies sont possibles :

  • Nitry (Yonne), à la croisée de plusieurs routes, pourrait être un plus ancien *mantaliacum, construit sur mantalo et suffixe –acum, selon G.Taverdet (NLBo*) même si la forme Nantriacus du VIè siècle semble plutôt être issue d’un nom d’homme germanique Nantuarius (TGF*).
  • Mantry (Jura) toujours selon G. Taverdet (Noms de lieu du Jura, 1984) serait lui aussi un ancien *mantaliacum, tandis que le nom Mantriacus de 1116 semble orienter vers un nom de personne germanique Mantarius (TGF*).
  • Montailleur (Sav) : identifiée avec la station Mantala mentionnée sur la table de Peutinger entre Leminco (Lemenc) et ad Publicanos (Conflans), son nom serait donc issu du gaulois mantalon (J. Quiret, L’arbre celtique). Mais les formes anciennes Montelos vers 1100, Monteloso en 1216, Montilheux en 1497 ont aussi été interprétées comme des dérivés avec le suffixe –acum du nom d’homme latin Montilius (DENLF*) ou comme issues du latin monticulus avec le suffixe –osus pour « (pays) pourvu de petites montagnes » (TGF*).

  • Mantaille, un lieu-dit d’Anneyron (Drôme), était appelé Mantalo en 859 ce qui semble confirmer une étymologie selon mantalon (NLEF*) mais J.Astor (DNFLM*) préfère y voir la variante *man– de la racine pré-indo-européenne *mal– attachée à l’idée de « rocher, montagne ». Les noms de Mandailles-St-julien (Cant) et Castelnau-de-Mandailles (Av) soulèvent les mêmes doutes.

… et d’autres

Un document de 1970, signé Charles Arnould, édité sur le site Persée et intitulé Recherches sur divers toponymes routiers d’origine gauloise donne une série impressionnante de toponymes qui seraient liés au gaulois mantalon.. Parmi les premiers présentés, donnés pour d’anciens *mantalomagus, très ressemblants aux Manthalon et Manthelon vus plus haut, deux semblent bien être dans ce cas : Manthelon à Mézières-lès-Clécy et Mantelon à Denée (M.et-L.) mais l’auteur rajoute des formes en mont- beaucoup plus discutables comme plusieurs Montalon, Montelon, Monteuland, etc. et même Monthelon ( alors que Monthelon dans la Marne est un Mons Allonis en 948, du nom d’homme germanique Allon) ou encore Montaland, à Sainte-Catherine dans le Rhône, village natal comme chacun sait d’Adrienne (non, pas celle de Rocky, mais celle des amis Jojo, Pierre et Jacques ). Les seconds toponymes présentés par cet auteur, Malay-le-Grand et Malay-le-Petit sont donnés comme d’anciens *mantul-acus, mais, attestés Masliacus en 519 et Mansolacus en 657, ils  sont donnés comme issus d’un nom d’homme latin *Massula (surnom dérivé de massula, « miette ») par Dauzat&Rostaing (DENLF*) ou de manciola, « petite main » devenu nom de personne par E. Nègre (TGF*). Enfin, la dernière série étudiée par l’auteur serait issue d’un *malliacus, toujours formé sur ce gaulois mantalon, d’où des noms comme Mailly, Maillé, Maillat, etc. qui sont sans doute plutôt issus du nom d’homme latin Magilius ou Mallius. L’auteur appuie sa démonstration sur une étude très documentée des voies ou routes qui traversent toutes ces localités et semble en tirer la conclusion que, s’il y a route, c’est elle qui a donné son nom à la localité. Or, il y a toujours une route pour conduire à un lieu, quel qu’il soit … et il n’est pas sûr que toutes ces routes ou localités aient été baptisées par les Gaulois ni que leurs successeurs aient repris ce mantalon pour baptiser les leurs, que d’autres étymologies peuvent expliquer de manière convaincante.

 

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

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La devinette

Il m’ a été très difficile de trouver une devinette, sachant qu’en tapant « « mantalon » gaulois » dans la barre de recherche de Google, les 250 résultats qui apparaissent permettent de savoir à peu près tout sur le sujet.

Il vous faudra pourtant trouver un micro-toponyme (donné à un lieu-dit et à deux chemins, l’un dit Sud et l’autre Nord) lié au gaulois mantalon accompagné d’un adjectif. Mal compris, ce nom a subi plusieurs déformations avant de se fixer aujourd’hui en deux mots bien français mis au pluriel sans raison étymologique.

Comme nulle part (à ma connaissance) sur internet on ne parle de l’étymologie de ce nom de lieu (mais je vous rassure, j’ai mes sources livresques), il vous faudra le trouver par déduction (et avec un peu de réflexion) quand vous aurez découvert la commune dont il fait partie.

Cette commune porte un nom issu de celui d’un homme latin accompagné du suffixe bien connu –acum.

Elle est située au nord d’un département mais dans l’aire d’attraction de la préfecture du département voisin.

On y trouve des sculptures colorées pleines d’humour et de poésie.

■ un tableau, pour la région :

The Lacemaker, by Johannes Vermeer

■ une statuette, pour la commune :

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Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Casteide-Cami (répàladev)

Le temps est venu de donner la réponse à ma dernière devinette.

Il fallait trouver Casteide-Cami, un village des Pyrénées-Atlantiques de l’arrondissement de Pau.

La forme Casteede deu Camii de 1352 se comprend comme la « châtaigneraie du chemin ». Le premier élément est un dérivé de l’occitan castaneda, « châtaigneraie », dont le n intervocalique a disparu en gascon au lieu d’être nasalisé en gn comme dans les autres langues d’oc ; le deuxième élément est dérivé du bas-latin caminus, « chemin », avec là-aussi disparition du n. Le chemin dont il est question est probablement un des chemins de pèlerinage menant à Saint-Jacques-de-Compostelle qui traversait ici une châtaigneraie.

Ce village abritait la résidence de Madeleine de Lafargue, épouse d’Andreu de Sarrabaig, une des nourrices d’Henri III de Navarre, le futur roi Henri IV de France, et mère de Pierre de Sarrabaig (1553-1620) :

Capture d’écran du site Généanet

Ce dernier, qui fut « panetier au gobelet du Prince Henri III de Navarre, chef de la paneterie de bouche des rois Henri IV et Louis XIII », acheta la seigneurie de Casteide-Cami en 1605. Il n’était que chef panetier et non Grand Panetier, ce qui explique qu’il ne figure pas dans la liste wiki de ces derniers, qui n’officiaient que cinq fois par an.

Le page du site du pays d’Arthez consacrée à Casteide-Cami commet deux erreurs : d’une part, si Madeleine de Lafargue a bien été la nourrice d’Henri IV (1553-1610), on se demande bien où l’auteur est allé chercher qu’elle en fut la maîtresse ; d’autre part, la demeure ou le château qui aurait été construit par Henri IV pour une de ses maîtresses (on ne prête qu’aux riches ! ) ne peut pas avoir été, deux siècles auparavant, à l’origine du nom Casteede du village !

Les indices

Cette photo d’un chemin dans une châtaigneraie était un indice limpide.

L’apôtre André avec la croix de saint André, statue de marbre datant de 1640 exécutée par François Duquesnoy (1594-1643), rappelait que l’église de Casteide-Cami était dédiée à ce saint.

Il fallait reconnaitre Porthos, le personnage des Trois Mousquetaires dont la figure inspiratrice était Isaac de Portau, né à Pau le 2 février 1617 (Illustration de Porthos par Vivant Beaucé. Édition de 1849 par J.-B. Fellens et L.-P. Dufour. DeAgostini/Getty Images).

Cette vache rouge, déjà utilisée comme indice, renvoyait au Béarn dont le blason est orné de deux vaches rouges.

L’indice du mardi 19/10/2021

Dès potron-minet lundi matin, Hibou Bleu fut le premier à donner la bonne réponse à ma dernière devinette. Il a été rejoint par Jacques C., TRA, TRS, Brosseur et LGF. Bravo à tout le monde !

Pour les autres, j’en rappelle l’énoncé :

Il vous faudra trouver le nom composé d’une commune de France métropolitaine lié au gaulois cammano et à un type de végétation.

■ Aucun monument historique remarquable ni aucune « personnalité liée à la commune » ne sont cités par wikipedia  … qui oublie le fils de la nourrice d’un roi de France (et non de sa maitresse comme il est écrit sur le site de la mairie : ils sont nés la même année !) dont il fut panetier et qui racheta la seigneurie.

■ une photo, pour le sens du toponyme :

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■ Ah ! Au fait, ne cherchez pas dans la liste wiki des églises dédiées à ce saint : celle de la commune que vous cherchez n’y figure pas !

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Et je rajoute ces cadeaux indices :

■ celui-ci qui vaut pour le chef-lieu :

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■ et celui-là, qui a déjà servi et qui vaut pour toute la région :

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Et si avec ça, vous ne trouvez pas !

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Les voies de communication – Deuxième partie

Après avoir parcouru la voie, je me lance aujourd’hui sur les chemins.

« Chemin » viendrait du gaulois cammano de même sens et d’origine peu claire, passé en bas-latin sous la forme caminus et de là dans les langues latines, d’où le cami(n) occitan et catalan. Certains linguistes le rattachent au radical plutôt extensif cam pour espace rural, qui aurait aussi donné champ ; d’autres préfèrent y voir un cam, camen au sens de « pas, marche, aller » qu’ils rattachent à l’indo-européen *gwa, d’où viennent to go et to come anglais.

Comme dans la première partie de ce sujet, je n’étudierai que les noms de lieux habités, sauf quelques exceptions remarquables.

Chemin

Ce mot a fourni d’assez nombreux toponymes en Le Chemin, Cheminas, Cheminade, Cheminon, Cheminot et des centaines de Chemin Vert, Chemin Creux, Chemin Perdu, Grand ou Petit Chemin, etc. qui sont fort banals tandis que je ne compte qu’un Maine Chemin, à Lignières-Sommeville (Char.)

chemin creux

Mais « chemin », quand il désigne un lieu-dit ou un groupe de parcelles, peut devenir intéressant quand il reçoit toutes sortes d’attributs, en partie liés à son usage. Des exemples ?

À Saudoy (Marne), on trouve un Chemin des Lorrains, un Chemin des Champenois et un Chemin des Ânes.

Les métiers sont bien sûr représentés avec un Chemin des Potiers (Taingy, Yonne ; Boutigny-Prouais, E.-et-L. ; Prévilliers, Oise), des Meuniers (Jouarre, S.-et-M.), des Poissonniers (Landrethun, P.-de-C.), des Foins (Queudes, Marne), etc. ainsi que des Chemin des Larrons (Canly, Oise ; Poncey-sur-l’Ignon, C.-d’Or), des Voleurs (Naintré, Vienne ; Oriolles, Char.) et des Prêtres (Noyon, Oise ; Sablonceaux, Ch.-M.) et bien d’autres. On trouve aussi des lieux nommés selon l’usage qui en était fait : le Chemin des Foins à Queudes (Marne), le Chemin du Four à Chaux à Warnécourt (Ardennes), le Chemin des Aisances (id.), des dizaines de Chemin des Vaches ou aux Vaches, etc.

Un certain nombre de ces noms en Chemin sont associés au passage d’une ancienne voie que certains disent romaine mais qu’on peut imaginer d’abord gauloise. On a ainsi le Chemin des Romains à Châtenet et Maisonnay (D.-Sèvres), à Distroff (Mos.), à Marseillan (Hér.) etc. Sur le Grand Chemin est un lieu-dit à Humbauville (Marne) situé sur la Voie Romaine. Le chemin de Compostelle a lui aussi laissé sa trace dans le nom de quelques hameaux comme Le Chemin à Anthien (Nièvre) pour ne donner qu’un seul exemple.

Et non, je n’oublie pas ce chemin-là :

La variante « cheminée » a pu désigner un  chemin ancien, généralement gallo-romain. Ainsi, les  Trois Cheminées, à la Grande Verrière (S.-et-L.), ne sont pas celles d’une usine mais un carrefour sur la voie qui menait d’Autun à Bibracte. On compte une centaine de lieux-dits formés sur ce Cheminée(s) avec différents adjectif comme « grande, longue, trois, quatre, etc. » qu’il est inutile de tous citer ici. On n’oubliera pas à ce propos de jeter un coup d’œil au paragraphe consacré aux faux-amis.

Et les communes ? me demanderez-vous. Eh bien, elles ne sont pas très nombreuses à tirer leur nom d’un chemin. On connait Chemin (Jura), qui résulte de la fusion en 1826 de Beauchemin et Chemin, Cheminas (Ardèche), Cheminot (Mos) sur la voie romaine de Marseille à Cologne  et Chemin-d’Aisey (C.-d’Or). Avec « chemin » en déterminant, on trouve Saint-Pierre-du-Chemin (Vendée) où se croisaient, dit-on à la mairie, deux voies romaines alors que le nom du Moyen Âge était au singulier dans Sanctus-Petrus-de-Camino et Dompierre-du-Chemin (I.-et-V.), sur la voie romaine d’Avranches à Angers.

Camin

Cami ou Camin (mais si, voyons ! l’occitan camin, j’en ai parlé plus haut !) est tout aussi représenté en pays de langue d’oc, avec ses variantes caminel (diminutif),  caminas (augmentatif souvent dépréciatif) et caminada. On trouve ainsi un Cami Debat à Orignac (H.-Pyr.), un Cami Grand à Crespin (Av.), un Camin Grand à Lantosque (A.-Mar.), un Caminel à Fajoles, Luzech et Bellort-du-Quercy (Lot), un Caminas à Lamasquère et Vacquiers (H.-G.), un Camy encore à Luzech (Lot), une Caminade encore à Bellort-du-Quercy (Lot), et bien d’autres. On trouve à Biarritz (Landes) le château de Camiade (avec chute du n intervocalique propre au gascon) et le chemin de l’église apparait dans Camin Glizié à Pissos (Landes).

camin

Faux-amis

Il convient toutefois de se méfier avec les noms de Caminade, Chaminade ou Cheminade qui peuvent représenter l’occitan caminada, « presbytère ». Le latin classique caminus, « four, foyer », d’où vient l’occitan camin, « fourneau », a eu un dérivé caminata en bas latin dans l’expression camera caminata, « chambre chauffée »,  puis caminata a fini par désigner l’instrument de chauffage, le poêle ou la cheminée. Sachant que, dans les temps anciens, seuls les châteaux et les presbytères offraient une chambre à cheminée au maître des lieux (et peut-être aussi des cellules monacales), le mot caminada a fini par désigner la chambre du curé puis le presbytère.

De la même façon, il est possible que certains des noms Cheminée(s) désignent non pas des chemins mais des cheminées d’habitation, d’ateliers, forges ou usines. C’est très certainement le cas pour la Cheminée Ronde à Bray-en-Val et Férolles (Loiret) et les Cheminées Rondes à Saint-Martin-d’Abbat, Mézières-en-Gâtinais et Bouzy-la-Forêt (Loiret), pour la Rue des Cheminées à Taisnières-en-Thiérache (Nord) et pour la Maison des Trois Cheminées à Tilly-sur-Seulles (Calv.).

 

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Les Gaulois avaient un autre mot pour le chemin ou la route : il s’agit de mantalon, d’un indo-européen *men, « marcher », qui n’est, à ma connaissance, pas passé en français (sauf comme couleur dans une chanson d’Eddy Mitchell). Il fera l’objet du prochain billet.

index

 

La devinette

Il vous faudra trouver le nom composé d’une commune de France métropolitaine lié au gaulois cammano et à un type de végétation.

■ Aucun monument historique remarquable ni aucune « personnalité liée à la commune » ne sont cités par wikipedia  … qui oublie le fils de la nourrice d’un roi de France (et non de sa maitresse comme il est écrit sur le site de la mairie : ils sont nés la même année !) dont il fut panetier et qui racheta la seigneurie.

■ une photo, pour le sens du toponyme :

indice a 17 10 2021jpg

■ Ah ! Au fait, ne cherchez pas dans la liste wiki des églises dédiées à ce saint : celle de la commune que vous cherchez n’y figure pas !

indice b 17 10 2021

 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

 

Luppé-Violles (répàladev)

TRS le premier m’a donné la bonne réponse à ma dernière devinette. Il a été rejoint par TRA, LGF et Hibou Bleu. Bravo à tous !

Il fallait trouver la gersoise Luppé-Violles, dans l’arrondissement de Condom.

local Luppé-Violles

Comme Lupé dans la Loire, qui était Lipiaco en 975 puis Luypes en 1352, Luppé vient du nom d’homme latin Luppius accompagné du suffixe –acum.

Violles est issu de l’occitan viòla, féminin de viòl, « petite voie, sentier ». L’étymologie donnée à la page 33 de ce document, qui fait de Violles de « petites vignes ou collines » est fausse.

Cette localité est située dans le Bas-Armagnac, où on distille un alcool fort, l’armagnac.

Condom était Condomum en 615, nom dans lequel on peut reconnaitre avec Nègre (TGF*) un dérivé du gaulois *condat-o-magos, le « marché du confluent » (entre la Baïse et la Gèle)  ou préférer avec Dauzat & Rostaing (DENLF*) un *Cond-o-magos, le « marché de Condus ».

Les indices

indice c 10 10 2021 cette représentation de saint Barthélémy rappelait que l’église de Violles lui est dédiée.

indice d 10 10 2021 cette mosaïque (250 ap. J.-C.) représentant la louve accompagnée de Romulus et Remus devait orienter les recherches vers un loup romain, soit lupus, d’où est issu le nom Luppius à l’origine de Luppé.

indice b 10 10 2021 cette Lettre de M. de Voltaire au peuple d’Angleterre est donc une lettre française, c’est-à-dire une french letter. On sait que les Anglais appellent aussi french letter ce que nous appelons une « capote anglaise ». Ils appellent aussi ce préservatif condom, homonyme du chef-lieu de l’arrondissement où se trouve Luppé-Violles.

indice b 21 07 20 sans surprise, ce mousquetaire renvoyait à la Gascogne.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Les indices du mardi 12/10/2021

Ma dernière devinette n’a pas trouvé preneur … Pour les étourdis, j’en rappelle l’énoncé :

Il vous faudra trouver le nom en deux mots d’une localité de France métropolitaine. Un de ces deux mots est lié au latin via, l’autre est issu d’un nom de personne latin.

Cette localité est située dans une région où se distille un alcool fort.

Allez ! Trois indices :

■ pour la localité elle-même :

indice c 10 10 2021

■ toujours pour la localité  :

indice d 10 10 2021

■pour l’arrondissement :

indice b 10 10 2021

Et je rajoute

■ cette précision : l’article wiki consacré à cette localité ne dit rien de la toponymie, tandis qu’un site consacré au tourisme dans la région donne une étymologie erronée, parlant d’une plante cultivée au lieu du latin via, « voie ».

■ ce cadeau :

Et je n’ai pas d’autre idée … Peut-être un autre jour ?

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Les voies de communication – Première partie

J’entame aujourd’hui une série d’articles consacrés aux voies de communication ayant laissé leur trace dans la toponymie. Il ne s’agira pas d’odonymie, qui étudie les noms donnés aux voies et espaces publics ouverts, mais bien de toponymie, qui étudie les noms de lieux, et je ne m’intéresserai qu’aux lieux-dits, hameaux et écarts habités. Je passerai donc en revue ces lieux qui doivent leur nom à un type de voie de communication : sentier, chemin, rue, voie, etc. mais je me réserve quand même la possibilité d’insérer entre ces articles consacrés aux voies d’autres articles hors-sujet, bref, de casser la voie (voilà, ça c’est fait).

On notera le paradoxe qui veut qu’une voie de circulation, sur laquelle par définition on ne s’arrête pas, a donné leurs noms à des endroits habités où par définition on s’arrête.

Je commence aujourd’hui par la voie elle-même.

Le mot « voie » est directement issu du latin via, lui-même formé sur la racine indo-européenne wegh exprimant l’idée de conduire, de transporter avec un véhicule. Ce nom est bien présent en toponymie, porté non seulement par certains chemins mais par des parties de finage, parfois par des hameaux. On le retrouve directement sous la forme voie mais aussi sous des formes dérivées comme vie ou diminuées comme viol.

Voies

Peu de communes portent un nom lié au mot voie : on peut citer Aubevoye (Eure, Albavia en 1051, avec alba, « blanche », qualifiant sans doute son revêtement), Courbevoie (H.-de-S., Curva via vers 850, en référence à un coude de la voie romaine), Amfreville-la-Mi-Voie (S.-M., dont je parlais déjà ici) et Le Boullay-Mivoie (E.-et-L., id.) auxquels on peut rajouter les anciennes communes de Saint-André-Treize-Voies (aujourd’hui dans Montréverd, en Vendée, et dont les noms du XVè siècle ecclesia S. Andreae de Tredecim Vocibus  ou de Tribus Vocibus  semblent être une réinterprétation pseudo-savante avec attraction de « voix » et ne permettent pas de choisir entre treize et trois) et de Saint-Georges-des-Sept-Voies (aujourd’hui dans Gennes-Val-de-Loire, M.-et-L., Septem Viae vers 1330 ; l’hypothèse wikipedesque d’un dérivé de Savoia, « de Savoie », semble-t-il attesté en 987-996, ne tient pas quand on sait que la Savoie s’appelait alors encore Sapaudia, sur le gaulois sapo, « sapin », et ne devient Savoia en occitan qu’à la fin du XIIè siècle et Savoie en français en 1258 ; Savoia, s’il ne s’agit pas d’une corruption de septem viae, ferait plutôt penser à un hydronyme pré-celtique *sab, celui de la Save ou de la Sève). Sous des formes dérivées on trouve les noms de Vieillevie (Cantal, Vetus via en 1393) et Lavillatte (Ardèche, Via Lata en 1504, avec l’adjectif lada, « large », puis attraction de l’occitan vilata, « bourgade, hameau » et agglutination de l’article). Terminons avec Bio (Lot, Bia au XIVè siècle puis Bio en 1326) qui doit bien son nom à via prononcé d’abord bia puis bio, le a s’assourdissant en [ɔ] dans les régions septentrionales du languedocien.

CPA Vieillevie

Les micro-toponymes formés sur « voie » sont bien entendu beaucoup plus nombreux et ce mot y est très souvent accompagné d’un adjectif (Grand-Voie à Lestrem, P.-de-C. ; Haute Voie à Caro, Mor. ; Voie Grisée à Herbeville, Yv. ; Voie Souveraine à Suippes, Marne, etc.) ou d’un complément (Voie des Prés à Doullens, Somme ; Voie des Noyes à Magny-Vernois, H.-S. ; Voie des Saules à Orly, V.-de-M. ; Voie de Bique à Mesnil-Saint-Père, Aube, etc.). Je n’oublie pas les nombreux Mi-Voie déjà vus (ici) ni les cas où « voie » sert de déterminant (Moulin de la Voie à Houécourt, Vosges ; Champ de Voie à Crissé, Sarthe ; Ferme de Belle Voie à Champlite, H.-S., etc.).

Le terme est parfois altéré en vie comme à la Vie du Gré à Censeau (Jura), la Vie des Vaches à Pontoux (S.-et-L.), la Vie du Foin à Esserval-Tartre (Jura), plusieurs Vie Neuve, etc. En région de langue d’oc, où l’occitan via a été francisé en vie, comme à La Vie à Brousse (P.-de-D.), on trouve aussi des noms composés comme Ladevie à Belmontel (Lot, traduction de lada via, « large voie », cf. plus haut l’ardéchoise Lavillatte), Subervie à Plieux (Gers, avec le gascon suber, « au-dessus »), Soubie à Moulinneuf (Dord., avec sos, « au-dessous »), Batbie (Gers, avec le gascon bath, « vallée » : la vallée où passe la route), etc. Signalons aussi Viarouge à Ségur (Av., Via roja en 1349) et à Ladinhac (Cant.) dont le sens est difficile à déterminer : évoquait-on ici la coloration rougeâtre de la voie aménagée ici ? ou bien une « maison rouge », une auberge que l’on peignait traditionnellement en rouge au Moyen Âge, particulièrement remarquable à un endroit de cette route de grande importance à une époque médiévale comme aux siècles ultérieurs ?

« Voie » a été  aussi altéré en voix comme dans la Haute Voix à Pray (L.-et-C.),  la Basse Voix à La Bouëxière (I.-et-V.), la Voix Basse à Orches (Vienne), la Ville aux Voix à Saint-Laurent-sur-Sèvre (Vendée), etc.

Diminutifs

Les diminutifs formés sur les noms précédents ou qui en sont dérivés désignaient souvent des sentiers, en particulier des sentiers à travers un pré, dont le passage est traditionnellement autorisé en dehors de la saison du printemps. Certains d’entre eux, ayant acquis une certaine importance, ont fini par donner leur nom à la zone située de part et d’autre et, par là, aux habitations qui s’y construisaient.

Voyette ou veyette sont des lieux-dits en Poitou (La Voyette à Ceaux-en-Loudun, Vienne), en Bresse (La Voyette à Lélex, Ain), en Picardie (Les Voyettes à Silly-Tillard, Oise), en Anjou, Ardennes, Champagne, etc. On trouve une Voyette des Baudets à Marfontaine (Aisne) et une Voyette Carpentière à Sissy (id.) et bien d’autres. On connait La Voyotte  à Thil (Aube) et au Val-de-Meuse (H.-Marne).

Le diminutif viòl, « sentier », est toujours connu de l’occitan. Il est à l’origine des noms Viol(s) ou Viou(x) dans les régions vocalisant le l final. On trouve ainsi Sept-Viols à Cahuzac-sur-Vère (Tarn), Le Viou à Forcalquier (A.-de-H.-P.), la Font des Vious à Noyers-sur-Jabron (même dépt.), les Vioux à Pont-du-Château (P.-de-D.), etc. Notons, même s’il ne s’agit pas d’un lieu-dit habité, le col ardéchois des Quatre Vios, à Marcols-les-Eaux, où quatre chemins se rencontrent.

Le féminin viòla, donnant Viole(s) ou Violle(s) est lui aussi amplement représenté. Il a donné des noms comme La Viole à Pernes-les-Fontaines (Vauc.), à Salces (Loz.), au Fel (Av.) …,  comme Les Violes à Salces (Loz.), aux Aires (Hér.) …, comme la Violle à Lanta (H.-Gar.), à Ydes (Cantal), à Loupiac (Gir.), …, ou encore comme Les Violles à Chirac (Loz.), à Vergoignan (Gers), etc.

À cette liste, il convient d’ajouter des diminutifs très nombreux comme Violet et Violette qui peuvent désigner de petits sentiers mais qui souffrent d’une homonymie avec le nom de la couleur et celui de la fleur qui ont pu en outre donner des noms de famille : difficile de se prononcer, donc, pour ces noms sans une recherche historique approfondie au cas par cas. D’autres noms comme Violon à La Livinière (Hér., etc.) ou Les Violons au Bousquet-d’Orb (id.) peuvent représenter eux aussi des diminutifs en –on de viòl.

Le vial et son féminin viala désignent eux aussi de petits sentiers comme Vial à Ségur-les-Villas (Cant.) ou Vial-d’Antine à Cros-de-Montvert (id.). Mais là aussi, une confusion est possible avec viala, anciennement domaine agricole puis village, ville … et qui a pu devenir patronyme, comme Vial.

Le nom des Viollins à Freissinières (H.-Alpes) est issu du provençal alpin viollin, « guide qui montre le chemin » : le col de Freissinières reliant les vallées de la haute Durance et du Drac était très emprunté autrefois car il représentait un réel raccourci. On pouvait alors prendre un guide aux Viollins. Un hameau porte le même nom à L’Argentière-la-Bessée (même dépt.)

les Viollins1905Les Viollins des Freissinières… dans les années 1900

En revanche, les noms de Viols-le-Fort et de Viols-en-Laval (Hér.), contrairement à ce qui est souvent écrit (DENLF* et d’autres), ne représentent pas l’occitan viòl : les formes anciennes de Volio, de Bolio, attestées depuis le début du XIIè siècle jusqu’au XVIè siècle, époque où le nom est tombé dans l’attraction de viòl, orientent vers un nom de personne gaulois *Voculus, masculin de Vocula, employé sans suffixe, devenant *Vuòlh puis Viol, comme oculum devient uòlh puis iòl, « œil » (TGF*).

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

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La devinette

Il vous faudra trouver le nom en deux mots d’une localité de France métropolitaine. Un de ces deux mots est lié au latin via, l’autre est issu d’un nom de personne latin.

Cette localité est située dans une région où se distille un alcool fort.

Allez ! Trois indices :

■ pour la localité elle-même :

indice c 10 10 2021

■ toujours pour la localité  :

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■pour l’arrondissement :

indice b 10 10 2021

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Le Tournel (répàladev)

TRA et Hibou Bleu ont rejoint LGF sur le podium des découvreurs de la solution de ma dernière devinette. Bravo à tous les trois !

Il fallait trouver Tournel, nom d’un pays historique du bas Moyen Âge, formé de partie de l’ancien Gévaudan, dont le chef-lieu était Tournel, sur l’ancienne commune Saint-Julien-du-Tournel, intégrée depuis 2017 dans Mont-Lozère-et-Goulet, en Lozère.

local Tournel

Le nom du pays est une formation du bas Moyen Âge tardif, sur le nom ancien du château, Tornel. Celui-ci, construit au XIIè siècle, est attesté chastel del Tornel en 1219 ; les seigneurs en portent le nom dès la fin du XIIè siècle : celui de W. del Tornel est mentionné vers 1190. Le nom du château est issu du gaulois turno, « hauteur », muni du suffixe diminutif latin –ellu. Les ruines du château dominent une proéminence rocheuse, justifiant son nom.

cpa tournel

Le toponyme Tournel se retrouve à plusieurs reprises dans le Midi de la France comme à Davignac (Corrèze), Velleron (Vauc.), Bayons (A.-de-H.-P.), Champdieu (Loire), Barjols et ramatuelle (Var), etc. sans qu’il soit possible d’établir sans recherches approfondies s’il s’agit d’un toponyme originel ou d’un patronyme éponyme.

 

Les indices du dimanche

■ À partir de 1307, les barons de Tournel préfèreront s’établir au château du Boy à Lanuéjols, toujours en Lozère. Ce château porte le nom d’une ancienne métairie qui fait référence au métier de bouvier, une des activités qui s’y exerçait. C’est aujourd’hui un centre de post-cure alcoolique (château du Boy, ex-buveurs … : méchant jeu de mots).

■ Les membres de la baronnie cités par wikipedia sont Guérin, chancelier de France et évêque de Senlis, et la troubadouresse Iseut de Capio.

indice a 02 10 2021 Ce détail d’un Village sous la neige, peint par A. Girard en 1926, montrait un clocher pris dans la tourmente d’une chute de neige. Il s’agissait d’une référence aux clochers de tourmente typiquement lozériens qui permettaient aux égarés de retrouver leur chemin dans le mauvais temps.

■ le Chant de la libération, mieux connu comme Chant des partisans, devait inciter à chercher la pochette du disque original pressé en 1957, ce que n’a pas manqué de faire LGF, qui y a donc vu une photo du château de TourneL

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Les indices du mardi

■ La nouvelle commune Mont-Lozère-et-Goulet porte les noms du mont Lozère, point culminant éponyme du département, et de la montagne du Goulet.

■ La troubadouresse Iseut de Capio, de la famille des barons de Tournel, est connue par un tenson, un poème dialogué échangé avec sa consœur Almuc de Castelnou.

indice b 05 10 2021 cette photo représentait Christian Bujeau dans le rôle d’Ethan Grant, dit The Lord, le « super-méchant » de la série télévisée Hero Corp. Le château de Tournel, qu’il utilisait comme résidence, a servi de lieu de tournage.

Les indices du mardi 05/10/2021

LGF est le seul à m’avoir donné la réponse à ma dernière devinette. Bravo à lui tout seul !

En voici l’énoncé :

Il vous faudra trouver le nom d’un pays historique du bas Moyen Âge formé sur celui d’un château situé sur une hauteur et lié au gaulois turno.

Ce nom se retrouve en déterminant de celui d’une ancienne commune, aujourd’hui intégrée dans une commune nouvelle dans le nom de laquelle il n’apparait plus.

Les seigneurs du lieu, qui en prirent le nom, préférèrent plus tard s’établir dans un autre château de la même région jugé plus confortable. Il s’agissait d’une ancienne métairie qu’ils fortifièrent et améliorèrent au cours du temps. L’activité principale de cette métairie, l’élevage bovin, lui avait donné son nom, que le château porte toujours, bien que son activité actuelle n’ait aucun rapport — sauf à faire un méchant jeu de mots.

Pourtant réputé imprenable et ayant survécu à la guerre de Cent Ans, le premier château fut plus ou moins détruit pendant les guerres de Religion et jamais vraiment restauré, mais ses ruines sont entretenues depuis le XXè siècle et se visitent.

Deux membres de cette famille ont acquis suffisamment de notoriété pour avoir leur (petite) page sur l’encyclopédie wiki : un évêque et une femme de lettres.

■ un premier indice :

■ un deuxième indice : cette vidéo

Les nouveaux indices

■ La nouvelle commune dans laquelle se trouve le château porte un nom constitué de ceux de deux montagnes, dont une est le point culminant du département.

■ On ne connait de la femme de lettres que quelques vers d’une tenson.

■ Sur une suggestion de LGF, cette photo :

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Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Plutôt terne

Un terne, en topographie, désigne une hauteur naturelle, un tertre, et, plus précisément, un coteau qui fait barrière. Le dictionnaire de l’ancien français de Godefroy donne « tertre, colline » pour terne, tierne.

L’étymologie n’en est pas assurée. Pour X. Delamarre (Dictionnaire de la langue gauloise, Errance, 2001), ce mot viendrait directement du gaulois turno, « hauteur ». A.J. Greimas (Dictionnaire de l’ancien français, Larousse, 3è éd. 1999) et J. Astor (DNLFM*) en font quant à eux une variante de terme, « borne, limite » : le latin term(i)ne serait passé à *termne puis à terne, « coteau, talus, hauteur » marquant une limite.

Ce mot a donné son nom à une commune du Cantal, Les Ternes (Terni en 1492, Las Ternos en 1618), et au quartier parisien des Ternes (attesté granchiam de Ternis en 1236, « la grange des Ternes » ; les mentions aux siècles suivants d’une villa externa, sur lesquelles s’appuient certains auteurs pour imaginer un quartier *Estern puis Les Ternes, semblent être des réinterprétations).

CPA Les Ternes

Le nom de Tours-sur-Meymont (P.-de-D.), attesté Turnis en 1340, et celui de Tournes (Ardennes), attesté Tournes dès 1158, sont eux aussi issus du gaulois turno, le premier ayant été refait ultérieurement en tour. À ceux-là viennent s’ajouter Le Tourne (Gir.), Tournes à Riom-ès-Montagne (Cantal) et le Puig del Tourn au sud-ouest de Banyuls (P.-O.).

De nombreux lieux-dits portent un nom du même type, au singulier Le Terne (nombreuses occurrences dans les Ardennes, par exemple, avec une variante Tarne) ou au pluriel Les Ternes (nombreuses occurrences dans la Creuse, la Haute-Loire etc.). Le nom est souvent accompagné par des adjectifs comme Grand, Gros, etc ou par des locutions comme pour Dessous le Terne (à Chooz, Ardennes), la Côte du Gros Terne (à Lépron-les-Vallées, id.), le Terne aux Framboises (à Vireux-Molhain, id.), le Pied du Terne (à Rocquigny, Aisne) et bien d’autres.

Le même gaulois turno a pu être suffixé pour donner différents toponymes qu’il est toutefois malaisé de distinguer de ceux qui sont formés sur le nom d’homme gaulois ou gallo-romain Turnus (mais on peut s’interroger sur une éventuelle trop grande fréquence accordée à cet anthroponyme) :

■ avec le suffixe –acum : les noms de Ternay (L.-et-C, Tornacensim villam au VIè siècle), Tornac (Gard, Tornagus en 814), Tonnoy (M.-et-M., Tornai en 1172), Tournai-sur-Dive (Orne,Tornacum au XIIè siècle), Tournay-sur-Odon (Calv.) et d’autres noms du même type laissent la place au doute ;

■ avec le suffixe –iacum : les noms de Tourniac (Cantal, Turniacus au XIIè siècle), Tourny (Eure, Tornacum en 1287) et Turny (Yonne, Turniacum en 1150) posent le même problème.

■ avec le suffixe anum : Tournan (Gers, Tornanum au IXè siècle).

■ avec le suffixe -onem : Tournon-Sur-Rhône (Ardèche, castro Turnone en 814 ; la situation du château sur un piton rocheux et les vestiges archéologiques gaulois sont favorables à une origine du nom selon turno, « hauteur ») et Tournon (Savoie).

CPA-tournon-sur-rhone

■ d’autres noms comme Tournon-d’Agenais (L.-et-G.), Tournon-Saint-Martin (Indre), Tournon-Saint-Pierre (I.-et-L., Tornomagensis vicus au Vè siècle) voire Tournan-en-Brie (S.-et-M, Turnomio en 1088.) peuvent représenter un composé avec le gaulois magos, « marché », précédé soit du gaulois turno soit d’un nom de personne.

■ avec le suffixe –osum : Tournous-Darré et Tournous-Devant (H.-Pyr.).

■ avec le gaulois duro, « place forte » (cf. ce billet) : attesté Ternoderum au IVè siècle, le nom de Tonnerre (Yonne) est sans aucun doute formé sur les gaulois turno, « hauteur », et duro, « place forte » ; cette étymologie est renforcée par le nom du pays, le Tonnerois, attesté chez Grégoire de Tours en 587-90 sous la forme in Tornoderensi pago formé sur l’ancien nom de la ville *Tornoderum accompagné du suffixe d’appartenance –ense.

■ avec le gaulois nanto, « vallée » : P. Gastal (NLEF*) voit bien le gaulois turno, avec le sens particulier de « coteau qui fait barrière, qui délimite », dans le premier élément des noms de Ternant (Ch.-M., C.-d’Or, Nièvre), de Ternant-les-Eaux (P.-de-D.) et de Ternand (Rhône) tandis que Dauzat (DENLF*) et Nègre (TGF*) avouent leur hésitation.

■ avec le gaulois ialo, « clairière » puis « hameau, village » (cf. ce billet) : le nom du château de Tournoël (à Volvic, P.-de-D.), que l’on trouve écrit Tornolium est issu d’un gaulois turnoialo. Mal compris, le nom a subi l’attraction de la Noël.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

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La devinette

Il vous faudra trouver le nom d’un pays historique du bas Moyen Âge formé sur celui d’un château situé sur une hauteur et lié au gaulois turno.

Ce nom se retrouve en déterminant de celui d’une ancienne commune, aujourd’hui intégrée dans une commune nouvelle dans le nom de laquelle il n’apparait plus.

Les seigneurs du lieu, qui en prirent le nom, préférèrent plus tard s’établir dans un autre château de la même région jugé plus confortable. Il s’agissait d’une ancienne métairie qu’ils fortifièrent et améliorèrent au cours du temps. L’activité principale de cette métairie, l’élevage bovin, lui avait donné son nom, que le château porte toujours, bien que son activité actuelle n’ait aucun rapport — sauf à faire un méchant jeu de mots.

Pourtant réputé imprenable et ayant survécu à la guerre de Cent Ans, le premier château fut plus ou moins détruit pendant les guerres de Religion et jamais vraiment restauré, mais ses ruines sont entretenues depuis le XXè siècle et se visitent.

Deux membres de cette famille ont acquis suffisamment de notoriété pour avoir leur (petite) page sur l’encyclopédie wiki : un évêque et une femme de lettres.

■ un premier indice :

■ un deuxième indice :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr