Dans le Roussillon, le cortal est le lieu où l’on parque les moutons et, par extension, la bergerie. Les cortals sont particulièrement nombreux dans le Haut-Conflent où ils désignent les grandes bergeries en pierre qu’on trouve à des altitudes variables (cf. ce site). Le terme a débordé de sa région d’origine et se retrouve, avec sa variante courtal, dans des départements voisins des Pyrénées-Orientales : l’Ariège, l’Aude, le Tarn …
Étymologiquement, le terme vient de l’occitan et catalan cortal, « bercail, bergerie », dérivé de cort, « espace découvert entouré de murs, cour », issu du bas latin curtis, « cour de ferme », lui-même du latin classique cohors, « coin de ferme ».
Cortal
Si le fichier FANTOIR ne compte qu’une soixantaine de lieux-dits du type (Al, El, Lo ou Los) Cortal(s), tous situés dans les Pyrénées-Orientales, le fichier IGN en compte plus de trois cents, très majoritairement dans ce même département. Ils sont en général déterminés par le nom du propriétaire souvent sans préposition (Cortal Clémens à Mosset …) et parfois avec (Cortal de Badalle à Montferrer …). Les plus anciens d’entre eux laissent apparaitre l’ancienne préposition nobiliaire en (Cortal d’en Joan Gros à Montbolo …). Le déterminant est quelquefois un nom commun : mes lecteurs se souviennent peut-être du Cortal Triador à Corsavy, auquel on ajoutera le Cortal de la Font à Prats-de-Mollo-la-Preste (de la « source ») le Cortal de la Garriga à Amélie-les-Bains (de la « garrigue »), etc.
Le même nom se retrouve en Ariège à moins de dix exemplaires (Cortal Rouch à Carcanières …) et jusque dans l’Aude, notamment à Fitou (Cortal de Benoît, C. del Major, C. des Arques, C. des Garrigues et C. de Marty).
On relèvera quelques diminutifs comme Le Cortalet (Trévilhac, P.-O. ; Esplas-de-Sérou, Ariège …) ou Cortalou (Ercé, Ariège) et quelques augmentatifs comme Cortalas (Rodès, P.-O.).
On signalera le nom composé du Bois de Cortalpic (Camusac, Aude) un massif boisé de hêtres qui culmine à 1633 m et dont les pentes tombent à pic. On y trouve encore une cabane de berger en ruine qui lui a donné son nom.
Ailleurs que dans les départements déjà cités, mais toujours en domaine occitan, le même cortal a servi comme toponyme. C’est par exemple le cas, dans le Puy-de-Dôme avec le Cortal de Pont-du-Château qui donne son nom au Plateau de Cortal et, plus étonnant, de la Cortaline à Olmo (Haute-Corse). Dans les deux cas, il s’agissait d’endroits où l’on faisait paître les bêtes à certaines époques de l’année, plutôt que de bergeries.
Le Courtal d’Alourac (Massat, Ariège)
Courtal
La forme courtal est présente à plus de cent exemples en Ariège, un peu moins de cinquante dans l’Aude, à peine vingt-cinq dans les Pyrénées-Orientales et quelques uns dans le Tarn et l’Hérault. On citera le Courtal de l’Homme Mort (le Port, Ariège – de l’« orme mort »), le Courtal de Peyre Auselère (id. – de la « pierre aux oiseaux »), le Courtal Crémat (Fleury, Aude – « brûlé ») ou encore le Courtal (Mazamet, Tarn).
On rencontre là aussi des diminutifs comme Courtalet(s) en Ariège, Pyrénées-Orientales et dans les Hautes-Pyrénées ou Courtalou en Ariège, Aude, Hautes-Pyrénées et jusque dans l’Hérault (à Saint-Pons-de-Thomières). Plus rare, un augmentatif-péjoratif se rencontre avec La Courtalasse (Campoussy, P.-O. …).
En nom composé, on signalera le Courtalbieilh de Clermont (Ariège – « vieux »).
Là aussi, le nom a voyagé hors des départements habituels, par exemple en Lozère avec le Courtal de Saint-Pierre-le-Vieux et Lous Courtals de Gorges du Tarn-Causses et, dans la Creuse, les Courtaleix de Basville (avec la terminaison –eix mise pour –ets).
Patronymes
Comme souvent, par transfert du nom de lieu à l’habitant, cortal comme courtal ont donné naissance à des patronymes, qui pourraient expliquer certains des toponymes ci-dessus.
Des noms suffixés en –ier ou –ière signalent bien, eux, la propriété d’un nommé Cortal ou Courtal. C’est le cas par exemple de Courtailler (Montreuil-le-Gast, I.et-V.), de la Courtalière (Lassay-les-Châteaux, May.), de la Courtaleyre (Saint-Laurent-les-Bains-Laval-d’Aurellle, Ardc.), du Clos Courtalier (Anthenay, Marne) etc.
Avec un suffixe à valeur locative a été formé le nom de Courtalesque à Quins (Av.), la propriété d’un nommé Courtal.
La devinette
Il vous vaudra trouver un toponyme de France métropolitaine qui aurait pu figurer dans le billet du jour.
La commune qui l’abrite doit son nom à celui d’un homme latin, accompagné du nom d’une commune voisine qui a fusionné il y déjà bien longtemps et qui porte, elle aussi, un nom de personne.
Si on en croit son nom, la ville qui donne l’adjectif qui complète le nom du canton avait un sol plutôt humide.
Le nom du pays, une ancienne cité gallo-romaine, est un adjectif formé sur l’ancien nom de sa ville principale, lequel est issu d’une racine indo-européenne indiquant qu’elle a été bâtie en hauteur, selon l’hypothèse la plus vraisemblable. Une autre hypothèse fait appel à un peuple gaulois qui, divisé, aurait laissé son nom à deux villes fort éloignées l’une de l’autre. Une troisième hypothèse fait appel à un véhicule gaulois.
■ un indice, pour le nom de la commune :
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