Du figuier

Dès l’Antiquité, le figuier est un arbre sacré qui rend les plus grands services aux villageois : son fruit peut se sécher et se conserver longtemps. Il peut remplacer les céréales en cas de disette. Si les Dieux, au premier rang desquels Dionysos, s’intéressent à la figue, c’est que sa sève est un latex qui évoque le liquide séminal et son chapelet de fruits, les bourses. N’est-ce pas la feuille du figuier qui, sur les sarcophages, recouvrait les sexes, bien avant la feuille de vigne ?

Le figuier est à la fois l’ornement, le symbole de vie et l’arbre nourricier des mas du Sud, des fermes aux pierres sèches de Corse ou des Causses, des mas ou des ermitages de Provence comme des bastides du Sud-Ouest. Il a ainsi toute sa place en toponymie, que ce soit par l’arbre lui-même ( figuièra, figuièr ) ou par le lieu planté de figuiers (figarèda ).

Le figuier isolé est le plus souvent à l’origine de micro-toponymes comme le Bois du Figuier ( à Félines-Minervois ), Notre-Dame de la Figuière ( à St-Saturnin, notée mansum de Figueira en 1134), le Gour du Figuier ( à Cabrerolles, avec l’occitan gour, « gouffre, mare » ), tous dans l’Hérault, mais il en existe d’autres dans tout le pourtour méditerranéen comme le col du Figuier ( à Belesta, Ariège ). Les noms de ferme le Figuier et la Figuière, forme féminine courante en occitan, sont bien plus nombreux et, là aussi, présents dans tous les départements de langue d’oc, exceptés ceux du Massif-Central. En basque, le figuier se dit biko ou piko, qui a donné Picomendy, « la hauteur des figuiers », à St-Étienne-de-Baïgorry ( Pyrénées-Atlantiques ).

Le collectif peut être marqué par différents suffixes :

– aria : d’où l’occitan -ièra comme pour Figuières ( Ficheria en 1110, Figueira en 1134, à la Vacquerie, Hérault ), La Figuière (à St-Roman-de-Cordières, Ardèche ), Sainte-Marguerite-Lafigère ( Ardèche ), etc. Le domaine gascon élargi au Roussillon a Figuère (s) (Hautes-Pyrénées, Pyrénées-Orientales et aussi Aude) avec non-diphtongaison du e issu du a de ficarium, phénomène qui a aussi abouti à Higuères-Souye ( Figueras en 1030, Pyrénées-Atlantiques) avec l’évolution habituelle en gascon du f en h. Labatut-Figuières ( Pyrénées-Atlantiques ), qui était notée Labatut-Figuera en 1536 a vu son nom francisé par l’apparition du second i et la mise au pluriel. Notons la particularité du hameau La Figaïrarié ( à Mandagout, Gard ) qui bénéficie d’un double suffixe. La Corse a Figari ( Corse-du-Sud, Ficaria chez Ptolémée au IIè siècle ) et Ficaja (Haute-Corse).

– OLUM : d’où l’occitan -airòl comme pour Figarol (une commune et quatre lieux-dits de Haute-Garonne et un lieu-dit du Gers ) ou Figairols ( lieu-dit du Gers). Le féminin est présent à Figairolle ( Figarolia au XIè siècle, Aude et Hérault ), à La Figairolle ( Lozère ), à Figaïroles ( Aude), Figairolles ( Gard ) et aussi à Figuerolles ( Aude, Bouches-du-Rhône ).

■ -ETUM : d’où l’occitan -aret ( dont le t final se prononce ) comme pour Le Figaret ( Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Gard, etc. ) ou Le Figueiret ( Var ), tandis que la Corse a trois Figareto. Le féminin se présente sous la forme ( La ou Les ) Figarède (s ), présente en Ariège, Aveyron, Haute-Garonne et Hérault.

Germer-Durand (Eugène), Dictionnaire topographique du département du Gard, Paris, 1868

Notons toutefois que le figaret a pu désigner, en occitan, « un châtaigner hâtif dont les châtaignes se détachent du hérisson par le seul effet de la maturité », la figareto en étant le fruit ( TDF * ). Cependant, la plupart des lieux portant ces noms étant en terrain relativement bas, il s’agit plus sûrement d’une référence au figuier plutôt qu’au châtaignier.

L’augmentatif collectif figuierassa apparait dans (La) Figuerasse ( Aude, Dordogne, Gard, Hérault, Lozère, Pyrénées-Orientales et Vaucluse ) ou dans Figairasse ( Alpes-Maritimes, Hérault ).

Le diminutif collectif se retrouve à Las Figueirettes ( Hérault ) et aux Figairettes ( id. ).

Notons la commune varoise de Figanières ( Figa nera en 1021-1044 ) représente une catégorie de figue, la figue noire.

Et n’oublions pas de célébrer la mémoire du figuier de Roscoff, planté en 1610 par les moines Capucins et abattu en 1987 : son tronc atteignait 2,40 m de diamètre et ses branches, soutenues par 79 colonnes de bois, fer ou granit, s’étalaient sur 700 m². Il produisait 500 kg de figues par an. Sacrés Capucins!

Le figuier n’est, à ma connaissance, présent qu’à deux exemplaires dans les armoiries** de communes françaises :

■ À Fiac ( Tarn ), blasonnée d’azur aux trois feuilles de figuier d’or :

Il s’agit d’armes parlantes dues à une mauvaise compréhension de l’étymologie du nom de Fiac où on a vu le ficus, « figuier », tandis qu’il fallait voir le nom d’homme latin Fidius avec le suffixe -acum.

( source )

■ À Verfeil ( Haute-Garonne ) blasonnée d’argent au figuier terrassé de sinople :

Selon une légende, au « début du douzième siècle, Bernard de Clairvaux, abbé de Clairvaux en guerre sainte contre les cathares, jeta l’anathème sur la commune : «   Verfeil, cité de la verte feuille, que Dieu te dessèche ! ».
Mais c’est finalement à Guillaume de Puylaurens que revient la légende selon laquelle les effets de l’anathème, à l’occasion d’une longue sécheresse, auraient duré sept ans. À l’issue de la sécheresse, le premier arbre à reverdir fut un figuier. C’est pourquoi, depuis, les armoiries de la commune sont ornées de cet arbre unique, capable de se développer sur un sol aride. » (La Dépêche du Midi du 31/07/2011). Verfeil est en réalité, comme son homonyme du Tarn-et-Garonne, un ancien Viridifolio, du latin viridis, « vert » et folium, « feuille, bois ».

C’est ici l’occasion de remercier JSP qui m’a fait découvrir ce blason et qui est donc à l’origine de ce billet.

Si vous avez une idée de devinette, je suis preneur … moi, je suis à sec, désolé !

Mais puisque tout finit en chanson ( y avait longtemps ! )

*les abréviations en majuscules sont expliquées dans la page Bibliographie accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

**les dessins des blasons sont issus du site armorialdefrance.

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Rugby pacifique

Il n’aura échappé à personne que se joue actuellement la coupe du Monde de rugby ( pour ceux qui vivent sur une autre planète, je rappelle que le rugby est un sport qui se joue à quinze contre quinze avec un ballon ovale et qu’à la fin ce sont les Néo-Zélandais qui gagnent).

Un débat animé dans la queue de ma boulangerie ce matin, avant le match qui devait opposer les Français aux Tongiens*, m’a fait comprendre que la plupart des chalands n’avaient qu’une très vague idée de là où il fallait placer ces adversaires sur la mappemonde. Et le score ne s’améliorait guère avec les Fidjiens ou les Samoans. Seuls les Néo-Zélandais étaient à peu près bien situés, à droite de l’Australie, comme la Nouvelle-Calédonie.

En avant, donc.

Nouvelle-Zélande :

Cet ensemble d’îles est en effet situé en bas à droite ( au sud-est ) de l’Australie, en plein océan Pacifique :

Il fut découvert en 1642 par le navigateur hollandais Abel Tasman. Quatre de ses hommes ayant été tués par des indigènes maoris, il s’éloigna prudemment en mentionnant sur sa carte, en néerlandais, Moordenaars Baai, la « baie des Meurtriers ». Pensant que cette terre pouvait être une partie du mythique continent austral, il laissa aux autorités des États généraux des Provinces unies le soin d’en décider et, en attendant, appela ce pays Staatenlandt, « le pays des États ». N’ayant pas les moyens de trancher, les autorités adoptèrent l’appellation de Nieuwe Zeeland, « Nouvelle Zélande », en référence à la Zélande riveraine de l’embouchure de l’Escaut. C’est James Cook qui, ayant entrepris en 1769 d’explorer l’ensemble des côtes, démontra l’insularité de cette terre. Quand celle-ci fut annexée par la Grande-Bretagne en 1840, le nom néerlandais entré dans l’usage fut conservé mais anglicisé en New Zeeland, New Zeland puis New Zealand avec une curieuse hybridation.

Le nom indigène de l’île du nord Aotearoa, souvent traduit comme « pays du long nuage blanc », est aujourd’hui donné à tout le pays.

Tonga :

cet archipel se trouve au nord-est de la Nouvelle-Zélande :

Les premières des 150 îles de cet archipel furent découvertes par les navigateurs hollandais Schouten en 1616 et Tasman en 1643. Mais l’exploration et les relations avec les indigènes ne furent entreprises que lors des voyages de James Cook en 1773 et 1177. Agréablement surpris par l’accueil aimable et courtois qu’il reçut de la part des indigènes, il proposa le nom de Friendly Islands, « îles amicales ». Ce nom fut traduit en français archipel de l’Amitié ou îles des Amis et en allemand Freundschaftsinsein. On a pourtant continué à appeler l’île principale par son nom indigène Tongatabu, « île ( tonga ) sacrée (tabu ) », souvent réduit à Tonga dans l’usage courant. Ce nom commode et respectueux des traditions indigènes s’est finalement imposé pour désigner l’ensemble de l’archipel et du royaume.

Fidji :

cet ensemble d’îles se trouve à l’est de l’Australie, au nord de la nouvelle-Zélande, au nord-ouest des Tonga:

C’est toujours Abel Tasman qui passa le premier rapidement en 1643 dans cet archipel qu’il proposa d’appeler Prins Willem’s Eilanden, en hommage à Guillaume Ier d’Orange-Nassau. Il ne fut réellement colonisé qu’en 1773 par James Cook qui, reprenant le nom indigène, le nomma en anglais Fiji ( aussi écrit Feejee ), devenu en allemand Fidschi et en français Fidji. En réalité, Fiji est le nom de ces îles dans le dialecte de Tonga, où James Cook a semble-t-il pris d’abord les informations utiles. Dans le parler fidjien, le même nom a la forme Viti : la grande île de l’ouest s’appelle Viti Levu, « la grande Viti ». On ne connait pas le sens du mot viti.

Samoa :

Toujours à l’est de l’Australie, à l’est des Fidji :

C’est en 1722 que le navigateur hollandais Jacob Roggeveen découvrit ces îles ou du moins une partie d’entre elles. Il les nomma Boumans Eilander, du nom du capitaine Cornelis Bouman, commandant un des bateaux de l’expédition, qui les aperçut le premier. Ce nom fut étendu à tout l’archipel notamment par Charles de Brosses quand il écrivit son Histoire des navigations aux terres australes en 1756. Cependant, en 1788, Louis Antoine de Bougainville préféra les baptiser Isles des Navigateurs parce qu’à son arrivée il fut accueilli et escorté par une volée de petits bateaux menés de façon experte par les indigènes. C’est pourtant le nom local de Samoa qui l’a finalement emporté. L’hypothèse de l’origine de ce nom d’après celui d’un légendaire grand chef d’envahisseurs ( venus de Tonga ?) ne repose sur rien. Un rapprochement avec le nom maori du moa, un grand oiseau incapable de voler, a été fait en s’appuyant sur l’existence de toponymes néo-zélandais hybrides anglo-maoris comme Moa Flat, Moa Creek, Moa Point, etc. correspondant à des endroits où on a trouvé des ossements de ces oiseaux aujourd’hui disparus. Mais on ne voit pas alors quelle serait la signification de la première partie du composé Samoa.

*la France l’a difficilement emporté 23 à 21. Ouf.

P.S. vue l’heure tardive à laquelle je me suis mis à la rédaction de ce billet, le temps me manque pour vous proposer une devinette digne de ce nom. Il vous faudra patienter …

La Chapelle-Urée ( répàladev )

TRA a rejoint Un Intrus sur le podium des « solutionneurs » de ma précédente devinette mais les autres marches sont restées vides. Bravo à tous les deux !

Il fallait trouver La Chapelle-Urée, une ( toute ) petite commune de la Manche.

Le premier nom connu de cette localité apparait en 1180 sous la forme Capella uslata. On trouvera par la suite Capella usta ( 1369 ), ecclesia de Capella usta ( 1412 ) et enfin Chapelle urée dès 1522 ( dans le Registre de l’Impôt royal de 1522, cité dans l’Avranchin monumental et historique, par Édouard Le Héricher, éd. E. Tostain, Avranches, vol I, 1845, p. 259.).

Les autres formes connues comme Chap. orée ( 1711), Chap.le Vrée ( 1716 ), la Chapelle Ullee ( 1728 ), Chapelle-urée ( Cassini, 1753/1785 ) etc. ne se maintiendront pas et c’est finalement la Chapelle Urée qui s’imposera à partir de 1793. Le trait d’union pour la Chapelle-Urée sera fixé dans le Bulletin des lois de la République française, ( Imprimerie Nationale, Paris, 1801-1870 ).

Nous sommes en présence d’un toponyme d’origine médiévale formé sur l’ancien français chapelle uslee, « chapelle brûlée ». L’ancien français uslé est le participe passé du verbe usler, « brûler », issu du latin ustŭlāre, de même sens . Ce dernier mot est un dérivé verbal en -ulare d’ustus, participe passé du verbe ūrere, toujours de même sens. Il représente un plus ancien *ūs-e-se, dérivé de la racine indo-européenne *eus– « brûler », (on retrouve cette racine dans le mot combustion). La forme uslee puis u(s)l(l)ée est devenue urée à une date indéterminée antérieure à 1522. Ernest Nègre ( TGF *) attribue cette altération à « l’attraction savante du latin urere ». Une autre hypothèse, plus séduisante, fait appel au phénomène de rhotacisme responsable en Normandie de l’évolution de Basile en Basire, Cécile en Cécire, Gille(s) en Gire(s), Mabille en Mabire, etc., soit du passage du [l] au [r] en contexte palatal.

On ignore tout des circonstances de l’incendie, tout comme on ignore l’identité du constructeur ou du commanditaire de la chapelle.

Les indices

■ la statue :

Cette statue de Saint Martin partageant son manteau avec un mendiant (1531), était là pour le manteau à capuchon, la cape. La moitié de cette cape – diminutif capella en latin attesté en 679 – fut envoyée à Aix-la-Chapelle pour l’oratoire de Charlemagne qui prendra ainsi, par métonymie, le nom de chapelle.

■ la planche anatomique :

Puisqu’il était question, dans l’énoncé de la devinette, d’un homonyme dans le domaine physiologique, cette coupe d’un rein devait faire penser à l’urée.

■ la carte postale :

Tout le monde aura reconnu le mont Saint-Michel censé orienter vers la communauté d’agglomération Mont-Saint-Michel-Normandie, dont fait partie La Chapelle-Urée.

*Les abréviations en majuscule renvoient à la Bibliographie accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

PS : pour écrire ce billet, je me suis notamment appuyé sur cette page publiée sur le site wikimanche.

Les indices du mardi 01/10/2019

Bravo à Un Intrus qui est seul venu à bout de ma dernière devinette dont je vous recopie ici l’énoncé :

Une autre petite commune française porte un nom formé sur le même modèle ( qu’Azay-le-Brûlé ou Marville-Moutiers-Brûlé ). Il s’agit du nom d’un bâtiment accompagné d’un déterminant indiquant qu’il fut jadis victime des flammes, mais sans qu’on ne sache ni quand ni dans quelles circonstances.

Je vous propose donc de partir à la recherche du nom de cette commune sachant que :

  • le déterminant, issu d’un verbe sorti des dictionnaires actuels, a pris une forme qui le rend aujourd’hui incompréhensible pour la plupart des gens ;
  • il existe un parfait homonyme dudit déterminant dans le domaine physiologique.

Et je vous en rappelle l’indice :

… qui a suffi à Un Intrus pour parvenir à la solution.

Les indices

■ une carte postale pour la commune à trouver :

■ une planche anatomique pour l’homonyme :

et je ne vois rien à ajouter !

Amazonie, Amazonia ( partie V )

S’arrêtera-t-elle un jour de brûler ? Faute de bois, un jour peut-être …

Oui, l’Homme a brûlé certaines régions de l’Amazonie pendant des milliers d’années mais les analyses de ces incendies indiquent pour le moment que la forêt n’a jamais été aussi perturbée qu’au 21e siècle.

( National Geographic )

Voici aujourd’hui le dernier volet ( après un premier, un second, un troisième et enfin un quatrième ) du survol des régions amazoniennes.

L’Amazonie surinamienne

Le nom du Suriname est attesté pour la première fois chez Walter Raleigh en 1595 à propos du fleuve qu’il appelle Surinam. Il y a par la suite plus de trente orthographes différentes du nom de la rivière dans les cartes et la littérature. Le nom est probablement dérivé de celui de l’ancienne tribu indienne Surinen qui habitait le pays avant d’en être chassée par les Caraïbes. Le Suriname est divisé en dix districts.

Sipaliwini : ceux qui se souviennent de mon précédent billet, auront remarqué le suffixe wini qui signifie « eau » en langue caribe : il s’agit donc là du nom d’une rivière. Le radical sipali désigne la raie ( sans doute la raie d’eau douce réticulée ). Il s’agit donc de la « rivière des raies ». La capitale … n’existe pas, la région étant administrée directement par la capitale du pays, Paramaribo ( voir plus loin ).

Brokopondo : ce nom, qui est aussi celui de la capitale, apparait pour la première fois sur une carte maritime de 1887 sous la forme Broko Pondo. Certains y ont vu un toponyme fabriqué, un semblant d’acrostiche de Broken Pontoon or Boat, soit le « ponton ou le bateau brisé ». Aucune trace ne subsiste d’un tel événement, mais rien ne permet d’exclure un éventuel naufrage contre un ancien ponton ( construit en bois à cette époque ) ou des rochers submergés toujours présents. En l’absence d’une étymologie amérindienne crédible, c’est donc l’origine anglaise qui est généralement admise aujourd’hui.

Para : ce nom signifie « eau, cours d’eau, fleuve, mer » en langue tupi-guarani. Le nom de la capitale Onverwacht signifie, en néerlandais, « inattendu », en référence à la plantation de tabac qui se développa là au XVIIè siècle. Au siècle suivant, on l’appela Bose, du nom du propriétaire Frederik Coenraad Bossé. Après l’abolition de l’esclavage en 1863, huit anciens esclaves achetèrent le terrain en 1881 pour y établir une plantation de bois.

Nickerie : contrairement aux apparences, le nom de cette rivière est d’origine amérindienne : noté Nikeza sur une carte de 1770, il signifie « généreuse », sans que l’on sache s’il s’agissait de décrire les eaux particulièrement poissonneuses ou le débit parfois important ; le nom a sans aucun doute subi l’influence de nickel, lors de l’occupation anglaise. La capitale Nieuw-Nickerie a remplacé l’ancienne Nieuw-Rotterdam, plus en aval, victime de trop nombreuses inondations.

Coronie : le nom amérindien de la rivière est Coroni, dans lequel on reconnait le suffixe uni/oni pour « eau ». La capitale Totness est située à l’emplacement de la première colonie anglaise au Surinam, où elle a repris le nom, avec un -s- supplémentaire, de la ville du Devon Totnes d’où les colons étaient majoritairement originaires.

Saramacca : c’est un Anglais appelé Lawrence Keymis qui a découvert le fleuve en 1596 et qui a repris le nom amérindien Shurama pour le baptiser ; on trouvera ensuite les noms Surrmacca, Saramo, Saramaca et Sarameca. Le nom arawak de la rivière est en réalité Surama, sans étymologie clairement identifiée, auquel les Arawaks ajoutent un suffixe -ka pour en faire un ethnonyme. La capitale est Groningen, qui porte un nom importé des Pays-Bas ( Groningue ).

Wanica : le nom était aussi écrit Wonica. On y reconnait une variante caribe woni, « eau », accompagnée du suffixe -ka qui en fait un ethnonyme : il s’agit du « peuple de l’eau ». La capitale Lelydorp ( « le village de Lely » en néerlandais) a été baptisée en hommage à Cornelis Lely, gouverneur de la Guyane néerlandaise entre 1902 et 1905. Son nom précédent Kofi Djompo faisait référence à un leader des nègres marrons appelé Kofi, qui fut capturé par les hollandais puis décapité. Les Hollandais mirent sa tête sur une perche fichée dans un bateau comme avertissement aux esclaves qui s’étaient enfuis et erraient dans la forêt. Il est dit que, lorsque l’embarcation arriva au milieu de la rivière, la tête de Kofi « sauta » en dehors du bateau et disparut.  Kofi  signifie « né un vendredi » et djombo  veut dire « saut ».

Paramaribo : ce nom est issu du tupi-guarani para, « eau, cours d’eau, fleuve, mer » et maribo, « habitants ». Le rapprochement qui a été fait avec l’amérindien paramoeroe, « arc-en-ciel », reste fort douteux. Paramaribo est aussi le nom de la capitale.

Commewijne : ce nom de rivière est la transcription néerlandaise en 1678 du nom caribe Commewini où l’on reconnait là encore le suffixe caribe wini, « eau ». La capitale Nieuw- Amsterdam porte un nom importé des Pays-Bas en 1774.

Marrowijne : de même origine que le précédent, il s’agit de la transcription néerlandaise du nom du fleuve Maroni. En langue kali’na, mara-uni signifie « rivière sans fin ». La capitale Albina a été fondée en décembre 1846 par le colon allemand August Kappler, qui la baptisa du prénom de sa future épouse Albina Josefine Liezenmaier, de Stuttgart, qui le rejoignit en 1853.

L’Amazonie guyanaise

Le département français de la Guyane est divisé en deux arrondissements :

Cayenne : l’étymologie de ce nom a fait l’objet d’un récent billet dont on lira aussi à profit les commentaires.

Saint-Laurent-du-Maroni : l’étymologie de Maroni a été donnée dans le paragraphe concernant le Marrowijne surinamien. Lors de l’établissement du pénitencier agricole par le commandant Eugène Mélinon ( 1818 – 1904 ), le 21 février 1858, le contre-amiral Auguste-Laurent Baudin, alors gouverneur de la Guyane, décide de placer le village sous le vocable de saint Laurent, à la mémoire de son père et de son grand-père, qui se prénommaient Laurent comme lui.

Plusieurs communes françaises gardent dans leur nom des traces d’anciens incendies, comme on l’a vu pour Cendras, par exemple. Pour d’autres, c’est un déterminant qui garde la mémoire d’un tel événement.

C’est le cas d’Azay-le-Brûlé dans les Deux-Sèvres, même si l’origine du qualificatif semble s’être perdue dans les couloirs du temps. La commune d’Azay-le-Rideau (Indre-et-Loire ), dont le fort fut brûlé en 1418 par Charles VII, a été appelée Azay-le-Brûlé jusqu’au XVIIIè siècle. Azay-sur-Indre, incendié par le gouverneur de Touraine pour en déloger les Anglais en 1395, fut aussi quelque temps surnommé Azay-le-Brûlé. On pourra tirer deux enseignements : les Azay attirent les flammes et seul celui dont on ignore l’histoire en garde la trace dans son nom …

En Eure-et-Loir, Marville-Moutiers-Brûlé ( Marville du gaulois Marto et villa, et Moutiers de monasterium, « monastère » ) garde le souvenir d’un incendie allumé par les Huguenots en 1562.

La voici, la voilà :

Une autre petite commune française porte un nom formé sur le même modèle. Il s’agit du nom d’un bâtiment accompagné d’un déterminant indiquant qu’il fut jadis victime des flammes, mais sans qu’on ne sache ni quand ni dans quelles circonstances.

Je vous propose donc de partir à la recherche du nom de cette commune sachant que :

  • le déterminant, issu d’un verbe sorti des dictionnaires actuels, a pris une forme qui le rend aujourd’hui incompréhensible pour la plupart des gens ;
  • il existe un parfait homonyme dudit déterminant dans le domaine physiologique.

Et, voyez ma générosité, un indice :

Cendras ( répàladev )

Un début de week-end qui me tiendra loin de mon clavier me pousse à publier un peu en avance la réponse à ma dernière devinette.

TRS, TRA et LGF s’en sont approchés très près mais sans pouvoir la confirmer. Les « preuves » étaient en effet bien cachées, ailleurs que dans wikipedia.

Il fallait trouver Cendras, une petite commune du Gard, à sept kilomètres d’Alès.

Le Dictionnaire topographique du département du Gard d’Éugène Germer-Durand (1812-1880 ) nous donne les appellations successives suivantes : Abbatia de Scenderatis (1012) ; Sanctus-Martinus de Senderatis (1031) ; Cendracense monasterium (1050) ; Cendracensis abbatia (1156) ; Monasterium Cendracense (1243) ; Abbas de Cendras abbas Cendracii (1349) ; Abbas Cendraci (1386) ; Notre-Dame-et-Saint-Martin de Cendras abbaye de l’ordre de S. Benoist (1667) . ( cf page 218 )

L’hypothèse étymologique la plus vraisemblable et généralement admise aujourd’hui nous vient d’Ernest Nègre ( TGF * ) qui explique qu’il s’agit

peut-être du bas latin cineratis (casis) locatif féminin pluriel de bas latin cineratus « brûlé, réduit en cendres » (Du Cange) ; le sens serait : « aux (maisons) incendiées »

Le monastère dont il est question en 1050 aurait ainsi été bâti sur les cendres d’habitations incendiées sans doute au millénaire précédent.

Un second incendie eut lieu à Cendras le 11 avril 1480, dans lequel périt l’abbé Jean V de Sorbières :

( source )

Le 20 janvier 1703, Jean Cavalier, le principal chef de la révolte des Camisards cévenols, incendie avec ses troupes l’abbaye et les quelques maisons qui l’entourent. On ne manque pas alors de l’accuser de crimes atroces :

( source )

On peut retrouver la liste des 17 victimes en consultant cette page.

■ L’indice du mardi :

il fallait reconnaître une représentation du Phénix, l’oiseau mythique qui renaît de ses cendres.

■ le dernier conseil :

« concentrez-vous sur le résultat ! » : le résultat d’un feu, c’est des cendres

*les abréviations en capitale renvoient à la page Bibliographie accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Les indices du mardi 24/09/2019

Personne ne m’a encore donné la bonne solution à ma dernière devinette

Les indices

■ une notule historique : la commune n’a vraiment pas eu de chance ! Outre l’incendie dont il ne reste qu’une trace toponymique datée de 1012, elle en a connu deux autres documentés à des dates ultérieures, le premier accidentel et le second volontaire ;

■ une sculpture :

■ un conseil : concentrez-vous sur le résultat !