De quelques monastères ailleurs dans le monde

Lors de la rédaction des six billets consacrés aux monastères (pour mémoire : chap. I, chap. II, chap. III, chap. IV,, chap. V et chap. VI), j’avais pris quelques notes à propos de toponymes étrangers. Elles me servent aujourd’hui à la rédaction de ce billet certes non exhaustif mais qui concerne quelques noms plus ou moins remarquables — omettant volontairement tous les noms sans mystère proches des toponymes français.

Munich (allemand München) : capitale du land de Bavière, elle fut fondée en 1158 par le duc de Bavière Henri le Lion. Complètement brûlée en 1327, elle fut rebâtie par le duc Louis Ier considéré comme le second fondateur. Le nom de la ville remonte avant même la première fondation, alors qu’il n’y avait là qu’une petite localité en terre monastique autour d’un couvent de moines situé à Tergensee. Dès 1102, les Annales du couvent attestent le nom Munichen et l’acte de fondation de 1158 mentionne la villa Munichen. Très tôt, le terme monachus, « moine », emprunté par le latin chrétien au grec monakhos, est passé dans les langues germaniques : munih en vieux haut allemand (VIIIè – Xè siècle), munich en moyen haut allemand (XIè– XIVè siècle) et finalement Mönch en allemand moderne.  C’est au second niveau de cette évolution que s’est figé le toponyme : de là Munich en français et en anglais, mais le datif pluriel München en Allemand.

Münster : ville allemande de Rhénanie-Westphalie, célèbre par le traité de Münster qui mit fin à la guerre de Trente Ans en 1648. Siège épiscopal par décision de Charlemagne en 803, son nom apparait au XIè siècle après qu’un monastère y fut construit. Le moyen haut allemand münster procède du vieux haut allemand munistri, lui-même issu du latin monasterium. Une trentaine de localités portent, en pays germanique, le même nom, d’où la précision souvent employée en allemand de Münster in Westfalen pour désigner Münster en Westphalie.

Monchen-Gladbach : ville allemande de Rhénanie-Westphalie. Le premier nom est attesté sous les formes Gladabach et Gladebach au XIè, c’est-à-dire « le ruisseau (bach) joli (glad = moderne glatt) ». Pour éviter la confusion avec Bergisch-Gladbach, on a introduit secondairement l’indication Mönchen, anciennement München, « moines », rappelant l’abbaye bénédictine fondée vers 800.

CPA Munchen

Brasserie de cour à Munich

Monastir (arabe al-Munastir ) : ville et port de Tunisie, sur une presqu’île rocheuse au sud du golfe de Hammamet. Dans l’Antiquité romaine, elle était appelée Ruspina (chez Pline l’Ancien). Ce nom est d’origine phénicienne ou punique : on y reconnait un premier terme rus, « cap » (cf. hébreu rōs et arabe ras) tandis que pina n’est pas expliqué. Ce nom est probablement resté en usage jusqu’à la fin de l’Empire romain. On pense généralement que le nom Monastir provient du latin monasterium et on place à l’origine de la ville un monastère chrétien, logiquement antérieur à l’islamisation. En fait, la forme arabe monastir ne vient pas du latin, mais du grec byzantin, où monastērion se prononçait monastiri (cf. le nom que portait la ville de Bitola en Macédoine dans le paragraphe suivant). En Tunisie, la construction d’un monastiri byzantin doit se situer au VIè siècle  : on sait qu’en 533-534 Bélisaire, général de Justinien, reconquit toute l’Afrique romaine contre les Vandales, et que cette reconquête fut consolidée dans la suite par Jean Troglita, le Lyautey byzantin.

Bitola : ville de Macédoine du Nord. C’est l’antique Herakleia Lynkestis mentionnée par Strabon et Polybe, qui est devenue Monastirion à l’époque byzantine à cause des nombreux monastères qui la caractérisaient.  Quand elle fut prise par les Bulgares au IXè siècle, elle fut nommée par eux Bitolia, c’est-à-dire « monastère ». Redevenue grecque, elle fut incorporée à la Turquie d’Europe au XIVè siècle sous le nom turc emprunté Monastir. Quand les Serbes la reprirent en 1942, ils l’appelèrent, en serbo-croate, Bitolj, « monastère ». Elle porte aujourd’hui, en slave macédonien, le nom de Bitola, de même sens.

Bihār : état fédéré de l’Inde, au sud du Népal, qui correspond à peu près à l’antique royaume du Magadha qui, au VIè siècle avant notre ère, fut le premier centre de rayonnement du bouddhisme. Le nom lui vient de celui de son ancienne capitale. Celle-ci s’appelait, en sanscrit, Vihāra, « monastère », parce que son centre était constitué par un important monastère bouddhique construit là, vers le VIIè siècle, par le roi Gopāla, fondateur de la dynastie Pāla du Bengale. La ville, qui porte un autre nom (Udantapura) dans la tradition sanscrite, a décliné à partir du XVIè siècle quant Patna est devenue la capitale politique. Le nom de Bihar ne désigne plus aujourd’hui que la région.

Borobudur : célèbre site archéologique du ventre de Java (Indonésie) qui porte le nom du gigantesque monument bouddhique construit là, au sommet d’une colline au IXè siècle de notre ère. En effet, en indonésien, boro est l’emprunt du sanscrit et moyen indien vihāra/bihāra, « monastère » (cf. le paragraphe précédent), et budur signifie « colline, montagne ».

cpa Borobudur

Kildare : ville d’Irlande, au sud-ouest de Dublin. Ce nom est l’adaptation en anglais de l’irlandais Cill Dara qui signifie « le couvent (cill) du chêne (dara) ». Selon la légende, cet arbre marquait l’endroit choisi par sainte Brigide ou Brigitte pour bâtir son monastère. Le terme cill est l’emprunt en irlandais du latin cella qui, dans la chrétienté médiévale, servit à désigner d’abord la cellule du moine solitaire, l’ermitage, puis le couvent et qui s’est figé dans une série de noms de lieux comme, en France, Celle, Celles, La Celle-Saint-Cloud, Celles-sur-Belle, etc. (cf. chap. V) Il en est de même en Irlande où, à côté de Kildare, on trouve une série de Kilbride (sainte Brigide), de Kilmurey (sainte Marie), Killarney (prunelles), etc. NB : la page wiki, aussi bien en français qu’en anglais, traduit kildare par « église du chêne » ce qui n’est pas tout à fait exact.

index

La devinette

Il vous faudra trouver une localité (située hors de France, faut-il le préciser ?) qui doit son nom actuel à un édifice reconstruit au XVIè siècle qui accueillait les voyageurs et notamment les moines mendiants. Ce nom associe un terme désignant le type de bâtiment avec un terme désignant l’unique matériau utilisé pour sa construction.

Des fouilles récentes, permises grâce à un évènement dramatique, ont montré que l’édifice originel datait du VIIè siècle.

Avant le XVIè siècle, cette localité portait un nom la qualifiant de « belle » ou « lumineuse ».

Des indices ? Je pourrais vous faire écouter des chansons, vous faire lire des titres d’ouvrages ou de films, tant cette localité a inspiré d’artistes pour diverses raisons … mais je ne le ferai pas, ce serait vous mettre trop facilement sur la route !

Ou alors, ça :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Serazereux (la répàladev)

LGF et Xyla sont restés seuls à me donner la bonne solution à ma dernière devinette. Bravos renouvelés, donc !

Il fallait trouver Serazereux, une commune du canton de Saint-Lubin-des-Joncherets dans le département d’Eure-et-Loire.

local-Serazereux

Serazereux : la forme Sarescolus de 1028 suivie de Ceresereus en1199 nous permet de comprendre que le nom est issu du latin cerasarius, « cerisier », accompagné du suffixe diminutif –eolum. Nous avons donc un « petit cerisier ». Le nom évoluera ensuite jusqu’à Cerazereux en 1757  sur la carte de Cassini (feuillet 27, Chartres) et à Sazereux en 1819 sur le cadastre. Ce dernier nom est celui qui correspond le mieux à la prononciation locale tandis que le nom actuel Serazereux est la reprise du nom « révolutionnaire » tel qu’il a été écrit en 1793, oubliant le nom Cezareux de 1801.

Saint-Lubin-des-Joncherets : cette commune porte le nom de Lubin, évêque de Chartres mort en 557. Après sa destruction en 1418, ses terres abandonnées se recouvriront de joncs, ce qui explique le déterminant joncheret, « lieu couvert de joncs », qui apparait dans les noms Sanctus Leobinus de Juncherez puis Sanctus leobinus de Juncheriis en 1626.

CPA Serazereux

Les indices

■ à Serazereux, « un monument à huit morts dans des circonstances particulières » : il s’agit d’une « stèle érigée en hommage aux huit aviateurs anglais morts le alors qu’ils survolaient le village » (wiki — mais je précise quand même qu’ils ne sont pas morts de mort naturelle : leur avion a été abattu par les Allemands).

■ baignant Saint-Lubin-des-Joncherets, « une rivière qui a longtemps servi de frontière au royaume de France » : il s’agit de la rivière Avre, affluent de l’Eure, qui a servi de frontière entre le royaume de France et le duché de Normandie.

■  un habitant de Saint-Lubin-des-Joncherets fut « le protagoniste d’un épisode de la Résistance qui lui valut d’être le premier homme à mourir pour les mêmes raisons et de la même façon qu’un cheval. » : il s’agit d’Étienne Achavanne, fusillé à Rouen par les Allemands après avoir sectionné les câbles électriques et les lignes téléphoniques de la base aérienne de Boos. Il est le premier homme fusillé de la Résistance française, le premier fusillé étant Iris XVI, le cheval du futur maréchal Leclerc abattu le 14 juin 1940 pour avoir tué un soldat allemand d’un coup de sabot.

indice 24 01 2023 ■ cette photo censée montrer un ovni devait rappeler le témoignage d’un cultivateur de Serazereux, M. Lucien Hébert, qui a déclaré avoir observé une soucoupe volante le

indice-b-23-01-2023  ■ cette photo montrait le capitaine de Hautecloque, futur maréchal Leclerc, sur son cheval Iris XVI, dont nous avons parlé plus haut.

Les indices du mardi 24/01/2023

LGF et Xyla m’ont déjà donné la bonne réponse à ma dernière devinette. Félicitations à tous les deux !

Pour les autres, j’en rappelle l’énoncé :

Il vous faudra trouver une localité de France métropolitaine dont le nom est lié à celui du cerisier.

Cette localité n’a vu naître aucune figure historique, artistique ou autre ; elle n’abrite aucun site archéologique ni architectural remarquable (si on excepte un monument à huit morts dans des circonstances particulières) ; on n’y élève pas de vin ni n’y affine de fromage … Comment voulez-vous trouver un indice dans ce vide ? (que le maire et ses administrés me pardonnent s’ils se sentent blessés par ce paragraphe).

Passons donc au stade administratif supérieur :

Le nom du chef-lieu du canton où se trouve cette localité est un hagiotoponyme complété par celui d’un type de végétation.

Ce même chef-lieu est baigné par une rivière qui a longtemps servi de frontière au royaume de France.

Un habitant de ce chef-lieu fut le protagoniste d’un épisode de la Résistance qui lui valut d’être le premier homme à mourir pour les mêmes raisons et de la même façon qu’un cheval.

Et je rajoute ces indices :

■ pour la commune à trouver elle-même :

indice 24 01 2023

■ pour son chef-lieu de canton :

indice-b-23-01-2023

Réponse attende chez leveto@sfr.fr

Cerisier

cueillete des cerises

Nous ne sommes pas encore au temps des cerises, non !, mais que voulez-vous ?, le manque d’inspiration, après plus de treize ans de billets hebdomadaires, m’oblige à consulter de vieilles fiches mises de côté pour le cas où (oui, je parle bien de « fiches » écrites à la main sur du papier, pas de « fichiers » informatiques). Ainsi tombai-je sur des notes prises à propos du cerisier, lors de la rédaction de billets sur les arbres présents dans les toponymes (je vous laisse taper le nom des différentes essences dans le champ de recherche du blog). Il ne me restait plus qu’à les compléter et mettre en forme. Une affaire de quelques heures, voilà tout, me disais-je tant in petto qu’innocemment. Tu parles, Claude ! (oui, je me prénomme Claude, ce qui ne rime pas avec « tu parles », j’en suis tout à fait conscient) … voilà plus de trois jours que je me promène dans les cerisaies !

Illustration : La cueillette des cerises – tapisserie en laine de J.-B. Huet (1745 – 1811)

Cerisier

Commençons par un rappel de l’étymologie du mot « cerise ». Facile ! Je n’ai qu’à recopier un paragraphe du billet consacré aux arbres ailleurs dans le monde :

Giresun (Turquie) : le nom de cette ville est la survivance,  avec adaptation à la prononciation turque, du grec Kerasous. cerisierCe sont des colons de Sinope (plus à l’ouest sur la même côte) qui ont fondé Kerasous entre le VIIè siècle av. J.-C., date de la fondation de Sinope, et le début du IVè siècle av. J.-C., date à laquelle Xénophon la mentionne dans son Anabase. Le nom grec Kerasous (génitif Kerasountos) signifie « abondant en cerisiers».

La cerise elle-même est présente au singulier comme au pluriel dans le nom de quelques lieux-dits et sert de déterminant à Margny-aux-Cerises (Oise) tandis que la Cerisaie est présente à de nombreux exemplaires qu’il serait fastidieux et sans intérêt de citer.

Les cerisiers sont bien présents dans la toponymie, juste derrière les poiriers mais devant les pommiers. Au fait, pourquoi les poiriers sont-ils les plus représentés en toponymie ? Sans doute parce qu’on les trouvait souvent isolés, servant alors de points de repère, de bornage ou de marqueurs de propriété.

Si la langue d’oïl a fait « cerise » à partir du latin classique cerasum, l’occitan a fait « cerièis, ceriès » à partir du latin populaire ceresium. Du premier est issu « cerisier », du second « cerièr ». Les toponymes que nous allons voir sont issus de l’une ou l’autre de ces formes.

Le nom au singulier évoque l’arbre caractéristique des abords de la ferme d’où les nombreux lieux-dits (Le) Cerisier répartis principalement dans le Nord, le Centre et l’Ouest. L’occitan donne une série de noms parmi lesquels on relève (le) Cérier (Ardèche, Vienne, Char. etc), avec Le Vieux-Cérier (Char.), Cerez (à Villegouin, Indre), Sérieys (une douzaine rien qu’en Aveyron), Sirieix (à Saint-Laurent-les-Églises, H.-V.) ainsi que les gascons Cerès (à Biran, Gers et à Saint-Geours-de-Maremne, Landes).

Le pluriel désigne bien entendu une cerisaie comme pour Cerisiers (Yonne) ou Cériers (Cant.).

CPA cerisiers-

Mauvais cadrage : les cerisiers sont dans le dos du photographe, bien sûr.

Les collectifs *cerasetum ou *ceresiacum ont donné des noms comme Cerizay (une commune des Deux-Sèvres, Seresiacum en 1179), de nombreux lieux-dits Cerisay (Sarthe, I.-et-L., Manche etc.) et Cerçay (à Ligueil, I.-et-L. et Villecresnes, V.-de-M..). En Languedoc, apparaissent des collectifs en –et comme Le Sérayet (à Arthès, Tarn, de l’occitan cerairet, ceraiet), Le Ceriset (à Cauterets, P.-A.) et le Cerizet (à Boisset-lès-Montrond, Loire).

Céret (P.-O.) est attesté Sirisidum avant 814. Les attestations suivantes du  IXè au XIIè siècle ramènent au latin ceraseum accompagné du suffixe collectif –etum. Dans le groupe consonantique rs, le s a été assimilé par la consonne précédente : c’est ainsi qu’on passe de Cersed (1103) à Ceret (1143). Selon P.-H. Billy (DNLF*), contrairement aux affirmations de Dauzat & Rostaing (DENLF*) et E. Nègre (TGF*), le nom de Céret ne peut pas venir et ne vient pas du nom du peuple Cerretani, d’autant que la capitale romaine en était Llivia et que Céret se trouve dans le bas Vallespir.

Ajoutons Cerisières (H.-M., Sarisey en 1108 : le marqueur –s du pluriel n’est pas étymologique) et de nombreux lieux-dits (La ou Les) Cerisière(s) répartis sur tout le territoire ainsi que Cerisère à Vialer et à D’Arricau-Bordes (P.-A.).

D’autres collectifs, plus rares, se trouvent dans les noms de la Cerisaille (à Saint-Jean-le-Blanc, Loiret, et à Guigneville-sur-Essonne, Ess.) et des Cerisailles (à Ville-sous-Anjou, Is.).

Un diminutif apparaît dans le nom de Cérizols (Ariège) et de quelques lieux-dits comme Cérisol (à Triviers, Cantal) et Cerisou (à Courcôme, id.).

Enfin, le basque gerezi est à l’origine du nom de Guéréciette à Ibarolle (P.-A.).

Discussion

Le col de la Sereyrède (à Vail-d’Aigoual, Gard, la Serareda en 1150) porte un nom que J. Astor (DNFLMF*) explique par l’occitan cereireda, « cerisaie », tandis que P. Fabre (NLC*) préfère l’expliquer par l’occitan sèrra, « crête de montagne, colline, bord de plateau, de coteau » accompagné du double suffixe collectif –areda, le tout tombé dans l’attraction de cereireda. Le nom est semble-t-il aujourd’hui écrit Serreyrède.

Sardy-lès-Épiry et son dérivé Sardolles, tous deux dans la Nièvre, pourraient représenter le sardier, une forme ancienne de « cerisier » encore présente çà et là dans les patois du Forez et du Livradois, selon G. Taverdet (NLB*). Cependant Dauzat & Rostaing (DENLF*) comme E. Nègre (TGF*) préfèrent y voir le nom d’homme latin Sardus.

Notons une série de faux-amis issus, selon Dauzat & Rostaing (DENLF*) et E. Nègre (TGF*), du nom d’homme latin Ceretius accompagné du suffixe –acum : Cerisé (Orne), Cerisi-Belle-Étoile (id.), Cerisy-Buleux (Somme), Cerisy-Gailly (Somme), Cerisy-la-Forêt (Manche), Cérizy (Aisne) et Chérisy (P.-de-C.). Cependant, on sait maintenant que le suffixe –acum n’accompagnait pas nécessairement des anthroponymes : certains de ces noms pourraient alors être dérivés du latin populaire ceresium, « cerise ».

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Sardy, sa gare et …  son cerisier ?

Le merisier

Sous l’entrée cerasus du FEW (2, 598), on trouve les mots cesse, « merise » et cessier, « merisier », d’où le nom de Cessières dans l’Aisne et les noms de nombreux lieux-dits (Le ou Les) Cessier(s), notamment en Picardie (le picard dit cessé, chéché, chéchier etc.).

Quant au merisier, producteur de fruits et d’un bois prisé des ébénistes, il a fourni des dizaines de toponymes sans grande originalité sauf à relever le Merisier d’Amour à Balot (C.-d’Or), le Merisier Noir et Égaré à Chauvincourt-Provemont (Eure), le Merisier Taureau à Villiers-Saint-Georges (S.-et-M.) et les Merisiers Foireux à Menestreau (Nièvre).

En langue d’oc, on a donné au merisier, outre le nom d’amarusièr, celui d’amargièr formé sur le verbe amargar, amarjar, « avoir une saveur amère », à propos des drupes au goût acerbe de cet arbre. On trouve ainsi un lieu-dit Amargiers à Landos (H.-L.).

Finissons en observant que le nom du cerisier comme celui du merisier et de leurs variantes, quand il désignait l’arbre caractéristique de la ferme, a pu passer à l’habitant en produisant des noms de famille qui ont pu servir à leur tour à nommer des lieux-dits, ce qui explique qu’on puisse trouver de tels noms là où il n’y a jamais eu de cerisiers.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

PS et non, il n’y aura pas de Temps des cerises. Ce n’est pas le moment.

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La devinette

Il vous faudra trouver une localité de France métropolitaine dont le nom est lié à celui du cerisier.

Cette localité n’a vu naître aucune figure historique, artistique ou autre ; elle n’abrite aucun site archéologique ni architectural remarquable (si on excepte un monument à huit morts dans des circonstances particulières) ; on n’y élève pas de vin ni n’y affine de fromage … Comment voulez-vous trouver un indice dans ce vide ? (que le maire et ses administrés me pardonnent s’ils se sentent blessés par ce paragraphe).

Passons donc au stade administratif supérieur :

Le nom du chef-lieu du canton où se trouve cette localité est un hagiotoponyme complété par celui d’un type de végétation.

Ce même chef-lieu est baigné par une rivière qui a longtemps servi de frontière au royaume de France.

Un habitant de ce chef-lieu fut le protagoniste d’un épisode de la Résistance qui lui valut d’être le premier homme à mourir pour les mêmes raisons et de la même façon qu’un cheval.

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La Ricamarie, ancienne Tiregarne (répàladev)

LGF est le seul (ça devient une habitude) à m’avoir donné la bonne réponse à ma dernière devinette. Bravo !

Il fallait trouver La Ricamarie, une commune du département de la Loire, anciennement appelée Tiregarne.

local-La-Ricamarie

Nous disposons, grâce au Dictionnaire topographique du Forez et des paroisses du Lyonnais et du Beaujolais formant le département de la Loire de Jean-Édouard Dufour publié à Mâcon en 1946, des formes anciennes du nom suivantes :

Apud Tiragarne et Solore (1388) ; Iter tendens de Sancto Stephano apud Tiragarne… Versus domum Andree Raquamer (1388) ; Terra Andree Raquamer (1408) ; Apud Tiregarne (1408) ; Johannes Fabri de Tiregarna (1408) ; Andreas Fabri de Tireguerna alias Recamier… La Recamari parrochie. Sancti Stephani de Furano… La Raq… (1454) ; Apud la Racamary (1454) ; Johannes Recamery habitator loci de la Reramary (lire Recamary) alias de Tirigama (lire Tirigarna)… (1454) ; La Recamari (1455) ; La Recamari (1516) ; Le lieu de la Riquemarie paroisse de Saint Estienne (1638) ; Laricamarie (XVIIIe siècle, chez Cassini).

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Carte de Cassini  (feuillet 88 – Saint-Marcellin –1767) : Laricamarie en un seul mot

Le lieu-dit à l’origine de la commune a donc d’abord porté le nom de Tiragarne puis Tiregarne formé sur l’occitan tira, « tire », et garno, « ramée de pin ou de sapin, branche de mélèze, bois pour chauffer le four, cépée » : il s’agissait donc d’une forêt de conifères exploitée pour son bois. On tirait ici le bois de la sapinière comme on tirait ailleurs le vin de la vigne.

Dès la fin  du XVe siècle, la terre deviendra – au moins dans les textes, mais peut-être l’était-elle déjà avant – la propriété d’un nommé Andree Raquamer et en portera le nom, La Recamari.

Le nom moderne La Ricamarie est donc la Récamière, propriété d’un nommé Récamier, avec le suffixe franco-provençal –eri (français –ière) conservé à tort dans le nom français.

Le lieu-dit ayant vu sa démographie et son importance fortement augmenter du fait de l’exploitation de plusieurs mines de charbon fut élevé au rang de commune en 1843. Un document de la Compagnie des Mines de 1848 portera le nom de La Rycamarie. Quelques érudits locaux imaginèrent une étymologie de ce nom selon le latin rica mina ou riacminera, « riche mine », sans fondement vu les formes anciennes.

CPA Ricamarie cheval mine

Bienheureusement, Rubis n’a pas connu ça !

Le patronyme Récamier est quant à lui formé sur le verbe de l’ancien français récamer, « broder », et désignait celui qui faisait profession de broder, le brodeur.

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Les indices

■ les habitués de mes devinettes ont peut-être remarqué l’utilisation d’une police verte pour introduire les indices à la place de la couleur bleue habituelle. Il s’agissait d’une allusion à la couleur verte indissociable du maillot des footballeurs de Saint-Étienne, dont La Ricamarie est limitrophe.

indice a 15 01 2023 ■ ce portrait de Juliette Récamier (François Gérard, 1805) donnait, par le patronyme du modèle, quasiment la réponse.

■ le premier tube des Bee Gees (1967) intitulé New York mining disaster était censé orienter les recherches vers les bassins houillers et les mines de charbon. Le avril 1857, un accident au puits Saint-Mathieu (ou des Littes) de La Ricamarie fit sept morts par asphyxie. Le charbon, la couleur verte, Récamier … tout était dit ! (Je laisse les curieux lire la page wiki en anglais consacrée à cette remarquable chanson des Bee Gees, beaucoup plus complète que la page française).

logo mineur ■ le cul de lampe qui annonçait les indices du mardi (là aussi en vert) rappelait qu’on cherchait une commune minière.

■ l’épisode sanglant reste dans les mémoires sous le nom de fusillade du Brûlé et eut lieu le 16 juin 1869 quand l’armée ouvrit le feu sur les civils protestant contre l’arrestation de mineurs grévistes et fit quatorze morts. Victor Hugo ne manqua pas de rappeler l’épisode dans un poème intitulé Misère :

Partout la force au lieu du droit. L’écrasement

Du problème, c’est là l’unique dénouement.

Partout la faim. Roubaix, Aubin, Ricamarie.

La France est d’indigence et de honte maigrie.

On prétend également qu’Émile Zola se serait inspiré de cet épisode pour son Germinal.

Enfin, le chansonnier Rémy Doutre (1845-1885) écrivit à ce sujet la chanson La Ricamarie

Soldats, quand vous frappez l’ennemi de la France
Dans un loyal combat, vous êtes des héros ;
Mais quand vous massacrez vos frères sans défense,
Vous n’êtes plus soldats, vous êtes des bourreaux.

(je renonce à vous proposer les interprétations qu’on trouve de cette chanson sur la toile. En revanche, je vous propose de jeter un œil à cette page).

Les indices du mardi 17/01/2023

Ma dernière devinette n’a pas eu de succès. Sans doute l’énoncé en était-il un peu trop succinct. Je le rappelle ici, sachant que le mot du jour était garn :

Il vous faudra trouver une commune de France métropolitaine dont le nom n’a rien à voir avec le mot du jour.

L’endroit porte en effet, depuis le début du XVè siècle, un nom dérivé de celui qui en possédait et exploitait les terres. C’est ce nom qui sera conservé quand fut créée la commune plusieurs siècles plus tard. Certains ont alors plutôt voulu voir dans ce nom un rappel de l’exploitation supposée très ancienne de son sous-sol.

Avant cela, cet endroit était désigné par un nom relatif à l’exploitation qu’on y faisait des ramées de pin ou de sapin (nous y voilà !).

Les indices

et d’un :

indice a 15 01 2023

et de deux : https://youtu.be/48j8UdBwDS8

Dit autrement :

Un endroit portait avant le XVè siècle un nom rappelant sa richesse en bois de pin ou de sapin (c’est là qu’intervient le mot du jour !) et l’exploitation qui en était faite. Il a pris ensuite le nom de son propriétaire. Plusieurs siècles plus tard, devenu commune, il a gardé ce dernier nom, légèrement modifié quant à son orthographe et son suffixe, sous lequel nous le connaissons encore aujourd’hui. Une fausse étymologie explique ce nom par l’exploitation, supposée ancienne, de son sous-sol.

logo mineur

Les indices du mardi

♦ dans le premier nom de la commune, le mot du jour est précédé d’un verbe.;

♦ la commune est connue pour un épisode sanglant de la lutte des classes évoqué par un poète et dont se serait inspiré un romancier. On en a même fait une chanson.

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Garn

Les plus attentifs de mes lecteurs se souviennent sans doute qu’en conclusion du paragraphe concernant le terme vargne dans le billet consacré au sapin, j’indiquais qu’un autre mot avait été rapproché de ce terme, à savoir garn.

Photo garn  Le Trésor du Félibrige définit garno comme une « ramée de pin ou de sapin, branche de mélèze, bois pour chauffer le four, cépée ». L’occitan actuel désigne plus généralement par garna une « ramée de conifères », d’où par exemple le mot du dialecte lyonnais guergnes désignant des branchages de pin. En Vendée, Massif Central, etc. garn a pris plus particulièrement le sens de « buisson, taillis, fourré épais ».

On rencontre des toponymes formés à partir de ce garn sur tout le territoire mais principalement en pays de langue d’oc. Ils apparaissent soit sous la forme simple garne (s) soit suffixés de différentes façons.

Forme simple garne

On trouve une vingtaine de lieux-dits La Garne, par exemple à Saint-Marcelin-de-Cray (S.-et-L.), au Langon (Vendée), à Meillant (Cher), à Saint-Jean-Roure (Ardèche), etc. ainsi qu’une Grande et une Petite Garne à Meaulne (Allier).

Le pluriel Les Garnes est plus fréquent avec une quinzaine rien qu’en Vendée, avec le sens de « buisson, taillis ». Mais ce toponyme est aussi présent à quatre exemplaires dans l’Allier ainsi que dans le Cher, en Saône-et-Loire, dans la Loire … On trouve également Les Garnes à Saint-Jacques-en-Valgodemard, dans les Hautes-Alpes où il a le sens de « fagots de branchages » (Trésor du Félibrige).

La forme occidentale La Garna se trouve à Lézigneux et le pluriel Les Garnas à Lapte et à Riotord, tous trois dans la Loire.

Notons enfin la variante Guerne(s) qui n’apparaît qu’en Saône-et-Loire et dans l’Allier à moins de vingt exemplaires, à ne pas confondre avec le guern du parler breton, dérivé du gaulois verno, qui désigne l’aulne et signale généralement un marais en Bretagne.

Formes suffixées

avec le suffixe augmentatif –assa (du latin –acea) une garnassa désigne un fourré en Haute-Loire, d’où une trentaine de (la) Garnasse dont une Garnasse Brûlée à Montclard, la Garnasse du Loup à Chanteuges et une petite dizaine de Les Garnasses dans ce département, plus trois Garnasse dans le Puy-de-Dôme et un Garnasse en Lozère (à Malzieu-Forain). (Désolé, pas trouvé d’Ali Garnasse …)

avec le même suffixe –assa complété par le suffixe –on ou –oun (du latin one), un garnasson désigne un bois de pins, principalement dans le Forez comme pour le Garnasson à Doranges et à Saint-Clément-de-Valorgue (P.-de-D.) et la Garnassoune à Villeneuve-d’Allier, Salzuit et Saint-Jeunes (H.-L.).

d’autres suffixes, plus rares, apparaissent dans des noms comme Garnassette (cinq exemples en Haute-Loire) ou Garnassaire (au Mas-de-Tence, H.-L.).

Formes proches et faux-amis

Comme souvent avec les mots monosyllabiques, les paronymes sont nombreux.

Le Garn, commune du Gard, était de Algarno en 1314 et de Garno en 1532. E. Nègre (TGF*) explique ce toponyme par le nom de personne germanique Altegernus dont la première syllabe Al- aurait été comprise al (=a lo). On peut préférer y voir, avec P. Gastal (NLEF*) une étymologie selon garn et agglutination de la préposition dans le nom de 1314.

CPA-cave-cooperative-garn

Garnay (E.-et-L.) était Ganniacum en 1120, sans doute du nom de personne germanique Waninus et suffixe –acum, mais les lieux-dits Garnay à Marly-sur-Arroux en Saône-et-Loire et à Bas-en-Basset en Haute-Loire pourraient être des noms issus de garn suffixés là aussi en –acum, dont on sait qu’il n’accompagnait pas que des anthroponymes.

en région parisienne, un garneau est un bloc, un galet de silice. Les noms de Guernes (Yv.) et Garnes (à Senlisse, Yv.), tous deux attestés Garnes aux XIIIè – XIVè siècles sont peut-être à rapprocher de ce nom dialectal.

le radical germanique warn (issu de wara, « protecteur », d’où le français « garer ») a donné avec hari, « armée », des noms comme Garnier et l’hypocoristique Garnon et avec wald, « gouverner », des noms comme Garnal et Garnaud. Tous ces noms de famille ont pu à leur tour fournir des toponymes qui n’ont donc rien à voir avec notre garn.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

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La devinette

Il vous faudra trouver une commune de France métropolitaine dont le nom n’a rien à voir avec le mot du jour.

L’endroit porte en effet, depuis le début du XVè siècle, un nom dérivé de celui qui en possédait et exploitait les terres. C’est ce nom qui sera conservé quand fut créée la commune plusieurs siècles plus tard. Certains ont alors plutôt voulu voir dans ce nom un rappel de l’exploitation supposée très ancienne de son sous-sol.

Avant cela, cet endroit était désigné par un nom relatif à l’exploitation qu’on y faisait des ramées de pin ou de sapin (nous y voilà !).

Les indices

■ et d’un :

indice a 15 01 2023

■ et de deux :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

 

 

À La Vétouze, commune d’Arques dans l’Aude (répàladev)

podium seul  LGF est le seul à m’avoir donné la bonne réponse à ma dernière devinette, dès mardi soir. Bravo à lui !

Il fallait trouver un lieu-dit À La Vétouze, bordé par un ruisseau dit de (la) Vétouze, sur la commune d’Arques du canton de la Haute-Vallée de l’Aude, chef-lieu Quillan, dans le département de l’Aude et, plus particulièrement dans le pays de Razès.

local-Arques

À La Vétouze : c’est sous cette forme et avec cette orthographe (préposition majuscule accentuée, initiale majuscule pour l’article et « Vétouze » avec un z) que ce lieu-dit est mentionné dans le fichier officiel FANTOIR sous le numéro 110015B076N et repris tel quel sur le site Les Rues de France.  En revanche, sur les cartes IGN les plus récentes comme sur GoogleMap, seul le ruisseau de la Vétouze apparait. La page wiki consacrée à la commune mentionne elle aussi ce ruisseau, sans citer de lieu-dit. En revanche, le lieu-dit se trouve bien sur la carte d’état-major de la fin du XIXè siècle :

Vétouse EM

Le lieu-dit Vétouse sur la carte d’état-major (en bas à droite)

Le Dictionnaire topographique du département de l’Aude, rédigé par Antoine Sabarthès en 1912, mentionne : « L’Abétouze : ferme ; formes anciennes : La Vétouze (cadastre) ; La Bétouze (vulgaire) ».

L’auteur avait bien compris que le nom porté sur le cadastre avait été victime d’une mécoupure, faisant passer le nom de « l’abétouse » à « la bétouse » puis à « la vétouze » par une malheureuse francisation (on considérait, en pays d’oïl, que tout ce qui était prononcé b dans ces contrées d’oc était en réalité un v), mais sa tentative de rétablir le nom étymologiquement correct n’a pas été suivie.

Comme je l’expliquais dans ce billet, une abétouse , de l’occitan abet, « sapin », et suffixe collectif –oux, –ouse, désigne un bois de sapins. On trouve ainsi, toujours dans l’Aude, un lieu-dit L’Avétouse à Camps-sur-l’Agly.

Arques : attesté de Archis en 1260, du pluriel de l’occitan arca, « arche de pont ». Ce nom pouvait désigner aussi bien des vestiges de pont gallo-romain que des ponts médiévaux sur des fossés.

L’histoire d’Arques a été marquée, comme celle de  toute la région, par la croisade contre les albigeois menée par Simon de Montfort au début du XIIIè siècle. À l’issue de celle-ci, ce dernier offrit Arques à son lieutenant Pierre de Voisins, dont les descendants firent bâtir un château dont ne subsiste que le donjon. (premier indice du mardi)

CPA Arques 2

Qu’est devenue la jeune rebelle qui tourne le dos au photographe ?

On trouve également Arques en Aveyron (Arches en 1321), Arques dans le Pas-de-Calais (Arkae en 668) et Arques-la-Bataille en Seine-Maritime (de Archis en 1024,  en référence à une victoire de Henri IV)  auxquels on peut rajouter Les Arques dans le Lot et le diminutif Arquettes-en-Val dans l’Aude (Archae en 1106, diminutif tardif), tous ces toponymes ayant la même étymologie, du latin arcus, « arche d’un pont » .

Quillan : attesté Quillianum en 1145, du nom d’homme latin Quelius et suffixe –anum. Il avait été question de Quillan, et de son blason aux trois quilles, dans ce billet.

Razès : le nom de ce pays formé autour de Rennes-le-Château a été étudié il y a presque deux ans dans un billet concernant le Sustansonès.

■ canton de la Haute-Vallée de l’Aude : ce canton, comme le département, tire son nom de celui du fleuve Aude (quatrième indice du mardi). Celui-ci était appelé Atax par le poète Tibulle en 27 av. J.-C., nom issu d’une racine hydronymique prélatine *at– accompagnée du suffixe gaulois –aco. On passe de l’accusatif latin Atacem à Ataze en 919 puis, par métathèse, à Azate attesté en 978,  à Auzde (début XIè siècle), à Alde (XIè siècle) et enfin à Aude à la fin du XIIè siècle.

grappe raisin

Ce cul-de-lampe représentant une grappe de raisin avait un rapport avec l’indice de l’énoncé :

indice a 08 01 2023 Cette gravure, piochée sur le site de Ladépêche.fr est intitulée Blanquette de Limoux offerte à l’archevêque de Narbonne – 1701. Ladite blanquette est un vin effervescent produit de longue date dans la région de Limoux (deuxième indice du mardi). Il est écrit dans l’article :

Dès le début du XVIe siècle, la blanquette devient un vin très renommé qui se distingue des autres. Le seigneur du terroir, le sieur d’Arques, de retour de batailles, dégustait sans modération ladite blanquette. « Le 25 octobre 1544, fourniture fut faite de vin clairet pour son souper et quatre pintes blanquette pour son dîner », retrace dans un écrit le clavaire (officier municipal chargé de la gestion) de Limoux.

Pour être appréciée à sa juste valeur, cette même blanquette peut être servie dans un verre en cristal d’Arques (troisième indice du mardi).

Les indices du mardi 10/01/2023

 Ma première devinette de l’année n’a pas eu de beaucoup de succès : personne ne m’a encore donné la bonne réponse.

podium vide

J’en rappelle l’énoncé :

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est, sans surprise, lié à un des mots du jour.

Il s’agit à l’origine du nom d’un hameau, voire d’une seule ferme, passé au ruisseau qui l’arrose.

Selon le fichier ou la carte qui le mentionnent, ce toponyme est écrit de différentes façons mais sans qu’en soit altérée sa compréhension.

La commune qui abrite ce lieu-dit doit son nom au franchissement d’un cours d’eau – mais sans doute pas  celui dont il est question plus haut.

À une trentaine de kilomètres par la route, dans le même département, se trouve une commune dont le nom est le diminutif du précédent suivi d’un déterminant.

On trouve aussi, dans d’autres départements, deux stricts homonymes, un homonyme précédé d’un article et un homonyme suivi d’un déterminant.

Cette commune fut jadis offerte par le vainqueur d’une croisade à un de ses lieutenants, dont le fils fit bâtir un château dont il ne reste plus aujourd’hui que le donjon

Le chef-lieu de canton où se trouve le lieu-dit à trouver porte un nom issu de celui d’un homme accompagné d’un suffixe, les deux latins.

Le nom du pays a été étudié naguère, avec ses voisins, dans un billet du blog que vous êtes en train de lire.

Un indice pour la production agricole régionale :

indice a 08 01 2023

grappe raisin

Et j’ajoute ces quelques précisions et indices :

la croisade dont il est question a eu lieu sur le territoire français ;

le produit agricole dont il est question est liquide ;

dans une des communes homonymes de celle qui accueille le toponyme à trouver se fabrique depuis longtemps un produit qui peut être utile au précédent ;

le canton porte un nom à caractère topographique déterminé par le nom du fleuve qui est aussi celui du département.

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Les restes du sapin …

Me voici de retour au clavier, en route vers de nouvelles aventures. J’en profite pour vous souhaiter une excellente année 2023 ! 

Abies alba

Alors que les dernières aiguilles du sapin de Noël ont été balayées, je vous propose de partir sur les traces que cet arbre a laissées … en toponymie. Comme on le constatera, elles sont bien moins nombreuses que celles laissées par les autres essences, comme le chêne, le bouleau, le hêtre, le tilleul et d’autres que je vous laisse chercher en tapant leur nom dans le champ de recherche ad hoc.

Trois termes différents ont été utilisés pour parler de ce conifère, auxquels ont peut ajouter deux mots de langues régionales.

ci-contre : planche botanique Abies alba

Abies

Le latin abies, « sapin », est à l’origine de l’ancien occitan abet, de même sens, d’où abetosa, « forêt de sapin ». L’occitan moderne dit respectivement avet et avetosa/avetada ; le catalan a conservé abet et l’espagnol abeto.

On ne sera pas surpris de trouver des toponymes correspondants principalement dans l’Aude et le Sud-Ouest :

forme simple : Abet à Laruns (P.-A.), Notre-Dame-d’Abet à Lahontan (id.) et quelques cols de l’Abet ou de l’Abeta dans les Pyrénées ;

collectif (latin –etum) : L’Abédet à Aucun (H.-P.), le bois de Labétet à Aste-Béon (P.-A.) avec soudure de l’article, l’Abetat à Audry (id.) ; 

collectif (latin -osum) L’Avétouse à Camps-sur-l’Agly (Aude) et Lavetosa à Baillestavy et Amélie-les-Bains (P.-O.) à comparer à La Abetosa espagnole (à Benasque, en Catalogne) ; plus un diminutif Bétouset à Andrein (P.-A.) ;

la déglutination de l’initiale a donné son nom à Bétous (Gers) et à des lieux-dits homonymes à Caupenne-d’Armagnac (Gers) et à Réaup-Lisse (L.-et-G.) ainsi qu’à la forêt de la Bétouse à Camps-sur-l’Agly (Aude).

le nom de Bédeille (P.-A.) attesté Avedele en 1101 et Avedelha en 1429 est semble-t-il lui aussi formé sur le latin abies, comme celui de Bédeille (Ariège) – mais la forme Bedelhe de 1402 a fait émettre l’ hypothèse d’une origine d’après le nom d’homme latin Vitellius.

CPA Bédeille Ariège

Sap

Le gaulois *sapo est à l’origine du latin impérial sapinus/sappinus qu’on trouve chez Varron et Pline. Si on rapproche ce terme gaulois du sanscrit sapa, « résine », du breton sap , « sapin », du vieux cornique sibnid, « sapin blanc », on peut lui supposer une origine indo-européenne. Les toponymes qui en découlent se retrouvent principalement en territoires nord-occitans.

Rappelons tout d’abord que la Savoie elle-même, appelée Sapaudia par Ammien Marcellin en 391, doit son nom à ce gaulois *sapo, « sapin », accompagné de *uidu, « arbre, bois » et classiquement suffixé en –ia.

Si on excepte tous les noms de formation récente formés sur Sapin(s), Sapinière, Sapinerie etc. , on peut citer ces toponymes :

forme simple : Sap-en-Auge (Orne), Le Rif du Sap à La Chapelle-en-Valgaudemar (H.-Alpes – avec rif, « ruisseau ») et de nombreux lieux-dits Le Sap, notamment en Ardèche, Lozère …. et dans les Alpes comme Les Saps à Ancelle (H.-A.). La forme féminine existe comme à La Sapine à Charpey (Drôme) et à Maubec (Vauc.). Le suffixe –onia est à l’origine du nom de Sapogne-et-Feuchères (Ardennes) ;

CPA Le Sap Orne

collectif : Le Sapet à Châtillon-en-Diois (Drôme), à Lanuéjols en Lozère et à Saint-Sauveur-en-Rue (Loire), Le Sapey à Estivareilles (Loire), Le Sapey très présent en Savoie comme aux Déserts, Le Sappey à Thônes (H.-Sav.), Le Sapenay à Saint-Cassin (Sav.), Sapetière au Fontanil (Is.) etc. Et ajoutons les noms de plusieurs communes : Le Sappey (H.-Sav.), Le Sappey-en-Chartreuse (Is.), Sapois (Jura et Vosges) ainsi que Seppois-le-Bas et Seppois-le-Haut (H.-Rhin, avec un joli Sept Pois chez Cassini pour la première).

Vargne

Le gaulois *varno, « sapin » (du celtique *vuarnia, « résineux ») a donné des noms régionaux pour désigner le sapin blanc comme vargne, vuargne, vuarne et quelques autres qu’on retrouve dans de nombreux toponymes en Savoie et Franche-Comté :

forme simple : La Vargne aux Villards-sur-Thônes (H.-Sav.), Les Vargnes à Thônes et à Megève (H.-Sav.), Les Vuargnes à Mont-Saxonnex (id.), etc. et une forme patoisante pour la forêt du Vargnoz à Seytennex (id.) ;

collectif : Le Varnet à Brenthonne (id.), Vuarnet à Allinges (id.) … Le Vuargni aux Gets (id.) et Le Vuargneux à Samoëns (id.).

NB : il ne sera pas question ici des toponymes formés sur un radical garn– que certains linguistes rapprochent du même gaulois *varno. Le Trésor du Félibrige définit garno comme une « ramée de pin ou de sapin, branche de mélèze, bois pour chauffer le four, cépée ». L’occitan actuel désigne plus généralement par garna une « ramée de conifères ». Cependant, ce terme garn se retrouve dans des régions où il a plus particulièrement le sens de « buisson, taillis, fourré épais » (Massif-Central, Vendée, etc.) et sera étudié dans un prochain billet.

Autres langues

le germanique tann, « sapin », se retrouve dans les noms de Thann et Vieux-Thann (H.-R.), Thannenkirch (id., avec kirch, « église »), Thanvillé (B.-R.), Schweighouse-Thann (H.-R., avec Schweighouse, « maison du bétail ») et dans celui de plusieurs lieux-dits.

le basque izei/izai, « sapin », a donné peu de toponymes parmi lesquels on trouve le lac d’Isabe aux Eaux-Chaudes (P.-A.) et le col d’Isseye ou Isaye sur la même commune. Notons toutefois qu’une autre hypothèse fait dériver ces noms d’un oronyme *is, variante de aitz, « pierre, roche ».

 

rog

La devinette

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est, sans surprise, lié à un des mots du jour.

Il s’agit à l’origine du nom d’un hameau, voire d’une seule ferme, passé au ruisseau qui l’arrose.

Selon le fichier ou la carte qui le mentionnent, ce toponyme est écrit de différentes façons mais sans qu’en soit altérée sa compréhension.

La commune qui abrite ce lieu-dit doit son nom au franchissement d’un cours d’eau – mais sans doute pas  celui dont il est question plus haut.

À une trentaine de kilomètres par la route, dans le même département, se trouve une commune dont le nom est le diminutif du précédent suivi d’un déterminant.

On trouve aussi, dans d’autres départements, deux stricts homonymes, un homonyme précédé d’un article et un homonyme suivi d’un déterminant.

Cette commune fut jadis offerte par le vainqueur d’une croisade à un de ses lieutenants, dont le fils fit bâtir un château dont il ne reste plus aujourd’hui que le donjon

Le chef-lieu de canton où se trouve le lieu-dit à trouver porte un nom issu de celui d’un homme accompagné d’un suffixe, les deux latins.

Le nom du pays a été étudié naguère, avec ses voisins, dans un billet du blog que vous êtes en train de lire.

Un indice pour la production agricole régionale :

indice a 08 01 2023

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr