La Braunhie ( répàladev )

TRA a fini par rejoindre TRS pour former le duo de « solutionneurs » de ma dernière devinette. Bravo !

Il fallait trouver la Braunhie, un petit pays du Quercy dans le département du Lot, autour de Caniac-du-Causse, Coeur-de–Causse et de Montfaucon, traversé par le Vers et en partie couvert par une forêt qui porte son nom.

carte-braunhie

Le Pech Cendrié( du latin podium, donnant l’occitan puech ou pech, « hauteur, tertre » et cendrié, « couleur cendrée » ), au sud-est de Labastide-Murat ( aujourd’hui dans Coeur-de-Causse ) domine, à plus de 460 m, le Causse de Gramat. Il correspond au point culminant d’un dôme karstique, la Braunhie, où les calcaires du Primaire apparaissent au dessus du vaste plateau d’aspect aride et minéral, fait de rares pelouses sèches, de landes de genévriers et de bois de chênes pubescents.Rongé par l’érosion, le plateau est creusé de lapiaz, dolines et avens ainsi que de vastes igues, sortes de combes humides et difficilement accessibles  Ce sont sans doute ces bas-fonds argileux et humides ( cf. la photo illustrant la carte ), facilement repérables du côté de Caniac-de-Causse, qui sont à l’origine du nom du pays, du celtique *bracu, « boue, bourbier » donnant l’occitan brau, accompagné du suffixe latin –anica, : *brac-anica deviendra* bracania puis *braunia.

braunhie bracu

Un braudièr ( « bourbier » ) dans la Braunhie

Notons pour terminer que la graphie -nh- de la Braunhie est reprise de l’occitan Braunhia où le –nh- se prononce –gn-. Ce nom se prononce d’une façon intermédiaire entre braogn(a) et brôgn(a) avec accent tonique fortement marqué sur la première syllabe et une deuxième syllabe quasi muette, ce qui a conduit à prononcer brôgne le nom francisé de la Braunhie — qui aurait dû s’écrire Braugne ou Brogne comme l’occitan Gasconha est transcrit Gascogne en français.

cdl3Les indices

■ le couple Jean Seberg -Romain Gary

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Selon sa biographe Myriam Anissimov, Romain Gary acheta à Caniac-du-Causse trois maisons avec Jean Seberg et son petit-cousin Paul Pavlovitch, celui qui devait personnifier l’écrivain imaginaire Émile Ajar. « Ni Romain ni Jean n’y vinrent souvent, écrit-elle, mais Paul réhabilita sa ruine et en fit sa demeure. » ( cf. wiki)

■ le Crocus sativus

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Le safran, traditionnellement cultivé dans le Quercy depuis les Croisades et jusqu’à la Révolution française, connait un nouvel essor depuis la fin du siècle dernier. Un des producteurs a choisi d’appeler son entreprise  Safran de la Braunhie.

■ le maréchal d’Empire :

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Joachim Murat est né le 25 mars 1767 à Labastide-Fortunière qui prendra le nom de Labastide-Murat le par un décret impérial de Napoléon III et sera intégrée à Coeur-de-Causse le 1er janvier 2016.

■ le pont :

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Il fallait reconnaître le célèbre pont Valentré de Cahors, préfecture du Lot, éponyme d’un fameux vin noir ( sublime avec un foie gras de canard poêlé aux haricots noirs pimentés, à la vôtre !).

■ le gâteau :

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Les gourmands auront reconnu un brownie … Comme il était précisé dans l’énoncé, cet indice n’était qu’une sorte de plaisanterie en forme d’à-peu-près.

cdl3

Discussion

Je me suis appuyé pour l’écriture de ce billet sur deux ouvrages de Bénédicte et Jean-Jacques Fénié : le Dictionnaire des pays et provinces de France ( éditions Sud-ouest, 2000 ) et la Toponymie occitane ( même éditeur, 2003 ) où les auteurs nous expliquent que les formes anciennes du nom font défaut.

Auteur de monographies paroissiales du diocèse de Cahors, Edmond Albe ( 1861-1926 ) proposait une autre étymologie. Dans une de ses monographies, il écrivait :  « cette étendue de terrain qui s’appellera la Braunhie ( diminutif de Barasconie ou Brasconie, terre de Barascon de Thémines ) » sans plus nous expliquer ce qui lui fait avancer cela. Dans une autre page consacrée à la seigneurie de Beduer, il affirmait : « Elle appartient sûrement au XIIIè siècle à la famille de Barasc. Qu’était cette famille ? Barasc est un prénom. Il a servi à nommer toute une étendue de pays, aujourd’hui dite la Braunhie, mais où la forme ancienne du nom se trouve dans le vocable des Brasconies (…) On trouve ce prénom donné à plusieurs membres de la famille de Thémines : Barasc et Barascon de Thémines, Pierre Barasc de Thémines ». Il se base pour cela sur une Chronique de Marcillac que, de son preuve aveu, il n’a pas mais dont certains détails lui paraissent suspect…

Cette hypothèse sera reprise dans Villes et villages en pays lotois de Jean-Marie et Mariola Korsak ( Tertium éditions, 2013 ), où on lit : « Le nom a été corrompu ; il est à lire La Barasconie. La terre appartenait au sieur Barascon de Thémines  ». On lit de même dans Templiers et hospitaliers en Quercy de Jacques Juillet ( éd. Le Mercure Dauphinois, 2010 )  : « La Brasconie, ou les Brasconies, Brasnies, Braunhies, la Braunhie ( pron. la braugne ) tous ces termes proviennent de Silva barasconia, la forêt de Barascon ou des Barasc, seigneurs de Beruer ». Aucun de ces deux auteurs ne nous précise les sources où il aurait puisé ces anciens noms …

François Petittjean nous explique quant à lui que l’origine de cette famille est mal connue et que Barasc aurait été un prénom fort répandu à cette époque. L’hypothèse de Barasc utilisé comme prénom est là aussi peu étayée et semble-t-il contredite par Edmond Albe lui-même ( Monographie de Béduer, op.cit. ) qui nous parle lui aussi d’Arnaud de Barasc et écrit :  « il nous est impossible de savoir si les de Barasc sont une branche des Thémines ou les de Thémines une branche des Barasc », où Barasc semble être un toponyme. Selon la fiche wiki qui leur est consacrée, les Barasc sont seigneurs de Béduer depuis Dieudonné Ier Barasc ( né vers 1030, mort en 1085 ) et le resteront jusqu’au XVIè siècle. Barasc serait donc plus un toponyme ( du pré-celtique *bar-, « hauteur », donnant le gaulois *barro et suffixe -asco ? ) devenu anthroponyme qu’un prénom.

Le Dictionnaire des communes du Lot (… ) de L. Combarieu ( édité à Cahors en 1880 ) nous parle à trois reprises de cette famille : sont mentionnés en 1236 l’évêque Géraud de Barasc-Béduer ( p. 17 ), en 1286 le seigneur Dieudonné de Barasc-Béduer ( p. 144 ) et, en 1293, le seigneur Arnaud de Barasc-Béduer ( p. 137 ). Nulle trace dans cet ouvrage de Braunhie, Barasconie ou Brasconie en tant que terres seigneuriales. Le seul toponyme correspondant peu ou prou est celui du hameau des Brasconnies ( pp. 23 et 30 ), écrit sans doute par erreur avec deux -n- mais malheureusement sans ses formes anciennes qui nous auraient permis d’en savoir plus.

Cette hypothèse d’une origine anthroponymique du nom de la Braunhie est séduisante mais se heurte pourtant à plusieurs difficultés :

  • l’absence d’attestations écrites anciennes ( hormis cette Chronique de Marcillac citée par Edmond Albe mais introuvable ) est étonnante quand on constate que tous les noms des possessions, y compris les plus petites, des Barasc de Beduer sont cités dans des actes d’état civil ou dans des chroniques historiques bien documentées ;
  • l’improbabilité phonétique qui ferait passer de Barasconia accentué sur la première syllabe à B(a)rasconia puis Brasconia et Braunha là où on attendrait Bar(as)conia puis Barconia et Barconha voire Baronha. Ainsi, la commune vauclusienne Vénasque, anciennement Venasca, a gardé son accent tonique sur la première syllabe et n’est pas devenue *Vasque. De la même façon, l’ancienne Doranonia citée par Ruricius au Vè siècle est devenue, après syncope du -a- non accentué, Dornonia chez Grégoire de Tours au VIè siècle et, après dissimilation des deux  -n-, l’actuelle Dordogne.

L’hypothèse d’une origine d’après le gaulois *bracu est, elle, confortée par :

  • la phonétique qui autorise sans difficulté le passage de Brac-onia à Braunia écrit Braunha ;
  • le nom du hameau des Brasconnies qu’on peut rapprocher de celui de Brasc ( Aveyron ) vu dans le billet consacré à *bracu ;
  • la comparaison avec le nom de la Braunhe ( ancienne carrière de bauxite sur la  commune de Pézènes-les-Mines, Hérault ) notée la Braugne sur la carte de Cassini ( n° 57, feuille de Lodève, 1740) ;
  • la comparaison avec l’hydronyme Braune d’un affluent du Gardon à Saint-Chaptes ( Gard).

Conclusion : la discussion est ouverte, mais j’ai choisi mon camp.

Les indices du mardi 14/01/2020

TRS, une fois de plus, est le seul à m’avoir donné la bonne réponse à la dernière devinette. Bravo à lui !

Pour les autres, voici deux indices qui devraient les emmener au moins vers la région où se trouve le petit pays mystère :

■ un maréchal d’Empire :

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■ un pont :

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■ et un dernier indice exclusivement destiné à TRS puisqu’il ne peut ( je crois ) se comprendre qu’une fois découverte la solution :

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De la terre ( quatrième partie ) : le gaulois *bracu.

Interpellé par TRS dans un commentaire récent,  j’aborde aujourd’hui comme promis les toponymes issus du mot gaulois *bracu à l’origine par exemple de l’ancien français brai, « boue, fange ». L’injonction picarde m’oblige donc à parler de brai de force.

Les retardataires pourront lire les trois premiers billets consacrés à la terre en tapant dans mes mains hand-cursorhand-cursor et encore hand-cursor.

Le gaulois * bracu ( plus exactement *brakus, brakōs¹) a d’ abord désigné un fond de vallée humide puis un marais. Concurrencé dans ce dernier sens par * marco ( d’un indo-européen  *mori d’où proviennent l’ancien francique maresk puis marais, marécage, …), *bracu² se spécialisera dans le sens de « terrain humide » puis de « boue, bourbier ». C’est ainsi que l’on trouvera l’ancien français brai, « boue, fange », l’ancien wallon brau, l’ancien provençal brac, l’ancien béarnais brag, le pas-de-calaisien bras, « limon », et brey « vase, boue qui se dépose au fond des mares » et bien d’autres variantes qu’on découvrira en étudiant les toponymes.

Le gaulois *bracu, à rapprocher de broek ou de brouk d’origine néerlandaise et du Bruch allemand, qui tous se réfèrent à des marais, aurait une origine proto-germanique *broka dont l’étymologie reste obscure — mais on peut noter qu’un grand nombre de marais ou de terrains lourds et humides, collants, se rangent sous la lettre b et avec des sonorités en br- et br-b. Je me cantonnerai ici aux noms dérivés de *bracu, laissant de côté les germaniques bruch, brouck, breucq, etc. ou le néerlandais broec qui nous emmèneraient trop loin. Et je précise enfin qu’il faut être extrêmement attentif aux éventuels faux-amis issus des gaulois *braca, « braie, culotte »,  *briga , « mont, forteresse » ou *brucus, « bruyère », du latin buxus, « buis », et de quelques autres sans oublier les anthroponymes …

Les pays

L’étymon gaulois *bracu a été utilisé pour nommer des régions naturelles réputées pour être marécageuses ou simplement traversées de cours d’eau s’échappant parfois de leurs lits, rendant les terres boueuses ou limoneuses.

  • Aubrac : le nom de ce pays, partagé entre Aveyron, Lozère et Cantal, est attesté en occitan Albrac au XIIIè siècle. C’est une formation sur le nom ancien du village Altum Bracum, bâti au Moyen Âge autour d’un hospice, tenu par des moines, fondé en 1120 pour héberger les pèlerins sur le chemin de Compostelle. Le nom est attesté après cette date hospitale de Alto Braco puis en 1289 Mons de Alto Braco , tandis qu’Albrac apparait dès 1168. Il s’agit d’une formation médiévale composée du latin altus, « haut » et de l’appellatif gaulois *bracu, « marais ». La région était alors boisée et marécageuse ( DNLF* ). Les étymologies selon un hypothétique oronyme *alb- ( DENLF* ) ou un nom de personne romain Alburius et suffixe gaulois –acum ( TGF ) sont peu conciliables avec la forme de 1120 et donc peu convaincantes.

Aubrac

  • Brabant : ce  pays, qui effleure la France entre Tournaisis et Ostrevant dans le département du Nord, doit son nom aux gaulois *bracu, « marais, marécage » et *banti, « bande, zone » ( cf. germanique bant-, de même sens ). On retrouve ce nom dans celui de quelques communes ( cf. plus bas le § correspondant ).
  • Pays de Bray : cette région naturelle, aux confins de la Seine-Maritime et de l’Oise, est bocagère, abondante en sources et zones humides. On trouve son nom écrit Brago en 833 dont l’étymologie est sans surprise l’étymon gaulois *bracu. La forme actuelle est attestée dans silva que dicitur forest de Bray dès 1157.
  • Brière : ce pays de Loire-Atlantique, entre la presqu’île de Guérande et le sillon de Bretagne, est un vaste marais où on distingue des « piardes » ( terrains toujours submergés ), des « platières » ( parfois hors d’eau ) et des îles où les hommes ont pu se fixer. Son nom vient du breton briver, lui-même formé sur le radical celtique *bredh, « boue », apparenté à brai, associant l’idée d’endroit marécageux et de terrain plat (DPP*). L’oïl brière, du latin brucaria, « terre en friche où poussent des bruyères » ou « campagne stérile » (TGF *) ne semble pas convenir ici. Le Dictionnaire de Godefroy donne pour ce mot  « broussailles » et explique qu’il « parait avoir désigné les endroits marécageux des forêts ».

Les communes

  • Brabant-en-Argonne ( aujourd’hui intégrée dans Récicourt ), Brabant-lès-Villiers, Brabant-sur-Meuse ( tous trois dans la Meuse ) et Bréban ( Marne, noté Braibant en 1222 ) sont tous des noms de même étymologie que le pays vu dans le § précédent.
  • Brach ( Gir., Brays au XIIIè s.), Bras ( Meuse, Var ), Bras-d’Asse ( Alpes-de-H.-P. ), Brax ( H.-Gar., L.-et-G. ) sont issus d’une latinisation en *bracium du gaulois *bracu.
  • Braux (Alpes-de-H.-P.,  Aube, C.-d’Or), Braux-le-Châtel (H.-Marne ) ainsi que  Braux-Ste-Cohière et Braux-St-Rémy ( Marne ) sont de même étymologie. Cf. l’ancien français brau.
  • Bray ( Eure, S.-et-L.) et la série avec déterminant Bray-en-Val ( Loiret )  B.-et-Lû ( Val-d’O.), B.-la-Campagne ( aujourd’hui intégrée dans Fierville-Bray, Calv.), B.-lès-Mareuil ( Somme), B.-St–Christophe ( Aisne), B.-sur-Seine ( S.-et-M.), B.-sous-Faye ( I.-et-L.) et B.-sur-Somme ( Somme ) : idem. Le nom de Bray-Dunes (Nord) provient du nom de famille d’Alphonse Bray, son fondateur en 1883, suivi d’une référence aux dunes qui entourent la ville
  • Braye-sous-Clamecy ( Aisne ), B.-en-Laonnois ( Aisne ), B.-en-Thiérache ( Aisne ), B.-sous-Faye ( I.-et-L.) et B.-sur-Maulne ( I.-et-L. ) : idem.
  • Brech ( Brec en 1260, Morb.) et Brey-et-Maisons-du-Bois ( Doubs ).
  • Braize ( Allier ) est issu d’une ancienne  forme féminisée *bracia.
  • Bracieux ( L.-et-Ch.) est un ancien *bracu au  diminutif pluriel * braceolos.
  • Brasc ( Aveyr. ) serait un *bracu ayant subi l’attraction du suffixe ligure –ascum, comme le déterminant de St-Martin-de-la-Brasque ( Vauc.)

brasc- aveyron

  • BrieBrearie en 855, Aisne et I.et-V. ), Brie-Comte-Robert ( Braye en 1284, S.-et-M. ) et Briis-sous-Forges ( Bragium en 768,  Ess. )  pourraient être des variantes de l’ancien français brai. Le vaste plateau de l’est du bassin parisien constituant la Brie, dont le nom est attesté Briegium en 639 doit, lui, son nom au gaulois *briga, « hauteur », désignant les hauteurs boisées des côtes de Brie.
  • Briouze ( Braiosa en 1172,  Orne ) : de *brac-osum donnant l’oïl braios, « boueux, fangeux ».
  • Brou ( E.-et-L, Braiolum en 1030) , Brou-sur-Chantereine ( S.-et-M) et Broué ( E.-et-L., Broetum en 1100 ) sont issus de l’oïl brou, « boue ».
  • Broye-les-Loups-et-Verfontaine ( Broes en 1200, H.-Saône ) suppose un féminin*braca comme pour Broye (S.et-L.), Broye-lès-Pesmes ( aujourd’hui fusionnée dans Broye-Aubigney-Montseugny, H.-Saône ) et Broyes ( Marne, Oise).  Une autre hypothèse pour ces toponymes fait appel au gaulois *briga, « hauteur, mont, forteresse ».
  •  Lombray ( Longbray en 1745, aujourd’hui intégré dans Camelin, Aisne ) est un composé avec long ; Montbras ( d’abord Bras en 1402 puis Monbras en 1700, Meuse ) est un composé tardif avec mont ; Montbray (Molbrai en 1218, Manche ) est un composé avec mol, « mou », ayant subi l’attraction de mont ; Tinchebray ( Tenerchebraium en 1100, Orne) est un composé avec l’oïl tenerge, « ténébreux, sombre » d’où « sale ».

Les hydronymes

Il n’est pas étonnant que *bracu, dans son sens de « limoneux, boueux », ait été utilisé pour nommer des cours d’eau troublés par l’argile ou la boue. Ils sont nombreux, en voici quelques exemples aux étymologies assurées :

  • le Brasc ou Brac : torrent de la commune d’Abriès- Ristolas dans les Hautes-Alpes.
  • le Brasq : autre nom du Platenq, torrent à Château-Ville-Vieille ( H.-Alpes ).
  • la Braye ( Breye vers 856) : affluent droit du Loir en aval du Pont de Braye qui a donné son nom à Vibraye ( un ancien vicus, « bourg », associé au nom de la rivière).
  • la Broyette ( Braia en 133, suffixe diminutif tardif ) : affluent droit de la Dive à Évricourt, Oise.
  • le Bragous ( rivus Merdosus en 1132 puis rivus Bragos en 1248 ) : affluent gauche du torrent de Boscodon à Crots ( H.-Alpes ) ; adjectif occitan bragous, « sale, boueux, crasseux », d’origine gauloise.
  • le Braou est un ruisseau à Buzignargues ( Hér.) et le Braouguet coule à Sainte-Camelle ( Aude ).

Les lieux-dits et hameaux

Ils sont très nombreux et reprennent pour la plupart les appellations régionales déjà vues ; je n’en donne ici qu’un petit apperçu :

  • Brai, Bray, Braye, etc. sont sans doute les plus nombreux comme la Prairie du Bray à Vernou-sur-Brenne, le Bas Bray et le Mitan Bray à Savonnières en Indre-et-Loire, Bray à Marœuil dans le Pas-de-Calais, la Cour de Bray à Clairfontaine dans l’Aisne des Bois de Bray, Champs de Bray et bien d’autres.
  • Brau ( et Braux) est la forme qui prédomine dans le nord-est de la France avec des Bas de Braux ( à Ancerville, Meuse ), des Bois de Braux ( M.-et-M., Meuse, etc.), un Étang des Braux ( Dieppe-sous-Douaumont, Meuse ), des Côtes de Braux, etc.
  • Brasc : dans le Trésor du Félibrige, Frédéric Mistral donne les formes brasc et brau avec le sens de « terrain peu consistant, marécageux » dans les Alpes et « marécage » en Guyenne . Outre la girondine Brach, l’Aubrac et le Brac, vus plus haut, on peut noter le cirque de Bragous près de Savines ( H.-Alpes ), la forêt de la Brasque  au nord-ouest de Roquestéron ( Var ) et au Villars ( Alpes-M. ) et les Granges de la Brasque à Roquebillière ( Var) et à Saint-Jean-la-Rivière ( Alpes-M.), un Côteau de la Brasque à Sault ( Vauc.) et bien d’autres. Brau est bien représenté  dans les départements de Midi-Pyrénées  (Gers, Ariège, H.-Gar.), en Aquitaine (P.-A., Gir. ) et jusque dans l’Aude (Alet-les-Bains et Villemoustaussou ).
  • Braou : dans les toponymes du type Le Braou de Gascogne maritime, comme à Lanton ou Audenge (Gir., au bord du bassin d’Arcachon ), c’est sans doute le sens « marais » qui est à prendre en compte.

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La devinette

Un petit pays français, peu connu mais apprécié des promeneurs et randonneurs, doit son nom à des bas-fonds argileux et humides peu accessibles — et donc à l’étymon gaulois *bracu — dans un relief karstique recouvert d’une forêt de chênes pubescents. Il fait partie d’une région plus vaste, province de l’Ancien Régime qui doit son nom à la tribu gauloise qui l’occupait. La civitas de cette province, devenue chef-de lieu de département et qui doit elle aussi son nom à ces mêmes Gaulois, donne son nom à un fameux vin rouge sombre.

L’orthographe francisée du nom de ce peti pays n’a pas grand chose avec sa prononciation locale.

Pour compliquer l’affaire, il n’existe pas ( à l’heure où j’écris ces lignes ) de page wiki concernant ce pays ; on trouve en revanche sur la toile de nombreuses pages à visée touristique.

Quel est ce pays ?

■ Un premier indice très difficile  :

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■ Un autre indice un peu moins difficile :

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Réponses attendues chez leveto@sfr.fr

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*Les abréviations en gras entre parenthèses  renvoient à la bibliographie du blog accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

1 – Olivier Piqueron, Précis de gaulois classique, édité par l’auteur, Mons, 2015.

2 – W. von Wartburg, Französisches Etymologisches Wörterbuch, Bonn-Leipzig, 1922 et suivantes  ( en ligne en suivant ce lien ), tome I, p.489.

Lohitzun et Saint-Jean-de-Luz ( les répauxdev)

TRS a rejoint TRA dans la découverte des solutions à ma dernière devinette. Bravo !

Il fallait trouver Lohitzun-Oyhercq et Saint-Jean-de-Luz, deux localités des Pyrénées -Atlantiques.

Lohitzun, noté Lohitzsun en 1476, est dérivé du basque lohi , « boue », accompagné du suffixe locatif basque –tsun : il s’agissait d’un lieu boueux, fangeux, marécageux. Oyhercq vient du basque oihar, « forêt » et –egi, « lisière ».

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L’église St-Jean-Baptiste et le fronton de Lohitzun-Oyhercq

Saint-Jean-de-Luz, en basque Donibane – Lohizune, est noté Sanctus-Johannes-de-Luis en 1186 où luis est issu de la  contraction de Lohitzun en loiz/luiz. On trouvera la forme Sent-Johan-de-Lus en 1491 suivie en 1526 par les formes Sainct-Jehan-de-Lux et Sanctus-Johannes-de-Luce où on voit que la confusion se fait déjà avec le latin lux, « lumière », qui finira par aboutir à S-Iean de Luz en 1650 avec l’attraction de l’espagnol luz de même sens.

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Les indices

■ la réfraction de la lumière : pour … la lumière.

■ le béret écossais en tartan royal écossais : pour le béret basque, pas écossais.

■ la pelote de laine irlandaise : pour la pelote basque, pas irlandaise

 

De la terre ( troisième partie ) : la boue

La terre a déjà fait l’objet de deux billets à consulter hand-cursor et hand-cursor

Je vais vous parler aujourd’hui de boue, la damnée de la terre.

Dans sa définition la plus large, la boue est un mélange d’eau et de terre, une terre détrempée, mais je m’en tiendrai dans ce billet aux toponymes ayant trait à la boue elle-même et non aux marécages, marais, tourbières et autres lieux boueux qui mériteraient chacun un billet spécifique. Je resterai au niveau des noms de communes et de cours d’eau, ne voulant pas surcharger cet article avec la multitude de micro-toponymes en rapport avec la boue — et tant pis pour la « gadoue » qui est à l’origine d’une trentaine de ceux-là et du nom du ruisseau des Gadouilles ( à Sainte-Colombe, I.-et-L.) mais pas d’un seul nom de commune.

Étymologiquement, « boue » vient du gaulois *bawa ( comme la gallois baw, « saleté ») qui a été très peu productif en matière de toponymes mais que l’on peut reconnaître dans La Bouille (S.-M ), Le Bouillon ( Orne ) et dans le ru de Bouillon, affluent gauche de l’Ancœur à Grandpuits (S.-et-M.), tous à rapprocher des mots de langue d’oïl bouaille, « boue », et bouillon, « bourbier ». La proximité avec des radicaux comme buxus, « buis », ayant donné Bouesse (Indre ) ou Bouisse ( Aude), comme bovaria, « élevage de bœufs », ayant donné Bouer ( Sarthe ) ou Bouère ( May.), etc. ainsi qu’avec de nombreux anthroponymes gaulois, latins ou germains, rend les distinctions parfois difficiles à faire.

Les Gaulois avaient un autre mot pour désigner la boue : il s’agit de *lut, avec ses variantes *lot et *lod, à rapprocher du vieil irlandais et du gaélique loth, « boue, marais ». On retrouve cette racine dans l’ancien nom bien connu Lutèce de l’île de la Cité parisienne ( la Lutetia de César ) mais aussi dans celui, toujours actuel, de Ludesse ( P.-de-D.), dans celui de Lutz (E.-et-L.) et dans celui de Lodève ( Loteva au IIè s, Hér. ).lodève La Luyne, affluent gauche de l’Arc en amont des Milles ( B.-du-R.), cours d’eau réputé boueux, passe à Luynes ( B.-du-R. et dont le nom a été transféré à l’identique en I.-et-L.) auquel il a donné son nom Lodena en 1025. Le même radical se retrouve dans le nom d’Eleu-dit-Leauwette (P.-de-C.) où Leauwette, noté Lowaige en 1187, est sans doute à comprendre comme issu du gaulois lut-evo, « bourbier » accompagné tardivement du diminutif –ette — tandis qu’Eleu est un dérivé d’« alleu », domaine héréditaire conservé en toute propriété, libre et franc de toute redevance. Dans le domaine occitan, les noms de Loudes ( Lode en 1383, H.-Loire), Lodes (H.-Gar.) et Loze ( T.-et-G. ) sont à rapprocher de loudo, « vase, bourbier », donnant louso en gascon.

Le latin a repris ce gaulois *lut pour en faire lŭtum et l’adjectif correspondant lŭtōsus, « boueux », que l’on retrouve au féminin lŭtōsa ( villa ) dans les noms de Leuze (Aisne ), Louze ( Lutosa en 854, H.-Marne), Louzes (Sarthe ), Loueuse ( Ludosiae en 1163, Oise ) et de Luze (H.-Saône) ainsi qu’au masculin dans celui de Lezoux ( P.-de-D.). La Douze, affluent droit de la Midouze à Mont-de-Marsan ( Landes ) était nommée Lodosa à la fin du XIè s., du latin lutosa ( aqua ), « (eau ) boueuse ». Du même lŭtum est issu l’adjectif lŭtĕus, « boueux », qui peut être confondu avec lūtĕus, « jaune », issu de lūtum, nom d’une plante tinctoriale jaune : les deux ont pu se mélanger, ce qui rend difficiles à interpréter des noms comme ceux de la Loëze et la Grande Loëze, deux affluents gauches de la la Saône en amont de Saint-Laurent-sur-Saône, notés Loasi en 1023, du latin lutea (aqua ), ou encore celui de la Loise, affluent droit de la Loire à Feurs ( Loire ) noté Loisi en 1348, et bien d’autres.

Le latin līmus, « limon, boue », a fourni l’adjectif līmōsus, « boueux », à l’origine des noms de Limeux ( Limou en 1100, Somme ), Limons (P.de-D. ), Limoux ( Limosus en 844, Aude ) et Limousin ( diminutif du précédent, toujours dans l’Aude). Le nom de la Limagne, plaine alluviale de l’Allier en Puy-de-Dôme et Allier, notée Pagum Lemaniam au Vè s. par Sidoine Apollinaire puis Limannia au Xè s., est issu de cette même racine par l’occitan limanha. La paronymie avec le nom gaulois limo de l’orme est à l’origine de nombreux faux-amis comme Limeux (Lemausus en 697, Cher ), Limours-en-Hurepoix ( Ess.) et d’autres vus dans le billet consacré à l’orme.

Le radical probablement prélatin lamma ou lauma, « boue », a donné laume ou lam en Bourgogne désignant une terre lourde, boueuse, comme à Vénarey-les-Laumes ( C.-d’Or ) et de nombreux micro-toponymes du même type.

Le germanique fani, « fange, boue », se retrouve à Fains ( Meuse, Fannis au Xè s. et Fangia en 965 ) à ne pas confondre avec Fains ( Eure, Feins au XIIIè s.), Fains-la-Folie (E.-et-L.), Feins (I.-et-V.) etc. qui relèvent du latin finis, « limite », appliqué à des localités situées à la limite de deux cités gauloises. Le même germanique fani a donné l’occitan fanc, fanga, fanja bien représenté en micro-toponymie ( Le Fanc, Fangas, étang du Fangassier, etc. ) et à La Motte-Fangeas ( Mota dou Fangias en 1208, Drôme).

L’occitan connait aussi bardo, « boue », que l’on retrouve à La Barde (Ch.-M.) et à Labarde (Gir.), à rapprocher du gascon bard qui a donné son nom à Bardos ( P.-A.).

Comme je l’ai précisé dans l’introduction, d’autres noms au sens proche de « bourbier, terrain boueux, marécage, etc. » ont été utilisés en toponymie. Un autre billet leur sera ( peut être …) consacré.

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Le nom de la boue dans une langue régionale, accompagné d’un suffixe locatif dans cette même langue, est à l’origine du nom trisyllabique d’une ancienne petite commune réunie depuis plus d’un siècle avec sa voisine dans une commune qui porte désormais leurs deux noms joints par un trait d’union.

Le nom de cet ancien village, fortement contracté, sert, au moins depuis le XIIè siècle, de déterminant au nom d’une ville touristique bien connue. La contraction de ce déterminant l’a réduit à une seule syllabe qui a un sens tout à fait différent dans une autre langue parlée non loin de là, sens qui est à l’origine d’une étymologie populaire plus valorisante que la boue étymologique.

Quels sont les noms du village et de la ville ?

Un indice :

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Ville-sur-Terre et l’île aux Chrétiens ( les répauxdev)

Mes deux dernières devinettes, que je n’imaginais pas si compliquées, n’ont pas été résolues ( aux dernières nouvelles, LGF s’est approché tout près de la première !). En voici donc les solutions :

Ville-sur-Terre

Le nom de ce petit village de l’Aube était noté Villa Saura Terra en 845 puis Villa Sore Terre en 1103, Ville sub Terra en 1143 et Villa Super Terram en 1179 *. On reconnait dans les premiers noms l’oïl ville, « village », l’adjectif féminin saure, « jaune brun, fauve » ( qui  a déjà été vu à propos de Solterre dans ce billet) et l’oïl terre : il s’agissait d’un village bâti sur une terre argileuse jaune. L’adjectif « saure », mal interprété, sera transformé dès le XIIè en préposition avec quelque hésitation : d’abord sub, « sous, en dessous », puis super, « sur, au-dessus » ; c’est cette dernière qui sera conservée jusqu’à donner son nom actuel au village.

ville-sur-terre

Ville-sur-Terre, où Terre serait pris au sens de planète, aurait naturellement toute sa place dans un Guide du routard à l’échelle de la Voie lactée. De la même manière, un Terrestre prié par la police interplanétaire de décliner son adresse pourrait répondre sans mentir qu’il habite une ville sur Terre.

La photo de la tunique blanche du prêtre, l’aube, était une référence au nom du département de l’Aube comme le dessin du poisson, un bar, renvoyait à Bar-sur-Aube, chef-lieu du canton qui abrite Ville-sur-Terre ( et je vous garantis que je n’ai pas fait exprès d’inverser le rébus en Bar-sous-Aube !).

L’île aux Chrétiens

Ce petit îlot de l’archipel de Molène dans le Finistère portait le nom breton d’enez ar C’hrisienn. Ce dernier mot, mal interprété, sera à l’origine du nom français :

Citons enfin un bel exemple d’étymologie populaire, rapporté par M. J. Cuillandre : l’ile aux Chrétiens, îlot au sud de Molène : il s’agit du breton Enez ar C’hrisienn, « l’île au sable fin » (grisienn = sable fin, étendue de sable)**.

ile aux chrétiens

La présence de cet îlot dans un éventuel Guide du routard évangélique à paraître s’explique aisément. Inhabitée, cette île ne pourrait servir d’adresse à personne.

La photo de l’aube comme le dessin du poisson ( ichthus ) sont des références que je pensais limpides à la chrétienté …

*Nègre (E.),Toponymie générale de la France, vol III, p.1429, n°26077, Librairie Droz, Genève, 1998.

**Corby C. Le nom d’Ouessant et des îles voisines . In : Annales de Bretagne. Tome 59, numéro 2, 1952. pp. 347-351