Le garric et la garrigue

kermès La racine pré-indo-européenne bien connue *kar/gar, attachée à l’idée de rocher, aux endroits pierreux, se retrouve dans le nom du garric, nom du chêne kermès, parfois du chêne blanc et bien souvent nom générique du chêne. Elle se retrouve dans le nom de la garrigue, formation végétale secondaire des pays méditerranéens, sur sols calcaires, où dominent chênes verts ou yeuses (Quercus ilex), chênes blancs (Quercus pubescens) et chêne kermès (Quercus coccifera), ces derniers de petite taille et piquants.

On retrouve le nom du garric surtout du Quercy aux Pyrénées centrales en passant par la plaine languedocienne. La garrigue est, elle, plus précisément présente en contrebas des Cévennes, de l’Ardèche à l’Hérault, où ce mariage entre la roche et l’arbre, entre le végétal et le minéral, s’explique par la nature essentiellement pierreuse de ces contrées où l’eau rare et la chaleur laissent le calcaire régner en maître, ne laissant qu’une maigre végétation pousser dans la rocaille, donnant lieu à un préceltique garrica.

Selon ce que nous en savons (L.-F. Flutre, Recherches sur les éléments prégaulois dans la toponymie de la Lozère, éditions Les Belles Lettres, 1957 ; Toponymie du canton de Rabastens, E. Nègre, Toulouse, 1981), c’est le nom de l’arbre garric en ancien provençal (1177) qui a précédé celui de la formation végétale garrigues en vieux français (1544). Mais on peut aussi, avec J. Astor (DNFNLMF*), penser l’inverse, et voir dans garrica prégaulois un dérivé évoquant un type de végétation, et conclure que garric a désigné l’arbre caractéristique de cette végétation, le chêne kermès.

Ces deux noms ont fourni des toponymes sous différentes formes.

Garric

Une seule commune porte le nom de l’arbre : il s’agit de Le Garric dans le Tarn.

De nombreux micro-toponymes portent le même nom, avec ou sans article, au singulier ou au pluriel et d’autres sont déterminés comme le Garric Blanc (à Saint-Pierre-de-Trivisy, Tarn), le Garric Haut (à Péchaudier, Tarn), les Quatre Garrics (à Quins, Aveyron), etc.  Garric peut aussi servir de déterminant comme au Puech Garric (colline à Uchaud, Gard), au Puy Garric (à Calvinet, Cantal), à la Font Garric (à Sénaillac-Lauzès, Lot), etc. Notons la redondance dans le nom du lieu-dit Chêne dit le Garric à Dun (Lot).

Garrigue

Plusieurs communes portent un nom rappelant cette végétation comme Garrigues (Hérault, Tarn) et Garrigues-Sainte-Eulalie (Gard). L’agglutination de l’article a abouti aux noms de Lagarrigue (Lot-et-Garonne, Tarn).

 

On compte plusieurs dizaines de micro-toponymes en (La ou Les) Garrigue (s) ainsi que des Garrigue Haute (à Laprade, Boutenac, Ginestas dans l’Aude, etc.), des Garrigue Méjane (à Saint-Germain-des-Prés, Tarn, etc.), Garrigue Rousse (à Magrin, Tarn, etc.), une Nègre Garrigue (à Lagineste, Lot) et bien d’autres.

Le diminutif se retrouve au pluriel comme au singulier, comme à la Garriguette (à Rasteau, Vauc. etc.) ou aux Garriguettes (à Lombers, Tarn), ainsi qu’avec un autre suffixe aux Garrigoles (à Puéchabron, Hér. etc.), à Garrigou (à Cessenon-sur-Orb, Hér. etc) ainsi qu’aux Garrigot (à Brassac, Ariège, etc.), Garrigots (à Coursan, Aude, etc.), Garrigote (à Vedène, Vauc., etc.) …

garrigue

On rencontre plus rarement le dérivé occitan garrigal, « taillis de chêne », comme pour Garrigal (à Aubin, Aude) ou Le Garrigal (à Sainte-Camelle, id.). Un autre dérivé garrolha qui, par extension, désigne rejets de chênes et divers arbrisseaux poussant sur les garrigues, est à l’origine, avec le suffixe augmentatif –às, de noms comme Garrouillas (à Roujan, Hér. etc) ou Les Garouillasses (à la Caunette, id.).

En Rouergue et alentour apparait une variante garissa avec ses dérivés garrissada/garrissal, au sens de « garrigue, terre inculte », à l’origine de noms comme La Garrissade (à Golinhac, Av., etc) ou Le Garrissal (à Assier, Lot, etc.).

Le dérivé aquitain garrosse, désignant une friche ou un pacage offrant çà et là quelques chênes rabougris (Origines et significations de quelques noms fréquents de la région des Corbières, André Bédos, 1906, rééd. Lacour, 2005) se retrouve dans le nom de Garrosse (aujourd’hui dans Morcenx-la-Nouvelle, Landes) et dans celui de plusieurs lieux-dits comme La Garrosse (à Brassac, T.-et-G.) ou encore dans celui du ruisseau de la Garrosse (à Serres-sur-Arget, Ariège). Le nom de Garos (P.-Atl.) ainsi que celui de plusieurs micro-toponymes où garos est écrit avec un seul r sont issus plus vraisemblablement de la seule racine *kar munie du suffixe aquitain –os désignant un lieu pierreux, principalement dans les montagnes Pyrénées.

Jarrie et Jarrige

Principalement en région franco-provençale mais aussi dans le Massif Central et en Charentes, la palatalisation du g en j devant a a abouti aux formes jarri et jarrija.

On retrouve la première dans les noms de Jarrie (Isère) et de La Jarrie et de La-Jarrie-Audouin (Ch.-Mar.) ainsi que dans celui de nombreux micro-toponymes comme Pouzioux-la-Jarrie (à Vouneuil-sous-Biard, Vienne) et bien d’autres avec divers déterminants.

La seconde n’est représentée que dans des micro-toponymes comme La Jarrige (à Arches, Cantal ; à Saint-Vaury, Creuse ; à La Tour-d’Auvergne, P.-de-D., etc.), Les Jarriges (à Lourdoueix-saint-Michel, H.-Vienne, etc.) et bien d’autres dont le diminutif La Jarriguette (à Saint-Julien-de-Peyrolas, Gard).

À noter l’hydronyme la Jarrige, nom du cours supérieur de la Burande dans le Puy-de-Dôme.

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La devinette

Une fois de plus, faute de mieux, il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié à un des mots étudiés dans le billet du jour.

Ce lieu-dit était une commune à part entière jusqu’à son annexion il y a près de deux siècles par sa voisine. On appela alors la nouvelle commune par les deux noms réunis par la conjonction « et », mais, par facilité et bien qu’aucun décret n’ait officialisé la chose, on abandonna le nom de la commune annexée qui n’apparait donc plus aujourd’hui que dans celui d’un lieu-dit.

Ce micro-toponyme est composé de deux mots accolés sans trait d’union dont l’un désigne un bâtiment d’habitation et l’autre est donc lié à un des mots du jour.

Le nom de la commune est issu de celui d’un homme latin accompagné d’un suffixe lui aussi latin qui a évolué localement d’une façon unique.

Cette commune est en réalité un petit village sur lequel il n’y a pas grand chose à dire et me voilà donc bien démuni pour des indices …

Peut-être ce portrait ?

indice a 01 08 2021

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Roque Bugne (répàladev)

Hibou Bleu, TRS, TRA et LGF forment le quatuor des découvreurs de la bonne solution de ma dernière devinette. Bravo à tous les quatre !

Il fallait trouver le quartier et la traverse de Roque-Bugne à Cucuron en Vaucluse.

Cucuron, c’est là, en bas à droite :

local Cucuron

Et Roque-Bugne, c’est ici, en bas à gauche :

roquebugne local

Le nom de Roque-Bugne est une formation du haut Moyen Âge composée de :

  • Roque : d’origine prélatine *rocca, « roc, rocher », roque a pris dès le VIIIè siècle le sens de « maison fortifiée » et même de « château fort », la plupart de ces édifices étant alors construits en hauteur sur un rocher. Le mot a fini par désigner un « château fort » quel que soit son emplacement et a été le plus souvent accompagné d’un déterminant pouvant être le nom du propriétaire.
  • Bugne :  issu du gaulois *bunio, *bunion à l’accusatif, avec le sens de « bosse, renflement », étudié dans le billet précédent, Bugne représente ici le nom ou surnom du propriétaire plutôt qu’un qualificatif (un château en forme de bugne ?). Bugne, variante de beigne, désignait au Moyen Âge (et encore aujourd’hui dans certaines régions) une bosse à la tête à la suite d’un coup et a été utilisé comme surnom (donné à un bagarreur ?) ; le patronyme est encore porté de nos jours.

Le nom de Cucuron, castro Cucurone en 1004, est formé sur une base oronymique pré-celtique *cucc, probablement d’origine ligure, désignant un sommet arrondi et de faible altitude, une petite montagne.  C’est de cette base qu’est issu par exemple l’occitan cuco désignant un tas, un monticule ou une butte, un coteau ou encore une meule de foin. Ici, *cucc est accompagné d’un double suffixe latin –ur-onem.

Ceux qui auront pris la peine de consulter la page wiki consacrée à Cucuron auront lu que « la tradition locale attribue l’origine du nom du village à Jules César, comme nombre de communes provençales. Ce dernier, voyant les habitants du lieu courir, aurait prononcé la locution latine cur currunt ? (Pourquoi courent-ils ?) ».

Le chef-lieu de canton, Cheval-Blanc, doit son nom à l’enseigne d’une auberge dont je parlais dans ce billet il y a déjà plus de deux lustres.

Les deux indices littéraires :

indice a 27 07 2021           indice a 29 07 2021

renvoyaient à deux films (Le Hussard sur le toit de Jean-Paul Rappeneau et Une grande année de Ridley Scott) dont certaines scènes ont été tournées à Cucuron.

Les indices du jeudi 29/07/2021

Personne n’a trouvé la réponse à ma dernière devinette, que je reconnais un peu difficile.

J’en rappelle l’énoncé :

Il vous faudra trouver le nom en deux mots d’un lieu-dit et d’une rue d’une commune de France métropolitaine. Ce micro-toponyme constitue une tautologie puisque les deux noms qui le forment ont, peu ou prou, le même sens de « monticule, tertre ».

Le nom de la commune est lui-même issu d’une racine pré-celtique à laquelle on attribue à peu près le même sens (ce qui fait, si je compte bien, trois façons de dire la même chose).

Ce même nom fait l’objet d’une étymologie populaire faisant appel, comme souvent dans la région, à Jules César qui se serait enquis de la raison pour laquelle les villageois s’enfuyaient si vite.

Et comme je n’ai plus le temps, vous devrez vous contenter de cet indice :

indice a 27 07 2021

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Les indices

 

■  Le micro-toponyme à trouver est donc formé de deux mots ayant le même sens de « monticule, tertre » : le premier est sans doute utilisé ici, comme souvent, par métonymie pour désigner l’habitat bâti à son sommet et le deuxième, celui à l’origine de la devinette, est sans doute ici un patronyme.

■ Un autre livre :

indice a 29 07 2021

■ Le chef-lieu de canton doit son nom à une auberge.

 

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Beugnon et bignon

déjà mardi

Un beugnon ou bignon désigne une source jaillissant à fleur de terre en y faisant un bombement du sol ou une source sortant d’une souche et le sens a pu s’étendre à un trou d’eau alimenté par une résurgence. Ces sens sont confirmés par l’ancien français buignon, « source » (Annales de Bretagne citées dans TGF*) et plus précisément « source jaillissante, eau qui jaillit du sol ». En haute Bretagne et Anjou, bignon a remplacé d’anciens bugnons (XIVè – XVè siècles) et désigne la « source d’un champ » (ONLF*), définition confirmée en Savoie, Dauphiné et Suisse romande (Glossaire des termes dialectaux …, A. Pégorier, IGN, 1983). Ces mots ont donné des toponymes dans l’Ouest, en Bourgogne et jusqu’en Suisse romande. Le terme a pris la forme bigne en Normandie.

L’étymologie repose sur le gaulois *bunio, *bunion à l’accusatif, avec le sens de bosse, renflement (cf. le vieil irlandais bun, « racine, souche, base », donnant buinne, « jaillissement d’une source », le vieux gallois bonned donnant le moderne bon, « souche, tronc », le vieux breton bun, « base, souche d’arbre »). Cette racine inclut l’idée de renflement, de bosse que l’on retrouve dans les mots bugne et beignet (pâte gonflée, ancien français buignon, occitan bunha) et aussi, familièrement dans une beigne (bosse, coup sur la figure) et embugner (cabosser), mais aussi celle du bouillonnement d’une source. Le gaulois bunda, « fond, base », est probablement apparenté, avec dans les deux cas l’idée de sol et de point de départ. Dans tous les cas, l’origine est bien indo-européenne, cf. le sanscrit budnáh, « sol », les nord-persan et arménien bun, l’allemand Boden, etc.

Certains spécialistes préfèrent voir deux mots différents, l’un désignant la « bosse », l’autre la « source », tout en admettant une étymologie pré-celtique voire celtique similaire : difficile de trancher, donc — même si une étude minutieuse de la topographie permettrait de lever le doute dans certains cas.

Hydronymes et oronymes

Nombreux sont les cours d’eau, principalement de simples ruisseaux, qui portent ce nom et confirment ainsi la relation avec la source.

Le Bugnon, Buignon en 1357, est une fontaine et un ruisseau à Lantages dans l’Aube.

Le Beugnon, cours d’eau à Bourges (Cher) est attesté en 1260 sous la forme Li Buygnum ; le Beugnon coule à Cosne-Cours-sur-Loire dans la Nièvre et d’autres ruisseaux portent ce même nom ; Le Beugnon est une source qui a donné son nom à un hameau à Arcy-sur-Cure dans l’Yonne ; le Beugnon de l’Égrenne est un vallon du Loir-et-Cher où la Grenne prend sa source ; la fontaine de Beugnon coule à Soudan dans les Deux-Sèvres et la Fontaine du Beugnon à Brigné en Maine-et-Loire, etc.

On trouve la variante bignon dans le nom du Bignon, source et lieu-dit à Samoussac (Ch.-Mar.) et à Chahaignes (Sarthe), dans la fontaine du Bignon à Jupilles (Sarthe),  la Fontaine du Bignon, source et ruisseau à Saint-Léger-de-la-Martinière (Deux-Sèvres), etc.

Désignant un monticule arrondi, un versant bombé d’une colline ou une combe, on trouve le Beugnon à Corsaint (C.-d’Or), les Beugnons à Chablis et à Sainte-Colombe-sur-Loing (Yonne), la Combe Beugnon à Montbard et Quincy-le-Vicomte (C.-d’Or), etc. La forme bignon se retrouve à la Côte Bignon de Couvonges (Meuse), au Mont Bignon de Millay (Nièvre), etc.

La variante Bugnon est présente notamment en Franche-Comté, Rhône-Alpes et Dauphiné comme au Creux du Bugnon à Grande-Rivière (Jura) ou au Val du Bugnon à Champignol-lez-Mondeville (Aube) : il s’agit la plupart du temps de « bosses » plutôt que de sources.

Toponymes

Si plus de deux cents lieux portent ce nom dans l’Ouest (Ille-et-Vilaine, Maine-et-loire, Deux-Sèvres et départements alentour) principalement sous la forme Beugnon, on le retrouve aussi en Bourgogne (Nièvre, Yonne).

Il apparait dans le nom de Beugnon (Yonne) et du Beugnon-Thireuil (Deux-Sèvres) comme dans celui de Beugneux (Aisne). On trouve une variante dans les noms de Bougnon (H.-Saône, Buignon en 1275),  comme à Le Bignon (Loire-Atl. et May.) et Le Bignon-Mirabeau (Loiret).

bignon

Les micro-toponymes sont extrêmement nombreux avec, bien sûr son lot de Beugnon, Bignon et des variantes comme Beugne à La Vineuse (S.-et-L.), Mont de Beine à Saint-Hilaire-le-Petit (Marne), La Bigne à Theil-Bocage (Calv.), etc. Bléneau (Yonne) compte parmi ses lieux-dits en collines les Six Beignets et le Champ des Beugnons. On trouve à Barenton (Manche) à la fois le Bignon, la Haute Bigne et la Basse Bigne.

La variante Bugnon est présente avec une douzaine de Le Bugnon (Ain, Doubs,Jura…), quatre Les Bugnons (Savoie et Haute-Savoie) et d’autres.

beugnon limesAux usines Michaut de Beugnon (Yonne) ils étaient quinze pour tailler : huit pour les limes et sept pour la bavette.

Faux amis

Comme souvent avec des mots d’une ou deux syllabes, les confusions sont possibles avec des mots plus ou moins semblables.

C’est le cas avec des dérivés de noms de personnes comme les germaniques Buni ou Bono qui sont à l’origine de noms comme Beugnies (Nord), Beugny (P.-de-C.), Bignay (Ch.-Mar.) ou le gaulois Bennius qu’on trouve dans Bignan (Morb.), etc.

Les gaulois bagina, collectif de bagos, « hêtre » ou *bawina, « boue », se retrouvent peut-être dans certains Beine (Yonne), Beynes (Yv.).

Le nom de Beignon (Morb.) fait difficulté avec les formes Bidainonum en1062 et Bedanum en 1409 dans lesquelles Dauzat&Rostaing (DENLF*) voient un sous-dérivé (sic) du gaulois *betu, « bouleau » tandis qu’Ernest Nègre (TGF*) imagine un transfert du nom de la palestinienne Bethania accompagné d’un suffixe diminutif –on : ce serait la « petite Béthanie ». J.-Y. Le Moing (NLB*) n’exclut pas un beugnon, en rappelant la présence du –d- dans le gaulois *bunda.

Le nom de Bugnières (H.-Marne) est lui aussi sujet à discussion. Dauzat&Rostaing (DENLF*) et Ernest Nègre (TGF*) y voient un nom de personne germanique Bunno accompagné du suffixe –arias. Paul Lebel (Principes et méthodes d’hydronymie française, éd. Les Belles Lettres, 1956) repris par Roger Brunet (TT*) et Pierre Gastal (Noms de lieux de l’espace français, éd. Désirs, 2020)  optent pour un dérivé du gaulois *bunio au sens de « bosse, monticule ».

La Bigne (Calv.), attestée Labunia en 1035 puis Buignes en 1208 et La Buigne en 1371, doit sans doute son nom au nom de personne germanique Leobuni suffixé au féminin -a, sous-entendu terra, mais a subi l’attraction paronymique des toponymes en Bigne fréquents en Normandie.

D’autres paronymes peuvent prêter à confusion comme, en Languedoc, quelques Bignon peuvent être des variantes de vignon (diminutif en –on de vigne), avec graphie phonétique du v- en b-.

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Très difficile de concocter une devinette de dernière minute, d’autant plus que les toponymes de cette famille ne sont pas si nombreux que ça !

Il vous faudra trouver le nom en deux mots d’un lieu-dit et d’une rue d’une commune de France métropolitaine. Ce micro-toponyme constitue une tautologie puisque les deux noms qui le forment ont, peu ou prou, le même sens de « monticule, tertre ».

Le nom de la commune est lui-même issu d’une racine pré-celtique à laquelle on attribue à peu près le même sens (ce qui fait, si je compte bien, trois façons de dire la même chose).

Ce même nom fait l’objet d’une étymologie populaire faisant appel, comme souvent dans la région, à Jules César qui se serait enquis de la raison pour laquelle les villageois s’enfuyaient si vite.

Et comme je n’ai plus le temps, vous devrez vous contenter de cet indice :

indice a 27 07 2021

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Cassis (répàladev)

LGF (et TRA si j’en crois ses allusions au cassis chez LSP comme ici) complètent la liste des « solutionneurs » de ma dernière devinette photographique. Bravo à tous !

Il fallait reconnaitre les falaises rouges du cap Canaille à Cassis (B.-du-R.), soigneusement cadrées pour masquer la mer :

dev 18 07 21 b

… mais, visiblement, ça n’a pas trompé grand monde.

Les mêmes, avec la mer :

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Ou encore :

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Mention spéciale à LGF qui a su me dire que les photos ont été prises de la plage du Corton :

Corton - Canaille

Un peu de toponymie ?

Cassis : une inscription du IIè siècle mentionne Tutelae Charsitanae, « à la déesse protectrice de Charsit » ; on trouve écrit ensuite Carsit en 1214, Carsici au XIVè siècle et Cassicis en 1528. Ce nom allie les racines pré-celtiques *kar-, « rocher, pierre », et *sit- au sens oronymique plus général.

Cap Canaille : il s’agit, là aussi, d’un toponyme formé sur une racine oronymique pré-celtique *kan associée au double suffixe -al-ia. L’étymologie donnée par wiki est à rejeter. Le cap d’Ail, cabo d’Ail en 1529, est formé sur la variante *al- de la racine pré-celtique *kal- suivie du suffixe –iu.

Le Corton : en 1199 est mentionnée una vinea prope litus marie in loco qui vulgo Cortina dicitur, « une terre plantée de vigne près le rivage de la mer dans le lieu qui est dit vulgairement Cortina ». Dès le XVè siècle apparaitra la forme Corton dans les registres cadastraux, soit par changement de suffixe, soit par attraction des toponymes en Corton dérivés de *Cortis Ottoni,  « domaine royal d’Otton Ier », comme à Aloxe-Corton (C.-d’Or).  On reconnait cependant dans le Cortina originel un dérivé diminutif du latin tardif corte (de curtis) désignant au haut Moyen Âge une petite unité territoriale comprenant une ferme et ses terres, gérées en usufruit par un paysan libre ou bien directement par le seigneur propriétaire.

 

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Les indices

 

■  indice-a-18-07-21Il fallait reconnaitre Jean Tigana, footballeur professionnel ayant foulé, entre autres, le terrain du Stade Olympique Cassis en tant que junior. Mais il était là avant tout en tant que propriétaire d’un vignoble cassidain appelé en toute modestie Dona Tigana.

 

 

 

indice c 20 07 21Il fallait reconnaitre le chanoine Kir qui a mis à l’honneur le célèbre blanc cassis auquel on a donné son nom.

 

 

 

 

 

 

indice b 20 07 21On aura reconnu un mauvais élève coiffé du bonnet d’âne, vu de dos, soit un dos d’âne. Le dos-d’âne, en bosse, est le contraire du cassis, en creux.

 

dos d'âne      cassis

Patieinche !

En attendant dimanche et sa répàladev traditionnelle, je propose à ceux qui l’ont déjà trouvée de patienter en tentant de résoudre cette devinette proposée par TRS.

Je vous la livre telle qu’elle m’est parvenue dans ma boîte :

TRS ADRIFT

ou

Comment la musique cajun peut emmener un pensionné impotent jusqu’à un toponyme T jusqu’à présent inévoqué sur VVLT.

Il faudra en premier lieu en passer par les préliminaires, moment toujours délicieux. Ils seront au nombre de trois :

1.Retour vers un passé récent

TRS, rapport au terme « GOUR », avait évoqué la figure de Christian (Leroi-) Gourhan, l‘un des membres du Grand-mère Funibus Folk, formation éphémère menée par Ben (=Jacques Benhaïm).

TRA, jamais avare de petites vannes, avait trouvé malin de voir un aptonyme. Il pensait évidemment à André Leroi (1911-1988) plus connu sous son nom d’artiste d’amateur de traces et autres gribouillis abandonnés sur des parois innocentes, en milieu cavernicole inconfortable.

André Leroi est devenu Leroi-Gourhan. En se bricolant ainsi un patronyme inédit il a pu en affubler sa descendance.

Sauf que Christian, selon son humeur, se désignait sous diverses signatures :

https://www.discogs.com/fr/artist/1128919-Christian-Leroy-Gourhan

On le retrouve ici, tandis qu’il était encore en vie :

https://www.facebook.com/Ina.fr/videos/264842848507170/

Avant de passer à la suite et à la poursuite du toponyme T, je ne peux oublier de citer un autre folkeux de ces adorables seventies : Yvon Guilcher, spécialisé dans les vents à bec et les danses à la con, accessoirement fils d’un autre ethnologue, Jean-Michel Guilcher.

_____________________

2. Il est temps pour nous tous de reconnaître le rôle de GMFF dans la découverte de la musique cajun par le public d’ici.

En adaptant musicalement (1972) une chanson de Caesar Vincent relativement méconnue dans les bayous même, ils ont permis à Zachary Richard d’en faire une reprise (1977) qui eut un certain succès : je l’ai même entendu la chanter lors d’une Fête de l’Huma’, c’est dire !

Un an plus tard, ce fut au tour de Julien Clerc de la récupérer et d’en faire un tube considérable avec, mentionnés aux crédits, Z.Richard pour la musique et Trad’ pour les lyrics !

Tout ceci est raconté ci-dessous, à partir de 32:00 et dans un anglais que je peine à totalement entraver. Le Brosseur, rallié à ma cause, me fera un digest.

http://vermilionhistorical.com/caesar-vincent-presented-by-folklorist-dr-barry-ancelet/

Mais je vois que l’assistance s’inquiète :

-Et la toponymie, dans tout ça ?

-Pas de souci, on y viendra après la pause-cigarette réglementaire.

________________

3. Bon, reprenez vos cahiers, les enfants, et notez bien ce qui suit.

Le style Cajun ne fut pas qu’un éphémère phénomène et, un demi-siècle après Ben (et aussi Gérard Dole), on peut assister à un concert du Cajun Bouexi Band, le fameux groupe breton hygiéniquement délivré de l’emprise du biniou casse-burnes et la bombarde brise-esgourdes :

https://www.youtube.com/watch?v=YXonoYBI6ME

Et c’est avec cette formation qu’arrive dans les pages de VVLT, la délicieuse commune de La Bouëxière (35 031) qui, de manière anecdotique, tirerait son nom de celui du buis.

On aura compris que le Cajun Boëxi Band est originaire de La Bouëxière. Cependant, moyennant cacheton et défraiement aux kilomètres, il n’hésite pas à se déplacer au-delà même des frontières de la farouche Bretagne. Aux Pays-Bas notamment.

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Après avoir chauffé le public, voici donc la question attendue :

De même que la formation précitée a utilisé le nom d’une localité pour se forger un nom d’artiste(s), un autre groupe d’obédience cajun (mais plus ancien) avait fait de même avec le toponyme T, sa commune d’origine

Ce fut selon la formule suivante, en deux mots :

T + élément du paysage

Un peu comme si l’on avait, à la programmation musicale, PARIS PLAGE ou encore MACHINCOURT CAVEES

Une fois T démasqué, on comprendra mieux la pertinence du point de départ : GMFF et Leroi-Gourhan.

Nègre propose une étymologie rapport à un « sanctuaire gaulois ». Pourquoi pas ?

 

El Burgo de Osma (répàladev)

Personne n’est venu s’ajouter aux trois « solutionneurs » de ma dernière devinette, TRA, LGF et Hibou Bleu.

Il fallait trouver El Burgo de Osma, une ville d’Espagne en Castille-et-León.

el-burgo-de-osma-4

Cité de la tribu celtibère des Arévaques, elle s’est d’abord appelée Uxama, du radical celtique *uxo, « haut, élevé », accompagné du suffixe augmentatif –ama. Cf. le billet consacré à Uxello.

La cathédrale d’El Burgo de Osma, édifiée de1232 à 1784, qui cumule les styles gothique, baroque et néoclassique, est dédiée à l’Ascension de la Vierge.

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Les indices du mardi

indice a 13 07 21  le signe zodiacal du Taureau était censé faire penser à l’Espagne (Espagne, corrida, torero, etc. Olé !).

■  indice b 13 07 21Il fallait reconnaître l’enseigne de Soulac-sur-Mer en forme de sanglier .Je regrettais, dans la présentation de cet objet, l’absence de son jumeau : Soulac-sur-Mer est jumelée à El Burgo de Osma depuis 1988. (Olé aussi).

Les indices du mardi 13/07/2021

TRA, LGF et Hibou Bleu sont déjà venus à bout de ma dernière devinette. Bravo à tous les trois !

Rappel  de l’énoncé :

Eh bien, il vous faudra passer une frontière pour trouver cette ville qui doit son nom au mot du jour.

Ce nom est en quatre mots dont les trois premiers sont très banals : un article, un nom générique sans intérêt et une préposition. Le quatrième mot, de quatre lettres seulement, est celui qui provient d’*uxo.

Parmi d’autres, cette ville doit son existence (et donc son nom) à un peuple pré-romain voué à l’agriculture plus qu’à la guerre et qui à dû se soumettre à un conquérant venu d’ailleurs avant de passer sous la coupe de Rome — qui utilisa ensuite, comme souvent, ses guerriers comme auxiliaires dans son armée impériale.

Cette ville possède une cathédrale dédiée à la maman de Jésus, commencée au début du XIIIè siècle et terminée à la fin du XVIIIè, ce qui explique qu’ elle combine des éléments gothiques, baroques et néo-classiques.

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Un indice ? Rien ne me vient qui ne soit trop simple (ou alors une constellation ?)  … On verra peut-être mardi — mais des mouvements familiaux liés aux vacances estivales risquent de perturber mon emploi du temps, donc je ne promets rien.

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Les indices

■ un symbole — pour le pays :

indice a 13 07 21

■ un objet — mais sans son jumeau ! :

indice b 13 07 21

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr