R.I.P P.S.

C’est pas pour me vanter, mais il y a près de dix ans j’écrivais un billet d’actualité intitulé Ségolène et Vincent, les Max faux frères … qui prédisait l’effondrement du Parti Socialiste.

Dix ans après ( oui, il y a eu un entracte avec un numéro comique hollandais), les faits me donnent raison !

Comment disait-on, déjà ? Ah ! Oui : pschitt !

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Encore des terres agricoles …

Je reviens aujourd’hui à nos champs cultivés

Et aux noms peu connus dont on les baptisait.

La liste en est bien longue et j’ai déjà tout dit ?

En voici quelques uns et j’en aurai fini.

À la fin du servage, il fallut bien trouver d’autres contrats entre seigneur et vilain pour continuer à mettre en valeur les terres.

Les plus connus furent le fermage ( où le loyer annuel, fixe, est payé en argent ou en nature ) et le métayage ( où le loyer est constitué d’une partie de la récolte et donc variable ). Les micro-toponymes en « ferme » et « métairie » sont innombrables et facilement identifiables, donc sans grand intérêt. Quelques autres sont moins connus.

La tenure ou le tènement — du latin médiéval tenatura, tenura (IXè s. toenatura dans un texte de l’Est, 1059 tenura à Marseille), dérivé de tenere, « tenir » — était une concession, à bail précaire et moyennant redevance, de la seule jouissance d’une terre à un paysan qui n’en était pas propriétaire. On trouve presque exclusivement les tenures dans le nord comme La Tenure à Iviers ( Aisne), Hannapes ( Ardennes ), Lacollonge ( T.-de-B.) et à Locquignol ( Nord). Le tènement semble plus présent au sud de la Loire avec une vingtaine de ( Le ) Tènement en Vendée, trois autres à Vieillevigne ( L.-Atl.), Pomarède ( Lot) et Sauveterre-la-Lémance (Lot-et-G.) et un dernier à Forest-Saint-Julien (H.-A.). Ce tènement a fait des petits :

A tenement, a dirty street …

Le nom de la tâche ( du latin taxa, « paiement, travail rémunéré »), « redevance consistant en une part de fruits, souvent un onzième, que le tenancier doit au propriétaire pour des champs obtenus par la mise en valeur de terres vierges », a pu servir, par métonymie, à désigner la parcelle concernée. Que ce soit au pluriel ou au singulier, avec ou sans accent, avec un suffixe diminutif ( La Tachette) ou spécifique ( Tacherie ), etc. ce nom a été très productif sur tout le territoire. Je n’en retiendrai qu’un exemple, au hasard : le climat de La Tâche à Vosne-Romanée ( C.-d’Or).

Notons que le nom gaulois du blaireau, taxon, est à l’origine de toponymes pouvant prêter à confusion comme pour les Tachon ( Gers, etc.) qui sont une référence directe à l’animal ou Les Tachères ( Sav., C.-d’Or, etc ) qui rappellent sa tanière ( cf. aussi ce billet ). Le dictionnaire de l’ancien français de Godefroy nous indique plusieurs orthographes de ce mot à l’entrée tasche parmi lesquelles tachi a donné deux Tachies ( Salies-de-Béarn et Bérenx ( Pyr.-A.) et tasque a fourni sept singuliers La Tasque ( quatre dans le Gers, un dans l’Hérault, dans le Vaucluse et les Bouches-du-Rhône), deux pluriels Les Tasques ( Bouches-du-Rhône et Hérault ) et un diminutif Tasquet ( Lannemezan, H.-Pyr.). Toujours dans le domaine occitan on trouve Les Tascariès ( à Cessenon, Hér.).

L’ensange ( sans doute du latin médiéval d’origine celtique andecinga, « grande avancée [ de pas ] » ) désignait jusqu’aux alentours de l’an Mil un lot-corvée dont le paysan devait s’acquitter comme d’une corvée. Plus tard, et jusqu’au XVè siècle, il a désigné un lot de terre prélevé sur le domaine du maître que le titulaire d’une tenure par exemple devait mettre en valeur et dont le produit revenait intégralement au maître. Le dictionnaire de Godefroy ( qui explique le nom par le fait que cette parcelle devait être enceinte « de haies, de pallis, de treillis ou d’autre clôture » ) nous propose plusieurs orthographes ayant fourni leur lot de micro-toponymes : Ensenges ( 2 pluriels), Ensange ( 32 pl.) et Ansange ( 1 sing., 12 pl. ). Une remarque toute particulière pour le climat En songe de Gevrey-Chambertin ( C.d’Or) dont le nom est une transcription d’« ensange ».

La facende ou faciende ( d’un pseudo-latin faciendus, « devant être fait », forgé sur facere, « faire », qui a donné l’espagnol hacienda, le portugais fazenda, etc.) désignait une métairie ou une ferme le plus souvent louée à mi-fruit, mais sans laisser de trace toponymique. On trouve dans le domaine provençal la facharié et la facharia, « redevance du métayer, d’un domaine loué à mi-fruit ». La francisation de ce dernier nom a donné la facherie ( sans accent ) pour désigner un contrat de métayage souvent employé au Moyen Âge en Provence, notamment par la Commanderie de Ruou ( Var ). La part qui revenait alors au commandeur variait de la moitié à un huitième de la récolte, en relation, semble-t-il, avec la plus ou moins grande fertilité des sols. Tous les frais d’exploitation étaient à la charge du facherius, même les semences. En revanche, il pouvait utiliser, lorsqu’elles avaient subsisté, les corvées qui revenaient à la Commanderie. Il ne subsiste aucune trace de ces facheries dans la toponymie provençale mais on trouve Les Facheries à Montflanquin ( Loiret ) et à Saint-Germain-le-Fouilloux ( Mayenne ). Notons toutefois que certaines des très nombreuses Fache(s) qui désignent en général des friches ( notamment dans le nord et nord-est de la France ) ou des parcelles de terre orientées dans le mêmes sens ( notamment dans les Ardennes ) peuvent avoir été d’anciennes « facendes » ou « facheries ».

Ce fut difficile d’en trouver une, mais voici tout de même une devinette à peu près sur le même sujet :

Une ancienne redevance payée en nature pour une utilisation particulière de terres seigneuriales cultivées ( après la récolte) ou non cultivées a laissé son nom dans l’ouest de la France à une quinzaine de micro-toponymes au singulier et au moins à un au pluriel ainsi qu’à quatre autres avec une orthographe différente. Si le mot est bien attesté dans ce sens dans le Littré, je ne l’ai trouvé dans aucun des autres dictionnaires habituels : il est aujourd’hui sorti d’usage.

Le Godefroy donne, lui, une autre variante orthographique, de même étymologie, mais avec un sens beaucoup plus général ( qui est peut-être à l’origine de quelques uns des toponymes dont il est question plus haut) dont Littré ne retiendra donc qu’une spécialisation.

Quel est ce mot ? Et, si vous le trouvez, vous trouverez aussi quelques uns des toponymes …

Ça c’est l’indice.

Les réponses sont attendues chez leveto@sfr.fr

Californie ( répàladev)

Ma dernière charade introuvable n’a pas été trouvée…

Mon premier me trompe.
Mon deuxième te trompe.
Mon troisième fait comme mon deuxième.
Mon quatrième fait comme mon troisième et mon deuxième.
Mon tout est un des États unis d’Amérique.

Il est donc temps de vous en donner la solution.

Il fallait trouver la Californie.

Mon premier est CAL puisque CAL me ment ( calmement ) ;

Mon second est I puisque I c’est O ( hisse et oh! ) et O te ment ( hautement ) ;

Mon troisième est FOR puisque FOR te ment ( fortement ) ;

Mon quatrième est NIE puisque NIE c’est FOR ( Nicéphore ) et FOR te ment .

Mention spéciale à TRS qui avait trouvé le bon État dans les mauvais tiroirs :

Mon premier est CAL car le « CAL (me) ment » (calmant inefficace?)
Mon second est LI car l’ « I berne » (hiberne)
Mon troisième est FOR car il « fort nique » ( du verbe niquer = entourlouper, avec ici une nuance à caractère augmentatif )
Mon quatrième est NIE car il « abonnit » (du verbe abonnir = tromper sur la marchandise)
Mon tout est donc (et fort possiblement) la CALIFORNIE.

Mise à jour du 25 mai 2019

Pour en savoir plus sur le toponyme Californie, vous pouvez consulter ce billet et poursuivre avec celui-ci.

Londres

À la demande générale de Jacques C., je me suis mis à étudier les noms des villes dans les différentes langues afin d’essayer de déterminer comment et quand ces noms ont divergé. Ma première analyse a concerné Londres, capitale du Royaume Uni d’Angleterre et d’Irlande du Nord ( il y en aura peut être d’autres, mais je ne promets rien !).

Claude Monet -Le parlement de Londres – 1904

Londres fut créée par les Romains au Ier siècle de notre ère ( les premières traces archéologiques sont datées de l’an 43 ) et c’est vers 115 dans les Annales de l’historien romain Tacite que l’on trouve la première attestation du nom sous la forme Londinium qui sera transposée en Londinion vers 150 par le géographe Ptolémée. On trouvera encore la forme Lundinium chez Ammien Marcellin au IVè siècle.

Au milieu du Vè siècle, quand sont arrivés les envahisseurs anglo-saxons, ils ont simplement adopté l’appellation antérieure avec des variantes secondaires. C’est ainsi que du Vè au XIè siècle, en vieil anglais, on trouve de très nombreuses formes, les unes simples, les autres composées : Lundene, Lundune, Lunden, Lundon, Lundenburg, Lundenwic, Lundentum.

C’est à partir du vieil anglais que sont alors formées les formes néolatines Lundenia et Lundonia, cette dernière en 730 chez Bède le Vénérable, qui aboutiront au nom actuel de la ville, London.

Au IXè siècle, le géographe anonyme de Ravenne emploie l’ablatif de lieu Londinis. L’accentuation sur la première syllabe provoquera la syncope de la voyelle brève interne pour aboutir à une forme * Londnis/Londne qui évoluera par différenciation euphonique en *Londris/Londre. C’est de cette dernière forme que procèdent le français Londres, l’espagnol Londres, l’italien Londra.

À défaut d’une étymologie latine ou germanique, on suppose que la première origine du nom de Londres a été brittonique ( celtique ). Mais aucune des étymologies celtiques avancées n’est péremptoire.

Une des plus citées fait venir Londinium d’un anthroponyme *Londinos, lui-même dérivé d’un adjectif *londo, « sauvage ».

Une autre hypothèse fait de ce nom un dérivé du celtique Llyn-din, qui signifie « ville ou fort au bord de l’eau », *lyn étant un mot celtique signifiant « étendue d’eau » et dun désignant une « colline fortifiée, une forteresse ».

D’autres hypothèses ont été proposées mais sans qu’on puisse leur accorder quelque crédit : London serait Lud-ton la « ville » ( vieil anglais tūn, d’où town ) du roi Lud » ou luna-dun, la « colline ( celtique dun ) de la Lune ( latin luna ) » ou d’autres encore.

Mes lecteurs les plus ludophiles me pardonneront l’absence de devinette. Un manque d’inspiration associé au manque de temps en sont la cause. Peut-être mardi ?

Ou alors une charade ( fabriquée du temps où j’initiais mes fils aux charades à tiroirs, c’est vous dire si elle est tordue! ) ?

Mon premier me trompe.
Mon deuxième te trompe.
Mon troisième fait comme mon deuxième.
Mon quatrième fait comme mon troisième et mon deuxième.
Mon tout est un des États unis d’Amérique.

La Lorraine ( répàladev )

Ma dernière devinette a été résolue par la majorité de mes contributeurs habituels. Félicitations à tous!

Il fallait trouver le nom de la Lorraine.

Cette région du Nord-Est, qui comprend la Meurthe-et-Moselle, la Meuse, la Moselle et les Vosges, était une région administrative à part entière avant de fusionner en 2016 avec l’Alsace et la Champagne-Ardenne pour former la région Grand Est. Elle reprend une très grande partie de l’ancien duché de Lorraine.

Lors du partage de l’Empire carolingien par le traité de Verdun en 843, Lothaire II hérita d’un vaste territoire comprenant approximativement les actuels Pays-Bas, la Belgique, la Rhénanie, le Luxembourg, l’Alsace et la Lorraine ainsi qu’une partie de la Bourgogne, la Provence et la Lombardie, l’ensemble formant la media Francia.

L’habitude fut prise, tant par les rédacteurs des Annales que par les scribes des chancelleries royales, d’appeler chacun des nouveaux royaumes par le nom de son premier souverain. La partie échue à Lothaire Ier ( Lotharius ) va être appelée Lotharii regnum, « royaume de Lothaire » ( la plus ancienne attestation date de 884 quand on lit in regno quondam Hlotarii *), que certains écriront Lohier regne d’où est issu le nom gallo-roman de Loheregne ( 1230 ), écrit Lorreine par le chroniqueur Joinville puis Lorraine dès 1302.

Cependant, les populations germanophones vont utiliser un autre moyen de se nommer, en adjoignant au nom de leur souverain, alors Lothaire II, le suffixe -ingen, « les gens de », d’où Lotharingen, dont le pays sera appelé en francique Lotharinga qui prendra le suffixe latin -ia pour donner Lotharingia vers 980. Ce dernier nom deviendra Lotharingie en français semi-savant et Lothringen en Allemand.

Entre le milieu et la fin du IXè siècle, l’appellation s’est réduite au territoire situé au nord des Vosges méridionales, à l’est du Rhin, à l’ouest de l’Escaut. La division en deux duchés, dès le milieu du Xè siècle, conduisit à appeler Lorraine le seul duché de Haute Lorraine dite mosellane, le duché de basse Lorraine étant dès lors appelé Lotharium, d’où le wallon Lothier.

*Le nom Lothaire vient du germanique Hlodar, de hlod, « gloire » et hari, « armée ».

Les villes en -ing

Les lecteurs de LSP auront reconnu dans ce titre un rappel du billet paru sur ce blog le 04 mai dernier dans les commentaire duquel le contributeur qui signe Gus m’interpellait à propos des toponymes terminés en -ing. Voilà ma réponse, certes tardive mais qui a le mérite d’exister.

Ce suffixe -ing, ou plutôt -ingen, est germanique et désignait l’ensemble des personnes vivant dans l’entourage d’un individu. Après les grandes invasions, il a remplacé le suffixe gallo-romain -iacum accolé au nom du propriétaire du domaine.

En raison des différentes prononciations des peuples germaniques qui l’importèrent et des peuples locaux qui l’adoptèrent, ce suffixe a donné en français des terminaisons diverses dont je vous livre ici les plus répandues.

Les royaumes après les invasions barbares

Dans le Nord de la France, zone des Francs saliens, -ingen a donné -ingue comme à Affringues ( P.-de-C., Hafferdinges en 1182 d’après Harifrid), Peuplingues ( P.-de-C., d’après Popilo ) ou, après transformation, Wulverdinghe (Nord, Wulverthinga en 1175 d’après Wulfhard ) ou encore Gravelines ( Nord, Graveninga en 1040, d’après Grawin) etc.

En Lorraine, Luxembourg et dans l’Est de la Belgique, zone des francs Ripuaires, -ingen a évolué le plus souvent en -ange comme à Bertrange ( Luxembourg, Bertingen d’après Berthari ), Morhange ( Moselle, d’après Moricho ), Mondelange ( Mos., Medelinga au XIè siècle d’après Mundilo ), Éblange ( Mos., Ebling en 1606 d’après Ebilo ), etc. Mais on trouve aussi là des formes « pures » comme Dehlingen (Bas-Rhin, Delinguen en 1361 d’après Tailo ) ou Etting ( Mos., Aettingem en 1571 d’après Atto) et les noms cités par Gus sur LSP : Hunting ( d’après Hunto ), Cutting ( Kutto ), Epping ( Eppo ), Alsting ( Adalsidis ), Bébing ( Bobo), Remelfing (Romulf), etc. Notons le cas beaucoup plus récent de Carling, toujours en Moselle, bâti en 1716 sur des terrains concédés par Charles-Louis, comte de Nassau-Sarrebruck, et nommé Karlingen en son honneur.

En Bourgogne, Franche-Comté, Savoie et Dauphiné, -ingen a le plus souvent fourni des toponymes en -ans ou -ens comme Louhans ( S.et-L, ancien Lovingen noté Lauvingum en 915, de Lauba), Mervans ( S.-et-L., de Méroveus), Accolans ( Doubs, de Ascold), Vadans ( Jura, de Waldo ), Ornans ( Doubs, d’après Orno), etc. Mais on trouve aussi quelques toponymes en -ange comme Berthelange ( Doubs, de Bartholf), Bantanges ( S.-et-L, de Bando), Bousselange ( C.-d’Or, de Bucco), etc.

Un enterrement à Ornans – G.Courbet

Enfin, importé dans le Sud-Ouest par les Wisigoths, ce suffixe -ingen a rayonné autour de leur capitale Toulouse, de Carcassonne jusqu’à Agen en passant par l’ouest de l’Albigeois, où il a évolué en -ens/-eins et parfois en -enx/-encs. C’est ainsi que l’on trouve Badens ( Aude, de Bado ), Boussens (H.-G., de Bosso), Maurens (Dord., de Moro ), Giscardenx (Tarn, de Guiscard), Grimaudenx (Tarn, de Grimoald) et bien d’autres parmi lesquels Rabastens (Tarn, de Hratgast) sans lequel la toponymie ne serait pas ce qu’elle est.

Pour finir en beauté et en douceur :

Faute de meilleure inspiration, la devinette de ce dimanche sera facile et devrait permettre à tout le monde de jouer : le nom d’une région française aurait toute sa place dans ce billet. Quel est-il ?

Réponses, que j’espère nombreuses, attendues chez leveto@sfr.fr