L’Iliade et l’Odyssée, qui procèdent d’une longue tradition orale, n’ont été fixées sous la forme écrite que nous connaissons que vers 800 av. J-C. Homère y nomme les sujets du roi Agamemnon de quatre façons différentes : Achéens (Akhaioi), Argiens (Argeioi), Danaens (Danaoi) et Hellènes (Hellènes). On ne sait pas bien à quels territoires ces ethnonymes correspondaient réellement sauf pour les Hellènes, dont le pays, l’Hellade ( en grec Hellas, au génitif Hellados) était le royaume d’Achille, vassal d’Agamemnon, et occupait le nord de la péninsule à l’exclusion du Péloponnèse, ce qui correspond peu ou prou à la Thessalie.

À l’époque archaïque, le nom d’Hellade s’est étendu jusqu’à désigner l’ensemble de la Grèce. Encore aujourd’hui, en grec moderne, Hellada est le nom ordinaire et officiel du pays.
La tradition fait provenir le nom Hellas du mythique fils de Deucalion, Hellen.
La Grèce a été connue de l’Occident principalement grâce aux Romains : il est donc important de savoir comment ils appelaient ce pays et ses habitants.
Laissons de côté les Achīvī, Argīvī et Danaī qui ne sont que des emprunts dans le cadre de la littérature épique et savante.
L’emploi de Hellas ( génitif Helladis) et de Hellēnes est tout à fait exceptionnel : on les trouve chez Pline l’Ancien qui en fait des termes savants.
Graeci est le nom le plus souvent employé en latin pour désigner les Grecs et Graecia pour la Grèce.
Les Romains ont semble-t-il d’abord utilisé les mots Graii, puis *Graici et Graeci pour désigner les populations grecques ou hellénisées vivant à l’est de la mer Adriatique, en Épire et en Illyrie, avec lesquelles le commerce était aisé. Plus tard, ce nom a servi à désigner l’ensemble des Grecs et leur pays.
Mais d’où vient ce Graecus ?
L’hypothèse d’un nom de personne ( soutenue notamment par le Concise Oxford dictionary of World place names) qui ne s’appuie sur rien, n’est pas soutenable.
Il est plus vraisemblable que ce nom ait été emprunté à la langue étrusque de l’Étrurie où creice est attesté sur diverses inscriptions. Le suffixe -c- y est caractéristique de certains ethniques comme rumac pour « romain » et expliquerait le passage de Graii à Graeci.
Pour expliquer Graii, on a fait appel à une racine indo-européenne gra, « vénérable », mais, là, nous atteignons la limite entre science et imagination.
Toujours est-il que de ce Graecus a été dérivé le toponyme Graecia attesté depuis la seconde moitié du IIIè siècle av. J.-C. chez le poète Livius Andronicus, dans un fragment de son Odyssée et que c’est de lui que procèdent les noms modernes de la Grèce dans les langues européennes occidentales : Grecia ( italien, espagnol, portugais), Grèce ( français), Greece ( anglais) mais aussi Griechenland ( allemand) et Griekenland (néerlandais).

Achaïe est le nom d’une région de la Grèce antique dans le nord du Péloponnèse, devenue aujourd’hui un district régional dont le chef-lieu est Patras. Son nom, Akhaia, est une survivance ou un remploi d’un très vieux nom Akhaiwia qui, à l’époque mycénienne, désignait toute la Grèce ou du moins celle des Achéens. Les annales hittites des XIVè et XIIIè siècles av. J.-C. désignent par Ahhiyawa les peuples de l’ouest et du sud de l’Asie Mineure tandis que le pharaon Merenptah appelle Akaiwaša un « peuple de la mer » allié des Libyens qu’il a combattu vers 1200 av. J.-C. Une tablette mycénienne de Cnossos du XIIIè siècle av. J.-C. mentionne, elle, un toponyme Akawija que malheureusement rien ne permet de situer. Cependant, dans tous les cas, ce nom, répandu dans toute la Méditerranée orientale, désignait les Mycéniens et la seule certitude que l’on ait est qu’il n’est pas grec. Sa langue d’origine et a fortiori son étymologie nous sont inconnues.

Argos est aujourd’hui le nom d’une ville dans le Péloponnèse. Il s’agit d’un très vieux mot d’âge mycénien conservé dans certains dialectes actuels et signifiant « terre grasse, fertile, malléable » caractéristique des plaines bien arrosées. Ce genre de plaine est plutôt rare en Grèce. Homère en cite particulièrement deux : l’Argos pélasgique qui correspond à la Thessalie et l’Argos achéenne, aujourd’hui l’Argolide. Il s’agissait là du royaume d’Agamemnon, le centre de la Grèce, ce qui explique qu’Homère a qualifié d’Argiens tous les Achéens, c’est-à-dire tous les Grecs.
Danaens est un autre terme utilisé par Homère pour désigner les Grecs comme étant les descendants du mythique Danaos.