L’Orient bien de chez nous

m_ordre_templier1J’ai parlé dans mon précédent billet de noms importés d’Espagne ou d’Italie pour nommer des villes neuves en France au Moyen-Âge. L’Orient se retrouve aussi dans nos toponymes, importé par les Croisés en hommage aux lieux pour lesquels ils s’étaient battus ou qu’ils avaient simplement découverts à l’occasion des croisades.

Babylonia, ainsi que les Croisés nommaient Le Caire, a été transportée à la grange de Babilonne en 1450, aujourdh’hui Babilaine (Osmoy, Cher).

Bethania, transportée de Palestine, a té plus productif : Baignes-Sainte- Radegonde ( Charente), Behaine ( Marle, Aisne) et Bithaine- et- le Val (Haute-Saône) lui doivent leur nom.

Bethléem a donné Belien (Mazeuil, Vienne) mais n’a pas subi de modifications à Bethléem sur la commune de Château-Landon  en Seine-et-Marne, ancien fief des Templiers dès 1291, et dans d’autres Bethléem ( notamment à Clamecy, Nièvre et Neuvelle en Ferrain, Nord).

Betphagé, beaucoup moins connu, transporté des environs de Jérusalem a donné son nom à Bethphagé (Saint Vérain, Nièvre).

Damiette, que l’on écrivait Damiata au XIIIè siècle a fourni Damiatte (Tarn)

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Débarquement à Damiette de saint Louis

Jérusalem, curieusement, n’a donné qu’un seul Jérusalem, dans la Nièvre sur la commune de Vérain.

Le Jourdain, dont le nom était latinisé en Jordanus, a servi à baptiser un affluent de la rive droite du Rhône, à Culoz dans l’Ain, Le Jourdan. Féminisé en Jordana, ce même nom a été utilisé pour La Jourdane, affluent droit de la Cère, en aval d’Aurillac dans le Cantal.

La série des monts est plus longue, du Mont Cauvaire (Seine-Maritime) qui doit son nom au Mons Calvarii, le « Mont du Calvaire », au Montabot (Manche) qui doit le sien au Mont Thabor, qui a servi aussi à nommer un sommet des Alpes.

On trouve Montaulieu dans la Drôme qui nous vient de Monte Olivo (en 1284), issu du Montem Olivarum, le «Mont des Oliviers», le -au- étant une mauvaise graphie pour -o-. Il en est de même pour Montaulieu ( Arjusanx, Landes) et les Montoulieu (Ariège, Haute-Garonne et Hérault). Ce mont des Oliviers a été plus productif encore, mais il faut bien le chercher dans les noms de

  • Mont de l’If ( Seine-Maritime) qui n’est qu’un Montem Olivarum raccourci en Montem Olivum. L’attraction de l’oïl if explique le passage à Mondelif (1211)
  • Lolif (Manche) était  noté Olivo en 1154 soit un (montem) Olivum mal interprété.
  • Olivet ( Mayenne et Loiret): (montem) Oliveti reprenant un *olivettum, avec suffixe collectif -etum.
  • Champoléon (Hautes-Alpes) noté Campolivus en 1377 puis Champolieu en 1557 ( de l’occitan du nord champ et occitan oliu, olivier). L’attraction de l’occitan leon, « lion », dont le cas sujet était leu a fini par transformer le nom.

J’en aurai fini avec les monts en citant le Mons Peregrinus importé de Tripoli du Liban pour nommer Montpellerin (Montsoreau, Maine-et-Loire) et Montpélégri (fief des Templiers à Grazac, Tarn).

Nazareth, comme Jérusalem, n’a eu qu’un rejeton portant ce même nom sur la commune de Nérac ( Lot-et-Garonne).

Le nom de Pamiers (Ariège), aussi surprenant que cela paraisse, fut lui aussi importé d’Orient après la première croisade. D’abord castrum Appamiae en 1111 et castro Appamiarum en 1129, le nom est devenu Pamias au XIVè siècle. C’est de la phrygienne Apameia Cibotos (aujourd’hui Kelainai, à ne pas confondre avec les autres Apamée)  que Roger II, comte de Foix, rapporta les reliques de Caius et Alexandre qui y avaient été martyrisés en 171, pour les confier à l’abbaye de Frédelas qui devint le noyau de la future ville. Le -A- initial a été compris comme la préposition à et est naturellement  tombé. La francisation à marche forcée a eu raison de la finale -mias devenue -miers, défigurant ainsi le nom de la ville.

roaixRoaix, commune du Vaucluse, était une possession des Templiers. Il s’agit de la transpostion du nom d’Edesse en Syrie, que les Orientaux appelaient alors Er-Roha et les Croisés Roais.

Enfin, on peut citer ici Choulans, nom d’une fontaine et d’un quartier lyonnais, d’abord Siloa Fons, Siolan ( 1388) puis Cholan (1540) du nom de la fontaine Siloe de Jérusalem.

P.S. ( tardif) : j’ai gardé pour un billet ultérieur le nom d’un village français qui a un cousin américain …