Éléphantine

Au centre ville d’Assouan, en Égypte, le Nil est coupé en deux par une île appelée aujourd’hui en arabe égyptien Djeziret Aswān, « l’île d’Assouan », plus connue en Occident sous le nom d’Éléphantine.

Elephantine-vierge-de-tout-hotel-300x213

1912 : Éléphantine vierge de tout hôtel

En ancien égyptien le nom de l’île était *èbu, mot signifiant ivoire. Dans l’ancienne Égypte, l’île était le principal marché où se vendait l’ivoire originaire  aussi bien d’Afrique centrale que d’Inde : c’était l’île « Ivoire ».

Le nom hiéroglyphique de l’île, attesté depuis 2500 avant notre ère, se transcrit 3bw, avec une consonne spirante initiale qui laisse le choix au locuteur de restituer la voyelle. Deux indices ont permis d’établir que cette voyelle était è. Tout d’abord, des inscriptions grecques du IIè siècle av. J.-C. mentionnent le dieu Khnoum, « maître de l’eau fraîche et des crues du Nil » adoré dans l’ile, en le nommant seigneur de Ièb ( avec mouillure secondaire de la voyelle initiale). Ensuite, c’est sous le nom d’èbu que l’ivoire a été exportée dans la Méditerranée par les navigateurs phéniciens. C’est ainsi que les Étrusques l’ont connue dès la seconde moitié du VIIè siècle av. J.-C., alors que Rome n’existait pas encore. C’est l’appellation étrusque *eburne ( avec un suffixe caractéristique) qui est à l’origine de l’adjectif latin eburnus ou eburneus ( quand vous parlez du teint éburnéen d’un visage, vous parlez un peu étrusque!). C’est sur cet adjectif qu’a été formé le nom latin ebur, eboris d’où vient notre « ivoire ».

Au Vè siècle av. J.-C., l’historien grec Hérodote traduit le nom égyptien de l’île, Ebu, par Elephantinē. Il s’agit d’une traduction fidèle puisqu’en grec ancien elephas, au génitif elephantos, désignait aussi bien l’éléphant que l’ivoire. C’est cette appellation qui s’est répandue dans le monde gréco-romain et qui est à l’origine du nom français Éléphantine et  des noms de l’île dans la plupart des langues européennes.

Hotel-Basma-sur-lile-Elephantine-300x225

2012 : Hôtel Basma sur l’île Éléphantine

D’autres îles portent un nom rappelant l’éléphant. J’ai écrit dernièrement un billet à propos d’Éléphanta.

  280px-Elephant_Island_with_Iceberg                  Il existe aussi une île de l’Éléphant en Antarctique, ainsi nommée en 1820 par son découvreur, Edward Bransfield , en raison d’une impressionnante colonie d’éléphants … de mer.

Les toponymes liés à l’éléphant sont bien sûr beaucoup  plus nombreux que ces quelques exemples. On en trouve quelques uns dans des pays où on ne s’y attend pas vraiment ( je pense au Canada, aux États-Unis d’Amérique et … à la France) mais on en trouve beaucoup plus, naturellement, en Afrique comme en Asie. J’y reviendrai.

8 commentaires sur “Éléphantine

  1. Impressionnant… Cent ans après, ils n’y sont pas allés avec le dos de la cuillère.

    En Inde, communément on appelle l’île Elephanta caves.

    J'aime

  2. Rose
    Bien le bonsoir.
    Je ne compte plus les endroits abîmés, détériorés, etc. par le tourisme.
    J’ai déjà dit ici et là mon séjour dans les années soixante-dix finissantes à Marie-Galante. Un seul hôtel de cinq chambres à l’époque, tenu par un couple improbable d’allemand et de suédoise. Ce sont eux, et non leurs clients!, qui sont partis à la cloche de bois, rattrapés sans doute par le fisc ou par leur propre désir d’aller voir ailleurs, nul ne le sait. Un matin, ils n’étaient tout simplement plus là.

    Aujourd’hui, on ne compte plus le nombre d’hôtels sur l’île. Pour le meilleur ou pour le pire?

    J'aime

  3. Jsp
    effectivement, quand on voit ce qu’est devenu aujourd’hui ce petit port de pêche!
    Ce n’est sans doute pas à vous que j’apprendrai que Yokohama signifie « le rivage, la côte » ( hama ) « à côté » ( yoko ). Mais à côté de quoi? De la grande ville, pardi!, de Tokyo! Aujourd’hui, avec Tokyo et Kaxasaki, Yokohama forme la métropole la plus peuplée du monde … On y trouve difficilement le sable et la plage sous les hôtels.

    J'aime

  4. Le kanji 浜 hama (peut aussi être prononcé HIN dans certaines compositions) comporte à gauche 3 petits traits qui indiquent le rapport avec l’eau et signifie rivage, bord de mer, plage
    Le kanji 横 yoko (peut aussi être prononcé OO dans certaines compositions) signifie côté, flanc, horizontal
    Les prononciations indiquées en minuscules sont celles d’origine japonaise, et lorsque la langue japonaise a été écrite avec les signes chinois importés, les prononciations chinoises ont été importées avec et on les note en majuscules.
    Pour Kawasaki, 川 = rivière (les traits coulent vers le bas) prononcé kawa ou gawa et 崎 = cap , pointe prononcé saki ou zaki
    Tôkyô ,東 = est, orient prononcé TOO (higashi à la japonaise) et 京 = capitale prononcé KYOO . En général, on ne mélange pas dans un même mot la prononciation japonaise et la prononciation chinoise ; de même qu’en français les racines grecques vont ensemble et les racines latines ensemble , par exemple hydro/phile et aqua/culture. Sauf que nous n’écrivons pas hydro/aqua/ avec un seul et même signe qui représente l’eau ou l’idée de l’eau, avec un certain nombre de traits inscriptibles dans un carré!
    Yokohama est aujourd’hui dans la même conurbation que Tôkyô, mais c’est récent, il y a une bonne quarantaine de kilomètres entre le vieux Tôkyô autrefois appelé Edo ( 江 e = la baie et 戸 do = la porte > la porte de la baie) et l’ancien centre de Yokohama.
    L’ancienne capitale Kyôto est 京 KYOO capitale et 都 TO métropole > capitale métropole, le pléonasme soulignait la magnificence de cette ville.

    J'aime

  5. Lu cet après-midi : « Les tortues éléphantines d’Aldabra, Dipsochelys elephantina, sont élevées depuis très longtemps à Maurice. » (Staub, p. 87.) Ces tortues éléphantines pourraient constituer une transition permettant de passer sans hiatus de l’éléphant à la tortue, laquelle a bien dû elle aussi laisser quelques traces dans la toponymie.

    Avant de poursuivre avec le lièvre ?

    J'aime

  6. C’est le privilège de l’âge (le sien ou celui de ses parents…) ou du goût de l’aventure ou du risque ? (par exemple aller dans une Egypte désertée pendant la Guerre du Golfe) d’avoir connu de fabuleux endroits alors qu’ils étaient encore presque déserts et que le tourisme de masse n’avait pas encore été inventé, mais ne faut-il pas permettre au plus grand nombre de voir ces fabuleux endroits ? Encore que je sois dubitative sur l’intérêt que l’on peut éprouver à visiter « à la galope » et au milieu de la foule sinon le plaisir dire à ses connaissances, photos à l’appui : j’ai fait l’Egypte, la Grèce, le Pérou, etc. (j’ai déjà rencontré des gens d’un âge certain qui ne savaient plus où passer leurs vacances car ils avaient tout fait (!) et refusaient d’aller deux fois au même endroit…)

    Je suis consternée par cet hôtel qui défigure l’île Eléphantine mais il ne s’agit pas du Basma mais du Mövenpick.

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s