Le pluriel latin cancelli, qui désignait des « barreaux, treillis, balustrades », est à l’origine de l’ancien occitan cancèl/chancèl qui a désigné des réalités identiques : clôture du domaine proche de châteaux et d’abbayes, mais aussi herse de portes de villes, grille ceinturant le chœur d’une église, etc. Au Moyen Âge, cancel a pu aussi parfois désigner un quartier clos de confinement, notamment pour les Juifs, comme le Cancel de Genève, lieu de résidence obligatoire pour les Juifs de 1428 à 1490.
Le verbe chanceler a d’abord eu le sens de disposer des barreaux ou un treillis, une clôture. Son participe passé a également donné lieu à un dérivé occitan cancelada/chancelada désignant l’étendue de la terre enclose, chancelée.

Plusieurs communes portent des noms issus de cette racine. Il s’agit, en domaine d’oïl, de Chanceaux (C.-d’Or, Cancellis en 841), de Chanceaux-sur-Croisille (I.-et-L, villa Cancellis au Xè siècle), de Chanceaux-près-Loches (I.-et-V., Chanceos au XIIIè siècle) et de l’ancienne Chanzeaux (M.-et-L., Concellis vers 1080 et de Cancellis en 1150 – et non, pas de boucherie ici), aujourd’hui dans Chemillé-en-Anjou. En domaine d’oc, il s’agit de Chancelade (Dord., Chanselada en 1233) et de Champcella (H.-A. , Chanselata au XIIIè siècle, puis attraction de champ).
C’est bien entendu dans la micro-toponymie qu’on retrouve le plus grand nombre de dérivés de cancel/chancel.
Chancel est ainsi représenté une cinquantaine de fois contre moins de vingt pour Cancel. La plupart du temps, il s’agissait d’une grille, d’une clôture marquant une limite mais, on l’a vu, il pouvait aussi s’agir de la porte d’une ville comme la Porte du Cancel ou du Cancèu, à Beaucaire (Gard). Aix-en-Provence (B.-du-R.) et Les Vans (Ardc.) ont une rue du Cancel. Les noms de familles Cancel ou Chancel peuvent aussi bien désigner le préposé à la fermeture et à l’ouverture de la porte de la ville qu’un nom de lieu d’origine. Il en est de même pour le nom du Chancelier qui pouvait n’être qu’un huissier ou un garde des sceaux et dont on retrouve le nom dans quelques lieux-dits Chancelier, dans une vingtaine de Chancelière et Chancellière ou encore dans une vingtaine de Chancellerie, tous marquant la propriété d’un nommé Chancel ou Chancelier ou bien l’endroit où étaient conservées les clefs et les sceaux de la ville. Sur Cancel ont été formés les équivalents Cancelle, Cancelier et Cancelière, également à l’origine de quelques toponymes. On ajoutera le nom chancerelle, formé par dissimilation du l en r, désignant la petite grille protégeant l’entrée d’une habitation, d’où le lieu-dit Chancerelle à Linxe (Landes) et le patronyme Chancerelle, bien connu des amateurs de sardines en boîte.
Les noms de lieux formés sur le participe passé, pour désigner une terre enclose, sont également présents sous plusieurs formes. C’est ainsi qu’on trouve une dizaine de Chancelée en Charente-Maritime, Deux-Sèvres, Indre-et-Loire, Indre et Loir-et-Cher, quelques Chancelé dans le Centre-Val-de-Loire, accompagnés par quelques Cancelade en Aveyron, Cantal, Bouches-du-Rhône et Var et plusieurs Chancelade en Dordogne, Corrèze, Puy-de-Dôme (dont l’Étang de Chancelade, entre Charensat et Montel-de-Gelat), Lozère et Haute-Loire. On rajoutera à cette liste quelques noms comme Chancelay (à Bessey-la-Cour, C.-d’Or, Cancelladus en 852 ; à Pleumarin, Vienne etc.) Chancelaye (à Barcelonnette, A.-de-H.-P.), Chancelas (Ubaye-Serre-Ponçon, A.-de-H.-P.). Ayant subi l’attraction de champ, on trouve les noms de Champcel (Artonne, P.-de-D.), Champcella (Saint-Chaffrey et La Salle-les-Alpes, H.-A.), Champcelas (Ubaye-Serre-Ponçon, A.-de-H.-P.) et Champcelée (Suilly-la-Tour, Nièvre).

L’Étang de Chancelade : vaut le détour.
Plus rares, des diminutifs apparaissent dans des noms comme Chancelet ( Neuville et Youx, P.-de-D. ; Domérat, Allier), Chancelettes (Arzenc-de-Randon, Loz.), Cancelet (Saint-Geniès, Dord. ; Moidieu-Détourbe, Is.), Cancelette (Marcelcave, Somme), Chancelot (Courcelles-en-Montagne, H.-Marne ; Sainte-Sabine, C.-d’Or), Chancelotte (Loches-sur-Ource, Aube) ou encore Chancelin (Baugé-en-Anjou et Le Vieil-Baugé, M.-et-L. ; Curtil-sous-Burnand, S.-et-L.) et Chanceline (Flassans-sur-Issole, Var) etc. Tous ces noms peuvent également être des noms de familles.

La devinette
Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine lié au mot du jour. Il apparait quatre fois dans le fichier officiel FANTOIR, mais je ne vous parlerai que de deux d’entre eux pour lesquels nous disposons des formes anciennes du nom qui rendent leur étymologie indubitable.
█ La commune C1 porte le nom d’un saint accompagné d’un nom relatif à une ancienne étendue d’eau.
Le nom du bureau centralisateur du canton BC1 fait référence aux murs qui en ceignaient la motte castrale originelle. Il est accompagné d’un adjectif relatif à une partie de ses habitants.
Le nom du chef-lieu d’arrondissement A1 est issu de la forme du domaine d’origine.
█ La commune C2 doit son nom à celui d’un homme latin.
Le bureau centralisateur du canton BC2 chef-lieu d’arrondissement A2 porte le nom d’un saint accompagné de celui de son relief principal.
♦ Un indice pour A1 et BC2 A2

♦ Un indice pour BC1

♦ Un indice pour C2

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