Le chanvre

Je vous propose aujourd’hui un petit billet — il ne faut pas abuser des bonnes choses — consacré au chanvre.

Domestiqué par l’Homme depuis le néolithique en Asie, le chanvre s’est ensuite rapidement répandu et a été cultivé et utilisé pour ses fibres (textile, huile, papier, cordages …) sur tous les  continents.

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Le latin cannabis vient directement du grec κάνναβις, kánnabis, mais avant cela, l’histoire est plutôt obscure. Elizabeth Wayland Barber, archéologue et linguiste spécialisée dans les textiles, a proposé que le mot soit issu d’une racine pré-indo-européenne, *kan(n)aB-, et que les Grecs prirent leur terme des Scythiens ou des Thraces. Une étymologie sémitique a été également proposée. (wiki)

Quoi qu’il en soit, le latin populaire canapus, forme altérée du latin classique cannabis, est à l’origine de notre chanvre, de l’occitan caneba, cambe ou cambre et d’autres formes locales.

Les noms de communes

La forme du toponyme la plus répandue est chènevière, « champ de chanvre » (latin *cannabi-aria). C’est elle qui est à l’origine des noms de Chènevières (M.-et-M.), de Chennevières (aujourd’hui dans Chanteraine, Meuse), Chennevières-lès-Louvres (Val-d’Oise) et Chennevières-sur-Marne (Val-de-Marne) ainsi que de Canavaggia (Haute-Corse). Le nom de Chenevrey-et-Morogne (H.-Saône) semble être le franc-comtois chenevrai, « chènevière ». Nous avons croisé le nom d’Echenevex (Ain, Eschenevay en 1390) dans ce billet. Le diminutif en –ella de cannabis a donné son nom à Chenevelles (Vienne).

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Chennevières-lès-Louvres

Le même latin cannabis a aussi fourni la forme charve (attestée en Saintonge), à l’origine de Cherves (Vienne, vicaria Kanabinsis en 936 puis Charva en 1161), Cherves-Châtelars et Cherves-Richemont (Char.). Le diminutif se retrouve dans le nom de Chervettes (aujourd’hui dans La Devise, Ch.-Mar.) et le pluriel dans celui de Cherveix-Cubas (Dord.).

La forme de langue d’oïl chambe, chanve, chanvre a donné Chamvres (Yonne) tandis que son équivalent normand a donné La Cambe et Cambes-en-Plaine (Calv.). Le nom de Champoux (Doubs), noté Champvo en 1392, pourrait être issu de l’oïl chenevot, chanvrotte, au sens de chènevière.

La forme équivalente de langue d’oc cambe se retrouve dans les noms de Cambes (Gir., Lot et Lot-et-G.) et sans doute dans celui de Camboulazet (Av.) qui serait un diminutif  de cambolàs (cf. plus bas les micro-toponymes correspondants).

Les noms de lieux-dits

Les lieux-dits portant un nom lié au chanvre sont innombrables, témoignages de la culture omniprésente de cette plante. Je vous en livre quelques exemples, sans prétendre être exhaustif.

Les formes les plus courantes sont, comme pour les noms de communes, du type cannabi-aria : Chenevière(s), Chennevière(s), etc. et leurs équivalents en pays de langue d’oc Canabière(s), Cannebière(s), etc. On trouve aussi des formes légèrement différentes comme Chenevier ou Chenebiers en Dauphiné.

La célèbre avenue marseillaise, La Canebière, rappelle les chènevières qui occupaient les marais bordant, au Moyen Âge, le fond du Vieux Port ; le chanvre y était filé sur place et alimentait les corderies installées en ce même lieu. Un ruisseau de l’Hérault, à Mireval, s’appelle La Canabière.

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Une autre forme collective a fourni des noms comme Chenevée à Belleau (M.-et-M.) ou Chenevois à Assay (I.-et-L.). Le collectif occitan *canabòl a donné Canabols à La Loubière (Aveyron) tandis que la forme cambe, dérivée en cambol et cambolàs (qui désigne aussi une toile métisse de laine et de chanvre) a donné lieu à une série de toponymes comme Camboula et Camboularet à Pont-de-Salars (Aveyron), Camboulan à Ambeyrac (id.), etc. La forme occitane plus rare candi (issue de la dissimilation mb- en –nd) se retrouve dans Les Candinières à Castries (Hér.).

La forme occitane carbe (produit de l’évolution de can(e)be en carbe) est à l’origine de la Carbière à Verlhac-Trescou (T.-et-G.) ainsi que de Charbet à Hauteluce (Sav.) avec le collectif -et (du neutre latin –etum).

Une particularité franco-provençale se voit dans Chenevet à Cordelle (Loire), formé du nom du chanvre chevèn, issu par métathèse de cannabis et du suffixe collectif -etum ; le diminutif avec -ellos se retrouve dans Chenevoux à Bussières (id.)

Dérivé du latin vulgaire canaputium, lui même de canapus, « chanvre », la forme chenevuis a donné « chènevis » qu’on retrouve  dans quelques micro-toponymes, dont une Pile Chènevis à Yvrandes (Orne). 

Si on trouve une Chenevières  à Neufchelles (Oise), la variante dialectale picarde Quennevières existe à Moulin-sous-Touvent (id.).

Le breton kanab a laissé sa trace dans des noms comme Kanabeg, « chènevière », avec des francisations abusives en Canapé ou Canapet, ou Pour-ar-C’hanap ( « la mare au chanvre », sans doute le bassin à rouir), Kerganaben (« le hameau du chanvre »), etc. Dans le sud de la Basse-Bretagne, le mot kouarc’h se substitue parfois à kanab pour donner des noms comme Kergouarc’h (« le hameau du chanvre »), Botcouarc’h (« la touffe » ou « la demeure du chanvre »), etc.

 

Le dessin du blason est issu du site l’Armorial des villes et villages de France, avec l’aimable autorisation de son auteur, Daniel Juric.

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Les devinettes

Je vous propose aujourd’hui de découvrir trois noms de communes de France métropolitaine liés au chanvre.

Trois noms, que je désignerai par T1, T2 et T3, qui sont très proches (et c’est bien parce qu’ils forment une sorte de lot que je ne pouvais pas en donner un ou deux dans le billet et vous en faire découvrir un ou deux autres, c’eut été trop facile !) :

  • ils commencent par les cinq mêmes lettres — liées au chanvre, donc ;
  • T2 ne diffère de T1 que par le doublement de l’antépénultième lettre, une consonne ;
  • T3 voit cette consonne remplacée par un couple de deux autres consonnes différentes.

Les trois communes sont situées dans trois départements différents et séparées par les  distances suivantes (par la route) :  T1 – 58 km – T2 -240 km – T3 – 182 km – T1.

Un marin d’origine grecque byzantine, qui se livra à des activités de corsaire pour des rois de France, acquit le château de T3 et y installa la sépulture familiale.

Un prêtre dominicain natif de T2 est mort en mer en tentant d’échapper à la fin d’un royaume chrétien du Levant.

Du côté de T1 ? Rien.

Un indice ? À ma façon, alors !

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Réponse attendue chez leveto@sfr.fr