Les indices du mardi 09 septembre 2025

Un Intrus et LGF, qui ont failli tomber à l’eau, ont malgré tout déjà trouvé la bonne solution à ma dernière devinette. Bravo à tous les deux !

L’énoncé était le suivant :

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine lié aux mots du jour [gorce ou gorse].

La commune qui l’abrite doit son nom à une vieille racine oronymique tombée dans l’attraction d’un mot gaulois désignant un relief étudié dans un billet de ce blog.

Le bureau centralisateur du canton doit, lui, son nom à une cavité.

■ un premier indice, concernant la commune :

■ un deuxième indice, concernant le canton et, plus généralement, la région :

Les indices du mardi

■ Le premier indice ci-dessus concerne plus précisément un ancien établissement accueillant les voyageurs passant par la commune.

■ pour compléter le deuxième indice ci-dessus, je vous offre celui-ci :

■ et un dernier, pour le canton :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Gorce ou gorse

Le gaulois gortia (de l’indo-européen *gher, qui évoque l’idée de « hérisser ») a d’abord désigné un fourré plus ou moins épineux, puis la haie entretenue autour d’un enclos, puis par métonymie le jardin ainsi clos lui-même, le hort (d’où vient notre « horticulture »). En sont issus le vieux français gorce, « haie vive, taillis » et l’ancien français gort du Centre et du Centre-Ouest de la France, desquels ont rapprochera l’irlandais gort, « enclos », le gallois garth, « hallier », le grec khortos, « lieu enclos, enceinte » chez Homère, et les latins cohors, –tis, « enclos, cours de ferme » et hortus, « jardin », repris en basque sous la forme ortu.

C’est au premier de ces termes, écrit gorce ou gorse, et à sa présence en toponymie, que je m’intéresse aujourd’hui.

Le Pégorier (GTD*) donne pour gorce le sens de « châtaigneraie » dans le Centre et en Saintonge  (sans doute parce que les châtaignes sont hérissées de piquants) et, pour gorse, celui de « haie autour d’un champ », dans le Limousin et en Dordogne. Il en signale les variantes gource, « buisson épais », gorso et gorsse. Mais ces sens ne sont pas les seuls avérés. Dans le Berry, gorce a pu par exemple avoir le sens de fourré ou buisson ; en Limousin, ce terme a pu aussi désigner, par extension, des terres pauvres dites « ingrates », des lieux de décombres, de pierres et mauvaises herbes, bref, tout le contraire du jardin enclos et productif, nous explique Mistral (TDF*). C’est pourquoi j’en parlais succinctement dans un billet consacré aux « incultes utiles ».

On connait également les bretons garzh, « haie, clôture », et korz, qui ne désigne plus aujourd’hui que les roseaux ou la roselière (à rapprocher de l’anglais gorse, « ajonc »), qui sont  issus de ce même celtique gortia, mais qui ne feront pas partie de mon billet (peut-être un autre jour, qui sait ?).

Sale gorce !

Gorce

C’est la forme gorce qui est la plus répandue en toponymie. On la retrouve notamment, avec agglutination de l’article, dans le nom Lagorce de deux communes d’Ardèche (Lagorsa au XIIè siècle, Gorza en 1247) et de Gironde (de Gorcia en 1171). Le nom de Gorcy (M.-et-M.), attesté Gorceium au XVè siècle, peut être compris comme un *gortia-acum, « le domaine de la haie » ou Gortio-acum, « le domaine d’un gaulois nommé Gortios », c’est-à-dire Delahaie… (NLCEA*).

Les noms de lieux-dits du type (La ou Les) Gorces(s) sont de loin les plus nombreux et peuvent être munis d’adjectifs (Grande, Petite, Nouvelle, Vieille Gorce …) ou de compléments. On signalera par exemple la Gorce Nègre (Hautesvignes, L.-et-G.), la Gorce aux Femmes (Celon, Indre), la Gorce aux Filles (Thenay, id.), la Gorce aux Prêtres (Tendu, id. – Honni soit qui mal y pense !) etc. On notera Les Gorcias (Vollore-Mortagne, P.-de-D.) qui se rapprochent le plus  de la forme originelle.  L’agglutination de l’article est, là aussi, à l’origine d’une quinzaine de Lagorce (Corr., Dord., Gir., Lot, L.-et-G., H.-V.). Sous forme de noms composés apparaissent les noms de Malgorce (Saint-Martin-Valmeroux, Cantal) et de Longegorce (Cazillac, Lot).

Les diminutifs sont représentés par La Gorcette (Baraize, Indre ; Saint-Julien-le-Petit, H.-V.) et Les Gorcettes (Saint-Bonnet-le-Bourg, P.-de-D.) ainsi que par La Gorcille (Cuzion, Indre ; Saint-Amand-Magnaneix, H.-V.). 

Les collectifs se retrouvent dans La Gorcière (Lathus-Saint-Rémy, Vienne) et Les Gorciers (Bélâbre, Indre) ainsi que, avec la finale –eix propre au Limousin, dans Gorceix ou Lagorceix, une douzaine de lieux-dits dans la Creuse et la Haute-Vienne.

La variante gource, signalée dans le Pégorier (GTD*) avec le sens de « buisson épais » a été peu productive mais on la retrouve néanmoins dans La Gource (Ravel, P.-de-D.), Les Gources (Juillé, Char.), La Gourcette (Gioux, Creuse etc.), Les Gourcelles (Ceilloux, P.-de-D.) etc.

Enfin, par passage du lieu à l’habitant, ces noms ont pu devenir noms de famille, d’où les lieux-dits Chez Gorce (Champagnat et Gentioux-Pigerolles, Cr. ; Ravel, P.-de-D.), Domaine de Gorce (Abzac, Char.) etc. D’où aussi le nom de la Chaîne La Gorce, en Antarctique, nommée en 1929 en l’honneur de John Oliver La Gorce, alors vice-président de la Société Nationale de Géographie étatsunienne.

Gorse

Comme la précédente, cette forme a fourni son nom à une commune, Gorses (Lot, Gorsias au XIè siècle).

Ce sont, bien entendu, les noms de lieux-dits du type (La ou Les) Gorse(s) qui sont les plus nombreux, parfois accompagnés d’adjectifs ( Longue, GrandeGorse) ou de compléments : Gorse de la Chapelle (La Chapelle-aux-Brocs, Corrèze), Gorse du Gay (Azerables, Cr.), Gorses à Vergne (Gargilesse-Dampierre, Indre) etc. L’agglutination de l’article a donné là aussi six Lagorse, tous en Corrèze.

En Haute-Vienne apparait à trois reprises le collectif Gorseix, mais une seule fois Las Gorseis, tandis que leur équivalent *gorsiers ne semble pas exister.

On trouve également plusieurs Gorsas (Allassac, Albussac, Corr ; Rilhac-Lastours, H.-V.) et Le Gorsas (Châteauroux-les-Alpes, H.-A.),  Gorsat (Lagraulière et Seilhac, Corr.) ou encore les collectifs La Gorsade (Châteauponsac et Saint-Martin-le-Mault, H.-V. ) et Les Gorsades (Anzême, Cr.).

Des noms composés se retrouvent dans Malegorse (Camburat, Lot), Malagorse (Cuzance, id.), Malgorse (Saint-Martin-Sepert, id.), Mallegorse (Royèere-de-Vassivière, Cr.), Maligorse (Sanvensa, Av.), tous de « mauvaises haies ». Gorseval (Limeuil, Dord. – En Gorsabal en 1450) est la « vallée buissonneuse ».

La variante gorsse, donnée comme synonyme de gorse, « haie autour d’un champ », dans le Pégorier (GTD*) a donné son nom à plusieurs (La ou Les ) Gorsse(s) en Nouvelle-Aquitaine et Occitanie et aussi à La Gorsse (Châtillon-le-Désert, H.-A.), ainsi qu’à Malagorsse (Camburat, Lot) et à Lagorsse (saint-Viance, Corr.). 

La variante gourse apparait à très peu d’exemplaires comme au Gourse (Lamenay-sur-Loire, Nièvre), au Gourset (Saint-Yorre, Allier), Gourseix (Saint-Merd-la-Breuille, Cr.) etc. On trouve aussi les diminutifs Goursolle (Faux-Mazuras, Cr. ; Rosiers-d’Égletons, Corr.) et Goursolles (La Salvetat-sur-Agout, Hér. ; Lacelle, Corr. ; Étriac, Char.). À cette forme gourse peuvent également se rattacher les noms de Goursac (une dizaine en Charente et Dordogne) et Goursat (une vingtaine en Corrèze, Creuse, Dordogne et Puy-de-Dôme – avec passage de la finale –ac à –at), qui, comme Gorcy vu plus haut, sont d’anciens *gortiacum, « domaine de la haie » ou « domaine de Gortios ».

Pour finir, mentionnons le nom de Gorze (commune de Moselle – Gorzia en 765 et Gorze dès 1302) et des lieux-dits drômois Les Gorzes (Valherbasse et saint-Bonnet-de-Valclérieux) — à ne pas mélanger avec les nombreux gorz– bretons !

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

La devinette

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine lié aux mots du jour.

La commune qui l’abrite doit son nom à une vieille racine oronymique tombée dans l’attraction d’un mot gaulois désignant un relief étudié dans un billet de ce blog.

Le bureau centralisateur du canton doit, lui, son nom à une cavité.

■ un premier indice, concernant la commune :

■ un deuxième indice, concernant le canton et, plus généralement, la région :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Incultes utiles ( deuxième partie )

Je poursuis mon exploration des terres incultes, mais néanmoins exploitées pour le peu qu’elles pouvaient offrir, commencée ici.

  • Le savart était une sorte de lande inculte, très commun jadis en Champagne mais aujourd’hui disparu depuis la rénovation agricole. Son étymologie est incertaine, même si on a pu la rapprocher du celte samaro au sens d’été, donc de jachère. Les noms en Savart, Savarts, Savaret, Savary …  sont fréquents dans différentes régions, ainsi que Sabart ( Ariège ) ou Sabarthès ( Sud-Ouest et Aude) avec généralement le sens de friche plus ou moins broussailleuse.

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    Ben oui, forcément …

    En Champagne, le thym serpolet, caractéristique du savart, y était appelé pouillot, un mot que certains voient à l’origine du nom de la Champagne Pouilleuse, avant que ce terme ne devienne péjoratif. Il existe, de la Champagne à la Beauce, plusieurs douzaines de Buisson Pouilleux, des Pré Pouilleux, des Champ Pouilleux, etc.

  • les broussailles constituent une autre forme de terres incultes fort présentes en toponymie dans des noms comme Brousse, Brosse, les Brosses, Labrousse, etc.,  des altérations comme Bours, Bourses, etc. ou des augmentatifs comme Brossart, Broussard, etc. L’étymologie en est discutée. On pense généralement à un indo-européen bhr -bhrem, « saillant, piquant » cf. le latin brocchus de même sens. Certains ont fait un rapprochement avec ce qui se broute par proximité avec d’anciens brost, broust désignant des repousses ou des rejets d’arbrisseaux. Des toponymes comme Broust, Broué, Brouel, Broteux, Brotteaux, etc. pourraient venir de brousses à brouter. Le breton killi a le sens de broussaille et se retrouve dans les noms comme Le Quillio et les nombreux Quillou, Quillou Braz, Quillou Bihan, Quillou Ménez, Quignac, Quillen et des composés comme Quilihuel ( le haut bosquet) ou Quilgwern ( avec verne ), etc.
  • le breuil, toujours dans le même esprit de broussaille ou buisson, est lui aussi relié au celte broglio, « petit bois » et au latin brocchus. Dans un sens restreint, il a désigné un enclos de pacage boisé, généralement une réserve seigneuriale de gibier, d’où les innombrables Breuil, Breilh, Breil, Brouilh ( cf. Brouilh-Monbert, Gers ), Bréal, Bruel … mais aussi Brouilla en catalan et Broglie à partir de l’Italie.
  • les buissons sont à l’origine de très nombreux toponymes comme Buisson ( Vaucluse), Le Buisson ( Lozère, Marne), Le Buisson-de-Cadouin ( Dordogne). Buisson serait un dérivé de bois plutôt que de buis, mais les deux termes sont de toute façon de la même famille. Dans le même sens, le breton utilise bod, bot comme à Botquélen ( buisson de houx ), Bod Spern ( buisson d’épines ) mais ces termes peuvent se confondre avec bod, « lieu habité » ou bot, « talus, digue ».
  • le fourré est un cousin de fourreau ( cf. germanique fodr ) avec l’idée de fourrer, garnir, tasser : il s’agit d’un lieu de végétation dense, difficile à pénétrer, d’où les toponymes comme Fourré, les Fourrés, Fouroux, etc. et les pléonastiques Buisson Fourré ( à Charrin, Nièvre ) ou les Bois Fourrés ( à Dangers, Eure-et-Loir). De la même façon, le latin spissus ( grec spidhos ), « dense, serré, dru », est à l’origine des Épeisse, Épaisse, Espesse, Espeche, Esposse, Époisses, Époiches, etc. très fréquents en Bourgogne. Une confusion est toutefois possible avec l’épicéa et sa pessière.
  • Gorse ou gorce ont désigné eux aussi, surtout dans le Midi, des fourrés et buissons et nous offrent un de ces glissements sémantiques qui font le charme de la toponymie. Apparentés au gortia celte ( lui-même issu de l’indo-européen gher ) qui a désigné d’abord un fourré plus ou moins épineux, puis des haies entretenues autour d’un enclos, puis par métonymie le jardin ainsi clos lui-même, le hort ( d’où vient l‘horticulture). D’où les très nombreux toponymes ( et patronymes ) tels que Gorses, Gorze, Gorcy, Gos, Lagorce … communs de l’Auvergne à la Gironde. On retrouve aussi ce sens de fourrés ou buissons dans le Berry : l’Indre a ainsi  la Gorce aux Femmes ( à Celon), la Gorce à la Vieille ( à Vigoux ) etc. En Limousin, ce terme a pu désigner, par extension, des terres pauvres dites « ingrates », des lieux de décombres, de pierres et mauvaises herbes,bref, tout le contraire du jardin enclos et productif.

( Fin de la deuxième partie …)

fleuron1La voici, la voilà :

On a vu que le thym serpolet, dit pouillot, est à l’origine de quelques toponymes.

Une autre plante caractéristique de ces terres incultes, utilisée elle aussi comme condiment, a porté un nom régional qui a donné celui d’un village aujourd’hui disparu  mais qui subsiste dans celui de trois communes voisines.

Quel est ce nom ?

Je précise préventivement que d’autres étymologies ont été proposées pour ce toponyme, à base d’animaux sauvages ou d’un patronyme germanique, mais semblent plus douteuses.

Un indice ?

Un homonyme sera fêté en Belgique le premier week-end d’octobre.

Ah ? Vous auriez préféré une chanson ?  Voilà :