Les indices du mardi 10 septembre 2024

Personne n’a encore résolu ma dernière devinette.

L’énoncé en était le suivant :

Il vous faudra trouver un oronyme de France métropolitaine lié à un des mots du jour [*pal- et *pel-] accompagné d’un mot signalant une hauteur dans la langue régionale. Ce toponyme s’écrit en un seul mot, sans trait d’union.

Le nom de la commune qui l’abrite fait référence à la pauvreté de la végétation, à son terrain plutôt inculte.

Le nom du canton fait référence au relief caractéristique du pays. La première partie du nom de son chef-lieu était censée rebuter d’éventuels assaillants.

Dans la langue régionale, la première partie du nom du chef-lieu d’arrondissement indiquait qu’il s’agissait d’un domaine, d’une ville.

■ un indice pour la commune :

indice a 08 09 2024

■ un autre pour le chef-lieu d’arrondissement :

indice-c-08-09-2024

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Les indices du mardi

■ le premier indice ci-dessus concerne ce qui a, un temps, fait la richesse de la commune.

■ pour le lieu-dit lui-même :

indice b 10 09 2024_

■ pour la région :

indice a 10 09 2024

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Pal- et pel-

Je m’intéresse aujourd’hui à la racine pré-indo-européenne *pal– et à sa variante *pel-, plus productive de toponymes comme on le verra. Ces racines ont été mises en évidence par les précurseurs italiens de la toponymie comme Alfredo Trombetti (Saggio di antica onomastica mediterranea, 1925) ou Nino Lamboglia (I nomini dei comuni delle Alpi Maritime, 1942) qui leur ont donné le sens général de « rocher, montagne ». Des toponymistes ultérieurs  comme Ch. Rostaing (ETP*) ou A. Nouvel (Les noms de la roche et de la montagne dans les termes occitans et les noms de lieux du Massif Central, éd. Champion, 1975) ont plus précisément donné à ces racines le sens de « paroi montagneuse » voire de « rocher escarpé, falaise ».

On ne sera pas étonné que la plupart des toponymes qui sont formés sur ces racines concernent des lieux non habités en montagne bien que quelques lieux habités puissent porter un nom qui en soit issu.

Pal-

En réalité, peu de toponymes sont issus avec certitude de la racine pré-indo-européenne *pal. Il s’agit de Palasca (H.-Corse) construit avec le suffixe ligure –asca et de Palladuc (P.-de-D.) avec le pré-indo-européen * dukk-, variante de *tukk-, « sommet ». Avec le suffixe augmentatif issu du latin –aceus, on retrouve cette racine dans le nom de Paillas (Var). Elle se cache certainement dans le Grand Parpaillon  et le Col de Parpaillon (A.-de-H.-P.), dans lequel on peut voir un redoublement initial de cette base en composition avec un suffixe –ione, du type *palpalione, et dont la forme actuelle s’explique par l’attraction du provençal parpalhon, « papillon ».

CPA parpaillon

Ailleurs, elle ne peut être que supposée dans des télescopages avec des termes d’origine romane comme :

  • l’occitan et français pal, le valdôtain pal, « pieu, poteau », du latin palus. La très grande majorité des toponymes en Pal sont précédés de l’article ou de la préposition (quand ils sont déterminants), ce qui montre que le terme représentait un appellatif de sens connu. Il s’agissait sans doute d’un poteau planté au sommet d’une montagne ou au passage d’un col, bien en vue, souvent porteur d’un blason, comme marque de limite seigneuriale.  C’est le cas des lieux-dits Le Pal (Montpezat, Ardèche ; Vezins, Av. ; Dompierre-sur-Besbre, Allier etc.), La Pale (Pradinas, Av.), Les Pales (Issanlas, Ardèche etc.),  et des oronymes comme la cime du Pal et le Col du Pal (A.-Mar.), le puech del Pal (Av., dans les Grandes Causses), le Suc du Pal (Ardèche), la Montagne de Palle (à la limite entre Drôme et Hautes-Alpes, au sud-est de Séderon), La Pâle au sud de Die (Drôme) etc. Cependant, on peut penser, avec P. Gastal (NLEF*, qui cite l’italien L. Marcuccetti), que l’abondance considérable d’oronymes Pal, tant en France qu’en Italie, porte à douter d’une explication peut-être trop simple. Il y a beaucoup de Pal/Pala en Italie du nord, notamment en Ligurie, qui correspondent souvent à des « parois rocheuses » : Cima di Pal (Canavese, Piémont), Cima Pala (Longarene, Vénétie), La Pala (Torre Pellice, Piémont), Pale (Foligno, Ombrie) etc.

Toujours à partir du latin palus a été formé, à côté de pal, le terme pau, à l’origine de nombreux toponymes comme celui du chef-lieu des Pyrénées Atlantiques, mais qui n’entrent pas dans le cadre de cet article.

  • l’occitan pailha, « paille », dans le nom du col de la Paille, près de Mazet en Haute-Loire ou dans celui de la montagne de la Paillère, près d’Anduze dans le Gard. À Lus-la-Croix-Haute, la Montagne de Paille, dominée par une falaise rocheuse impressionnante et située dans une zone de montagne d’où la culture du blé et donc la production semblent exclues, doit elle aussi sûrement son nom à cette base *pal.
  • les dérivés du latin palus, « pieu », où le sens d’enceinte de pieux peut recouvrir celui de fortification en hauteur. Palancha, « barrière de pieux» en ancien occitan, à l’origine de Palanche (Barcelonnette, H.-A.) et de la Montagne de Palanges (Av., forme nord-occitane) peut n’avoir été qu’une continuation de *pal. Le bas latin palatium, d’où palats, palais, « enceinte de pierre », à l’origine du plateau du Palais du Roi, peut lui aussi s’être confondu avec *pal.

Pel-

La base pré-indo-européenne *pel, reconnue également comme ligure et pré-celtique, désigne elle aussi la hauteur escarpée, la montagne. On la retrouve dans le nom de plusieurs lieux habités des Alpes-Maritimes : Pélasque, près de Lantosque, formé avec le suffixe ligure –asca (à comparer avec Palasca vu plus haut) et les communes de Peille et de Peillon, son diminutif. La  position géographique de Peille, aux flancs d’une montagne à pic, justifie cette étymologie, plutôt que celle qui ferait appel à un gentilice romain Pellius, car Peille n’a pas le site d’un établissement romain ou celle basée sur un latin pilleum,  « feutre » d’où « herbeux », car le roc y est absolument nu.

Les oronymes sont représentés par le mont Péla de La Bollène-Vésubie (A.-M.), le Péla à Isola (id.), le Mont Pelas à Pinsot (Is.) etc. Le nom du Mont Pelat, à Allos (A.-M.), lo Pela en occitan alpin, est une remotivation en « pelé » du nom originel.

Certains oronymes du type Pelouse peuvent être également reliés à cette base *pel, « hauteur, montagne », plutôt qu’au latin pilosus, « couvert de poils » d’où « pelouse ». C’est très certainement le cas de la Tête Pelouse en Haute-Savoie (2537 m) sur laquelle on chercherait vainement le moindre d’herbe…

La tête Pelouse

La tête Pelouse, au centre

Pelv-

J’ai gardé une place à part pour la base oronymique pelv-. Elle trouve son origine dans la racine *pel accompagnée du suffixe gaulois –eva qui a donné peileva, terme alpin désignant le rocher escarpé, la falaise, représenté par le mont Pélévo dans les Alpes-Maritimes.

Mais c’est avec la perte de la voyelle du suffixe due à l’accentuation gauloise pel(e)va qui a donné l’alpin pelve, peuve, que cette base a été la plus productive. On trouve ainsi le Pelve (Châteauroux-les-Alpes, les Orres, A.-M.) et le Petit Pelve (Châteauroux-les-Alpes, id.)  ainsi que le Mont Pelve et le Col du Pelve (Pralognan-la-Montagne, Sav.), le Lac du Pelve et le glacier du Pelve (Termignon, id.). F. Mistral mentionne également des montagnes élevées nommées *Peuve autour de Briançon que je n’ai pas pu identifier. La forme occitane apparait dans le nom du Pelvo Roux à Lanslevillard et du Col du Pelvo Roux à Bessans, tous deux en Savoie.

Avec le suffixe –uceu évoluant en –òs, a été formé Le Pelvoux, système montagneux à quatre sommets (la pointe Durand, la pointe Puiseux, les Trois Dents de Pelvoux, le Petit Pelvoux) à l’est de Briançon, qui donne son nom à la commune de Pelvoux et au massif du Pelvoux. Ce nom ne semble pas attesté avant le XIXè siècle et n’est donc pas directement issu de la base pré-indo-européenne * pel, mais plutôt du dauphinois pelvo, « haute montagne », lui-même du préroman *pelva muni du suffixe de qualité  –òs. D’autres dérivés romans sont donnés par le mont Pelvas près d’Abriès (A.-de-H.-P.) et la Tête du Pelvas à Ristolas (H.-A.) avec –às augmentatif, et par le Pelvat, près de Saint-Paul-sur-Ubaye (id.), avec le suffixe –at de sens identique à –òs.

Terminons en remarquant qu’ailleurs, le p de *pal et *pel est devenu f, donnant en allemand Fels, Felsen pour « roche, rocher » et le germanique falisa d’où le français « falaise ». Mais c’est une autre histoire !

Rog personnage loupe

La devinette

Il vous faudra trouver un oronyme de France métropolitaine lié à un des mots du jour accompagné d’un mot signalant une hauteur dans la langue régionale. Ce toponyme s’écrit en un seul mot, sans trait d’union.

Le nom de la commune qui l’abrite fait référence à la pauvreté de la végétation, à son terrain plutôt inculte.

Le nom du canton fait référence au relief caractéristique du pays. La première partie du nom de son chef-lieu était censée rebuter d’éventuels assaillants.

Dans la langue régionale, la première partie du nom du chef-lieu d’arrondissement indiquait qu’il s’agissait d’un domaine, d’une ville.

■ un indice pour la commune :

indice a 08 09 2024

■ un autre pour le chef-lieu d’arrondissement :

indice-c-08-09-2024

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

La Femma à Termignon (Val-Cenis, Savoie) : la répàladev

podium seul Bravo à LGF qui a résolu ma dernière devinette !

Il fallait trouver La Femma, un lieu-dit de Termignon, commune déléguée de Val-Cenis, du canton de Modane dans l’arrondissement de Saint-Jean-de-Maurienne, en Savoie.

Termignon, ici :

local termignon

La Femma, cerclée de rouge :

La FEMMA Capture GEOP

cdl a

La toponymie

La Femma : anciennement la Femaz, la Femmaz et la Fumaz, le nom de cet alpage est écrit La Fuma sur la carte d’état-major (fin XIXè siècle). On y reconnait sans difficulté un dérivé du verbe occitan savoyard femar, « fumer (un champ) », mentionné dans le billet. La graphie actuelle Femma avec –mm– qui apparait sur la carte IGN ci-dessus est sans doute une tentative de reproduire la prononciation locale fèma mais ne respecte pas l’étymologie (DNLS*). Le nom est toutefois écrit La Femaz dans le fichier FANTOIR mais le refuge accueillant qui s’y trouve porte bien le nom de La Femma.

refuge de la Femma

Le refuge de la Femma

Termignon :  attesté ecclesia de Terminione en 1127, Termeino au début du XIIè s, de Termeinum en 1184 et enfin de Termignono en 1233, ce toponyme est issu du nom de personne latin Terminius accompagné du suffixe  –onem (TGF*). Le gentilice Terminius est formé sur le nom du dieu Terminus, le « gardien des bornes », garant de la propriété et des contrats qui lient les propriétaires entre eux.

Termignon était apparu dans trois articles consacrés à l’arole (à propos de l’Alevette) aux épicéas (à propos du Bois de Suffet) et à l’échelle (à propos de l’Esseillon).

Val-Cenis : commune nouvelle fondée en 2017 par la fusion de Bramans, Sollières-Sardières, Termignon, Lanslebourg-Mont-Cenis et Lanslevillard . Son nom fait allusion à la vallée de la Maurienne et au Mont Cenis (pour l’étymologie de ce dernier cf. ce billet).

Modane attesté Amaldana en 1025, de Amodana en 1153, beate Marie Amaudane en 1300, Amoudana en 1378, villa Amodane en 1450 et enfin Modane en 1738, ce toponyme est issu du nom de personne germanique Amaldinus accompagné du suffixe féminin –a (sous-entendu villa ou terra) et aphérèse de A– initial (TGF*, DNLS*).

Modane avait été cité dans une « répàladev » concernant l’épicéa, dans laquelle apparaissait également Saint-Jean-de-Maurienne et dont je recopie sans vergogne les deux paragraphes suivants :

Saint-Jean-de-Maurienne : attesté Maurienna au VIè siècle puis eccl. S. Johannis Baptiste Maurogenna an 739. Le premier nom est celui qui donnera celui du pays (cf. paragraphe suivant), le deuxième mentionne l’église dédiée à saint Jean le Baptiste, qui baptisa Jésus.

La Maurienne : ce pays historique du haut Moyen Âge faisait partie de la province romaine appelée Alpes Cottiae ou Alpes Cottianae par Tacite à la fin du Ier siècle, du nom du chef gaulois Cottius qui avait réussi à préserver l’indépendance de cette région à l’époque de César, puis devint l’allié de l’empereur Auguste : déjà en 7 avant J.-C., le géographe Strabon mentionnait le pays sous le seul nom du chef gaulois, Κοττíον. Le nom du pays est attesté Maurienna en 754, reprenant celui de son chef-lieu, aujourd’hui Saint-Jean-de-Maurienne. Ce nom a été probablement formé dès le Vè siècle sur le gentilice latin Maurius avec le suffixe gaulois –enna. La graphie –ig-, attestée notamment dans in valle Maurigennica en 739, vaut pour –i– intervocalique dans de nombreux documents du haut Moyen Âge (DNLF*). L’hypothèse d’un nom d’homme latin *Maurigennus (TGF*) n’est pas nécessaire.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

cdl a

Les indices

indice a 01 09 2024 ■ le jeu des 1000 bornes était une allusion au dieu Terminus, « gardien des bornes », qui donne son nom à Termignon, par personne interposée.

indice a 03 09 2024 ■ l’enseigne lumineuse de l’hôtel Terminus de Villastrada (Italie) : une autre façon de montrer le chemin vers Termignon.

indice b 03 09 2024 ■ la maison penchée au cœur de Djakarta devait faire penser à la maison penchée de Modane.

indice-c-03-09-2024 ■ la série TV Balthazar met en scène un médecin légiste. La médecine légale a été créée par François-Emmanuel Fodéré (1764-1835), né à Saint-Jean-de-Maurienne. Dans un commentaire, LGF faisait allusion à Donald, dit Ducky, Mallard un des héros de la série télé NCIS : Enquêtes spéciales, médecin légiste.

Les indices du mardi 03 septembre 2024

Personne n’a encore trouvé la réponse à ma dernière devinette.

Rappel de l’énoncé :

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine lié à un des mots étudiés dans le billet [pargue, fumade et migayre]. Après quelques hésitations sur sa graphie, ce nom est aujourd’hui écrit avec une orthographe non étymologique.

La commune qui l’abrite est aujourd’hui intégrée dans un ensemble qui porte un nom topographique rappelant la montagne proche. Son nom à elle est issu de celui d’un homme latin accompagné d’un suffixe lui aussi latin. Elle a été citée à plusieurs reprises sur ce blog, à propos d’une pente raide et de deux arbres d’altitude.

Le chef-lieu de canton, également cité ici à propos d’un des deux arbres, porte un nom issu de celui d’un homme germanique, suffixé au féminin.

Le chef-lieu d’arrondissement a été cité ici lui aussi à plusieurs reprises et son nom expliqué, comme celui du pays dans lequel il se trouve. Ce pays a porté deux noms : d’abord un nom de personne gaulois puis un nom d’homme latin, suffixés de manière différente.

Un indice pour la commune :

indice a 01 09 2024

 

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Les indices du mardi

 

■ encore pour la commune :

indice a 03 09 2024

■ pour le chef-lieu de canton :

indice b 03 09 2024

 

■ pour le chef-lieu d’arrondissement :

indice-c-03-09-2024

 

Réponse attendu chez leveto@sfr.fr

Pargue, fumade et migayre

Lors de l’estivage des troupeaux de moutons en pays d’oc, les nuits de fumature, las nuèches de fumada, consistaient à parquer les moutons sur des champs dont les propriétaires payaient le fumier répandu par les animaux. Quand plusieurs champs devaient être ainsi fumés, le berger devait déplacer les claies (las clèdas) ou pacages (los pargues) plusieurs fois au cours de la nuit : on appelait ça virar lo pargue ou parguejar. C’était une pratique exténuante pour le berger qui devait parfois changer cinq ou six fois d’emplacement au cours d’une nuit et effrayer le troupeau afin qu’il produise plus encore de fumier.

De nombreux lieux-dits portent des noms issus de la pratique de ces nuits de fumature, noms formés sur les termes fumada ou pargue et pargada.

Pargue

Les PARGUES Chablis On retrouve ce nom principalement en Occitanie, Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté et Nouvelle-Aquitaine sous sa forme simple, au singulier ou au pluriel, précédé ou non d’un article, dans près de deux cents noms de lieux-dits (La, Las, Le, Lou ou Les) Pargues  et parfois précédé d’une préposition comme pour Al Pargue ou Aux Pargues. L’article peut être agglutiné comme pour Laspargues (Frespech, L.-et-G.). Ce nom sert parfois de complément comme pour le Champ del Pargue (Caillat, Lot), le Clot de Pargue (La Sauzière-Saint-Jean, Tarn), le Col du Pargue (olargues, Hér.), la Coumbo del Pargue (Monts-de-Randon, Loz.), le Plo del Pargue (Serverette, Loz. – avec plo, « plateau » en patois cévenol), Lacham des Pargues (Saint- Cirgues-en-Montagne, Ardèche – cham, du pré-celtique calmis « plateau rocheux, sommet plat d’une montagne ») etc.

Le diminutif parguet apparait dans une quinzaine de toponymes (Lou, Le ou Les) Parguets, dans le Bois de Barguet (Fieux, L.-et-G.), la Serre del Parguet (Saint-Rome-de-Dolan, Loz.) etc. Le diminutif parguel n’apparait qu’à quelques exemplaires comme le Roc de Parguel (Meyrueis, Loz.), Lous Parguel (Saint-Martin-de-Boubaux, id.) qui peuvent être liés au patronyme Parguel.

Devenu nom de famille, pargue est à l’origine de noms comme À la Parguère (Terraube, Gers), La Parguère (Saint-Aroumeix, T.-et-G.), La Parguerie (Louchats, Gir.), Las Parguères (Ambrus, L.-et-G. etc.) ou encore, avec l’article agglutiné, Laparguère (Montesquiou, Gers etc.) et Lasparguères (Brax, L.-et-G. etc.) — et si tu ne vas pas à Laparguère …

Le patois lorrain semble avoir gardé lui aussi le souvenir du bas latin pargus, « enclos », ce qui explique qu’on trouve des lieux-dits Pargue(s) dans le Grand-Est comme Les Pargues (Guyonvelle, H.-Marne etc.). Le nom de la commune de Pargues (Aube), qui était Parge en 1117 et Pargues dès 1177,   semble lui aussi issu de pargus, comme celui Les Éparges (Meuse).

La forme occitane pargade est à l’origine de près de soixante noms de lieux-dits sans grande surprise, avec ou sans article, tant au singulier qu’au pluriel, du type (La, Las, Les et Lous) Pargade(s). Les diminutifs sont représentés au masculin par Lous Pargadets (Cans-et-Cévennes, Loz. etc.) et au féminin par La Pargadette (id.) et Las Pargadettes (Vaureilles, Av.) etc. L’autre forme diminutive n’apparait que dans Pargadels (Cassagnas, Loz.).

Malgré son apparence, le nom de lieu-dit Campargue (Aubin, Av. ; salles, L.-et-G. etc.) n’a pas de rapport avec le pargue : il s’agit d’un dérivé du latin campanicus, « domaine campagnard », dans la région où le suffixe –anicus est passé à –argues.

Fumade

Certains d’entre vous se souviennent peut-être que j’avais abordé ce thème en réponse à un de mes habitués qui signait lecteur (et signe désormais echogradient73) le 8 septembre 2022.

Plus de deux cents toponymes font appel à la fumade des champs, que ce soit au singulier (La) Fumade ou au pluriel (Las ou Les) Fumades, ces dernières servant de déterminant à Allègre-les-Fumades (Gard). Ce nom est quelquefois complété comme pour la Bonne Fumade (Quézac, Loz. etc.), la Fumade Vieille (Saint-Simon, Cant. etc.), la Fumasse Basse (Trémouilles, Av.) et d’autres.  D’autres fois, c’est lui qui sert de complément comme pour la Baoume Fumade (Quézac, Loz. – baoume, occitan balma, « grotte, caverne »), le Col de la Fumade (Cascatels-des-Corbières, Aude), la Combe Fumade (Gijounet, Tarn etc.), le Mourrel de la Fumade (Lézignan-Corbières, Aude – occitan mourrèl, « petit mamelon de montagne, monticule »), le Peuch de Fumade (Saint-Exupéry-les-Roches, Corr. – occitan peuch du latin podium, « colline au sommet plat »), le Rec de la Fumade (Lézignan-Corbières, Aude – occitan rec, « ruisseau ») et d’autres.

CPA Allegre Les-Fumade

Les Fumades, intégrées dans le nom d’Allègre-les-Fumades (Gard) le 30 novembre 1998

La forme occitane fumado se retrouve dans une dizaine de noms du type La, Las, Le, Lo ou Los) Fumado(s), mais aussi (Le) Fumadou (Eymet, Dord. etc.) ou encore dans le diminutif La Fumadounes (Saint-Alyre-ès-Montagne, P.-de-D.). Une tentative de restituer la prononciation occitane du u en ou apparait en Lozère dans les noms des Foumadelos (Saint-Privat-de-Vallongue), de Lou Foumades (Pelouse) et de Lou Valat Foumat (Saint-Étienne-Vallée-Française).

Le diminutif fumadet n’apparait qu’à sept reprises : Le Fumadet, La et Les Fumadette(s) Saint Frézal (Ventalon-en-Cévennes, Loz.), La Fumadette (Alrance, Av. et  Gijounet, Tarn), le Hameau de la Fumadette (Villefranche-de-Panat, Av.) et enfin Les Fumadettes (Auvers, H.-L.). Une autre forme diminutive, qui a pu être un hypocoristique pour désigner un berger et devenir nom de famille, apparait en Lozère dans les noms de Fumadelle (Pont-de-Monvert-Sud-Mont-Lozère), des Fumadels (Molezonà et de Las Fumadelles (Barre-des-Cévennes) et en Gironde dans le nom du Domaine de Fumadelle (Saussans).

Le patois savoyard utilise le verbe femà pour « fumer (un champ) », d’où le participe passé pour désigner un champ engraissé par cette méthode comme pour La Fémaz, nom d’un alpage monté à la Côte de la Fémaz (Lanslebourg-Mont-Cenis, Savoie) et pour le diminutif Les Femettes (Bessans, Savoie).

La forme masculine fumat est à l’origine d’une cinquantaine de toponymes avec ou sans article, au singulier comme au pluriel (Le ou Les) Fumat(s) ; on notera deux noms avec un paradoxal article féminin : La Fumat (Champclause, H.-L.) et La Fumate (Le Vigeant, Vienne). Ce terme peut servir de complément comme pour le Bois de Fumat (Villeneuve, Av.), le Prat Fumat ( Villeneuve, Av. etc. — occitan prat, « pré ») le Pech Fumat (Loubressac, Lot – occitan pech, du latin podium, « colline au sommet plat »), le Replat de la Fumat (La Forteresse, Is.) etc.

Enfin, je terminais ma réponse au lecteur cité en introduction de ce paragraphe par cette phrase « Si vous avez jadis eu un sac à dos ou une tente, vous serez peut-être surpris d’apprendre que Lafuma est d’abord un lieu-dit (avec agglutination de l’article et perte du –d– intervocalique de lafumada) ». Ce lieu-dit se trouve à Vocance, en Ardèche, tandis qu’un Pré Lafuma se trouve à Ancelle, dans les Hautes-Alpes. Mais ce nom est aussi devenu un nom de famille, porté par Alfred, Victor et Gabriel Lafuma, fondateurs en 1930 de l’entreprise du même nom.

Il conviendra de faire attention à d’autres sens qu’a pu prendre fumade comme par exemple pour Peyrefumade (Larche, Corrèze) qui est une « pierre de couleur sombre ».

Migayre

En rouergat, le migon est le crottin de brebis en couche compacte, propre à être enlevé pour fumer champs et jardins. Ce terme est à l’origine de noms de famille Migayre et Migayron (formes graphiques) et Migayrou et Migairou (formes phonétiques). Le migaire était le berger chargé de la fumada, tandis que le migairon en était le diminutif, désignant peut-être l’aide berger. L’un ou l’autre pouvaient également désigner le lieu de pacage des brebis, le terrain fréquemment fumé par le troupeau. C’est ainsi qu’on trouve La Migaire à Chanac (Loz.), Les Migairas à Saint-Genès-Champanelle (P.-de-D.) et Migayroux et Migayroux Nord à Bertholène (Av. — attesté Migairo en 1108).

point-d-interrogation-sur-le-clavier-nb10411

La devinette

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine lié à un des mots étudiés dans le billet. Après quelques hésitations sur sa graphie, ce nom est aujourd’hui écrit avec une orthographe non étymologique.

La commune qui l’abrite est aujourd’hui intégrée dans un ensemble qui porte un nom topographique rappelant la montagne proche. Son nom à elle est issu de celui d’un homme latin accompagné d’un suffixe lui aussi latin. Elle a été citée à plusieurs reprises sur ce blog, à propos d’une pente raide et de deux arbres d’altitude.

Le chef-lieu de canton, également cité ici à propos d’un des deux arbres, porte un nom issu de celui d’un homme germanique, suffixé au féminin.

Le chef-lieu d’arrondissement a été cité ici lui aussi à plusieurs reprises et son nom expliqué, comme celui du pays dans lequel il se trouve. Ce pays a porté deux noms : d’abord un nom de personne gaulois puis un nom d’homme latin, suffixés de manière différente.

Un indice pour la commune :

indice a 01 09 2024

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La Ponthonnière à Livré-sur-Changeon (I.-et-V.) : la répàladev

Personne n’a trouvé la solution à ma dernière devinette. Mais je m’en veux un peu tant ce toponyme était (trop ?) bien caché, comme je l’expliquais dans l’énoncé.

Il fallait trouver le lieu-dit La Ponthonnière à Livré-sur-Changeon, dans le canton de Fougères-1 de l’arrondissement de Rennes, en Ille-et-Vilaine.

local livre-sur-changeon

cdl a

La toponymie

La Ponthonnière : ce toponyme est un dérivé du nom de famille Pontonnier qui désignait celui qui percevait le droit de pontage (ou pontonnage), péage dû pour le passage d’une rivière sur un pont ou par un bac. La présence du –h-, non étymologique, est un ajout pseudo-savant fréquent au XIXè siècle (sous l’influence de P. Mérimée et des érudits férus d’hellénisme).

Comme je le précisais dans l’énoncé, ce lieu-dit est absent de toutes les cartes que j’ai pu consulter — de la feuille 96 de Cassini en 1769 à la carte IGN actuelle, en passant par le cadastre napoléonien de 1827 et la carte d’état-major de la fin du XIXè siècle — comme de la liste des rues publiée par la mairie. Cependant, il figure bien dans le fichier FANTOIR, accompagné d’un Clos Ponthonnier à Vieux-Vy-sous-Couesnon, dans le même département :

LA PONTHONNIERE Capture FANTOIR

La recherche d’un lieu « Le Ponthonnier » dans le cadastre actuel de Livré-sur-Changeon oriente vers une parcelle située au sud de la Heurterie :

LA PONTHONNIERE Capture CADASTRE

soit, sur la carte IGN actuelle, quelque part par là :

LA HEURTERIE Capture GEOP

Livré-sur-Changeon : c’est en 1920 que la commune a choisi d’ajouter à son nom celui de la rivière qui l’arrose.

Livré : attesté Livriacum, en 1013, ecclesia de Livreio en 1142 et Livreyum en 1516, du nom d’homme latin Liberius et suffixe –acum.

Changeon : régionalisme de l’Ouest, changeon est un nom désignant une personne instable qui a pu être appliqué à ce cours d’eau en raison des nombreuses variations de son parcours, notamment lors des crues, avant que celui-ci ne soit maîtrisé par une digue créant un étang artificiel.

CPA Livré - Ancienne halle - Bureau de tabac de 1820 à 1904

Fougères : il y a moins d’un mois, à propos d’une précédente répàladev, j’écrivais ceci :

♦ Fougères : attesté de Fulgeriis  en 1144, ce nom vient du latin filicaria, « fougeraie », lui-même issu du latin classique filix « fougère » et du suffixe –aria, « espace, étendue ». Les premiers établissements se sont fait à l’emplacement d’un bois défriché où abondaient les fougères.

Rennes : le premier nom de la ville est attesté Κoνδατε chez le géographe grec Ptolémée au milieu du IIè siècle et Condate dans l’Itinéraire d’Antonin au IIIè siècle, du gaulois condate, « confluent », pour désigner son emplacement à la confluence de l’Ille et de la Vilaine. Comme souvent, la ville prendre plus tard le nom du peuple gaulois dont elle était le chef-lieu de civitas. Ce peuple est celui des Redones, mentionné par César au milieu du Ier siècle av. J.-C.  C’est seulement à partir du Vè siècle que la ville est appelée Redonas dans la Notitia Dignitatum, puis Civitas redonum dans la Notitia galliarum, montrant ainsi une hésitation sur la désinence qui durera encore après l’an mil. C’est au VIIè siècle qu’apparait, sur une monnaie mérovingienne, la forme Redonis, ablatif de Redonas, accentuée sur la première syllabe, et sur laquelle repose la forme française, après dissimilation d-n en n-n : Rednes en 1155 devenant Raenes en 1182. La graphie atctuelle, Rennes, apparait en 1345-46.

Le nom des Redones ou Riedones est formé sur le radical reid-, «course, rapidité » (cf. reid en irlandais et rhwydd en gallois, de même sens). Le suffixe –ones, traduit par « ceux qui », donne à Riedones le sens de « ceux qui courent, ceux qui vont vite » (Jean-Pierre Picot, Dictionnaire Historique de la Gaule des origines à Clovis, 2002 ; J.-Y. Le Moing, Noms de lieux de Bretagne, 2007). D’autres étymologies ont été proposées.

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Les indices

indice a 25 08 2024 ■ Astérix aux Jeux Olympiques : un Gaulois qui court vite ? Un Redone, bien sûr !

Libérée, délivrée !  comme Liberius qui a donné son nom à Livré. Mais Liberius est du genre masculin contrairement à la Reine des neiges

■ Simon et Garfunkel pour Bridge over trouble water, Georges Brassens pour Il suffit de passer le pont, Malcom Arnold pour Le Pont de la rivière Kwaï, Bobby Gentry pour l’Ode to Billy Joe, Philippe Lavil pour Le Pont, plus Sur le pont d’Avignon, Le pont de Nantes … fallait-il en rajouter pour vous faire penser à un pont ?

■ les fougères avaient fait l’objet d’un article en 2019.

Parachutiste, de Maxime Le Forestier, qui aurait dû occuper la première place des indices, était une allusion à Constant Duclos, auteur du premier saut en parachute français, né à Fougères en 1885.

Les indices du mardi 27 août 2024

Personne n’a encore trouvé la réponse à ma dernière devinette.

Rappel de l’énoncé :

Il vous faudra chercher un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié à un des mots étudiés dans le billet du jour.

La commune qui l’abrité porte un nom issu de celui d’un homme latin accompagné du suffixe –acum et suivi, après une préposition, du nom de la rivière qui l’arrose. Le nom de cette dernière rappelle l’irrégularité de son cours.

Le chef-lieu du canton porte un nom rappelant le végétal qui y abondait.

■ Un indice, pour l’arrondissement :

indice a 25 08 2024

■ Et j’ose celui-ci, pour la commune elle-même, même si ça fait mauvais genre :

https://music.youtube.com/watch?v=RAZoX3tDzrI

■ Après vérification (un chouïa tardive, oui, je vous l’accorde), je m’aperçois que ce toponyme, s’il existe bien dans le fichier FANTOIR, ne figure sur aucune des cartes disponibles en ligne ni même sur l’annuaire de la mairie ! Pour faciliter les recherches, je mets ici, pour ceux qui ne le connaitraient pas, un lien vers un site qui reprend les données du fichier FANTOIR, ville par ville…

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Les indices du mardi

■ Pour le lieu-dit lui-même, j’hésite à vous proposer Simon and Garfunkel, Georges Brassens, Malcolm Arnold, Yves Duteil, Bobbie Gentry ou Philippe Lavil … sans parler ni de Nantes ni d’Avignon !

■ Le chef-lieu d’arrondissement, situé à un confluent, en portait le nom gaulois avant de prendre celui de la tribu dont il était devenu la capitale.

■ Le chef-lieu de canton, comme le végétal dont il porte le nom, ont été vus à plusieurs reprises sur ce blog.

■ Toujours pour le chef-lieu de canton :

mais sans doute cet indice aurait-il été plus mieux placé en premier de la liste.

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Droits, taxes et redevances (VI) : les péages

Fertile en droits, taxes et autres redevances, comme nous l’avons vu ici,,, et encore , l’Ancien Régime a su tirer profit des moindres faits et gestes de ses serfs, vilains, artisans, commerçants etc. Tout était prétexte à percevoir un impôt, en nature ou en monnaie sonnante et trébuchante.

Qui voulait pénétrer dans certaines terres, entrer dans une ville, passer un pont … devait acquitter un péage, octroi ou tonlieu. Seuls les deux premiers de ces mots ont été à l’origine de toponymes — auxquels on rajoutera les barres et barrières qui ont pu servir de péage et quelques noms plus rares. Le tonlieu (d’abord tolneu « bureau de douane », vers 1155 puis tonleu en 1168, du latin teloneum, grec telônion, « bureau du percepteur »), qui était une taxe perçue sur l’entrée des marchandises, n’a pas laissé de traces toponymiques.

Péage

Comme chacun sait (ou devrait savoir ?), le terme « péage » n’a pas de rapport étymologique avec le verbe « payer » : attesté paage en 1150, il s’agit d’un très ancien dérivé du latin populaire peditacum formé à l’époque carolingienne pour désigner le « droit de mettre le pied (pes, pedis), de passer ».

Ce droit de passage pouvait s’appliquer aux portes d’entrée des villes ou, plus généralement, aux points d’entrée dans des terres seigneuriales, le plus souvent matérialisés par un poste de péage. Mais ce même péage pouvait être perçu lors du passage d’un pont, voire d’un gué, et aussi lors du simple emprunt d’une voie « privée ». La somme perçue devait servir à l’entretien des murs de la ville, du pont ou de la voirie – mais ce n’était bien sûr pas toujours le cas (ça vous rappelle quelque chose ?).

Plus de cent quarante lieux-dits portent un nom faisant référence au péage, parmi lesquels de nombreux sont récents (péages autoroutiers …). On peut néanmoins trouver certains lieux-dits portant le nom d’un ancien péage comme Le Péage entre Septème et Oytiers (Is.) ou Le Péage-d’Auriples (Drôme), situés sur l’ancienne voie romaine devenu la Nationale 7 Le Péage à Orgnac-sur-Vézère (Corrèze) sur l’ancienne route d’Uzerches à Montargis (aujourd’hui D3), Le Pont du Péage à Serazéreux (E.-et-L.) sur la route d’Orléans à Rouen ou le Péage aux Loups, en forêt d’Orléans, qui marquait la frontière ente la seigneurie de Pithiviers et la ville d’Orléans (Loiret). On trouve également un certain nombre de lieux-dits concernant d’anciens « péages de l’eau » féodaux  (caminum aque du XIIIè siècle et ultérieurs) comme Le Péage à  Aiguillon (L.-et-G.) qui était une station péagère sur la Garonne, auquel on peut rajouter le Pont d’Un Denier, entre Marennes et Hiers-Brouage (Ch.-Mar.), qui jouxte le Marais Royal.

Deux communes seulement portent un nom rappelant leur passé de station péagère : il s’agit de Bourg-de-Péage (Drôme – Pedagium Burgi Pesanciani en 1455 : l’usage du pont pour franchir l’Isère vers Romans donnait lieu à un péage au profit de la seigneurie de Pizançon – aujourd’hui simple village de Chatuzange-le-Goubet) et Péage-de-Roussillon (Is., situé sur l’ ancienne voie romaine devenue la Nationale 7, à l’entrée de Roussillon).

CPA-Bourg de Péage

Octroi

Le terme « octroi » est un déverbal d’octroyer, verbe attesté au XIIIè siècle, réfection, d’après le latin auctor, de l’ancien français otreier (1080, Chanson de Roland), du latin populaire *auctorizare, « autoriser », lui-même du latin impérial auctorare, de auctor «  garant  ».

L’octroi était une redevance perçue par une municipalité sur l’entrée des marchandises sur son territoire — en termes modernes : une taxe à l’importation.

Dix-sept lieux-dits portent encore aujourd’hui un nom rappelant ce droit d’entrée, tous au singulier L’Octroi (Malviès, Aude etc.) et un seul au pluriel Les Octrois (Mézille, Yonne). Notons le plaisant Octroi de Tout y Faut (Soyaux, Char.), à l’entrée d’une terre si pauvre que tout lui faisait défaut.

Le terme Octroi est également présent dans le nom de plus de mille voies (rues, chemins, allées, places …) sur tout le territoire.

Barre et barrière

Certains lieux-dits en barre ou barrière (on en compte plus de deux milliers !) ont pu signaler un péage. C’est presque à coup sûr le cas de tous ceux situés en plaine, qui ne peuvent pas être rattachés à l’oronyme pré-celtique *bar et au gaulois *barro, « montagne », mais qui doivent l’être au sens dérivé du latin médiéval barra donnant l’occitan barra, d’où le français barre, désignant à l’origine une pièce de bois longue, étroite et rigide. Si on en croit E. Nègre (TGF*) ce serait le cas pour les communes de La Barre (Jura, H.-Saône), La Barre-de-Monts (Vendée), La Barre-de-Semilly (Manche), de Barre-des-Cévennes (Loz.) et d’Esbarres (C.-d’Or – de Barris en 1197 et Les Barres d’Orcens en 1354).

Le même auteur cite également plusieurs lieux-dits La Barre comme à Plerguer (I.-et-V.), à Foix (Ariège), à un resserrement de la vallée de l’Ariège qui marquait la limite septentrionale du Sabartès, où on faisait payer un droit d’entrée appelé aussi barra (Petit dictionnaire provençal français, Emil Lévy, 2è édition, Heideberg, 1923) et à Deuil (Val-d’Oise) d’où le nom de Deuil-la-Barre, ainsi que des lieux-dits Les Barres (Etrechy, Cher ; Juzancourt, Ardennes ; Oissery, S.-et-M.).

On peut relever également quelques diminutifs comme le lieu-dit Barret qui répond à un lieu-dit Barre à Langogne (Loz.) ou Barret qui répond à La Barre à Vialas (id.). Le diminutif barron est représenté par Le Barrou à Sète et à Paulhan (Hér.). À Millau, l’abbé Pierre-Edmond Vivier (1921-1995), après avoir vainement recherché l’identité du « baron de Vitré », s’était résolu à voir dans ce nom de rue le souvenir d’une (petite) barrière d’octroi. (cf. cet article)

Outre le sens de clôture, l’appellatif barrière a lui aussi était amplement utilisé avec le sens de barrière de péage. C’est le cas pour Labarrère (aujourd’hui dans Castelnau-d’Auzan-Labarrère, Gers – La Barere en 1254) et pour de nombreux lieux-dits : Barrière (Colombières, Hér. ; Saint-Jean-du-Pin, Gard etc.), La Barrière à Campestre-et-Luc (Gard) à la limite du département de l’Aveyron, ancien péage à la limite des généralités de Montpellier et de Montauban ; La Barrière à Servian (Hér.), à l’accès de la grande route reliant Béziers à Montpellier, barrière d’octroi élevée là par les consuls de Servian à la limite de leur juridiction ; La Barrière à Lescure (Tarn) où les consuls avaient installé un péage, attesté dès 1264 La Barrieira de Lescura. Notons Les Barrières à Lanslebourg-Mont-Cenis (Sav.) que le chanoine Gros (DNLS*) décrit comme des « bureaux installés à l’entrée d’une ville ou d’un territoire, pour percevoir des droits, péages ou autres ».

Rappelons enfin le rôle important joué par les barrières ceinturant les grandes villes comme celles qui cernaient Paris.

Barrière de Courcelles

La barrière de Courcelles était située au croisement de l’ancienne rue de Milan, actuelle rue Daru et de l’ancienne rue de Chartres-du-Roule. (Gravure de 1890)

Pontage et pontonnier

On l’aura compris, le pontage était le nom parfois donné au péage dû pour le passage sur un pont. Ce mot lui-même ne semble pas avoir servi comme toponyme, sauf peut-être pour le lieu-dit A Pontage de Viella (Gers), mentionné simplement Pontage sur la carte d’état-major (fin XIXè siècle) – mais mal graphié Pontoge sur la carte IGN actuelle.

Le pontage était perçu par un pontonnier. Ce nom a pu servir à nommer des lieux-dits mais est aussi devenu nom de famille d’où une quarantaine de lieux-dits (Le, La ou Les) Pontonnier(s) et Pontonnière(s), répandus principalement en pays de langue d’oïl. On évitera de confondre le pontonnier, percepteur du péage, et le pontier ou ponthier, maçon spécialisé dans la construction et l’entretien des ponts, lui aussi devenu nom de famille à l’origine de toponymes.

Dans le Midi, c’est le terme pontanier qui désignait le péager du pont, d’où quelques lieux-dits (Le) Pontanier et (Les) Pontanière(s).

Vignage.

Le vignage a d’abord été un droit perçu en nature par le seigneur sur les vignes plantées sur ses terres et sur le vin pressurés au pressoir banal. Il fut par la suite converti en une redevance annuelle en argent. Par extension, le vignage a aussi désigné  « un droit que le seigneur percevait sur les marchandises et bestiaux qui passaient dans sa seigneurie » et dont il assurait la sécurité.

Les lieux-dits Vignage à Saint-Nicolas-des-bois (Orne), Le Grand Duvignage à Saint-Mars-du-Désert (May.) et Les Vignages à Labruyère (Oise) en gardent le souvenir en pays d’oïl tandis que Dalvignage à Gorges-du-Tarn-Causses (Loz.) est le seul à faire de même en pays d’oc.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Rog-loupe-rouge

La devinette

Il vous faudra chercher un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié à un des mots étudiés dans le billet du jour.

La commune qui l’abrité porte un nom issu de celui d’un homme latin accompagné du suffixe –acum et suivi, après une préposition, du nom de la rivière qui l’arrose. Le nom de cette dernière rappelle l’irrégularité de son cours.

Le chef-lieu du canton porte un nom rappelant le végétal qui y abondait.

■ Un indice, pour l’arrondissement :

indice a 25 08 2024

■ Et j’ose celui-ci, pour la commune elle-même, même si ça fait mauvais genre :

■ Après vérification (un chouïa tardive, oui, je vous l’accorde), je m’aperçois que ce toponyme, s’il existe bien dans le fichier FANTOIR, ne figure sur aucune des cartes disponibles en ligne ni même sur l’annuaire de la mairie ! Pour faciliter les recherches, je mets ici, pour ceux qui ne le connaitraient pas, un lien vers un site qui reprend les données du fichier FANTOIR, ville par ville…

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

La soluce

Dès lundi matin, TRS a été le premier à résoudre mes mots-croisés de dimanche dernier. Il a été rejoint par LGF. Félicitations à tous les deux !

La solution :

MC-XIANG

Les explications :

Horizontalement

  • I : C’est du chinois. — Le xiang est un dialecte chinois du Hunan, une province de l’intérieur de la Chine.
  • II : C’est peut-être du javanais. — Un îlien est l’habitant d’une île, comme celle de Java.
  • III : Sur un plateau corse. — Le niolo est un fromage fabriqué dans la région corse de Niolo et servi sur un plateau … à fromage.
  • IV : Plateau, mais pas pour le précédent. — Le Golan est un territoire syrien situé sur une partie du relief du même nom, de facto occupé et contrôlé par Israël qui l’a unilatéralement annexé. Ce plateau-là n’est pas un plateau à fromage.
  • V : Œuvre pour la bonne entente des Parisiens. — UNISS est un acronyme désignant l’ Unité d’information et de soins des sourds de La Pitié-Salpêtrière, à Paris.

Verticalement

  • 1 : C’est du brésilien. — Le peuple Xingu est un groupe de seize tribus amérindiennes de langues différentes, vivant au niveau du cours supérieur du rio Xingu au Brésil.
  • 2 : Homérique américaine. — Ilion est l’autre nom de la cité de Troie et celui d’une localité de l’état de New-York (USA).
  • 3 : Monté pour faire la fiesta. — L’aïoli est une sauce méridionale, sorte de mayonnaise à l’ail. « Faire monter l’aïoli » se dit pour « mettre l’ambiance ».
  • 4 : Commune au Portugal. — Nelas est une municipalité du Portugal située dans le district de Viseu et la région Centre.
  • 5 : Pains. — Pain et gnon sont deux mots argotiques synonymes de « coup ».

Je laisse à LGF le soin, s’il a en a le temps et l’envie, de nous expliquer les compléments aux définitions qu’il proposait dans son commentaire du 23 août 2024.

Intermède

Ce mois d’août étant occupé à recevoir ou à rendre visite aux proches ou aux amis et, entre temps, au farniente (surtout au farniente, c’est important ça, le farniente), il ne me reste plus beaucoup de temps à consacrer à mon blog. Il n’y aura donc pas de billet cette semaine. Je vous propose à la place un intermède sous la forme d’une grille de mots croisés en 5×5 sans case noire. Le thème général de cette grille est bien sûr la toponymie, mais pour m’en faciliter la conception, j’ai dû y inclure des mots sans rapport avec celle-ci.

MC-5x5

Horizontalement

  • I : C’est du chinois.
  • II : C’est peut-être du javanais.
  • III : Sur un plateau corse.
  • IV : Plateau, mais pas pour le précédent.
  • V : Œuvre pour la bonne entente des Parisiens.

Verticalement

  • 1 : C’est du brésilien.
  • 2 : Homérique américaine.
  • 3 : Monté pour faire la fiesta.
  • 4 : Commune au Portugal.
  • 5 : Pains.

Amusez-vous bien et faites-moi parvenir vos réponses chez leveto@sfr.fr, en attendant la solution dans une semaine.

En attendant, bon farniente à tous !

Concombre-Jardin.Zen-062-063-064