Une fois n’est pas coutume, personne n’a résolu ma dernière devinette. Je garde donc mes bravos pour une prochaine fois.
Il fallait trouver Les Abadiats, un lieu-dit de Labastide-Clermont du canton de Cazères en Haute-Garonne.

Et du nom d’un lieu-dit va naitre un long billet …
■ Les Abadiats : on reconnait sans difficulté dans ce nom l’occitan abadiá, « abbaye ». Ici, le suffixe –at (du latin –attu variante du plus classique –ittu) a valeur de diminutif (comme pour passerat, « passereau ») : il s’agissait de la « petite abbaye », c’est-à-dire d’une dépendance de l’abbaye principale, le pluriel indiquant qu’il y avait plusieurs parcelles de terrain ou plusieurs petits bâtiments. Avec le même suffixe a été formé le nom du Prieurat à Turenne (Corr.), un « petit prieuré ».
À Labastide-Clermont avait été bâtie une abbaye au lieu-dit Les Feuillants dont elle prit le nom : c’est sans aucun doute de cette abbaye que dépendaient Les Abadiats.

■ Les Feuillants : le nom latin du lieu-dit est attesté Fulium, un nom qui évoque la feuillée, la frondaison, la végétation arborescente. Fondée en 1144, l’abbaye des Feuillants est à l’origine au XVIè siècle de la congrégation cistercienne des Feuillants. Devant le succès de cette dernière, Henri III fonde le couvent des Feuillants rue Saint-Honoré à Paris, qui en deviendra la maison-mère. L’abbaye originelle, dont le siège est déplacé à Toulouse, sera vendue comme bien national à la Révolution. C’est dans les locaux du couvent des Feuillants que se réuniront les membres de la Société des amis de la Constitution, défenseurs de la monarchie constitutionnelle en juillet 1791. Né de la scission du club des Jacobins, on appellera alors ce groupe le club des Feuillants. (premier indice : « l’abbaye toute proche aujourd’hui disparue mais dont le nom reste indirectement attaché à un épisode de la Révolution française. »)
■ Comminges : région naturelle et historique des Pyrénées françaises qui constituait le territoire des Convènes autour de Saint-Bertrand-de Comminges. Le Comminges est aujourd’hui une vaste entité territoriale, à cheval sur la Haute-Garonne et les Hautes-Pyrénées.

Le nom du pays est d’abord connu par une monnaie mérovingienne qui porte in Cummonigo : il s’agit d’une formation du haut Moyen Âge sur le nom ancien de la ville, Convenae, muni du suffixe latin atone –acu : c’était la ville des Convènes. L’assimilation précoce du groupe de consonnes –nv– a abouti au –mm– de Cummonigo, d’où est issu le gascon Comenge dès 1095 adapté en français Comminge en 1262. C’est au XIVè siècle que réapparaitra la finale –s, étymologique dans la mesure où elle reprend le pluriel de la forme latine originelle éponyme Convenae.
L’origine des Convènes n’est pas assurée, mais on pense généralement qu’il s’agit d’un regroupement de populations variées dont certaines pouvaient être pré-établies, donc aquitaines ou pré-aquitaines, d’autres venir des Pyrénées voire d’outre-Pyrénées et installées là par Pompée après sa campagne victorieuse dans la péninsule ibérique (deuxième indice : « différentes populations qui y étaient, qui s’y sont ou qu’on y a installées. »). Leur nom latin (peut-être une adaptation de leur nom pré-aquitain) semble issu du latin con, « avec, ensemble », et ueni, « clan, famille, lignée », soit « ceux du même clan ». C’est en tout cas l’explication donnée par Xavier Delamarre (Dictionnaire de la langue gauloise, éd. errances, 2003) mais d’autres hypothèses ont cours, notamment basées sur les écrits de Jérôme de Stridon qui expliquait que Pompée fonda Lugdunum Convenarum (Saint-Bertand-de-Comminges) pour y fixer des « voleurs vascons, arévaques et celtibères » soit une « réunion d’étrangers, fugitifs et aventuriers », que l’on imagine mal issus d’une même famille ou lignée.
■ Labastide-Clermont : c’est le comte Bernard IV de Comminges qui fonda la bastide vers 1300, en paréage entre le roi et l’abbaye. Son nom de La Bastide des Feuillants fut changé en La Bastide-Clermont par les Révolutionnaires en 1794, sans doute en reprenant un premier nom du lieu-dit claro monte, « clair mont ». Il s’agit d’un des rares exemples où le nom révolutionnaire de la commune a été conservé. Pour les bastides, cf. ce billet.
■ Cazères (-sur-Garonne) : du latin casa et suffixe –ella, avec passage du l au r en gascon, « hutte, cabane en pierres sèches ». Cf. ce billet.
Après la Révolution française, le site de l’abbaye des Feuillants fut si largement détruit qu’il n’en reste aujourd’hui que quelques vestiges visibles, situés sur des terrains privés ; l’imposant portail de ferme d’un domaine agricole situé au sud-est de Labastide-Clermont, près de la D73 menant à Castets, signale aujourd’hui l’ancien site monastique.
Les indices du mardi :
■ la statuette : il fallait reconnaitre sainte Quitterie (à la fontaine de Gastes, dans les Landes), patronne de la Gascogne (et aussi, selon wikipedia, de Labastide-Clermont).
■ ce timbre-poste à l’effigie d’Étienne Arago est l’œuvre, c’est écrit dessus, du graveur Raoul Serres, né le 18 octobre 1881 à Cazères (H.-G.), chef-lieu du canton où se trouve Labastide-Clermont. (ben oui : pour ce timbre, Arago, on s’en fiche).
■ ce timbre-poste commémorait Antoine Barnave (1761-1793), un des membres les plus connus du club des Feuillants. (ben oui : pour ce timbre, le graveur, on s’en fiche).
Les indices du jeudi :
■ cette illustration, qui me sert assez souvent d’indice, représente Cyrano de Bergerac, un célèbre cadet de Gascogne. (illustration de Claude Delaunay pour le Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand publié aux éditions G.P. en 1957).
■ cette vidéo représente la croissance d’un arbre en accéléré, et plus particulièrement la naissance des feuilles et de la frondaison, bref, un arbre feuillant (du verbe feuiller, « se garnir de feuilles »).









