Saint-Bonnet-de-Four (répàladev)

LGF a rejoint le groupe des « solutionneurs » de ma ma dernière devinette. Bravo à lui!

Il fallait trouver Saint-Bonnet-de-Four, un village bourbonnais dont la fiche wiki est muette sur l’origine du nom.

saint-bonnet-de-four

Le lieu primitif d’installation humaine fut sans doute le hameau de Four, où s’établirent des potiers qui profitaient des bois environnants pour alimenter leurs fours. Lorsque le hameau et ses alentours furent assez peuplés pour qu’on y établît une paroisse et qu’on y construisisse une église, soit au XIè siècle, on mit tout naturellement celle-ci sous le vocable de saint Bonnet, évêque de Clermont au VIIè siècle et patron des potiers. Dès lors, l’ensemble fut appelé Sancti Boniti de Furnis (attesté au XIVè siècle*), soit Saint-Bonnet-de-Four (on notera la préposition de et non du : il s’agit bien à l’origine de l’église du hameau nommé Four et non d’une église bâtie près d’un four).

Cassini Four

Carte de Cassini (feuillet 51 – Gannat- 1741)  : le hameau de Four à l’ouest de St-Bonnet

Notons que dans le même département, sur la commune d’Yzeure, un hameau également appelé Saint-Bonnet a accueilli lui aussi, dès l’époque romaine, des potiers (merci à Brosseur pour le lien  !)

L’énoncé de la devinette mentionnait « une ville où on fabrique depuis plus d’un siècle un élément essentiel des automobiles » située à « moins de trente kilomètres ». Il fallait y voir une allusion à Montluçon, lieu d’implantation de la manufacture de pneumatiques Dunlop.

La phrase  « en partie détruit par un incendie à la fin du XIXè siècle, un édifice public de cette commune fut rénové avec un matériau défectueux qui provoqua un défaut qui en fait aujourd’hui la fierté » rappelait l’incendie dont fut victime le clocher de l’église en 1894 et sa rénovation avec du bois trop vert qui se vrilla rapidement pour devenir ce qui constitue sa renommée aujourd’hui, un clocher tors. C’est ce à quoi devait faire penser la photo de la tour Eiffel tordue :

indice a 07 02 21     saint-bonnet-de-four

*Dictionnaire des communes de l’Allier – Arrondissement de Montluçon. André Leguai, éditions Horvath, 1986.

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Les indices

■ la gravure :

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il fallait reconnaitre, mais ce n’était pas trop difficile, un atelier de potier et le « merci patron » qui l’accompagnait devait faire penser au saint patron des potiers, saint Bonnet.

Gravure de Mathias Meriam  pour Atalanta Fugiens de Michel Maier en 1617.

■ la bédé :

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le « merci docteur » devait inciter à privilégier la publicité Dunlop plutôt que le Mans : cette entreprise, dont la première usine française s’établit à Montluçon, fut en effet nommée d’après le docteur vétérinaire John Boyd Dunlop (1840-1921).

Dessin de Jean Graton (1923-2021).

Les indices du mardi 09/02/20121

paris-sportif-canada 

Brosseur m’a donné le premier la bonne solution à ma dernière devinette, dès dimanche soir. Mille bravos ! TRS et Jacques C. l’ont suivi quasiment ensemble lundi après-midi et TRA les a rejoint ce mardi.

Pour les oublieux, je recopie l’énoncé :

Je vous propose de découvrir le nom composé, bien sûr lié au four, d’une commune de France métropolitaine.

Il s’agit d’une localité située à moins de trente kilomètres d’une ville où on fabrique depuis plus d’un siècle un élément essentiel des automobiles.

En partie détruit par un incendie à la fin du XIXè siècle, un édifice public de cette commune fut rénové avec un matériau défectueux qui provoqua un défaut qui en fait aujourd’hui la fierté.

Un indice :

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Et je rajoute ces indices :

■ une gravure —  merci, patron ! :

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■ un peu de bédé —  merci, docteur ! :

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Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Le four

Le latin furnus, « four », est bien représenté dans la toponymie au sens de four de potier, four de verrier, four à chaux et même four à griller le minerai de plomb ou le minerai de fer, sans oublier le four spécialisé de la boulange. Mais les dates d’attestations sont souvent trop tardives pour nous aider à trancher, sauf si une précision y est attachée.

Personnage près d’un four – École française du XIXè siècle

Le four

Le simple furnus est à l’origine des noms de Four (Isère), Fours (Gironde et Nièvre), Uvernet-Fours (Alpes-de-H.-P., avec Uvernet issu du latin hibernum donnant l’occitan local uvern, « hiver », et diminutif –et), Fours-en-Vexin (Eure) et Six-Fours-les-Plages (Var). Dans le Doubs, les noms de Fourg (Fourz en 1275) et Les Fourgs (Les Fours en 1343), qui sont donnés comme issus de furnus par Dauzat&Rostaing (DENLF*) et R. Brunet (TT*), sont donnés comme dérivés de l’oïl forc, « bifurcation d’un chemin », par E. Nègre (TGF*) : dans le Doubs, je m’abstiens. Le parler gascon, qui fait passer le f- initial à h-, est à l’origine du nom de Hours (P.-A.).

Dans la Meuse, après la construction au XVè siècle d’un four de verrier pour la fabrication de bouteilles et de cloches de jardin, on nomma un village Le Neufour (Le Neuf-Four en 1571).

Une forme féminisée *furna est à l’origine de Fournes-Cabardès (Aude, avec Cabardès, région formée autour de Cabaret, sur la commune de Lastours, ancien Caput Arietis castra, du latin caput, « tête » et arietis, « de bélier ») et de Fournes-en-Weppes (Nord, avec Weppes noté in Vueppis en 984, de la racine indo-européenne uep-, « eau », correspondant à la nature particulièrement aqueuse du terrain).

En composition avec un nom de personne, on trouve Fourchambault (Nièvre, avec aphérèse d’Archambault) et Fournaudin (Yonne, avec aphérèse d’Arnaudin, hypocoristique d’Arnaud), dont on sait qu’il s’agissait d’un four de verrerie, celui de l’abbaye de Vauluisant.

Furnus a été suffixé de différentes façons :

  • avec le locatif  -ensis : Fournès (Gard) ;
  • avec le diminutif –ittum : Fournet (Calv.), Fournet-Blancheroche (Doubs) et Grandfontaine-Fournets (id.) ;
  • avec l’augmentatif -as et l’agglutination de la préposition in : Les Infournas (aujourd’hui dans Saint-Bonnet-en-Champsaur, Alpes-de-H.-P., villa Fornax au XIè siècle ) ;
  • avec le suffixe diminutif -olum : Fournols (P.-de-D.) et avec -olum et le locatif -ensis : Fournoulès (Cant.).

 

Le basque emploie labe pour désigner le four, comme à Labets-Biscay (P.-A., avec Biscay du basque biskar, « tertre »).

Les micro-toponymes ne manquent pas qui comptent plusieurs centaines de dérivés de « four » sous une forme simple (Four, Fournet, Fournol, etc.) , composée (Grandfour, Fourblanc, etc.) ou avec déterminant (le Four à Briques, à Carreaux, etc.). Le breton forn ne se rencontre, lui, que dans des micro-toponymes comme Coz Forn, « vieux four » (au moins quatre en Côtes-d’Armor). Ce même forn se retrouve en occitan comme à el Forn ( à Erre, P.-O.) tandis que le corse fornu se retrouve à U Fornu (à Rosazia, Corse-du-Sud).

Le nom d’homme latin Furnus (sobriquet ou variante de Furnius) est à l’origine de Fourneville (Calv.) et Fournival (Oise)

La commune de Beaufour (aujourd’hui Beaufour-Duval, Calv.) est un exemple de faux-ami induit par un dérivé en « four » du latin fagus, « hêtre » : son nom est attesté Bellus fagus en 1195.

Le fourneau

Le français fourneau, diminutif de « four », apparait, avec des variantes régionales, dans les noms de Fourneaux (Loire, Manche, Savoie), Fourneaux-le-Val (Calv.), Fournels (Loz.) et Fornex (Ariège, de Furnellis en 1324, où la finale -x au lieu de -els est issue, en gascon, du double -ll qui passe à -t en position finale, d’où la prononciation –èts écrite -ex).

Le four à chaux

Une place à part est faite, dans la toponymie, aux fours à chaux.

Du latin calcis furnus, l’ancien français chauffour se retrouve dans les noms de Chauffour-sur-Vell (Corr., Califurno en 885), Chauffour-lès-Bailly (Aube, noté Calidus Furnus, « chaud four », en 1081, qui est une mauvaise latinisation), Chauffour-lès-Etréchy ( Ess.), Chauffourt (H.-Marne) et, au pluriel, dans celui de Chauffours (E.-et-L.). Avec un seul -f-, on trouve Chaufour-lès-Bonnières (Yv.) et Chaufour-Notre-Dame (Sarthe). L’agglutination de la préposition « ès » (en les ) est à l’origine des noms d’Échauffour (Orne, Escalfo en 1050) et d’Escaufourt (Aisne, Les Caufours en 1234, aujourd’hui associée à Saint-Souplet).

La bien connue Forcalquier (Alpes-de-H.-P., de Forcalcherio en 1004 et in castro Furnocalcario) comme son diminutif Forcalqueiret (Var, in Furno calacario en 1037) doivent bien leur nom — association de forn, « four », et de calquièr, littéralement « calcaire » mais qu’il faut comprendre au sens étymologique « à chaux » (calx, « chaux » ; calcarius, « de chaux, à chaux ») — à d’anciens fours à chaux, figurant d’ailleurs dans le blason de cette dernière (cf. ci-contre).

 

Les fours à chaux sont eux aussi fort bien représentés en micro-toponymie sous des formes variées comme Caufour, Chaufour, etc. et, pour les plus récents, Le Four à Chaux. Avec le passage du f initial à h, le gascon donne  de rares Cohorn. En franco-provençal, le mot est devenu rafor ou rafour, pour désigner le  four à chaux, le four pour fondre le minerai, le four à tuiles ou le fourneau du charbonnier : on le retrouve dans Raffort (aux Allues, Sav.) et Le Raffour (à Albiez-le-Vieux, id.) et d’autres similaires dans l’Ain, l’Isère, le Jura et le Rhône.

P.S. : le four, d’accord, mais le moulin a été vu ici et dans quatre autres billets.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Le  dessin du blason est issu du site l’Armorial des villes et villages de France, avec l’aimable autorisation de son auteur, Daniel Juric.

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La devinette

Je vous propose de découvrir le nom composé, bien sûr lié au four, d’une commune de France métropolitaine.

Il s’agit d’une localité située à moins de trente kilomètres d’une ville où on fabrique depuis plus d’un siècle un élément essentiel des automobiles.

En partie détruit par un incendie à la fin du XIXè siècle, un édifice public de cette commune fut rénové avec un matériau défectueux qui provoqua un défaut qui en fait aujourd’hui la fierté.

Un indice :

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Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

 

À table !

Un ( petit ) billet aujourd’hui pour vous parler de l’art de la table, ou plutôt de la façon dont on prépare les aliments que l’on déposera sur la table, et des toponymes qui en proviennent.

Illustration de Claude Delaunay pour Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand, éditions G.P. , Paris, 1957.

Il sera bien question ici de la façon de cuisiner qui se retrouve dans des toponymes et non de toponymes qui ont donné leur nom à des mets ou des recettes ( qui sont bien trop nombreux et nécessiteraient des billets spécialisés ).

Bien entendu, la première de ces façons de cuisiner qui vient à l’esprit est « sur le feu ». Le feu, dans le sens d’âtre ou de foyer, est en effet très bien représenté en toponymie mais la distinction est fort malaisée, pour ne pas dire impossible, entre le feu pour cuire ou cuisiner et le feu pour chauffer, les deux étant le plus souvent liés. On sautera donc allègrement, si vous le voulez bien malgré son jour que nous venons de fêter, par dessus le feu.

De la même manière, le pot que l’on mettait sur ledit feu se retrouve en toponymie mais plus en tant qu’objet fabriqué dans l’atelier du potier que dans le sens spécialisé d’instrument de cuisson. On ne s’attardera donc pas sur le pot.

Passons au four. Si celui-ci est bien un outil construit par l’homme pour y faire cuire son pain, il a aussi surtout servi pour y chauffer l’argile du pot, le verre, la chaux, le plomb ou encore le fer. Les dates d’attestation des toponymes ( en Four, Fourneau, Fournel, Fournet, etc.) sont trop tardives pour nous aider à trancher, sauf si une précision y est attachée. C’est le cas au Four à Pain ( à La Haye-de-Roulot dans l’Eure ), au Four-Banal ( à Clérieux dans la Drôme, à Rivières-les-Fosses dans la Haute-Marne et Acy-en-Multien dans l’Oise ), qui était un four commun destiné à la cuisson du pain, et aux Fours aux Grains ( au Fidelaire, dans l’Eure ). C’est le cas aussi dans un odonyme qui m’est cher, le passage Four Capelu à Orange ( Vaucluse ), qui tirerait son nom d’un certain Capelet, dit Capelu, qui possédait là un four à pain, fin XIXè – début XXè siècle, dont mon grand-père disait avoir suivi l’enterrement de la veuve au mitan de la guerre dont on dit aujourd’hui qu’elle était la première alors qu’on la croyait la dernière.

À poêle, maintenant. Aussi curieux que cela semble, on retrouve depuis 1962 cet instrument de cuisson dans le nom de Villedieu-les-Poêles ( Manche ) dont elle s’est fait une spécialité au moins depuis 1753 ( où est attesté le nom Villedieu les Poeles ).

Je ne résiste maintenant pas, s’agissant de prendre son repas, au plaisir de vous faire découvrir ( enfin, je suppose ) ces deux toponymes qui me rappellent irrésistiblement un possible duo comique comme il y eut Bouvard et Pécuchet, Abott et Costello ou Palomar et Zigomar ( et Roméo et Juliette, me retins-je d’ajouter ne voulant heurter personne ).

Il s’agit de Tartifume et Soupetard, que je n’hésite pas à vous répéter tant il pourrait s’agir d’un titre de roman, d’une pièce de boulevard ou d’un court-métrage filmé de la Belle Époque : Tartifume et Soupetard !

Il existe une dizaine de Soupetard dont un lieu-dit à l’extrémité occidentale de Sète ( Hér.) sur le lido et un quartier extérieur de Toulouse ( H.-Gar.). On peut rapprocher ces noms des deux Soupe Froide ( au Castellet dans le Var et à Accolay dans l’Yonne ) ou encore des deux Dînetard ( à Livron-sur-Drôme dans … la Drôme et à Saint-Denis-en-Val dans le Loiret). Tous ces noms semblent bien indiquer un habitat relativement éloigné du lieu de travail — pauvre Martin, pauvre misère.

Tartifume, présent comme micro-toponyme dans plus de quatre-vingt communes ( des Pays-de-la-Loire, Nouvelle-Aquitaine et Occitanie ), désigne lui aussi toujours un lieu écarté. Il s’agirait alors d’un foyer qui ne fume que tardivement car on y est pauvre ou, au contraire mais sans doute plus rarement, qui fume jusque très tard parce qu’on y est plus riche qu’ailleurs. L’explication selon laquelle on y « fume ( la terre ) tard » peut sembler plausible et seule une étude au plus près du terrain pourrait lever le doute. Les étymologies pseudo-savantes qui font appel à un dérivé de « tertre » pour expliquer le tart initial oublient de se référer à la topographie qui nous montre que la plupart de ces lieux-dits ne sont pas plus hauts que le reste de la commune et n’ont donc rien d’un tertre. Quant à chercher des étymologies celtiques ou pré-latines … faute de me courber, je me gausse.

Me permettrez-vous maintenant une excursion hors de nos frontières ? ( Il est de votre intérêt de répondre positivement puisque la devinette s’y situera! ).

Parlons donc d’enfumage … ou plutôt de boucanage. Le boucan est un « gril de bois sur lequel les habitants de l’Amérique et des îles Caraïbes fumaient les viandes ou les poissons ». Il s’agit d’un mot issu du tupi mokaém, « gril de bois » ; dans cette langue les sons m, mb et p alternent en position initiale, et la deuxième syllabe du mot se prononce de façon fortement nasalisée. Sur ce mot ont été formés le verbe boucaner, le boucanage et la boucane tous en relation avec le fait de fumer la viande ou le poisson. Un faux-ami avec boucan, « lieu de débauche », en relation avec la mauvaise réputation du bouc, fait hésiter sur l’origine exacte des toponymes de ce type en France métropolitaine. En revanche, les noms Boucan guadeloupéens ( à Bouillante et Sainte-Rose ) et martiniquais ( au Marin et au Vauvclin ) comme le Grand-Boucan haïtien semblent bien être d’ancien lieux de boucanage, une fois le mot tupi importé par les colons. Il en est de même pour la rivière Boucanée et la rivière Boucane, et les lacs qui y sont attachés, tous québecois.

D’autres toponymes du même genre doivent bien exister, mais je ne suis pas ( encore ) une encyclopédie faite homme et nul doute que je les oublie, d’autant plus que je ne suis pas ( encore ) polyglotte et que j’exclue de mon champ de recherche les langues qui ne s’écrivent pas dans un alphabet que je puisse maitriser sans (trop d’) effort.

Une explication longtemps admise ( par des colons ) disait qu’un peuple ( colonisé ) devrait son nom à sa façon d’utiliser un élément naturel pour se préparer à manger. Si cet élément naturel est bien encore aujourd’hui admis dans l’ethnonyme, on préfère le voir aujourd’hui accompagné d’un autre qualificatif — un peu comme on préfèrerait dire « poêle africaine » plutôt que « poêle à frire ».

Ah oui ! Le nom du peuple est passé à une rivière et à une montagne ( ben oui, c’est un blog consacré à la toponymie, quand même !).

Quel est ce nom ?

Réponse attendue chez leveto @ sfr.fr

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et ce sera tout.