Toute mon estime va donc à Aquinze qui n’aura mis que quelques heures pour donner la solution à la devinette du week-end : il fallait répondre Louis XV.

En 1708, le comte Charles Henri de Lorraine-Vaudémont (1649 – † 1723), fils naturel du duc Charles IV de Lorraine, fait construire à Commercy (Meuse) un château baroque.
En 1737, au terme de la guerre de Succession de Pologne, la Lorraine et le Barrois sont concédés à titre viager à Stanislas Lesczynski, roi détrôné de Pologne mais beau-père du roi Louis XV de France.
Le château conservera le nom de son premier propriétaire polonais : c’ est le château Stanislas.
L’étymologie du nom de Commercy dans la Meuse me donne l’occasion de montrer que la toponymie est une science vivante qui ne se contente pas de compiler des archives. Comme en paléontologie ou en archéologie, de nouvelles découvertes permettent de conforter ou d’infirmer les hypothèses anciennes.
L’attestation la plus ancienne du nom de la ville date de 971 où l’on trouve écrit Commercium. Il s’agit là sans aucun doute d’un dérivé formé avec le suffixe locatif gaulois –aco, latinisé en –acum, qui donnera -y dans cette région ( cf. le billet qu’es acum? ).
Le premier élément serait donc un nom de personne gaulois ou gallo-romain et les spécialistes en ont proposé trois : Comartius (Dauzat ), Commarcius ( Morlet) et Commercius (Nègre). De ces trois noms, seul le premier est attesté comme nom gaulois mais il n’explique pas le double m que l’on trouve dans toutes les attestations les plus anciennes du nom de la ville. Les deux autres pourraient correspondre mais ils n’ont qu’un défaut : leur inexistence tant chez les Gaulois que chez les Romains.
Si le nom n’est ni gaulois ni gallo-romain, c’est que la ville est une création plus tardive, carolingienne, à vocation commerciale à la limite des principautés de Lorraine et du Barrois. L’étymon est un mot du latin médiéval, attesté en Lorraine dès le début du XIè siècle, commarchia, au sens de « région limitrophe », prolongé par le suffixe collectif latin –etu pour donner * Commercet . La forme en –acum du XIè siècle est une réfection latinisante d’autant plus compréhensible que, dans cette région, le résultat roman en -y des deux suffixes est le même.
Addendum, comme ils disent pour faire chic:
La Meuse:
Comme pour beaucoup d’hydronymes — et c’est encore plus vrai pour le nom des grands cours d’eau — il nous faut faire appel aux langues pré-indo-européennes pour en découvrir l’étymologie ( ne croyez pas wikipedia qui vous dit qu’elle est inconnue!). Mosa, citée par César, est vraisemblablement issu de la racine pré-indo-européenne meus- , au sens de « mousse, moisissure» ( cf. l’ancien haut-allemand mos, « mousse, marais ») accompagné du suffixe féminin -a. Le pré-indo-européen mad, « mouillé, ruisseler » prolongé en -sa est une autre hypothèse qui fait toutefois difficulté par cette prolongation en -sa nulle part ailleurs attestée.
La Lorraine:
Après le «partage de Verdun » en 843 qui divisa l’Empire carolingien en trois royaumes, l’habitude fut prise de nommer chacun d’eux par le nom de son premier souverain. La media Francia, échue à Lothaire Ier ( Lotharius) sera appelée Lothari regnum , « le royaume de Lothaire ». De ce nom latin sera issu le gallo-roman Loheregne en 1230 qui sera écrit Lorraine en 1302.
Le Barrois , attesté in pago Barrinse en 717 doit son appellation à l’ancien nom Barrum de Bar-sur-Aube, accompagné du suffixe d’appartenance -inse. Le nom Barrum est lui même issu du gaulois barro, « montagne ».
P.S la photo que je proposais en devinette est une carte postale familiale non datée (oblitération malheureusement illisible) mais que j’estime avoir été postée à la fin de la guerre ou quelque temps après. La carte est signée « Armand, 3è RAC, 3è groupe »: s’il y a des connaisseurs, je suis preneur!
Je me suis appuyé pour ce billet sur les ouvrages que je cite dans ma Bibliographie et principalement sur le Dictionnaire des noms de lieux de la France de Pierre-Henri Billy, éditions errance, Paris, 2011.
In fine, comme ils disent pour en rajouter une couche, j’espère que vous me saurez gré de n’avoir parlé ni des madeleines ni, donc, de Proust.





Pour être complet, il faut rappeler le nom de Cheval-Blanc (Vaucluse) issu d’une 
Le blaireau était désigné par les Gaulois par deux noms différents: blaros ( signifiant « gris clair », cf. le gallois blawr, de même sens ) et taxo. C’est ce deuxième mot, de très loin le plus fréquemment utilisé par ceux qu’il est convenu de considérer comme nos ancêtres, qui sera repris en latin sous la forme taxo, taxonis mais c’est pourtant blaros qui prendra le dessus en français — parce que plus implanté en langue d’oïl qui deviendra la langue française officielle — et donnera notre « blaireau ». Mais taxo tient sa revanche : il est le seul à avoir une descendance en toponymie ! Blaireau entre bien dans le nom de quelques lieux-dits, reliefs divers et autres micro-toponymes, mais ce sont des appellations tardives et, pour la plupart, relatives à un nom de personne (on connait la fortune de ce nom comme sobriquet, pas forcément péjoratif, Bernard Hinault ne me contredira pas) mais sans plus aucun rapport avec l’animal lui-même.

