Merderie et Melda (les répauxdev)

Il est temps de dévoiler les réponses à ma dernière devinette.

Il fallait trouver le  ruisseau de Merderie, affluent de l’Eygues dans la Drôme et le Melda, affluent de la Seine dans l’Aube.

Merderie

Le ruisseau de Merderie est un petit affluent rive gauche de l’Eygues long  de 3.9 km. Il  prend sa source au-dessus de Montréal-les-Sources et se jette en amont de Sahune, dans le département de la Drôme.

Merderie Sahune

♦ l’ Eygues, comme d’autres cours d’eau homonymes – parfois écrits Eygue, Aygue(s) ou Aigue(s) –  doit son nom au latin aqua, « eau ». Elle forme, dès la sortie de Sahune des gorges très étroites sur 8 km auxquelles elle a donné son nom.

♦ le parc régional des Baronnies, dans lequel se trouvent ces gorges, doit bien entendu son nom au pays historique du Dauphiné formé des territoires des barons de Mévouillon et de Montauban, qui luttaient du XIè au XIIIè siècles pour préserver leur indépendance vis-à-vis de l’empereur germanique, avant d’être annexés au Dauphiné en 1315 puis cédés au royaume de France en 1349.

Sahune : le nom de ce village est attesté ecclesia Assedunae en 1183, Anseün dans la chanson de geste de Girart de Roussillon (seconde moitié du XIè siècle), Anseüne dans La chevalerie Vivien (XIIXIIIè siècle), Aseduna en 1238, Ansaduna en 1256, castrum de Anseduna en 1284, Anssedunum en 1430, Sahuna en 1459, Ansehune en 1597 et enfin Sehune en 1624.  E. Nègre (TGF*), qui fait un parallèle avec le nom d’Ensérune (à Nissan, Hér.) attesté Anseduna en 899, explique ce nom par les gaulois antia et duntna, tous deux de sens incertain (La langue gauloise, de Georges Dottin, 1920). La chute du d intervocalique et l’aphérèse du A– pris pour la préposition à provoquent le passage de A(n)se(du)na à Asseüna puis Sehune et enfin Sahune. C’est la finale féminine de ces deux noms qui fait exclure le terme gaulois bien connu dunum, assurément masculin, et qui lui fait préférer ce duntna au sens incertain. C’est cette difficulté, déjà relevée par Ch. Rostaing qui lui a fait proposer un pré-indo-européen *set, « hauteur », accompagné du suffixe –una (cf. son argumentation page 72) J’écrivais il y a un lustre un article à propos de Nissan-lez-Ensérune dans lequel je me moquais de l’étymologie donnée par E. Nègre. J’étais sans doute excessif et j’avoue avoir mis de l’eau dans mon vin depuis lors (c’est une image, qu’on ne se méprenne pas sur le respect que je porte à ce breuvage).

Montréal-les-Sources : attesté Mons Real en 1231, il s’agissait d’un « mont royal » par opposition aux baronnies. Le déterminant provient des nombreuses sources qu’on y trouve, dont celle de la Merderie qui montre bien que les noms issus du latin de merda ne désignaient pas tous un égout à ciel ouvert mais pouvaient désigner, comme ici, un torrent aux eaux boueuses.

Saint-May :  ce village, qui donne son deuxième nom aux gorges de l’Eygues, est un ancien monasterium S. Marii (1183) connu comme saint6mary jusqu’à la révolution.  Il doit son nom à saint Marius, fondateur de l’abbaye de Bodon où il mourut en 550. (Cf. toute l’histoire pp 530-1). Indice : Marius, de Marcel Pagnol.

Melda

Melda est le nom d’une rivière de 24,3 km, affluent de la Seine à Chauchigny dans l’Aube, et celui d’une rivière de 11,5 km qui passe à Troyes dans le même département. L’Aube, rivière éponyme du département, coule sur 249 km, soit grosso modo dix fois la longueur du Melda.

Melda : le nom de la rivière est attesté dans le Dictionnaire topographique du département de l’Aube (T. Boutiot et É. Socard, 1874) sous le nom de Rivière des Merdasses et Merdas en 1537 et devient Melda chez Cassini (feuillet 81, Troyes, 1759).

Saint-Benoît-sur-Seine, Saint-Lyé et Sainte-Maure sont des hagiotoponymes respectivement liés à Benedictus, fondateur de l’ordre des Bénédictins au VIè siècle, Leo, nom de plusieurs papes dont saint Léon le Grand au Vè siècle, et Maura, sainte légendaire de Touraine au VIè siècle.

Chauchigny est formé sur le nom d’homme latin Calcinius et Mergey sur le nom Marmius, tous deux avec le suffixe –acum.

Villacerf : attesté Villarcel au  XIIIè siècle, il s’agit d’un diminutif (suffixe latin –icellum) du latin villare, dérivé de villa, désignant une partie de la villa, soit une ferme, un écart, un hameau.

Lavau : sans surprise, il s’agit d’un dérivé du latin vallis,  féminin, « vallée », avec agglutination de l’article.

Savières : le nom Saverie attesté en 1112 oriente vers une origine selon un thème *sab ou *sav, « terre humide, marais » (d’où les noms de cours d’eau tels Save, Sèvre, etc.) . Un rapport avec le gaulois sapo, « savon », est peu probable.

Troyes : après avoir été une Augustobona au IIè siècle (du gaulois bona, « fondation » et Auguste), la ville a pris le nom des Tricasses au IVè siècle. Ces derniers portent un nom dérivé du gaulois tri, « trois », associé à cassi qui signifie très probablement « boucle » ou « tresse ».

PS : J’avais pensé écrire un autre billet concernant les (autres) déchets dans la toponymie quand je suis tombé sur cet article. Dégoûté fus-je.

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