Briga, la colline gauloise

Après avoir franchi la rivière à gué puis sur le pont, je gravis aujourd’hui la colline gauloise (le mons veneris cher à Pompée). Comme nous, les Gaulois avaient plusieurs mots pour désigner les collines, les monts et autres hauteurs : je consacrerai ce billet à briga, gardant calmis (hauteur dénudée), juris (hauteur boisée), dunum (colline puis forteresse), etc. pour d’éventuels autres billets.

Le gaulois briga est issu de la racine indo-européenne *bherg , qui comportait déjà une idée de hauteur et d’abri. Cette même racine est à l’origine de burg, très répandu en Europe du Nord-Ouest où il a désigné des hauteurs, puis des habitats en hauteur et enfin des forteresses (la même racine semble d’ailleurs avoir aussi donné le latin fortis) sous les formes burg, burgh, borough, bourg. Parallèlement, la même racine s’est fixée en berg pour désigner la montagne elle-même ( et dans le breton bren, le vieux norrois brekka, etc.). Le gaulois briga a subi la même évolution, désignant à l’origine une forte colline, puis une éminence fortifiée , comme un « montfort ». Cependant, il n’a pas connu la même fortune que burg et est moins représenté dans la toponymie.

On verra que la confusion est possible avec des dérivés de briva, « pont », qui ont pu évoluer de la même manière. La seule façon de trancher entre les deux racines est de se reporter aux formes anciennes du nom, si elles existent, et, bien entendu, à la topographie des lieux.

Notons par ailleurs qu’au briga celtique répond un brica ligure de même sens à l’origine de quelques toponymes dans les zones où on parlait cette langue, soit dans une partie du Sud-Est.

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Attention! La route est longue!

Briga employé seul

La Brie, région naturelle formée d’une vaste forêt défrichée couvrant la Seine-et-Marne et des parties de l’Essonne, du Val-de-Marne, de l’Aisne, de la Marne et de l’Aube, est un plateau parfaitement délimité par de longues lignes de coteaux dans les vallées de la Seine et de la Marne. Elle est attestée intra Briegensem saltum, pagumque Briegium en 640. Ce sont ses coteaux qui lui ont valu d’être désignée par l’appellatif briga, « hauteur » — le sens de « forteresse » ne s’appliquant pas ici. C’est ce même briga qui est à l’origine de Brie-Comte-Robert (S.-et-M.) et aussi de Brie (D.-Sèvres), Brie-de-la-Rochefoucauld (Char.), Brie-sous-Archiac (Ch.-Mar.), Brie-sous-Chalais (Char.) et Brie-sous-Matha (Ch.-Mar.), tous situés sur des buttes.

Brie Comte Robert
Moi, j’en compte six paires, mais je peux me tromper.

Brée (Mayenne, Brea en 616) et Bray ( Saône-et-Loire, in villa Brigia en 905) sont sans aucun doute eux aussi issus de briga. Les autres Bray et noms similaires sont pour la plupart issus du gaulois bracu.

Broye (S.-et-L), Broye-les-Loups (H.-Saône, Broes en 1200), Broye-les-Pesmes (H.-Saône, Broies en 1275) et Broyes ( Marne, Brias en 813 ; Oise, Broiæ en 1103) représentent d’anciens briga, même si un doute est permis pour les trois premiers où on pourrait voir un  dérivé du gaulois broga, « bord (d’une rivière, d’un champ) ».

Briey (M.et-M, de Briaco en 1055) est controversé : le suffixe -aco a fait privilégier un nom d’homme gaulois comme étymon. Furent ainsi proposés *Brigos (DENLF*), Brigus (Les noms de personne sur le territoire de l’ancienne Gaule du VIè au XIIè siècle, M.-Th. Morlet, Paris, 1965), Brigius (TGF*) et Brigo (Les noms de lieux de Meurthe-et-Moselle, A.Wirth, éd. Haroué, 2004). Seuls Brigius et Brigo sont en réalité attestés mais le fait que la ville était autrefois fortifiée en hauteur dans ce qui constitue aujourd’hui le quartier Briey-Haut incite à voir dans ce nom un simple dérivé de briga (DNLF*)

Briga employé avec un suffixe

Comme briva, briga a pu être employé avec différents suffixes :

  •  pré-celtique ant-ione : à l’origine de Briançon (H.-Alpes, Brigantion chez Strabon au Ier siècle ap. J.-C.), de Briançonnet (Alpes-Mar., Brianzo en 997 ; le diminutif occitan -et est un ajout du XVIè siècle) et aussi du mont Briançon (à Saint-Arçons-sur-Allier, H.-Loire), de Briençon (à Authon, Alpes-M.) et de Notre-Dame-de-Briançon (Sav.). Le même suffixe est à l’origine de Briant ( Saône-et-Loire ) et de Briantes (Indre).
  • gaulois -one : Bréau-Mars (Gard, de Breono en 1331).
  • suffixe gaulois ou romain -onem : Brignon (Gard), Le Brignon (H.-Loire), Brion ( Isère, Lozère, M.-et-L., ). Les autres Brion (Indre, D.-Sèvres, Yonne), situés en plaine, pourraient être dérivés du gaulois *berria, « plaine », voire de briva, « pont ».
  • suffixe gaulois –ona : Briosne-les-Sables (Sarthe, Briona en 1330) et La Brionne (Creuse).
  • suffixe -osus : Brioux-sur-Boutonne (D.-Sèvres, Brigiosum sur la Table de Peutinger), le suffixe -osus pouvant signifier ici « pourvu d'(une forteresse) ».

Briga employé en composition

Le plus souvent, la racine briga se trouve en composition avec un élément pré-celtique ou celtique qui est le nom de lieu originel, avec le sens de « montagne de … », « place forte de … » dans l’ordre déterminant puis déterminé. En gaulois, c’est la voyelle de liaison –o-, qui se retrouve en antépénultième position de la finale ó-briga, qui est accentuée, aboutissant généralement à –œuvre ou euvre dans le Nord et -obre dans le Midi.

  • pré-indo-européen *kant-, « rocher, hauteur » : Cantobre (à Nant, Aveyron) village perché dominant la Dourbie.

Cantobre

  • pré-indo-européen *kal, « rocher, hauteur » : Coulobres (Hér., Calobrices en 881).
  • oronyme pré-celtique ved-en : Vézénobres (Gard, Venezobrium en 1050).
  • oronyme pré-celtique vĭn-t : Vinsobres (Drôme, Vinzobrio en 1137).
  • gaulois vindos, « blanc » : Vandœuvre-lès-Nancy (M.-et-M.), Vendeuvre-sur-Barse (Aube), Vendeuvre-du-Poitou (Vienne), Vendeuvre (Calv.), Vendœuvres (Indre).
  • gaulois vidu, « arbre, bois » : Voivres (Sarthe, Vodebris au IXè siècle).
  • gaulois ialo, « champ défriché » puis « habitat » : Brigueil-le-Chantre (Char., Brigolium au XIIè siècle) situé en hauteur sur une ancienne falaise.
  • gaulois canto, « brillant » : Champdor (Ain, Candobrium en 1169 puis Chandoro en 1198) qui constitue un remarquable exemple où l’évolution phonétique ressuscite avec éclat le sens originel.
  • gaulois lano, « plaine » : Lanobre (Cantal).
  • gaulois diva, « divin » : Joeuvres (à St-Jean-St-Maurice-sur-Loire, Loire) est un ancien divo-briga, avec le passage classique de di– à j– , déjà vu pour Jort et bien connu par exemple pour le latin diurnum ayant donné « jour ».
  • gaulois eburo, « if » : Avrolles (à St-Florentin, Yonne) est un ancien eburo-briga, l’if étant vraisemblablement ici l’arbre totémique de la forteresse. Eburobriga du IVè siècle, passé à *Evrobre, a été diminué en *Evrobr-ola, lui-même simplifié en Evrola au IXè siècle qui donnera  Avrolles.
  • latin mons : Brimont (Marne, Brimons en 1171) est, comme Vinsobres et Vézénobres, tautologique (DENLF*). Il s’agirait là d’un rare cas où briga est antéposé ce qui permet d’envisager une autre origine possible selon le nom de personne germanique Beremundus (TGF*).
  • latin modus, « mesure, juste mesure, limite » : Moyeuvre-Grande et Moyeuvre-Petite (Mos., Modover superior en 861) (TGF*) ; autre possibilité : le gaulois medio, « centre » (wiki). L’hypothèse la plus séduisante est sans doute celle  qui fait de Modo un ruisseau sur les bords duquel aurait été bâtie la forteresse briga (DENLF*) ou bien une « rivière bruissante » (Toponymie mosellane, Alain Simmer, Fensch Vallée éd. 2002).

Briga employé avec un anthroponyme

Dans quelques cas, briga est employé avec un nom de personne gaulois, au sens de « forteresse de … »

  • Banna : Bonnoeuvre (L.-Atl., Banouvrium en 1073).
  • Cartus : Chartève (Aisne, Cartovorum en 1242) et Chartreuve ( à Chéry-Chartreuve, Aisne).
  • Coios : Coivrel (Oise, Cueibra en 1123 puis Cuioverel en 1190 diminué avec le suffixe –el) (DENLF*) ; une origine selon le gaulois *cob, « victoire », est douteuse (TGF*).
  • Correus : Courouvre (Meuse, Corrubrium en 1207).
  • Cotos : Coutouvre (de Cotobrio au XIVè siècle). Le gaulois cotos signifie « vieux, ancien » (cf. breton coz ) et a été employé comme surnom.
  • Donnos : Denèvre (H.-Saône), Deneuvre (M.-et-M., Donobrii en 1120) et  Châtel-de-Neuvre (Allier, pagus Donobrensis à l’époque mérovingienne). Le gaulois donnus désignait « le noble ».
  • Satur : Sèvres ( Vienne, Sadebria en 962) et Suèvres (L.-et-C., Sadobria en 845).
  • Sollus : Soulièvres (D.-Sèvres, Solobria en 1095).
  • Vero : Verosvres (S.-et-L, Vorovre au XIVè siècle) (DENLF*) ; le gaulois voreto, « secours », est douteux (TGF*). Le gaulois vero– signifie « le grand, le très grand ».
  • Volo : Volesvres (S.-et-L), Vallabrègues (Gard, Volobrega en 1102),  et Vallabrix (Gard, Valabricio en 1295, soit une forme masculinisée). Pour les deux derniers, un composé avec le gaulois vallo, « enclos », dans un sens d’« enceinte fortifiée », n’est pas exclu.

Le ligure brica

On trouve ce mot ligure dans l’appellatif occitan bric ou brec désignant un sommet escarpé et se terminant en pointe dans tout le massif alpin : le Bric Froid (H.-Alpes, un des points culminants du Queyras), le Brec de Chambeyron (à St-Paul-sur-Ubaye, Alpes-de-H.-P.), le Brec d’Utelle (Alpes-Mar.), le Brec de Rubren au nord-est du Brec de Chambeyron et quelques autres. Les noms du Collet d’Aubrick (à Puget-Théniers, Alpes-Mar., ad Bricum au XIè siècle, avec le provençal coulet, « petite colline »), du mont Bréquin ( entre Orelle et Thyl, en Savoie) et du sommet du Brigou (à l’ouest de Cuges, B.-du-R.) sont issus de ce même brica.

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Le Brec de Chambeyron

À ces formes masculines du ligure brica s’oppose La Brigue ( Alpes-Mar., Brica en 1002) dont l’article la montre qu’il s’agit sans doute d’un appellatif en ancien provençal : la briga.

Le nom du fort de Brégançon sur la côte varoise, près du Lavandou, est sans doute issu de ce même ligure brica, suffixé en ant-ione, plutôt que du gaulois briga.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

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La devinette

Il vous faudra trouver le nom d’une région naturelle de France métropolitaine formé du gaulois briga accompagné d’une racine pré-celtique à propos du sens de laquelle les toponymistes ne sont pas tout à fait d’accord mais qui se rapporte au champ oronymique.

Sa superficie dépasse à peine les cent kilomètres carrés situés à proximité d’une ville qui doit son nom à une place forte.

On y trouve des éléments particuliers du relief à l’origine de « légendes » inventées pour la plupart de toutes pièces pour attirer le touriste.

Un indice « régional » :

indice c 12 07 20

Deux indices « locaux » :

indice a 12 07 20

indice b 12 07 20

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Bressuire (la répàladev)

TRA a rejoint TRS et Un Intrus en découvrant à son tour la solution de ma dernière devinette. Bravo à lui!

Il fallait trouver Bressuire, une sous-préfecture deux-sèvrienne, sur le Dolo.

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Station antique sur la voie de Poitiers à Nantes, son nom est noté Segora sur la Table de Peutinger au IVè siècle. Ce nom est celui de la rivière, aujourd’hui le Dolo, que franchissait la voie romaine. Il repose sur l’indo-européen *seik, « verser, couler, ruisseler, tomber goutte à goutte » suivi du suffixe -ora — tandis que *seik-ana donnera Sequana puis (la) Seine.

Après la construction d’un pont à une date indéterminée apparait entre 1073 et 1100 le nom Berzorium qui est un composé du gaulois briva, « pont », suivi du nom Segora de la rivière ; il s’agit d’une forme composée bien connue en Gaule (cf. Briollay sur le Loir, Brissarthe sur la Sarthe, etc. dans le  billet correspondant). Jusqu’en 1150 ne sont attestées que des formes ayant subi la métathèse comme Berzorium ; à partir de cette date, les formes du type originel, comme Brochorium en latin (vers 1150) et Breçoire en poitevin (en 1330), deviennent de plus en plus nombreuses et expliquent que Bressuyre en 1376 a finalement succédé au Bersuyre de 1320. Une forme Berzoriacum relevée vers 1030 est une latinisation fantaisiste.

Le changement de nom de la rivière se produit avant 1370, date à laquelle apparait le nom Doulo qui deviendra Dolo. Il s’agit d’un hydronyme gaulois *dol, « vallée, creux » ou « méandre » (cf. le breton dol, « terre basse, polder, méandre », le gallois  « doleniad, « méandre », etc. de mêmes sens) accompagné du suffixe gaulois ou latin -avus.

bressuire

Bressuire était apparue dans trois billets de ce blog :

 

Cul de lampe A

 

Les indices

■ la gravure

The draper in the sixteenth century, after an engraving of the t

cette reproduction d’une gravure du XVIè siècle montre un drapier en plein travail. La draperie a fait la richesse de Bressuire du Moyen Âge au XVIIIè siècle, comme le savent ceux qui ont pris la peine la peine de lire la fiche wikipedia qui lui est consacrée.

 

 

■ le tableau :

indice d 07 07 20Le Sauveur du Monde de Léonard de Vinci devait orienter les recherches vers Saint-Sauveur-du-Givre-en-Mai.

 

 

 

 

 

■ la photo :

indice c 07 07 20

cette photo extraite de ce site représente une étape de la fabrication du dolo, la bière à base de mil rouge, boisson nationale du Burkina Faso. L’homophonie devait orienter les recherches vers un autre liquide, en l’occurrence le Dolo qui coule à Bressuire.

 

■ le défilé :

indice eil fallait reconnaitre les élèves de l’École Militaire Inter-Armes (EMIA) qui sont surnommés les « dolos », d’après la marque de corned beef  qui représente un bœuf (un « bœuf » étant en langage argotique militaire un soldat rustique, dur à la tâche et pas toujours très fin). Le corned-beef était la grande spécialité de la  Société de charcuterie salaison et conserves Le Dolo fondée à Bressuire en 1942 ( cf. cette revue à partir de la page 70).

Les indices du mardi 07/07/2020

Un Intrus a rejoint TRS, le devin le plus rapide de l’Hexagone, pour un duo de « solutionneurs » de ma dernière devinette. Félicitations !

Un rappel de l’énoncé ? D’accord!

Il vous faudra trouver le nom d’une commune française métropolitaine formé du gaulois briva, « pont », associé à l’ancien nom de la rivière qui y prend sa source.

Cette commune apparaît dans trois anciens billets de ce blog :

— à propos d’un épisode guerrier légendaire qui a fourni le déterminant du nom d’une ancienne commune, aujourd’hui associée à celle qu’il faut trouver ;

— à propos de vestiges archéologiques qu’on prétend à tort liés au même épisode guerrier et qui ont donné lieu à un micro-toponyme ;

— à propos de la qualité du sol qui a donné son nom à une autre ancienne commune, aujourd’hui associée à celle qu’il faut trouver.

Un seul indice ( parce que je n’ai pas d’autre idée!) :

The draper in the sixteenth century, after an engraving of the t

Et des indices supplémentaires :

■ un tableau ( pour l’endroit où se serait déroulé l’épisode guerrier ) :

indice d 07 07 20

■ une photo (pour le liquide local ) :

indice c 07 07 20

■ un défilé (pour une production locale … mais il ne faudra pas venir vous plaindre !) :

indice e

 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

 

Briva, le pont gaulois

Quoi de plus naturel, après le gué gaulois, que de poursuivre l’aventure en passant le pont ?

Le gaulois avait briva pour désigner le pont, un mot issu d’un indo-européen *bhréwa, désignant un madrier, une poutre servant de passerelle et qui a aussi donné le bridge anglais, le brug néerlandais et le Brück allemand.

On sait que les Gaulois étaient de fameux constructeurs de ponts en bois ; les archéologues ont même retrouvé à Cornaux-les-Sauges en Suisse un pont monumental de 90 mètres de long, du IIIè siècle av. J.-C.

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Incroyable ! Impossible de trouver une photo de pont en bois gaulois sur internet !

Le pont était un ouvrage suffisamment solide et pérenne pour devenir un élément essentiel d’une agglomération ou pour qu’une ville s’y fixe, ce qui explique les quelques traces que briva a laissées en toponymie, avant de laisser sa place au latin pontus, généralement en pierre.

Briva employé seul

On retrouve briva dans les noms de Brie (Aisne, Somme, attestés Briva — les autres Brie sont issus du gaulois briga, « hauteur » ), Brive-la-Gaillarde (Corr., Brivae au VIè siècle), Brives (Ch.-Mar.), Brives-Charensac (H.-Loire) et Brèves (Nièvre, vico Brivae sur une inscription romaine).

Briva a été employé avec divers suffixes :

  • le pré-celtique et celtique locatif -ate : Brioude, (H.-Loire, Brivate au VIè siècle ; le pont sur l’Allier est à Vieille-Brioude, trois kilomètres au sud-est) et Brides-les-Bains (Sav.). Saint-Nazaire est une ancienne Brivates ainsi nommée par Ptolémée au IIè siècle.

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  • le péjoratif latin -aster : Briastre (Nord, Briastrum en 1033), « le vilain pont ».
  • le suffixe féminin roman -ana, sous-entendu villa, « (la ferme) du pont » : Brienne (S.-et-L., Briana en 1059), Brienne-sur-Aisne (Ardennes), Brienne-la-Vieille et Brienne-le-Château (Aube — la première, Briona au VIIè siècle, avec son pont sur l’Aube sur la route de Reims à Langres, donnera son nom à la seconde au XIIè siècle après la construction d’un castellum qui devait servir de refuge aux habitants lors des incursions normandes).

Briva a aussi donné quelques noms de cours d’eau comme La Brive qui coule à Cavillargues (Gard), La Brive, affluent de l’Aveyron dans le Tarn-et-Garonne et quelques autres. Avec le double suffixe pré-celtique –ant-ione, briva a donné son nom au Briançon, affluent du Rhône près de Théziers dans le Gard, au Briançon, affluent du Tarn en Lozère, au Briançon à Quettetot dans la Manche, etc. auxquels on peut ajouter La Briance, affluent de la Vienne, Le Brian affluent de la Cesse dans l’Hérault et La Briane, affluent de l’Aveyron. Dans certains cas, on pourrait postuler le gaulois briga , « hauteur », qui est à l’origine de Briançon (H.-Alpes) mais briva a de meilleures chances d’être représenté dans les noms de cours d’eau, alors appelés « la rivière  au pont ».

Briva en composition

■ avec le nom de la rivière :

  • Briollay (M.-et-L.) sur la Sarthe,  doit son nom au Vieux-Briollay, un de ses hameaux sur le Loir noté Brioledum en 1040, avec Ledum, le Loir.
  • Chabris (Indre): sur le Cher : Briocarum vers 1055-82, avec Carus, le Cher.
  • Salbris (L.-et-C.) : Salebrivas en 885, sur la Sauldre, en gaulois Salera.
  • Escaudœuvres (Nord) : Scaldobrio en 1139, sur l’Escaut, Scaldis chez César..
  • Brissarthe (M.-et-L.) : in vico Briosartense en 835, sur la Sarthe.
  • Amiens (Somme ) était  Samarobriva chez César, avec Samara, nom prélatin de la Somme, avant de prendre au IVè siècle le nom de la peuplade gauloise (Belgique) Ambiani dont elle était la capitale.
  • Saint-Lô (Manche), sur la Vire, était la civitate Briovere en 511, avec l’ancien nom Viria de la Vire, avant de prendre le nom de son église dès le XIè siècle et de le conserver quand l’église sera vouée à la Sainte Croix au XIIIè siècle.

■ avec d’autres substantifs gaulois :

  • avec dunum, « colline » puis « forteresse », donnant bri(v)-ó-(d)unum   : Brion (Ain, S.-et-L., Vienne ) et Brion-sur-Ource (C.-d’Or), tous traversés par une rivière. Les autres Brion sont soit issus de briga, « hauteur » (Isère, Sav., P.-de-D., etc.) soit de berria, « plaine » ( Indre, D.-Sèvres, Yonne) mais toujours avec dunum.
  • avec durum, « forteresse, ville close » : Briare (Loiret, Brivodurum au IVè siècle, place forte commandant le pont sur lequel la route suivait la rive droite de la Loire d’Autun à Orléans en franchissant l’affluent La Trézée), Briarres-sur-Essonne (Loiret, place-forte surveillant le pont que franchissait la voie antique reliant Sens à Chartres), Brieulles-sur-Bar (Ardennes, Briodro à l’époque mérovingienne) et Brieulles-sur-Meuse (Meuse, Briodurum en 984) et Brionne (Eure, Brevodurum dans l’Itinéraire d’Antonin puis Brionna au XIIè siècle après changement de suffixe).

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  • avec rate, « rempart, forteresse » : Briord ( Ain, sur le Rhône, on trouve  Vicani Brioratenses sur une inscription romaine).
  • avec *banno, « corne, pic » : Bonnœuvre (L.-Atl., aujourd’hui dans la commune nouvelle de Vallons-de-l’Erdre), était noté Banouvrium (1073) puis Banovrium (1186), d’un composé banno-ó-briva, « pont en forme de corne » (?). Le premier terme du composé pourrait être plus simplement un nom d’homme gaulois Banna. Le nom Banovrium a été latinisé (joca monachorum ?) Bono Opere en 1330, d’où le Bonnœuvre actuel plutôt qu’un *Bannovre qui aurait été plus respectueux de l’étymologie.
  • avec treide, « pied » : Bléré (I.-et-L.) était connu comme Briotreide au VIè siècle, Biotreit puis Blireium au VIIè siècle et Bliriacum au XIè siècle : on reconnait le gaulois briva accompagné de treide, « pied », ce qui devait signifier « bout du pont », où il y avait peut-être un fortin. La forme du XIè siècle est une re-latinisation avec le suffixe -acum donnant la finale accentuée .

cul de lampe B

La devinette

Il vous faudra trouver le nom d’une commune française métropolitaine formé du gaulois briva, « pont », associé à l’ancien nom de la rivière qui y prend sa source.

Cette commune apparaît dans trois anciens billets de ce blog :

— à propos d’un épisode guerrier légendaire qui a fourni le déterminant du nom d’une ancienne commune, aujourd’hui associée à celle qu’il faut trouver ;

— à propos de vestiges archéologiques qu’on prétend à tort liés au même épisode guerrier et qui ont donné lieu à un micro-toponyme ;

— à propos de la qualité du sol qui a donné son nom à une autre ancienne commune, aujourd’hui associée à celle qu’il faut trouver.

Un seul indice ( parce que je n’ai pas d’autre idée!) :

The draper in the sixteenth century, after an engraving of the t

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Jort (répàladev)

Un Intrus a rejoint TRS, TRA et LGF pour un quatuor de « solutionneurs » de ma précédente devinette. Bravo à lui!

Il fallait trouver Jort, une petite commune calvadosienne.

Le nom de la commune est attesté Jort (ca. 1050), Jorra en 1138, Jortz en 1585 et Jors en 1620. Il faut voir dans ces noms un dérivé du gaulois Deva-ó-ritum, le « gué (ritum) sur la Dives ».

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La Dives, fleuve côtier qui se jette à Dives-sur-Mer (Calv.), est attestée Diva en 1015, du gaulois *deva, « divine », adjectif féminin de devo, « dieu ». Au sud de Jort, la Dives se sépare en plusieurs petites branches qui rendaient son passage à gué plus facile, puis elle  retrouve un lit unique pour se jeter dans la Manche.

Le passage de divos, « divin », à Jeu ou Jo(u) après chute du -v– intervocalique, est attesté ( et savamment expliqué par les meilleurs linguistes …) dans les noms de Jeurre (Jura),  Jouarre (S.-et-M.) et de Jouard-Ponchartrain (Yv.) qui sont d’anciens Divodurum, avec dūrum, « citadelle ». L’accentuation de la finale ó-ritum sur le ó de liaison est à l’origine de la terminaison en -ort du toponyme Jort, comme pour Gisors, Chambord, Bort, etc.

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Les indices

■ une sculpture :

 indice b 28 06 20ceux qui ont lu jusqu’au bout la page wikipedia concernant Jort, seront tombés sur cette information : « En 2011, lors de travaux sanitaires, ont été retrouvés des reliefs antiques que les spécialistes ont identifiés comme à appartenant au culte de la divinité orientale Mithra ».

 

 

■ un bout de tissu :

 indice a 30 06 20il s’agit d’un détail de la tapisserie de Bayeux qui raconte l’invasion de l’Angleterre par Guillaume de Normandie, dit le Conquérant. On dit que c’est dans l’estuaire de la Dives que se rassembla en 1066 une flotte de six cents navires avant qu’elle ne rejoigne la baie de Saint-Valery-sur-Somme, d’où elle partit pour débarquer dans la baie de Pevensey le 28 septembre.

■ un poème :

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il s’agissait de la Dive Bouteille que présente Bacbuc à Pantagruel et à ses compagnons dans le Cinquième Livre de Rabelais publié en 1564.

 

 

■ un dessin :

indice-b-30-06-20 le sapeur Camember dont je vous invitais à faire un fromage, donc un camembert, était censé vous orienter, si c’était encore nécessaire, vers la Normandie.

Les indices du mardi 30/06/2020

TRS, TRA et LGF occupent seuls les premières marches du podium des découvreurs de la bonne solution de ma dernière devinette. Bravo à tous les trois!

Rappel de l’énoncé :

Il vous faudra trouver le nom d’une commune française, formé de ce « gué » gaulois [ ritum ] accompagné d’un mot ressortissant au domaine mystique. L’évolution phonétique a fait que ni l’un ni l’autre ne sont plus reconnaissables aujourd’hui.

Comme il me semble que la réponse n’est pas si difficile à trouver, il  faudra vous contenter de cet indice — non pas tant pour vous aider à trouver la bonne solution, mais pour vous permettre de confirmer que vous l’avez bien trouvée :

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Quelques indices supplémentaires qui devraient grandement faciliter le travail des retardataires :

■ un bout de tissu :

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■ un poème (ce n’est plus un indice, c’est un cadeau!) :

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■ et un dessin ( vous pourrez en faire tout un fromage!) :

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Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

 

Ritum, le gué gaulois

Partisans comme tout le monde du moindre effort,  les Gaulois passaient, quand c’était possible, les rivières à gué, s’évitant ainsi la construction d’un pont.

Le mot gaulois pour le gué était ritum (oui, c’est bien ça : si c’est gué, ritum). Le rôle du gué était évidemment capital puisqu’il était un lieu de passage obligé, particulièrement apte à fixer une agglomération. Ritum  a ainsi été productif de nombreux toponymes, le plus souvent, comme pour -ialo, Comme pour tous les noms composés gaulois, ritum, lorsqu’il se trouve en seconde position, est rattaché au mot précédent par un -o- de liaison qui est alors le plus souvent accentué.

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Alix, dit Riton par ses amis

Anciens noms de villes

  • Javols1 (Lozère), sur le Tréboulin, affluent de la Truyère, portait au IVè siècle le nom d’Anderitum, avec la particule intensive gauloise ande, soit « le grand gué », ce qui n’est guère en rapport avec la topographie des lieux ; sans doute faut-il penser que l’épithète est due au grand nombre de voies de communications aboutissant à ce gué.
  • Limoges2 (H.-Vienne), sur la Vienne, avait été appelée Augustoritum au IVè siècle, un composé hybride en hommage à l’empereur Auguste.
  • Vannes3 (Morb.), à la jonction de la Marle et du Vincin, s’appelait Darioriton au IIè siècle chez Ptolémée, avec le gaulois dario, « agitation, tumulte », donnant au toponyme le sens de « gué tumultueux ».
  • Radepont4 (Eure, sur l’Ancelle) : noté Ritumagus au IVè siècle, avec le gaulois magos, « marché ».

Composé avec des mots gaulois

  • ambe, « ruisseau » : le nom d’ Ambert (P.-de-D., sur la Dore), déjà attesté sous cette forme romane en 1096, est composé avec le gaulois ambe, « ruisseau », comme celui d’Ambort (au confluent de la Rue et de la Tarentaine, Cne de Champs-sur-Tarentaine, Cantal).
  • bonna, « base, fondation » : Bonnard (Yonne) dont le nom Bonoritum (IVè siècle) est formé avec bonna,  indiquant un gué solide (TGF*). Une autre hypothèse préfère y voir le nom d’homme gaulois Bonos (DENLF*).
  • gaesum, « javelot de fer » : Gisors (Eure) dont le nom Gisortis attesté en 968 est composé du gaulois gaesum, « javelot de fer » et de ritum, « gué » ; les confluents en pointe ont souvent été désignés par de telles métaphores (cf. L’Aguillon dans le Lot-et-Garonne, Saint-Sulpice-la-Pointe dans le Tarn, etc.) et la confluence de l’Epte et de la Troesne a pu être désignée ainsi par les Gaulois (DNLF*). Une autre hypothèse fait appel au nom d’homme gaulois *Gisus (DENLF*) à rapprocher du nom de dieu Gisacus (TGF*).

Gisors-2-

  • cambo, « courbe (de rivière) » : Chambord (L.-et-C.) dont le nom Cambortus de 860 est formé avec le gaulois cambo, « courbe », signalant un gué sur une courbe du Cosson. De ce même cambo sont issus les noms de Chambord (Eure), Chambors (Oise), Chambourg-sur-Indre (I.-et-L, Cambortum en 816, dont la terminaison a subi l’attraction de -bourg, alors très courant) et vraisemblablement le diminutif Chamoret (H.-Vienne), sur une courbe de la Glayeule.
  • boduo, « corneille » : Bort-les-Orgues (Corrèze) dont le nom Boort, attesté en 944, est formé sur le gaulois boduo, « corneille », auquel on doit aussi les noms de Bort-l’Étang (P.-de-D., sur un affluent du Litroux) et de Bourth (Eure, sur l’Iton). Dans ces trois noms, le -d- intervocalique de *boduo-ritum est tombé.
  • Brennus : Bernot (Aisne, rive droite de l’Oise) dont les les anciens noms à notre disposition sont Bresnoth au Xè siècle et Brenost au XIè siècle puis Bresnort en 1156 et Brennort en 1157. Sans doute faut-il restituer la finale -ort aux noms des Xè et XIè siècle pour reconstituer le nom de *Brenn-ó-ritum, « le gué de Brennus », nom d’homme gaulois.
  • petor, « quatre » : Bédarrides (Vauc.) dont  le nom Betorrida de 816 est formé avec petor, « quatre », et rita, pluriel de ritum. La commune est effectivement à la confluence de l’Ouvèze, de la Mède, et de deux branches de la Sorgue et de l’Auzon. L’absence inhabituelle du -ó- de liaison accentué est à l’origine de l’accentuation sur le -i- donnant la terminaison en -rides.
  • nouio, « nouveau » : Niort (Deux-Sèvres), attesté Noiordo vico sur une monnaie mérovingienne est un composé du gaulois nouio, « nouveau » et ritum, « gué ». Le gué sur la Sèvres Niortaise permettait le passage de la voie romaine de Saintes à Nantes. Niort-de-Sault, dans l’Aude, attesté  Aniorto en 1040, et Niort-la-Fontaine, en Mayenne, attesté Medio Orto au IXè siècle, semblent avoir une autre origine encore obscure même si E. Nègre a émis l’hypothèse pour la commune Audoise d’un *ande-ó-ritum, avec la particule intensive -ande subissant la disparition du -d- pour former *an(d)e-ór(i)to devenu Aniorto puis Niort, après chute du A initial pris pour la préposition à. (TGF*).

Composé avec un mot latin

Les toponymes associant le gaulois ritum à un nom latin sont  rares puisque le latin vadum, « gué », a très vite remplacé le mot gaulois. On compte malgré tout quelques noms formés avec l’adjectif latin longus. C’est le cas de Longré (Char., Longorete au haut Moyen Âge), de Lonrai (Orne) et de Longroy (Seine-Mar.). Le Gué-de-Longroi (E.-et-L.), noté Vadum de Loonrai vers 1200, semble être une formation tautologique (« le gué du long gué » ) dont le deuxième élément a subi très tôt une attraction paronymique : on trouve déjà écrit Vadum Longi Regis vers 1300 (DENLF*). Une autre hypothèse fait appel au nom d’homme gaulois Lugaunus accompagné du même ritum qui serait accentué (TGF*). Dans le même ordre d’idée, Le Gué du Roi, à la Ferté-Saint-Aubin (Loiret) a tout d’un rito redoublé comme le hameau de Roiville à Cérelles (I.-et-L.) est une ancienne Rito-villa.

Composé avec un mot germanique

Rethel (Ardennes) : la première attestation du nom, au Xè siècle, sous la forme in villa Reiteste nomine, s’explique en le décomposant en deux éléments : le premier, Reit-, ( qui apparaitra en 1097 sous une forme latinisée Regiteste castello ayant subi l’attraction paronymique du latin regis, « du roi ») est le résultat roman du gaulois ritu-, le village antique ayant été bâti sur la rive droite de l’Aisne. Au cours du haut Moyen Âge, un appellatif a été adjoint au nom du lieu, en l’occurrence l’ancien haut allemand stat, « lieu, endroit », reconnaissable dans le deuxième élément du toponyme –stet (Registeste castrum vers 1120 ) devenu par métathèse -test (Retest est attesté vers 1172). Le groupe consonantique terminal n’étant plus prononcé, une nouvelle consonne d’appui est apparue, -l, attestée dès 1246 dans Rethel.

La variante rotu

Le gaulois ritum a pour origine l’idée de porter, par le radical indo-européen *pertu, qui a aussi donné le ford anglais et le Furt alsacien. Parallèlement, ce même radical a évolué vers une forme *portu  d’où proviennent le latin portus, « passage », l’ancien breton rodoed, « gué » (d’où les nombreux Roudou ou Roudourou en Bretagne, mais c’est un autre sujet) et aussi la variante gauloise rotu pour « gué » qui nous intéresse ici. De cette variante sont issus, entre autres, les noms de  :

  • Redon (I.-et-V.) : la ville est attestée in loco nuncupante Roton en 834 puis, par dissimilation, Redonis civitata en 843. Le nom s’explique par le gaulois rotu accompagné du suffixe, aussi gaulois, -one. La persistance du -d- inter-vocalique s’explique par le fait que la ville se situe dans la zone linguistique romano-bretonne.

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  • Ruelle-sur-Touvre (Char.) : attesté Rodelita au IXè siècle puis Roella en 1296, le nom est formé de la variante gauloise rotu- accompagnée du suffixe, aussi gaulois, -ela, la forme du IXè siècle étant vraisemblablement une mauvaise transcription.
  • Rueil-Malmaison (H.-de-S.), Rotoialinsem villam au VIè siècle, est formé de rotu, «gué», associé à ialo, « clairière, lieu ». Ce même composé a donné le déterminant de Val-de-Reuil (Eure).
  • Ruan (L.-et-C.), Ruan-sur-Egvone (Loiret) et Pont-de-Ruan (I.-et-V.) sont des anciens roto-magos, avec magos, « marché ». La paronymie avec le gaulois roto, « roue », qui serait employé ici par métaphore topographique, a permis d’émettre d’autres hypothèses étymologiques semble-t-il moins convaincantes. Et attention! le nom de Rouen (S.-M.) provient, lui, de rato-magos, avec le gaulois rato, « rempart ».

La Margeride

Cette région naturelle, formée d’un massif montagneux aux confins des départements de la Lozère, du Cantal et de la Haute-Loire, tient son nom d’un lieu-dit La Margeride, hameau et château médiéval détruit (Cne de Védrines-Saint-Loup, Cantal), siège d’une puissante seigneurie du diocèse de Clermont.

LA MARGERIDE
Carte de Cassini – Feuillet 54 – Saint-Flour (1575-76)

Le château est attesté Marjarida en 1148 et Margerida en 1463. Localisé en forêt, il se trouve à quelques kilomètres de la limite entre les civitates des Arverni et des Vellavii, et à la limite des pagi francs du Tallendais et du Brivadois. C’est pourquoi on peut voir dans son nom un ancien *Morgarita, du gaulois morga, « borne, limite » (de l’indo-européen *morg, de même sens, d’où le français « marche » et l’allemand et l’anglais Mark ), et ritu, « gué ». L’attraction paronymique du latin Margarita, « perle », a fait évoluer le toponyme vers sa forme actuelle. Cela a été d’autant plus aisé que dans certains ruisseaux du Massif Central, mais sans rapport avec des limites de peuples gaulois, ont été découvertes des moules perlières et que certains de ces ruisseaux ont été appelés Marguerite, notamment un affluent de l’Hérault (DNLF*). L’existence ancienne du prénom féminin Marguerite, notamment celui d’une sainte d’Antioche, a donné lieu a une étymologie populaire, en parallèle avec les noms de Margerides (Corr., Margaride vers 1315),  Margerie-Chantagret (Loire, Margeriam en 1250) et Marguerittes (Gard, Margarita en 979) dont on hésite à dire s’ils proviennent du nom de la sainte ( après disparition de Sainte-), d’une éventuelle châtelaine ainsi prénommée, des moules perlières ou même de la fleur (DENLF*, TGF* et TNO*).

 


1- Javols a pris au IVè siècle (civitas Gabalum vers 400) le nom du peuple dont il est la capitale, les Gabali, dont le dérivé Gaballitanum a donné son nom au Gévaudan.

2 – Limoges a  pris au IVè siècle (Lemovices vers 400) le nom des Lemovices dont elle était la capitale. Cf. le billet concernant l’orme pour en savoir plus.

3 – Vannes a pris au IVè siècle (Benetis vers 400) le nom des Venètes dont elle était la capitale.

4 – Radepont, attesté Radipons en 1034, est formé du nom de personne germanique Raddo accompagné du latin pontem, « pont » : mieux qu’un radeau (ahah), un pont a remplacé le gué.

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La devinette

Il vous faudra trouver le nom d’une commune française, formé de ce « gué » gaulois accompagné d’un mot ressortissant au domaine mystique. L’évolution phonétique a fait que ni l’un ni l’autre ne sont plus reconnaissables aujourd’hui.

Comme il me semble que la réponse n’est pas si difficile à trouver, il  faudra vous contenter de cet indice — non pas tant pour vous aider à trouver la bonne solution, mais pour vous permettre de confirmer que vous l’avez bien trouvée :

indice b 28 06 20

 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

*Les abréviations en majuscules suivies d’un astérisque renvoient à la Bibliographie du blog accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Le château de Tournoël (répàladev)

Un lecteur qui signe Frédéric a rejoint les « solutionneurs » de ma dernière devinette. Bravo à lui !

Il fallait trouver le château de Tournoël, sur la commune puydômoise de Volvic.

Chateau-Tournoel
Le château … en 1903

Les formes les plus anciennes connues du nom, en latin, sont Tornolium, Turnollia ou Turnoialium. On y reconnait le suffixe gaulois  o-ialum, étudié dans le précédent billet, précédé d’un premier élément -turn.

Pour Albert Dauzat (La Toponymie française, Payot, 1960), s’appuyant sur Joseph Loth, ce radical signifie « hauteur » :

Screenshot_2020-06-24-La-toponymie-française

Ce même radical se retrouve dans les noms de Tournon-sur-Rhône (Ardèche), dont le piton était surmonté d’un château au début du IXè siècle (castro Turnone en 814), du pays de Tournel (Lozère, autour de Saint-Julien-du-Tournel) dont le château du XIIè siècle était noté chastel del Tornel en 1219, avec suffixe diminutif latin -ellu et aussi de la Tournette, point culminant d’un petit massif des Alpes (à Talloires, Hte-Savoie) avec le diminutif -etta. (DNLF*). Tournes (Ardennes), dont le château situé en hauteur sur la citadelle a été incendié, doit probablement sont nom à ce même turno- (DENLF*).

L’hypothèse étymologique mentionnée sur la fiche wikipédia, qui fait le rapprochement de Tournoël avec le diminutif tournelle, « petite tour », ne tient pas pour des raisons chronologiques ( le diminutif tournelle n’est attesté qu’au XIIè siècle tandis que le nom Tornoil apparait dès 995) et d’architecture (le donjon construit en 1200 est tout sauf petit pour l’époque !).

Lors du conflit qui opposa entre 1190 et 1213 Guy II d’Auvergne, partisan de Richard Cœur de Lion, à son frère Robert partisan de Philippe Auguste, le château de Tournoël, dernière forteresse encore aux mains des troupes du premier, fut assiégé et pris par le roi de France, qui en profita pour annexer la terre d’Auvergne. (wiki).

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Les indices

■ la « statue » :

indice a 21 06 20Saint Austremoine de Clermont , ici représenté sur la châsse de saint Calmin (XIIesiècle), renvoyait bien sûr vers l’Auvergene.  En 1211, « Guy, comte d’Auvergne, détruisit de fond en comble le monastère de Mozac ; il emporta même le corps de saint Austremoine dans une de ses places. À cause de cela, il subit des mesures répressives de la part du roi de France ».

 

 

■ un sceau :

indice d 23 06 20Ce sceau de Philippe Auguste renvoyait à l’époque de … Philippe Auguste.

 

 

 

■ une sculpture :

indice c 23 06 2020Cette œuvre de Thierry Courtadon est faite en  pierre de Volvic

 

 

 

■ un rébus :

indice b 23 06 20jpegLa tour Eiffel, un père Noël : il fallait trouver Pèréfel Tournoël.

 

 

 

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Les indices du mardi 23/06/2020

TRA, Un Intrus, TRS et LGF, ont déjà trouvé, dans cet ordre, la bonne réponse à ma dernière devinette. Bravo à tous les quatre !

Pour mémoire, en voici l’énoncé :

Il vous faudra trouver un micro-toponyme où se déroula le dernier épisode d’ une guerre qui opposa pendant trois ans deux frères se disputant une région.

L’un des deux frères fit finalement appel au roi de France qui mit fin à cette guerre en s’emparant à cet endroit de la dernière place-forte encore insoumise et qui en profita pour annexer définitivement toute la région.

La bâtisse, bien qu’abîmée par le temps, est toujours debout et son nom est déterminé par le toponyme.

Comme tous les autres de ce billet, ce toponyme est composé de deux mots dont le second est ialo, tandis que le premier, très ancien, désigne une hauteur. Une paronymie due à l’évolution phonétique est à l’origine d’une étymologie erronée qui fait de ce nom un diminutif d’un type de bâtiment.

Il n’y aura ce soir qu’un seul indice — les autres qui me viennent à l’esprit me semblant trop évidents, on verra mardi !

■ une statue :

indice a 21 06 20

Voici donc les indices promis :

■ pour la période historique :

indice d 23 06 20

■ pour la région :

indice c 23 06 2020

 

■ et si ça ne suffit pas, voici un indice façon rébus :

indice b 23 06 20jpeg

 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Pigalle (répàladev)

Le temps est venu de donner la solution de ma dernière devinette : il fallait trouver Pigalle ( rue, place et quartier parisiens).

Le plan de Jaillot (1772) mentionne la rue Royale qui démarre à la rue de la Croix-Blanche (aujourd’hui rue Blanche) pour aboutir à la barrière Montmartre ; c’était à l’époque un simple chemin (entre les deux flèches rouges ci-après).

Plan_de_la_ville_de_[...]Jaillot_Bernard-Antoine_btv1b53085127r_3

Le 18 nivôse an VIII (8 janvier 1800), l’Administration centrale de la Seine, « considérant qu’il  convient de ne laisser aucune trace d’un régime proscrit à jamais », décide que « la rue Royale (…) portera le nom de rue du Champ-du-Repos ». Quatre jours plus tard, changement d’idée : la même Administration « arrête que la rue Royale (…) portera le nom de rue de l’an VIII ». Finalement, dans le courant de l’an XI, cette voie publique prit le nom de rue Pigalle, en hommage au sculpteur Jean-Baptiste Pigalle (1714-1785) qui y habita de 1756 à 1782  (DAHRMP*).

-Pigalle-Paris

Pigalle est un « nom de famille provençal désignant une olive qui, devenue noire, est piquetée de blanc » (DNFLM*). Employé comme sobriquet, il devait désigner un producteur ou marchand d’olives ou un individu dont la peau est marquée de rousseurs.

Le Trésor du Félibrige donne ainsi :

Pigalo, s.et adj. f. Variété d’olive, de moyenne grosseur, oblongue, rougeâtre, devenant d’un noir violet, tiquetée de points blancs et bariolée.

On lit à la page 22 d’une étude ( disponible en pdf ) écrite par F. Ricciardi-Bartoli en ‎1998 pour le ministère de la Culture, citant  Le Traité de l’olivier de J.-P. Amoureux publié à Montpellier en 1784 :

« Le Pigale ou Pigaou : cet arbre devient par vétusté un des plus grands de nos
contrées. (…) L’olive est de moyenne grosseur, oblongue, rougeâtre et devient d’un
noir violet ; elle est jolie, toute piquetée de points blancs et bariolée ; sa chair est
ferme, mais elle se ride en mûrissant quand la gelée la touche, elle est tardive. La
Pigale est une excellente qualité d’olive, bonne à tout, à confire et à fournir une
huile très fine. (…) C’est l’olive par excellence des Montpellois ; aux environs de
leur ville, comme à St George et autres lieux on cultive préférablement cette espèce
à toute autre. »

cdl 2

Les indices

Tous en bustes sculptés, puisque la spécialité de Pigalle, c’était la sculpture.

indice a 16 06 20George Sand ( buste par Auguste Clésinger ) est venue habiter en 1841 un pavillon au numéro 16 de la rue Pigalle, où elle vécut avec Frédéric Chopin (buste par Georges Dubois). (CVP*)

indice b 16 06 20

indice c 16 06 20La marquise de Pompadour (buste en terre cuite du XIXè siècle), mécène de l’art, plaça Pigalle sous sa tutelle en 1750. Il sculpta en marbre et grandeur nature une Madame de Pompadour en Amitié en 1753.

 

 

 

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■ Ce buste de Diderot est une œuvre de J.-B. Pigalle datée de 1777.

 

 

 

 

oiseau pie 130033 nlcdeco nlc deco

■ ce ‘tit oiseau (dont c’est la fête tous les soirs à Pigalle …) est une pie, bigarrée de noir et blanc. En occitan, la couleur pie se dit pigat, du latin pica qui a aussi donné le nom de l’olive pigalo.

 

 

*Les abréviations en gras renvoient à la bibliographie du blog accessible par le lien dans la colonne de droite.