Oppidum

Reprise en douceur après cette période de farniente : petit billet et petite devinette.

Le latin oppidum (pluriel oppida) désigne d’une manière générale un habitat groupé d’une certaine importance, une agglomération présentant certains caractères urbains, voire munie d’un statut spécifique comme dans l’expression oppidum latinum. Le fait que ce terme ait été largement utilisé par César, dans ses commentaires de la Guerre des Gaules (58-52 av. J.-C.), comme qualificatif des principales bourgades celtiques qu’il a fréquentées ou combattues, a très tôt incité les érudits et les archéologues français à réserver l’emploi du mot pour désigner les grands habitats fortifiés caractérisant la fin de l’âge du Fer en Gaule septentrionale, et plus particulièrement les agglomérations situées en hauteur. Ainsi, progressivement, le terme d’oppidum, au départ assez vague, s’est spécialisé dans la littérature archéologique aussi bien culturellement (un habitat caractéristique des Gaulois) que chronologiquement (typique de la fin de la période de la Tène) et structurellement (fortification et perchement étant conçus comme des critères significatifs).

C’est sans doute cette notion de protection, de fortification, située en hauteur, qui a précédé celle de ville.

Le terme est donc vraisemblablement à rattacher à une racine pré-celtique et pré-latine –op(p) , « hauteur », à l’origine par exemple du grec upsilos / hypsos et du celtique upsello/uxello : c’est la protection due à l’altitude élevée du site qui est à l’origine du premier sens donné au latin oppidum.

Le billet d’aujourd’hui sera court, puisque peu nombreux sont les toponymes formés sur cette racine, sans doute parce que, comme des archéologues ont pu l’expliquer, un oppidum n’était pas forcément à l’origine un habitat permanent.

La commune d’Oppède (Vauc.) était Oppeda en 1008, dont on explique le féminin par un participe passé *oppedita d’un verbe *oppedere, « fortifier en oppidum ». Son nom a été transporté, au diminutif, dans le département voisin pour nommer Oppèdette (A.-de-H-P., de Opedeta en 1277). C’est à Maubec (Vauc.) qu’on trouve le lieu-dit Chemin d’Oppède.

D’autres dérivations de la racine –op(p) sont possibles.

Le suffixe –icum a ainsi donné le nom de Le Pègue (Dr.), qui était castrum de Opigho en 1165 et Opegue en 1178 : la forme L’Opègue, comprise comme l’occitan *Lo Pègue, a entraîné la francisation en Le Pègue.

Le suffixe –ulum est à l’origine du nom d’Opoul-Périllos (P.-O. –cf. Périllos), réputé pour son oppidum sur une falaise de 20 m, porteur d’un ancien château reconstruit au XIIIè siècle et depuis ruiné. Ce même dérivé *oppulum a donné le nom d’Hautpoul, un éperon rocheux au sud de Mazamet (Tarn), l’initiale o– ayant été comprise aut, « haut ». Devenu nom de famille, ce nom se retrouve également à Hautpoul, Hautpouls Jeunes et Hautpouls vieux, trois lieux-dits entourant l’ancien château de Hautpoul à Cugnaux (H.-G.). Le même patronyme a servi de déterminant à Félines-Hautpoul (Hér.) devenue en 1829 Félines-Minervois (jugé sans doute plus « vendeur »).

Ruines du château médiéval d’Opoul-Périllos (P.-O.) bâti à l’emplacement d’un ancien oppidum

Le nom d’Opio (A.-Mar.), qui était Opia en 1084 et de Opio en 1172, pourrait lui aussi être formé sur la racine –opp, « hauteur », mais un nom d’homme latin Oppius donnant Oppia (villa) ou Oppium (fundum) ne peut pas être exclu.

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine lié à la racine op(p)- vue dans le billet.

Le nom de la commune où il est situé est sans doute lié aux ruisseaux qu’on y trouve mais on peut aussi penser à une racine oronymique pré-indo-européenne.

Le nom du bureau centralisateur du canton est issu d’une autre racine oronymique pré-indo-européenne mais on a aussi pensé à un nom d’homme germanique. Ce nom est complété par celui de la région.

Le nom du chef-lieu d’arrondissement est issu d’un radical hydronymique et, lui aussi, accompagné du nom de la même région.

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Plantevidou à Saint-Étienne-Vallée-Française (Lozère) : la répàladev

Un Intrus et LGF sont les seuls à avoir résolu ma dernière devinette. Bravo à tous les deux !

Il fallait trouver le lieu-dit Plantevidou à Saint-Étienne-Vallée-Française dans le canton du Collet-de-Dèze de l’arrondissement de Florac-Trois-Rivières, en Lozère.

Saint-Étienne-Vallée-Française :

Plantevidou :

Sans difficulté, plante a été vu dans le billet. Vidou est un diminutif de l’ancien occitan vit, « vigne » (latin vitis, « plante à vrille, vigne »). (DNFLMF*)

Le nom de ce lieu-dit apparait sous cette forme Plantevidou sur la carte IGN actuelle (cf. ci-dessus), sur celle de 1950, sur la carte d’état-major (1820-66) et sur le site de la mairie. On le trouve en deux mots Plante-Vidou dans le Dictionnaire géographique de la Lozère en 1856 (en ligne, mais en « full text » …) :

Il semble que ce soit sur le cadastre napoléonien de 1834 que le nom est écrit pour la première fois Plantebidou, nom qui sera repris tel quel dans le fichier FANTOIR. On le trouve également écrit Planté Bidou sur quelques cartes (comme Google Maps), ce qui montre que le nom est souvent mal interprété. Si des toponymes du type Bidou existent bien, on les trouve exclusivement dans le Lot-et-Garonne et les Pyrénées-Atlantiques où le gascon bidòs a le sens de « tordu, de travers » mais on voit mal cet adjectif associé à « plante » : une vigne tordue, plantée de travers ? Un dérivé du basque bide, « chemin », est bien entendu exclu ici tout comme le bidou, nom vernaculaire français d’un arbre … africain (Sacoglottis gabonensis).

On trouve dans la même commune plusieurs autres toponymes liés à plant(e) : l’Hort de Plantier, La Plantade, Los Plantados, Lou Plantairet, Lou Plantier, Lou Plantieret, Lous Plantiers et le Pesso de Planton, mais seul Plante Vidou fait explicitement référence à la vigne.

Saint-Étienne : du nom du « protomartyr », bien sûr.

Vallée Française :

Cette région magnifique (n’allez pas l’abîmer !) est formée par la vallée du Gardon de Sainte-Croix. Le nom, attesté de Valle Francisca en 1162, vient du latin vallis Francisca, « vallée des Francs ». Il a été traduit en français Vallée Française au XIXè siècle quand la commune Saint-Étienne-de-Valfrancesque a été renommée Saint-Étienne-Vallée-Française entre 1802 et 1808. Le nom rappelle l’époque où le fond de la vallée, territoire franc, pénétrait en territoire wisigoth, quand les Wisigoths occupaient tout le littoral languedocien, la Septimania.» (vvlt). L’hypothèse d’une vallée franche, exempte d’impôts, ne s’appuie sur aucun fondement historique.

Après l’inventaire, 5 mars 1906

Collet : diminutif de l’occitan còl (latin collum), « passage dans la montagne » (TO*). Une étymologie selon le diminutif de l’ancien occitan cola, « colline » (latin *cola, de collis), ne correspond pas à la topographie (DNLC*)

Dèze : cet ancien hameau est mentionné comme Cambone de Dezis ou Chambont de Dezis (Feuda Gabalorum, 1938) soit le « bon champ » d’un nommé Dèze. Ce patronyme est soit un nom d’origine d’Eze (commune des Alpes-Maritimes) soit issu du nom d’homme latin Asius. Dès l’époque gauloise, il y avait là un castrum qui est devenu plus tard le « chef-lieu » du pays de Dèze. (DNLC*).


Le nom de Florac est probablement issu du nom d’homme gallo-romain Florus accompagné du suffixe –acum. J’écris « probablement » car on sait maintenant que le suffixe -acum n’accompagnait pas obligatoirement un nom d’homme : il pouvait accompagner ici flos, floris, « fleur », pour désigner un endroit particulièrement fleuri. Le nom Trois-Rivières a été rajouté en 2016 lors de l’absorption de sa voisine La Salle-Prunet. Les trois rivières en question sont le Tarn, le Tarnon et la Mimente.

Dagobert Ier chassant le cerf.( Vie de saint Denis, XIIIe siècle). Cette enluminure devait évoquer le roi des Francs et, donc, la vallis francisca, « vallée des Francs » puis Vallée Française.

■ Selon une légende, les Francs auraient vaincu les Sarrasins en 737 (ou 778) au lieu-dit La Boissonnade de la commune voisine Moissac-Vallée-Française, où fut élevée l’église de Notre-Dame Valfrancesque, aujourd’hui temple protestant, dit Temple de la Boissonnade. (Boissonade : de l’occitan boissonada, « hallier », collectif en –ada de boisson, « buisson »).

■ le roman Les fous de Dieu, de J.-P. Chabrol, devait aider à restreindre les recherches aux Cévennes.

Les indices du mardi 26 mai 2026

Après quelques tâtonnements, Un Intrus a fini par arriver à bon port en résolvant ma dernière devinette. Bravo !

Rappel de l’énoncé :

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine qui aurait pu figurer dans le billet ci-dessus.

Son nom est lié à la vigne.

La commune qui l’abrite porte le nom d’un saint accompagné du nom du pays où elle se trouve. Ledit nom de pays est formé d’un terme topographique accompagné d’un adjectif issu du nom du peuple qui y vivait.

Le nom du bureau centralisateur du canton est composé du diminutif d’un terme topographique accompagné d’un nom de famille qui avait été donné à un château et qui est devenu celui d’un tout petit pays.

Un indice, pour la commune :

■ L’indice ci-dessus concerne plus précisément le nom du pays complétant celui de la commune.

■ Dans la même commune, parmi d’autres qui pourraient convenir, seul le toponyme à trouver fait, outre le plant-, explicitement référence à la vigne. Le nom est parfois écrit en deux mots (et parfois même avec une erreur d’orthographe qui le rend moins compréhensible).

■ Selon la légende, ceux qui ont donné leur nom audit pays se seraient battus avec succès dans un village voisin (qui porte le même déterminant que la commune de la devinette) contre les Sarrasins – d’où la construction d’une église dédiée à Notre-Dame.

■ Et puis un indice plus général (je ne peux pas vous filer une châtaigne à chaque fois !)

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Plantade etc.

On connait l’importance de l’arboriculture médiévale, dont la toponymie est le témoin : diverses espèces de pommier, le poirier qui fut souvent cultivé, le cerisier, le pêcher, le prunier, le mûrier et, dans le Midi, le figuier et l’olivier. Une place de choix a été faite à la vigne, culture délicate entre toutes.

C’est la création de ces exploitations ou leur extension à l’occasion de défrichements médiévaux qui est à l’origine de toponymes dérivés de plant, « jeune arbre », le plus souvent sous une forme collective.

Comme souvent, certains des noms lieux qui seront vus dans la suite ont pu devenir noms de familles qui ont pu à leur servir à nommer des lieux-dits.

Le dictionnaire de Godefroy définit le substantif féminin plante par « vigne nouvellement plantée » et donne également la variante plantée, « vigne nouvellement plantée, jeune vigne ». Les toponymes issus de ces deux termes sont innombrables et tous, bien sûr, n’ont pas trait à la vigne puisque leur sens a évolué pour s’appliquer à tout type de plantation. Seuls ceux qui sont suffisamment anciens sont liés presque à coup sûr à une nouvelle vigne plantée lors de défrichements. On peut citer La Plante à Thuré (Vienne) mentionnée dans le nom d’Airinus de la Planta en 1120 ou Les Plantées à Charvey (Dr.) qui étaient Las Plantas sive Charbonner en 1494. D’autres noms, plus tardifs, peuvent ne pas être rattachés à la vigne.

En Bourgogne, où la viticulture a pris une place considérable, on défrichait beaucoup et on plantait de nouvelles vignes. Quand il s’agissait de nommer ces nouvelles parcelles, les vignes étaient relativement jeunes (au moins quatre ans avant de pouvoir produire de la qualité), et le nom était vite trouvé : ce serait La Plante. C’est par exemple le cas de La Plante à Boussey (C.-d’Or), qui était Fief de la Plante en 1776 et La Plante vers 1300, et de nombreuses parcelles homonymes munies d’un complément, souvent le nom de l’exploitant. On notera néanmoins la curieuse Plante des Plantes à Chorey-lès-Beaune (id.) qui pourrait être un superlatif comme on dit « le champion des champions » : ce serait une vigne encore plus jeune ou bien encore meilleure que les autres … On notera également deux lieux-dits Belle Plante, à Saint-Berthevin-la-Tannière et à Laval, en Mayenne.

Il conviendra de faire la différence d’avec les noms formés sur l’indicatif ou l’impératif « plante » qui, accompagnés du nom d’un végétal, ont donné des toponymes comme Plante-Chêne (Tigneu-Jameyzieu, Is.), Plante-Choux (Les Hayes, L.-et-C.), Plantefoin (Coutarnoux, Yonne), Plantemil (Daumazan-sur-Arize, Ariège), Plantenoix (Cosne-Cours-sur-Loire, Nièvre), Plante-Fève (Moulins-en-Tonnerois, Yonne), Plante-Vigne (Firmy, Av ; Caudecoste, L.-et-G. ; Belin-Béliet, Gir.) etc. sans oublier le lieu-dit Plantegenest à Cérences (Manche) et le Camp Plantagenet à Gennes-Val-de-Loire (M.-et-L.). Tous ces noms sont probablement des noms de familles passés à la ferme ou à la propriété.

Les toponymes faisant appel au participe passé sont eux aussi très nombreux comme les Bois Planté, Pré Planté ou encore quelques Chêne Planté (Cornillé, I.-et-V. ; Aron, May. etc.) qui ne présentent guère d’intérêt. J’ai néanmoins déniché un Couït du Planté à Saint-Griède (Gers), déjà connu de la carte d’état major(1820-66) mais dont je ne suis pas parvenu à lever le mystère. La commune de Saint-Lizier-du-Planté (Gers) s’appelait tout simplement Planté jusqu’au début du XVIIIè siècle quand elle a cru bon de se mettre sous le patronage de Lizier de Couserans. Et, pour ceux qui l’attendaient : non, pas de Planté de Bâton…

Toujours dans le dictionnaire de Godefroy, on trouve le substantif masculin planteis ou plantis, « plantation, lieu planté, clos de vigne ». Les lieux-dits du type (Le ou Les ) Plantis sont plus de sept cents, majoritairement en Pays-de-la-Loire et en Nouvelle-Aquitaine, sans grand intérêt. On trouve parfois écrit planty comme pour Le Planty à Verrue (Vienne) qui était Le Planteis en 1502 ou Le Planty à Buxerolles (id.) qui était Terroir du Plantis en 1581 (et maintenant vous savez d’où vient le nom d’Armand Duplantis).

Le suffixe collectif latin –etum/eta a donné les finales –et en langue d’oïl et –at et ada– en occitan, francisé en –ade.

L’occitan plantada désignait à l’origine une vigne plantée depuis un an ou bien une certaine quantité d’arbres plantés , une plantation. Près de sept cents lieux-dits portent ainsi le nom de (La ou Les) Plantade(s), répartis dans tout le Midi de la France. Je ne mentionnerai que le lieu-dit Plantade à Marc-la-Tour (Corr.) qui était illea vinea quae vocatur Plantada (1032-60), « cette vigne qu’on appelle Plantade », ou La Plantade à Saint-Bauzille-de-Putois (Hér.) mentionnée de Plantada en 1279. Le même terme a servi de déterminant pour le lieu-dit Saint-Antoine-les-Plantades de la commune d’Ussac (Corr.)

Le masculin est représenté par une vingtaine de (Le ou Les) Plantat(s) mais surtout par un peu plus de cinquante (Les) Plantas, dont la finale –as est le produit de –ats, après chute du t. La même remarque vaut pour le nom de la commune d’Esplantas – Vazeilles (H.-Loire, castrum dels Plantats en 1279) où, de plus, es– ne représente pas la préposition es, « en les », mais une mécoupure de dels, « des ».

En pays de langue d’oïl ne se rencontrent que vingt-cinq noms du type Plantet(s), avec, là aussi, le plus souvent le sens de jeune vigne. Sachant que le suffixe –etum a aussi donné des finales en –ay, on peut sans doute leur ajouter Le Plantay (Ain) qui était villa dou Plantey en 1299-1369.

Une variante occitane plantadis, « lieu planté d’arbres ou de vigne », apparait dans le nom de plusieurs (Le) Plantadis (Nexon, H.-V. ; Charron, Cr. ; Saint-Jal, Corr. etc.).

Le collectif provençal plantier (du latin plantarius,« pépinière », apparu au XIIIè siècle, a été repris en français dès 1526, pour désigner là aussi une « vigne nouvellement plantée » mais aussi une simple « plantation ». Les toponymes du type (Le ou Les) Plantier(s) sont là aussi très nombreux, parfois accompagnés d’un qualificatif comme les nombreux Grand Plantier (Vedène, Vauc. ; Gap, H.-A. etc.), le Plantier Rouge (Buzet-sur-Tarn, H.-G.) et même le Mauvais Plantier (Vins-sur-Caramy, Var) ou accompagnés du nom de l’exploitant ou propriétaire. La commune Les Plantiers (Gard) porte un nom de même étymologie (Mansus de Planteriis en 1466).

Le féminin est plus rare mais se rencontre néanmoins dans le nom de quelques La ou Les Plantière(s) comme à Estrablin (Is.) ou à Metz (Mos.).

Un collectif en –ina est à l’origine de quelques Plantine(s) comme à Biaudos (Landes) et de diminutifs comme Plantinet (Bouy-en-Vexin, Oise etc).

Le diminutif planton, qui désignait à l’origine le petit plant conservé en pépinière (dont l’immobilité est à l’origine du nom du nom du militaire) se rencontre dans une trentaine de Planton(s) comme à Roquefort (L.-et-G.), à Vierzon (Cher), à Labrit (Landes) etc.

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine qui aurait pu figurer dans le billet ci-dessus.

Son nom est lié à la vigne.

La commune qui l’abrite porte le nom d’un saint accompagné du nom du pays où elle se trouve. Ledit nom de pays est formé d’un terme topographique accompagné d’un adjectif issu du nom du peuple qui y vivait.

Le nom du bureau centralisateur du canton est composé du diminutif d’un terme topographique accompagné d’un nom de famille qui avait été donné à un château et qui devint celui d’un tout petit pays.

Un indice, pour la commune :

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Le Mouriol à Boulieu-lès-Annonay (Ardèche) : la répàladev

Un Intrus est resté seul à m’avoir donné la réponse à ma dernière devinette. Félicitations à lui tout seul, donc !

Il fallait trouver le Mouriol, un lieu-dit de Boulieu-lès-Annonay, dans le canton d’Annonay de l’arrondissement de Tournon-sur-Rhône, en Ardèche.

Boulieu-lès-Annonay, ici :

Le Mouriol, là :

Le nom est écrit le Mourier sur le registre paroissial en 1675 (DTA*) et Moriol d’Eyvas sur la carte d’état-major, du nom du hameau voisin : il s’agissait bien d’une plantation de mûriers, sans doute des blancs pour l’élevage du ver à soie.Ceux qui ont bien regardé la carte ci-dessus ont vu qu’on trouve non loin de là un lieu-dit Grand Mûrierle Murier sur la carte de Cassini en 1767, (f. 88, Saint-Marcellin) – ce qui a sans doute poussé à employer le diminutif mouriol pour éviter la confusion entre les deux. Et c’est pour cette raison que je parlais inhabituellement d’un « petit toponyme » à trouver dans l’énoncé de la devinette.

Les formes anciennes du nom de la commune sont : Bolieu (1095), Beolieu (1223), Boyleu (1275), Baillaco (1340), Castrum Belliloci (1381), Baylliaco (1464), Bouliacum (1498), Boilieu (XVIIè s.), Boulieu (1790) et enfin Boulieu les Annonay (1900). Sachant que le latin bellus, « beau », a d’abord donné l’adjectif bel (vers 880) avant de donner biau puis beau, le nom Bolieu attesté en 1095 ne peut pas être un « beau lieu » : il s’agit d’une mauvaise interprétation du nom originel dont le sens avait été oublié. Le nom originel de la commune est issu du nom de personne gaulois ou gallo-romain Bullius accompagné du suffixe –acum comme le montrent les formes corrigées Baillaco, Baylliaco et Bouliacum. (DENLF*, TGF*, DNFLMF*) [rubrique wiki écrite par moi-même]

Les formes anciennes du nom de la ville sont S. Mariae de Annoniaco en 584 et Anonacus au VIIIè s. Il est formé du nom d’homme germanique Anno au cas régime Annon, accompagné du suffixe de propriété latin –acum : il s’agissait à l’origine du « domaine d’Anno » (TGF*). L’anthroponyme Anno, exprimant une idée de vieillesse, de sagesse, est formé sur le vieux haut allemand ano, « aïeul » (DNFLMF*).

En janvier 2025, j’écrivais déjà qu’« en 2021, dans un article consacré au gaulois turno, « hauteur », j’écrivais que le nom de Tournon avait été formé avec ce radical accompagné du suffixe –onem :

Tournon-Sur-Rhône (Ardèche, castro Turnone en 814 ; la situation du château sur un piton rocheux et les vestiges archéologiques gaulois sont favorables à une origine du nom selon turno, « hauteur »).

■ le Bazar de l’Hôtel de Ville a été fondé par Xavier Ruel (1822-1900), né à Annonay.

■ ce pantin de couleur rose devait faire penser au pantin d’Annonay, un biscuit emblématique de la commune.

■ les Gaulois exilés étaient les Allobroges qui occupaient entre autres la partie septentrionale de l’Ardèche, au-delà du Doux et dont le nom est composé des racines allo- « autre » et brogi- «pays »), soit  « (le peuple) venu d’autres pays » ou « les exilés » (X. Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, Éd. Errance, 2008).

■ … la châtaigne A.O.C. d’Ardèche, bien sur !

Les indices du mardi 19 mai 2026

Un Intrus a déjà résolu ma dernière devinette. Mille bravos !

Pour les autres, rappel de l’énoncé :

Il vous faudra trouver un petit lieu-dit de France métropolitaine qui aurait pu figurer dans le billet du jour. [Le mûrier]

Le nom de la commune qui l’abrite est issu de celui d’un Gaulois ou Gallo-romain et est accompagné du nom du bureau centralisateur du canton.

Ce dernier porte un nom issu de celui d’un homme germanique.

Le chef-lieu d’arrondissement doit son nom à un terme topographique gaulois .

Un premier indice

Un deuxième indice

■ Les indices ci-dessus concernent le bureau centralisateur du canton.

■ Les Gaulois qui vivaient là étaient des exilés.

■ Un cadeau indice :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Le mûrier

Le latin morum, « fruit du mûrier, mûre sauvage », a donné en bas latin un pluriel collectif mora qui est devenu féminin singulier. C’est de ce dernier que vient l’ancien français meure (1165) puis more (1187), désignant le fruit du mûrier ainsi que celui de la ronce (au XIIIè siècle), aussi appelé meure ou mûre sauvage et aussi more noire (1464). La forme « mûre » n’apparaît qu’au XVIIè siècle soit parce que le –eu– de meure s’est fermé en -u– soit sous l’influence du français « mûr », issu du latin maturu. Du même latin mora est issu l’occitan mora et sa variante amora.

Ce latin morum est soit emprunté au grec de même sens moron, soit emprunté comme lui à une langue méditerranéenne indéterminée. Cependant, en rapprochant ces deux mots de l’arménien mori, « mûre » et moreni, « buisson de mûriers », on ne peut exclure une origine indo-européenne.

Le nom du végétal producteur de mûres, le mûrier, est représenté en toponymie par des dérivés collectifs ou par le simple pluriel. Une question peut se poser toutefois sur la nature de ce mûrier : en ancien français, comme sans doute en occitan, on appelait en effet du même nom aussi bien le mûrier que la ronce (productrice de mûres). Une remarque peut permettre de lever une part d’ambiguïté : par la relation du lieu à l’habitant, certains de ces toponymes sont devenus noms de famille. Ceux-là ne peuvent évoquer que l’arbre caractéristique de la propriété, soit le mûrier, plutôt que la ronce, trop commune pour avoir qualité distinctive.

Dernière remarque : la plupart de ces toponymes doivent être dus au mûrier noir introduit dans tout le monde méditerranéen par les Grecs et les Romains et dont les fruits servaient à la confection de confitures et de sirop. Compte tenu des dates d’attestation de la plupart de ces toponymes, on peut exclure le mûrier blanc utilisé pour l’élevage du ver à soie qui ne connut d’extension qu’après la Renaissance.

Issu du suffixe collectif latin –etum, le suffixe français –et est l’origine de toponymes de près de trois cents toponymes du type Mouret(s) auxquels s’ajoutent près de soixante dix féminins Mourette(s). On mentionnera notamment la commune de Mouret (Av., Moreto en 1267) et celle de Lissac-et-Mouret (Lot).

Plusieurs de ces toponymes peuvent être dus à des patronymes comme le montrent les Vignes Jean Mouret à Montigny-les-Vesouls (H.-Saône) ou des noms de propriété comme La Mouretterie (La Hague, Manche) ou Les Mouretières (Lachau, dr.).

Issu du même latin –etum, le suffixe occitan féminin –eda est à l’origine du nom de la commune de Mourède (Gers) et de quelques toponymes identiques comme La Mourède à Maraussan (Hér.), chère à mon cœur (cf. ici) ou Les Mourèdes à Malbosc (Ardc.)

On rencontre de nombreux toponymes du type (Le ou Les) Mûrier(s) qui ne présentent guère d’intérêt, sauf quelques uns comme le Mûrier de Sully à Ville-sur-Auzon (Vauc.) : Maximilien de Béthune, duc de Sully, surintendant des finances du roi Henri IV, fit planter des millions d’arbres à travers le royaume, dont des mûriers pour l’élevage des vers à soie – des mûriers blancs, donc. Le féminin mûrière, « plantation de mûriers », se rencontre lui aussi à quelques reprises sous la forme La Mûrière, notamment en Normandie et Centre-Val-de-Loire, mais aussi plus au sud comme au lieu-dit Mûrière à Restinclières (Hér.)

La forme morier est à l’origine d’un peu plus de cinquante (Le ou Les) Morier(s) dont la commune de Moriers (E.-et-L., Moreherium en 1156). Le féminin est représenté à plus de cent trente exemplaires du type (La ou Les) Morière(s) dont quarante cinq pour la seule commune de Touvois (L.-A.) dont le Val de Morière a été divisé en de nombreuses parcelles chacune déterminée par un nom particulier. On ajoutera les noms de Morières-lès-Avignon (Vauc., Morarias vers 1095) et de Morières (Calv., Moreriae en 1182).

La forme mourier se retrouve près de cent cinquante fois au masculin (Le ou Les) Mouriers et près de soixante au féminin (La ou Les) Mourières. On ajoutera le diminutif La Mouriereto à Plagnole (H.-G.) et les augmentatifs Mouriéras à Ambrugeat et à Bugeat (Corr.). L’agglutination de l’article a donné son nom à Lamourière de Saint-Maurice-en-Quercy (Lot) écrit en deux mots la Mourière sur la carte de Cassini (f. 15, Aurillac, 1783).

On rencontre également, notamment en Gascogne, la variante mourère à l’origine de noms du type (La ou Les) Mourère(s), présents en Ariège, en Haute-Garonne et dans les Hautes-Pyrénées, comme la Mourère Redon à Sentenac-d’Oust (Ariège). Une quinzaine de toponymes du type (La ou Les) Morère(s) se rencontrent dans les mêmes départements. Avec agglutination de l’article, apparaissent à peine sept Lamourère (H.-G., P.-A., H.-P. et P.-O.).

Beaucoup plus rares, les toponymes La ou Les Moureyres ne se rencontrent qu’à huit reprises, en Ardèche, Cantal et Puy-de-Dôme.

Mis au pluriel, le morier est à l’origine du nom de Moriez (A.-de-H.-P., Morerius vers 1030, Morarius en 1040), de Mouriès (B.-du-R., de Moreriis en 1206) et du déterminant de MonastierPin-Moriès (Loz., de Morers en 1109). Pour tous ces noms, le r final de morièr s’est fondu dans l’articulation du s du pluriel : rs > ss > s. Quelques lieux-dits portent des noms similaires : on trouve par exemple une vingtaine de Mouriès (PACA, Bourgogne-Franche-Comté, Occitanie …).

Les noms formés sur le pluriel mûres (on en compte plus de deux cents, principalement en Auvergne-Rhône-Alpes et en Franche-Comté) font pour certains référence aux fruits du mûrier. C’est sans doute aussi le cas pour Mûres (H.-Sav.). Mais le terme mure, sans accent, a pu avoir d’autres sens. Dans le massif des Alpes par exemple, mure, féminin de « mur », a désigné une « construction ancienne à l’état de ruines ; masure, maison écroulée » : c’est ce sens qu’E. Nègre (TGF*) pense être à l’origine du nom de la commune haut-savoyarde, s’appuyant sur le fait que le nom est écrit sans accent en franco-provençal. J.-E. Dufour avait étudié ces toponymes dès 1936 dans un article de la revue Romania.

À l’occasion d’un article qui lui était consacré, je définissais ainsi le gaulois -ialo

Parmi les mots gaulois ayant servi à former des toponymes, le record de production appartient sans aucun doute à ialo. Apparenté au gallois iâl, « espace découvert », ce mot a eu le sens primitif de « clairière, lieu résultant le plus souvent d’un défrichement forestier » et en vint tout naturellement à désigner le hameau ou le village que l’on bâtissait. Toujours placé en second élément de mots composés, il a ensuite pris progressivement la valeur d’un simple suffixe auquel on donne la signification un peu vague de « lieu, endroit, village » sans qu’il soit nécessairement question d’un défrichement initial. Ceci explique qu’on trouve ce mot gaulois accompagné aussi bien d’appellatifs gaulois que latins, les Romains l’ayant adopté à leur tour.

On trouve ainsi, formés sur le latin morus, les noms de Mourioux (Cr., Moriogilo au XIè siècle), de Moreuil (Somme, de Morolio en 1172) et, sans doute, de Mouroux (S.-et-M., Morou en 1145) : ce seraient « le village des mûres ».

Variante bien connue de mora, l’occitan amora est à l’origine d’un collectif amorièr qui a fourni quelques toponymes.

On trouve ainsi plusieurs lieux-dits L’Amourié (Bassan, Hér. etc.) , le Prat de l’Amourié (Mourèze, id.) ou encore la Serre de l’Amourié (Montesquieu, id.) qui était le Tenement de la Mourier en 1642. Le pluriel, plus rare, se rencontre aux Amouriés (Saint-Igest, Av. etc.)

La forme avec -ier se rencontre dans des noms comme L’Amourier (Claret, A.-de-H.-P. etc), Les Amouriers (Dauphin, id. etc), et Les Amourières (Combes, Hér. etc). On ne rencontre étonnamment qu’un seul L’Amorier, qui est pourtant la forme occitane originale, à Palaja (Aude).

Tous ces noms ont pu subir l’agglutination de l’article, ce qui explique des toponymes comme Lamourié (Puycelci, Tarn) Lamourier (Brantôme et Saint-Antoine-Cumond, Dord. etc) ou encore le Mas de Lamourier (Rousson, Gard). Ce dernier exemple montre que le nom est passé patronyme, désignant celui qui habite un endroit nommé « l’amourier ».

L’allemand Maulbeerbaum, « mûrier noir », se retrouve dans le seul nom d’Astiger Maulbeerbaum à Bousseviller (Mos.).

Le breton mouar, « mûrier », a lui aussi été peu productif en toponymes. On trouve malgré tout un Parc Mouar à Nostang (Mor.) et un Prat Mouar à Penvénan (C.-d’A.).

Le corse chjialsu apparait à plusieurs reprises dans des noms comme Chialza à Sartène, à Sorbollano, à Foce-Bilzese etc. (C.-du-Sud) ou à Lumio, à Lavaloggio etc. (C.-du-Nord) et dans des diminutifs comme Chialzella à Petreto-Bicchisano (C.-du-Sud). Tous ces toponymes sont de plus en plus souvent écrits Chjalsa ou Chjialza pour respecter la prononciation.

Les basques martxukaondo, marûgatze et masustondo ne semblent apparaître dans aucun toponyme.

Il vous faudra trouver un petit lieu-dit de France métropolitaine qui aurait pu figurer dans le billet du jour.

Le nom de la commune qui l’abrite est issu de celui d’un Gaulois ou Gallo-romain et est accompagné du nom du bureau centralisateur du canton.

Ce dernier porte un nom issu de celui d’un homme germanique.

Le chef-lieu d’arrondissement doit son nom à un terme topographique gaulois .

Un premier indice :

Un deuxième indice :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

La Dent de Rez à Gras (Ardèche) : la répàladev

Thierry et TRS ont rejoint Un Intrus en résolvant à leur tour ma dernière devinette. Bravo à tous les trois !

Il fallait trouver la Dent de Rez à Gras, dans le canton de Bourg-Saint-Andéol de l’arrondissement de Privas, en Ardèche.

Gras, c’est ici :

Et la Dent de Rez, là :

■ la Dent de Rez : deux hypothèses ont été formulées pour expliquer ce nom. La première (Roger Brunet, TT*) fait appel à un oromyme « rez ou ray, au sens de sommet ou mont, associé à des buttes bien marquées dans le paysage, parfois des témoins de roches dures, comme des filons de quartz ». Cf. les Rez de l’Aile, Rez des Grioulets et Rez du Noyer à La Chabanne (Allier) pour n’en citer que trois. La deuxième hypothèse (Y.-L. Martinent, Toponymie de Lagorce) part du fait que « le plateau de la dent de Rez était un oppidum occupé jusqu’au Haut Moyen-Âge, que des fouilles sérieuses ont exploré et inventorié ». Rez serait donc issu du gaulois ratis, « muraille, rempart, fort » (cf. Ratis, nom au XIè siècle de l’île de Ré qui, plus haute que ses voisines, évoquait de hautes murailles pour les marins qui l’approchaient, DEIF*). À l’appui de cette hypothèse, on notera que la Dent de Rez était mentionnée comme Castria en 1529 avant qu’on ne trouve écrit Rez dès 1598.

Enfin, une étymologie populaire, reprise par quelques sites « sérieux », rapproche le nom de Rez de l’occitan resso, « scie » : le massif de la Dent de Rez aurait été nommé ainsi pour la forme de ses falaises. Le Dictionnaire topographique de l’Ardèche (DTA*) écrit Dent de Resse, reprenant l’abbé Arnaud, historien local, qui affirmait que le nom de cette montagne devait s’écrire ainsi.

Gras : nous disposons des formes anciennes suivantes : Crasco en 950 (à lire *Crasso), Castro de Gradaz en 1221, Gradacio en 1275, Gradatio au XIVè s et Gras en 1464. La commune est bâtie sur une falaise à retraits successifs comme un escalier géant. Son nom vient probablement de l’ occitan gras, que le Trésor du Félibrige définit comme un « plateau cultivé en Auvergne et Vivarais » mais qui peut être l’équivalent du gascon et languedocien gra, « escalier », « degré ». Le nom Gradatio , « construction en gradins », est la traduction latine de gras, dont il assure le sens. (TGF*)

Bourg-Saint-Andéol : attesté Burgoiata au VIè siècle, Burgias en 1110 et Burgo en 1275, du bas-latin burgus, « bourg, lieu fortifié », emprunté au germanique. Le nom de saint Andéol, premier évangélisateur du Vivarais et martyrisé en 208 à Bergoiate, sera ajouté en 1368 : Burgo sancti Andeoli.

Privas : attesté Privatium au XIè siècle, du nom d’homme latin Privatius. C’est un des rares noms formés sur un patronyme non suffixé.

■ cette photo montre les funambules de la troupe des Colporteurs, à l’initiative de la Cascade, pôle national des arts du cirque d’Auvergne Rhône Alpes, implanté depuis 2008 dans la localité de Bourg-Saint-Andéol.

■ l’action du film Le juge et l’assassin se déroule principalement en Ardèche et notamment à Privas où officie le juge jouée par Philippe Noiret.

Les indices du mercredi 13 mai 2026

Un Intrus a déjà résolu ma dernière devinette … Félicitations !

L’énoncé était le suivant :

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine du type la Dent de X qui aurait pu figurer dans le billet du jour.

L’hypothèse la plus vraisemblable pour expliquer ce X est celle d’une vieille racine oronymique qui a pu être interprétée, dans la langue régionale, comme une « scie ». Une autre hypothèse fait appel au fait qu’un oppidum gaulois avait été bâti là, d’où le nom de X évoquant une muraille ou une enceinte.

La commune qui l’abrite porte un nom qui évoque le relief pentu fait de paliers se succédant comme des marches d’escalier sur laquelle elle est située.

Le nom du bureau centralisateur du canton désigne un type d’habitat complété par le nom du premier évangélisateur de la région.

Le nom du chef-lieu d’arrondissement est issu de celui d’un homme latin.

■ L’indice ci-dessus concerne le chef-lieu du canton.

■ Un indice pour la région et plus précisément pour le chef-lieu d’arrondissement

Réponse attendue chez leveto@sfr

De quelques dents

J’ai naguère écrit quelques billets concernant les montagnes (comme ici ou), les monts (comme ici, ou encore ), les pics (comme ici ou), les pennes (ici) etc. Je m’intéresse aujourd’hui aux noms faisant appel métaphoriquement à la dent qui, du moins en montagne, désigne le plus souvent une éminence pointue. (Mais je me suis un peu laissé emporter, et certaines des dents citées ci-dessous ne sont pas des pointes de montagne)

Le terme « dent » peut être employé seul comme pour la Dent à Beauzac (H.-L.), à Corps (Is.), à Arâches-la-Frasse (H.-Sav.) etc. les Deux Dents (Saint-Rémy-de-Maurienne, Sav.) ou encore les Trois Dents (Eaux-Bonnes, P.-A. ; Roisey, Loire etc.). À propos de ces dernières, j’expliquais naguère : « les Trois Dents sont un sommet du massif du Pilat, culminant à 1213 m. Ces trois dents figurent sur le blason de Pélussin d’azur à la montagne de trois coupeaux d’argent, chacun sommé d’un sapin de sinople.

Il existe également Les Quatre Dents (Foiseux, Nièvre) et même, dans le fichier FANTOIR, Les Mille Dents (Dampierre et Val-de-Drôme, Calv.)

Le plus souvent, le terme « dent » est accompagné d’un complément :

La Grande Dent (Montmélian et La Thuile, Sav.), la Grand’Dent (Combovin, Dr.), Petite Dent (Bourdeau et Bozel, Sav.), Belle Dent (Montcuq, Lot), les Dents Blanches (Sixt-Fer-à-Cheval, H.-Sav.), les Dents Rouges (Sainte-Foy-Tarentaise, Sav.), les Belles Dents (Saint-Pol-d’Uzore, Loire), la Dent Percée (Lans-en-Vercors, Is.) etc.

La Dent Parrachée (Val-Cenis, Sav.) avait fait l’objet d’une question de la part d’un fidèle lecteur et je lui répondais ceci :

Selon le chanoine Gros (Dictionnaire étymologique de la Savoie, 1ère édition en 1935), cette appellation serait relativement récente et absente des archives de la Tarantaise mais, sur la carte Sarde de 1855, est mentionné un glacier de la Parachez bien plus au nord que la dent Parrachée actuelle. Ce même nom apparaît encore sur une carte italienne postérieure, mais dont la date n’est pas indiquée. Toujours selon le chanoine, « il est évident que le nom de Parachez a été transporté mais avec une graphie différente à la Dent Parrachée. Dent étant du genre féminin, il convenait de lui accorder un adjectif du même genre. ». Et le même de conclure : « Parachez doit être un nom d’homme (cf. Parachay Maurice, sous-officier à Dijon, septembre 1934). Il faudrait donc écrire Dent Parachez ou Parachey ». J’ai pour ma part trouvé un « maistre Jean Parrachey, à présent étant à Vienne en Dauphiné » en 1562. (ici). Cependant, l’appellation du « glacier de la Parachez » me chiffonne : s’il s’agit d’un nom d’homme, l’article ne se justifie pas ; et si l’article se justifie, son genre féminin correspond bien à la graphie Dent Parrachée. On pourrait envisager un nom dérivé de la racine oronymique pré-celtique *par, elle-même dérivée de la mieux documentée*pal, « rocher, montagne ». Cette racine serait à l’origine d’un celtique *para, « exposition au soleil ». Par ailleurs, en collision avec parra, cette même racine a donné des noms de lieux comme la Pare, à Bonneval dans la Drôme. Reste enfin l’hypothèse d’une variante de « Peyrache », « lieu pierreux ».

Dent de l’Ours (Saint-Pierre-d’Entremont, Is. et Saint-Raphaël, Var), Dent du Caïman (Chamonix-Mont-Blanc, H.-Sav.), Dent du Chat (La Chapelle-d’Abondance, H.-Sav.), Dent du Crocodile (Chamonix-Mont-Blanc, H.-Sav.), Dent du Loup (Sassenage, Is. et La Chapelle-d’Abondance, Sav.), Dent du Requin (Chamonix-Mont-Blanc, H.-Sav.), Dent de Lièvre (Colmars, A.-de-H.-P.), les Dents de Chien (Pouligny-Montrachet, C.-d’Or – expression imagée qui fait allusion à la forme des nombreuses pierres qui ont été extraites du sol de cette parcelle. Allongées et pointues, elles ressemblaient à des crocs) et une curieuse Dent du Corbeau (Saint-Paul-sur-Isère, Sav. – un lieu fréquenté par les corbeaux).

En Savoie, à l’ouest du Lac du Bourget, se trouve une autre Dent du Chat, qui n’a rien à voir avec le félin comme je l’expliquais dans cet article.

On pense à la Dent d’Alexandre (Le Bourg-d’Oisans, Is.), la Dent de Perret (Singles, P.-de-D.), la Dent d’Arclusaz (École, Sav. – Arcluse semble être une , déformation de « alpe cluse », qui signifie « alpage fermé », en l’occurrence ici par une falaise), la Dent de Barme (Sixt-fer-à-Cheval, H.-Sav. – occitan barma ou balma, « renfoncement naturel formé sous un rocher en surplomb, servant d’abri ou de grotte peu profonde », du gaulois balma, « grotte » . ), la Dent de Marcoule (Chusclan, Gard), la Dent de Die (Romeyer, Dr.), la Dent Gérard (Saint-Nizier-du-Moucherotte, Is.), la Dent du Villard (Planay, Sav.), la Dent de Signac (Bagnols-sur-Cèze, Gard) etc.

La Dent des Trois Évêchés (Allos, A.-de-H.-P.) marque la limite entre les anciens évêchés de Digne (Bléone), Embrun (Ubaye) et Senez (Verdon).

La Dent du Marais (Chambon-sur-Lac, P.-de-D.) doit son nom à la base oronymique *mar, variante du pré-indo-européen *mal, et non à un inexistant marais. Pour attirer le touriste, cette Dent du Marais a été rebaptisée Saut de la Pucelle.

La Dent de Rossanaz (Aillon-le-Vieux, Sav.), avait fait l’objet d’une question de la part du même lecteur que ci-dessus et je lui répondais ceci :

La Rossane est le nom d’un ensemble de chalets et de l’alpage qui les entoure. L’écriture locale fait appel au suffixe savoyard non étymologique az (qui indique que la dernière voyelle, atone, ne se prononce pas). Le mont Rossane est attesté in alpibus de Rossana en 1207 et montanea de Rossana en 1255. Il s’agit d’un nom formé sur le nom de personne latin Rossius ( cf. russus, « rouge, roux ») et suffixe anum.

L’étonnante Dent de Cons (Marthod, Sav.) doit son nom à l’ancienne commune de Cons-Sainte-Colombe, dont le premier élément peut être une déformation de « combe » (du bas-latin cumba) ou du latin comes, « compagnon » (d’où est issu le français « comte »).

On rencontre une Dent du Diable sur la Crête du même nom, à Névache (H.-A.), les Dents du Diable à Chaudeyrolles (H.-L.), une Dent d’Enfer à Hénin-Beaumont (P.-de-C.) et une curieuse Dent de la Rancune à Chambon-sur-Lac (P.-de-D.), un dyke remarquable dont le nom est sans doute une francisation maladroite de l’occitan rancousa, « rocheuse » (photo ci-dessous)

On trouve également une Dent du Monolithe à Sallières-Sardières (Sav.), une Dent du Pra à Allemond (Is. – pra, « pré »), une Dent de Ratier à Arvieux (H.-A., certainement pas un chien mais plutôt un instrument aratoire ; cependant le nom est écrit Aiguille de Rutier par Cassini en 1779, peut-être un patronyme), les Dents du Cerisier, de petites pointes qui dominent le Lac du même nom à Clavans-en-Haut-Oisans (Is.) sans oublier les Dents du Peigne à Bourg-Saint-Maurice (Sav.). Et je rajoute la Dent de Lait à Armaillé (M.-et-L.) ainsi qu’ à Rives-d’Autise et à Oulmes (Vendée) qui sont des appellations récentes bien mystérieuses.

Toujours en réponse au même lecteur, j’expliquais le nom trompeur de Lavaldens (Is.)


Attesté de Valle Dentis au XIIè siècle. Il s’agit probablement d’une réinterprétation médiévale, « la vallée de la dent » (qui peut s’expliquer par les sommets élevés qui bordent la vallée de la Roizonne), d’une forme antérieure du type *Valdingus, d’un nom de personne germanique. L’article, d’apparition tardive, a été agglutiné.

Plus rarement, c’est la dent qui sert à déterminer un nom de lieu. On trouve ainsi un Col de la Dent (Pralognan-la-Vanoise, Sav.), une Combe de la Dent (Saint-Martin-de-Belleville, Sav.), une Crête de la Dent (Orcières, H.-A.), un Mont de la Dent (Dizimieu, Is.), un Rocher des Dents (Saint-André, Sav.), une Pointe de la Dent (Saint-Laurent, H.-Sav.), un Rocher des Deux Dents (Dieulefit, Dr.) etc.

Les hydronymes sont représentés par quelques Ruisseaux de la Dent (Eurre, Dr. …), un Ravin de la Dent (Planay, Sav. …), un Torrent de la Dent (Châteauroux-les-Alpes, H.-A.), un Étang des Bonnes Dents (Sully-sur-Loire, Loiret etc. – du nom d’un ancien hameau écrit Bonnedents par Cassini en 1757, une allusion aux habitants bon mangeurs ou à leurs outils bien aiguisés ?) sans oublier le Grau de la Dent (Arles, B.-du-R. – entre l’étang Sainte-Anne et la mer) etc.

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine du type la Dent de X qui aurait pu figurer dans le billet du jour.

L’hypothèse la plus vraisemblable pour expliquer ce X est celle d’une vieille racine oronymique qui a pu être interprétée, dans la langue régionale, comme une « scie ». Une autre hypothèse fait appel au fait qu’un oppidum gaulois avait été bâti là, d’où le nom de X évoquant une muraille ou une enceinte.

La commune qui l’abrite porte un nom qui évoque le relief pentu fait de paliers se succédant comme des marches d’escalier sur laquelle elle est située.

Le nom du bureau centralisateur du canton désigne un type d’habitat complété par le nom du premier évangélisateur de la région.

Le nom du chef-lieu d’arrondissement est issu de celui d’un homme latin.

Un indice :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr