Amazonie, Amazonia ( partie III )

Tiens! L’Amazonie a disparu des unes de nos journaux … Elle n’ y aura tenu que quinze jours. Et pourtant, elle brûle toujours. Mais on s’en fout : le G7 a été un succès ( si, si ! ), on n’a plus le droit de traiter l’arbitre d’enculé ( même si c’est vrai ) et Balkany est en taule ( au moins quelques nuits ).

Allez, continuons la visite de la forêt, tant qu’il en reste encore un peu. ( La première partie est et la deuxième ici ).

L’Amazonie colombienne

La forêt tropicale occupe la quasi totalité de six départements colombiens qui sont, d’ouest en est : l’Amazonas, le Putumayo, le Caquetà, le Vaupés, le Guaviare et le Guaína.

Amazonas : on ne présente plus l’étymologie de ce nom ( cf. ici ). Sa capitale fut fondée en 1867 quand la région appartenait encore au Pérou et fut nommée San Antonio par le capitaine péruvien Benigno Bustamante le 27 avril. Le 15 décembre de cette même année, un notable de la ville, l’ingénieur Manuel Charón la renomma Leticia, en hommage à sa femme, Leticia Smith.

Putumayos : nommé d’après l’affluent de l’Amazone qui en marque la frontière sud. celui-ci s’appelle putu mayu en langue quechua, soit le « fleuve ( mayu ) des calebasses ( putu ) » ou, plus exactement « fleuve auprès duquel poussent les arbres qui donnent les fruits dans lequel on fait des récipients ». Sa capitale Mocoa a été fondée le 29 septembre 1563 par le capitaine Gonzalo H. de Avendaño sous le nom complet de San Miguel de Agreda de Mocoa, en souvenir de l’église Saint-Michel d’Agreda en Espagne ( Castille-et-León ). Mocoa est soit le nom de la tribu d’Amérindiens qui vivaient là quand les Espagnols sont arrivés, soit le nom qu’ils donnaient à la rivière qui baigne la ville ( et qu’elle porte encore) soit encore à une résine qu’ils exploitaient.

Caquetá : l’étymologie de ce nom — là aussi, celui des Amerindiens ou de la rivière — est mystérieuse. Sa capitale Florencia a été baptisée en souvenir de la ville italienne d’où était originaire Paolo Ricci le tenancier de l’épicerie-cave à vin de l’entreprise de caoutchouc autour de laquelle elle se développa. Plus moralement correct, on dit que le nom fut choisi par le père Doroteo de Pupiales, impressionné par les fleurs multicolores ( ça me rappelle un peu la Martinique, prétendue « île aux fleurs » ).

Vaupés : le nom de l’affluent du Rio Negro, Vaupés, n’a pas d’étymologie connue. C’est Alfred Wallace au XIXè siècle, qui donna le nom générique de Ouapés aux différentes tribus de la région. La dernière référence à ce supposé peuple fut faite par Agustín Codazzi en 1857. On ne parla plus ensuite que de différentes tribus en les appelant chacune par son nom. Toujours est-il qu’on ne connait pas la signification de ce nom, ni même s’il désignait tout un peuple ou seulement un supposé chef. La capitale Mitú doit son nom à un oiseau : en langue ñengatú du groupe tupi-guarani, mitú désigne le crax ou hocco.

Guaviare : le nom de l’affluent de l’Orénoque, passé au département, semble être un mélange ( involontaire de la part les explorateurs ? ) de celui des deux rivières qui lui donnent naissance, le Guyabero et l’Ariairi, sur les rives desquels vivent les Guyaberos. Mais cela ne nous en dit pas plus sur la signification de ce nom, qui reste mystérieuse. La capitale San José del Guaviare a été baptisée du nom du saint du jour, le 19 mars 1910, par les premiers colons ( Homero Benjumea, Dionisio Rodríguez, Pablo Espitia, Félix Restrepo, Carlos Durán et Nepomuceno González ) qui s’étaient fixés là, principalement pour le caoutchouc.

Guainía : ce département porte le nom que les Amérindiens donnaient au cours supérieur du rio Negro, l’affluent de l’Amazone au débit le plus puissant, et au territoire qu’il baignait. En langue ñengatú du groupe tupi-guarani ce nom signifie « terre des nombreuses eaux ». Le nom de sa capitale Inírida signifie « miroir du soleil » dans la langue indigène du groupe ethnique Puinave. Selon la légende, Inírida était une princesse qui est devenue la fleur d’Inírida, qui ne pousse que dans le milieu humide et sablonneux de la région, près des rivières Inírida et Guainia. C’est une fleur rouge à écailles blanches, semblable à un épi, mais vous le savez déjà si vous avez cliqué sur le lien précédent.

L’Amazonie vénézuélienne

Au Vénézuéla, la forêt amazonienne recouvre en gros la partie au sud de l’Orénoque, soit trois États : l’Amazonas, Bolivar et le Delta Amacuro.

Amazonas : inutile de revenir sur ce nom, déjà vu plusieurs fois. La capitale, fondée le 9 décembre 1924 par l’ingénieur-géologue Santiago Aguerreverre, est Puerto Ayacucho. Elle a été baptisée en commémoration de la bataille d’Ayacucho du 9 décembre 1824 qui vit la victoire définitive des indépendantistes sur l’Empire espagnol en Amérique du Sud. La péruvienne Ayacucho doit son nom à une guerre meurtrière que livrèrent les Huaris aux Incas de Viracocha qui venaient conquérir leur terre. En langue quechua, aya kuchu signifie « terre des morts » ou « lieu de repos des âmes ».

■ Bolivar : c’est à partir de la Constitution vénézuélienne de 1901 que l’ancien État de Guyana ( ce nom sera étudié dans la quatrième partie, patience!) prit le nom d’État de Bolivar, en hommage à Símón Bolivar qui avait fait d’Angostura ( l’actuelle capitale Ciudad Bolivar ) le pivot de ses actions qui allaient permettre de libérer les « nations bolivariennes » : Vénézuela, Colombie, Panamá, Équateur, Pérou et Bolivie. La future capitale fut fondée le 21 décembre 1595 par Don Antonio de Berrío, qui l’appela Santo Tomás de Guyana. Après avoir changé plusieurs fois d’emplacement au gré des batailles contre les Amérindiens caraïbes et les corsaires européens, parmi lesquels Walter Raleigh, elle fut fixée en 1764 à son emplacement actuel sur les rives de l’Orénoque, à un endroit où il est particulièrement étroit, d’où son nom de Santo Tomás de la Nueva Guyana de la Angostura del Orinico, simplifié en Angostura, « étroitesse ». c’est sous la présidence du général Carlos Soublette, en 1846, que le nom fut changé en Ciudad Bolivar

Delta Amacuro : le delta dont il est question dans le nom de cet État est celui de l’Orénoque, découvert dès 1499 par Alonso de Ojeda et qui servit de porte d’entrée aux Conquistadors à la recherche de l’Eldorado. Il fut incorporé à partir de 1568 dans la région nommée Nouvelle Andalousie. L’établissement de véritables colons ne débuta vraiment qu’en 1848 quand Julián Flores, Juan Millán, Tomás Rodríguez, Regino Suiva et d’autres fondèrent un hameau qu’ils appelèrent Cuarenta y Ocho, « Quarante-huit », et qui deviendra plus tard la capitale de l’État. En 1884 fut créé le Territoire fédéral du Delta qui sera supprimé en 1893 et incorporé à l’État de Bolivar, puis recréé en 1901 sous le nom de Territoire Fédéral Delta Amacuro, qui ne deviendra un État à part entière qu’en 1991. Le nom d’Amacuro est d’origine guarao et signifie « pays des perroquets ». La capitale, d’abord à San José de Amacuro, sera transférée en 1905 à Tucupita, à l’emplacement de Cuarento y Ocho, que Walter Waleigh avait déjà mentionné au XVIè siècle sous le nom de Tucupity village. En langue guarao, tucupita signifie « endroit où les objets cloués au sol bougent ». Il semble que les tremblements de terre soient assez courants dans la région, dont certains peuvent être relativement violents.

… et la suite est à venir.

La devinette

Il faudra trouver le nom d’une forêt antique qui servit de frontière entre deux cités, puis deux provinces et deux royaumes. Il n’en reste plus aujourd’hui qu’une dizaine de bois épars, tous situés dans le même pays.

On a proposé une étymologie basée sur la déformation du nom du chef d’un peuple antique ou de celui du peuple lui-même, mais il semble plus sûr d’y voir un rappel de l’usage qu’en faisaient ceux qui y avaient accès.

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K’àak Chi’ ( répàladev)

TRA le premier, puis TRS, Un Intrus, LGF, etc. ont résolu ma dernière devinette.

Il fallait trouver K’àak Chi’, une cité maya qu’un jeune Canadien prétendait avoir découverte en 2016 grâce à des photographies prises par des satellites.

William Gadoury, un jeune Canadien de quinze ans, s’est étonné en constatant que les Mayas construisaient leurs cités loin des rivières, sur des terres insignifiantes ou dans les montagnes. Sachant qu’ils adoraient les étoiles, l’idée lui est venue que ces cités pouvaient être positionnées en fonction de constellations supposées du zodiaque maya. Il eut donc l’idée de vérifier sa théorie en comparant les images fournies par l’Agence spatiale canadienne à partir des données satellitaires de la NASA et de l’Agence spatiale japonaise, JAXA. Selon lui, les emplacements des 117 sites mayas connus correspondaient aux positions des étoiles dans 22 « constellations mayas ». Une nouvelle cité se trouverait à un endroit suggéré par une supposée 23è constellation de trois étoiles avec seulement deux sites connus correspondant sur le sol. Une image vue du ciel montrerait à l’emplacement de la troisième étoile les vestiges d’une pyramide — la 118è !

Les images satellitaires qui ont initialement fait penser à la présence d’une cité maya perdue. Elles semblaient accréditer la thèse du jeune William Gadoury. © Google Earth, CSA 

Il baptisa sa découverte Káa’k Chi’, « la bouche de feu » en langue maya. La presse s’en empara aussitôt et fut dithyrambique, comme le Journal de Montréal.

Hélas !, il fallut déchanter quelque temps plus tard quand des archéologues plus chevronnés, comme le Mexicain Rafael Cobos Palma, ont souligné que la zone de la prétendue découverte, qui était très proche de divers sites mayas déjà identifiés au sud de Campeche, avait été déjà largement explorée par les archéologues depuis les années 1930, sans avoir trouvé cette prétendue pyramide. Les mayanistes les plus réputés, comme David Stuart, ont identifié l’image satellitaire comme les vestiges d’un champ de maïs ou plutôt un milpa. D’autres, comme l’anthropologue et astronome Anthony Aveni ont fait remarquer que les constellations mayas étaient très mal connues et qu’il y a à ce sujet de multiples théories. Le mayaniste Francisco Estrada-Belli a fait remarquer quant à lui que même si un site maya se trouvait à l’endroit prévu, cela pourrait n’être qu’une coïncidence puisqu’il y a probablement des centaines de sites archéologiques mayas non encore découverts : il a fait remarquer que les probabilités étaient très élevées de poser son doigt n’importe où sur une carte de la région et de localiser un site maya.

Pour en savoir plus, on peut lire les articles d’Isabel Orpy ( Délit d’images ) ou de Laurent Sacco ( Futura Science ).

Azerbaïdjan ( répàladev)

Ma dernière devinette n’a pas fait long feu ( ah ah ) : TRA le premier, suivi de TRS, LGF, Un Intrus, … en sont venus rapidement à bout. C’est pourquoi j’en publie dès aujourd’hui la solution, sans passer par la case des indices du mardi, que les autres ne m’en veuillent pas.

Il fallait trouver l’ Azerbaïdjan.

Dans l’Antiquité, ce pays occupait le nord-ouest de la Médie. Après la mort de Darius III, dernier roi achéménide vaincu par Alexandre le Grand en 330 av. J.-C., le général mède Atropatès ( en grec Aτρoπάτης, en vieux-persan Atarepata ) se rallia à Alexandre. Cela lui valut, après la mort de celui-ci, lors du partage du pouvoir entre les diadoques, de garder le gouvernement du nord-ouest de la Médie : c’est pourquoi, dans la tradition grecque ( chez Diodore par exemple ), cette région fut appelée Atropatia Media ou Atropatēnē.

Ce dernier nom a survécu dans la nomenclature iranienne ultérieure avec une évolution phonétique ( je vous passe les détails, faites moi confiance) qui, en passant par le persan Āzarbayǰān, rend compte des formes du nom dans la nomenclature géographique moderne.

Le nom vieux perse que nous connaissons sous sa forme grecque Atropatès était probablement un titre religieux signifiant « maître ( pati ) du feu ( ātar ) » mais d’autres hypothèses optent pour le traduire par « protégé par le ( sacré ) feu » ou « pays du ( sacré ) feu ». C’est cette dernière hypothèse qui est à l’origine du surnom et de la devise actuels de l’Azerbaïdjan : le Pays du feu ou Land of fire en anglais. Certains voient là une allusion aux feux spontanés des gisements pétroliers ou gazeux que l’on peut voir dans le pays comme à Yanar Dag, « la montagne en feu » :

C’est cette même étymologie qui explique les armoiries modernes où le feu occupe la position centrale :

Le nom de la capitale Bakou est attesté Bādkouh dès le Xè siècle chez le géographe arabe Al-Mas’ûdî. On le croit d’origine persane et on y voit « la montagne ( kuh ) du vent ou des vents ( bād ) ». Il y souffle en effet, surtout en hiver, un violent vent du nord-ouest. Cette étymologie est confortée par l’attestation, chez des géographes arabo-persans médiévaux, d’une forme ancienne Bakuyah, où kuyah est un diminutif par ailleurs connu signifiant « petite montagne, colline ».

Vous ne pensiez tout de même pas vous en tirer à si bon compte, j’espère ?

La devinette

S’aidant de techniques d’investigation modernes, un archéologue amateur a fait part de la découverte des vestiges d’une ancienne ville qui avaient jusque là échappé à tout le monde. Sa démonstration, convaincante et preuves à l’appui, qui ouvrait en outre la voie à une nouvelle théorie concernant la localisation des villes du même peuple, a eu un certain retentissement dans la presse internationale … jusqu’à ce que des archéologues plus chevronnés ( et notamment ceux qui avaient fouillé la zone pendant des années ) aidés par des scientifiques de disciplines variées, ne la réduisent en miettes : il n’y avait jamais eu de ville à cet endroit-là et les « preuves » n’en étaient pas.

Le nom de cette ville ( ben oui, on lui a donné un nom, même si elle n’existe pas, sinon comment savoir de quoi on parle ? ) a quelque chose à voir avec le feu, bien sûr, sinon ça serait pas du jeu. Quel est-il ?

Amazonie, Amazonia ( partie II )

Alerte info ! Sept pays amazoniens ont signé un pacte pour protéger la forêt! Nous voilà rassurés, les flammes n’ont qu’à bien se tenir … les pompiers arrivent !

Bon. Voici la suite de la promenade entamée ici

L’Amazonie bolivienne

Elle recouvre la totalité du Pando et une grande partie du Beni.

■ le Pando : créé en 1938, ce département fut nommé en l’honneur de José Manuel Pando qui fut un des premiers à explorer la région. Sa capitale Cobija s’appelait à l’origine Puerto Bahia ( le « port de la baie », ici un méandre du fleuve Acre), mais ce nom fut changé en 1908 pour éviter la confusion avec la ville brésilienne. On choisit donc de la baptiser Cobija, en l’honneur du port du même nom fondé en 1825 par Bolivar et qui fut la capitale du département du Littoral jusqu’en 1875, quand la région fut conquise par le Chili, et dont il ne reste aujourd’hui que des ruines. Cobija est un nom indigène ( chango ), sans doute celui des Amérindiens qui peuplaient la côte avant l’arrivée des Espagnols, dont la signification m’échappe.

■ le Beni : en langue tacana, Beni signifie « vent ». Sa capitale est Trinidad, « Trinité ».

L’Amazonie péruvienne

Elle recouvre les départements Amazonas ( on s’en serait douté), Loreto, Uyacali et Madre de Dios.

Amazonas : inutile de revenir sur l’étymologie de ce nom , vue dans le précédent billet. Sa capitale est Bagua Grande, surnommée Corazón de Amazonas, « le cœur de l’Amazone ». Bagua, un mot sans aucun doute d’origine indigène, n’a pas de signification connue ( on a proposé sans preuve le nom d’un chef indigène qui aurait accueilli les Espagnols, la déformation du nom d’une plante appelée guaba, etc.).

Loreto : ce département doit son nom à celui d’un ancien habitat amérindien ticuna frontalier avec le Brésil qui, au gré des modifications de frontières successives, se trouve aujourd’hui en Colombie. Loreto est le nom que les conquistadors avaient donné au camp amérindien, en référence à la ville italienne du même nom ( « lieu planté de lauriers », cf. ce billet ). La capitale est Iquitos : en langue iquito, ce nom signifie « foule séparée par les eaux ». Il y avait là, à l’origine, les Iquitos proprement dits séparés des Maracanos et des Auves par le fleuve Nanay et ses affluents rio Branco et Chambira. Une autre hypothèse traduit iquito, d’une autre langue amérindienne, par « écureuil ».

Ucayali : le nom du fleuve éponyme est d’origine amérindienne et signifie « fleuve boueux » dans la langue pano des Shipibo-Conibos. La capitale Pucallpa porte un nom quechua qui signifie « terre ( allpa ) rouge ( puka ) ».

Madre de Dios : comme beaucoup d’autres, ce département doit son nom au fleuve qui le traverse, le rio Madre de Dios, la « mère de Dieu ». Son nom quechua Amaru Mayu signifie « fleuve Amaru» d’après le nom du serpent à deux têtes de la mythologie inca. La capitale Puerto Maldonado, fondée en 1902, fut nommée en hommage à l’explorateur péruvien Faustino Maldonado qui explora en 1860-62 le cours du Madre de Dios, prouvant qu’il se jetait dans le rio Madeira contrairement à ce qu’affirmaient les géographes contemporains. Il mourut noyé dans la Madeira après avoir eu le temps de graver son nom sur un tronc d’arbre au confluent.

L’Amazonie équatorienne

Les Équatoriens appellent l’Oriente la partie … orientale de leur territoire, recouvert en quasi totalité par la forêt amazonienne. Elle concerne six provinces, du nord au sud :

Sucumbios : longtemps après les premières missions des pères franciscains espagnols des débuts de la conquête, la véritable « colonisation » de la région ne se fit que dans les tout débuts du XXè siècle. Sucombios serait le nom, dit-on sans plus d’explication, des Amérindiens qui peuplaient la région à l’arrivée des Espagnols : il ne fait guère de doute que ce nom sans doute d’origine quechua a subi l’attraction paronymique de l’espagnol sucombios, « je succombe ». Sa capitale Nueva Loja porte un nom rappelant que ses fondateurs, au milieu du XXè siècle, venaient de Loja, dans la province du même nom au sud du pays. Cette dernière, fondée par Alonso de Mercadillo en 1548 avait été baptisée d’après la ville espagnol de Loja dont le nom est issu d’un pré-celtique lausa au sens de « pierre » qu’on retrouve dans le français « lauze ».

Napo : cette province doit son nom au fleuve qui la traverse, qui fut l’un des premiers affluents de l’Amazone découvert et exploré par Gonzalo Pizarro en 1540 puis descendu jusqu’à l’Amazone et l’Atlantique par Francisco de Orellana en 1541. Le nom Napo est issu du quechua et signifie « cœur, centre », à comprendre comme « fleuve principal ». La capitale est Tena qui doit son nom, dont j’ignore le sens, à un affluent du Napo.

Orellana : sans surprise, cette province comme sa capitale Puerto Francisco de Orellana doivent leur nom à Francisco de Orellana (cf. juste au-dessus).

Pastaza : cette province doit son nom au rio qui la traverse ( ça devient lassant, non ?) qui est Pastazi en langue candoshi. Ce nom peut être relié à pashato, nom d’ un mollusque particulièrement fréquent dans les eaux du fleuve et du lac Rimachi dont il est le principal contributeur. La capitale est Puyo dont le nom est issu du quechua puyu, « nuage, brume ».

Morona Santiago : cette province est issue du découpage en 1953 de l’ancienne Zamora Santiago. Morona est le nom d’une rivière tributaire du rio Santiago (Saint-Jacques. La capitale est Macas dont l’étymologie est incertaine, tant les homonymes sont nombreux dans les différentes langues amérindiennes. On peut toutefois privilégier une origine d’après le quechua maca, « jarre, cruche », comme le suggèrent les fouilles archéologiques qui ont révélé de nombreuses grandes jarres dans la région.

Zamora Chinchipe : Zamora, capitale de la province, doit son nom à la ville natale espagnole du conquistador Hernando de Barahona qui baptisa ainsi son premier établissement le 6 octobre 1549. Le nom de la ville est passé à la rivière, branche sud du rio Santiago. La ville espagnole porte un nom issu du berbère Azemur, « oliveraie sauvage » ou Semurah, « ville des turquoises ». Chinchipe est, si on se fie à son Bref journal de 1549, le nom d’une tribu qui vivait sur la rive gauche de la rivière qui porte aujourd’hui ce nom quand le capitaine espagnol Diego Palomino les rencontra en 1549. Selon une autre hypothèse chinchipe signifierait « liane » en langue shuar, un mot qui pouvait aussi servir à qualifier des personnes minces, fines, élancées.C’est sur les bords du fleuve Chinchipe qu’étaient établis les Amérindiens de la culture Mayo Chinchipe ( mayo signifie fleuve en quechua ) entre 5300 av. J.-C. et 2500 av.J.-C.

… et la suite est à venir.

La devinette

Si l’Amazonie est en feu, certaines régions du monde pourraient se croire ignifugées …mais faire l’objet d’une devinette.

Il s’agira de trouver le nom d’un pays dont l’étymologie, à travers plusieurs langues successives, en fait le pays du « maître du feu » ou le pays « du feu protecteur » au point qu’il en a fait sa devise.

Sa capitale est, étymologiquement encore, la « montagne des vents ».

Je ne vois pas d’indice à vous montrer sans vous donner la solution en même temps.

P.S. : la relecture me pousse à préciser que « pays » s’entend au sens onusien du terme. La Patagonie ou Terre de Feu n’est pas un pays, mais un archipel partagé entre deux pays.

Chinchilla ( répàladev )

LGF et TRS ont rejoint Un Intrus sur le podium des « solutionneurs » de ma dernière devinette. Bravo!

Il fallait trouver Chinchilla, une ville australienne du Queensland.

La ville a d’abord été un campement sommaire en 1877 lors de la construction de la voie de chemin de fer prolongeant celle de Toowoomba à Dalby, dans la région rurale des Darling Downs. Un bureau de poste y a ouvert le 3 janvier 1878, officialisant la fondation de la ville.

Le nom Chinchilla est une corruption du terme aborigène tintinchilla ou jinchilla désignant un conifère particulier appelé cypress-pine ( « pin – cyprès » ) du genre Callitris

Chinchilla est — un tout petit peu — célèbre pour ses bois pétrifiés dont la teinte particulière est à l’origine de la couleur Chinchilla red. Si l’envie vous prend d’aller en voir de près : fichier pdf en anglais.

Chinchilla a un homonyme : le chinchilla, un petit mammifère sud-américain chassé pour sa fourrure jusqu’à sa quasi disparition à l’état sauvage et élevé en captivité, toujours pour sa fourrure mais aussi comme nouvel animal de compagnie. Le mot chinchilla est un diminutif du nom des Chinchas, un peuple amérindien qui habitait la bande côtière près de Lima avant l’arrivée des Incas.

Les indices :

■ la pastèque :

Ceux qui ont lu la page wiki savent que la ville, « capitale australienne du melon » ( melon étant à prendre au sens large de cucurbitacée, pastèque incluse ) organise tous les deux ans en février un festival du melon. Elle s’enorgueillit même d’avoir remporté en 2008 le prix du Gros Truc ( Big Thing ) grâce à cette tranche de pastèque de 8 mètres de long :

On peut préférer ça :

■ les kangourous :

étaient soigneusement choisis en bois et plutôt rouges pour rappeler tout à la fois l’Australie, le bois pétrifié et le chinchilla red

L’indice du mardi 03/09/2019

Ma dernière devinette n’a trouvé qu’un « solutionneur » qui signe Un Intrus et qui mérite nos félicitations.

En voici l’énoncé :

Il faut chercher une ville, ni européenne ni sud ou nord-américaine, sachant que son nom :
■ est une corruption d’un mot indigène désignant un genre de conifères ;
■ sert à déterminer la couleur particulière prise par le bois ayant subi une transformation particulière ;
■ a un homonyme sur un autre continent, toujours issu d’une langue indigène, désignant un petit mammifère longtemps chassé pour sa fourrure, aujourd’hui élevé en captivité ;

Et l’indice qui l’accompagnait :

Pour ceux qui n’ont pas eu la perspicacité d’Un Intrus, je ne propose qu’un indice, mais qui devrait suffire !

J’aurais pu tout aussi bien, sinon mieux, proposer celui-ci

mais il m’a semblé petit .

Amazonie, Amazonia ( première partie )

La forêt amazonienne, dite Amazonie, occupe un territoire immense partagé entre plusieurs États brésiliens, la Bolivie, le Pérou, l’Équateur, la Colombie, le Vénézuela, la Guyana, le Surinam et la Guyane française.

Elle brûle aujourd’hui mais « le nombre de feux enregistrés et la surface brûlée dans la région amazonienne sont loin des records enregistrés en 2004, 2005, 2007 et 2010, mais les niveaux sont tout de même élevés à l’échelle de la dernière décennie. » ( Libé ). N’empêche, si l’opération de communication biarrote de Macron peut servir à quelque chose …

On peut rappeler que l’Amazonie a accueilli des Hommes dès 11 200 ans avant J.-C. comme le montre la grotte de Pedra Pintada ( de la « pierre peinte » ) à Monte Alegre dans l’État du Pará. Pourvu que ça dure!

Je ne me préoccuperai aujourd’hui que de la forêt brésilienne avant de me pencher sur le reste dans un ou deux autres billets supplémentaires.

À tout seigneur, tout honneur, commençons par l’Amazone, le fleuve qui donne son nom à l’ensemble. Son estuaire, large de 100 kilomètres, fut découvert en 1500 par le navigateur espagnol Vicente Yañez Pinzon qui remonta le fleuve sur quelque 80 kilomètres. Il l’appela Rio Santa Maria de la Mar Dulce, nom qui se réduisit par la suite en Mar Dulce, « douce mer », en raison de la très faible salinité de l’estuaire. Le cours du fleuve, du Pérou à l’Atlantique, fut reconnu pour la première fois par Francisco de Orellana, lieutenant de l’armée espagnole.

Il faut attendre près d’un demi siècle pour que le dominicain Gaspar de Carjaval fasse le récit de cette dernière expédition dans lequel apparait le nom Rio de las Amazonas, « fleuve des Amazones ». L’auteur l’explique par des combats qu’Orellana aurait livrés contre des femmes guerrières peuplant les rives du fleuve. Aucune découverte ultérieure n’est jamais venue confirmer l’existence de ces guerrières, ce qui n’a pas empêché les Brésiliens d’en faire les légendaires Icamiabas , nommées d’après le tupi i-kama-iaba, « au sein coupé », reprenant la fausse étymologie d’« amazone ». L’origine de cette histoire réside probablement dans une altération par une étymologie pseudo-savante d’un mot tupi amasunu désignant un mascaret, un phénomène qui se produit par la rencontre du cours fluvial avec le flux de la marée montante et qui progresse rapidement vers l’amont sous la forme d’une vague déferlante. L’Amazone était, pour ses premiers riverains, le fleuve des mascarets.

Plusieurs noms successifs ont été essayés pour désigner la forêt. Humboldt en 1808 a proposé Hylaea, du nom du pays boisé où Héraklès rencontra Échidna ; personne ne l’a suivi, on se demande bien pourquoi. L’historien brésilien Inácio Accioli de Cerqueira e Silva est le premier à proposer en 1833 le nom de « Pays des Amazones » qui sera repris et popularisé par le baron Frederico José de Santa-Anna Nery en 1899. Entre temps, un certain Martius avait proposé en 1858 le « Pays des Naïades » tandis qu’en 1884, Wappäus, dans un souci de ne froisser personne, avait tenté l’« Hylaea des Amazones ».

C’est bien sûr le fleuve qui a donné son nom à l’État brésilien d’Amazonas dont la capitale, Manaus, a fait l’objet d’une devinette et même de sa solution.

L’Amazonie brésilienne

Les autres États brésiliens occupés au moins en partie par la forêt sont les suivants, en partant du sud et en progressant dans le sens des aiguilles d’une montre :

Mato Grosso : le nom est attesté depuis environ 1735. Il signifie en portugais « grande ( grosso ) forêt (mato ) » qu’il faut comprendre comme pays sauvage, couvert de bois mais aussi de broussailles et de bruyères. Le même mot apparait dans quelques toponymes français comme Les Matelles ( Hérault ). La capitale en est Cuiabá, un nom amérindien dont l’origine est discutée.

Rondônia : il s’agissait d’abord du Territoire Fédéral de Guaporé, d’après un mot tupi signifiant « camp ( wa ) de la chute d’eau ( poré ) ». Devenu un État à part entière en 1982, on le baptisa du nom du maréchal Cândido Rondon, explorateur de la région. La capitale en est Porto Velho, « vieux port » : la ville a été créée en 1907 à l’emplacement d’un premier port militaire construit en 1873 sous Pierre II.

Acre : cet État doit son nom à la rivière que les premiers explorateurs ont appelée Aquiri, une déformation du tupi a’kir ü, « eau verte » ou de a’kir « repos, halte » ou encore de Yasi’ri, Ysi’ri, « eau courante ». La capitale a pris le nom du fleuve qui la baigne, Rio Branco, « fleuve blanc », en raison de la remarquable clarté de ses eaux en comparaison des autres cours d’eau de la région.

Roraima : c’est le mont Roraima qui donne son nom à l’État, lui-même devant le sien aux Pemóns qui l’appelaient le « mont ( rora ) vert ( imã ) ». Une autre explication propose le « mont des vents », les indigènes ayant noté que les vents dominants semblent en provenir. La dernière hypothèse, le « mont de l’acajou », est moins convaincante. La capitale s’appelle Boa vista, « belle vue ».

Pará : c’est État doit son nom au fleuve que les indigènes appelaient en tupi-guarani pa’ra, soit le « fleuve-mer » ou le « fleuve grand comme une mer » : son confluent avec le fleuve Tocantins est si large qu’on n’y aperçoit pas l’autre rive. La capitale est Belem, du nom de Bethléem. La ville était appelée à l’origine Santa Maria de Belém do Pará ou Nossa Senhora de Belém do Grão Pará, en rappel de la date de la Nativité 1615 qui vit partir de Saint-Louis ( Maranhão) Caldeira Castelo Branco à la conquête du Pará.

Amapá : le nom de cet État a une étymologie controversée. Il pourrait s’agir d’un mot tupi signifiant « endroit ( paba ) de la pluie ( ama ) » ou bien d’un mot nheengatu signifiant « fin de la terre » ou « île ». Selon une dernière hypothèse et sans doute la plus probable, amapá serait un mot arawak désignant un arbre typique de la région de la famille des Apocinacées, le Parahancornia amapa, produisant un fruit violet savoureux don on extrait le « lait d’amapá » connu dans la pharmacopée locale comme fortifiant, stimulant de l’appétit et pour le traitement des maladies gastriques et respiratoires. Sa surexploitation en fait une espèce menacée. La capitale est Macapá dont le nom est sans doute issu du mot tupi macapaba signifiant « endroit des bacabas », une espèce de palmier produisant des fruits comestibles.

Maranhão : le nom de cet État, initialement colonie française de Maragnan, est d’origine tupi où mar anham signifie « mer ( d’eau ) courante » pour décrire le fleuve éponyme. São Luis est la seule capitale d’État du Brésil qui n’ait pas été fondée par les Portugais et dont le nom soit d’origine française. La ville fut en effet fondée sous le nom de  Saint-Louis de Maragnan lors de l’éphémère colonie française de la France équinoxiale. Elle fut baptisée le 8 septembre 1612 en l’honneur du jeune roi Louis XIII, comme l’explique le chroniqueur Claude d’Abbeville dans son Histoire de la mission des pères Capucins en l’Isle de Maragnan et terres circonvoisines. Malgré tout, les Brésiliens expliquent le nom par celui du roi Louis IX, dit saint Louis : le profond sentiment religieux des Brésiliens explique sans doute cette préférence …

Tocantins : cet État est un de ceux qui font la transition entre la forêt et la savane. Il doit son nom au fleuve Tocantins qui est un nom tupi signifiant « bec de toucan «, de tukana, « toucan » et tim, « bec ». Le nom de sa capitale, Palmas, fut choisi en hommage à la capitainerie São João da Palma ( l’actuelle Paraña ) qui fut le siège du premier mouvement séparatiste de la région. La grande quantité de palmiers n’est sans doute pas étrangère à l’appellation.

La devinette

Restons dans les arbres ! Il faut chercher une ville, ni européenne ni sud ou nord-américaine, sachant que son nom :

■ est une corruption d’un mot indigène désignant un genre de conifères ;

■ sert à déterminer la couleur particulière prise par le bois ayant subi une transformation particulière ;

■ a un homonyme sur un autre continent, toujours issu d’une langue indigène, désignant un petit mammifère longtemps chassé pour sa fourrure, aujourd’hui élevé en captivité ;

et en se servant de cet indice :