Les indices du mardi 17 mai 2022

Après un billet sur le nom de la Corse, je proposais cette devinette :

Un autre lieu méditerranéen doit son nom actuel dans la langue locale à la racine indo-européenne qui est à l’origine du grec κυρτος, kurtos, avec le sens de « courbé, arrondi, incurvé », dont il a été question plus haut.

Son nom français actuel est, lui, le résultat de l’évolution d’un autre nom, apparu plus tard toujours dans la même langue locale, qui faisait référence à deux sommets.

Quel est cet endroit ?

Un indice ? Ben, non, je ne suis pas fou. (qui a dit « pas encore » ?)

Il n’a pas fallu longtemps à TRA pour me donner la bonne réponse. Bravo à lui !

Pour les autres, allons-y pour quelques indices :

■ lacrymal :

indice a 17 05 2022

■ naval :

indice c 17 05 2022

■ champêtral :

indice b 17 05 2022

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

PS ne cherchez pas d’indice dans la rime en -al. C’était pour rire.

Corse

La Corse, île de la Méditerranée entre la côte ligure et la Sardaigne, est devenue française en 1769 après avoir longtemps appartenu à la République de Gênes et, auparavant, aux évêques de Pise. En 1790, elle est instituée département français (chef-lieu Ajaccio) puis scindée en deux en 1793 : Golo au nord (chef-lieu Bastia) et Liamone au sud (chef-lieu Ajaccio), chacun portant le nom d’une rivière, comme c’était souvent le cas à l’époque. En 1811, il n’y aura plus qu’un seul département de la Corse avec Ajaccio pour préfecture. Enfin, en 1975, l’île sera à nouveau partagée entre Haute-Corse (pour ne pas dire Corse-du-Nord, beurk ! — préfecture Bastia) et Corse-du-Sud (pour ne pas dire Basse-Corse, on a sa fierté ! — préfecture Ajaccio).

Si vous voulez connaître l’origine et le sens du nom de la Corse, ne vous précipitez pas sur la rubrique toponymie de la page wikipedia : on n’y trouve en effet, au moment où j’écris ces lignes (j’ai toujours rêvé d’écrire ça, qui fait très Albert Londres !) que la plupart des étymologies légendaires ou inventées de toutes pièces. Non, si vous voulez connaître l’origine et le sens du nom de la Corse, vous êtes à la bonne adresse !

Les plus anciennes traces d’occupation de l’île datent du dixième millénaire avant notre ère, mais nul ne sait quels furent ces premiers occupants. La « doyenne des Corses », la Dame de Bonifacio, date de 7000 à 6500 av. J.-C.

Dame de Bonifacio

(je suis allé la voir : elle est fort bien conservée pour son âge)

Des signes d’une culture agraire et de villages datent du sixième millénaire, les plus anciennes statues-menhirs remontent à 1500 avant notre ère et certains indices attestent la présence phénicienne et étrusque au septième siècle toujours avant notre ère. Les Phocéens fondent Alalia, l’actuelle Aleria, au VIè siècle avant J.-C. Les Étrusques seront chassés par les Syracusiens au Vè siècle, avant que la conquête romaine ne débute, autour de -250. On ne sait rien d’une éventuelle présence ibère ou ligure, sinon la proximité de certains toponymes avec de vieux termes pyrénéens. [On aura apprécié, j’espère, l’art de parcourir dix mille ans en dix lignes]

C’est l’historien grec Diodore, vers 30 av. J.-C., qui nous livre le premier nom latin connu de la Corse, à savoir Κóρσικα (Corsica) ; il en cite aussi le nom que lui donnaient les Grecs eux-mêmes, Κύρνος (Curnos), attesté depuis Hérodote avec l’épithète Κύρνιος. Le masculin pluriel Corsi désigne chez Tite-Live les habitants de l’île, sur la base de l’adjectif Corsus attesté peu de temps après chez Ovide et Martial. Il faudra attendre le bas Moyen Âge pour que se forge en Italie, notamment à Gènes, le nom de Corsa (accordé avec insula, « île », sous-entendu) pour désigner l’île, nom qui sera repris par la langue française sous la forme Corse. Parallèlement à cela, à l’époque de Varron au Ier siècle av. J.-C., avait été créé un adjectif Corsicus et, par suite, un autre nom de l’île, Corsica, attesté chez Cicéron et Pline l’Ancien et que l’italien a conservé à côté du populaire Corsa. Ce nom Corsica est devenu Corsegue chez les plus anciens géographes français, Corsega en vieil occitan et les Corses appellent aujourd’hui leur île Corsica. (et quand on l’appelle, elle répond : c’est là, peu de gens le savent, l’origine des polyphonies corses).

On n’aperçoit pas d’étymologie latine plausible pour Corsus. Certains ont alors fait appel au phénicien avec des hypothétiques *chorsi, « forêt », et *kyr, « cap, pointe » — mais doit-on rappeler qu’on ne connait presque rien de cette langue ? Le pré-indo-européen *kor, variante de *kar, « pierre, rocher », qu’on trouve entre autres dans les noms de Cors à Sonnac (Aveyron) sur une pente escarpée et à Saint-Cernin (Cantal) sur un versant de butte, dans celui des Cors à Polminhac (Cantal) ou encore de Corps (Isère), a lui aussi été mis à contribution (DPPF*). Mais rien ne vient sérieusement étayer ces hypothèses.

Pour d’autres, la racine commune des noms grec et latin peut être reconstituée en *kur-s-n pour laquelle deux explications ont été avancées :

♦ un rapprochement avec un ancien terme grec κορσος, korsos, signifiant « fait de couper, partie coupée » (devenu souvent ultérieurement κούρος), qui repose sur un radical κορσ-, lui-même issu de l’indo-européen *(s)ker-s, « coupé ». Cette appellation viendrait des navigateurs grecs de l’époque archaïque, dont on sait notamment qu’ils ont fondé Marseille et d’autres cités du golfe du Lion. À partir du sud de l’Italie, la voie normale consistait à caboter le long des côtes campaniennes, étrusques et ligures, mais celles-ci n’étaient pas sans risques, notamment avec la traversée de l’archipel Toscan, et c’est pourquoi, arrivés à hauteur du Latium, les marins grecs préféraient virer et mettre le cap sur la Corse, sans doute vers Aleria, d’où ils reprenaient leur route vers le nord. Il est tentant de penser que, dans la langue de la navigation, le terme korsos a pris le sens de « raccourcissement, raccourci » et a désigné, en l’occurrence, la route de la Corse et la Corse elle-même. On peut aussi faire un parallèle avec un autre adjectif grec, κυρτος, kurtos, « courbe, arrondi, incurvé », qui pouvait aussi désigner cette route maritime qui virait à bâbord en direction de la Corse (DNL*, DNLF*).

ITALIE

(Bon, moi je suis toponymiste, pas géographe ni dessinateur et encore moins navigateur)

♦ un rapprochement avec une racine indo-européenne *kurs-no, « bosquet, arbre » (Indogermanisches etymologisches Wörterbuch, de J. Pokorny, 2 vol. 1959-69, cité par DNLF*). Le couvert végétal de l’île, toujours abondant aujourd’hui, était sans doute impressionnant pour des marins qui venaient de régions pour la plupart largement déboisées. Certains ont même imaginé que les marins phéniciens venaient en Corse chercher le bois nécessaire à la confection de leurs bateaux.

PS : je n’en ai bien sûr pas terminé avec la Corse (ni avec le corse qui n’est pas une langue si facile que ça, même pour un Provençal).

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

index

Et, en plus, vous voulez une devinette ?

Bon. Andemu !

Un autre lieu méditerranéen doit son nom actuel dans la langue locale à la racine indo-européenne qui est à l’origine du grec κυρτος, kurtos, avec le sens de « courbé, arrondi, incurvé », dont il a été question plus haut.

Son nom français actuel est, lui, le résultat de l’évolution d’un autre nom, apparu plus tard toujours dans la même langue locale, qui faisait référence à deux sommets.

Quel est cet endroit ?

Un indice ? Ben, non, je ne suis pas fou. (qui a dit « pas encore » ?)

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Avis de réouverture

C’est moi, c’est leveto ! est-ce qu’il y a quelqu’un ? est ce qu’il y a quelqu’une ? ♪ ♫ ♪

Bonne nouvelle : le blog rouvre bientôt, probablement en fin de semaine.

D’ici là, patience ! ♫♪♫

… et en attendant, sauriez-vous me dire où j’étais ?

KODAK Digital Still Camera

… sachant que le nom local de ces sommets se traduit en français par les « cornes d’âne », tandis que le nom officiel, sous lequel ils sont mieux connus, aurait plutôt à voir avec le museau d’un autre animal.

Les indices du mardi 19/04/2022

ℳa dernière devinette n’a pas eu beaucoup de succès …

Pour les étourdis, je rappelle qu’elle concernait les dérivés du latin rotondus, « rond ».

et que son énoncé était le suivant :

Il vous faudra trouver un nom de lieu de France métropolitaine lié au mot du jour.

Dans la langue régionale, ce lieu porte le même nom issu d’un anthroponyme germanique que  sur la carte de Cassini, mais qui n’a rien à voir avec le nom français actuel qu’il faut trouver.

Deux personnalités étrangères décédées au XXè siècle sont liées à ce lieu, mais vous donner ne serait-ce que des indices pour vous aider à les identifier, serait vous donner la solution, aussi m’abstiendrai-je.

Le nom du pays lui aurait été donné, pour certains, en raison de sa ressemblance avec un toit fait de planchettes et, pour d’autres, parce qu’on y cultivait une certaine variété d’orge.

Le nom du chef-lieu de canton rappelle la qualité de son sol.

Un seul indice :

indice-a-17-04-2022

Quelques précisions supplémentaires :

■ ℒe nom à trouver est celui d’une commune.

■ ℒes deux personnalités étrangères liées à cette commune, pacifistes, étaient de nationalités différentes. L’une y est enterrée. L’autre, non — et sans doute que même si elle l’avait souhaité, cela aurait soulevé quelques réticences.

■ remplacer « planchettes »  par « bardeaux ».

■ le nom du chef-lieu de canton a quelque chose à voir avec le vieux Paris.

 

ℰt un seul indice :

indice a 19 04 2022

 

ℛéponse attendue chez leveto@sfr.fr

Complètement rond … ou presque.

Je m’intéresse aujourd’hui aux rondeurs. Non ! pas celles auxquelles vous avez immédiatement pensé, mais celles des reliefs, des surfaces ou des constructions de forme ronde qui ont laissé leur trace en toponymie. Constructions humaines mises à part, il semble que le dénominateur commun des toponymes en « rond », s’il faut en trouver un, soit celui d’un espace dégagé, circulaire ou non, assez important pour l’établissement d’une exploitation rurale (sommet tabulaire de montagne, replat de versant, espace circulaire en plaine, etc.)

Le latin populaire *retundus, issu, par dissimilation de la première syllabe, du classique rotundus, « qui a la forme d’une roue, rond », est à l’origine de l’occitan redond, a, de même sens, et du français « rond, -e » par amuïssement du d intervocalique.

Sur ces termes ont aussi été formés des noms de famille (Rond, Rondel, Redon, Redonnet …) évoquant la rondeur de l’individu, son embonpoint, la grosseur de son ventre. Certains des micro-toponymes que nous verrons peuvent être directement issus de ces noms de famille, comme des Prés ou des Fermes Redond.

Rond, ronde

Je ne m’attarderai pas sur tous les toponymes comportant l’adjectif « rond » ou « ronde » : ils sont beaucoup trop nombreux et de peu d’intérêt. On trouve ainsi quantité de Bois, de Champs, de Fermes, de Chênaies, de Landes, de Noues, de Touches Rond(e)s, etc. répartis sur tout le territoire.

On connait une seule commune nommée La Ronde (Ch.-M., du nom de l’île originelle) ainsi que l’ancienne La Ronde-Haye (Manche, aujourd’hui dans Saint-Sauveur-Villages).

En composition avec « mont », signalant une hauteur arrondie, cet adjectif apparait dans le nom des communes Montrond (H.-A., Jura), Montrond-le-Château (Doubs), M.-les-Bains (Loire), Monts-Ronds (Doubs, qui résulte de la fusion au 1er janvier 2022 de Mérey-sous-M. et Villiers-sous-M.), Montriond (H.-Sav.), Saint-Amand-Montrond (Cher) et Albiez-Montrond (Sav.). Formés sur le même modèle, les oronymes sont bien entendu nombreux avec le mont Rond ou Montrond du Jura à Mijoux dans l’Ain, le Montrond à Givors dans le Rhône, le Montrond à Limony en Ardèche et bien d’autres.

D’autres noms de communes sont composés avec « rond » : Ronchamp (H.-Saône) et Rondefontaine (Doubs), auxquelles on peut ajouter l’ancienne Ronfeugeraie, « lieu rond où poussent les fougères », aujourd’hui dans Athis-Val-de-Rouvre (Orne).

CPA-montrond-les-bains-

Le château sur son mont rond

Redon, redonde

C’est dans le domaine occitan, qui a conservé l’adjectif le plus proche du latin originel, qu’on trouve les toponymes formés sur le masculin redon ou le féminin redonde.

Les micro-toponymes sont là aussi très nombreux avec quantité de Bois, Bos ou Bosc Redon, de Camp ou Champ Redon, de Combe Redonde, de Lande Redonde, de Pré ou Prat Redon et bien d’autres.

Les oronymes sont particulièrement nombreux : on compte ainsi une soixantaine de Mont Redon comme à Minerve (Hér.), à Aydat (P.-de-D.), à Lanuéjols (Gard), etc., ainsi qu’une trentaine de Puech Redon comme à Claret (Hér.), autant de Puy Redon comme à Sornac (Corrèze) et de Pech Redon comme à Mirepoix (Ariège), quelques Piéredon comme à Tourves (Var) et un Puig Redon au Tech (P.-O.), tous formés avec des dérivés de podium. Notons encore plusieurs Monte Rotondu ou Monte Rotondo en Corse.

Comme en zone septentrionale, on trouve de nombreux toponymes où redon entre en composition. C’est le cas, avec « mont », de Montredon (Lot), de Montredon-des-Corbières (Aude) et de Montredon-Labessonié (Tarn) ; c’est aussi le cas, avec puech, de Puechredon (Gard) et, avec « château », de Châteauredon (A.-de-H.-P., francisation de Castèl Redon du XVIè siècle). Citons encore quelques noms de lieux-dits comme le Collet Redoun à Montauroux (Var, « col de faible altitude de forme arrondie ») avec une orthographe conforme à la prononciation occitane, ou les diminutifs Redounet à Uzès (Gard) et Redonnel à Mandagout (Gard). N’oublions pas le pont du Redondel à Colombiers (Hér.) qui évoque la forme circulaire de l’étang asséché de Montady (vvlt) ni le quartier de Montredon à Marseille.

Le féminin est tout aussi présent avec de très nombreux La ou Les Redonde(s), des Sagne Redonde, des Combe Redonde, quelques Mate ou Matte Redonde (avec mate), etc.

De même étymologie, le nom « rotonde » a servi à nommer quelques lieux-dits, le plus souvent en lien avec une construction. Il sert aussi depuis 1954 de déterminant au nom de Simiane-la-Rotonde (A.-de-H.-P.) en rappelant la forme octogonale du donjon de son château.

CPA Madrague de Montredon

Les faux amis

La ville de Redon (I.-et-V.), attestée in loco nuncupante Roton en 834 et Rodono en 838, doit son nom au gaulois *rotu, variante de ritu, « gué » (cf. le breton rodo, rodouz de même sens), accompagné du suffixe –one. La persistance du d intervocalique s’explique par le fait que la ville se situe dans la zone linguistique romano-bretonne. Les étymologies proposées par Dauzat & Rostaing (DENLF*), du latin rotundus, et par Nègre (TGF*), du gaulois *roto, « roue », sont à rejeter.

Le nom de Rethondes (Oise), attesté Rotundas et Rethondae au VIIè siècle, de Rotundis en 841, de Rothondis en 873, Retondes en 1177, fait difficulté. Le latin rotundus, dont le t serait tombé dans cette zone de langue d’oïl, semble exclu. E. Nègre (TGF*) propose un latin ructabundus, « qui rote », devenu nom de personne roman *Ructaundus, avec suffixe –as, sous -entendu terras, qui aurait subi l’attraction de rotundus. Dauzat & Rostaing (DENLF*) penchent pour un dérivé du germanique riuti, « défrichement », croisé avec rotundus.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

point-d-interrogation-sur-le-clavier-nb10411

La devinette

Il vous faudra trouver un nom de lieu de France métropolitaine lié au mot du jour.

Dans la langue régionale, ce lieu porte le même nom issu d’un anthroponyme germanique que  sur la carte de Cassini, mais qui n’a rien à voir avec le nom français actuel qu’il faut trouver.

Deux personnalités étrangères décédées au XXè siècle sont liées à ce lieu, mais vous donner ne serait-ce que des indices pour vous aider à les identifier, serait vous donner la solution, aussi m’abstiendrai-je.

Le nom du pays lui aurait été donné, pour certains, en raison de sa ressemblance avec un toit fait de planchettes et, pour d’autres, parce qu’on y cultivait une certaine variété d’orge.

Le nom du chef-lieu de canton rappelle la qualité de son sol.

Un seul indice :

indice-a-17-04-2022

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Saint-Roman-de-Tousque (répàladev)

podium seul  À l’heure où j’écris ces lignes, TRA est le seul à m’avoir donné la bonne solution à ma dernière devinette. Félicitations !

Il fallait trouver Saint-Roman-de-Tousque, un hameau de Moissac-Vallée-Française, sur la Corniche des Cévennes, dans l’arrondissement de Florac-Trois-Rivières en Lozère.

local Moissac VF

Saint-Roman-de-Tousque : on reconnait aisément dans ce nom le cognomen Romanus qui peut désigner l’un des quatre personnages dont il a été question dans la devinette précédente à propos de Saint-Rome-de-Tarn. Il est ici accompagné de Tousque, de l’occitan tosca,  petit bois généralement sur un tertre.

Moissac-Vallée-Française : le nom de Moissac est issu du nom d’homme gallo-romain Mussius, Mustius ou *Muscius accompagné du suffixe –acum. Le déterminant Vallée-Française a été ajouté en 1961 pour distinguer cette commune de Moissac du Tarn et Garonne. « Vallée Française  : cette région (magnifique !) est formée par la vallée du Gardon de Sainte-Croix. Le nom, attesté de Valle Francisca en 1162, vient du latin vallis Francisca, « vallée des Francs ». Il a été traduit en français Vallée Française au XIXè siècle quand la commune Saint-Étienne-de-Valfrancesque a été renommée Saint-Étienne-Vallée-Française entre 1802 et 1808. Le nom rappelle l’époque où le fond de la vallée, territoire franc, pénétrait en territoire wisigoth, quand les Wisigoths occupaient tout le littoral languedocien, la Septimania.» (vvlt) L’hypothèse d’une vallée franche, exempte d’impôts, ne s’appuie sur aucun fondement historique.

Florac-Trois-Rivières : le nom de Florac est probablement issu du nom d’homme gallo-romain Florus accompagné du suffixe –acum. J’écris « probablement » car on sait maintenant que le suffixe -acum n’accompagnait pas obligatoirement un nom d’homme : il pouvait accompagner ici flos, floris, « fleur », pour désigner un endroit particulièrement fleuri. Le nom Trois-Rivières a été rajouté en 2016 lors de l’absorption de sa voisine La Salle-Prunet. Les trois rivières en question sont le Tarn, le Tarnon et la Mimente.

CPA-St-Roman-Tousque

Les indices

■ « On y chanta pour la première fois, lors de la célébration d’un bicentenaire, une chanson qui allait devenir une sorte d’hymne régional. » : on chanta à Saint-Roman-de-Tousque pour la première fois la Cévenole le 23 septembre 1885 pour le bicentenaire de la révocation de l’édit de Nantes.

Capture Cévenole(source)

(je ne suis pour rien dans les fautes d’orthographe des sous-titres !)

indice a 10 04 2022  ■ cette photo représente la parade de Noël à New-York qui concerne directement un descendant d’un natif de Saint-Roman-de-Tusque :

Antoine Pintard naît en 1658 près de Saint-Roman-de-Tousque. Sa vie et celle de ses six frères et sœurs sont à l’image de la destinée des réfugiés protestants cévenols partis vers d’autres lieux après l’Édit de Fontainebleau (1685). La famille Pintard embrasse la Réforme dès le XVIè siècle et certains d’entre eux, fuyant les persécutions, démontrent par leur parcours que la réussite économique et sociale est possible, même en exil. Comme nombre de ses coreligionnaires, Antoine, contraint de se convertir au catholicisme, décide finalement de quitter ses Cévennes natales pour La Rochelle, puis les Antilles et enfin le Nouveau Monde. Loin de la répression, il peut renouer avec la religion protestante et s’installe en 1691 dans un quartier de New-York où il fait rapidement fortune dans les affaires. Il fonde une famille conséquente : 9 enfants, 40 petits-enfants et 37 arrière-petits-enfants. Parmi ses descendants, plusieurs membres lutteront, avec la même ardeur que lui, pour l’indépendance de la nation américaine. John Pintard (1759-1844), le plus célèbre de ses arrière-petits-fils, œuvrera notamment aux prémices de la finance moderne avec la création de Wall Street. Plus original, il sera l’instigateur du mythe de Santa Claus, consacrant de ce fait l’existence du Père Noël ! Pour tout cela, il est reconnu en 2009 par le Museum of the city of New-York parmi les 400 personnalités qui ont marqué l’histoire de la ville.

(source)

Pour la biographie de John Pintard, plus connu outre-Atlantique que chez nous, il faut se rendre chez wiki en anglais qui confirme : Perhaps his greatest contribution to American society, however, was his role in establishing the modern popular conception of Santa Claus.

indice b 10 04 2022  ■ cette photo de pièces d’un franc, que l’énoncé disait concerner l’histoire et le nom du pays, devait orienter vers un pays franc, donc la Vallée française.

■ le sobriquet : les habitants de Saint-Roman-de-Tousque étaient surnommés Assuco-Bèmis par leurs voisins (Grand dictionnaire cévenol – français, Yves Gourgaud, éd. Atramenta, 2019) :

Assuco-Bèmi

c’est-à-dire « assommeur de Bohémiens, de truands »

bèmi

■ l’incendie de l’église :

Pendant la guerre des Camisards, une compagnie des troupes royales y était établie. Le camisard Lafleur, accompagné de six hommes, vint y chanter des psaumes devant l’église. Les soldats croyant à une attaque par une grosse troupe se barricadèrent, ce qui permit aux camisards de mettre le feu à l’église.

(source)

■ la vidéo intitulée Vallée des papillons : outre une allusion à la Vallée française, il fallait y voir une allusion aux parpaillots, nom donné péjorativement aux protestants par les catholiques qui leur reprochaient de changer de religion comme les papillons, parpaillos en occitan, changent de fleurs.

Les indices du mardi 12/04/2022

lettrinea dernière devinette n’a pas eu de succès ! Personne ne m’a encore proposé la moindre solution.

En voici donc de nouveau l’énoncé, qui concluait un billet concernant la mate et la touche :

 

 

Il vous faudra trouver le nom d’un lieu-dit de France métropolitaine qui compte trois mots dont l’un est lié à l’un des mots du billet et les deux autres à un homme.

La commune où est situé ce lieu-dit n’a vu naître aucune « personnalité », pas plus que le chef-lieu du canton, si on en croit les rubriques correspondantes des pages wikipedia, c’est vous dire la difficulté de vous donner des indices pertinents ! Mais, comme souvent, la page wiki n’est pas complète !

Alors, voici deux indices qui n’ont rien à voir entre eux, sauf qu’ils concernent le lieu-dit lui-même :

■ On y chanta pour la première fois, lors de la célébration d’un bicentenaire, une chanson qui allait devenir une sorte d’hymne régional.

■ et une photo :

indice a 10 04 2022

■ et un troisième indice, pour le pays :

indice b 10 04 2022

Essayons d’être plus clair :

♦ le lieu-dit à trouver est un véritable hameau, qui possède son propre lieu de culte.

♦ l’homme qui complète le toponyme à trouver a déjà été croisé récemment sur ce blog.

♦ la première photo-indice concerne très directement le descendant d’un natif du lieu-dit.

♦ la deuxième photo-indice concerne l’histoire et le nom du pays (selon l’étymologie la plus consensuelle).

Ajoutons quelques précisions :

♦ les habitants du hameau y portaient le sobriquet d’« assomme truand », en langue régionale bien entendu.

♦ apeurés par les chants de leurs assaillants pourtant moins nombreux, des soldats s’y barricadèrent dans l’église, où ils périrent quand le feu y fut mis.

♦ la commune comme le chef-lieu-d’arrondissement portent des noms issus de celui d’un Gallo-romain suffixé de manière classique.

Et terminons avec un dernier indice :

Réponse attendue chez leveto@sfr;fr

Mate et touche

Je m’intéresse aujourd’hui à deux termes désignant, en toponymie, peu ou prou la même chose, à savoir un petit bois, souvent juché sur un petit tertre : la mate et la touche.

Mate

Le terme occitan mata, d’origine pré-celtique, est courant pour désigner une touffe d’herbe (una mata d’èrba), un ensemble de rejetons poussant sur un vieux tronc d’arbre étêté (una mata de brancas) et, dans le domaine toponymique, un fourré, un bouquet d’arbres. C’est le plus connu des termes d’origine pré-indo-européenne relatifs à la végétation sylvestre : il désigne constamment, dans les toponymes, des zones broussailleuses, des zones boisées sur butte ou croupe ayant résisté à la déforestation due à la mise en culture. On retrouve ce terme, et ses dérivés, principalement en pays de langue d’oc. L’orthographe en est variable puisqu’on le trouve écrit avec un ou deux t, Mate ou Matte, ou encore avec un th, Mathe.

Matha et Les Mathes, toutes deux en Charente-Maritime, sont les deux seules communes portant un nom issu directement de l’occitan mata, lequel sert de déterminant à Beauvais-sur-Matha, Blanzac-lès-Matha et Brie-sous-Matha,  tous dans le même département. Avec le suffixe latin –onem a été formé le nom de Mathons (H.-M., au cœur de la forêt du même nom).

Les micro-toponymes sont bien entendu plus nombreux comme Matha à Pissos (Landes),  Mathas à Marcillat (P.-de-D., où le suffixe augmentatif –às signale une grande zone inculte laissée à la végétation arborescente), La Mathe à Saint-Pierre-de-Trévisy (Tarn), Les Mates à Moissac-Vallée-Française (Loz.), La Matte à Riotord (Hér.) ou encore Les Mattes à Grane (Dr.). On trouve également la variante Matau à Charlas (H.-G.), à Chélan (Gers), etc. , le pluriel Les Mataux à Saint-Méard-de-Gurçon (Dord.) et le diminutif Matausine à Villedubert (Aude). Ces micro-toponymes sont souvent accompagnés d’une épithète, « grande, petite, longue … » ou du nom d’un ancien propriétaire ou exploitant.

On connait le dérivé diminutif en –èla avec Les Matelles (Hér., honores seu nemora de Matellis en 1260, « fief ou bois des Matelles ») ou en –èta avec Les Mattètes à Saint-Gervais (même dépt.). Signalons le nom de Lamate à Ibos (P.-A.) qui a subi l’agglutination de l’article.

En composition, ce terme se retrouve dans Matemale (P.-O.), le mauvais bois qui résiste au défrichement. On trouve également un col de Matte Redonde à Quillian (Aude, « ronde »), une Matheberde à Saint-Lézer (P.-A., « verte ») et une Combe de Matamage (avec mage, « grande ») qui s’étend sur les communes de Montaud et de Saint-Bauzille-de-Montmel, dans l’Hérault.

CPA- Les Matelles

Touche

Du même domaine de sens, le vieux français toche/touche, « petit bois, taillis au milieu de défrichement, bois à pousse rapide coupé tous les 10 à 15 ans », est issu du bas-latin tosca, qu’on donne généralement comme pré-latin. Le suffixe –usca suggère en effet une origine ligure confortée par le provençal tosca, « touffe d’arbres, hallier », et la fréquence des toponymes du Sud-Est.  Une touche désigne un petit bois, un boqueteau, un « bosquet notamment intercalé entre les cultures ». Ce terme est à l’origine de nombreux toponymes un peu partout en France (sauf dans le Nord et l’Est) qui désignent de petits bois de haute futaie, souvent juchés sur de petits tertres, et qui ont été préservés des défrichements. Ce mot est très proche de tosse/tousse , « tertre », mais avec le sens quasi exclusif de « petit bois » ; cependant, dans l’Ouest en particulier, touche peut être une francisation du breton tuchenn qui désigne un tertre.

Communes

La Touche (Drôme, Tochia au XIIIè siècle), Les Touches (L.-A.), Les Touches-de-Périgny (Ch.-M.) et Livré-la-Touche (May., Livré a inclus le nom du hameau La Tuche dans son nom en 2008). L’ancienne commune d’Estouches (avec la préposition ès, « en les ») est aujourd’hui fusionnée avec Méreville dans la nouvelle commune de Mérévillois (Ess.).

Avec une forme plus proche de la racine étymologique, on trouve  les diminutifs Le Touquet-Paris-Plage (P.-de-C.) et Touquettes (Orne). En Seine-et-Marne, Touquin représente une forme picarde.

CPA-Touquin-

Touques (Calv.) doit son nom au fleuve côtier qui l’arrose, attesté fluvius Tolca en 1014, formé sur la racine hydronymique indo-européenne *tol, « se liquéfier, se décomposer, couler, disparaitre », suffixée –ica. La ville est encore appelée Tolca en 1087, mais Touques apparait dès 1320, tandis que le nom de la rivière sera d’abord Touque en 1326 puis Toucques en 1650 et définitivement Touques à la fin du XIXè siècle.

Hameaux et lieux-dits

Arambois C’est principalement dans la moitié nord de la France qu’on trouve des micro-toponymes formés sur ce terme comme les très nombreux La Touche à Trédaniel (C.-d’A.), à Tinteniac (I.-et-V.), à Aron (May.), etc. et Les Touches à Meslin (C.-d’A.), à Neufmoutiers (S.-et-M.), etc. Le diminutif se trouve dans le nom du Touchet à Etrechy (Ess.) et du Petit-Touchet, le hameau qui sert de déterminant à Notre-Dame-du-Touchet (Manche) ainsi qu’au féminin dans Les Touchettes à Nonvilliers-Grandhoux (E.-et-L.). Signalons encore les composés Toucheronde à Andillé (Vienne, Tuscha rotonda en 1313) et Touchenoire à Géhée (Indre).

 

Dans la moitié sud de la France se trouvent aussi  des lieux-dits La Touche comme au Pont-de-Beauvoisin (Sav.) ou Les Touches, une crête boisée à Saint-Pierre-sur-Doux (Ardèche), ou encore Les Grandes et Les Petites Touches à La Salle (H.-A.).  On trouve également des noms comme La Tousque au Cannet (A.-M.) ou Les Tousques à Saint-Paul-lès-Durance (B.-du-R.), auxquels on peut rajouter le Mont de La Tousque près de Vezins-de-Lévézou (Av.). Avec le suffixe collectif –ada a été formé  le  nom  de La Touchade à Astaffort (L.-et-G.). Notons en zone pyrénéenne La Tusque de Male à Gèdre (H.-P.) et Tusquet à Géus-d’Arzacq (P.-A.) et à Montgaillard-Lauragais (H.-G.).  Dans les Alpes, l’occitan tosca a pu évoluer vers touissa avec le même sens de bosquet, taillis. On retrouve ce terme dans de nombreux La Touisse ou Les Touisses (H.-A., A.-de-H.-P.), ainsi que La Touiste et Touissat à Bénévent-Charbillac (H.-A.), ou encore Le Touissou au Forest (A.-de-H.-P.).

NB : Il y a plus d’un lustre, la touche avait fait l’objet d’une devinette … qui ne vous apprendra rien de plus (sauf peut-être l’origine de certaines expressions familières, y compris dans les commentaires).

index

La devinette

Il vous faudra trouver le nom d’un lieu-dit de France métropolitaine qui compte trois mots dont l’un est lié à l’un des mots du billet et les deux autres à un homme.

La commune où est situé ce lieu-dit n’a vu naître aucune « personnalité », pas plus que le chef-lieu du canton, si on en croit les rubriques correspondantes des pages wikipedia, c’est vous dire la difficulté de vous donner des indices pertinents ! Mais, comme souvent, la page wiki n’est pas complète !

Alors, voici deux indices qui n’ont rien à voir entre eux, sauf qu’ils concernent le lieu-dit lui-même :

■ On y chanta pour la première fois, lors de la célébration d’un bicentenaire, une chanson qui allait devenir une sorte d’hymne régional.

■ et une photo :

indice a 10 04 2022

■ et un troisième indice, pour le pays :

indice b 10 04 2022

 

 

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Les indices du mardi 05 avril 2022

Ma dernière devinette est restée irrésolue. En voici de nouveau l’énoncé, pour les étourdis :

Il vous faudra trouver le nom d’un lieu-dit lié au mot du jour. (ben oui, tiens).

En France métropolitaine (id.)

On le trouve dans deux communes C1 et C2, distantes de moins de 80 km, dont les noms désignent des habitations de standings opposés.

On le trouve aussi dans deux autres communes, C3 et C4, séparées par moins de 60 km, dont les noms évoquent une enceinte pour la première et la Ville pour la seconde.

D’autres indices ? bon, d’accord : mais pour les régions, alors.

■ pour C1 :

indice b 03 04 2022

■ pour C2 :

indice a 03 04 2022

■ pour C3 et C4 :

indice c 03 04 2022

Les indices du mardi

■ De C1 à C4, il y a 88 km. 

■ C2 fait département à part.

■ C4, bien que dans le même département que C1 et C3, porte un nom déterminé par le nom du département où se situe C2.

■ C1 et son chef-lieu de canton portent des noms évoquant des habitations modestes comparables.

■ pour le chef-lieu du canton où se situe C1 :

indice a 05 04 2022

■ pour le chef-lieu du canton où se situe C2 et pour sa toponymie :

indice d 05 04 2022-Le

■ pour le chef-lieu du canton où se situent C3 et C4 :

indice c 05 04 2022

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L’hôpital

Le latin hospitale (logis où l’on reçoit les hôtes, hospites — sur l’indo-européen ghostis, cf. l’anglais guest et l’allemand Gast) a donné, par la voie populaire, « hôtel »  français et ostal, « maison », en occitan, et, par la voie savante, « hôpital » français et ospital ou espital en occitan.

Au Moyen Âge, l’hôpital était une maison de refuge pour les voyageurs, les déshérités et les malades. On y accueillait avant tout les personnes en difficulté et, très accessoirement, on y donnait des soins aux malades. Les hôtes les plus souvent hébergés étaient les femmes enceintes, prises de « mal d’enfant » loin de chez elles, les pèlerins et les pauvres voyageurs (hormis les mendiants et les truands), les vieillards sans famille de la contrée. L’hôpital trouvait généralement ses ressources de fonctionnement dans les dons généreux (pain, vêtements, chaussures, …) et les revenus de terres cédées par les fortunes locales. Leur capacité d’hébergement allait ainsi de quelques lits pour les hôpitaux de villages à une trentaine pour ceux des villes. Contrairement à une idée répandue, si la charité publique était due à un état d’esprit religieux fort bien éduqué et ancré, celle-ci était le plus souvent organisée sous la responsabilité des instances civiles locales. PèlerinsCe n’était bien évidemment pas le cas des établissements ou des domaines appartenant à l’ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Ceux-ci ouvrirent des maisons de secours pour les pauvres et les malades ; c’était la vocation de leur ordre mais c’est une source de confusion en toponymie puisque des lieux ont pu être appelés « Hôpital » ou « de l’Hôpital » par leur simple appartenance audit ordre mais sans avoir eu vocation d’assistance, comme des bois, des fermes, etc.

La présence de ces différents « hôpitaux » se retrouve en toponymie.

Hôpital

Une seule commune porte le simple nom L’Hôpital, en Moselle, tandis que huit autres ont un déterminant : Hôpital-Camfrout (Fin.),  L’Hôpital-d’Orion (P.-A.), L’H.-du-Grosbois (Doubs), L’H.-le-Grand (Loire), L’H.-le-Mercier (S.-et-L.), L’H.-Saint-Blaise (P.-A.), L’H.-Saint-Lieffroy (Doubs) et L’H.-sous-Rochefort (Loire). Huit autres ont « hôpital » pour déterminant : Grayant-et-L’Hôpital (Gir.), Grugé-l’H. (M.-et-L.), Nesle-l’H. (Somme), Neuilly-l’H. (Somme), Paris-l’H. (S.-et-L.), Rosnay-l’H. (Aube), Saulgé-l’H. (M.-et-L.) et Villers-l’H. (P.-de-C.). Le pluriel se retrouve dans les noms de Les Hôpitaux-Neufs et Les Hôpitaux-Vieux (Doubs).

La forme francisée de l’occitan espital apparait, avec agglutination de l’article, dans le nom de Lespiteau (H.-G.)

Les lieux-dits L’Hôpital sont beaucoup plus nombreux qui se comptent par centaines, avec ou sans complément, comme on compte des dizaines de Bois de l’Hôpital, une trentaine de Ferme de l’Hôpital, etc. Si le pluriel Hôpitaux n’apparait qu’une dizaine de fois, on trouve la forme l’Hôpitau à une centaine d’exemplaires. Plus rares sont les formes L’Hôpiteau, présentes notamment dans le  Pays-de-la-Loire et le Centre-Val-de-Loire.

Comme indiqué plus haut, certaines de ces localités pouvaient être d’anciennes commanderies des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Ainsi L’Hôpital-d’Orion (P.-A.) était noté Espitau d’Orion en 1255 et La Commande de Aurion en 1537 ; L’Hôpital-Saint-Blaise du même département est noté La Commanderie de Misericordi en 1334. ; l’Hôpiteau à Broussais (Deux-Sèvres) était dit Lopitau de Puy de Neyron en1318 et Commanderie et châtellenie de Lhopitault en 1640, pour ne donner que ces trois exemples. Inversement, Lacommande à Lasseube (P.-A.) est d’abord noté Hospital de Faget et domus Albertini en 1128, puis l’Espitau d’Aubertii en 1344 pour finir par être appelé La commanderie d’Aubertin en 1768.

Un toponyme qui cache bien son jeu est Saint-Mars-d’Outillé (Sarthe). Attesté ecclesia Sancti Medardi de Hostillé en 1186, l’hagionyme se réfère sans surprise à saint Médard. Le déterminant est quant à lui attesté Austikiaco (sic) en 802 et Austiliaco au IXè siècle, peut-être dérivé de hos(pi)talis, « lieu d’accueil pour pèlerins ou voyageurs, hôtel » (le suffixe –acum ayant pu accompagner des noms autres que des noms de personne et le nom *Austilius n’étant nulle part attesté).

(source : vvlt)

Hospitalet

Le diminutif apparait dans le nom de trois communes, toutes de montagne : L’Hospitalet (A.-de-H.-P.), L’Hospitalet-du-Larzac (Av.) et L’Hospitalet-près-l’Andorre (Ariège), tandis que l’agglutination de l’article a donné Lhospitalet (Lot).

hospitalet

Sur le plateau du Larzac, L’Hospitalet, fondé en 1108 par le seigneur Guibert  à proximité de la grande route du Languedoc, est un exemple bien connu d’« hôpital » d’origine civile, attesté hospitale Gileberti en 1267.

Tous ces noms, dont on aura remarqué qu’ils n’apparaissent que dans le Midi de la France, sont  des francisations depuis l’occitan espitalet. Ce dernier apparait quant à lui dans les noms d’une quinzaine de lieux-dits comme L’Espitalet à Caux-et-Sauzens (Aude) et Lespitalet à Pierrelatte (Drôme).

Langues régionales

En Corse, à Zonza, la forêt de l’Ospedale est bien connue, avec une fontaine et un ravin de l’Ospedale, tous correspondant au lieu-dit L’Ospedale de Porto-Vecchio.

En Pays-Basque, on compte quelques lieux-dits Ospitaléa, comme à Hélette, ou Ospitalia, comme à Briscous, tous en Pyrénées-Atlantiques.

En Alsace, on trouve les noms de Spitalmart (pré) à Niederhaslach (B.-Rhin), Spitalwald (bois) à Haguenau (id.), Gries (id.) et Sundhoffen (H.-Rhin), Spitalfeld (champ) à Walbourg (B.-Rhin) etc. On peut aussi se reporter aux anciens noms de L’Hôpital (Mos.), comme Spiettal in dem Warendt en 1361.

PS : ça devient vraiment difficile de se renouveler ! Après ma mésaventure de l’hermitage/herm, je m’aperçois un peu tard qu’un billet a déjà été consacré à l’hôpital, la maladrerie et autres établissements de soins. Il date du 17 juin 2017 … Tant pis ! Celui d’aujourd’hui, qui ne parle que d’hôpital, est un peu plus complet, c’est déjà ça !  Ceci dit, si vous avez des idées de billet à me soumettre, je suis preneur !

point-d-interrogation-sur-le-clavier-nb10411

La devinette

Il vous faudra trouver le nom d’un lieu-dit lié au mot du jour. (ben oui, tiens).

En France métropolitaine (id.)

On le trouve dans deux communes C1 et C2, distantes de moins de 80 km, dont les noms désignent des habitations de standings opposés.

On le trouve aussi dans deux autres communes, C3 et C4, séparées par moins de 60 km, dont les noms évoquent une enceinte pour la première et la Ville pour la seconde.

D’autres indices ? bon, d’accord : mais pour les régions, alors.

■ pour C1 :

indice b 03 04 2022

■ pour C2 :

indice a 03 04 2022

■ pour C3 et C4 :

indice c 03 04 2022

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr