L’artigue

Après avoir vu, dans un précédent billet, les toponymes issus du gaulois bodica désignant une terre gagnée par le feu sur les bois et les broussailles, je m’intéresse aujourd’hui à un autre mot du domaine occitan de sens quasiment identique : artiga. Le sens en est un peu plus élargi puisqu’il s’agit là de défricher non seulement par le feu mais aussi par simple abattage des bois, généralement sur une pente pour l’affecter à la pâture ou la culture. Le mot équivaut donc d’une certaine manière à l’essart de la France septentrionale.

Le même mot artiga existe en espagnol où il désigne une terre récemment défrichée, une novale et est accompagné du verbe artigar, « retourner un terrain pour le cultiver, après avoir brûler les buissons et les branches d’arbre qui s’y trouvent ». L’appellatif occitan et espagnol est issu d’un terme artica généralement reconnu comme ibère ou aquitain, dérivé du basque arta, arte, « chêne vert», d’où « broussailles ». On rapproche de cette même racine l’ancien béarnais artigal, « petit défrichement par le feu » aux XIè et XIIè siècles, le pyrénéen artigau, « grange située dans une clairière de défrichement où on entrepose le foin », le landais echartiga, « essarter » et l’auvergnat et limousin artièra, « défrichement ».

Artigue et ses variantes sont à l’origine de nombreux toponymes, très majoritairement dans le Sud-Ouest, dont plus d’une dizaine de noms de  communes, mais aussi de divers patronymes, désignant celui qui habite un endroit ainsi nommé, devenus à leur tour toponymes lorsque leurs porteurs ont donné leurs noms aux lieux de leur nouvel établissement.

Les communes

Parmi les noms de communes, dix se présentent sous une forme simple : Artigue (H.-G.), Artigues (Ariège, de Artiguis en 1233 ; Aude, de Artigis en 1360 ; Hautes-Pyrénées, de Artigas en 1313 ; Var, Artiga en 994), Artigues-Près-Bordeaux (Gir., Las Artigas en 1160) et Les Artigues-de-Lussac (Gir.) ainsi que l’ancienne commune d’Artigues aujourd’hui dans Moncrabeau (L.-et-G.). L’agglutination de l’article a donné son nom à Lartigue (Gers et Gironde).

Quatre autres noms comportent un déterminant destiné à éviter les homonymies : Artigueloutan (P.-A., Artigueloptaa en 1385 que E. Nègre interprète loengta(n)e, « lointaine», tandis que M. Grosclaude [Dictionnaire toponymique des communes du Béarn, 1991] y voit un diminutif artigalota), Artiguelouve (P.-A., Artiguelobe vers 1220, où la « louve » garde tout son mystère : s’agit-il de l’animal, du gaulois *lopo-, « eau, lac » ou de l’oronyme pré-indo-européen *lup ?), Artiguemy (H.-P., de Artigamino en 1300, avec le gascon minor, « plus petite »). On peut ajouter à cette liste l’Artiguelongue qui apparait dans le nom de Saint-Antoine-d’Artiguelongue (Gir., de Artigiis au XVè siècle, complété avec « longue » évoquant la forme allongée du terrain défriché). Le Mas-d’Artige (Creuse) utilise quant à lui l’artigue comme déterminant – ici dans sa forme nord-occitane avec passage du g au j.

Le terme apparait suffixé dans le nom d’Artigat (Ariège, Artigatum à l’époque romaine).

Enfin, une forme masculine au pluriel apparait dans le nom d’Artix (Ariège, Artizum en 960 et P.-A., Artits en 1286).

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Les lieux-dits

Les noms de lieux-dits formés sur la base artiga sont, on s’en doute, bien plus nombreux : Charles Higounet a dénombré 138 noms de lieux issus d’artiga dans le seul département de la Gironde (cité dans Histoire de la France rurale, t.1, ouvrage collectif, Le Seuil, 2018). Il ne sera bien sûr pas question de tous les citer ici mais de passer en revue les différentes formes qu’ont prises ces toponymes. Je ne m’intéressai ici qu’aux lieux-dits habités, les autres étant beaucoup trop nombreux.

Les noms les plus courants sont bien entendu (L’ ou Les) Artigue(s) ou, en Auvergne et Limousin, (L’ ou Les) Artige(s). Ces noms sont parfois accompagnés d’un déterminant comme Artigue-Bieille (à Puyoö, P.-A., « vieille ») ou Artigue-Longue (à Campsas, T.-et-G.). Le plus souvent, ce déterminant est agglutiné comme pour Artiguebieille (à Campagne, Landes), Artiguevieille (à Cudos, Gir. etc.) qui se distinguent de l’Artiguenave (la « nouvelle artigue » à Lannes, H.-G. etc.), de l’Artiguenabe (Eyes-Moncube, Landes) et de l’Artiguenau (le Bourg, Gir.) et comme pour Artiguemale (à Alos, Ariège etc.), Artiguepla (Bonac, Ariège), L’Artiguelonge (Milhas, H.-G. ; ),  Artiguebère (Ruffiac, L.-et-G., avec le gascon bèra, « belle »), Artiguedieu (ancienne commune aujourd’hui rattachée à Seissan, Gers, dont le dieu indique que l’endroit était propriété d’une communauté religieuse), Artigue-Martin (à Saint-Vincent-de-Paul, Gir., avec le nom du propriétaire). Plus rarement, c’est l’artigue qui sert de déterminant comme pour le Moulin de l’Artigue (à Lastours, Aude, etc), le Bois de l’Artigue (à sautel, Ariège etc.), le Château Artigues (à Foulayronnes, L.-et-G.), etc.

Artiguelongue

La chapelle d’Artiguelongue à Loudenvielle (H.-P.)

Dans les zones où le g passe au j, on trouve des noms comme l’Artige (à Saint-Denis-des-Murs, H.-Vienne, de Artigia en 1285 ; Linards, H.-Vienne, etc.) ou les Artiges (à Saint-Privat, Corrèze, etc.)

Ajoutons une douzaine de Malartic (Bazens, L.-et-G., Izon, Gir. etc) et un Malartigues (à Saint-André-d’Allas, Dord.), où le défrichement ne s’est sans doute pas révélé aussi profitable que prévu.

Le diminutif est représenté par Artigolle (à Thèze, P.-A. etc.) et Artigolles ( Casteljaloux, L.-et-G. etc.), de l’occitan artigòla, « petite artigue » ainsi que par Artiguillon (à Saint-Germain-d’Esteuil, Gir., diminutif en –ilhon), tandis que l’augmentatif en –às apparait dans L’Artigas (à Maisons, Aude etc.) et dans quelques Artigeas (Saint-Julien-le-Petit, H.-Vienne ; Châtre, Dord. etc.) ainsi que dans Artias (à Retournac, H.-L., Artigiae et Articas vers 1040 et Artias en 1254).

La variante masculine artic et son dérivé artigal semblent s’être spécialisés pour désigner la bande de terre délimitée par un ou deux cours d’eau, sans doute par glissement du sens de « terre neuve » à celui de « terre alluviale ». On trouve ainsi des lieux-dits Artix (à Senaillac-Lauzès, Lot, Artisium en 1317), Artis (à Montpeyroux, Av., Artis en 1415 ;  Saint-Côme, Av. ; Sadeillan, Gers, etc.), Les Artis (Broquiès, Av., in Artices en 942, etc.) ou encore Les Artys (à Compeyre, Av. etc.). Le dérivé artigal a servi à nommer L’Artigal (à Cabrerolles, Hér.), les Artigals ( à Saint-Sever-du-Moutier, Av.), l’Artigalet (à Sauvimont, Gers) et les Artigalets (à Belbèse, T.-et-G.).

Issue de la suffixation en –ière de l’occitan artiga, la forme artiguièra a donné Artiguère (à Clarac, L.-et-G) et Artiguères (à Benquet, Landes) ; elle a perdu la qualité occlusive du g devant la diphtongue pour passer à artièra qui se retrouve dans les noms des Artières (Aguessac, Av.) et de Les Artières (à Compeyre, id.).

Enfin, par transfert du nom de l’un à l’autre, l’artigue a pu servir à nommer des cours d’eau, le plus souvent comme déterminant dans le Ruisseau d’Artigue (à Bardos, P.-A. etc.), la Font de l’Artigue d’en France (à Prats-de-Mollo-la-Preste, P.-O.) ou la Fontaine d’Artigue (à Ferrère, H.-P.), mais aussi directement comme l’Artigue, un affluent du Vidourle dans le Gard, l’Artigue un ruisseau qui court à Mayronnes dans l’Aude, L’Artiguet qui arrose Lasseube dans les Pyrénées-Atlantiques etc. Plus au nord, on trouve le Ruisseau d’Artige (à Sillars, Vienne ; à Valvignères, Ardèche) ou encore le Ruisseau d’Artigeas (à Saint-Julien-le-Petit, H.-Vienne).

Les patronymes

Comme expliqué plus haut, beaucoup de ces toponymes ont été utilisés pour nommer leur habitant, propriétaire ou exploitant et ont pu redevenir toponymes lors de l’établissement de ce dernier sur un nouveau territoire.

On trouve des noms de famille comme Artigue(s), Artige, Lartigue, Lasartigues, Artiguelongue, Artiguebieille, Artiguevieille, Artiguenave, Artiganave etc. mais aussi comme Dartigue(s) ou encore Dartiguenave dont la préposition de agglutinée indique bien la provenance de leur porteur. Pour les lieux portant un de ces premiers noms, l’hésitation peut se faire entre un toponyme originel ou un patronyme importé. Le doute n’est en revanche pas permis pour les deux derniers patronymes qui ont donné des lieux-dits Dartigues (à Parentis-en-Born, Landes et Doulezon, Gir.), Dartiguelongue (à Labatmale, P.-A.) et Dartiguenave (à Saint-Martin-de-Seignanx, Landes).

Sur la variante artigal ont été formés les noms de famille Artigal, Artigau (avec l final vocalisé), Artigaud, Artigaut, Artigault (avec attraction des finales –aud, –aut et –ault des composés germaniques), Lartigau, Artigeau (du nord-occitan, avec palatalisation du g en j), Artigalas (avec –às augmentatif), Artigalon (diminiutif en –on) et Artigalot (diminutif en –ot). Si les deux premiers d’entre eux ont pu fournir plusieurs toponymes Artigal et Artigau(s ou x), les autres ont été moins productifs sauf Artigaut (Rieux, H.-G. et Ayguetinte, Gers), L’Artigault (à Lezay, D.-Sèvres), Lartigaut (Biaudos, Landes etc.), Artigalas (Sers, H.-P.) et Lartigalot (à Cérons, Gir.).

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La devinette

Il vous faudra trouver un cours d’eau, dont le nom est lié au mot du jour, qui traverse neuf communes dont le chef-lieu du département de France métropolitaine avant de se jeter dans une grande rivière qui donne son nom au département voisin.

Son nom sert de déterminant à celui de la commune rurale où il termine sa course, qui est ainsi différenciée de deux homonymes dans le même département.

Le nom de cette commune rappelle qu’on y a trouvé d’anciens tombeaux.

Le nom du chef lieu de canton où se situe cette commune montre qu’on y trouvait de l’eau un peu partout. Il en existe un parfait homonyme dans un autre département.

Des indices ?

■ pour le chef-lieu du canton :

indice-a-21-04-2024

■ pour le chef-lieu d’arrondissement :

indice-b-21-04-2024

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La soluce du 20 avril 2024

TRS, dont je salue le retour, est le seul à avoir résolu ma dernière grille de mots croisés, la qualifiant même de « fastoche », en oubliant qu’il s’agissait avant tout d’un passe-temps et pas d’un casse-tête !

Voici la solution :

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… et les explications :

Horizontalement

A – La ville du peuple du lac ou de la péninsule : le nom de Miami lui vient du peuple amérindien Mayaimi qui vivait près du lac du même nom, aujourd’hui le lac Okeechobee. Selon plusieurs sources, mayaimi signifie « beaucoup d’eau » ou « grand lac » et, selon d’autres, « péninsule ».

B – Cours des langues. Les rives du fleuve Indus, qui a donné son nom à l’Inde, sont censées avoir été le lieu d’apparition des langues indo-européennes.

C – Fleuve vaseux. La Loire, Liger chez César, doit son nom au gaulois liga, « vase» ou « limon ».

D – Langue papoue. L’angor est une langue papoue parlée en Papouasie-Nouvelle-Guinée dans la province de Sandaun.

E – A vu peindre Van Gogh, mais amputé de la queue. Nuenen est une commune néerlandaise du Brabant-Septentrional, où Vincent Van Gogh a vécu de 1883 à 1885, y peignant plusieurs tableaux. Le nom de Nuenen est ici « amputé de sa queue », c’est-à-dire privé du n terminal pour devenir Nuene.

Verticalement

1 – Ville ou Monsieur qui s’est bien fait enquiquiner. Monsieur Milan est le nom du personnage de tueur à gages (Lino Ventura) qui se fait emmerder par son voisin de chambre (Jacques Brel) dans le film L’Emmerdeur. Milan est aussi le nom d’une ville italienne.

2 – Victoires à la turque. À İnönü, en Turquie, eurent lieu deux batailles en 1921 lors de la guerre gréco-turque, toutes deux remportées par les Turcs.

3 – Fleuve franchi par un futur empereur. L’Adige, fleuve italien, est franchi le 17 novembre 1796 par le général Bonaparte et ses troupes, après le célèbre épisode du pont d’Arcole, ce qui repousse les Autrichiens hors de la péninsule italienne.

4 – Village de la petite muraille. Muron, petite commune de Charente-Maritime, porte un nom diminutif de « mur », désignant vraisemblablement un petit mur d’enceinte, un petit rempart.

5 – Rivière impétueuse. L’Isère, Isara à l’époque antique, doit son nom à l’indo-européen *isərós « impétueux, vif, vigoureux », proche du sanskrit isiráh, de même sens. Ce terme n’est pas attesté en langue celtique mais a probablement été intégré par les Celtes dans leur vocabulaire à partir d’une source antérieure, peut-être ligure.

Intermède

En attendant un billet plus élaboré, je vous propose de passer le temps avec une nouvelle grille de mots croisés (la première ici). Le thème général est la toponymie, bien entendu.

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L’ absence de case noire est normale (les spécialistes apprécieront).

Horizontalement

A – La ville du peuple du lac ou de la péninsule.

B – Cours des langues.

C – Fleuve vaseux.

D – Langue papoue.

E – A vu peindre Van Gogh, mais amputé de la queue.

Verticalement

1 – Ville ou Monsieur qui s’est bien fait enquiquiner.

2 – Victoires à la turque.

3 – Fleuve franchi par un futur empereur.

4 – Village de la petite muraille.

5 – Rivière impétueuse.

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Le col de Vielbougue en Lozère : la répàladev

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Il fallait trouver le Col de Vielbougue (866 m), sur la route de Mende à Marvejols entre Barjac et Palhers, situé sur la commune d’Esclanèdes du canton de Bourgs-sur-Colagne dans l’arrondissement de Mende en Lozère, dans le Gévaudan.

Esclanèdes, c’est là :

et le col de Vielbougue, ici, au nord d’Esclanèdes :

col de Vielbougue Esclanèdes Capture GEOP

et, ici, entre Palhers à l’ouest et Barjac à l’est :

Le col de Vielbougue (flèche rouge), Esclanèdes (1), Palhers (2) et Barjac (3)

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La toponymie

Vielbougue : ce nom est formé sur l’adjectif viel, « vieux » et sur bougue, une des formes patoises issues du gaulois bodica, « terre écobuée ».

Esclanèdes : ce nom est formé avec le suffixe collectif féminin latin –eta (donnant –ède en occitan) sur le diminutif *aesculanus du latin aesculus qui désignait une catégorie de chêne, le rouvre, consacrée à Jupiter. J’avais parlé de cette commune dans une de mes réponses à celui qui signe lecteur, en commentaire de ce billet.

Bourgs-sur-Colagne : la première partie de ce nom ne fait pas de difficulté. Le nom de la rivière Colagne est issu d’une racine oro-hydronymique pré-celtique *col.

Mende : ce toponyme, lié à la divinisation du Mont Mimat, a été expliqué à deux reprises sur ce blog, dans ce billet et dans cet autre.

Gévaudan : le nom de cette région, issu de celui des Gabales, a été vu dans le second billet cité à propos de Mende.

Palhers : en occitan, un palher désignait une meule de paille ou un grenier à paille et aussi, particulièrement dans le Massif Central, une maison au toit de paille, une chaumière.

Barjac : ce nom est formé, sans surprise, sur celui d’un homme latin Bargius ou Barbius, accompagné du suffixe –acum.

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Les indices

indice 07 04 2024 ■ le pape Urbain V (1310 -1370), né au Pont-de-Montvert en Lozère, dans le Gévaudan, eut à cœur, tout au long de sa vie pontificale, de favoriser son pays et notamment la ville de Mende, dont il se réserva l’évêché.(wiki)

indice b 07 04 2024 ■ il fallait reconnaitre un détail de l’affiche du film Le Pacte des loups, qui raconte l’histoire de la Bête du Gévaudan.

Les indices du mardi 09 avril 2024

LGF a déjà trouvé la réponse à ma dernière devinette ! Bravo !

Pour les retardataires, en voici l’énoncé :

Il vous faudra trouver le nom, en seul mot, d’un col lié au mot du jour, le gaulois bodica, précédé d’un adjectif.

La commune de France métropolitaine où il se situe porte le nom d’une variété d’arbre consacrée à une divinité.

Le nom de la commune nouvelle, chef lieu du canton qui porte son nom, est constitué d’un terme désignant un ensemble d’habitations complété, après une préposition, par celui de la rivière qui l’arrose.

Le nom du chef-lieu d’arrondissement rappelle que la montagne qui le surplombe était, elle aussi, l’objet d’un culte.

La région porte un nom issu de celui des Gaulois qui l’habitaient.

Le col est situé entre une commune au nom issu de celui d’un homme gaulois et une commune au nom relatif à des chaumières.

Indice :

indice 07 04 2024

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Les indices du mardi

■ pour la région :

indice b 07 04 2024

■ la commune a été citée et son nom expliqué lors d’une réponse à un lecteur, il y a trois ans.

■ le nom du chef-lieu d’arrondissement et celui de la région ont été expliqués lors d’une « répàladev » il y a moins de deux ans.

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

La bouzigue

Je quitte la jachère (I et II) pour m’intéresser à un mot de langue d’oc que les plus attentifs de mes lecteurs auront vu passer à plusieurs reprises comme ici ou encore . Il s’agit de l’occitan bosiga (masculin bosic, présent notamment dans les Pyrénées) que le Pégorier (GTD*) définit comme  « essart, terrain défriché par le feu, écobuage ». Au Moyen Âge, il s’agissait d’une « parcelle d’exploitation temporaire, taillée ou brûlée de temps à autre dans les friches » (E. Le Roy-Ladurie, Montaillou, village occitan de 1294 à 1324, coll. Folio, Gallimard, 1982) : c’est l’écobuage qui caractérise la bouzigue, qui est donc un terrain conquis par le feu sur la forêt ou les broussailles mais encore insuffisamment amendé ou simplement un terrain d’exploitation temporaire. En ce sens, la bouzigue se distingue de l’artigue qui ne résulte pas nécessairement d’un écobuage et n’a pas la même connotation de terre au maigre rapport (et qui devrait faire l’objet d’un prochain billet).

Étymologiquement, ce terme vient du gaulois boudica, « conquête, profit de la victoire », en ce sens qu’il s’agit d’une terre gagnée sur la forêt ou les broussailles. On rapprochera ce terme de Boudicca, nom déformé en Boadicée, reine des Icènes, dans l’Angleterre actuelle, qui se révolta contre les Romains au Ier siècle. On trouve également Boudica, nom de femme sur une inscription en Espagne. Sur le même étymon gaulois ont été formés le gallois budd et le vieil irlandais buaid, « conquête, profit, victoire ». L’occitan bosiga, « terrain en friche ou d’exploitation temporaire » a donné le verbe bosigar, « fouiller avec le groin, défricher » et le franco-provençal bouziquer, « travailler pour une maigre résultat ; travailler sans entrain ».

La majorité des toponymes issus du gaulois boudica ont été formés de quatre façons : avec affaiblissement du c intervocalique en g, aboutissant à boudigue ; avec passage du d à z, aboutissant à bouzigue ;  avec disparition du d intervocalique, aboutissant à bouigue ; enfin, avec palatalisation du g en j, aboutissant à bouige en nord-occitan.

Boudigue

Les toponymes ayant conservé la forme la plus proche de l’original gaulois boudica sont peu nombreux, moins de cinquante présents en Occitanie et Nouvelle-Aquitaine, comme Boudigue (Dax, Habas, Misson, etc. dans les Landes), Boudigues (Binos, Riolas, etc. H.-G ; Cabanac, Gir. etc.), Grand Boudigue (Saint-Vincent-de-Paul, Landes) ainsi que, avec l’agglutination de l’article, Laboudigue (Dax, Méés. etc, Landes ; Escos, P.-A. etc.) et, en diminutif, Las Boudiguettes (Saint-Bertrand-de-Comminges, H.-G.).

Boudig-en-Bretagne

Bouzigue

Les formes avec d passé à z sont bien plus nombreuses, qu’elles s’écrivent avec un z (au moins 225 toponymes) ou avec un s (plus de 180), et se trouvent très majoritairement en Occitanie et quelques unes en Nouvelle-Aquitaine.

On trouve ainsi, avec le z, des noms comme (La, Las ou Les) Bouzigue(s), parmi lesquels celui de la commune de Bouzigues (Hér., de Bocigis en 1146). Notons un redondant Bouzigue Brûlée à Beaumont-de-Lomagne (T.-et-G.). Le diminutif est représenté par Bouziguet (Le Passage et Calignac, L.-et-G.),  Bouziguette (Montlaur, Av.) et les pluriels Lous Bouziguets (Gorges-du-Tarn-Causses, Loz.), Las Bouziguettes (Massac, Aude etc.) ou Les Bouziguettes (Villefort, Aude etc.). L’agglutination de l’article a donné des noms comme Labouzigue (Marmande et Mauvaisin-sur-Gupie, L.-et-G.) et Lasbouzigues (Roquebrune, Gers, etc.).

Bouzigues-2

Bouzigues (Hér.) sur l’étang de Thau, je ne m’en lasse pas

Moins nombreux, avec le s mis pour le son z, apparaissent là aussi des noms comme (La, Las ou Les) Bousigue(s), dont une Bousigue Bieille, c’est-à-dire « vieille», à Sautel (Ariège), des Bousigues Médiocres et des Bousigues Doulentes à Néfiach (P.-O.) dont on se demande bien si elles valaient la peine … Les diminutifs se trouvent au Bousiguet (Biran, Gers), à la Bousiguette (Ax-les-Thermes, Ar. etc.) et aux Bousiguettes (Millau, Av.) ainsi qu’au Bousigou (La Cadière-et-Cambo, Gard). Plus rares, les noms avec agglutination de l’article sont représentés par Labousigue (Montastruc-la-Conseillère, H.-G. ; Roquefort et Seyches, L.-et-G.) ainsi qu’à Lasbousigues (Layrac, L.-et-G. ; Séron, H.-P.).

La forme masculine bosic, que j’ai signalée dans l’introduction, n’a donné que quelques toponymes dont celui de la commune de Bouzic (Dord., Bozicum en 1283), du Grand et du Petit Bouzic à Cocumont (L.-et-G.) et des Bouzics à Lanoux et Bonnac (Ariège).

Bouygue

Plus de quatre cents toponymes ont été formés sur bodica avec disparition du d intervocalique mais persistance du son [g], aboutissant à des noms du type bouigue.

Sans surprise, on trouve des noms comme (La, Las ou Les) Bouygue(s), parfois qualifiées de Longue, Haute, Basse, Grande … et même Redonde, c’est-à-dire « ronde », à Pailherols (Cant.). On trouve également les diminutifs habituels Bouyguets (Saint-Eutrope-deBorn, L.-et-G.), (La) Bouyguette (Vaylats, Lot, etc.) et (Las ou Les) Bouyguettes (Montan, Tarn etc). L’agglutination de l’article a donné une trentaine de Labouygue(s), à peu près autant de Lasbouygues et quelques Labouyguette (Esclauzels, Lot etc.). Notons pour finir un inattendu masculin Le Bouygue (Montsalès, Av. et Saint-Marcel-Campes, Tarn.).

L’orthographe ayant conservé le i se retrouve dans une quarantaine de noms sans surprise comme (La, Las ou Les) Bouigue(s) et à La Bouiguette (Massegros-Causses-Gorges, Loz.).

Sur le même modèle ont été formés les noms des Buigues (Saint-Martin-de-Boubaux, Loz. ; Saint-André-de-Valborgne, Gard etc.) et des Grandes Buigues (La Chapelle-Saint-Martial, Gard).

Bouige

Lorsque le son [g] de bouigue s’est palatalisé en [j], sont apparus des noms en bouige ainsi que des variantes comme boige et buige.

Cette palatalisation du g entre deux voyelles s’est naturellement produite en nord-occitan et parfois même hors du domaine d’Oc. C’est ainsi qu’on trouve, dans le Doubs, les noms des communes de Boujailles (Botgalia en 862, Bougaillie en 1266 et Boujailles dès 1311) et de Boujeons (Boujun au XIIIè siècle), tous deux issus du gaulois bodic-, le premier avec le suffixe –alia, le second avec –one.

CPA Boujailles

Voilà pourquoi je préfère l’Hérault au Doubs

En Auvergne et dans tout l’ouest du Massif central, le champ où l’on alternait mise en culture et pâture, la terre labourée restée longtemps sans culture ou la jachère longue de 3 à 5 ans qui sert de terrain de pacage étaient fréquemment nommés par un de ces mots.

Les noms comme (La ou Les) Bouige(s) sont présents à près de six cents exemplaires dont plus d’un tiers en Nouvelle-Aquitaine, un tiers en Centre-Val-de-Loire (la majorité dans le seul département de l’Indre) et le reste en Auvergne-Rhône-Alpes, Occitanie, PACA et Pays-de-la-Loire. Les qualificatifs les plus présents sont Grande(s), Petite(s), Blanche(s) … mais on trouve aussi la Bouige Noire (Neuvic, Corr.), la Bouige Rouge (Azat-le-Ris, H.-Vienne etc.), la Bouige Verte (Chaveroche, H.-Vienne), la Bouige Dorée (Le Vigeant, Vienne) etc. Les déterminants habituels sont aussi représentés : les animaux avec la Bouige aux Mulets (Parnac, Indre), aux Boeufs, aux Veaux et aux Agneaux (Lignac, id.), etc. ainsi que la Bouige au Curé (Chenevelles, Vienne), à Fripon (Chaillac, Indre), à Poil (Millac, Vienne), etc. et même une Bouige à la Morte (Prissac, Indre). Des diminutifs apparaissent avec le Bouiget (Bouesse, Indre etc.), la Bouigette (Le Buisson, Loz. etc.), les Bouigeons (Chaillac, Indre etc.), les Bouigeottes (Espartignac, Corr.) etc.

La graphie avec y n’est présente qu’en pays de langue d’oc, à près de deux cents exemplaires, très majoritairement en Nouvelle-Aquitaine (Dordogne et Corrèze notamment). Ils sont du même type que les précédents soit (La ou Les) Bouyges plus un pluriel Las Bouygeas en Dordogne (Hautefort, Quinsac etc.) et les déterminants habituels. Outre les diminutifs attendus en –ette ou –otte, on notera Bouygeonne (Veyrières, Cant.) et Bouygeounnes (Moussages, id.).

On compte plus de 880 (La ou Les) Buge(s) ou (Las) Bugeas en Auvergne-Rhône-Alpes, souvent accompagnés de déterminants ou de qualificatifs sans grande originalité sauf les redondants Bugedefeu à Saint-Georges-d’Aurac (H.-Loire) et les Buges Brûlées à Novacelles (P.-de-D.). Là aussi, les diminutifs sont en –ette ou –otte et on trouve également un augmentatif péjoratif avec Les Bugeasses à Saint-Jean-d’Aubrigoux (H.-L.)

La variante boige est à l’origine de près de 300 noms comme (La ou Les) Boige(s), bien présents en Nouvelle-Aquitaine, Auvergne-Rhône-Alpes et, dans une moindre mesure, en Bourgogne-Franche-Comté, Pays-de-la-Loire etc. Les qualificatifs, déterminants et diminutifs sont sans surprise mais je signale tout de même la Boige du Soulard à La Roche-Chalais (Dord.) et la Boige de Nègreloube, « de la louve noire », à Saint-Yrieix-la-Perche (H.-Vienne).

La variante buige a été presque aussi prolifique, avec près de 260 noms comme (La ou Les) Buige(s) en Nouvelle-Aquitaine et Auvergne-Rhône-Alpes. Je passe les diminutifs, les qualificatifs et déterminants qui n’apportent rien d’original sauf peut-être avec les Buiges Pelées à Herment (P.-de-D.)  et le Peu des Buiges à Augères (Creuse) où peu est une variante de puy.

Une autre variante n’apparait qu’à trois exemplaires, deux dans l’Indre, Biouge à Clion et les Biouges à Jeu-les-Bois, et un en Ardèche, les Biouges à Coucouron.

Les autres

Avec des prononciations et donc des graphies variées, on trouve des noms comme la Bousige (Montrodat, Loz.), les Bousiges (Portes, Gard, Mansus de Bosegiis, qui est juxta Portas en 1294), les Bouziges (Sanilhac, Ardèche, Bosigi en 1464) ou encore la Boussigue (Trélans, Loz.).

À Saint-Julien-d’Arpaon (Loz.) le hameau de Bougès (mansum appellatum de Boges) porte lui aussi un nom issu du gaulois bodica, accompagné du suffixe –ensis, nom qui est passé à la montagne qui le surplombe, le Mont du Bougès (1324 m). Dans le même département, à Cassagnas, on rencontre le diminutif Bougéset.

Enfin, le bas-latin *bodicarius, « défricheur », a donné son nom à Bouziès (Bozies en 1287), une commune du Lot, et à quelques lieux-dits homonymes à Ciurac et à Saint-Géry du même département  ou à Belmont-sur-Rance, en Aveyron.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

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La devinette

Il vous faudra trouver le nom, en seul mot, d’un col lié au mot du jour, le gaulois bodica, précédé d’un adjectif.

La commune de France métropolitaine où il se situe porte le nom d’une variété d’arbre consacrée à une divinité.

Le nom de la commune nouvelle, chef lieu du canton qui porte son nom, est constitué d’un terme désignant un ensemble d’habitations complété, après une préposition, par celui de la rivière qui l’arrose.

Le nom du chef-lieu d’arrondissement rappelle que la montagne qui le surplombe était, elle aussi, l’objet d’un culte.

La région porte un nom issu de celui des Gaulois qui l’habitaient.

Le col est situé entre une commune au nom issu de celui d’un homme gaulois et une commune au nom relatif à des chaumières.

Indice :

indice 07 04 2024

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Trescamps à Campagnac (Tarn) : la répàladev

Personne n’a trouvé la réponse à ma dernière devinette…

Il fallait trouver le lieu-dit Trescamps de la commune de Campagnac, du canton des Vignobles et Bastides, chef-lieu Rabastens, tout près de Gaillac dans l’arrondissement d’Albi, préfecture du Tarn.

Campagnac, c’est ici :

local campagnac

Et Trescamps, c’est là :

TRESCAMPSCapture GEOP

gappe-de-raisin

La toponymie

Trescamps : à propos d’une villa romaine située entre Orange et Saint-Paul-Trois-Châteaux (Vauc.) mais qui n’existe plus, Albert Dauzat écrivait :

Trescamps Dauzat

(clic)

Le nom masculin trescamps est présent dans le Dictionnaire occitan-français d’André Lagarde (CRDP, 1996) où il est défini par « friche, lande », dans le Dictionnaire français-occitan de Christian Laux (L’Ostal del libre, 2001) où il est défini par« friche, jachère » et dans leur célèbre prédécesseur, le Trésor du Félibrige de F. Mistral, qui parle de « terre inculte, lande » :

Trescamps TdF

Ce terme était couramment utilisé et compris, au moins au début du XVIIIè siècle. On le trouve en effet par exemple dans les descriptions des glacières du pays d’Arles, comme celle de Faraman en 1710 : « …plus le jardin dudit mas confrontant du levant en partie le relarge et la terre en trescamps a coté dudit jardin, du midy le terron sous le jardin en trescamps, du couchant en partie le clos de la glacière, le puis a roue et le pred de la glacière… » (clic) où on voit bien le sens de « jachère » ou « friche ».

Le lieu-dit Trescamps de Campagnac est mentionné sous la graphie Trescans sur la carte d’état-major (1822-66) :

Trescamps Capture CEM

ainsi que déjà sur le cadastre napoléonien de 1812 :

TRESCAMPSCapture NAPO

Cette graphie trescans accrédite l’hypothèse d’un dérivé du francique  *thresk, « jachère », plutôt que d’un *tres campos, « trois  champs » ou « à travers les champs ».

Campagnac : sans surprise, ce toponyme (Campannac en 987 et Campainnac en 1195) est issu du nom d’homme latin Campanius accompagné du suffixe –acum. On trouve un autre Campagnac dans le département voisin de l’Aveyron et un Campagnac-lès-Quercy en Dordogne. Ceux qui ont suivi le lien précédent auront vu les différentes formes qu’a pu prendre ce nom selon les prononciations régionales.

canton de Vignobles et Bastides : créé en 2014 avec Rabastens comme chef-lieu, ce canton fait sa réclame en mettant en avant son vignoble (vins de Gaillac notamment) et ses bastides (Castelnau-de-Montmirail, Puycelsi, Rabastens …).

Rabastens : attesté de Rabastens vers 1109, de Rabastengcz en 1185, Rabastenco et de Rabastenquis en 1211. E. Nègre, spécialiste indépassable de cette commune, explique ce toponyme par le nom d’homme germanique Hratgast ou Ratgast accompagné du suffixe –ingos et attraction de l’occitan rabasta, « querelle, dispute ».

Gaillac : attesté Galliaco au début du IXè siècle, du nom d’homme latin Gallius et suffixe -acum.

Albi : la ville est attestée Albigensium civitas au Vè siècle. Conscient que le nom d’Albi ne pouvait pas, phonétiquement, provenir d’Albiga, E. Nègre proposait donc d’y voir un masculin Albius, nom de personne latin (TGF*). Or, les attestations féminines sont constantes du VIè siècle (Albigae et Albige en 575-94) au Xè siècle, avant l’apparition du masculin dans la deuxième moitié du Xè siècle (de Albio en 961 et de Albi vers 972). L’étymon originel ne pouvait donc être que féminin avant que son genre ne soit changé sans qu’on n’en connaisse la raison. D’autre part, la permanence des formes en –iga, du Vè au VIIIè siècle montre que la base initiale était bien du type *Albiga ou *Albica, les formes ultérieures du type Albia (ex civitate Albie en 626) témoignant de l’amuïssement régulier de la consonne intervocalique –g– ou –c-.  De ces deux étymons *Albiga et *Albica, le premier ne correspond à rien de connu de par son suffixe, tandis que le second ouvre l’hypothèse basée sur le fait que les civitas impériales correspondaient au territoire d’une population bien définie. Il est ainsi possible de restituer dans la civitas Albigensium le territoire d’un peuple, les Albici (Albiques) : ceux-ci étaient installés à Riez (A.-de-H.-P.) dont le nom ancien, Alebaece (Pline l’Ancien en 77) fait référence au peuple Αλβíοικοι (Strabon 7 av. J.-C.), déjà appelé Albici au milieu du Ier siècle avant J.-C. par César. Ce peuple, sans doute chassé par les Reii avant la fondation de l’Empire romain, a laissé son nom au village d’Albiosc, aujourd’hui dans Esparron-de Verdon, au sud-ouest de Riez. On peut supposer que ledit peuple, ou une partie de celui-ci, serait venu s’installer sur le territoire de la future civitas Albigencium et y aurait fondé une ville nommée *Albica après la rédaction des écrits de Pline l’Ancien (DNLF*).

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

gappe-de-raisin

Les indices

indice c 31 03 2024 ■ cette fausse étiquette de bouteille de vin montrait une bastide, un vignoble et le millésime 2014 : il fallait penser au canton de Vignobles et Bastides, créé en 2014.

indice b 31 03 2024 ■ il ne fallait s’attarder ni sur Guareschi ni sur Fernandel ni même sur Don Camillo, mais sur le curé à vélo, comme l’abbé Nègre, célèbre pour avoir parcouru à vélo tous les chemins du canton de Rabastens afin d’en recueillir tous les toponymes.

indice ce 02 04 2024 ■ on pouvait compter trois champs sur cette photo, ce qui devait faire penser à une des étymologies proposées pour Trescamps (et au moins confirmer ce toponyme pour ceux qui avaient trouvé le canton).

Les indices du mardi 02 avril 2024

Après un petit intermède halieutique, la vie reprend son cours …

Personne n’est venu à bout de ma dernière devinette, dont voici, pour rappel, l’énoncé :

Il vous faudra trouver un lieu-dit dont le nom est lié à un de ceux étudiés dans le billet.

Présent comme nom commun dans les dictionnaires de la langue régionale, ce mot, désignant une jachère par définition éphémère, n’a laissé qu’une seule trace en toponymie, celle que je vous demande de trouver.

La commune où est situé ce lieu-dit porte un nom issu de celui d’un homme latin suffixé de manière très commune. Elle possède un homonyme exact dans un département voisin et un autre pourvu d’un déterminant dans un autre département. Les différences de prononciation ont donné de nombreuses autres formes de ce même nom dans d’autres régions.

Le canton porte un nom faisant référence à deux de ses spécialités. Son chef-lieu porte un nom issu de celui d’un homme germanique suffixé de manière habituelle.

On raconte que les promeneurs en état d’ébriété ne sont pas rares entre ce chef-lieu de canton et la grande ville la plus proche. Ladite grande ville porte, elle aussi, un nom issu de celui d’un homme latin suffixé de manière très commune.

Le nom du chef-lieu d’arrondissement serait issu de celui d’un homme latin ou bien de celui d’une tribu gauloise dont une partie aurait émigré jusque là.

indice c 31 03 2024

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Les indices du mardi

■ Les différentes formes des toponymes issus du nom d’homme latin qui a donné celui de la commune où est situé le lieu-dit à trouver (ouf !) ont été citées dans un billet de ce blog, il y plus de dix ans.

■ pour le chef-lieu de canton :

indice b 31 03 2024

■ et pour le lieu-dit lui-même :

indice ce 02 04 2024

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

This is the end

Après la jachère, vue ici et , le temps est venu de laisser ce blog en friche … définitive.

En effet, après plus de quatorze ans de (bons et loyaux) services, l’épuisement et le manque d’inspiration ont fini par venir à bout de ma meilleure volonté.

C’est donc avec un petit pincement au cœur que j’annonce la fermeture de ce blog, sans oublier de remercier mes lecteurs sans lesquels il ne serait pas ce qu’il est, ma compagne et mes enfants, mes parents qui me regardent de là haut et qui doivent être tellement fiers, mes frères et ma sœur, sans oublier Longnon, Dauzat, Rostaing et Nègre, WordPress et Microsoft, Firefox et Android … et que ceux que j’oublie ne m’en veuillent pas.

PS Que les accros se rassurent : la répàladev (la dernière !) paraîtra malgré tout comme prévu en fin de semaine.

La jachère (deuxième partie)

Je poursuis aujourd’hui mon exploration des toponymes liés à la jachère, commencée dans ce billet.

Versanne et versaine

Le latin versare, « tourner, faire tourner », a donné le bas-latin versana désignant des jachères dont les terres sont plusieurs fois retournées, labourées. De ce bas-latin sont issus la versaine et ses variantes versane, versanne, versaine … que Godefroy (en ligne) définit comme une « terre qui se repose après avoir donné deux récoltes », Littré (en ligne) comme le « nom, dans la Moselle, de la jachère » et Greimas (Dictionnaire de l’ancien français Larousse, 1979, 3è édition 1999) comme une « terre laissée en repos après avoir donné deux récoltes dans le cadre de l’assolement triennal ». Cependant, ces mêmes mots ont pu avoir des sens différents : ainsi ils ont pu désigner la longueur du trajet parcouru par le laboureur avant qu’il ne retourne sur ses pas, devenue mesure agraire dans certains terroirs (comme en Catalogne où la versana valait 29 ares) ou encore, comme en Normandie, un champ nouvellement labouré et, comme en Poitou-Charente, « un ensemble de champs (labourés) contigus dont les sillons ont la même direction ».

Le nom de La Versanne (Loire) est sans aucun doute issu de ce terme. Dauzat & Rostaing (DENLF*), comme E. Nègre (TGF*), y voient le sens de « mesure agraire », alors que nous sommes bien loin de la Catalogne. Je me demande, avec Pierre Gastal (NLEF*), pourquoi il ne pourrait pas s’agir d’une grande friche, comme celle qui a donné son nom à Guéret (Creuse).

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Les noms de lieux-dits sont très nombreux et je n’en donnerai que quelques exemples :

  • versaine : on en compte plus de trois cents, tous en pays de langue d’oïl et la majorité sous une forme simple (La ou Les) Versaine(s), plus les habituels Grande(s) ou Petite(s) Versaine(s), Haute(s) et Basse(s) Versaine(s) etc… Notons également une Mienne Versaine (Aubérive, Marne ; Mienne parce que chacun chez soi et les moutons seront bien gardés ?Non ! Mienne, du latin mediana, « au milieu »), une Versaine aux Chats (Saint-Aubain-du-Plain, D.-S.), des Versaines Torses (Saint-Médard etc., D.-S.), des Versaines des Cailloux (Sables-d’Olonne, Vendée) et bien d’autres.
  • versainne : cette variante n’est représentée qu’à moins de vingt exemplaires sans surprise comme (La ou Les) Courte(s) ou Grande(s) Versainnes.
  • verseine : cette variante orthographique est à l’origine d’une trentaine de toponymes du type (La ou Les) Verseine(s), (La ou Les) Grande(s) Verseine(s), plus les Cinq Verseines et les Trois Verseines à Légé (L.-Atl.), la Verseine Torse à Longré (Char.) etc. On a rapproché de ces noms celui des Verseignes à Lignères (Orne) et de La Verseigne à Vétrigne (T.-de-B.).
  • versenne : c’est en Poitou-Charente qu’on rencontre le plus souvent des lieux-dits (La ou Les) Versennes, souvent qualifiées de Courte(s), Longue(s), Grande(s) etc. et parfois accompagnées d’un déterminant comme la Versenne du Buisson, des Plantis, des Prés, du Chêne, du Noyer à Loiré-sur-Nie (Ch.-Mar.).
  • versanne : outre la commune citée plus haut, on  compte à peine plus de deux cents lieux-dits, là aussi sous une forme simple au singulier ou au pluriel, plus les Grande(s), Courte(s), Haute(s), Basse(s) Versanne(s) … Mentionnons également les Trois Versannes et les Cinq Versannes à Saint-Sauvant (Vienne) et les Versannes Tortues à Payré (Vienne) etc.
  • versane : une cinquantaine de lieux-dits portent un tel nom, variante orthographique du précédent, au pluriel ou au singulier et parfois complété d’un déterminant, dont une quinzaine pour la seule commune de La Bernerie-en-Retz (L.-Atl.) parmi lesquels une Versane des Sables.  Le nom a été gardé sous sa forme occitane aux Versanas de Condat-sur-Vienne (H.-Vienne).

Tresque

Le francique thresk, « jachère » ou « terrain inculte », est à l’origine du nom de plusieurs communes dont celui de Tresques (Gard, Trescas en 1060). Ce terme a donné en langue d’oïl les formes trie, triez, treixe… à l’origine des noms de Treix (H.-Marne, Trie en 1198, Triez en 1215), Trie-Château et Trie-la-Ville (Oise), Trilbardou (S.-et-M., Tria le Bardol vers 1217, avec Bardol ou Bardou, nom de famille), Trilport (S.-et-M., Tria portus en 1221, port fluvial sur la Marne), Triel-sur-Seine (Yv.), Trieux (M.-et-M.) et enfin de Treslon (Marne, Trielongum vers 850). On se gardera bien d’ajouter à cette liste le nom de Trie-sur-Baïse (H.-P.) qui le doit au sénéchal de Toulouse Jean de Trie signataire du contrat de paréage de la nouvelle bastide en 1323 ou celui de Sainte-Trie (Dordogne) qui est une déformation du nom de Troiannus, évêque de Saintes au VIè siècle, sanctifié sous le nom de Trojan.

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À droite, la mairie, à gauche, la salle du conseil municipal.

Les noms de lieux-dits sont là aussi nombreux. On compte ainsi une vingtaine de Tresque(s) principalement en Nouvelle-Aquitaine et Occitaine, autant de Trie principalement dans le Grand Est, une trentaine de Trieux dans le Grand-Est, les Hauts-de-France et en Nouvelle-Aquitaine et autant de Treix en nouvelle-Aquitaine et Auvergne-Rhône-Alpes. Le diminutif se rencontre au Triot (Écuelles, S.-et-L. etc.) et à plus de trente exemplaires, au singulier ou au pluriel, avec déterminant ou non, dans le seul département des Ardennes comme au Triot des Loups (Chaumont-Porcien) et au Triot du Renard (Aire).

Sombre

Le bas latin sombrum, « saison où l’on fait le premier labour », est à l’origine du vieux verbe sombrer, « donner le premier labour, en parlant d’une jachère » (Littré, en ligne), d’où le nom masculin de sombre donné à la terre en jachère, en Bourgogne, Morvan, Franche-Comté et Nivernais (Godefroy, en ligne). On trouve ainsi une cinquantaine de lieux-dits portant un tel nom en Bourgogne-Franche-Comté, comme (Le ou Les) Sombres, Les Vieux Sombres (Leval, T.-de-B.), Les Sombres Mousseux (id.), Le Clos des Sombres à Source-Seine (C.-d’Or) etc.

Somard

Le verbe ancien français somarer ou sommarer, signifiant « labourer », est à l’origine de somart ou somard, « jachère, terre labourable en friche » (Godefroy, en ligne) qu’on retrouve dans des noms comme Aux Sommards (Fort-du-Plasne, Jura), Les Sommards (La Chaux-du-Dombief, id.) etc ainsi que dans les Sommards (Essey-lès-Nancy, M.-et-M.) ou Sommard (Souligny, Aube). En Savoie, un sommard a désigné une terre labourée sans être ensemencée, d’où le Sommart (Bourg-Saint-Maurice, Bozel et Entremont-le-Vieux, Sav.), les Sommarts (Bourg-Saint-Maurice, Le Pontet, Séez, id.), les Sommards (Arâches-la-Frasse, H.-Sav.) etc. Devenu patronyme ce nom a donné des toponymes avec le suffixe –ière, –erie etc.

Chaumart

Dérivé de chaume (latin calamus), l’ancien français chaumart désignait lui aussi une terre inculte, une jachère. C’est cette étymologie qu’on donne au nom de la commune de Chaumard (Nièvre), qui était Chaumoy au XIVè siècle, de l’oïl chaumois, « plateau désert », qui fut remplacé par Chaulmar en 1518, de chaumart. On trouve également des lieux-dits portant ce nom, avec un –t ou un –d final comme Le Chaumard (Dureil, Sarthe etc.), les Chaumards (Saint-Angel, P.-de-D. etc.), ou Chaumart (Mas-de-Tence, H.-Loire). Comme pour le précédent, on trouve quelques noms suffixés en –erie, –ière etc.

Notons cependant que des noms comme Chaumard peuvent représenter des dérivés de l’occitan chaumar, « se chauffer au soleil », d’où « se reposer pendant les heures chaudes du jour, ne pas travailler », d’où aussi l’idée de « repos du bétail » et par métonymie le nom d’un abri constitué à cet effet.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

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La devinette

Il vous faudra trouver un lieu-dit dont le nom est lié à un de ceux étudiés dans le billet.

Présent comme nom commun dans les dictionnaires de la langue régionale, ce mot, désignant une jachère par définition éphémère, n’a laissé qu’une seule trace en toponymie, celle que je vous demande de trouver.

La commune où est situé ce lieu-dit porte un nom issu de celui d’un homme latin suffixé de manière très commune. Elle possède un homonyme exact dans un département voisin et un autre pourvu d’un déterminant dans un autre département. Les différences de prononciation ont donné de nombreuses autres formes de ce même nom dans d’autres régions.

Le canton porte un nom faisant référence à deux de ses spécialités. Son chef-lieu porte un nom issu de celui d’un homme germanique suffixé de manière habituelle.

On raconte que les promeneurs en état d’ébriété ne sont pas rares entre ce chef-lieu de canton et la grande ville la plus proche. Ladite grande ville porte, elle aussi, un nom issu de celui d’un homme latin suffixé de manière très commune.

Le nom du chef-lieu d’arrondissement serait issu de celui d’un homme latin ou bien de celui d’une tribu gauloise dont une partie aurait émigré jusque là.

Indice :

indice c 31 03 2024

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