Espéluche et ses variantes

Terme très localisé dans le Sud-Est, la Corse et les Pyrénées, une espéluche désigne une caverne, une antre, une grotte. L’occitan dit espelonca ou espelonga, le nord-occitan espeluca, le corse spelunca et le gascon espuga, tous de même sens, à rapprocher du vieux français spélonche (Dictionnaire de Godefroy) ou spélonque (attesté dès 1265 mais toujours utilisé par Saint-Simon, G. Sand, G. Duhamel … , présent dans le Littré de 1873 et aujourd’hui considéré comme vieilli et littéraire), de l’italien spelonca ou encore du portugais espelunca. Le terme occitan est issu du latin spelunca (attesté chez Cicéron  et Suétone p. ex.) lui-même tiré du grec σπήλυγξ , « grotte, caverne » (d’où le français « spéléologie »). L’aire de répartition des toponymes qui sont issus de ce mot, soit du Sud-Est aux Pyrénées, incite à penser qu’il puisse s’agir d’un mot d’origine ligure : si nous le tenions des Romains, on le trouverait dans tout le pays.

Occitan espelonca

La forme typiquement nord-occitane espeluca se retrouve dans le nom de la commune  d’Espeluche (Espelucha en 1327), du quartier d’Espeluche à Dieulefit et des Espeluchons, un quartier de Chabrillan (au singulier Espellucha au XVIè siècle), tous trois dans la Drôme, auxquels s’ajoutent L’Espeluche et le Ruisseau de l’Espeluche à Saint-Alban-sous-Sampzon en Ardèche ainsi que les Espeluches à Saint-Hilaire dans la Haute-Loire.

CPA Espeluche

Notons également le gouffre Espeluca ou des Espélugues à Dions-la-Calmette (Gard), les lieux-dits les Espélugues à La Bastide-l’Évêque (Av.) et à L’Isle-sur-la-Sorgue (Vauc.) sans oublier la grotte des Espélugues, à Lourdes (H.-P., wiki).

Dans les Pyrénées-Orientales se retrouve une forme catalane comme pour le lieu-dit Espluga à Llo qui a donné son nom au canal d’Espluga ou d’Esplugues, ou pour le lieu-dit Els Camps de l’Espluga à Ur. Une forme francisée (ou un nom de famille ? ) se reconnait dans le nom du Col du Plo d’Espluc à Fraisse-sur-Agout dans l’Hérault ( avec plo, dérivé occitan du latin planum, désignant « un petit espace plat entouré de pentes, un palier plat dans une pente, dans un chemin montant »).

Avec la conservation du n, on trouve la forme Espalungue à Laruns (P.-A.), à Pardies-Piétat (id.) et à Andrein (id.) ainsi que les grottes de L’Espalungue à Lourdios-Ichère (id.). Un  dérivé collectif se retrouve dans le nom du Bois et de la Cabane d’Espélunguère à Borce (P.-A.), nom passé au Signal d’Espélunguère, autre nom du Pic de Gabedaille (2258 m) sur la frontière espagnole. À Lacarry-Ahan-Charritte-de-Haut (P.-A.) se trouve le lieu Espelunia et on trouve le Roc de la Spelungue à Mérens-les-Vals (Ariège)

En ce qui concerne les Pyrénées, il convient de bien faire la distinction d’avec les toponymes issus du basque ezpel, « buis », comme Espelette (P.-A.) et ses homonymes.

Corse spelunca

On rencontre, en Corse-du-Sud, les Gorges de Spelunca (à Ota), le lieu-dit Spelunca (à Cargèse), les Bergeries de Spelunchella (diminutif, à Bocognano) et Speluncione (autre diminutif, à Orto).

La forme spelonca est plus représentée, notamment avec la commune Speloncato (H.-C.), les lieux-dits Spelonca  à Corbara et Pietracorbara (H.-C.), Speloncata à Bonifacio (C.-du-Sud), les Ruisseaux de Spelonca à Sorio, Vivario et Venaco (H.-C.) et les oronymes Spelonca à Carticasi et à Omessa (id.)

Speluncato

Speloncato, Haute-Corse : vaut le détour

Gascon espuga

C’est principalement dans les Hautes-Pyrénées, où ce mot peut désigner un simple abri sous roche, que se trouvent des dérivés du gascon espuga, comme l’Espugue (montagne) et la Fontaine d’Espuguère à Ferrère, l’Espugue de Milhas, la Cabane de l’Espugue, les Espuguettes Blanques à Gavarnie, le lac de l’Espuguette à Sazos etc.

En Haute-Garonne se retrouve les noms de la commune de Lespugue, avec agglutination de l’article, où fut trouvée la célèbre Vénus de Lespugue et des lieux-dits L’Espugues à Cier-de-Luchon et Bois d’Espugues à Arbon.

Le nom est parfois corrompu en espugna comme pour les lieux-dits Espugna d’Arbéost et de Gazost (H.-P.), pour la Fontaine de l’Espugna à Accous (P.-A. ; Accous porta jadis le nom d’Aspelonca), la Cabane d’Espugnes à Samortein (Ariège) et L’Espugne de Millas à Gavarnie (vue plus haut avec son nom authentique).

Certaines de ces grottes ont été aménagées, voire fortifiées, comme la Spoulga de Baychon à Lapège,  la Spoulga de Bouan à D’Ornolac-Ussat-les-Bains et d’autres.

Rog-loupe-rouge

La devinette

Il vous faudra trouver, une fois n’est pas coutume, non pas un toponyme mais le nom d’un édifice lié au mot du jour. Si on excepte le terme générique qui l’introduit ce nom est en trois mots liés par une préposition, comme si on avait le bâtiment « Machin Chose + préposition + Truc).

Cet édifice en a remplacé un premier qui avait été élevé à la mémoire de la résistance héroïque et victorieuse des habitants contre des ennemis.

Le nom de la commune, de France métropolitaine, où se trouve ce bâtiment montre qu’il s’agissait, aux temps anciens, d’une place de marché. Le nom du chef-lieu de canton est issu de celui d’un homme latin, comme celui du chef-lieu d’arrondissement..

À une soixantaine de kilomètres de là, dans une autre commune du même département, se trouve un édifice du même genre qui porte un nom identique, mais avec le mot du jour au pluriel. Le nom de cette autre commune montre qu’il s’agissait, en des temps moins anciens, d’un emplacement fortifié. Le nom de son chef-lieu de canton indique qu’on l’avait bâti près d’une source.

Un indice :

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Le Quermoz à Hautecour (Savoie) : la répàladev

LGF et Jacques C. sont les seuls à m’avoir donné la bonne réponse à ma dernière devinette. Bravo à tous les deux !

Il fallait trouver Le Quermoz, point culminant (2296 m) de la commune de Hautecour, limitrophe de Grand-Aigueblanche, dans le canton de Moûtiers en Savoie, dans la vallée de la Tarentaise.

local-Hautecour-

Toponymie

Le Quermoz : on trouve les noms Culmo en 1342, Coelmoz en 1612 et Coermoz en 1729. Le nom est écrit Mt Cuermo sur la carte d’état-major (fin XIXè siècle) et Quermo sur la carte IGN de 1950. On voit grâce au premier nom qu’il s’agit d’un dérivé du latin culmen « faîte, sommet d’une montagne, point culminant », objet du précédent billet. On sait que le z final des noms savoyards n’était qu’un signe graphique indiquant que la voyelle qui le précède ne se prononçait pas ou, du moins, que l’accent tonique était placé sur la syllabe précédente : on prononçait donc Quèrm(o) – mais la francisation a fait qu’on prononce aujourd’hui Quermo (sans prononcer le z !).

Les amateurs de randonnée et de belles photos peuvent suivre ce lien.

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À gauche Grand-Aigueblanche, au centre Hautecour et à droite Aime-la-Plagne

Hautecour : attesté Altacuria vers 1140, Ecclesia de Altacurte vers 1170, Ecclesia de Altacuria au XIVè siècle et Haultecour en 1544, du latin cortem, « domaine rural, maison, habitation » précédé de l’adjectif alta, « haute ».

Grand-Aigueblanche : commune créée en 2019 par la fusion d’Aigueblanche, de Bois et de Saint-Oyen. Le Quermoz marque la limite entre Hautecour et Aigueblanche. La première forme connue du nom de cette dernière est Aqua alba au XIè siècle, qui donnera Aqueblanche au cours du siècle suivant et Aquablanca en 1260. Le nom deviendra Aigueblanche dès 1793 puis Aigue-Blanche en 1801, avant de revenir à la forme actuelle.  Sans surprise, ce nom désigne l’« eau blanche » du torrent qui la traverse, chargée de tuf qui laisse des dépôts blanchâtres tout au long de son cours.

Ceux qui veulent en savoir plus sur l’histoire et le patrimoine de cette commune peuvent suivre ce lien.

Tarentaise : le nom de cette vallée est issu de celui de sa ville principale mentionnée Darantasia sur l’Itinéraire d’Antonin du IIIè siècle et qui s’appelle aujourd’hui Moûtiers (cf. plus bas). On trouvera en 450 la forme Tarentasie et la forme Tarentaise s’imposera dès le XIIIè siècle. P.H. Billy (DNLF*) estime que « ce nom vient de la racine indo-européenne *tr̥ntasia, « gué » : l’itinéraire pré-romain, repris par la voie romaine, remonte la rive droite de l’Isère de Grenoble à Aoste, en franchissant le col du Petit-Saint-Bernard. L’ancienne ville de Moûtiers est bâtie sur les deux rives, à un des rares endroits où le franchissement de la rivière est relativement aisé » (écrit par moi-même chez wiki).

Moûtiers : rebaptisée Monasterium en 1096. Ce nom avait été expliqué dans un billet consacré au monastère.

Les indices

■ Le torrent jadis dévastateur, aujourd’hui maîtrisé : je pensais qu’il s’agissait du Morel dont on lira l’histoire des crues et de son aménagement en suivant ce lien. Cependant, Jacques C. a émis de sérieux doutes : « Pour le ruisseau, j’ai des doutes. L’article Wikipédia [consacré à l’ancienne Aigueblanche, ndlr] dit très précisément qu’il était « rive droite » de l’Isère, qu’il passait au lieu-dit actuel « Les moulins » et qu’il sortait du rocher de la Biettaz. Cela ne peut donc pas être le Morel, qui était situé rive gauche de l’Isère et descendait du massif diamétralement opposé ! Incompatibilité totale. Pourtant, le Morel aussi a disparu après avoir été canalisé et aménagé, et c’est forcément de lui que vous parlez en évoquant une commune et une station de ski. Il y a donc contradiction. Soit c’était le Morel mais alors pourquoi l’article affirme-t-il qu’il s’agissait d’un autre ruisseau (manifestement bien documenté, bien situé et bien précis – mais différent !), soit c’était l’autre dont le nom semble introuvable et il y a confusion avec le Morel pour la simple et bonne raison que les deux ont connu le même sort : disparition par aménagement (et que le Morel est le seul des deux dont le nom soit encore trouvable) ». Le même Jacques C. reconnait plus tard que la « fusion des communes a dû créer un bordel dans la page Wikipédia de la nouvelle municipalité  Grand-Aigueblanche » où les choses ne sont pas si claires. Alors ?

Ernest Nègre (TGF*, vol. II, page 2031, § 20048) indique qu ‘« Aigueblanche (Savoie) a désigné d’abord le torrent affl. g. de l’Isère à Aigueblanche ». Ni Adolphe Gros (Dictionnaire étymologique des noms de lieux de la Savoie, 1935) ni Henri Sutter (site) ne mentionnent le nom du torrent, se contentant de parler d’« eau blanche ». En réalité, un autre torrent « dévastateur » était bien rive gauche de l’Isère. Il s’agissait du torrent dit du Sècheron ou Grande-Molliaz :

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(Annuaire de la Société des touristes du Dauphiné, 1896)

Mais, si j’en crois plusieurs autres sources (dont le Dictionnaire géographique (…) d’Adolphe Joanne, 1872) ce ne sont ni le Morel ni le Sècheron qui ont donné son nom à Aigueblanche mais, comme l’écrivait bien Ernest Nègre, un cours d’eau nommé « de l’Eau-Blanche qui fait mouvoir plusieurs usines » (et qui était accompagné d’un cours d’eau nommé « de l’Eau-Rousse, aux eaux ferrugineuses »  – ce qui n’est pas cher, je sais). Bref,  cela semble donner raison à Jacques C. et à la page wiki de l’ancienne Aigueblanche dont il faut lire le paragraphe étymologie dans la rubrique Histoire (et non le paragraphe consacré à la toponymie …).

■ Le nom du Morel apparait dans celui des Avanchers-Valmorel et de la station de sports d’hiver Valmorel. Les Avanchers, curatus Avancheriorum en 1278, doivent leur nom au pluriel du franco-provençal avantsi, « oseraie », mot sans doute d’origine gauloise.

■ « Avec un peu de c… chance, vous devriez vite tomber sur la réponse ! » : euh, comment dire ? Le nom du Quermoz s’écrit avec un Q initial.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Les indices du mardi 11 décembre 2023

Ma dernière devinette n’a pas résisté bien longtemps à LGF ! Bravo à lui !

J’en rappelle l’énoncé :

Il vous faudra trouver un sommet de France métropolitaine qui porte un nom simple (lié au mot du jour [cormet], naturellement) précédé d’un article – comme le Hohneck ou le Néron mais pas le mont Blanc ou le pic du Midi.

Ce sommet domine à l’est une vallée qui doit son nom au premier nom de sa ville principale, laquelle devait ce nom au choix de son emplacement, là où la rivière qui la traverse était aisément franchissable. Cette ville, sous son nouveau nom à caractère religieux, est aujourd’hui le chef-lieu du canton où se trouve le sommet à trouver.

Ce sommet est situé à la frontière de deux communes. La première doit son nom à la coloration, due au calcaire dissous dans ses eaux, d’un torrent jadis dévastateur, aujourd’hui maîtrisé. La seconde doit son nom à un ancien domaine rural qualifié selon son emplacement.

La rareté des toponymes liés au mot du jour et leur aire de répartition plutôt réduite ne m’incitent pas à vous donner d’autres indices.

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Je rajoute ces précisions :

■ le torrent dont la couleur a donné son nom à la première commune a également donné une partie de leurs noms à une commune et à la station de sports d’hiver qui y est attachée.

■ le domaine rural qui a donné son nom à la deuxième commune était situé en altitude.

■ avec un peu de c… chance, vous devriez vite tomber sur la réponse !

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Cormet

Le bas-latin *culmetum, de culmen, « faîte, sommet d’une montagne, point culminant », est à l’origine, après  rhotacisme, du nom cormet désignant le point le plus haut du relief, le sommet ou le passage d’un col.

C’est dans les Alpes que se retrouvent ces toponymes, essentiellement en Savoie, Haute-Savoie et, côté italien, dans le Val d’Aoste.

Le Mont Colmet (3024 m) est un sommet du massif du Ruitor (Val d’Aoste), le Mont Cormet un sommet de 2476 m au dessus de Courmayeur (id.) et la Pointe Cormet (2388 m) a donné son nom au col Cormet (2366 m) et au lac Cormet près du Berrio dans la Valpelline , toujours dans le Val d’Aoste. La Tête de Comagne, culmine à 2099 m à la limite des communes de Brusson et d´Emarèse  (id.) et doit son nom au latin culmen magnum, « grand sommet ». Le Valais suisse connait la forme cormat d’où le lieu-dit Cormat à Orsières, district d’Entremont.

Le Cormet d’Arêches, un col à 2109 m entre Arèches-Beaufort et Aime-la-Plagne, dans le Beaufortain en Savoie, a donné son nom au Torrent du Cormet d’Arèches qui en descend. Arêches, anciennement Aresche en 1597, Haresche en 1679 et Capella succursalis Arechiae en 1789 doit vraisemblablement son nom au patronyme latin Arescius plutôt qu’au patois savoyard arrachi, « lieu arraché, défriché, essarté ».

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Le Cormet de Roselend, un col à 1968 m, relie Bourg-Saint-Maurice à Beaufort-sur-Doron, toujours en Savoie. Roselend est un mot du patois savoyard, du germanique *rausa, « roseau, jonc », désignant un endroit où poussent les roseaux, une tourbière.

Le Plat du Cormet, un lieu-dit de Saint-Gervais-les-Bains ( Haute-Savoie), a donné son nom à une gare du tramway du Mont-Blanc.

Notons également un lieu-dit Le Colmet à Flogny-la-Chapelle (Yonne), absent du Dictionnaire topographique du département de l’Yonne (Max Quantin, 1862) et qui n’apparait sur les cartes qu’après 1950. Son altitude modeste, 160 m à peine et qui n’est même pas la plus élevée dans le pays, semble exclure un « point culminant » … mais alors quoi ?

Courme TDF Capture La forme provençale courme désignant d’abord le toit ou les combles (ci-contre, extrait du Trésor du Félibrige) a été appliquée à des montagnes, d’où sans doute les noms de Courmes (Corma en 1176, Alpes-Maritimes), perché sur un éperon rocheux de 630 m d’altitude et du Pic de Courmettes (de Cormetis en 1312) qui culmine à 1248 m à Tourrettes-sur-Loup (id.).

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Et c’est tout. Ah, ben non, on ne peut pas écrire un billet de dix pages chaque semaine !

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La devinette

Il vous faudra trouver un sommet de France métropolitaine qui porte un nom simple (lié au mot du jour, naturellement) précédé d’un article – comme le Hohneck ou le Néron mais pas le mont Blanc ou le pic du Midi.

Ce sommet domine à l’est une vallée qui doit son nom au premier nom de sa ville principale, laquelle devait ce nom au choix de son emplacement, là où la rivière qui la traverse était aisément franchissable. Cette ville, sous son nouveau nom à caractère religieux, est aujourd’hui le chef-lieu du canton où se trouve le sommet à trouver.

Ce sommet est situé à la frontière de deux communes. La première doit son nom à la coloration, due au calcaire dissous* dans ses eaux, d’un torrent jadis dévastateur, aujourd’hui maîtrisé. La seconde doit son nom à un ancien domaine rural qualifié selon son emplacement.

La rareté des toponymes liés au mot du jour et leur aire de répartition plutôt réduite ne m’incitent pas à vous donner d’autres indices

*oui, je sais : c’est pas cher.

(La) Tège à Saint-Amandin (Cantal) et à Chastreix (P.-de-D.) : les répàladev

Bravo à LGF qui, une fois de plus, m’a donné les bonnes réponses à ma dernière devinette !

Il fallait trouver le lieu-dit Tège, le Bois de Tège et le ruisseau de Tège à Saint-Amandin, du canton de Riom-ès-Montagnes (Cantal) et le lieu-dit La Tège à Chastreix, canton du Sancy, chef-lieu La Bourboule (Puy-de-Dôme).

local Chastreix St Amandin-

Toponymie

Tège :  le lieu-dit de Saint-Amandin (Cantal) est écrit Tégis sur la carte de Cassini (feuillet 14, Mauriac, 1783) et Tège sur celle de l’état-major (fin XIXè siècle). Le Dictionnaire topographique du département du Cantal (Émile Amé, 1897) écrit le nom Thège, avec un th qui sera abandonné. On reconnait dans ce nom un dérivé par aphérèse du gaulois attegia, « cabane ». Le nom du lieu-dit La Tège à Chastreix (P.-de-D.), connu du fichier FANTOIR mais absent des cartes, est de même étymologie.

TEGE ST AMANDIN Capture

Tège et Ruisseau de Tège (Saint-Amandin)

Saint-Amandin : le toponyme est attesté Sancte Amandine en 1320, Sancte Mandine en 1329, Sancte Maltine en 1512, Saincte Mandine en 1550, Sainct Amandin en 1585 et Saint Amant en 1784. On reconnait dans ces noms l’occitan sant, « saint » suivi du nom de saint Amandinus  (avec une confusion sur le genre dans les premières formes). Ce saint, un confesseur de Clermont, n’est pas autrement connu.

Riom-ès-Montagnes : attesté Riom dès le XIIè siècle, ce nom est dérivé du gaulois rig-o-magos, « le marché ou champ de foire du roi », comme je l’expliquais dans ce billet. Le complément, « dans les montagnes », sert à la distinction d’avec Riom (P.-de-D.).

Chastreix : attesté eccl. Castrensis en 1060, avec l’adjectif bas latin castr-ensis (ecclesia) pour « (église) de la ville fortifiée ». Le nom de Chastreix est formé directement sur la dérivation occitane en –ès du latin castrum, avec la graphie –eix de –ès, comme pleis donne Dupleix, geneis donne Geneix, chais donne Chaix etc.

canton du Sancy : le canton porte le nom de la montagne qui le domine, le puy de Sancy. Je n’ai aucun scrupule à recopier l’étymologie donnée par wikipedia, étant donné que c’est moi qui l’ai écrite :

À la fin du haut Moyen Âge, au pied du puy de Sancy se trouvait, citée en 955-985, une cortem … que vocatur Monteaurum, l’actuelle ville du Mont-Dore. Non loin de là, une église est citée en 1096 comme ecclesiam sanctorum martyrum Cyrici et Julite. Durant tout le haut Moyen Àge et l’Ancien Régime, le sommet est appelé Mondor, Mont Dor, du nom du domaine du haut Moyen Âge. À partir de 1786, il n’est plus appelé que puy de Sancy, autrement pic de Sancy en 1801, puy Sancy en 1823, mont Sancy en 1840… Sancy est une graphie de la forme dialectale San Ci, issue du nom latin Sanctus Cyricus, patron de l’église attestée en 1096. L’enfant Cyr et sa mère Julitte ont été martyrisés à Tarse en l’an 304. Quant à puy, il s’agit de la forme régionale dérivée du latin podium6, « petite éminence, hauteur au sommet arrondi »7.

On notera que cette étymologie met à mal celle selon saint Sixte généralement donnée sur les sites de tourisme. Pourtant, le pic de Saint-Cyr était bien connu des Auvergnats comme en témoigne cet extrait :

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Clermont révolutionnaire, Journal d’un bourgeois, 1790-1800, par Pierre Balme et Louis Tézenas · 1961

La Bourboule : du gaulois *burbula, « eau boueuse » qui a donné le limousin bourboulo « eau ferrugineuse » ; cf. le cévenol borbolh, « bourbier ». Le gaulois *burbula est lié à *Borvo, divinité des sources bouillonnantes aux vertus curatives, du nom commun *borvo « écume ».

Les indices

■ 32 km de route séparent Saint-Amandin de Chastreix, situés dans deux départements limitrophes.

indice a 03 12 2023 ■ la gentiane jaune : il s’agissait d’une allusion à la liqueur de gentiane, spécialité de Riom-ès-Montagnes et au Gentiane express, train touristique entre Riom-ès-Montagnes et Lugarde.

■ la vidéo de Bourvil : pour le terme limousin bourboulo, « eau ferrugineuse », que je reconnais en réalité peu adapté aux eaux de La Bourboule (comme me l’a fait remarquer LGF ).

indice a 05 12 2023 ■ ce revers d’une pièce de collection de 50 € montrait le fameux bouclier arverne des aventures d’Astérix et Obélix. Comme chacun sait, l’Arverne c’est l’Auvergne.

indice b 05 12 2023  ■ il fallait reconnaitre saint Cyr de Tarse, qui a donné son nom au puy de Sancy.

L’église de Saint-Amandin est pourvue d’un bénitier extérieur, réservé à ceux qui n’avaient pas le droit d’entrer, c’est-à-dire les lépreux.

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Les indices du mardi 05/12/2023

Ma dernière devinette n’a pas eu de succès …

En voici son énoncé :

Il vous faudra trouver un micro-toponyme, lié au mot du jour [attegia], qui apparaît à l’identique dans deux communes distantes d’une trentaine de kilomètre par la route. Dans la première d’entre elles (C1), ce nom désigne également un ruisseau et un bois ; dans la deuxième (C2), muni d’un article, il ne désigne qu’un lieu-dit. Tous sont cités dans les fichiers officiels (IGN, FANTOIR …), mais si le lieu-dit de C1 apparait bien sur les cartes de géographie, celui de C2 y est, à ma connaissance, introuvable.

Quelques précisions :

  • C1 est un hagiotoponyme dont le saint éponyme n’est pas autrement connu.
  • C2 était, selon son nom, une « ville fortifiée », sans doute un ancien camp romain.
  • Le nom du chef-lieu du canton de C1 (C31) le désigne comme un ancien champ de foire.
  • Le nom du canton de C2 (C22) est celui de la montagne qui le domine, laquelle porte un nom de saint.
  • Le nom du chef-lieu du canton de C2 (C3 2) indique que l’eau y était plutôt boueuse.

■ un indice pour  C31

indice a 03 12 2023

■ un indice vidéo pour C3 2

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■ un indice général :

indice a 05 12 2023

■ un indice pour C22 :

indice b 05 12 2023

L’église de C1 est pourvue d’un bénitier extérieur, réservé à ceux qui n’avaient pas le droit d’entrer.

le champ de foire de C31 était celui d’un personnage important.

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

 

Attegia, la maison gauloise.

« Nos ancêtres les Gaulois, du moins les plus humbles d’entre eux, habitaient des cabanes en bois appelées attegia », écrivais-je il y a huit ans quasiment jour pour jour en introduction d’un billet. Je propose dans celui d’aujourd’hui d’approfondir ce sujet et de découvrir les traces laissées par ce mot dans la toponymie française.

La racine indo-européenne *teg, « abri, toit », est à l’origine du vieil irlandais *teg, « maison », d’où l’irlandais moderne bothig, « étable », du vieux gallois *tig et du breton ti, « maison », du grec tegos ou stegos,« toit, maison », du latin tego, « couvrir, recouvrir ; abriter », d’où tegula, « tuile », tectum, « toit, maison » et tegurium, « cabane », ainsi que du celtique tegia/tegi-/tego-, « toit, maison ». C’est à partir de ce dernier terme qu’a été formé le mot attegia avec le préfixe at-, « beaucoup, excès, répétition », pour désigner soit un ensemble de maisons soit une maison au grand toit. On sait que les fermes gauloises étaient souvent rectangulaires et couvertes par un toit à quatre pans ou circulaires et couvertes par un toit conique descendant parfois très bas. C’est sans doute cette particularité qui a fait adopter par les Romains le mot gaulois attegia pour désigner ce qui ressemblait à leurs yeux plus à une hutte ou une cabane qu’à une maison. C’est au Ier siècle chez Juvénal, dans ses Satires, qu’on trouve pour la première fois ce mot, que l’on imagine plutôt péjoratif, quand il écrit dirue Maurorum attegias, castella brigantum, « détruisez les cabanes des Maures, repaires de brigands » – certains traducteurs imaginent même qu’il parlait ainsi des tentes des Maures nomades.

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Maison gauloise reconstituée à Samara – à gauche : greniers, poulaillers, granges …

Pourtant, le nom gaulois n’avait à l’origine rien de péjoratif : il soulignait l’importance particulière du toit dans la maison. Une inscription latine du IIè siècle trouvée à Niederbronn (Bas-Rhin) décrit ainsi une attegiam teguliciam, « cabane couverte de tuiles ». Depuis une quarantaine d’années les études archéologiques ont montré que les maisons gauloises ne ressemblaient pas aux images toutes faites et qu’elles pouvaient posséder une certaine qualité architecturale.

Ce mot a laissé en toponymie des traces sous diverses formes dont les principales sont Athée, Athies et les dérivés de l’anthroponyme celtique Attinios, « habitant d’une cabane ».

Athée

Trois communes portent un tel nom : Athée (C.-d’Or, Ateia en 679), Athée (May., Ateia au XIIIè siècle) et Athée-sur-Cher (I.-et-L., Ateia en 907), auxquelles on peut ajouter Poncey-lès-Athée (C.-d’Or, Pontiacus au XIè siècle, du nom d’homme latin Ponticus et iacum).

On trouve également quelques lieux-dits portant ce nom comme Athée à Céaux (Manche), à Longué-Jumelles (M.-et-L.), ou encore Les Ahhées à Nuits-Saint-Georges (C.-d’Or) etc.

Athie

Deux communes portent ce nom au singulier : Athie (C.-d’Or, de Atheias en 1080-96) et Athie (Yonne, Atheae en 1108). Trois sont au pluriel : Athies-sous-Laon (Aisne, Atyes en1131), Athies (P.-de-C., Atheiae en 752) et Athies (Somme, Adteias au VIè siècle).

Sur le même modèle se retrouvent les noms d’Athis (Marne, Atteiae en 948), Athis-de-l’Orne (aujourd’hui dans Athis-Val de Rouvre, Orne, Athies en 1350) et d’Athis-Mons (Ess., de Attiis en 1100).

On trouve également des noms de lieux-dits comme les Athis à Villiers-sur-Seine (S.-et-M.) ou à Rennepont (H.-Marne) ainsi que le composé Athiémont, nom d’un lieu-dit à Villequier-Aumont (Aisne) attesté Hatiemont en 1649.

CPA Athis sous Laon

Variantes

Le nom du hameau Attuech (à Massillargues-Attuech, Gard) est attesté Mansus de Atogiis en 1345 avec l’ablatif-locatif pluriel atogiis formé sur atogia.

Le nom de la commune ardéchoise Thueyts, attesté Athogiis, Astorgis et Attogis en 1089, Atogiis en 1275 et Thueitz en 1576, semble être formé sur le locatif pluriel attegiis, « aux cabanes ». Il a pu y avoir attraction de l’occitan tueis, « if ». On retrouve le même nom comme lieu-dit à Péreyres et à Mayres, toujours en Ardèche.

Les Atheux, des lieux-dits de Saint-Romain-les-Atheux (Loire, als Atuiès en 1225) et de Saint-Héand (Loire, Atuès en 1355), ainsi que, avec aphérèse, le Theux à Charleville-Mézières (Ardennes), le Theux à Saint-Félix-Theux (Gers), les Theux aux Étilleux (E.-et-L.) etc. sont également issus du même gaulois attegia.

La commune nouvelle de Sainte-Marie-d’Attez (Eure) a conservé le même déterminant que les deux anciennes communes dont elle est formée (Saint-Nicolas-d’Attez et Saint-Ouen-d’Attez), lui aussi issu d’attegia.

Étiolles (Ess.), attesté Atheiolae au XIIIè siècle, est un diminutif pluriel en –ola du même gaulois ategia.

R. Brunet (TT*) signale, sur la même racine indo-européenne *teg, le corse teghje, « lauze, cabane en pierre », à l’origine du nom d’Attinghitoiu à Peri (Corse-du-Sud).

Dérivés d’Attinios

L’anthroponyme gaulois Attinios et ses variantes gallo-romaines Attinius et Attinus sont bien attestés, ce dernier notamment chez les Vellaves, avec le sens probable d’« habitant d’une cabane » (NLEF*) et sont à l’origine de plusieurs toponymes.

Accompagné du suffixe bien connu –acum, ce nom est à l’origine de celui d’Attigny (Ardennes, Attiniacum en 760), d’Attigny (Vosges, Attines au XIIe siècle et Attigneii en1227 ) et de quelques lieux-dits comme les Terres d’Attigny à Quesques (P.-de-C.) ou la Grande Corvée d’Attigny à Laboeuf (M.-et-M.). Toujours suffixé en –acum mais avec la finale –at, apparaissent les noms d’Attignat (Ain, Antiniaco, à lire*Atiniaco, en 1184, Atinies en 1250, Attignia en 1325 et Attigniacus en 1466) et d’Attignat-Oncin (Sav., Attignas au XIVe siècle et Attignac en 1575).  Le nom Attigny, complété par le latin villa a donné son nom à Attignéville (Vosges, Atinivilla en 1122).

Avec le suffixe latin –onem, le nom de personne gallo-romain Attinus est à l’origine du nom d’Attin (P.-de-C., Atiniacense en 682 et Attinium en 877).

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Rog personnage loupe

La devinette

Il vous faudra trouver un micro-toponyme, lié au mot du jour, qui apparaît à l’identique dans deux communes distantes d’une trentaine de kilomètre par la route. Dans la première d’entre elles (C1), ce nom désigne également un ruisseau et un bois ; dans la deuxième (C2), muni d’un article, il ne désigne qu’un lieu-dit. Tous sont cités dans les fichiers officiels (IGN, FANTOIR …), mais si le lieu-dit de C1 apparait bien sur les cartes de géographie, celui de C2 y est, à ma connaissance, introuvable.

Quelques précisions :

  • C1 est un hagiotoponyme dont le saint éponyme n’est pas autrement connu.
  • C2 était, selon son nom, une « ville fortifiée », sans doute un ancien camp romain.
  • Le nom du chef-lieu du canton de C1 (C31) le désigne comme un ancien champ de foire.
  • Le nom du canton de C2 (C22) est celui de la montagne qui le domine, laquelle porte un nom de saint.
  • Le nom du chef-lieu du canton de C2 (C3 2) indique que l’eau y était plutôt boueuse.

■ un indice pour  C31

indice a 03 12 2023

■ un indice pour C3 2

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Valatrouch à Magalas (Hérault) : la répàladev

LGF est resté seul à m’avoir donné la bonne réponse à ma dernière devinette. Bravo !

Il fallait trouver le lieu-dit Valatrouch à Magalas, dans le canton de Cazouls-lès-Béziers du département de l’Hérault.

Magalas :

local-Magalas-

Pour le Valat Rouch, suivez la flèche

Valat Rouch Capture GEOP

Toponymie

Valatrouch : si le nom du lieu-dit est écrit en deux mots, Valat Rouch, sur la carte IGN vue plus haut, il l’est en un seul dans le fichier officiel FANTOIR. La carte d’état major (fin XIXè siècle) ne mentionne quant à elle que le Rau (ruisseau) de Valatrouch, en un seul mot également :

Valatrouch EMAJ Capture

L’étymologie de ce nom est limpide : il s’agit du « (petit) ravin rouge », ainsi qualifié en raison des oxydes de fer qui colorent la terre de ses versants et l’eau du ruisseau qui l’a creusé lors de fortes pluies. L’adjectif occitan rouch est donné dans le Trésor du Félibrige comme variante  rouergate de « rouge ». Si vous avez oublié le sens de valat, vous pouvez revenir ici

Notons également le Valat Rouge, affluent rive gauche du Rieu-Valmâle à Chamborigaud (Gard), ainsi nommé pour les mêmes raisons.

Magalas : attesté de Magalas en 1065, cellam S. Marie de Magalaç en 1079 et a Magalatis en 1089, de la racine pré-indo-européenne *mag, « hauteur », et double suffixe alatis. On pense que ce nom désignait à l’origine l’oppidum de l’âge de fer du  Puech de Montfau à 600 m au nord-est du village actuel. On trouve écrit Montfo en 1865, de mont suivi de l’occitan fort, « fort ». L’orthographe actuelle, Montfau, qui peut faire penser à un dérivé des latins fanum, « temple », ou fagus, « hêtre », semble fautive.

Magalas Gd café dyer

Le café Dyer …

Magalas d'aujourd'hui

… et d’aujourd’hui

Cazouls-lès-Béziers : attesté castrum de Casulis en 1178, où on reconnait le locatif pluriel casulis du latin casula, diminutif de casa, donc « maisonnette, cabane » : le nom signifie littéralement « aux petites cabanes, habitations de fortune, maisonnettes ». Ce toponyme avait été expliqué dans un billet relatif à casa.

Béziers : c’est dans l’article consacré au Sustansonès que j’expliquais le nom de Béziers : « la ville est attestée Baeterras dès 17 av. J.-C. On peut faire le rapprochement avec l’ancien nom du Guadalquivir espagnol, Baetis, et le nom antique de la ville catalane Mataró, Baetulo : le radical est bien attesté en zone ibérique et le suffixe –err est lui aussi attesté par ailleurs. Le radical est un prolongement en -to d’une racine ibérique *bai, apparentée à l’indo-européen * ghai, « clair, lumineux ». La forme latine, à l’ablatif pluriel Beterris attesté  au IIIè siècle dans l’itinéraire d’Antonin, a donné l’occitan Beders en 1118 et sa variante Bezers en 1213, d’où la forme française Béziers attestée en 1370. »

Indices

indice b 26 11 2023 ■ L’église Saint-Laurent de Magalas a servi de lieu de tournage pour la scène de la messe du film Le Petit Baigneur de Robert Dhéry avec Louis de Funès en 1968.

indice a 26 11 2023 ■ cette enluminure datant du XIVè siècle représente le martyre de saint Saturnin de Toulouse et devait orienter les recherches vers l’église Saint-Saturnin de Cazouls-lès-Béziers.

indice a 28 08 2023 ■ un nuancier de rouge, pour la couleur du ruisseau.

■ le nom de Béziers avait été « clairement autant que lumineusement » expliqué sur ce blog : il provient en effet de l’indo-européen * ghai, « clair, lumineux », comme on l’a vu plus haut.

Les indices du mardi 28 novembre 2023

LGF, comme souvent, n’a pas eu besoin des indices du mardi pour trouver la solution de ma dernière devinette. Félicitations !

Rappel de l’énoncé :

S’il vous reste encore un peu de courage, il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine qui doit son nom à un ruisseau, lequel nom est lié au mot du jour [valat] accompagné d’un qualificatif.

Ce nom est écrit en deux mots sur la carte IGN mais en un seul sur le cadastre de la commune et le fichier FANTOIR, en accord avec la carte d’état-major (fin XIXè siècle) qui écrit en un seul mot le nom du ruisseau mais ne connait pas le lieu-dit.

Le nom de la localité qui abrite ce lieu-dit est issu d’une très vieille racine signifiant « hauteur », désignant sans doute à l’origine une colline au nord du village dont le nom actuel rappelle qu’elle était surmontée d’un très ancien habitat pris pour un fort moyenâgeux.

Le chef-lieu de canton doit son nom à celui de petites habitations complété par le nom de la grande ville la plus proche.

Ladite grande ville a été mentionnée à plusieurs reprises sur ce blog et son nom clairement expliqué.

■ un indice pour la commune :

indice b 26 11 2023

■ un indice pour le canton :

indice a 26 11 2023

60px-Asterism.svg

Les indices du mardi :

■ pour le ruisseau :

indice a 28 08 2023

■ la grande ville dont il est question dans l’énoncé porte un nom qui a été aussi lumineusement que clairement expliqué sur ce blog, dans un billet relatif aux pays qui l’entourent.

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Valat

Déjà en 2017, m’intéressant aux fossés, j’écrivais ceci :

Le latin vallum était une protection, une levée de terre associée à un fossé ; on en a tiré son contraire, le val. Valat, avec le double sens de fossé et de talus de bord de fossé, est à l’origine de nombreux Valat, Varat, Varade, ainsi que Barat et Barade dans les Landes.

J’approfondis aujourd’hui ce sujet (et, comme une fois parti je vais généralement jusqu’au bout … ce billet sera un peu long).

Le latin vallum désignait à l’origine la palissade, le rempart puis, par métonymie, a fini par désigner le fossé (la fossa en latin classique) qui entourait le rempart et, par la suite, le fossé de drainage, c’est-à-dire le fossé au sens où l’on entend communément aujourd’hui ce terme. Mais les dérivations sont allées plus loin : le dérivé occitan valat, du latin vallatum, témoigne ainsi de l’extension du sens de « fossé » à celui de « ravin ».  En toponymie, valat répond en effet, outre à celui de « fossé », aux sens de « ravin, gorge, vallée encaissée ». Par métonymie du contenant au contenu, l’appellatif du ravin, de la vallée encaissée ou même simplement du fossé, a désigné le cours d’eau, le ruisseau et même, en raison des fondrières profondes creusées par les eaux sur les pentes montagneuses lors de gros orages, le terme a pris le sens de « torrent ». Plus précisément, une distinction s’est faite entre le valat, alimenté par les eaux de pluie et de ruissellement, et le riu, disposant d’une source définie.

Les toponymes issus de ce terme, de ses dérivés et de ses variantes sont extrêmement nombreux et ce billet n’a bien sûr pas vocation à les citer tous mais d’en relever les différents types assortis de quelques (tu parles !) exemples.

Valat

La première forme valat est de très loin la plus représentée avec plus de mille occurrences, dont près de cinq cents dans le seul département du Gard, tandis que la forme vallat, pourtant étymologiquement plus « correcte », ne compte « que » deux cent quatre-vingt exemples.

Lieux-dits

Moins de cinquante lieux-dits habités et une dizaine non habités portent le nom de Valat, répartis en pays de langue d’oc à l’ouest du Rhône. Le nom se rencontre le plus souvent sous la forme simple (le) Valat, parfois accompagné d’un adjectif comme pour le Grand Valat (Les Plans, Gard etc.) et parfois suivi d’un complément comme pour le Valat de l’Étang (Méjannes-lès-Alès, Gard) ou le Valat de Cristol (Connaux, Gard). Parfois encore, c’est lui qui sert de complément comme pour la Jasse de Valat (« bergerie », Vauvert, Gard), la Tour du Valat (Arles, B.-du-R.), le Moulin de Valat (Massals, Tarn. etc.), le Mas de Valat (Saint-Affrique, Av. etc), etc.

Oronymes

La Lozère (plus de 300 cas) et le Gard (plus de 150) se partagent la quasi totalité des ravins portant le nom de Valat, loin devant l’Aveyron (12), l’Ardèche et l’Hérault.

Mis à part Le Valat (Châteauneuf-de-Randon, Loz.) et Lou Valat (Trélans, Loz.), tous ces noms sont construits avec un déterminant qui peut être un adjectif comme pour le Grand Valat (Altier, Loz. etc.), le Valat Chaud (Hures-la-Parade, Loz.), le Valat Fourchat (« fourchu », Luc, Loz.) ou le Valat Malavetto (« mal lavé, sale », Saint-Bauzile, Loz.) soit un complément précédé de la préposition « de ». Dans ce dernier cas, de loin le plus nombreux, ce complément peut être le nom :

  • du lieu-dit ou hameau : Valat d’Aufressan (Chadenet, Loz.), V.d’Auzillargue (Saint-André-de-Valborgne, Gard), V. de Saint-Loup (Roquedur, Gard), V. de Saint-Marcel (Les Plantiers,, Gard) etc.
  • du propriétaire du terrain : Valat d’Adrien (Valleraugue, Gard), V. de Giraldès (Cubières, Loz.), V. de la Dauphine ( sans doute  une  dauphine élue lors d’une fête de village, Montdardier, Gard), V. de Lacan (Saint-Félix-de-Paillères, Gard), V. de Paul (Le Pont-de-Montvert, Loz.), V. de Richard (Prévenchères (Loz.), V. du Chinois (Chadenet, Loz.), V. du Rey (sans doute le roi du village, Allenc, Loz.) etc.
  • de sa source : Valat de Fon Bonne (Belvezet, Loz.), V. de Font du Moulin et V. de Fontlongue (Thoiras, Gard), V. de Goutte Longue (Cubières, Loz.), V. de la Fontaine (Pourcharesses, Loz.), V. de Merderic (Prévenchères, Loz.), V. de Rieu Beau(Cubières, Loz.), V. de Rieu Obscur (Saumane, Gard), V. des Fonts (Saint-Laurent-les-Bains, Ardèche) etc.
  • de l’endroit : Valat d’Aval (Bassurels, Loz.), V. de L’Adret (Cubières, Loz.),  V. de Camp Clos (Roquedur, Gard), V. de Combe Rude et V. de Coste Plane (Valleraugue, Gard), V. de la Carrière (Moissac-Vallée-Française, Loz.), V. de l’Église (Concoules, Gard),  V. de Valmale (« mauvais val », L’Estréchure, Gard) etc.
  • de la végétation : Valat de Bellefage ( « belle hêtraie », Prévenchères, Loz.), V. de Blachère (« chênaie », Brenoux, Loz.), V. de l’Asperge (Branoux-les-Taillades (Gard), V. de l’Homme Mort (« orme mort »,, Valleraugue, Gard), V. de la Figuière (Saint-Martin-de-Lansuscle, Loz.), V. de la Pinède (Allenc, Loz.), V. des Vignes (Saint-André-de-Valborgne, Gard) etc.
  • des animaux : Valat de Galinette (Altier, Loz.), V. de la Loubière ( « lieu fréquenté par les loups », Le Bleymard, Loz.), V. de Mouchouse (« envahi par les mouches », Mas-d’Orcières, Loz.), V. des Ases (« ânes », Peyreleau, Av.), V. des Hirondelles (Les Bondons, Loz.), V. des Pigeons (Mende, Loz.), V. des Rats (Cubières, Loz.), V. de Chantemerle (Cubières, Loz.), V. de Chanteperdrix (Les Bondons, Loz.) etc.

Hydronymes

De la même façon que précédemment, ce sont la Lozère et le Gard qui se partagent la très grande majorité des ruisseaux ou torrents nommés Valat. Mis à part le Valat de Goult (Vauc.), le Valat de Saint-André-de-Roquepertuis (Gard), le Valat Nègre (Gravières (Ardèche), le Valat Neuf (Bezouce, Gard), le Valat Grand (Saint-Jean-du-Bruel (Av.) et quatre Grand Valat (Saluragues, Hér. ; Jonquières-Saint-Vincent, Gard ; Saint-Hilaire-de-Lavit et La Salle-Prunet, Loz.) tous les autres sont accompagnés d’un complément :

  • lieu-dit ou hameau : Valat d’Aiguèze (Aiguèze, Gard), V. de Cadenet (Fontarèches, Gard), V. de Saint-Christol (Aiguèze, Gard), V. de Sainte-Colombe (Générac, Gard) etc.
  • propriétaire : Valat d’Ébrard (Valleraugue, Gard), V. de Baudin (Fontanès, Gard), V. de Brun (Gailhan, Gard), V. de la Dauphine (Valleraugue, Gard), V. de la Reyne (Vauvert, Gard), V. du Rey (Connaux, Gard), V. de Riquet (Nîmes, Gard), V. des Filles (Saint-Maurice-de-Ventalon, Loz.), V. des Marchands (Vauvert, Gard), V. des Trois Soeurs (La Villedieu, Loz.) etc.
  • source : Valat d’Aiguevives (Lussan, Gard), V. d’Aygue Nette (Gravières, Ardèche), V. de Font Brune et V. de Font Clarette (Crespian, Gard), V. de Fontfroide (Aumessas, Gard) etc.
  • endroit : Valat de Bon Abri (Gravières, Ardèche), V. de Champ Long (Fontienne, A.-de-H.-P.), V. de Combe Creuse (Pied-de-Borne (Loz.), V. de l’Adrech (Valleraugue, Gard), V. de l’Enfer (Prunières, Loz.), V. de la Borie (Malbosc, Ardèche), V. de Mont Fleuri (Trèves, Gard), V. de Valcroze (« vallée creuse », Meyrueis, Loz.) etc.
  • végétation : Valat de Fenouillet ( « où pousse le fenouil sauvage », Montmirat, Gard), V. de Figaret ( « lieu planté de figuiers », Les Mages, Gard), V. de la Pépinière (Saint-Maurice (Loz.), V. de la Rouvière (« bois de chêne rouvre », Sainte-Marguerite-Lafigère, Ardèche), V. de la Sapine (Saint-Maurice-de-Ventalon, Loz.), V. de la Vigna (Meyrannes, Gard), V. de Nogarède ( « noiseraie », Gravières, Ardèche) etc.
  • animal : Valat de Cabrit (Valleraugue, Gard), V. de Cante-Perdrix (Clarensac, Gard), V. de Chante-Merle (Villefort, Loz.), V. de la Loubatière (« lieu fréquenté par les loups », Malons-et-Elze, Gard etc.), V. Del Rat (Saint-Sauveur-sur-Camprieu, Gard), V. des Agaches (« des pies », Les Salces, Loz.), V. du Porc (Sauzet, Gard), V. du Saut du Loup (Rosières, Gard) etc.

Ouf ! Vous êtes encore là ? Bon, on continue !

Vallat

On retrouve avec l’orthographe vallat le même type de noms que dans la liste précédente, aussi me conterai-je de ne citer que quelques exemples originaux. Pour une raison que je n’explique pas, une majorité de ces toponymes se trouvent à l’est du Rhône, en Drôme, Vaucluse et Bouches-du-Rhône (peut-être que la plus longue et forte présence romaine y a favorisé le maintien de l’orthographe classique).

Lieux-dits habités ou non :

le Bout du Vallat (Bourgnac, Dord.), le Vallat Blanc (La Laupie, Drôme), le V. Neuf (Mollégès, B.-du-R.), le V. Sableux (Le Luc, Var), le V. du Sauvage (Rians, Var) etc

Oronymes :

Vallat d’Entre les Bois (Chambon-le-Château, Loz.), V. de Font Crose et V. de Font Nègre (Saint-Roman-de-Malegarde, Vauc.), V. de Monsieur (Velaux, B.-du-R.), V. de Sauma Morte ( « ânesse morte », Monieux, Vauc.), V. de la Négresse (Roaix, Vauc.),  V. des Gendarmes (Vacqueyras, Vauc.) etc.

Hydronymes :

Vallat de Pater Noster (Malaucène, Vauc.), V. de Pissaire (« du pisseur », Vitrolles-en-Luberon, Vauc.), V. des Très Cabres (« des trois chèvres », Trets, B.-du-R.), V. du Fer à Cheval (id.), le V. des Parties (Graveson, B.-du-R.) à ne pas confondre avec le V.des Peyres (Flassan, Vauc.), le V. du Pas du Loup et le V. du Pétard (Saint-Léger-du-Ventoux, Vauc.) etc

marignane_pointe_vallat

Les noms dérivés

Diminutifs en -et

Quatre lieux-dits seulement, à ma connaissance, portent un nom issu du diminutif en –et de valat donnant Valadet (Estables, Loz ; Éguilles, B.-du-R. ; Coursac, Dord. ; Albias, T.et-G.) accompagnés d’un ruisseau portant le nom redondant de Valat du Valadet (Pelouse, Loz.).

Diminutifs en -on

Deux lieux-dits seulement s’appellent Valadon (Périgueux, Dord. et Saint-Genest-Malifaux, Loire). La variante Valadou est plus représentée avec cinq lieux-dits habités (Narbonne, Aude ; Clairvaux-d’Aveyron et Montézic, Av. ; Roumégoux, Cant. ; Montrodat, Loz.), deux non habités (Saint-Crépin-et-Carlucet, Dord. ; Penne, Tarn), un Ruisseau de Valadou (Narbonne, Aude) et le Valadou, un torrent à Saint-Julien-du-Tournel (Loz.).

Augmentatifs en -às

Ce dérivé augmentatif se retrouve dans le nom d’une petite dizaine de lieux-dits comme le Valadas (Vagnas, Ardèche etc.) ou les Valadas (Coufouleux, Tarn etc.), d’une petite dizaine de cours d’eau comme le Ruisseau de Valadas (Coufouleux,tarn) ou le Valadas (Mornas, Vauc.) et de plus ou moins cinq ravins comme le Valat de Valadas (Allenc, Loz.). La graphie avec –ll– est représentée dans les noms de trois cours d’eau : le Valladas (Beauvoisin, Gard ; Vitrolles-en-Lubéron, Vauc.) et le Ruisseau du Valladas (D’Aumelas, Hér.). Le féminin apparait dans le nom du Ravin de Valadasse (Ferrières-les-Verreries, Hér.) et dans celui du lieu-dit Les Valadasses (Cabrières, Hér.).

Collectifs

Un dérivé collectif avec le suffixe latin –ila donnant l’occitan –ial se retrouve dans le nom du lieu-dit Baladials (Romiguières, Hér.).

Le collectif en –ier a donné des noms en Valadier ou Valadié qui peuvent être confondus avec le nom commun occitan valadier désignant le terrassier chargé de l’entretien des fossés et devenu patronyme puis toponyme par transfert à la propriété. On trouve ainsi plusieurs lieux-dits (Le) Valadier (Viens, Vauc. ; Sauveterre-de-Rouergue, Av. etc.), un lieu-dit Chez Valadier (Saint-Jean-d’Heurs, P.-de-D.) et un Mas Valadier (Lussan, Gard) qui ne font pas de doute sur leur origine patronymique, une Fontaine du Valadier (Naucelle, Av.) désignant une source à l’origine de plusieurs petits ruisseaux, un Ruisseau de Valadié (Ceilhes-et-Rocozels, Hér.) et plusieurs lieux-dits (Le) Valadié (Lot, L.-et-G., Tarn).

Noms composés

Beaucoup plus rares, les noms composés sont représentés par les noms des lieux-dits Malvalat (Recoules-de-Fumas, Loz. et d’Olmet-et-Villecun, Hér.) et le Malvallat (Aix-en-Provence, B.-du-R.) ainsi que dans celui du Ruisseau du Malvallat (Éguilles, B.-du-R.).

Toujours là ? Bon, allez ! la suite.

Les variantes

Varat et varade

Beaucoup plus rare, la variante avec rhotacisme se retrouve néanmoins dans les noms de lieux-dits Varat (Corbarieu, T.-et-G.) et Le Varat (Tudeil, Corrèze) ou encore aux Varades (Castanet-le-Haut et Saint-Geniès-de Varensal, Hér.) et à l’Aven de Varade (Saint-Remèze, Ardèche).

Balat

C’est principalement dans le Sud-Ouest, où le –v– se transforme –b-, qu’on retrouve le plus souvent la forme balat. Un peu plus de dix lieux-dits portent ainsi le nom de Balat (Montauban, T.-et-G. ; Girac, Lot ; Latrape, H.-G. etc.) auxquels on peut ajouter un Balat Sec (Laffite-sur-Lot, L.-et-G.) et un Balat Bourru ( bourrous, « trouble » en Quercy, Saint-Pompont, Dord.). Les noms de ravins sont plus rares avec le Grand Balat (Paulhac, H.-G.), le Balat (Peyrelevade, Corrèze) et quelques autres , tandis qu’on ne compte que deux cours d’eau avec le Balat (Saint-Denis-lès-Martel, Lot) et le Balat Mairaou (« principal, majeur », Daux, H.-G.).

Barat et barade

Les noms de lieux qui cumulent les deux variantes précédentes, donnant barat et barade, se rencontrent presque exclusivement dans le Sud-Ouest, notamment dans le département des Landes, où ils ont presque toujours le sens de fossé de drainage, utilisé pour assécher les marécages.

On compte une soixantaine de lieux-dits appelés (Le) Barat (Dord., Landes, L.-et-G., P.-Atl., T.-et-G., H.-G., Ariège etc.) , le Grand Barat (Saint-Léger-Magnazix, H.-Vienne etc.) et bien d’autres. On trouve également des oronymes comme le Sarrat de Barrat (Arrien-en-Bethmale, Ariège) et des hydronymes dont une vingtaine dans les Landes parmi lesquels les Barat Charchey, B. de Birehuc, B. de Bop, B. de Haut, B. du Chantié, le Grand Barat, le Grand Barat de la Lane et enfin le Petit Barat, tous à Saugnac-et-Muret.

C’est dans le département des Landes qu’on trouve le plus grand nombre (plus de cent cinquante !) de fossés ou cours d’eau nommés Barade toujours accompagné d’un complément. Ce dernier peut être banal comme pour la Barade de la Lande ( Commensacq etc.), la B. de la Limite (Saugnacq-et-Muret etc.), la B. du Champ (Lüe), la B. du Basque (Sabres), la B. Vieille (Sore etc.), la B. Neuve (Pissos etc.) etc.  ou plus original comme pour la Barade de Cantegrit (« chante grillon », Commensacq), la B. de Chantelause (« chante alouette »), la B. de la Pendelle ( gascon pandèla, « filet pour la chasse », Pissos), la B. de Lagüe ( gascon lagua, « lagune », Ychoux), la B. de Pouchiou (gascon poishiu, « obstacle », Commensacq), etc. Notons également un redondant Barade des Houssats (Trensacq), avec le gascon hossat variante de fossat, « fossé ». Hors des Landes, ne se rencontre (à ma connaissance) qu’une  Barade à Pontacq, dans les Pyrénées-Atlantiques. Les noms de lieux-dits, habités ou non, ne sont qu’une trentaine sans originalité comme Barade à Riguepeu (Gers) ou la Barade (Bouloc, H.-G.).

Il conviendra de bien distinguer ces toponymes écrits avec un seul –r– de leurs homonymes Barrat ou Barrade (de « barrer »), « fermé, clôturé », en prenant garde aux cacographies comme pour la Vigne Barade (Moissac, T.-et-G.) qui ne peut être qu’une « vigne clôturée » ou les Bois Barat (Gimbrède, Gers ; Les Ormes, Yonne ; Decize, Nièvre) qui ne peuvent être que des « bois fermés » et d’autres.

Notons pour finir que Barat comme Barade sont devenus des patronymes ce qui explique que certains des toponymes vus plus haut peuvent en être issus par transfert du nom du propriétaire à la propriété comme pour Chez Barat (Salles-d’Angle, Char.), Baradé (Beaumarchès, Gers), Jean Baradé (Montesquieu, L.-et-G) et qu’on trouve de tels toponymes ailleurs que dans le Sud-Ouest comme pour la Ville Barat (Yvignac-la-Tour, C.-d’A.), le Clos Barat (Échauffour, Orne) et d’autres.

Ça y est, c’est fini ! Et vous aurez, j’espère, noté avec quel talent j’ai évité Le Valat Cruchalot de Lafontaine (Creuse). Ah, ben, non!, finalement je ne l’ai pas évité …

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La devinette

S’il vous reste encore un peu de courage, il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine qui doit son nom à un ruisseau, lequel nom est lié au mot du jour accompagné d’un qualificatif.

Ce nom est écrit en deux mots sur la carte IGN mais en un seul sur le cadastre de la commune et le fichier FANTOIR, en accord avec la carte d’état-major (fin XIXè siècle) qui écrit en un seul mot le nom du ruisseau mais ne connait pas le lieu-dit.

Le nom de la localité qui abrite ce lieu-dit est issu d’une très vieille racine signifiant « hauteur », désignant sans doute à l’origine une colline au nord du village dont le nom actuel rappelle qu’elle était surmontée d’un très ancien habitat pris pour un fort moyenâgeux.

Le chef-lieu de canton doit son nom à celui de petites habitations complété par le nom de la grande ville la plus proche.

Ladite grande ville a été mentionnée à plusieurs reprises sur ce blog et son nom clairement expliqué.

■ un indice pour la commune :

indice b 26 11 2023

■ un indice pour le canton :

indice a 26 11 2023

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr