Le billet d’aujourd’hui, récupéré au fond d’un de mes tiroirs, a trait à des toponymes étasuniens issus d’un nom d’enfant, le plus souvent celui d’un des premiers habitants. Ce n’est pas la première fois que je me promène de ce côté-là de l’Atlantique : voyez par exemple ici, ici, encore ici et encore ailleurs que je vous laisse chercher.
Comme on le voit dans Il était une fois dans l’Ouest, l’expansion vers l’Ouest a été grandement facilitée par le chemin de fer et le passage du train à vapeur dans un lieu pourvu d’eau était un gage de prospérité pour l’agglomération qui s’y créait. Une fois celle-ci établie, il fallait officialiser sa naissance en la déclarant à l’administration postale (Post Office) sous un nom qu’il fallait trouver, de préférence original pour éviter les doublons : certains eurent l’idée de baptiser leur ville du nom d’un enfant, généralement un des premiers nés sur place (d’où le titre de ce billet, allusion au film de David W. Griffith qui, malgré son racisme et son révisionnisme, reste la première « superproduction » hollywoodienne).
En voici quelques exemples (je ne surcharge pas mon billet de liens, vous êtes assez grands pour vous débrouiller seuls) :
Ada (Oklahoma) : nommée en 1901 en l’honneur d’Ada Reed, la fille d’un des premiers colons. Notons que cette ville commençait mal puisqu’elle était une sundown town, ce terme provenant de panneaux indiquant que les « personnes de couleur » devaient quitter la ville avant le coucher de soleil.
Ada (Ohio) : dès 1854 l’endroit fut appelé Ada post Office, du nom de la fille du receveur des postes.
Ada (Minnesota) : créée en 1874 et nommée en 1881 d’après le nom de la fille de William H. Fisher (éponyme de Fisher, Min.) dirigeant de la Saint Paul and Pacific Railroad dont la ligne de la Red River Valley passait par là.
Ada (Idaho, comté d’) : créé par l’Assemblée territoriale de l’Idaho en 1864 par détachement du comté de Boise, ce comté prit le nom d’Ada Riggs, fille d’un des membres de cette assemblée, H. C. Riggs, co-fondateur de Boise.
Alton (Illinois) : cette ville fut établie au bord du Mississipi en janvier 1818 par Rufus Easton qui mit en place un service de ferry pour passagers jusqu’au Missouri. Il appela la ville naissante du nom de son fils, Alton. (ci-dessous, vers 1915).

Clifford (Michigan) : créée en 1862 à un important carrefour commercial, la ville prit le nom de Clifford Lyman, le premier enfant qui y naquit.
Ebensburg (Pennsylvanie) : son origine remonte à novembre 1796, lorsque le pasteur congrégationaliste Rees Lloyd conduisit un groupe d’une vingtaine de Gallois de Philadelphie vers les terres que Morgan John Rhees avait choisies pour sa colonie. Ils trouvèrent un endroit attrayant au sommet des monts Allegheny et y installèrent ce qui allait devenir Ebensburg, qu’ils nommèrent en souvenir d’Eben Lloyd, un des fils du pasteur décédé en bas âge.
Edna (Kansas) : nommée en 1876 d’après une enfant, Edna Gragory (dont on ne sait rien de plus).
Edna (Texas) : en septembre 1881, Mme Lucy Flournoy céda un droit de passage sur ses terres au chemin de fer ainsi que la possibilité d’y établir une station dont la promotion et la construction ont été assurées par le comte italien Joseph Telfener. La ville a été nommée en l’honneur d’une fille du comte.
Edna (Dakota du Nord ) : porte le nom d’Edna Booth, fille d’Albert Anson Booth (1850 – 1914), un pionnier qui s’est installé dans le comté de Barnes en 1879. Booth a ouvert un bureau de poste rural à son domicile le 25 juillet 1882 et l’a nommé d’après sa fille, qui était le premier enfant blanc né dans le canton. Le service fut interrompu le 14 novembre 1884., mais le canton conserva son nom.
Elsie (Michigan ) : fondée en 1857 et nommée en 1885 d’après Elsie Tillotson, la fille d’un des premiers colons.

Elsie, Michigan, en 1908
Ethel (Mississipi) : nommée d’après la fille du capitaine S. B. McConnico qui a servi dans l’artillerie indépendante d’Orléans, en Louisiane, pendant la guerre de Sécession.
Farisita (Colorado) : c’est un poste espagnol en pisé, nommé Fort Talpa, qui a été construit là dans les années 1820 pour se protéger des attaques éventuelles des Amérindiens. Dans les années 1870, le fort a été intégré à la ville nouvelle de Huerfano Cañon. En 1941, il était toujours debout à côté du magasin général de la ville plus récente de Farisita. Un bureau de poste appelé Farisita a été créé en 1923 et est resté en activité jusqu’en 1990. C’est un des premiers receveurs qui a nommé la ville en l’honneur de sa fille, Jeanette Farisita Faris, le surnom signifiant en espagnol « petite fille Faris », comme en français Farisette. Jeanette Faris a plus tard dirigé elle-même le bureau de poste et le magasin. Le cimetière de la famille Faris est situé sur le site de la ville et a été constamment utilisé depuis sa création, des membres de la famille Faris y ayant été enterrés pas plus tard qu’en 2010.
Flora (Ohio) : un bureau de poste fut ouvert là en 1884, baptisé du nom de la fille d’un des premiers colons, et fermé en 1949.

Flora, Illinois, difficile de faire plus étasunien
Gustavus (Ohio) : nommé en l’honneur de Gustavus Storrs, le fils d’un agent foncier local.
Helena (Arkansas) : Helena est la partie orientale de Helena-West Helena, une ville du comté de Phillips, située sur la rive ouest du fleuve Mississippi. Elle a été fondée en 1833 par Nicholas Rightor et porte le nom de la fille de Sylvanus Phillips, un des premiers colons du comté auquel il a laissé son nom.
Helena (Missouri) : la tradition locale fait de Helena la fille d’un cheminot qui travaillait là lors de l’ouverture de la station de chemin de fer en 1878.
Helena (New-York) : il s’agit d’un hameau de la ville de Brasher dans le comté de St. Lawrence. Helen était le nom de la fille (née à Hambourg en 1803 et morte à Londres en 1896) de Joseph Pitcairn (1764-1844), consul américain à Hambourg, éponyme de Pitcairn (N.-Y.). Helena est également connue sous le nom de Ohi’karónthne, un nom mohawk qui se traduit par « à l’endroit du buisson d’épines ».
Helena (Ohio) ; créée en 1871 lors de l’arrivée du chemin de fer (Pittsburgh, Fort Wayne & Chicago Railroad) et nommée d’après Helena Thompson, la fille d’un médecin.
Laura (Illinois) : nommée à la fin des années 1880 en l’honneur de la fille d’un dirigeant du chemin de fer local.
Laura (Ohio) : la ville a été créée vers 1840 et le bureau de poste, ouvert en 1850, a été baptisé du nom de la fille de son receveur.
Lulu City (Colorado ) : ville minière éphémère de l’est du Grand County, dans la vallée de Kawuneeche, dans ce qui est aujourd’hui le parc national des Rocheuses. Elle est apparue après la découverte d’argent dans la région en 1879 par le prospecteur Joe Shipler, et a été construite principalement par la Middle Park and Grand River Land Improvement Company en 1880. La société était soutenue par Benjamin F. Burnett de Fort Collins et par William Baker, un éleveur lui aussi de Fort Collins. La ville a été nommée d’après la fille de Burnett. L’argent qui y était trouvé étant de piètre qualité, la ville fut abandonnée dès 1884, seul le pionnier Shipler y demeurant encore trente ans. Le site a été classé « lieu historique » en 1977.
Malinta (Ohio) : nommée en 1880 d’après le deuxième prénom d’Élizabeth Malinta Bensing, fille d’un des premiers colons.
Ninaview (Colorado) : le bureau de poste a été ouvert en 1905 (et fermé en 1965) et nommé d’après Nina Jones, la fille d’un des premiers colons, forgeron et commerçant. M. et Mme Jones habitaient une maison qui bénéficiait d’un panorama qui plaisait particulièrement à leur fille et qu’ils appelaient Nina’s view. Tout naturellement, le nom passa à la ville quand il fallut la baptiser.

La devinette
Il vous faudra trouver une ville étasunienne dont le nom vient de celui d’un enfant (vous vous en doutiez ? D’accord, mais sait-on jamais ?)
Selon une première « source », cette ville, qui portait un nom issu de l’amérindien, toujours présent dans le nom du comté, aurait été renommée au début du XIXè siècle en l’honneur de la fille du tenancier du bar où se tenait une assemblée municipale.
Selon une deuxième « source », ce nom serait celui de la fille d’un militaire qui était délégué lors d’une convention constitutionnelle de l’État tenue en ce même début du XIXè siècle.
Sa prospérité due à sa situation géographique qui en faisait une plaque tournante pour le commerce dans la région, aussi bien par chemin de fer que par le biais de canaux, fut à ce point remarquable qu’elle a donné à d’autres l’idée de baptiser du même nom quatre autres villes étasuniennes et même une ville canadienne.
Elle est aussi tristement célèbre pour les conditions terribles dans lesquelles y a vécu une partie de sa population pendant plus d’un an. Par un jeu de mots sur son nom, elle fut affublée, par cette population, d’un sobriquet qui disait la vie infernale à laquelle elle y était soumise.
Et, pour finir :

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