De quelques pics (II)

Je continue mon exploration des noms de Pics commencée ici. (si vous en avez assez, n’hésitez pas à me le faire savoir et à me proposer d’autres sujets …).

Les Piquettes et la Picasse

Dans les Pyrénées, outre les classiques Pics, on trouve le féminin Pique comme pour la Pique Longue à Cauterets (H.-P.), la  Pique Redone (« ronde ») à Prades (Ariège), aussi paradoxale que le Pic Rond de Gavarnie (H.-P.) et d’autres. on trouve également quelques redondances comme le Pic de la Pique à Bagnères-de-Luchon (H.-P.) et le Pic de Piquet à Viscos (id.).

toujours dans les Pyrénées, le diminutif Piquette, avec le sens restreint de pente légère, se retrouve par exemple à Arrens-Marsous (H.-P.) avec la Piquette de Bédérède (gascon vedelado, « portée d’une vache » mais aussi « éboulis » chez Mistral, TdF*), de Courette et de Peyrelagor (peyre, « pierre, pierrier » et nom obscur, peut-être le gascon agor, « herbe qui repousse après la fenaison, regain » ) ainsi qu’avec le Soum de la Piquette à Barèges (H.-P.), un sommet qui n’est donc pas si difficile à atteindre.

L’augmentatif-péjoratif se retrouve, toujours à Arrens-Marsous (H.-P.), avec la Picasse de Labassa (gascon labassa, « grande dalle de schiste », équivalent du provençal lausasso, « grande pierre plate, lauze »).

Pic Brun, Pic Nègre, Pic Rouge

Parmi les qualificatifs les plus utilisés pour qualifier des pics se trouvent leurs couleurs comme pour le Pic Brun, au nord d’Orcières (H.-A.), le Pic Noir à Antras (Ariège), à Sentein (id.) et à Freney (Sav.) et le Pic Nègre à Aston (Ariège) et à Porta (P.-O.).

Le blanc est représenté dans les noms du Pic Blanc à Gèdre (H.-P.) et à Sentein (Ariège), du Pic Blanc de la Pâle des Oies (« pale » ou « pâle » , de l’occitan pala, « pelle » est utilisé en toponymie pyrénéenne pour désigner une bande de terrain entre deux rigoles ou une prairie plane et souvent inclinée ) et du Pic Blanc du Portillon à Sentein (id.), du Pic Blanc du Galibier à Valloire (Sav.), etc.

CPA lautaret-pic-blanc-galibier

La couleur rouge, due à la couleur rouille de la roche ferreuse, est aussi très présente avec un Pic Rouge à Borce (P.-A.), à Arrens-Marsous (H.-P., oui, encore !), à Seix (Ariège) et à Aulus-les-Bains (id.), un Pic Rouge de Bassiès (toujours à Aulus-les-Bains), un Pic Rouge de Pailla à Gèdre (H.-P.) et un Pic Rouge de Belcaire à Auzat (Ariège) et d’autres. Le Pic Royo (3121 m.), à la frontière espagnole près de Bagnères-de-Luchon (H.-G.) est un pic rougeâtre.

À ces pics rouges, il convient d’ajouter leurs équivalents en langue basque, c’est-à-dire le Pic Arrouy à Estaing (H.-P.), à Arrens-Marsous (id., oui, encore !) et à Portet-de-Luchon (H.-G.).

Notons enfin le Pic Vert (2603 m.), un sommet herbeux au Périer (Is.).

Les hommages

On l’a vu dans le précédent billet, plusieurs pics ont été nommés en hommage à une personnalité, en général le réalisateur de sa première ascension.

La commune de Cauterets (H.-P.) se distingue particulièrement avec les :

  • Pic Alphonse Meillon (2930 m.), en hommage au pyrénéiste fondateur de la Commission de Toponymie et de Topographie pyrénéenne, né en 1862 et mort en 1933 à Cauterets (wiki).
  • Pic Wallon (2645 m.), du nom de Paul-Édouard Wallon (1821-1895), un avocat montalbanais épris des Pyrénées, qui a aussi laissé son nom au plus grand refuge de ces montagnes.
  • Pic Ruben Pantet (2867 m.), du nom du premier gardien du refuge Wallon.
  • Pic Wilson (2400 m.) : baptisé à l’initiative d’ Alphonse Meillon, accompagné de quelques soldats américains stationnés là à la fin de la Première Guerre Mondiale, en l’honneur du président Thomas Woodrow Wilson (1856-1924).
  • Pic de Bernat Barrau (2793 m.) : en 1832 est mentionné le nom du Pic de Bernard-Barraou, un nom qui sera conservé tel quel par les cadastres de 1831 et 1835 et sur la carte d’état major de 1866. En 1911, Ludovic Gaurier écrit : « Mais on sait quelle large place tient dans la nomenclature des lieux de montagne tout ce qui se rapporte à la vie pastorale, puisque ce sont les bergers qui les désignent. Parfois le nom de l’un d’eux sert à baptiser la montagne où paissent ses troupeaux : ainsi le pic Cujela-Palas « la cabane (abri sous roche) du berger Palas ou Palax », et le Bernat-Barrau, et probablement le Sancha Collons »
  • Pic Henri Pont (2726 m.) : on trouve écrit Henri Pons sur des cartes anciennes et sur certains guides touristiques repris sur la toile, alors qu’il s’agit en réalité du Pic Henri Pont, du nom d’un guide de Cauterets mort en montagne en 1934.

D’autres pics, sur d’autres communes et dans d’autres massifs, ont eu le même honneur. C’est par exemple le cas

  • du Pic Von Martin à Laruns (P.-A.) nommé en hommage à Alfred Von Martin (1882-1979) qui le gravit pour la première fois en1909 en compagnie de Hans Schmidt et Hans Riebeling.
  • du Pic de Bonvoisin (3480 m.), du Pic Jocelme (3458 m.) et du Pic de Disdier, dans le massif des Écrins (H.-A.), qui portent sans doute le nom de bergers qui faisaient paître leurs troupeaux à leurs pieds (dans les trois cas, les récits des premières ascensions de ces pics, réalisées entre 1879 et 1935, mentionnent déjà ces trois noms).

Rog-loupe-rouge

La devinette

Il vous faudra trouver un pic de France métropolitaine nommé en hommage à une personne célèbre qui ne l’a jamais gravi.

Il est situé sur le territoire d’une commune où a commencé une guerre, s’accorde-t-on à dire.

Cette commune porte un nom qui fait référence à son couvert boisé. Elle fait partie aujourd’hui d’une commune nouvelle qui porte le même nom mais associé à celui d’une zone géographique.

Un indice :

indice a 16 07 2023

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Le Picoulet de Quirhaut à Quirbajou (Aude) : la répàladev.

Félicitations à TRS et LGF qui sont les seuls à avoir trouvé la bonne réponse à ma dernière devinette.

Il fallait trouver le Picoulet de Quirhaut à Quirbajou dans le canton de la Haute Vallée de l’Aude, chef-lieu Quillan, de l’arrondissement de Limoux dans l’Aude. L’ensemble se situe dans un pays qu’on appelle Razès.

local Quirbajou

D’un peu plus près :

Picoulet de Quirhaut Capture

Le Picoulet de Quirhaut en haut à gauche, Quirbajou en bas à droite

cdl e

La toponymie

■ le Picoulet de Quirhaut :

Picoulet : il s’agit d’un double diminutif occitan picoleto de pico, «  pic », nom attribué par analogie à une petite montagne plus ou moins pointue.

Quirhaut : grâce au Dictionnaire topographique du département de l’Aude (abbé Sabarthès, 1912), nous disposons des formes anciennes du nom suivantes : de Querrio alto au XIIIè siècle, ND de Queriaut en 1266, Quiraud en 1594 et Quirnaut au XVIIIè siècle qu’on interprète comme issues de l’occitan quièr, « rocher » accompagné de l’ adjectif aut, « haut ». Il s’agissait d’une localité habitée du XIIè au XVè siècle, dont il ne reste aujourd’hui que les ruines d’une église sous le vocable de la sainte Vierge.

L’occitan quièr est issu d’une forme préceltique *carium dérivée du pré-indo-européen *kar, « pierre, rocher ». Comme le mot « roche »,  quièr a d’abord désigné le rocher, la hauteur rocheuse puis, par métonymie, a pu désigner le château construit à son sommet.

Quirbajou : le même dictionnaire nous donne les anciens noms : de Queriobajone au XIIIè s, Quierbajou en 1571 et Quirabajou en 1594, que Cassini écrit Quyrbajon, dans lesquels on reconnait le même occitan quièr, « rocher », accompagné ici du nom d’homme germanique Baio(n) – faisant de ce toponyme un hybride composé dans l’ordre roman d’un nom commun roman suivi d’un patronyme germanique. L’interprétation, donnée par exemple à la page 128 de ce document, selon un éventuel * quier bassus, « rocher bas », se heurte à la première forme –bajone et à la phonétique (le passage de –ss- à –j– n’est nulle part attesté).

CPA QUIRBAJOU

■ le canton de la Haute Vallée de l’Aude : naguère vu dans ce billet

ce canton, comme le département, tire son nom de celui du fleuve Aude (). Celui-ci était appelé Atax par le poète Tibulle en 27 av. J.-C., nom issu d’une racine hydronymique prélatine *at– accompagnée du suffixe gaulois –aco. On passe de l’accusatif latin Atacem à Ataze en 919 puis, par métathèse, à Azate attesté en 978,  à Auzde (début XIè siècle), à Alde (XIè siècle) et enfin à Aude à la fin du XIIè siècle.

Quillan :  vu dans le même billet

attesté Quillianum en 1145, du nom d’homme latin Quelius et suffixe –anum. Il avait été question de Quillan, et de son blason aux trois quilles, dans ce billet.

Limoux : il en avait été question  dans cet autre billet

Ce même limus ou limosus, « limoneux, vaseux, fangeux », est à l’origine du nom de Limoux (Aude), de Limeux (Somme et Cher ) et de Limons (P.de-D.) ainsi que de nombreux lieux-dits comme la Limouze à Rompon ( Ardèche)

et dans celui-ci

Le latin līmus, « limon, boue », a fourni l’adjectif līmōsus, « boueux », à l’origine des noms de Limeux ( Limou en 1100, Somme ), Limons (P.de-D. ), Limoux ( Limosus en 844, Aude ) et Limousin ( diminutif du précédent, toujours dans l’Aude)

■ le Razès a été étudié dans ce billet

ancienne cité gallo-romaine formée autour de Rennes-le-Château, Limoux, Quillan, etc. Le nom du pays est attesté pagus Redensis en 788, formé sur l’ancien nom de la ville Redas, aujourd’hui Rennes-le-Château (Reds en 768 et castellum Redae en 1002), muni du suffixe d’appartenance –ense. Certains auteurs (DPPF*) voient une parenté possible avec le nom de la tribu des Redones à l’origine de Rennes en Bretagne, arguant qu’il pourrait s’agir d’une tribu scindée en deux groupes, l’un en Bretagne, l’autre en Languedoc. E. Nègre (TGF*) imagine un ethnique formé sur le pluriel du gaulois reda « voiture à quatre roues ». Il est sans doute préférable d’y voir, avec P.-H. Billy (DNLF*) la racine indo-européenne *ret , « tronc, poteau, assemblage de poutres », qui peut convenir pour désigner aussi bien une habitation que, par métaphore, un site en hauteur. Le site, habité depuis l’Antiquité, est en effet situé sur un promontoire rocheux

cdl e

Les indices

■ le vin qui fait des bulles : il fallait bien sûr penser à la blanquette de Limoux.

■ le sentier prisé des amateurs d’histoire était une référence au « sentier des Cathares » , un chemin de grande randonnée qui fait découvrir des châteaux abusivement et anachroniquement qualifiés de cathares (voir wiki) – mais qui vaut largement d’être parcouru.

sentier cathare

Quirbajou, dans la variante sud du GR367

■ saint Loup : l’église de Marsa – Quirbajou est placée sous le vocable de saint Loup. Je n’ai pas réussi à déterminer de quel Loup il s’agit (de Sens, de Troyes, de Limoges …?). Par défaut (et paresse), j’ai choisi cette enluminure représentant saint Loup de Sens, un des rares exemples où le nom du saint n’apparait pas.

Les indices du mardi 11 juillet 2023

Si TRS et LGF sont bien parvenus à trouver le canton dans lequel se trouve l’objet de ma dernière devinette, ils ne sont pas encore allés plus loin…

Rappel de l’énoncé :

Il vous faudra trouver un pic de France métropolitaine au nom contradictoire puisqu’il associe à un petit pic un rocher haut perché.

Le nom de la commune où se situe ce pic associe le même « rocher » à un nom de personne germanique.

Le pays, comme le canton et son chef-lieu ainsi que le chef-lieu de l’arrondissement, ont tous été étudiés dans différents billets de ce blog, le plus ancien datant de moins de trois ans – si on excepte un billet consacré au blason parlant du chef-lieu de canton, publié il y a plus de dix ans.

Le pays doit son nom à son ancienne ville principale et le canton doit le sien à la rivière qui le traverse.

Le chef-lieu de canton doit son nom à celui d’un homme latin accompagné d’un suffixe latin.

Le chef-lieu d’arrondissement doit son nom à la qualité de son sol.

On produit dans la région un vin qui fait des bulles.

cdl cl

Les indices du mardi

■ la commune, à peine un village, se trouve sur un sentier prisé des amateurs d’histoire.

■ une enluminure :

indice a 11 07 2023

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

De quelques Pics

Après avoir passé en revue quelques Mont (I, II et III), je m’intéresse aujourd’hui à quelques Pic. Je rassure néanmoins les frustrés, ceux qui n’ont pas vu passer leur Mont : il en reste encore beaucoup et il n’est pas dit que je n’y reviendrai pas, comme sur les Montagne.

Étymologiquement, « pic » est issu d’une racine *pikk connue de toutes les langues romanes (sauf le roumain), des langues germaniques et du latin (picus, pic, nom de l’oiseau).

Je commence par rappeler que le Pic d’Anie, le Pic du Marboré, le Pic de Montcalm et le Pic de Montvallier ont été vu lors de mon passage par les montañas Pirineos (10 ans déjà !).

Pic de Nore

Dans le massif de la Montagne Noire, sur le territoire de la commune de Pradelles-Cabardès, le Pic de Nore culmine à 1211 m. Son nom est attesté dès 1302 : in memoria de Pradellis sive de Nora. Ce nom, sans aucune parenté connue dans les langues romanes, est probablement issu du celtique noro, « noble », muni du suffixe féminin –a. La noblesse attribuée à cette montagne s’explique (peut-être) par le fait que sur la route de l’étain, de Narbonne à Bordeaux, elle est le seul massif relativement imposant que longeaient les voyageurs, et parce que, pour les habitants des plaines entre Narbonne et Toulouse, elle est le dernier contrefort occidental du Massif Central.

Pic des Trois Évêchés

À l’ouest du Galibier, dans les Alpes, le Pic des Trois-Évêchés (3116 m) marquait la limite entre les diocèses de Gap (H.-A.), Grenoble (Is.) et Saint-Jean-de-Maurienne (Sav.).

Il ne doit pas être confondu avec les Trois-Évêchés, un sommet (2818 m) des Alpes-de-Haute-Provence qui marquait, lui, la limite entre les diocèses de Digne (A.-de-H.-P.), Embrun (H.-A.) et Senez (A.-de-H.-P.).

Pic du Gar, Pic de Ger et Pic du Ger

En Haute-Garonne, le Pic du Gar s’élève à 1785 m sur la commune de Béat, au sortir du Val d’Aran ; le Pic de Ger culmine à 2613 m au-dessus de  la vallée d’Ossau, à Eaux-Bonnes dans les Pyrénées-Atlantiques ; le Pic du Jer ne s’élève, lui, qu’à 951 m au sud de Lourdes, dans les Hautes-Pyrénées.

Pic du Ger

Le Pic de Ger

Ces trois noms sont issus de la racine pré-indo-européenne bien connue *gar, variante de *kar, « pierre, rocher ». L’affaiblissement du g– initial en j– n’est pas inhabituel : on peut même trouver des termes français résultant de cet affaiblissement de l’initiale comme le dialectal jar, « gravier, petit caillou de rivière ». En gascon, ger a pu prendre le sens de « pâturage de montagne », soit l’équivalent de l’alp des Alpes.

Le Pic de Jarra ou Jara (812 m) à Saint-Jean-Pied-de-Port (P.-A.) semble avoir la même étymologie, mais on explique mal la féminisation.

Pic Pétard ou Petar et Pic Pétarel

Sommet de 2260 m à Loudenvielle (H.-P.), le Pic Pétard ou Petar doit son nom au basco-gascon patarra, petarra , « côte raide, escarpée », vieux terme pré-latin qu’on retrouve dans les Alpes avec le Pic Pétarel (2618 m dans les massif des Écrins) et même très loin de l’Aquitaine, comme en finnois pättärä, « colline ».

Ces noms n’ont donc rien à voir avec le tonnerre pétaradant comme on le prétend parfois localement.

Pic Bayle, Pic Coolidge et Pic Gaspard

Point culminant (3465 m) du massif des Grandes Rousses, au nord-est de l’Alpe-d’Huez (Is.), le Pic Bayle a pris le nom de l’abbé Joseph Bayle qui en a réalisé la première ascension le 17 août 1874.

Le Pic Coolidge (3775 m), entre Isère et Hautes-Alpes dans le massif des Écrins porte le nom du révérend William Auguste Coolidge, un américain devenu anglais, qui le gravit le 14 juillet 1877, avec Christian Almer père et fils.

(un abbé, un révérend au sommet … plus près de toi, mon dieu ?)

Le Pic Gaspard (3883 m), toujours dans les Écrins, a été gravi pour la première fois le 6 juillet 1878 par Henri Duhamel que guidaient Pierre Gaspard père et fils et Christophe Roderon. On nomma ce pic en l’honneur de Pierre Gaspard père qui avait réalisé l’année précédente la première ascension de la Meije et du Dôme de Neige des Écrins.

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La devinette

Il vous faudra trouver un pic de France métropolitaine au nom contradictoire puisqu’il associe à un petit pic un rocher haut perché.

Le nom de la commune où se situe ce pic associe le même « rocher » à un nom de personne germanique.

Le pays, comme le canton et son chef-lieu ainsi que le chef-lieu de l’arrondissement, ont tous été étudiés dans différents billets de ce blog, le plus ancien datant de moins de trois ans – si on excepte un billet consacré au blason parlant du chef-lieu de canton, publié il y a plus de dix ans.

Le pays doit son nom à son ancienne ville principale et le canton doit le sien à la rivière qui le traverse.

Le chef-lieu de canton doit son nom à celui d’un homme latin accompagné d’un suffixe latin.

Le chef-lieu d’arrondissement doit son nom à la qualité de son sol.

On produit dans la région un vin qui fait des bulles.

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Les Monts Luisants de Morey-Saint-Denis (Côte-d’Or) : la répàladev

Le podium des découvreurs de la solution de ma dernière devinette est désormais complet puisque Jacques C. et TRS ont été rejoints par LGF. Bravo à tous les trois !

Il fallait trouver les Monts Luisants, une parcelle de vigne constituant un lieu-dit de Morey-Saint-Denis, dans le canton de Longvic de l’arrondissement de Beaune en Côte-d’Or.

local morey-saint-denis

Plus précisément, les Monts Luisants se situent au nord-est de la commune, elle-même située dans la zone d’appellation des Côtes-de-Nuits :

Vins de Bourgogne : appellation Morey-Saint-Denis
Bourgogne Maps – outil cartographique interactif – http://www.bourgogne-maps.fr

grappe raisin

La toponymie

Les Monts Luisants :

Monts LUISANTS TOPOLe texte ci-contre, extrait de Climats et lieux-dits des grands vignobles de Bourgogne (M.-H. Landrieu-Lussygny et S. Pitiot, éd. de Monza et éd. du Meurger, 2012) explique l’origine de cette appellation par la luminosité des feuilles de vigne qui fait qu’« on y voit encore » en pleine nuit …

Patrick Essa, producteur au domaine Buisson-Charles à Meursault, donne quant à lui une autre explication : « le substrat argilo-calcaire mêlé en certains endroits parfois de limon et de sables scintille de mille feux lors des soleils de printemps, ce qui lui a probablement donné son nom ».

Morey-Saint-Denis :   attesté Mirriacus en 1120, Moreius en 1187, Mirriaca au XIIè siècle, Marré en 1187 et Morré en 1231. Dauzat & Rostaing proposaient un « nom d’homme obscur, probablement germanique Maur » (DENLF*) tandis que Nègre donne le nom d’homme roman Murrius ou Murius (TGF*). Dans les deux cas, le nom est complété par le suffixe –acum.

En 1927, le nom est complété par celui du cru Saint-Denis comme c’était la mode à l’époque et pour établir une distinction d’avec Morey (S.-et-L.), Belleau (M.-et-M., ex Morey) et La Roche-Morey (H.-Saône, ex Morey).

Longvic : attesté Longovicus en 630, soit le « long village » et non pas la « longue voie » comme il est dit sur la page wiki. Si les premières maisons étaient bien installées au bord de la voie romaine, c’est leur succession en ligne tout au long de celle-ci qui est à l’origine du toponyme.

Beaune : attesté Beleno cas(tro) sur une monnaie  mérovingienne de la fin du VIè siècle puis Belna en 1184, du nom de dieu Gaulois Belenos féminisé en –a, sous-entendu « ferme, terre ».  Les Romains considéraient ce dieu comme l’Apollon gaulois, le dieu du soleil. Ce nom est formé sur le radical celtique Bel ou Belo qui exprime la même idée de clarté, d’éclat lumineux, de lumière vive que la racine indo-européenne *bhel « brillant, blanc » dont il est issu. C’était un dieu solaire dont le nom signifie « Le Clair », « Le Resplendissant ». Les Gaulois associaient son pouvoir aux eaux blanches, claires et bienfaisantes des rivières et des sources. En 1098 est mentionnée une aqua que dicitur Belina, « l’eau de Bélénos » : il s’agit de l’Aigue qui coule au pied des remparts de la ville et dans laquelle on a trouvé en 1851 une tête de Diane, soeur de l’Apollon gréco-romain. Au XIIIè siècle, est mentionnée une Fons de Belenein, « source de Bélénos », qui alimentait l’autre rivière de Beaune, la Bouzaize, dans laquelle se jette l’Aigue. Les Gaulois avaient donc placé leur ville et les eaux qui y prennent leur source sous la protection d’un de leurs plus grands dieux, le dieu Bélénos.

Si on ajoute aux noms des Monts Luisants et de Beaune « la resplendissante » celui de la Côte-d’Or, on voit que tout devient lumineux !

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

grappe raisin

Les indices

image-2 ■ la bouteille de bourgogne : cette bouteille a servi plusieurs fois comme indice, à chaque fois pour orienter les recherches vers la Bourgogne.

indice a 01 07 2023 ■ la case de bédé : le juron du nom de dieu Bélénos, si on avait compris l’indice précédent, devait faire penser à Beaune et restreindre ainsi le champ de recherche.

■ J’écrivais « Le climat était sans doute favorable puisque ma devinette a déjà été résolue par deux lecteurs. » : les amateurs savent que « climat » est le nom qu’on donne, en Côte-d’Or, aux parcelles de vigne, en parallèle avec « lieu-dit » et « cru ». Les Climats se sont depuis longtemps confondus et se confondent encore avec les lieux-dits. Mais on peut observer aujourd’hui , en s’appuyant sur la complexité de la législation sur les A.O.C. et sur la rigueur des délimitations territoriales du vignoble, que le terme Climat s’applique surtout à des territoires classés Premiers Crus et Grands Crus, c’est-à-dire aux terres les meilleures et les mieux placées. Dans ces cas, un Climat peut ne contenir qu’une partie d’un lieu-dit, ou certaines parties de plusieurs lieux-dits, ou encore comprendre plusieurs lieux-dits ou certaines parties de plusieurs lieux-dits.  Quant au « clos » (latin clausum, « endroit fermé, fermeture »), il désigne en Bourgogne une vigne entourée de murs en pierres sèches destinés à l’origine à la protéger contre les dégâts des troupeaux, porcs et chèvres qui paissaient librement et à délimiter et individualiser les propriétés. Le nom du clos est alors suivi de celui du climat, comme le Clos Saint-Denis, un Grand Cru de Morey-Saint-Denis.

indice-b ■ ce modèle réduit est celui de la Frontenac Monroe Special au volant de laquelle Gaston Chevrolet a gagné les 500 miles d’Indianapolis le 31 mai 1920. G. Chevrolet est né à Beaune le 04 octobre 1892 et mort le 25 novembre 1920 sur le circuit de Beverley Hills.

indice c 04 07 2023 ■ cette photo représente  un lampyre (Lampyris noctiluca) appelé communément ver luisant.

Les indices du mardi 04 juillet 2023

Jacques C. a très vite trouvé la bonne réponse à ma dernière devinette. Il a été rejoint aujourd’hui par TRS. Félicitations à tous deux !

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Le rappel de l’énoncé :

Il vous faudra trouver un ensemble de collines, en France métropolitaine, connues sous le nom collectif de « Monts » qualifié par l’impression visuelle qu’elles procurent dans certaines conditions. Pour certains auteurs, cette impression est due à sa végétation ; pour d’autres, elle est due à son sol.

Le nom de la commune où se trouvent ces Monts est issu de celui d’un homme latin accompagné du suffixe –acum auquel a été adjoint il y a près d’un siècle un hagiotoponyme voisin.

■ un indice :

image-2

■ et si ça ne suffit pas, un deuxième :

indice a 01 07 2023

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Les indices du mardi

■ Le climat était sans doute favorable puisque ma devinette a déjà été résolue par deux lecteurs.

■ un indice pour l’arrondissement :

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■ et un cadeau bonus :

indice c 04 07 2023

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

De quelques monts (III)

Voici le troisième volet de ma série sur les Monts commencée ici et continuée .

Le Mont Clapier

Dans le massif du Mercantour, ce mont culmine à 3045m sur la commune de Belvédère (Alpes-Maritimes). Sur la Grande carte des Alpes de J. Villaret en 1758, c’est le nom du petit massif dont il fait partie qui apparait sous la forme les Clapieres. Le provençal clapiera signifie « tas de pierres ». La formation Mont Clapier est une formation plus tardive, sur l’occitan clapier, « lieu encombré de pierres ». Ces deux appellatifs sont eux-mêmes des formations du Moyen Âge sur le préroman *klappa, « pierre plate », lui-même une  variante du pré-celtique *kal, « pierre »

Le Mont Pinçon

Avec ses 365m de hauteur, ce mont est le point culminant du Bocage Normand, sur la commune du Plessis-Grimoult (Calv.). Son nom est attesté (Foresta de) Montpinchon au XIè siècle. D’autres montagnes portent un nom similaire que ce soit sous la forme Pinçon ou Pinson.

En 1931, le toponymiste belge Jules Vannerus proposait de voir dans ces noms une base pré-latine *pink, « hauteur ». De son côté, E. Nègre (TGF*) proposait l’appellatif français pinchon, pinçon , « pince, ardillon d’une boucle, palisson, pieu ».

Il semble préférable selon P.-H. Billy (DNLF*) de retrouver dans ce nom une variante *pink de l’indo-européen *pank, « gonfler », munie du suffixe latin –ione. Le sémantisme « gonfler », présent dans plusieurs racines indo-européennes, se retrouve dans de nombreux hydronymes ou oronymes : les rivières gonflent sous l’effet des pluies et les fleuves peuvent être soumis aux marées, les montagnes sont considérées comme des enflements par rapport aux plaines.

À la graphie normande du XIè siècle succèdera la française Montpinson en 1585 et Montpinçon en 1667. C’est le géographe Joanne, en 1896, qui propose deux graphies Mont Pinçon et Mont Pinson ; la seconde, ayant subi l’attraction paronymique du nom de l’oiseau pinson, ne sera pas conservée.

Le Mont Salève

En Haute-Savoie, le Mont Salève forme un massif qui culmine au Grand Piton à 1379m. Bien qu’en Haute-Savoie, cette montagne des Préalpes fait géologiquement partie de la chaîne du Jura.

Mont-Saleve

Le nom du massif est attesté ad Salevum en 1290-1308. C’est par erreur que Dauzat (Dictionnaire étymologique des noms de rivières et de montagnes en France, éd. Klincksieck,1978) lui attribue l’attestation du IIIè siècle (sur l’Itinéraire d’Antonin) Monte Seleuco qui doit être identifiée à La Bâtie-Montsaléon dans les Hautes-Alpes ; pour étymon, il propose une racine pré-indo-européenne *sal, « éboulis, pente à éboulis » (la même erreur est reprise dans la page wiki consacrée au Mont Salève).

En suivant P.-H. Billy (DNLF*), qui juge inutile de créer une racine pré-indo-européenne ad hoc pour des pentes à éboulis, on privilégiera l’indo-européen *sel, « poutre », muni du suffixe gaulois –auo. Cette racine est usitée dans de nombreux autres oronymes.

La forme française du nom est Mont de Salève en 1765 puis Mont Salève en 1777.

Le nom du Grand Piton se justifie par son aspect.

Le Mont Thabor

Dans le massif de la Maurienne, le Mont Thabor culmine à 3178m, sur la commune de Valmeinier en Savoie.

Cette montagne a porté deux noms successifs. Le premier, Monachum Bissorte en 1317, se compose de deux éléments. Le premier évoque la forme de ladite montagne, du latin monachus, « moine » ; ce nom est fréquemment usité pour désigner des montagnes d’après leurs formes, plus que pour la présence d’un moine ermite ou une anecdote mettant en scène un moine. Le second élément est une référence à un terroir sis à son pied sur lequel poussent des plantes appelées bistorta, « renouée bistorte, serpentaire » (Bistorta officinalis)

Le second nom, attesté à partir du XVIIè siècle, Mont Abor, puis le mont qu’on appelle le Thabor en 1793, est plus difficile à interpréter. D’une part la présence d’autres oronymes de même forme (comme le Tabucet dans la Névache, le Crêt du Tabet en Savoie, le Taburlat dans la Drôme etc) permet de penser qu’il a existé une racine pré-indo-européenne *tab/*tap, « pierre ; hauteur » comme en témoignent également l’hébreu tob, « pierre », l’arabe Tub, « brique séchée au soleil », le berbère et lybien teba, « pierre, motte de terre ou encore le corse tepa, « rocher, colline ». D’autre part, la présence d’un –h– suggère une réminiscence biblique de la montagne d’Israël homonyme. Le fait que la montagne a porté pour premier nom Moyne et que son sommet est un véritable désert de roches et de cailloux plaide en faveur d’un choix du second par association d’idées.

Le Mont Vinaigre

Le Mont Vinaigre (618m) est le point culminant du massif de l’Estérel sur la commune de Fréjus (Var). Le nom de la montagne n’est pas attesté avant le XVIIIè siècle : Montagne de Vinaigre après 1780 chez Cassini puis Mont Vinaigre en 1833.

Mont Vinaigre1200x900

Vinaigre et Vinaigrier sont des noms de hauteurs en France, et particulièrement en Provence où on trouve par exemple un autre Mont Vinaigre sur la commune de Port-Cros (Var) et le Vinaigrier montagne des environs de Nice (Alpes-Maritimes). Selon Mistral en 1886 (TDF*), cette dernière tiendrait son nom « de sa ressemblance avec un vase à vinaigre » ; d’autres auteurs émettent l’hypothèse d’un surnom de (mauvais ) vigneron ; d’autres encore (TP*) avancent l’hypothèse de la racine oronymique prélatine *vin, « montagne » , peut-être accompagnée d’un dérivé du latin acer, « pointu, âpre, rude ». P.-H. Billy (DNLF*) juge l’hypothèse mistralienne recevable : Vinaigre serait alors une dénomination par métonymie (mais au vu de la photo, on peut douter).

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Rog personnage loupe

La devinette

Il vous faudra trouver un ensemble de collines, en France métropolitaine, connues sous le nom collectif de « Monts » qualifié par l’impression visuelle qu’elles procurent dans certaines conditions. Pour certains auteurs, cette impression est due à sa végétation ; pour d’autres, elle est due à son sol.

Le nom de la commune où se trouvent ces Monts est issu de celui d’un homme latin accompagné du suffixe –acum auquel a été adjoint il y a près d’un siècle un hagiotoponyme voisin.

■ un indice :

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■ et si ça ne suffit pas, un deuxième :

indice a 01 07 2023

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Le Mont Esprit et le Mont Lénigo au Croisic (Loire-Atlantique) : la répàladev.

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Le podium est resté vide : personne n’a trouvé les réponses à ma dernière devinette. Cela deviendrait-il une habitude ?

Il fallait trouver le Mont Esprit et le Mont Lénigo, deux monticules du Croisic, dans la Loire-Atlantique.

local croisic

Plus en détail, soulignés de rouge sur un plan du Croisic :

Mt Esprit Mt Lénigo

La toponymie

■ le Mont Esprit : culminant à 26 mètres de haut, il s’agit d’une butte artificielle constituée par les pierres et gravats servant de lest aux bateaux de commerce venus chercher le sel dès le XVè siècle et aménagée en jardin public en 1816.  Selon plusieurs sources locales (dont Henri Moret, Le Croisic, 2006), ce mont devrait son nom au « lest pris » pour le constituer … Plus sérieusement, un plan daté de 1768 mentionne la « Montagne d’Esprit où l’on dépose les délestages qu’apportent les navires estrangers ». On peut lire, à la page 2 de ce document, les explications suivantes [pour y avoir accès, il vous faut accepter de télécharger le fichier pdf. Je vous le recommande vivement, l’iconographie qui conclut le texte est remarquable]:

Ce monticule garni de quelques arbres était communément appelé montagne d’Esprit ou mont St Esprit comme le prouve [sic] les archives d’Yves Chelet. Même si rien ne précise encore aujourd’hui pourquoi ce site porte le nom d’Esprit, il est clair que les explications faciles des érudits du XIXe siècle, qui rattachent ce nom au « lest pris », ne furent basées sur aucun fondement historique, même si cela ne remet pas en cause les matériaux constitutifs du mont.

Mont Lestpris

On notera l’orthographe du Mont-Lestpris

■ le Mont Lénigo : cette petite butte artificielle est, elle aussi, constituée par le lest des bateaux de commerce auxquels se sont ajoutés des pierres et du sable. Son nom vient du breton lennig, diminutif de lenn, « étang ; marais », accompagné de l’adjectif gozh, « vieux ». La butte a été créée à l’emplacement d’un vieux petit étang asséché.

Le Croisic :  on trouve la forme Le Croezic en Bas en 1406 (Bas est ici à comprendre Batz, aujourd’hui Batz-sur-Mer). Le breton Ar Groazig, kroazic, signifie « petite croix ».

Les indices

indice-b-23-06-2023 ■ il s’agit d’une croix chrétienne. Si on doit utiliser une loupe pour l’observer, c’est qu’elle est petite  : il s’agit donc d’une petite croix … comme Le Croisic !

indice a 26 06 2023 ■ la légende de cette gravure le dit : il s’agit d’une « barque bretonne échouée chargeant du lest » : deux indices en un. Je renvoie ceux qui s’insurgent du surlignage en gras de « bretonne » ( Le Croisic n’est pas en Bretagne !) au paragraphe suivant.

Le Croisic a fait partie de la zone bretonnante jusqu’au XVIIIe siècle et des locuteurs bretons sont attestés à Batz-sur-Mer, localité limitrophe, jusque dans les années 1960. L’Atlas linguistique de la Basse-Bretagne de Pierre Le Roux mentionne qu’en 1911 une bretonnante de 72 ans est recensée au Croisic et que « seules les personnes de son âge parlent bien le breton ».

■ J’écrivais enfin : « J’ajouterais bien un grain de sel mais je n’ai pas celui qu’il faut à proximité ». Non loin de chez moi, on produit du sel de Camargue, bien loin du sel de Guérande !

Les indices du mardi 27 juin 2023

Personne n’a encore trouvé la réponse à ma dernière devinette.

Félicitations à personne, donc (ahah).

Rappel de l’énoncé :

Il vous faudra trouver les noms de deux petits reliefs situés, dans la même commune de France métropolitaine, à moins de deux kilomètres l’un de l’autre et tout deux portant pompeusement le nom de « Mont » accompagné d’un déterminant.

Le nom du premier ferait référence, selon certaines sources souvent reprises (y compris par la mairie), à l’origine des roches qui le constituent en majeure partie. Mal interprété, ce nom aurait pris aujourd’hui une connotation philosophique ou religieuse – qui serait pourtant bien en réalité celle d’origine, selon d’autres sources.

Le nom du second est celui, dans la langue locale, d’un ancien plan d’eau.

Un seul indice (reprenons les bonnes habitudes !)

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Et voici les traditionnels indices du mardi :

■ l’indice ci-dessus concerne la commune qui abrite les deux Mont à trouver.

■ la gravure ci-dessous concerne l’ensemble de la devinette et plus particulièrement le premier des deux Mont :

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■ la langue locale dont il est question à propos du nom du deuxième Mont n’y est plus parlée depuis le début du XXè siècle – mais elle est encore parlée dans la région voisine.

J’ajouterais bien un grain de sel mais je n’ai pas celui qu’il faut à proximité.

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

De quelques monts (II)

Je poursuivis mon exploration des noms de Monts commencée ici.

Le Mont Gerbier de Jonc :

le nom de cette montagne ardéchoise (1551 m) connue de tous les écoliers est attesté Gerbers en 1179, dans lequel on reconnait l’ancien occitan garbier, « meule, tas de gerbes » qui, par analogie, signifie aussi « montagne conique ». En 1320 apparait le déterminant de Junquo (Gerberium de Junquo dans un manuscrit connu par une copie du XVIIIè siècle) qui connaîtra des fortunes diverses : de Jong en 1618 devenu de Jonc en 1777 chez Cassini, mais aussi une latinisation en Jugum en 1618 d’où le Joug en 1644, Jou en 1651 et Gerbier de Joux (dans le Grand dictionnaire historique de Louis Moréri) en 1674. Pour un grand nombre de toponymistes, ce jugum aurait le sens de « crête, faîte » et s’expliquerait par le fait que le Gerbier se trouve sur une ligne de faîte entre les bassins de la Loire et du Rhône. Pour P.-H. Billy (DNLF*) ce déterminant ne désigne pas la crête sur laquelle est assise la montagne, mais plutôt l’ensemble formé par un col (Col de Joux) et les deux sommets qui l’entourent à 7 km à l’Est, à vol d’oiseau : cet ensemble présente la forme d’un joug, en dialecte dzou (du latin jugum, « joug »). Les formes anciennes et l’actuelle sont des réinterprétations par attraction paronymique du dialectal dzoun, « jonc ». On a cru devoir interpréter le nom Gerbier comme issu d’une racine pré-celtique ger-, variante de gar-, attachée à l’idée de « pierre, roche », mais cela ne semble pas ici nécessaire, comme on l’a vu. On trouve par ailleurs Le Gerbier à Jausiers (Alpes-de-H.-P.), l’Arête du Gerbier à Villard-de-Lans (Isère), le Pech Gerbier à Limogne-en-Quercy et à Promilhanes (Lot), etc. qui, pour certains d’entre eux, au vu de leur topographie, pourraient bien être d’anciens ger- ayant subi l’attraction de gerbier. Enfin, quelques Gerbier(s) ou Gerbière(s) situés en plaine doivent sans doute leur nom aux gerbes de céréales. (les lecteurs attentifs auront reconnu dans ce paragraphe un copié-collé extrait de ce billet).

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Le Mont Lozère :

mont du massif du même nom, il culmine à 1699 m sur la commune du Mas-d’Orcières (Loz.). Pline l’Ancien, en 77, parle d’un pays, Lesura à propos des fromages mangés à Rome (Laus caseo Romae … e provinciis Nemausensi praecipua, Lesurae Gabalicoque pagis). Chez Sidoine Apollinaire, au milieu du Vè siècle, il s’agit clairement d’une montagne plus élevée que le Caucase des Scythes (Hinc te Laesora, Caucason Scytharum vincens). Ce sont les toponymistes italiens de la première heure, pendant l’Entre-Deux-Guerres, qui ont proposé une racine pré-indo-européenne *lesa au sens de « précipice, profonde ravine » que leurs confrères français ont interprété ultérieurement en « escarpement ». Aucune racine indo-européenne ne permettant d’interpréter ce Lesora, il convient donc d’adopter l’origine pré-indo-européenne, accompagnée du suffixe –ura, bien indo-européen, lui (DNL*, DNLF*). Une métathèse produite durant la Moyen Âge a fait passer Laesora à Losera. Cette analyse est confirmée par la présence d’un hameau La Lésure à Sénéchas (Gard), coteau escarpé d’un dénivelé de 200 mètres. La graphie Lozère ne semble pas apparaître avant 1779 chez Cassini.

Le Mont Mézenc :

point culminant (1753 m) du massif du même nom, sur la commune de La Rochette (Ardèche). Son nom est issu de celui d’un château appelé de castro Mezengo au Xè siècle. Ce n’est qu’au début du XIIIè siècle qu’est mentionné le montis veteris de Mesenc, l’actuel Mont Mézenc, en 1205. Le château, aujourd’hui disparu, est réputé avoir été implanté près du sommet. Le nom Mesenc est vraisemblablement une formation gauloise sur *medhu, « milieu » avec le suffixe –inco : le Mont Mézenc, qui domine le cirque des Boutières, se situe entre deux hauts sommets, le Mont d’Alambre à l’Ouest et le Chaulet, au Sud. Cassini écrit Mont de Mézen en 1777, la graphie actuelle n’apparaissant que quelques années plus tard. La consonne finale n’est pas prononcée en occitan. Enfin, l’étymologie donnée par E. Nègre (TGF*), le nom de personne germanique Magincus, est à oublier.

Mont d’Alambre : Alambretum au XIè siècle puis Mons Alambra en 1203, nom dans lequel on reconnait, faute de mieux, la racine pré-indo-européenne *al, rattachée à *cal, « pierre » et désignant plus particulièrement un « relief rocheux »

♦ le Chaulet : on trouve déjà ce nom en 1739. Il s’agissait tout d’abord du nom d’une ferme (commune des Estables, H.-Loire) passé au bois et au mont. Il pourrait s’agir d’un endroit où se cultivait le chou (occitan caul, du latin caulis) ou, plus vraisemblablement d’un nom de famille : le patronyme Caulet et sa variante Chaulet, « petit chou », sont bien attestés.

Le Mont Ventoux :

point culminant (1910 m) dans la plaine de la Provence, sur la commune de Beaumont-du-Ventoux (Vauc.).

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Jules Laurens (1825-1901)- Mont Ventoux

Le nom de la montagne est attesté en 1644 : Mont-Ventoux (Les rivières de France, ou Description géographique et historique du cours et débordement des fleuves, rivières, fontaines, lacs et et estangs qui arrousent les provinces du royaume, par L. Coulon, Paris, 1664). Auparavant, il n’est connu qu’indirectement par des inscriptions latines trouvées au sud de la montagne, à Apt et Goult, et au nord à Mirabel-les-Baronies. Ces trois inscriptions sont dédiées au dieu Venturi (nominatif Vintur) divinité topique de la montagne qui fait l’objet d’un culte. Rostaing (ETP*) voit dans ce nom le thème oronymique pré-indo-européen *vin-t avec suffixe pré-latin –uru. P.-H. Billy (DNLF*), en rappelant que l’attestation du nom de Vence (A.-Mar.) est précédée là aussi par celle du dieu topique Vintius,  propose quant à lui la racine indo-européenne *suento, « vif, robuste, sain » avec le suffixe indo-européen –uro, en précisant que l’amuïssement du s– gaulois est bien attesté dans le lexique et la toponymie dès l’Antiquité.

L’attraction paronymique de l’adjectif provençal ventous, « venteux », facilitée par le fait que la montagne est ouverte à tous les vents, a entrainé les graphies M(ont) Venteux en 1652 (Cartes générales de toutes les parties du monde …, par N. Sanson d’Abbeville, Paris) et Montventous en 1778-79 (Cassini). La prononciation locale n’est pourtant pas ambigüe : on dit ventou, parfois ventour, mais jamais ventous.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

PS : j’en ai d’autres ! Un troisième billet sera donc nécessaire …

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Les devinettes

Il vous faudra trouver les noms de deux petits reliefs situés, dans la même commune de France métropolitaine, à moins de deux kilomètres l’un de l’autre et tout deux portant pompeusement le nom de « Mont » accompagné d’un déterminant.

Le nom du premier ferait référence, selon certaines sources souvent reprises (y compris par la mairie), à l’origine des roches qui le constituent en majeure partie. Mal interprété, ce nom aurait pris aujourd’hui une connotation philosophique ou religieuse – qui serait pourtant bien en réalité celle d’origine, selon d’autres sources.

Le nom du second est celui, dans la langue locale, d’un ancien plan d’eau.

Un seul indice (reprenons les bonnes habitudes !)

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Réponse attendue chez leveto@sfr.fr