De quelques monts (II)

Je poursuivis mon exploration des noms de Monts commencée ici.

Le Mont Gerbier de Jonc :

le nom de cette montagne ardéchoise (1551 m) connue de tous les écoliers est attesté Gerbers en 1179, dans lequel on reconnait l’ancien occitan garbier, « meule, tas de gerbes » qui, par analogie, signifie aussi « montagne conique ». En 1320 apparait le déterminant de Junquo (Gerberium de Junquo dans un manuscrit connu par une copie du XVIIIè siècle) qui connaîtra des fortunes diverses : de Jong en 1618 devenu de Jonc en 1777 chez Cassini, mais aussi une latinisation en Jugum en 1618 d’où le Joug en 1644, Jou en 1651 et Gerbier de Joux (dans le Grand dictionnaire historique de Louis Moréri) en 1674. Pour un grand nombre de toponymistes, ce jugum aurait le sens de « crête, faîte » et s’expliquerait par le fait que le Gerbier se trouve sur une ligne de faîte entre les bassins de la Loire et du Rhône. Pour P.-H. Billy (DNLF*) ce déterminant ne désigne pas la crête sur laquelle est assise la montagne, mais plutôt l’ensemble formé par un col (Col de Joux) et les deux sommets qui l’entourent à 7 km à l’Est, à vol d’oiseau : cet ensemble présente la forme d’un joug, en dialecte dzou (du latin jugum, « joug »). Les formes anciennes et l’actuelle sont des réinterprétations par attraction paronymique du dialectal dzoun, « jonc ». On a cru devoir interpréter le nom Gerbier comme issu d’une racine pré-celtique ger-, variante de gar-, attachée à l’idée de « pierre, roche », mais cela ne semble pas ici nécessaire, comme on l’a vu. On trouve par ailleurs Le Gerbier à Jausiers (Alpes-de-H.-P.), l’Arête du Gerbier à Villard-de-Lans (Isère), le Pech Gerbier à Limogne-en-Quercy et à Promilhanes (Lot), etc. qui, pour certains d’entre eux, au vu de leur topographie, pourraient bien être d’anciens ger- ayant subi l’attraction de gerbier. Enfin, quelques Gerbier(s) ou Gerbière(s) situés en plaine doivent sans doute leur nom aux gerbes de céréales. (les lecteurs attentifs auront reconnu dans ce paragraphe un copié-collé extrait de ce billet).

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Le Mont Lozère :

mont du massif du même nom, il culmine à 1699 m sur la commune du Mas-d’Orcières (Loz.). Pline l’Ancien, en 77, parle d’un pays, Lesura à propos des fromages mangés à Rome (Laus caseo Romae … e provinciis Nemausensi praecipua, Lesurae Gabalicoque pagis). Chez Sidoine Apollinaire, au milieu du Vè siècle, il s’agit clairement d’une montagne plus élevée que le Caucase des Scythes (Hinc te Laesora, Caucason Scytharum vincens). Ce sont les toponymistes italiens de la première heure, pendant l’Entre-Deux-Guerres, qui ont proposé une racine pré-indo-européenne *lesa au sens de « précipice, profonde ravine » que leurs confrères français ont interprété ultérieurement en « escarpement ». Aucune racine indo-européenne ne permettant d’interpréter ce Lesora, il convient donc d’adopter l’origine pré-indo-européenne, accompagnée du suffixe –ura, bien indo-européen, lui (DNL*, DNLF*). Une métathèse produite durant la Moyen Âge a fait passer Laesora à Losera. Cette analyse est confirmée par la présence d’un hameau La Lésure à Sénéchas (Gard), coteau escarpé d’un dénivelé de 200 mètres. La graphie Lozère ne semble pas apparaître avant 1779 chez Cassini.

Le Mont Mézenc :

point culminant (1753 m) du massif du même nom, sur la commune de La Rochette (Ardèche). Son nom est issu de celui d’un château appelé de castro Mezengo au Xè siècle. Ce n’est qu’au début du XIIIè siècle qu’est mentionné le montis veteris de Mesenc, l’actuel Mont Mézenc, en 1205. Le château, aujourd’hui disparu, est réputé avoir été implanté près du sommet. Le nom Mesenc est vraisemblablement une formation gauloise sur *medhu, « milieu » avec le suffixe –inco : le Mont Mézenc, qui domine le cirque des Boutières, se situe entre deux hauts sommets, le Mont d’Alambre à l’Ouest et le Chaulet, au Sud. Cassini écrit Mont de Mézen en 1777, la graphie actuelle n’apparaissant que quelques années plus tard. La consonne finale n’est pas prononcée en occitan. Enfin, l’étymologie donnée par E. Nègre (TGF*), le nom de personne germanique Magincus, est à oublier.

Mont d’Alambre : Alambretum au XIè siècle puis Mons Alambra en 1203, nom dans lequel on reconnait, faute de mieux, la racine pré-indo-européenne *al, rattachée à *cal, « pierre » et désignant plus particulièrement un « relief rocheux »

♦ le Chaulet : on trouve déjà ce nom en 1739. Il s’agissait tout d’abord du nom d’une ferme (commune des Estables, H.-Loire) passé au bois et au mont. Il pourrait s’agir d’un endroit où se cultivait le chou (occitan caul, du latin caulis) ou, plus vraisemblablement d’un nom de famille : le patronyme Caulet et sa variante Chaulet, « petit chou », sont bien attestés.

Le Mont Ventoux :

point culminant (1910 m) dans la plaine de la Provence, sur la commune de Beaumont-du-Ventoux (Vauc.).

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Jules Laurens (1825-1901)- Mont Ventoux

Le nom de la montagne est attesté en 1644 : Mont-Ventoux (Les rivières de France, ou Description géographique et historique du cours et débordement des fleuves, rivières, fontaines, lacs et et estangs qui arrousent les provinces du royaume, par L. Coulon, Paris, 1664). Auparavant, il n’est connu qu’indirectement par des inscriptions latines trouvées au sud de la montagne, à Apt et Goult, et au nord à Mirabel-les-Baronies. Ces trois inscriptions sont dédiées au dieu Venturi (nominatif Vintur) divinité topique de la montagne qui fait l’objet d’un culte. Rostaing (ETP*) voit dans ce nom le thème oronymique pré-indo-européen *vin-t avec suffixe pré-latin –uru. P.-H. Billy (DNLF*), en rappelant que l’attestation du nom de Vence (A.-Mar.) est précédée là aussi par celle du dieu topique Vintius,  propose quant à lui la racine indo-européenne *suento, « vif, robuste, sain » avec le suffixe indo-européen –uro, en précisant que l’amuïssement du s– gaulois est bien attesté dans le lexique et la toponymie dès l’Antiquité.

L’attraction paronymique de l’adjectif provençal ventous, « venteux », facilitée par le fait que la montagne est ouverte à tous les vents, a entrainé les graphies M(ont) Venteux en 1652 (Cartes générales de toutes les parties du monde …, par N. Sanson d’Abbeville, Paris) et Montventous en 1778-79 (Cassini). La prononciation locale n’est pourtant pas ambigüe : on dit ventou, parfois ventour, mais jamais ventous.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

PS : j’en ai d’autres ! Un troisième billet sera donc nécessaire …

point-d-interrogation-sur-le-clavier-nb10411

Les devinettes

Il vous faudra trouver les noms de deux petits reliefs situés, dans la même commune de France métropolitaine, à moins de deux kilomètres l’un de l’autre et tout deux portant pompeusement le nom de « Mont » accompagné d’un déterminant.

Le nom du premier ferait référence, selon certaines sources souvent reprises (y compris par la mairie), à l’origine des roches qui le constituent en majeure partie. Mal interprété, ce nom aurait pris aujourd’hui une connotation philosophique ou religieuse – qui serait pourtant bien en réalité celle d’origine, selon d’autres sources.

Le nom du second est celui, dans la langue locale, d’un ancien plan d’eau.

Un seul indice (reprenons les bonnes habitudes !)

indice-b-23-06-2023

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Le Soum de la Siarrousse à Beaucens (H.-Pyr.) : la répàladev

Ma dernière devinette n’a pas trouvé preneur …  Il fallait trouver le Soum de la Siarrousse, un petit sommet (2018 m) sur le territoire de la commune de Beaucens, plus précisément sur celui de la station de sports d’hiver Hautacam, dans le canton de la Vallée des Gaves (chef-lieu Argelès-Gazost) du pays de Lavedan, dans les Hautes-Pyrénées.

C’est là, en bas à gauche :

local Beaucens-

Plus précisément ici, en bas à droite :

SIARROUSSE

cdl a

Toponymie

Soum de la Siarrousse : on reconnait dans la première partie de ce nom le gascon soum, « sommet », du latin summum. Le second élément est  la francisation de siarroussa, nom formé sur le gascon sièr, cièr, « cendre », accompagné du suffixe –ousso, –a, français –eux, –euse, donnant l’adjectif « *cendreuse ». Le Soum de la Siarrousse serait alors « le sommet de la (montagne) cendreuse ».

Soum-de-la-Siarrousse_jpg

(photo extraite de ce site)

Beaucens : le nom de cette commune est formé sur le gascon bau (cf. occitan balç, bauç), « rocher abrupt, escarpement » suivi du suffixe occitan enc au pluriel donnant bauç-enc-s avec le sens de « (lieux) escarpés ». L’occitan balç est issu de la racine pré-celtique *bal, bas-latin balteus, « escarpement ».

Hautacam : ce nom est à comprendre comme alta calm, « haut plateau rocheux, sommet plat d’une montagne ». Calm est un terme pré-celtique et celtique issu du pré-indo-européen *kal, « pierre, rocher ; hauteur ». L’énoncé de la devinette précisait « on y glisse autant qu’on y mouline », allusion aux sports de glisse qu’on y pratique en hiver et aux cyclistes, notamment ceux du Tour de France, qui y grimpent à grands coups de pédaliers.

Vallée des Gaves : le nom de ce canton fait référence aux cours d’eau qui le traversent, appelés gaves. Ce terme est attesté à la fin du VIIIè siècle dans l’œuvre de Théodulf qui nomme Gabarrus le Gave de Pau. Il s’agit du préroman *gabarru, « cours d’eau », d’où est issu l’ancien béarnais gaver, « torrent » (attesté au XIVè siècle), aujourd’hui gascon gabe. Après sa confluence avec le Gave d’Oloron, le Gave de Pau prend le nom de Gaves réunis jusqu’à sa confluence avec l’Adour. Aujourd’hui, tous les affluents de ces deux Gaves portent le nom générique de Gave : il ne l’est manifestement devenu que vers la fin du Moyen Âge. Ce qui veut dire qu’auparavant chaque torrent portait un nom spécifique, aujourd’hui oublié, sûrement tu par la chancellerie locale des princes de Béarn qui a imposé un seul nom aux trop nombreux affluents du Gave (de Pau). Tous ces Gaves sont alors munis d’un déterminant locatif – jamais employé par les habitants.

Argelès-Gazost : le chef-lieu du canton précédent est attesté seulement au XIIIè siècle Argelees. Plutôt qu’un dérivé du latin argilla suffixé en aria pour désigner un lieu d’où on tire l’argile, il convient sans doute de faire appel à un autre étymon méditerranéen, *arg, « épine, piquant », avec double suffixe –il-aria, qu’on retrouve par exemple dans le nom languedocien  argillier (arjalàs, argelièr) du « petit genêt épineux », bien attesté au XVIè siècle. Le nom de lieu serait donc formé sur cet appellatif mais au pluriel (DNLF*). C’est en 1896 que la commune prend officiellement le nom d’Argelès-Gazost, ajoutant à son nom celui de sa voisine Gazost dont elle exploitait les eaux thermales depuis 1885. Le nom de cette dernière, attesté Per de Gazost dès 1284, n’a pas d’étymologie assurée : on pense généralement à un anthroponyme, non identifié, muni d’un suffixe pré-latin –ost. E. Nègre (TGF*) émet l’hypothèse d’un pré-celtique *gas, *gad, de sens incertain, muni d’un suffixe aquitain –ost, distinct de –oss.

Lavedan : le nom de ce pays a fait l’objet d’une devinette sur ce blog en août 2020. J’écrivais alors : « Le nom de ce pays semble issu, avec agglutination de l’article initial, de l’occitan avedan, « sapinière », de avet, « sapin », lui-même issu du latin abies, abietis, de même sens ».

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

cdl a

Les indices

indice a 03 06 2023 ■ le condor auquel s’accroche Tintin devait faire penser au Donjon des Aigles, installé depuis 1973 au château de Beaucens, qui accueille une importante collection de rapaces, parmi lesquels un condor des Andes.

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 Donjon des Aigles

indice-08-06-2023 ■ Cendrillon était là pour l’étymologie de la Siarousse.

indice-b-26-08-20 ■ « il fallait reconnaître un sapin gracieux, abies amabillis, écrivais-je déjà en août 2020 à propos du Lavedan

De quelques monts (I)

Absence

Après avoir passé en revue quelques puys et quelques cols pyrénéens, le courage m’a pris de m’attaquer à quelques monts connus de tous, mais dont l’origine du nom ne l’est pas forcément.

Je m’attache ici exclusivement aux oronymes formés avec le terme « mont » accompagné d’un déterminant (je parlerai par exemple du Mont Blanc mais pas des Grandes Jorasses) : ils sont suffisamment nombreux pour occuper au moins deux billets. Les montagnes feront sans doute l’objet d’un autre billet.

Hésitant à les aborder par la face nord ou sud, j’ai préféré choisir la face alphabétique que je maîtrise bien mieux que l’alpinisme.

Le Mont Aigoual

À la limite du Gard et de la Lozère, il culmine à L’Hort-Dieu (commune de Bassurels) à 1565 m. Les attestations les plus anciennes connues du nom sont stratam Aigoaldi en 1228 et  marcha Algoaldi en 1238, qui évolueront en mons Aigoaldi en 1249 puis Mont-Aigoual en 1644. On déduit de la forme de 1238 que la montagne a appartenu à un territoire (marcha) dont l’administration avait été confiée à un dignitaire porteur du nom germanique Agoaldus. Marcha, issu du germanique marka, « frontière, limite » a désigné dès le VIè un « territoire délimité » puis  au VIIIè siècle  une « zone frontière », confiée à un marquis. L’attraction paronymique avec l’ancien occitan aiga, « eau », a été à l’origine de nombreuses fausses étymologies.

CPA Aigoual

Le Mont Beuvray

Entre Saône-et-Loire et Nièvre, il est le point culminant de la partie méridionale du Morvan, à 821 m. L’étymologie de ce nom est encore aujourd’hui controversée. Il faut d’abord se rappeler que, situé à un endroit stratégique – à la jonction des bassins de la Saône et de la Loire avec celui de la Seine – cet oppidum était déjà  occupé avant l’arrivée des Celtes ; ce sont malgré tout eux, à l’époque que nous appelons gauloise, qui lui donneront l’importance que remarquera César. Il en donnera, au milieu du Ier siècle av. J.-C., la première attestation du nom sous la forme Bibracte. On a longtemps donné comme étymologie de ce nom le gaulois beber, « castor », accompagné d’un suffixe collectif -acti. Mais, dès 1906, Joseph Vendryes (1875-1960, linguiste et celtiste), préférait y voir un équivalent du grec Φρακτόϛ , « fortifié », précédé d’une syllabe de redoublement. Il est pourtant difficile d’imaginer une double fortification autour de la  forteresse que les Éduens avaient bâtie là. Les fouilles archéologiques ont d’ailleurs montré que si deux remparts avaient bien été édifiés, le deuxième ne l’avait été qu’après la réduction du territoire de la ville. Alors ? Eh bien!, revenons à César qui, outre le Bibracte des Aedui, cite aussi le Bibrax des Remi. Nous avons là  deux noms quasi identiques, composés de deux éléments. Le premier pourrait être issu de l’indo-européen *bheid, « fendre » qui, allongé d’un suffixe -no est à l’origine du celtique bino-, « forteresse », comme à Virobinum devenu Vervins dans l’Aisne (pour le rapport entre fendre et forteresse – on fend la route aux ennemis – la même idée se retrouve entre castrumcastro, āvi, ātum, ārum, « châtrer » – et château-fort). Le deuxième élément est bien le Φρακτόϛ  au sens précis de « clos par une barrière, protégé » identifié par Vendryes. Le Mont Beuvray devrait donc son nom à une forteresse protégée par un rempart. (DENLF*).

Le Mont Blanc

Une charte de 1099 mentionne une rupe que vocatur Alba qui sera appelée en 1319 rupe que vocatur Says Blanc : le « rocher blanc ». Rien ne permet de savoir si ce nom désignait le Mont Blanc ou simplement une petite hauteur appelée aujourd’hui encore Roche Blanche. Dans sa chanson de geste, Huon d’Auvergne appelle le plus haut sommet des Alpes lo gran Montebliant, le « grand mont blanc ». À partir du XVIè siècle le mont sera aussi appelé Montmalet, « mont mauvais », tandis que les monts qui l’entourent seront dits Mont Maudits. Ce n’est qu’au XIXè siècle que l’appellation Mont Blanc désignera définitivement le point culminant.

Mont Blanc gravure

Le Mont-Cenis

Il s’agit d’un massif des Alpes du Nord faisant frontière entre la France et l’Italie. Son nom, attesté in Cinisio en 739, lui viendrait de sa couleur gris cendré, du latin cinis, « cendre ». Une légende locale fait appel à un gigantesque incendie de forêt qui aurait recouvert de cendres le massif (un article du quotidien italien La Stampa du 18 avril 2001, signé Gianni Bisio, relate la découverte d’un sentier de cendres lors de travaux ; on peut penser que l’incendie fut volontaire, pour défrichement). A. Dauzat, G. Deslandes et Ch. Rostaing (Dictionnaire étymologique des noms de montagnes et de rivières, éd. Klincksieck, 1978) ont proposé un radical oronymique pré-celtique *ken/kin, comme pour le sommet de la Chine près de Barles (A.-de-H.-P.) et le col de la Cine près de Javie (id.) et J. Astor (DNFLMF*) se rallie à cette hypothèse.

Le Mont Clapier

Il s’agit d’un sommet (3045 m) du massif du Mercantour, sur la commune du Belvédère (A.-M.), point de jonction entre les provinces ecclésiastiques d’Embrun, Turin et Milan. Le nom le plus ancien connu, du milieu du XVIIIè siècle, concerne non pas le sommet lui-même mais le petit massif dont il fait partie : les Clapières, en 1758. L’occitan clapiera signifie « tas de pierres ». Le Mont Clapier est une formation plus tardive, sur le masculin clapier, « lieu encombré de pierres ». Ces deux substantifs sont des formations médiévales sur le préroman *klappa, « pierre plate ».

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

La suite dans un prochain billet

 

Rog-loupe-rouge

La devinette

Il vous faudra trouver le nom d’un sommet quasi synonyme d’un des cinq étudiés dans le billet. Ce nom, si on oublie l’article initial, est constitué de quatre mots : un nom, une préposition, un article et un autre nom.

Ce sommet se situe dans une commune dont le nom rappelle ses pentes escarpées et plus précisément dans le périmètre d’un lieu, où l’on glisse autant qu’on y mouline, dont le nom le situe sur le « sommet plat d’une montagne ».

Le canton porte un nom faisant référence aux cours d’eau qui y coulent, tandis que son chef-lieu a été cité naguère dans ce blog en tant que capitale d’un pays qui faisait l’objet d’une devinette.

Un indice (pour la commune) :

indice a 03 06 2023

 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr – mais vous avez tout votre temps : il n’y aura sans doute pas d’autres indices et la réponse n’interviendra qu’à mon retour !

 

 

Nieregoutte à Saint-Yrieix-le-Déjalat (Corrèze) : la répàladev

TRS le premier, Alyx la seconde et LGF le troisième m’ont donné la bonne réponse à ma dernière devinette. Bravo à tous les trois !

Il fallait trouver Nieregoutte ou Nieregouthe, un lieu-dit de Saint-Yrieix-le-Déjalat, dans le canton d’Égletons de l’arrondissement d’Ussel en Corrèze.

local -Saint-Yrieix-le-Déjalat

cdl e

La toponymie

Nieregoutte : le nom de ce lieu-dit, aussi écrit Nieregouthe sur les cartes IGN, signifie « noire goutte », pour désigner un ruisselet de couleur sombre (de nièro, forme locale pour nègro, « noir » et aussi nom de la puce).

Nieregouthe IGN

Saint-Yrieix-le-Déjalat tout en haut et Nieregouthe tout en bas

Saint-Yrieix-le-Déjalat compte aussi un hameau dit Goutte de l’Est, un autre Goutte de l’Ouest et un dernier nommé Les Gouttes.  À ce niveau-là, ce ne sont plus des gouttes, mais une véritable douche !

Saint-Yrieix-le-Déjalat : attesté sanctus Aredius lo Degalat en 1315, et Sant-Eirièis lou Desjala dans le Trésor du Félibrige, d’après saint Aredius, qui fut chancelier du roi Thibert Ier, roi d’Austrasie, puis disciple de saint Nicet et évêque de Trèves (à partir de 527) et qui fonda le monastère d’Attane autour duquel s’étendit Saint-Yrieix-la-Perche en Haute-Vienne.

Le déterminant le-Déjalat signifie littéralement « le dégelé » mais est donné pour « frileux » dans le Limousin par le Trésor du Félibrige.

Le nom Aredius, devenu Erieis en occitan après la chute du d intervocalique, a été francisé en Yrieix en Limousin (et en Héray en Poitou).

Ce même saint est présent sous la même forme dans les noms de  :

  • Saint-Yrieix-la-Perche (H.-V.), canonicus Sancti Aredii vers 1120 ; le déterminant la-perche n’a pas d’explication bien assurée : le latin pertica désignait « une perche, un long bâton  », particulièrement un pieu fiché en terre pour marquer la limite du finage, mais, par métonymie du sens de « rejeton », il a aussi désigné un bois de jeunes arbres.
  • Saint-Yrieix-sous Aixe (H.-V.), sanctus Aredius Soutayna vers 1315 : le déterminant rappelle la situation du village en aval d’Aixe-sur-Vienne ;
  • Saint-Yrieix- les- Bois (Creuse), sanctus Aredius  vers 1315 ;
  • Saint-Yrieix- la-Montagne (Creuse), Sanctus Aredius vers 1315 ;
  • Saint-Yrieix- sur-Charente (Char), Sanctus Ardeius vers 1300.

CPA St Yrieix le Déjalat

Égletons : attesté de Glutonibus en 1075, de Glotos en 1251, Augloutous en 1410 et Esgletons en 1599-1604, le nom est Aus Gleton en occitan. Ce nom vient du nom de personne germanique Gliuto, au pluriel pour désigner la famille, avec agglutination tardive de la préposition es, « chez les » (TNO*)

Ussel : attesté Oxxello sur une monnaie mérovingienne puis Ussel en 1157, ce nom vient du gaulois *uxello, « élevé » (cf. ce billet). L’adjectif gaulois était usité comme substantif avant la romanisation du pays.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

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Les indices

indice d 28 05 2023  ■ ce tableau de Gustave Courbet est intitulé Le Ruisseau noir, comme la « goutte noire ».

■ le chef-lieu d’arrondissement Ussel, dont le nom d’origine gauloise signifie « élevé ; hauteur », est bien «  le sommet » de la gauloiserie.

indice c 28 05 2023  ■ cette photo de deux anciens présidents de la république française, tous deux élus de la Corrèze, permettait de réduire les recherches à ce département.

indice b 28 05 2023  ■ il fallait reconnaître, dans cette enluminure du Moyen Âge, le troubadour Bernard de Ventadour de la famille des comtes de Ventadour, dont la  seigneurie eut Égletons comme capitale en 1059.

Les indices du mardi 30 mai 2023

Ma dernière devinette n’a pas eu beaucoup de succès …

Comme d’habitude, j’en recopie l’énoncé , sachant que le mot du jour était « goutte » :

Il vous faudra trouver un nom de lieu de France métropolitaine lié au mot du jour accompagné d’un qualificatif. L’orthographe en est différente selon qu’on consulte les fichiers « officiels » ou les cartes IGN.

La commune qui abrite ce lieu-dit porte le nom du fondateur d’un monastère dans une commune d’un département voisin qui porte elle aussi ce même nom. Au total, six communes portent exactement ce même nom complété par différents déterminants. Celui de notre commune est météorologique.

Le nom du chef-lieu de canton est lié, selon l’hypothèse la plus consensuelle, à celui d’une famille d’origine germanique, avec préposition locative agglutinée.

Un indice :

indice d 28 05 2023

Et je rajoute les traditionnels indices du mardi :

■ le chef-lieu d’arrondissement atteint le sommet de la gauloiserie.

■ une photo :

indice c 28 05 2023

■ et ce cadeau :

indice b 28 05 2023

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Une ‘tite goutte ?

Le latin gutta, « goutte », est à l’origine de l’occitan gota, « goutte, petite quantité d’eau » et de l’ancien français gote de même sens. Dans le domaine qui nous intéresse ici, la toponymie, les  gouttes sont des sources, des ruisselets, et parfois des mares ou des terrains humides. Plus spécialement, dans la toponymie méridionale, une goutte ou gota est un ruisseau de faible débit, le plus souvent intermittent, une petite rigole, tandis que dans le Centre et l’Est, ce mot peut désigner une petite source mais aussi un cours d’eau plus important, voire sa vallée.

Ce mot et ses dérivés sont extrêmement nombreux en France : il apparaît plus de 2300 fois dans nos toponymes et micro-toponymes, dont près de 500 écrits goute avec un seul t, auxquels on peut rajouter une quarantaine de noms composés comme clairegoutte ainsi qu’une petite cinquantaine d’occitans gouta ou goutal.

La carte suivante essaie de montrer la répartition des toponymes en goutte selon les régions d’avant la réforme de 2015 (choix assumé puisqu’il permet plus de finesse … et que le choix départemental aurait été trop fastidieux) avec le plus clair (ex. la Bretagne) pour moins de 10 occurrences, puis un peu plus foncé (ex. l’Aquitaine et l’Alsace) pour 10 à 50 occurrences, encore plus foncé (ex. la Bourgogne et le Midi-Pyrénées) pour 100 à 200  occurrences, puis (ex. le Limousin) pour 200 à 300 et enfin le plus foncé (ex. Auvergne) pour plus de 300 occurrences :

GOUTTEcarte-france-region-muettecette carte ne prend en compte que les noms en goutte, omettant les variantes citées plus haut dont les occurrences trop rares n’auraient pas modifié l’ensemble de manière significative.

Tout ceci étant posé et j’espère bien clair, il ne nous reste plus qu’à étudier ces 2400 toponymes. J’ai fait une estimation : à raison de cent par semaine et en soustrayant les congés syndicaux, ça devrait nous amener jusqu’à Noël. J’espère que vous serez encore là.

Goutte

Les hydronymes incluant ce terme sont au moins trois cents, le plus souvent avec un déterminant comme la Goutte d’Ulysse (à Lepuix, T.-de-B.), la Goutte de l’Âne (à Saint-Victor-Montvianeix, P.-de-D.), la Goutte de la Font de Madame (à Camarade, Ariège) et l’inévitable Goutte du Curé (à Miellin, Haute-Saône) etc. Ajoutons des Goutte Noire (à Noirétable, Loire, etc.), le Goutteblave (à Blis-et-Born, Dord., « bleu ») etc. Quelquefois le mot goutte sert de déterminant comme pour l’Étang de la Goutte (Xertigny, Vosges, etc.), la Fontaine de la Goutte (à Flée, C.-d’Or etc), le Ruisseau de la Goutte (à  Grazac, H.-G. etc.) et d’autres.

En ce qui concerne les noms de lieux habités sous une forme simple, citons par exemple La Goutte (hameau à Alzon, Gard), La Goutte (lieu-dit à La Peyratte, Deux-Sèvres), La Goutte (lieu-dit à Hadol, Vosges) et de très nombreux autres. Mais la plupart du temps, le nom est accompagné d’une épithète que ce soit un adjectif qualificatif comme pour  Goutte Claire (à Sauvain, Loire etc.), Bonne Goutte (à Commont, Vosges), Goutte Longue (à Pailhès, Ariège), Goutte Morte (à Bézenet, Allier etc.), Goutte Noire (à Ouroux, Rhône etc.), Peute Goutte (Le Tholy, Vosges – « sale, puante ») etc. ou un nom de propriétaire comme pour la Goutte Martin (à Bully, Rhône), la Goutte Baville (à Corcieux, Vosges), la Goutte Bernard (aux Grands-Chézeaux, Haute-Vienne), la Goutte Claudel (à Rupt-sur-Moselle, Vosges), la Goutte-Jean (Saint-Sébastien Creuse, la Goutte-Jouan en 1547) etc. ou encore un nom commun comme pour la Goutte d’Enfer (à La Chabanne, Allier), la Goutte d’Oie (à Saint-Pierre-de-Noaille, Loire), la Goutte au Chat (à Sidailles, Cher) etc.

CPA Village de la Goutte à Bertignat

Les noms de lieux non habités sont le plus souvent là aussi sous la forme simple La Goutte (à  Island, Yonne etc.), accompagnés d’un qualificatif comme Goutte Nègre (à Tarnac, Corrèze, etc.), Goutte Anne (au Nouvion-en-Thiérache, Aisne) ou encore du type Bois de la Goutte (Bors, Char. etc), Terre de la Goutte (à Cussy-en-Morvan, S.-et-L.) etc.

Le pluriel apparait lui aussi dans des noms comme Gouttes (à Seilhac, Corrèze, lo mas de las gotas au XIIIè siècle), le Pont des Gouttes (à Baugy, S.-et-L.), les Gouttes Closes (à Chenay-le-Châtel, S.-et-L.), les Gouttes Chaudes (à Saint-Aignant-de-Versillat, Creuse), les Grandes Gouttes (à Gerbépal, Vosges etc.) et bien d’autres.

Mention spéciale pour la trentaine de Goutte d’Or. Trois cours d’eau seulement portent ce nom (Renève, C.-d’Or ; Serquigny, Eure ; Verneuil, Marne) sans doute en référence à leur couleur. Les lieux-dits habités ainsi nommés peuvent l’être en souvenir d’une enseigne de cabaret où on vendait un vin blanc : c’est le cas du célèbre quartier parisien de la Goutte d’Or (XVIIIè arrondissement) où des vignes étaient déjà mentionnées en 1474. Les lieux-dits non habités peuvent devoir leur nom à la présence de vignes.(on en compte dix rien que dans la Marne, soit la moitié).

Goute

L’orthographe avec un seul t vient de la transcription en français de l’occitan gota, d’où la présence exclusive de ces toponymes dans le Midi de la France.

Les hydronymes sont là aussi très présents avec des Goute Longue et Goute Male (à Boussenac, Ariège etc.)  et de nombreux Ruisseau de la Goutte (à Boulx, H.-G. etc.) ou Fontaine de la Goute (à Massat, Ariège etc.).

Les lieux-dits, habités ou non, sont représentés par des noms comme Goute (à Molère, H.-P. etc.), Goute Sèque (à Capvern, H.-P., « sèche »), Goute-Peyrouse (à Saint-Antonin de Lacalm, Tarn, « pierreuse ») et bien d’autres.

Une trentaine prennent la forme plurielle  Les Goutes (à Tillac, Gers etc.) parmi lesquelles on notera la forme hybride Las Goutes (à Antin, H.-P. et à Vabre, Tarn).

Gota et Goutal

L’occitan gota a été conservé dans peu de noms dont Gota (à Saint-Symphorien-de-Mahun, Ardèche) et Goutalong à Boisset (Cantal) mais la forme goutal, qui désigne plus précisément un pré arrosé par une source, voire un coin verdoyant dans un bois, une clairière humide, apparait dans des noms comme le Ruisseau de Goutal (à Lagineste, Lot etc.), la Source du Goutal à Beaumont (Ardèche) etc. et des lieux-dits comme Goutal (à Alairac, Aude, etc.), les Goutals (à Saint-Urcize, Cantal) ou encore les Goutalles (à la Roche-Vineuse, S.-et.L.), etc. La forme goutalh donnée par le Trésor du Félibrige  se retrouve dans des noms comme le Goutail (à la Beaume, H.-A., etc.), le Goutaillon (à Écoche, Loire etc.), le Goutaillet (à Laborel, Drôme) et quelques autres.

Noms suffixés et composés

Un premier diminutif est représenté par le nom de La Goutelle, commune du Puy-de-Dôme, et par des noms de lieux-dits identiques, au singulier Goutelle (à Espiens, L.-et-G. etc) ou au pluriel Goutelles (à Teyssieu, Lot etc.).

Un autre diminutif (formé sur le latin –iculum) se retrouve dans le nom de Gouteil (à Artigat, Ariège etc), des Gouteilles (à Sainte-Urcize, Cantal etc.), du Goutheil (à La Jonchère-Saint-Maurice, H.-V.) et même sous une forme doublement diminutive dans les noms de la Gouteillotte (à Fresse, H.-S.) et des Gouteillons (à Crozon-sur-Vauvre, Indre).

D’autres diminutifs apparaissent dans des noms comme la Goutine, nom entre autres d’un petit affluent du ruisseau de Couffoulens à La Tourette-Cabardès (Aude, in reco de Gotinis en 1298) et de plusieurs-dits ou La Goutille, nom entre autres d’un ruisseau à Campan (H.-P.) et de plusieurs lieux-dits.

CPA La Goutelle Bière La fauvette

Ah ! La bière La Fauvette ! Brassée à  Clermont Ferrand depuis … longtemps !

Une forme collective se retrouve dans le nom de deux communes Gouttières (Eure, Gutteria en 1210 et P.-de-D., Goteria en 1250-63) et dans celui de nombreux lieux-dits au singulier comme au pluriel.

Enfin, « goutte » entre en composition dans des noms comme Clairegoutte (une commune en Haute-Saône, Clara Gutta au XIVè siècle, et sept lieux-dits), Noiregoutte (une dizaine de lieux-dits), Mortegoutte (une dizaine de lieux-dits) auxquels il convient d’ajouter le nom de Gouttevernisse (H.-G., Gutta vernissa en 1246, du gaulois verno, « aulne » : « la goutte de l’aulnaie »).

Au risque d’en décevoir certains, je signale qu’il n’y a pas plus de goutte à Percha que de goutte en Tag. Il fallait que ce soit dit.

Eh bien, voilà. Z’êtes encore la ? Ça tombe bien, c’est l’heure de la devinette. Oui, c’est ça, Corinne Titegoutte.

rog

La devinette

Il vous faudra trouver un nom de lieu de France métropolitaine lié au mot du jour accompagné d’un qualificatif. L’orthographe en est différente selon qu’on consulte les fichiers « officiels » ou les cartes IGN.

La commune qui abrite ce lieu-dit porte le nom du fondateur d’un monastère dans une commune d’un département voisin qui porte elle aussi ce même nom. Au total, six communes portent exactement ce même nom complété par différents déterminants. Celui de notre commune est météorologique.

Le nom du chef-lieu de canton est lié, selon l’hypothèse la plus consensuelle, à celui d’une famille d’origine germanique, avec préposition locative agglutinée.

Un indice :

indice d 28 05 2023

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Cluaye à Vérignon et Ampus (Var) : la répàladev.

podium-vide-2  Vide. Le podium est resté vide : personne n’a trouvé la solution à ma dernière devinette.

Il fallait trouver le lieu-dit Cluaye à Vérignon et le Plan de Cluaye et la Gorge de Cluayes à Ampus, dans le canton de Flayosc du département du Var.

local-Flayosc-1000px

Plus précisément, les lieux-dits sont ici :

IGN CLUAYE Capture

La ligne · ·—  marque la limite communale : à gauche Vérignon, à droite Ampus.

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La toponymie

Cluaye : ce nom est un dérivé provençal de cluo, « cluse ». Cf. le site de Ferdinand Petrucci duquel je récupère cet extrait :

CLUAYE Capture

La logique voudrait que ce nom ait d’abord été donné à la gorge de Cluaye(s) puis qu’il soit passé au plan de Cluaye et enfin au lieu-dit Cluaye.

À ma connaissance, il s’agit des trois seuls exemples de ce nom en toponymie.

Vérignon : attesté Verignum en 1098, castrum Verignoni en 1232 du nom d’homme latin Verinius et suffixe –onem. Ce dernier pourrait avoir été formé sur le nom des Verucini, tribu gauloise mentionnée par Pline dans son Histoire naturelle, qui semble lui-même dériver du gaulois veru, « généreux ».

Ampus : attesté Impuris en 990-997, du latin emporium (du grec ἐμπόριον), « place de commerce » généralement maritime ou fluviale.

Flayosc : attesté Flaiosco au XIè siècle, du nom d’homme latin Flavius et suffixe ligure oscum (cf. ici).

CPA Flayosc Reinesse

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Les indices

indice a 24 05 1953 ■ cette photo représente les restes de l’emporium, port fluvial de Rome et devait montrer le chemin vers Ampus.

■ le culte de la grenouille ou la légende de la Reinesse : « à Flayosc même, près de la porte dite de la « Reinesse », la chapelle du « Père Eternel » dont subsistent quelques vestiges dans une cave, fut construite sur l’emplacement d’un ancien temple christianisé avant le Ve siècle. D’après la légende le nom de « reinesse » viendrait de « rainette », petite grenouille qui était l’objet d’un culte païen.» (ici). Plus vraisemblablement, le nom viendrait de celui de la reine Jeanne Ire qui aurait fait creuser le canal d’irrigation de la ville en 1365.

Les indices du mercredi 24 mai 2023

L’énoncé minimaliste de ma dernière devinette et l’absence d’indice ont eu l’effet qu’on pouvait en attendre : personne n’a résolu l’énigme.

En voici de nouveau l’énoncé :

Il vous faudra trouver un toponyme lié au mot du jour [cluse, clue] que l’on trouve à trois reprises dans deux communes voisines du même canton : une fois comme nom d’un lieu-dit dans la première et deux fois comme déterminant d’un nom de relief dans la seconde.
Le nom de la première commune est issu de celui d’un homme latin avec un suffixe latin.
Le nom de la seconde vient d’un mot latin issu du grec.
Le nom du chef-lieu de canton est issu de celui d’un autre homme latin mais avec un suffixe non latin.

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Et voici donc le traditionnels indices-du-mardi-mais-comme-ils-n’ont-pas-été-publiés-hier-sont- maintenant-les-indices-du-mercredi :

■ la devinette concerne la France métropolitaine ;

■ l’homme latin qui a laissé son nom à la première commune portait (peut-être) un nom issu d’un gentilé gaulois (et ce serait alors le seul exemple) ;

■ pour la deuxième commune :

indice a 24 05 1953

■ le suffixe du nom du chef-lieu de canton n’est ni latin, ni celtique … ni grec.

■ selon la légende, avant la christianisation, les habitants du site où s’éleva le chef-lieu du canton auraient voué un culte à une grenouille, d’où le nom donné à une de ses portes.

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Cluses et clues

lettrine M ot principalement alpin et jurassien, une « cluse » désigne une vallée creusée par une rivière en travers d’un axe anticlinal, une gorge, un passage profond resserré entre deux montagnes qui fait communiquer deux vallées.

Ce mot est issu du latin médiéval clusa, « col, gorge, défilé », lui-même participe passé féminin du verbe latin cludere, variante de claudere, « clore », à comparer au gaulois *cleus, « vallée creuse ».  Au Moyen Âge, il pouvait s’agir pour certaines de ces cluses d’une vallée pouvant être facilement fermée ou protégée par un fort.

L’entrée dans les vallées des Alpes du nord se fait par des cluses qui permettent de traverser les massifs préalpins : les cluses de Voreppe, de Chambéry, d’Annecy, de l’Arve.

Dans les Hautes-Alpes, La Cluse (attestée Cluzita en 1150, « la petite cluse » et castrum de la Clusa en 1245) est une ancienne commune dans les gorges de la Béoux qui tranchent la montagne, aujourd’hui simple localité de la nouvelle commune de Dévoluy.

Cluses (Cura de Cluse et Castellionis vers 1344, Clusa au XIIIè siècle) est une commune de Haute-Savoie dans la vallée de l’Arve dont on retrouve le nom comme déterminant de Châtillon-sur-Cluses et de Nancy-sur-Cluses, dans le même département. La forme arpitane de ce nom, avec la finale atone –az, a donné La Clusaz (Cura Cluse loci Dei vers 1344, Clusa Locus Dei en 1354 et La Cluse-Lieu-Dieu jusqu´en 1772) dans le même département ainsi que la Clusaz à Bellevaux (H.-Savoie) et à Saint-Alban-Leysse (Savoie).

Ce même mot entre en composition dans le nom de La Cluse-et-Mijoux (Doubs ; Mijoux est issu du latin medium, « milieu », et jugum, « hauteur, montagne »), de Montréal-la-Cluse (Ain ; il s’agit de la cluse de Nantua) et de Saint-Martin-de-la-Cluze (Isère ; Clusa au XIè siècle).

CPA Fort de l'Écluse Le Fort l’Écluse, construit au-dessus du Rhône pour protéger la cluse, dite défilé de l’Écluse, entre pays de Gex et Jura, est un ancien « fort de la cluse » comme l’attestent les formes anciennes du nom : castrum de Clusa en 1277, Clusa de Gaio (de Gex) en 1286, La Cluse de Gaz en 1292, Domus fortis de Clusa de Gaio en 1305 et Fort-de-la-Cluse au XVIIIè siècle,

Les micro-toponymes sont plus nombreux avec une quinzaine de lieux-dits Cluse(s) comme la Cluse de Bange  à Arith (H.-Sav.),  la Cluse d’Entreportes à Lent (Jura), la Cluse de Préau à Mérignat (Ain) etc.

Les formes diminutives sont représentées par le Cluset (à Aix-les-Bains, Savoie ; à Saint-Julien-la-Brousse, Ardèche ; à Baverans, Jura et quelques autres) ou la Clusette (à Labergement-Sainte-Marie, Doubs).

Avec le sens plus restreint de vallis clusa, « vallée close » on trouve bien entendu les noms de Vaucluse et de son diminutif Vauclusotte (Doubs), de Fontaine-de-Vaucluse (Vauc.) et du département du Vaucluse ainsi que de Verclause (Drôme, Vallis Clausa en 1262). Toujours avec le sens de « fermé », on peut signaler la fontaine de Font-Cluse à Meynes (Gard) et le lieu-dit Foncluse à Claveisolles (Rhône), des « sources closes ».

Dans les Alpes, ces vallées étroites ont pu fournir des alpages encaissés, des « alpes closes », d’où les noms des Chalets d’Arclosan à Saint-Ferréol (H.-Sav.) et des Prés d’Arclusaz (Ad Alpem Clusam au XIè siècle, Alpis de alta clusa en 1251), composés avec ar dérivé de alp, « alpe ».

Dans les Alpes du sud, cluse est devenue clue, comme pour les Clues de Barles (d’abord au singulier dans hospitalis de Clusa en 1351) dans les Alpes-de-Haute-Provence correspondant aux gorges du Bès, la Clue d’Aiglun à Sallagriffon (A.-Mar.), la Clue d’Amen à Guillaumes (id.) et de nombreuses autres dont un étonnant Beau Clue à Prads-Haute-Bléone (A.-de-H.-P.) auxquels s’ajoutent une vingtaine de lieux-dits, dont une Grosse et une Petite Clue à Nans-les-Pins (Var). Un diminutif se voit à La Cluette à Roquestéron-Grasse (A.-Mar.).

Le provençal clua apparait dans sept La Clua des Alpes-Maritimes (à Châteauneuf-d’Entraunes, Lantosque, Daluis, Puget-Théniers, Roquebillière, Tourrettes-Levens et Nice).

Dans les Pyrénées-Orientales la commune nommée Les Cluses (Castrum Clausuras en 673 raccourci en Clusas au IXè siècle) a été à tort appelée l’Écluse jusqu’en 1984. On y trouve la Cluse Basse, la Cluse del Mig et la Cluse Haute. la présence de ce toponyme dans les Pyrénées viendrait du fait que le terme clausuras a pu désigner une douane pour encaisser des droits de passage et un poste de contrôle militaire

Cluseau

Rog-loupe-rouge

 

La devinette

Il vous faudra trouver un toponyme lié au mot du jour que l’on trouve à trois reprises dans deux communes voisines du même canton : une fois comme nom d’un lieu-dit dans la première et deux fois comme déterminant d’un nom de relief dans la seconde.
Le nom de la première commune est issu de celui d’un homme latin avec un suffixe latin.
Le nom de la seconde vient d’un mot latin issu du grec.
Le nom du chef-lieu de canton est issu de celui d’un autre homme latin mais avec un suffixe non latin.

Par manque de temps, je ne peux pas vous proposer plus d’indices ce soir.
Et il n’y en aura probablement pas avant mercredi.

Réponse attendu chez leveto@sfr.fr