Après avoir étudié naguère les voies de communications dans quatre billets différents ( un, deux, trois et quatre) qui complétaient les chaussées de Brunehaut et les rues, je parcours aujourd’hui les sentes et les sentiers.
(Ouf ! , disent ceux qui en avaient assez des USA. Qu’ils n’hésitent surtout pas à se dénoncer !).
Les dictionnaires (comme le Dictionnaire historique de la langue française, Le Robert, 1992) donnent pour « sente » une étymologie selon le latin classique semita, « petit chemin de traverse, sentier, trottoir, ruelle », d’où serait issu un latin populaire *semitarius donnant le latin médiéval semtero devenu senterium au XIIè siècle puis le français « sentier ». L’origine du latin semita est considérée comme obscure mais on peut toutefois faire un rapprochement avec le verbe sentire, « percevoir par les sens et/ou l’intelligence », lui-même proche de l’irlandais sét, « chemin », du gotique (ga)-sinha, « compagnon de route » (cf. l’ancien haut allemand sindon, « voyager ») et surtout avec le celtique sent(u), « chemin » : on explique la correspondance entre la « sente » et « sentir » par le fait que les animaux laissaient des traces éventuellement odorantes sur des pistes que suivaient nos ancêtres.

Et le conin, là, tu le sens pas ?
Le passage du latin classique semita au latin médiéval sentereium est remarquablement attesté dans les formes anciennes du nom du lieu-dit Le Sentier (à Monthodon, I.-et-L.) : Semita vers 1320 puis Sentereium alias Semita au XVè siècle.
Sente
Quand j’ai cherché « sente » dans la base de données de l’IGN (CD-rom de 2004 jamais réédité — et Dieu sait si tu savais combien je m’en désole ! ), je me suis écroulé rien qu’en voyant apparaître 25 fois 17 soit 425 résultats :

Je rigole, bien sûr : vous connaissez tous mon abnégation et mon souci de l’exhaustivité, je ne me suis bien entendu endormi qu’après les avoir tous consultés.
Comme commune, seule l’iséroise Satolas(-et-Bonce), attestée Sentolatis en 830, semble bien être une ancienne *sentu-lation, « sente des héros ».
Les noms de lieux-dits ou hameaux sont au moins 300 (les autres étant des odonymes) parmi lesquels les simples La ou Les Sente(s) sont majoritaires. D’autres sont accompagnés de déterminants comme la Sente d’Amour (Barc, Eure), la Sente à la Demoiselle (Bois-le-Roi, Eure), la Sente à la Poule (Chamblac, id.), la Sente à la Chatte (Voves, E.-et-L. – honni soit qui mal y pense), de nombreuses Sente aux Ânes (Bleury, E.-et-L., etc.), Sente aux Prêtres (Pierres, id.), Sente aux Moines (Saint-Piat, id.) etc. D’autres noms de sentes sont suivis de noms propres, comme celui du lieu où elles mènent, celui d’un ancien propriétaire, celui d’un saint, etc. ou de noms communs comme celui des usagers (Sente des Marins à Saint-Pierremont, Ardennes ; Sente des Huguenots à Haution, Aisne ; Sente des Meuniers à Jumelles, Eure ; Sente des Pauvres à Boulloire, Oise etc.), celui des végétaux qui la bordent ou qu’elles traversent, celui des édifices qu’elles servent (une dizaine de moulins par exemple) ou encore d’adjectifs (Haute, Basse ou encore huit Sente Verte par exemple). Les diminutifs sont peu nombreux : la Sentelle (à la Roussière, Eure), la Sentelette (à Vauxcéré, id.) et les Sentelles (à Cys-la-Commune, Aisne).
Notons le régionalisme pied-sente ou piedsente, qui désigne un « chemin pour piétons » en Normandie et en Flandres comme la Pied-Sente (à Ault et à Long, Somme ; à Illois, S.-Mar., p. ex. ), le Pied-Sente (à Attancourt et à Planrupt, H.-Marne, p.ex.), ou encore Piedsente du Bas de l’Enfer (à Bondues, Nord).
On aura noté que la très grande majorité de ces toponymes se trouvent dans la partie septentrionale de la France, le mot « sente » ayant été concurrencé et remplacé par « sentier » partout ailleurs.
Le hameau dit Sente-Nove, à Gravières (Ardèche), attesté le plo de Santenove en 1464 et Ste Nove au XVIIIè siècle, est plus sûrement un ancien sauta-Noves pour désigner un domaine, du latin saltus, « saut, défilé forestier, bois » et nom de personne Noves. La désignation serait ensuite tombée dans l’attraction de « sente neuve (nouvelle) » et de « sainte Nove ».
Sentier
Là aussi, les toponymes correspondants sont très nombreux : mon CD-rom m’en propose plus de 500 que je viens de finir de classer.

Commençons par les noms de communes (je vous rassure, il n’y en a que trois, vous pouvez rester) : Sendets, en Gironde et dans les Pyrénées-Atlantiques représentent le diminutif pluriel, « petits sentiers ». Le nom de Sindères, dans les Landes (aujourd’hui commune déléguée de Morcenx-la-Nouvelle) correspond au pluriel du gascon sendère, variante attestée de sendè, « sentier » et celui de Cendrieux en Dordogne (Sendreux au XIè siècle ; aujourd’hui commune déléguée de Val de Louyre et Caudeau) correspond au pluriel de l’occitan sendarèu, « petit sentier ».
Les lieux-dits habités ne sont qu’une vingtaine à porter un nom en le ou les Sentiers, sans grande originalité sauf un Sentier aux Carottes à Saint-Fuscien (Somme). Les lieux-dits non habités, au nombre de 250 environ, ne sont guère plus originaux sauf à relever le Sentier de la Solette à Quesnel (Somme ; en parler picard, une sole est une plaine cultivée, une partie de l’assolement, solette étant le diminutif), le Sentier de la Justice à Gommerville (qui devait mener aux bois de justice, au gibet, E.-et-L.), le Sentier aux Femmes à Saraz (Doubs), le Sentier des Malades à Engenville (Loiret), le Sentier de l’Ermite à Roches-Bettaincourt (H.-Marne) ou encore le Sentier du Pichu à Ville-aux-Montois ( « sentier du pissoir » en patois roman de la Moselle, M.-et-M.).
Le quartier parisien du Sentier doit son nom à la rue du même nom qui a remplacé dès le XVIIè siècle un sentier qui conduisait au rempart. Si quelques plans anciens la désignent sous le nom de rue du Chantier rien ne permet d’affirmer qu’il s’agisse de son nom originel même si certains ont fait le rapprochement avec un grand chantier de bois sur lequel la rue aurait été ouverte ; on trouve aussi l’orthographe rue du Centier sur d’autres plans.
Le gascon sendèr apparait dans des noms comme Sendets vus plus haut mais aussi dans les variantes Sendeix à Pujo (H.-Pyr.), Sendex à Montpouillan (L.-et-G.), Sendaix à Mézin (id.), etc.. Le féminin se retrouve dans le nom de La Sindère à Casteljaloux (id.).
Le saintongeais sendier se reconnait dans les noms de la Sendière (Nieul-lès-Saintes, Ch.-Mar.), des Sendiers (Déols, Indre), etc.
Les noms de personnes
Dans sa description de la péninsule ibérique, Ptolémée cite Σεντικη , transcrite Centice sur l’Itinéraire d’Antonin, une polis des Vaccéens au sud de Salamanque. Ce nom est à rapprocher du prototype de l’irlandais sétig, « compagne » c’est-à-dire « celle avec qui on fait le chemin » (*sentiki). Centice serait alors soit le « domaine sur le chemin » soit la « forteresse compagne ».
La même racine sent– a donné le nom de personne celte Sentinios que l’on retrouve dans des toponymes
♦ avec le suffixe –acum : Sentenac-d’Oust, Sentenac-de-Sérou et Suc-et-Sentenac, tous trois en Ariège ; Sainteny (Manche) ; Santeny (Val-de-Marne) ; Santenay (C.-d’Or) ; Santhonnax-la-Montagne (Ain).
♦ déformés en faux saint : Saint-Igny-de-Roche (Semtiniacus au XIè siècle, S.-et-L.) et Saint-Igny-de-Vers (Rhône).
♦ à l’étranger : Sinzenich, un quartier de Zülpich en Rhénanie du Nord -Westphalie (Allemagne) est également un ancien *Sentiniacum ; Sentino est un hameau italien de Camerino (région des Marches) attesté Sentinon chez les auteurs classiques, du nom de personne celte Sentinos.

La devinette
Il vous faudra trouver le nom d’un lieu-dit de France métropolitaine lié aux mots du jour.
Le nom de la commune où se trouve ce lieu-dit désignait à l’origine un petit ensemble de végétaux.
Le nom du chef-lieu de canton et celui du chef-lieu d’arrondissement où se trouve ce lieu-dit sont issus de noms d’hommes latins accompagnés du suffixe gallo-romain –acum.
■ indice n° 1

■ indice n° 2

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr



■ cette illustration de De l’autre côté du miroir, la suite d’Alice au pays des merveilles de Lewis Caroll, montrait la fillette face au miroir, en anglais mirror.
■ cette illustration montrait un miroir de poche orné d’un drapeau du Canada.
Personne ne m’a encore donné la bonne solution (mais je n’en suis pas plus fier que ça, n’est-ce pas) à ma dernière 








■ la province Anhui produit, entre autres, du papier de riz (xuanzhi) et des bâtons d’encre de Chine qui font partie des
■ cette aquarelle de Gustave
■ tout le monde aura reconnu (j’espère) Tchang (









Devinez qui occupe la première marche du podium des « solutionneurs» de ma dernière 



■ il fallait reconnaitre un scarabée Goliath (Goliathus goliatus), un des plus gros coléoptères connus.
■ complétant l’indice précédent, le titre 




