Les indices du mardi 20 janvier 2026

Un Intrus a très vite trouvé la réponse à ma dernière devinette. Félicitations !

(Au moment où j’allais publier, TRS me fait savoir qu’il a trouvé le bon canton mais qu’il n’est pas allé plus loin. Je lui accorde volontiers l’accessit demandé).

Rappel de l’énoncé :

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est dérivé de celui de la déesse Belisama.

Le nom de la commune qui l’abrite indique qu’il s’agissait d’un domaine seigneurial.

Le bureau centralisateur du canton porte un nom issu de celui d’un Gaulois ou d’un Gallo-Romain.

Le canton lui-même porte le nom de son bureau centralisateur accompagné de celui d’un massif montagneux. Ledit massif a pris le nom d’un lieu-dit, nom qui indique qu’on y touchait de l’argent.

■  Un indice pour le bureau centralisateur du canton

■ Un indice pour la région

Les indices du mardi

■ pour le chef-lieu d’arrondissement, ce double indice :

■ Un lieu-dit du bureau centralisateur du canton a été mentionné dans un billet de ce blog consacré aux buissons épineux, à des haies épineuses et aux jardins qu’elles enclosent ainsi que dans un autre consacré à des ruisselets.

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Pour ceux qui auraient trouvé trop rapidement la réponse à la devinette ci-dessus, j’en propose une autre – dont la solution est bien sûr un toponyme lié au nom de Belisama.

La commune qui l’abrite est née de la fusion de deux anciennes communes. Elle porte aujourd’hui le nom de l’une d’entre elles accompagné du nom de la seconde auquel elle servait de déterminant.

La première porte le nom, sans doute d’origine germanique, du bâtisseur du château. La seconde porte le nom d’édifices qui servaient entre autres, à l’origine, au commerce.

Le nom du bureau centralisateur du canton est issu de celui d’un homme gaulois.

Le nom du chef-lieu d’arrondissement est un hagiotoponyme.

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Belisama

Comme promis à la fin du billet concernant le dieu celtique Bélénos, je m’intéresse aujourd’hui à sa parèdre, Belisama ou Belesama, elle aussi guérisseuse mais avant tout déesse du feu et donc du foyer, de la forge et des armes. Également associée à l’art, elle fut très tôt assimilée à la déesse romaine Minerve.

Étymologiquement, son nom est formé, comme celui de Bélénos, du celtique belo « fort, puissant », accompagné ici du suffixe superlatif –isama (Xavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise : Une approche linguistique du vieux celtique continental, Paris, Errance, 

Balesmes (aujourd’hui annexée par Descartes, I.-et-L., Baleema en 1047 et Belesma en 1207), Balesmes-sur-Marne (aujourd’hui fusionnée dans Saints-Geosmes, H.-M., Balema en 1245) et Les Bellesmes (lieu-dit de Chalifert, S.-et-M., Belisma en 1159) ;

Bélime (lieu-dit de Courpière, P.-de-D., Belisme en 1353 ; lieu-dit de Maringues, id.) ;

Blesmes (Aisne, Belesmia en 1131 ;  Marne, Belesma en 1094) ;

Blismes (Nièvre, Belisma en 1287) ;

Bellême (Orne, de Belismo en 1092) et Saint-Martin-du-Vieux-Bellême (Orne, S. Martino de Veteri Belismo en 1247) – ces deux noms étant formés sur un adjectif masculin *Belisamus, sous-entendu vicus, « village » ; en tant que déterminant dans le nom d’Appenai-sous-Bellême (Orne).

On rajoutera Le Blima, affluent gauche du Dadou à Réalmont (Tarn), de *Belisam-anum (rivum), « le (ruisseau) de Belisama » que l’on rapprochera de Belisama (Βελισαμα chez Ptolémée), ancien nom de la Ribble, une rivière du Lancashire en Angleterre. On sait que les Celtes vénéraient particulièrement les cours d’eau.

La Très Puissante Bellême, pleine d’Energic 

D’autres noms sont plus controversés :

Beleymas (Dord., Belesmas en occitan) était Belemas en 1268, Belesmas au XIIIè siècle et de Belleymis en 1655. Dauzat & Rostaing (DENLF*), suivis par J. Astor (DNFLM*), P. Gastal (NLEF*) et d’autres voient bien dans ce nom un dérivé de Belisama. E. Nègre (TGF*), prétextant que la prononciation locale avec l’accent sur –as exclurait cette hypothèse, imagine qu’il s’agit d’un sobriquet Bèlas mans, « belles mains ». X. Delamarre (NLCEA*) ne le mentionne pas.

Berzème (Ardc) était Berseme en 1275, villae de St Petro de Berzemie en 1399 et Berzemo en 1460. E. Nègre (TGF*) et B. et J.-J. Fénié (TNO*) voient bien dans ce nom celui de Belisama, tandis que Dauzat & Rostaing (DENLF*), sans mentionner de forme ancienne, le jugent obscur et que X. Delamarre (NLCEA*) ne le mentionne pas.

Billième (Sav.) était Billiema en 1285, où E. Nègre (TGF*) voit le nom Belisama dans lequel le i aurait été traité comme un e bref latin donnant *Beliesme. A. Gros (DNLS*) penche pour un patronyme du type Billiema, variante féminine de Guilliemus, Vuilliemus, de même origine que Guillaume, hypothèse que réfutent Dauzat & Rostaing (DENLF*) arguant que le B– initial la rend impossible. Ils se contentent de voir dans le nom de Billiema un premier élément obscur suivi du suffixe ligure –ema. X. Delamarre (NLCEA*) ne le mentionne pas.

Velesmes (H.-Saône) qui était Vileyme en 1153, Vileisma en 1154, Vilisma en 1168 et Vilesma en 1192 est donné par E. Nège (TGF*), en même temps que le nom de Velesmes-Essarts (Doubs), comme issu de la variante Belesama du nom de la déesse. Dauzat & Rostaing (DENLF*) voyaient dans ce nom le gaulois vello, « bon » suivi du superlatif –isama, soit « la Très Bonne », hypothèse reprise par X Delamarre (NLCEA*) qui ajoute toutefois qu’il pourrait s’agir des domaines d’un Gaulois nommé *Vellisamos.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

La devinette

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est dérivé de celui de la déesse Belisama.

Le nom de la commune qui l’abrite indique qu’il s’agissait d’un domaine seigneurial.

Le bureau centralisateur du canton porte un nom issu de celui d’un Gaulois ou d’un Gallo-Romain.

Le canton lui-même porte le nom de son bureau centralisateur accompagné de celui d’un massif montagneux. Ledit massif a pris le nom d’un lieu-dit, nom qui indique qu’on y touchait de l’argent.

■ Un indice pour le bureau centralisateur du canton :

■ Un indice pour la région :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Le Belin ou Belinois (Sarthe) : la répàladev

Jacques C. et LGF ont rejoint TRS et Un Intrus pour compléter le podium des « solutionneurs » de ma dernière devinette. Bravo à tous les quatre !

Il fallait trouver le Belin ou Belinois, sans doute le plus petit pays naturel de France par sa superficie, au sud-est du Mans, dans la Sarthe. Il est administrativement inclus aujourd’hui dans la communauté de communes d’Orée de Bercé – Belinois, en rouge foncé sur la carte ci-dessous :

La toponymie

Belin ou Belinois : La rubrique « toponymie » de la page wiki, dont je suis l’auteur, explique :

Ce petit pays doit son nom à son chef-lieu primitif qui était Belin, de la commune de Saint-Ouen-en-Belin. La première mention écrite connue de ce nom date de 643 sous la forme Belini, issue de l’ancien nom de son chef-lieu *Belinum. Le nom du pays est attesté Belin depuis 1284, qui servira de déterminant –en-Belin au nom de plusieurs paroisses qui le composaient. Le lieu-dit originel tient son nom d’une motte castrale, qui accueillait un château aujourd’hui ruiné, semble-t-il du XIIè siècle. Habité depuis longtemps, le site est probablement d’origine gauloise, comme l’attestent des monnaies qui y ont été trouvées. Son nom est formé sur le gaulois Belinus, variante attestée du nom du dieu gaulois Belenos, le dieu du soleil. Accentué à la latine sur la deuxième syllabe, le nom Belinus est devenu régulièrement Belin (contrairement à d’autres noms accentués à la gauloise sur la première syllabe pour lesquels Belinus a donné des noms comme Beaune). Dès la fin du XIXè siècle, le pays est connu sous deux noms, Belin et Belinois, ce dernier formé avec le suffixe français –ois.

Historiquement, le Belin était formé de sept paroisses dont cinq portent aujourd’hui ce nom comme déterminant :

  • Saint-Ouen-en-Belin : ecclesia Sancti Audoeni in Belino avant 1047, du nom d’Audowin, évêque de Rouen au VIIè siècle.
  • Laigné-en-Belin : de Latiniaco au IXè siècle, du nom d’homme latin Latinius et suffixe –acum. Fusionnée le 01 janvier 2025 avec la suivante pour former la commune nouvelle de Laigné-Saint-Gervais.
  • Saint-Gervais-en-Belin : ecclesia S. Gervasii de Belino en 1070-76, du nom de Gervasius, martyr sous Dioclétien avec son frère jumeau Protais. Fusionnée le 01 janvier 2025 avec la précédente  pour former la commune nouvelle de Laigné-Saint-Gervais.
  • Moncé-en-Belin : villam Monciaco en 616, du nom d’homme latin Moncius ou Montius et suffixe –acum.
  • Saint-Biez-en-Belin : de Sanctus Beato au XIIè siècle, du nom de Beatus, anachorète du Vè siècle.

auxquelles s’ajoutent aujourd’hui :

  • Écommoy : Iscomodiaco en 643 et de Scomoiaco en 832. Le suffixe –aco accompagne probablement un nom d’homme gaulois ou gallo-romain difficile à définir, *Scomodius ou *Excommodius.
  • Brette-les-Pins : Brethum à la fin du XIè siècle et Breeste en 1314, d’abord du nom d’homme latin Brittus seul, puis suffixé au féminin *Britta (terra ou villa) ; le –s– de Breeste serait une cacographie. Le déterminant a été ajouté en 1933, en référence aux pinèdes qui font la fierté de la ville.
  • Mulsanne : Murcenae au XIè siècle, apud Murcenas en 1093, Murcenna en 1330 et Mulsenna en 1373, peut-être de l’ethnique Mursianus (originaire de Mursa, aujourd’hui Ojisek en Croatie), devenu nom de personne latin, et suffixe féminin –a.
  • Saint-Mars-d’Outillé : « Attesté ecclesia Sancti Medardi de Hostillé en 1186, l’hagionyme se réfère sans surprise à saint Médard, évêque de Noyon aux V-VIè siècles. Le déterminant est quant à lui attesté Austikiaco (sic) en 802 et Austiliaco au IXè siècle, peut-être dérivé de hos(pi)talis, « lieu d’accueil pour pèlerins ou voyageurs, hôtel » (le suffixe –acum ayant pu accompagner des noms autres que des noms de personne et le nom *Austilius n’étant nulle part attesté) ». C’est ce que j’écrivais naguère dans cet article. J’ajoute aujourd’hui que le Dictionnaire topographique de la Sarthe (Eugène Vallée et Robert Latouche, 1950-52) mentionne le village et moulin d’Outillé qui étaient Hostiliaco, vico publico  en 802 (au lieu d’Austikiaco) passé à De Austiliaco à la fin du IXè siècle : si la première forme est exacte, on pourrait être en présence du nom de famille romain Hostilius.

Il convient de bien faire la distinction entre les toponymes du type Belin issus de Belenos (comme ici dans la Sarthe ou comme Belin-Beliet en Gironde vu dans le billet) et les patronymes ou toponymes homonymes mais d’apparition plus tardive qui peuvent être reliés à l’ancien français belin, « bélier ». Ce dernier nom n’est apparu qu’à partir de 1151 (Belinus, nom du mouton dans l’Ysengrimus) et ne peut donc pas expliquer les toponymes sus-cités dont les premières mentions sont bien antérieures.

Les Hunaudières : ce lieu-dit de la commune de Mulsanne (Sarthe) est connu du monde entier pour avoir donné son nom à une ligne droite du circuit automobile où se déroulent les 24 heures du Mans. Ce nom est formé, avec le suffixe –ière d’appartenance, sur le patronyme Hunaud : il s’agissait à l’origine des terres d’un nommé Hunaud qui fit bâtir un château au XVIIIè siècle. Ce patronyme est issu du germanique Hunwald, de hun, issu du vieux norrois hunn, « ours », et wald, du vieux haut allemand waldan, « gouverner ».

Les indices

 ■ Michel Vaillant prenant le départ des 24 heures du Mans devait orienter les recherches autour de cette ville.

 ■ des rillettes du Mans …

 ■ Wilbur Wright a effectué un de ses premiers vols en avion (devant plus de cent témoins) le 8 août 1908 aux Hunaudières.

■  » j’ai ajouté une rubrique « toponymie » à la page wiki consacrée audit pays. Ça devrait permettre aux chercheurs de filer tout droit [des Hunaudières] vers la solution en évitant de tourner trop longtemps [24 heures] en rond. »

NB : on aura noté, j’espère, l’habileté avec laquelle j’ai évité de croquer parler des biscuits.

Les indices du mardi 13 janvier 2026

TRS et Un Intrus ont déjà résolu ma dernière devinette. Bravo à tous les deux !

Rappel de l’énoncé :

Il vous faudra trouver le nom d’un pays naturel de France métropolitaine issu du nom du dieu gaulois étudié dans le billet [Bélénos / Bélinos] et qui sert de déterminant au nom de plusieurs communes.

Un des lieux-dits de ce pays, connu du monde entier, était la propriété d’un châtelain dont le nom signifie « maître de l’ours (ou des ours) ».

D’autres indices toponymiques (des hagiotoponymes, des noms considérés comme « obscurs » etc.) ne vous seraient guère utiles.

Les indices du mardi

■ et d’un :

■ et de deux :

■ afin de rendre les choses plus sûres, j’ai ajouté une rubrique « toponymie » à la page wiki consacrée audit pays. Ça devrait permettre aux chercheurs de filer tout droit vers la solution en évitant de tourner trop longtemps en rond.

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Par Bélénos !

Il y a près de quinze ans, j’écrivais un billet consacré au panthéon gaulois dans lequel je passais en revue les divinités gauloises éponymes de localités françaises. Je m’attache aujourd’hui plus particulièrement à l’une d’entre elles, Bélénos ou Belinos (variante attestée, cf. P.-H. Billy, Thesaurus Linguae Gallicae, Hildesheim, 1993).

Dieu bienveillant aux pouvoirs curatifs, Bélénos a été très tôt assimilé à l’Apollon gréco-romain. Il était honoré le 1er mai, réputé marquer l’arrivée de l’été (cf. l’irlandais bealtaine). Étymologiquement, son nom serait formé sur la racine celtique belo, « fort, puissant », (Xavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise : Une approche linguistique du vieux celtique continental, Paris, Errance, 

Plusieurs noms de communes françaises sont issus de celui de ce dieu gaulois suffixé de différentes manières. Je ne mentionnerai que les noms de ces communes et ceux de quelques lieux-dits. 

► Belina ou belinon

La forme adjectivale féminine belina ou masculine belinon est à l’origine :

♦ d’une trentaine de noms du type Baulne (avec première syllabe tonique *bélin-) : Baulne-en-Brie (Aisne, Belnam en 1184), Baulne (Ess.), Baulne (hameau de Cuffy, Cher, Belna en 1158), etc. ;

♦ de plus de cent noms du type Beaune (même accentuation que ci-dessus) : Beaune [C.-d’Or, Beleno Cas(tro) sur une monnaie mérovingienne et Belna en 861] et son diminutif Beaunotte (C.-d’Or, Berna en 1150 et Beaunotte en 1220),  Beaune-d’Allier (Allier, Benna en 1327, Belna en 1357), Beaune-sur-Arzon (H.-L., Beune en 1275), Beaune-les-Mines (un quartier de Limoges, H.-V. , Mas de Belna et de Beuna vers 1080), Beaune-la-Rolande (Loiret,  Belna en 862 – la Rolande est une rivière) ainsi que Beaune (à Saint-Michel-de-Maurienne, Sav. , de Belna en 1112), Beaune le Froid (à Murol, P.-de-D.) et Beaunes (à Gehée, Indre, Benna en 1327), etc. ;

♦ du type Blennes (avec accentuation *belín-) : Blennes (S.-M., Blenna au XIè siècle) ;

♦ du type Belin (même accentuation que le précédent ) : Belin-Beliet (Gir., Belinum au XIè siècle). 

Pour bien dormir, Beaune et Nuits, bien sûr !

► Belinacon

Avec le suffixe de localisation celtique –acon, ont été formés les noms de Beaunay (Marne, Biaunai en 1222), Beaunay (S.-M., Belniacus en 849 et Belnaco en 1060) et Beaunay (à Contremoulins, S.-M., Belnai en 1025 et Belniaco en 1025-40).

► Belinate

Avec le suffixe celtique –ate, on rencontre l’ancien nom Belenas au VIè siècle de Saint-Bonnet (P.-de-D.) et le nom de Bonnay (S.-et-L., Belnadum en 1059 dont le suffixe a été attiré par –acum qui devient –ay). Mais le nom de Bonnay (Doubs), anciennement Boniacum en 967, est issu du nom d’homme latin Bonus.

► Belinava

La forme dérivée avec le suffixe –ava (celui de Genova p.ex.) est à l’origine des noms de Bellenaves (Allier, Bellamnavam en 1111, Bellenave au XIIIè siècle) et de Belleneuve (C.-d’Or, Bellenavo en 831, Belenave en 1227 et Bella nova en 1273 après attraction du français neuve).

► Belinios

Le nom du dieu est à l’origine du nom de personne gaulois Belinios d’où sont issus

♦ avec le suffixe –aco : Belligné (L.-A., Beligniacum en 1123), Bligny (C.-d’Or, Belignacum en 1160), Bligny-sur-Ouche (C.-d’Or, Beliniacus en 877), Belignat (Ain, Billignacus en 1299) ;

♦ avec le suffixe –anum : Blaignan (Gir.).

► Les faux-amis

Certains auteurs (P. Gastal in NLEF*, G. Taverdet in NLBo* etc.) voient dans les noms de Bellenod-sur-Seine et de Bellenot-sous-Pouilly, toutes deux en Côte-d’Or, des dérivés de Belenos, alors que les formes anciennes (Baleno en 1295 pour la première et de Balano au XIIè siècle pour la seconde) orientent plutôt vers le nom d’homme gaulois Balanos (X. Delamarre in NLCEA*, E. Nègre in TGF*).

P. Gastal (op.cit.) voit également le nom de Belenos dans celui de Bollène (Vauc.) et de La Bollène-Vésubie (A.-M.) alors que la forme ancienne Abolena, attestée en 640 pour la première et en 1146 pour la seconde, orientent plutôt vers le nom d’homme germanique Ab(b)olenus (M.-T. Morlet, Les noms de personne sur le territoire de l’ancienne Gaule du VIè au XIIè siècle, éd. du CNRS,1985) qui a subi l’aphérèse du A- pour la première et l’ajout d’un article suivi d’une mécoupure tardive pour la seconde (E. Nègre in TGF*, les Feynié in TO*).

Cités à tort dans mon premier billet comme issus de Belenos, le nom de Blanot (S.-et-L.), Blanuscus en 929, est issu du nom d’homme gaulois Balanos et celui de Blénod (M.-et-M.), Bladenaco en 836, est issu du nom d’homme gaulois *Blatinos, « le maître Farinier » (NLCEA*).

NB Le prochain article sera consacré à Belisama, la parèdre de Bélénos (j’avais tellement envie de caser ce « parèdre » …).

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

La devinette

Il vous faudra trouver le nom d’un pays naturel de France métropolitaine issu du nom du dieu gaulois étudié dans le billet et qui sert de déterminant au nom de plusieurs communes.

Un des lieux-dits de ce pays, connu du monde entier, était la propriété d’un châtelain dont le nom signifie « maître de l’ours (ou des ours) ».

D’autres indices toponymiques (des hagiotoponymes, des noms considérés comme « obscurs » etc.) ne vous seraient guère utiles.

 

 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Malplaquet : la répàladev du 27 décembre 2025

Un Intrus et LGF sont restés les seuls à avoir résolu ma dernière devinette. Bravo à tous les deux !

Il fallait trouver le malplaquet, un « marbre dont le fond est d’un rouge pâle vineux, ondulé de gris » (Littré ; FEW, 6/1, 121a) qui tient son nom de Malplaquet, un hameau de Taisnières-sur-Hon, dans le Nord, où eut lieu le 11 septembre 1709 la célèbre bataille de Malplaquet.

Taisnières-sur-Hon, ici :

et Malplaquet, là :

Les toponymes

Malplaquet :  un document de 1710 parle de la maison male plaquée. Ce nom signifie littéralement « la maison mal placée ». Il existe trois autres lieux-dits homonymes en France, le premier à Aubry-du-Hainaut (Nord), le second à Halluin (id.) et le troisième à La Broque (Bas-Rhin).

On trouve également un lieu-dit Malplaquet à Trazegnies, une section de la commune belge de Courcelles, située en Région wallonne dans la province de Hainaut. On parlait de la maison quon dist malplacquiez en 1525 et de  la maison et prairie dite malplaquée en 1699 : il s’agissait d’une maison solitaire au bord d’un grand chemin qui servait d’hostellerie en 1709. (A. Carnoy, Dictionnaire étymologique des communes de Belgique, 1940).

Taisnières-sur-Hon

Taisnières : « Accompagné du suffixe –aria, au sens d’ « aire, lieu d’abondance », le gaulois passé en latin taxo (« blaireau ») a donné en bas-latin taxonaria qui deviendra, après l’amuïssement du x intervocalique, notre « tanière », qui — rendons à César …  —  avant d’être celle du loup ou de l’ours était donc celle du blaireau. On la retrouve dans les noms de Tannières (Aisne), La Tagnière (Saône-et-Loire), Taisnières-en-Thiérache et Taisnières-sur-Hon (Nord) », écrivais-je dans un billet en 2013.

Hon : le nom de cette rivière est issu du gaulois onna, « cours d’eau ».

Aulnoye-Aymeries

Aulnoye : ce nom est issu de l’oïl aunoie, « aulnaie ».

Aymeries : déjà le même nom en 1100, du nom de personne germanique Aimarus et suffixe locatif –iacas (sous-entendu terras).

Avesnes-sur-Helpe

Avesnes : attesté sous une forme adjectivale  Avennatis castelli en 1095, puis sous forme de substantif de Avesnis en 1107, Avesne, altare de Avesnis en 1131, de Avethnis en 1200 et de Avenatis au XIIIè siècle. Le type avesnes se distingue parfaitement du type avene (latin avena, « avoine ») par la permanence de sa graphie et par son extension géographique (Flandre, Piacrdie, Haute-Normandie). Ceci permet d’éliminer une origine selon un bas-latin *avenesna, « terrain propice à l’avoine »  proposée par E. Nègre (TGF*).  Il s’agit d’une formation germanique du haut Moyen Âge : l’appellatif féminin ancien saxon æsfen, « pâturage de choix ». À Montréolier (S.-Mar.), le sens de cet appellatif est bien visible dans l’attestation des communes patures nommées les Avesnes en 1455 (DNLF*).

Helpe : ce nom semble issu du pré-latin *appa, « eau », qui a également donné l’Eau d’Eppe, un ruisseau qui prend sa source sur le territoire de la commune de Froidchapelle en Belgique et se jette dans l’Helpe Majeure à Eppe-Sauvage (Nord). P.-H. Billy voit cette même racine dans les Weppes, petit pays à l’ouest de Lille. L’étymologie selon un hypothétique mot celtique *helpe, « argenté », lue à plusieurs reprises sur la toile, est à rejeter : ce mot n’est nulle part attesté.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Les indices

 ■ un rugbyman qui échappe à un plaquage est … mal plaqué. Même pas honte.

Malbrough s’en va-t-en guerre, fine allusion à la bataille de Malplaquet.

Ce billet sera le dernier de l’année. Je vous souhaite de très bonnes fêtes et vous dis :

À l’an que vèn ! Se sian pas mai, que siguen pas mens !

L’indice du mardi 23 décembre 2025

Un Intrus et LGF n’ont pas mis bien longtemps avant de me donner la bonne réponse à ma dernière devinette. Bravo à tous deux !

Rappel de l’énoncé :

Il vous faudra trouver le nom d’une roche issu de celui d’un hameau de France métropolitaine curieusement situé.

Le nom de la commune qui l’abrite fait référence à un animal sauvage et est accompagné de celui, d’origine gauloise, d’un cours d’eau.

Le bureau centralisateur du canton doit son nom à celui d’un arbre accompagné d’un patronyme d’origine germanique.

Le nom du chef-lieu d’arrondissement est formé d’un terme ayant trait à l’agriculture accompagné du nom d’un cours d’eau.

L’ indice du mardi

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Roches et minerais

Après avoir étudié les verbes et les noms des étoffes, des couleurs et des danses issus d’un toponyme, je m’intéresse aujourd’hui aux roches et minéraux dont le nom est de même origine.

En réalité, le billet d’aujourd’hui complète un billet publié il y a déjà plus dix ans intitulé Sous les pierres, la devinette, dans lequel je passais en revue une quinzaine de noms de pierres formés sur un toponyme accompagné du suffixe bien connu –ite et complété par cet autre billet intitulé De quelques autres pierres qui en recensait neuf autres. Mais ces noms ne sont pas les seuls : j’en ai trouvé une dizaine d’autres formés avec le même suffixe et près de trois fois plus formés différemment !

  • Andésite : cette roche volcanique, noire ou grise, doit son nom à la cordillère des Andes où elle a été identifiée.
  • Ardennite : ce silicate  a été décrit en 1872 par Lasaulx et Bettendorf.  Il a été baptisé du nom de l’Ardenne belge (gaulois ardu, « haut » et suffixe –enna) où il a été découvert à Salmchâteau, un village de la commune de Vielsalm, située en région wallonne dans la province de Luxembourg
  • Cantalite : nom d’une variété de quartz qu’on trouve dans le Cantal. Cantalit est le nom donné en 1808 par le minéralogiste allemand Dietrich Ludwig Gustav Karsten. 
  • Ilménite : cet oxyde naturel de fer et de titane se trouve en grande quantité dans des schistes cristallins autour de l’Ilmen, un lac russe proche de Novgorod (du balto-finnois Ilmajärvi, « lac aérien »)
  • Kolwezite : ce carbonate hydroxylé de cuivre et de cobalt doit son nom (donné en 1980) à la mine de Kolwezi en république démocratique du Congo (d’une langue luba : kolwe, « sanglier » et zi , « lieu »).
  • Montmartrite : on trouve ce nom dans le Littré qui écrit : « variété de gypse calcarifère que l’on trouve à Montmartre, près de Paris, et qui résiste à des intempéries de saison que le gypse commun ne pourrait supporter ». On aura remarqué que, pour Littré, Montmartre (vvlt) est « près de Paris » : la future « commune libre » ne fut en effet rattachée à la capitale qu’en 1860. Le nom de montmartrite avait été donné par Jean-Claude Delaméthairie (1743-1817).
  • Montmorillonite : ce minéral argileux, à base de silicate d’aluminium et de magnésium hydraté, doit son nom à la commune de Montmorillon (Vienne – de mont et nom propre Morillon) où se trouvait un filon aujourd’hui épuisé. On lui donne aussi le nom de Terre de Sommières, du nom d’une commune gardoise où on la trouve en quantité.
  • Ottrelite : ce silicate de couleur verte à vert-jaune doit son nom à Ottré, un village de la commune belge de Vielsalm située en région wallonne dans la province de Luxembourg, où il a été découvert – comme l’ardénite vue plus haut.
  • Palagonite : ce mélange de minéraux produits par l’altération, en interaction avec l’eau, de matériaux volcaniques vitreux de nature basaltique, a été baptisé palagonite par Bunsen (1811-1899) parce qu’il se rencontre dans les formations volcaniques de Palagonia, en Sicile (wiki).
  • Tanzanite : cette pierre semi-précieuse extraite en Tanzanie (vvlt) subit sur place un traitement thermique prolongeant un phénomène naturel des pays chauds transformant sa couleur de manière irréversible.
  • Trimounsite : ce très rare silicate d’yttrium et de titane doit son nom à la localité de sa découverte, le grand gisement de talc de Trimouns (occitan tres monts, « trois monts » ) en Ariège (wiki).

Et les autres ? Les voici :

  • Agate : il s’agit d’une variété de quartz très dur aux couleurs très variées dont on fait des billes si elle est commune mais qui est aussi employée en joaillerie si elle de belle qualité. Selon Pline l’Ancien, son nom vient de celui d’une rivière sicilienne, l’Achates, près de laquelle on en trouvait en abondance et aujourd’hui appelée Dirillo. On écrivait acate, au XIè siècle, de manière étymologiquement plus correcte mais, par contamination du latin agapis (lui-même par corruption d’achates) le mot sera écrit par la suite agate.

Agate (the blues)

  • Boghead : cette houille dure, intermédiaire entre le charbon et le schiste bitumeux et qui laisse beaucoup de cendres, doit son nom au village écossais de Boghead ou Bog Head, « tête du marais ». On l’appelle aussi torbanite, d’après Torbane Hill près de Bathgate, toujours en Écosse.
  • Cadmie et calamine : cadmie est le nom qu’on donnait autrefois à la calamine, un minerai de zinc. Ce nom provient de Cadmée, citadelle de Thèbes, capitale de la Béotie fondée, selon la tradition, par le Phénicien Cadmus, Cadmos ou Kadmos (wiki), où l’on extrayait ce minerai.
  • Calcédoine : cette agate légèrement teintée d’un blanc laiteux était extraite, dans l’Antiquité, près de Chalcédoine, une ville de Bithynie, en face de Byzance – aujourd’hui nommée Kadikoy, dans la banlieue d’Istamboul.
  • Carrare : ce marbre blanc est extrait des carrières de Carrare (du pré-indo-européen *kar, « pierre »), en Toscane.

Carrare (ta gueule à la récré)

  • Erbine : cet oxyde terreux d’erbium se trouve à l’état naturel à Ytterby (« village excentré » en suédois), un village suédois  de l’archipel de Stocholm qui a donné également son nom à l’erbium (terre rare de numéro atomique 68, découverte en 1835 par Gustaf Mosander), au terbium (élément chimique de numéro atomique 65) et à l’yttrium (élément chimique de numéro atomique 30).
  • Gabbro : cette roche plutonique éruptive proche des basaltes doit son nom à un hameau toscan de la commune de Rosignano Marittimo. L’origine du nom Gabbro semble être dérivée du latin glabrum,  « chauve, glabre » en référence au sol aride et stérile. 
  • Izernore : ce marbre bleuâtre doit son nom à Izernore, chef-lieu de canton de l’Ain. (wiki)
  • Jais : il s’agit d’une variété de lignite d’un noir luisant qu’on trouve en France surtout dans le département de l’Aude, où on le travaille au tour pour le tailler en facettes comme une pierre précieuse. Son nom provient du latin gagatem, accusatif de gagates, « jais », lui même du grec γαγατης, soit « pierre de Gagas » (Γαγας), une ville et un fleuve de Lycie.
  • Kaolin : cette argile, blanche à l’état naturel, doit son nom au chinois kao ling, littéralement « lieu élevé », nom d’un lieu-dit d’où on l’extrayait. Il pourrait s’agir à l’origine de la colline de Kaoling, dans la province chinoise de Kiangsi.
  • Magnésie : la magnésie blanche (oxyde de magnésium), utilisée comme isolant thermique, tire son nom de « pierre de Magnésie », région d’Asie Mineure où abondent les aimants à l’état naturel. La magnésie noire (peroxyde de manganèse) ressemble par sa forme et sa couleur à ces aimants naturel.
  • Marceline : ce silicate naturel de manganèse doit son nom à la commune du Piémont italien de Saint-Marcel où on le trouve en abondance. On l’appelle également Piémontite.
  • Paros : marbre d’un blanc éclatant extrait des carrières de l’île de Páros, dans les Cyclades grecques. Il était si célèbre et si convoité qu’on a créé une porcelaine l’imitant, le parian.
  • Périgueux : ce type de pierre noire, très dure, dont se servent les verriers, les émailleurs et les potiers pour polir, tire son nom de la ville de Périgueux (vvlt) où on l’exploite .
  • Pouzzolane : cette terre rougeâtre d’origine volcanique qui, mélangée à de la chaux, donne une sorte de ciment, doit son nom à Pouzzoles, une localité italienne des environs de Naples (de puteoli, « les petits puits », dont l’eau d’origine volcanique était réputée dès l’Antiquité).
  • Sardoine : il s’agit d’une variété de calcédoine qui était appelée sardonyx en latin, soit « onyx de Sardaigne » (vvlt). Il s’agit d’une pierre précieuse ressemblant à l’agate. Elle sert à graver des camées, des vases ou des coupes.
  • Sarrancolin : ce marbre à fond gris, veiné de rouge violacé ou de rose et de jaune, doit son nom au village de Sarrancolin (Hautes-Pyrénées – d’étymologie obscure). On trouve également écrit sarancolin ou sérancolin.
  • Sinople : le nom de cet oxyde de fer de couleur rouge est issu du nom de la ville de Sinope (Sinope ou Sinopa), port de Paphlagonie par où cette couleur parvenait en Occident. En héraldique, le terme « sinople » a d’abord désigné la couleur rouge puis, de manière inexpliquée, la couleur verte.
  • Topaze : cette pierre précieuse jaune doré connait plusieurs variétés appelées topaze d’Inde et topaze du Brésil ainsi que des topazes occidentales, ou fausses topazes, qu’on trouve en Bohême, en Suisse et autres contrées européennes. Ceci est d’autant plus étonnant que le mot vient de l’ancien nom Topazos d’une île de la mer Rouge, aujourd’hui Zabargad ou île de Saint-Jean.
  • Travertin : ce terme désigne un ensemble de dépôts le plus souvent calcaires. C’est aussi le nom d’un tuf grisâtre italien extrait dans la région de Tivoli, près de Rome, et très utilisé dans l’Antiquité : le Colisée, par exemple, est entièrement fait de travertin. Le mot est issu de l’italien travertino, déformation de tivertino qui signifie « de Tivoli ».
  • Tripoli : cette terre faite de débris fossiles servait à polir les métaux, les glaces et les pierres dures — on disait tripolir ou tripoliser. On l’extrayait autrefois à Tripoli, capitale de la Libye. Son nom savant est « diatomite », car elle contient des diatomées (wiki).
  • Turquin :  il ‘agit du nom d’un marbre bleu veiné de blanc et d’un adjectif accompagnant « bleu » pour désigner un bleu foncé et mat. Le bleu étant la couleur favorite des Turcs, son nom lui viendrait de là, peut-être par l’italien turchino, le marbre bleu turquin antique venant de Mauritanie, pays turc.
  • Turquoise : cette pierre précieuse de couleur bleu verdâtre fut découverte en Turquie d’Asie, d’où son nom, même si elle est surtout abondante en Perse.

Une place à part pour le gailletin qui n’est pas un minerai mais un morceau de houille de grosseur moyenne plus connu sous le nom de tête-de-moineau. C’est un diminutif de gaillette, mot typique des mines belges du Hainaut qui dérive du latin (nux) gallica, « noix de Gaule », parce que les morceaux de ce charbon ont l’apparence des noix.

La devinette

Il vous faudra trouver le nom d’une roche issu de celui d’un hameau de France métropolitaine curieusement situé.

Le nom de la commune qui l’abrite fait référence à un animal sauvage et est accompagné de celui, d’origine gauloise, d’un cours d’eau.

Le bureau centralisateur du canton doit son nom à celui d’un arbre accompagné d’un patronyme d’origine germanique.

Le nom du chef-lieu d’arrondissement est formé d’un terme ayant trait à l’agriculture accompagné du nom d’un cours d’eau.

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Les indices du mercredi 17 décembre 2025

Un Intrus (que je remercie au passage pour m’avoir fait comprendre mon erreur à l’origine de la mise à jour notée en rouge ci-dessous) a déjà trouvé les deux bonnes réponses à ma dernière devinette. Bravo à lui !

L’énoncé (avec la mise à jour de cet après-midi) en était le suivant :

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine lié aux mots du jour [triadou et triaire].

Il apparait dans deux communes du même département, situées à 130 km l’une de l’autre par la route. Dans la première, C1, il accompagne le nom local d’une bergerie pour nommer un lieu-dit. Dans la deuxième, C2, il accompagne, au pluriel, le nom d’un relief pour nommer un lieu-dit.

C1 porte un nom qui désigne un domaine rural accompagné du nom de son propriétaire. C2 a pris le nom d’une rivière qui la traverse, lequel est issu d’un hydronyme pré-celtique.

Les deux cantons sont nommés d’après un relief remarquable, un sommet connu pour le premier, une partie de la chaîne montagneuse pour le second. Ces deux noms ont été expliqués sur ce blog.

Les deux  chefs-lieux d’arrondissement (et non « bureaux centralisateurs des cantons ») portent un nom de végétal, un arbre fruitier pour le premier, une herbe pour le second. Ces deux noms ont été expliqués sur ce blog.

■ Un indice pour C1

■ un indice pour C2

Les indices du mercredi

Ce ne sont plus des indices, ce sont des cadeaux de Noël avant l’heure ! Ils concernent les bureaux centralisateurs des cantons.

■ et d’un :

■ et de deux :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Le Puech de Mazuq à Curan (Av.) : la répàladev

Un Intrus à rejoint TRS et LGF sur le podium des découvreurs de la solution de ma dernière devinette. Bravo à tous les trois !

Il fallait trouver le Puech de Mazuq à Curan, du canton de Raspes et Lévézou (bureau centralisateur Pont-de-Salars) dans l’arrondissement de Millau (Aveyron).

► Curan, ici :

► Le Puech de Mazuq, là :

Toponymie

Puech de Mazuq : on reconnait dans ce nom la forme puech issue du latin podium, au sens de « colline au sommet plat, arrondi » (653 m). Il est accompagné ici du nom de son propriétaire, un nommé Mazuq, variante graphique de Mazuc. On compte vingt-six puechs à Curan : il fallait bien les différencier d’une manière ou d’une autre !

Curan : comme je l’ai écrit chez wiki, le nom de la commune est attesté, à propos de ce qui deviendra Salles-Curan, sous la forme de las Salas de Curain en 1256, de Salis Curanhi en 1349 et de Curanhio en 1383. Ce nom est issu de l’occitan sala, « résidence seigneuriale » et du nom de personne latin Currannius (TGF*).

Raspes et Lévézou

Raspes : ce terme, du rouergat raspa, désigne un terrain difficile, raviné, « râpeux ». Il désigne plus particulièrement les défilés encaissés dans lesquels coule le Tarn (wiki).

Lévézou : comme je l’ai écrit chez wiki, le nom de la région est une formation du Moyen Âge sur le nom d’un village aujourd’hui disparu, attesté Leveso en 1189 et Levedon vers 1190. On parlait de la montagne de Lévézou sous l’Ancien Régime puis du plateau de Lévézou au XIXè siècle. Le nom du village provient de la racine indo-européenne *leu-, « pierre », accompagnée du double suffixe –itone. Dès 1552, la région avait été nommée d’après le village :on écrivait la montagne de Lebezou ou de Levezou (DNLF*)

Pont-de-Salars :  comme je l’ai écrit chez wiki, Salars est le nom d’un ancien village, aujourd’hui simple lieu-dit près du cours du Viaur. Il est issu de la racine pré-indo-européenne *sal au sens de « cours d’eau, marécage » (ETP*), accompagnée du suffixe pré-latin –aris (DNFLMF*).

Millau : la ville a porté deux noms. Je copie-colle la rubrique wiki écrite par moi-même :

Le nom Condatomagus du IVè siècle est un composé gaulois de *condate, « confluent » et de *magos, « champ ou marché » : originellement situé au confluent du Tarn et de la Dourbie, il s’agissait d’un des plus grands marchés de potiers de la Gaule. Après les invasions germaniques, la ville fut déplacée à son emplacement actuel, sur la rive opposée du Tarn. À la fin du VIIIè siècle apparait le nouveau nom de la ville : Amiglado (attesté dans la Vie de saint Didier, évêque de Cahors ) qui évoluera en Amiglauuo en 1037. Ce nom est un composé gaulois de *ambe, « rivière » et de *klados, « fossé » : la ville était bordée par le Tarn et entourée de fossés. L’apocope est apparue dès le XIIIè siècle et deviendra définitive au XIVè siècle. En occitan, la ville sera appelée Omilau vers 1132 puis Melhau à la fin du XIIè siècle. En français, on dira a la Amilloie en1262 puis Millau dès 1470 (DNLF*). D’autres étymologies basées sur le nom d’homme romain Æmilius ont été proposées (A. Dauzat, E. Nègre etc.) mais elles ne tiennent pas compte des formes les plus anciennes du nom.

Les indices

■ « Les Gaulois au sang chaud » : ce sont les Rutènes, dont j’ai expliqué le nom à plusieurs reprises (comme ici et ) : le nom des Rutènes serait formé du préfixe augmentatif celtique– (formé par la perte du p– initial de *prŏ-, « en avant », « devant ») suivi du thème celtique *tēno-, « chaleur, feu » (de *tepno-, issu d’une racine indo-européenne *tep-, « chauffer ») et pourrait signifier « les très chauds ou très ardents (guerriers) » (Jacques Lacroix, Le nom des Rutènes, Revue des études-anciennes, 2013, t. 115, n°1, p. 51-70. – en ligne).