Chalonge etc.

Chalonge est un toponyme qui désigne une terre ayant fait l’objet d’un litige, d’une contestation de propriété, résolue ou non par un arrangement privé, souvent par les armes, ou judiciaire. On le rencontre principalement dans l’Ouest, écrit chalonge ou challonge. Des variantes, beaucoup moins nombreuses, se retrouvent ailleurs, sous des formes diverses que l’étymologie du mot nous permettra de découvrir.

Étymologie

L’ancien français d’oïl chalonge ou chalenge, « réclamation judiciaire, poursuite en justice » et, dans un sens plus général, « dispute, défi, attaque » était accompagné du verbe chalongier ou chalengier, « réclamer en justice, disputer, défier ». Ces termes sont issus du latin médiéval calumniacus, « terre faisant l’objet d’un litige, disputée entre plusieurs seigneurs », lui-même de calumnia qui, au Moyen Âge, avait le sens de « litige, contestation, querelle » , issu du latin classique calumnia, « fausse accusation, tromperie, chicane en justice » (d’où la calomnie). Ces mots latins sont eux-mêmes issus du  verbe déponent calvor, calvi, « chicaner, tromper », de la langue du droit. On a rapproché ce verbe du grec kêlein, « charmer, séduire (péjorativement), corrompre » et du gotique holon, « calomnier ». On aura compris que c’est de là que vient, par l’intermédiaire au XIXè siècle de l’anglais qui l’avait conservé, notre challenge, que le français avait oublié depuis le XIIè siècle.

Le dictionnaire de Godefroy, toujours très soucieux d’exhaustivité, donne de nombreuses formes pour chalenge : chalonge, calonge, chalange, chaloigne, caloigne, chalogne, challogne, chalainge, chalunge, chalompne, calompne et calumpne

Outre chalonge, quelques une de ces variantes et d’autres formes sont encore présentes en toponymie.

Toponymie

Comme je le signale en introduction, c’est la forme chalonge qui est la plus représentée en toponymie (et pour cause : c’est étymologiquement la première attestée) avec plus de cinq cents exemples (La, Le ou Les) Chalonges et une soixantaine de (La, Le ou Les) Challonges. Près des trois quarts d’entre eux se trouvent en Bretagne et dans les Pays-de-la-Loire, le reste étant réparti dans le Centre-Val-de-Loire, la Nouvelle-Aquitaine, la Bourgogne-Franche-Comté, l’Auvergne-Rhône-Alpes et le Grand-Est.

On citera Les Chalonges à Bourgon, Saint-Denis-de-Gâtines, Châlons, Vautorte etc.(May.), des « terres limitrophes de paroisses et imposées tour à tour dans une paroisse et dans une autre » (Dictionnaire topographique de la Mayenne, Léon Maître, 1878), Les Chalonges à Rueil-la-Gadelière (E.-et-L., Les Chaloignes en 1358 – cf. le Godefroy, op.cit.), Les Chalonges à La Bazoche-Gonet (E.-et-L., Chalonges en 1300), Chalonge à Roëzé-sur-Sarthe (Sarthe, Boscus de Calumnia vers 1050 – une forêt dont l’exploitation faisait l’objet d’un litige), Chalonge à Seyssel (Ain, de Chalongio en 1388) les Chalonges à Montaillé (Sarthe, decima de Columpniis au XIIè siècle – où l’on voit la variante avec –mp– signalée par Godefroy), les Bordes de Chalonges à Bombon (S.-et-M., Calumnia vers 1142, silva Calumpnie en 1145), le Chalonge à Dixmont (Yonne, Kalungium en 1199) etc. Devenu patronyme, soit nom d’origine soit sobriquet pour un querelleur, Chalonge est à l’origine des Chalongères à Retiers (I.-et-V.) et des Chalongers à Fresnay-sur-Sarthe (Sarthe).

Pour celui-ci, l’issue du « chalonge » a dû être favorable

 

Il conviendra d’éviter la confusion avec des toponymes issus du bas-latin colongia, du latin colonica, « terre d’un colon », comme pour la commune de Challonges (H.-Sav.) attestée cura de Chalungia vers 1344 qui a subi l’attraction du franco-provençal tsalo, « chaleur », ou avec ceux composés de cha (gaulois calmis, « pâturage en montagne ») et longe (pour « long »)  comme Chalonge nom d’un alpage à Samoëns (H.-Sav.). De la même manière, le nom de Calonges (L.et-G.) et de plusieurs lieux-dits Calonge(s) du Sud-Ouest sont issus du latin colonica, au contraire des Calonges de Ronfeugerai et d’Athis-Val de Roure (Orne) qui sont une forme normando-picarde de chalonge (le verbe calengier est connu en ancien normand).

La variante chalange est représentée à moins de cent exemples du type (La, Le ou Les) Chalange(s) ou Challange(s), très majoritairement en Normandie et Bretagne, mais aussi en Pays-de-la-loire, Auvergne-Rhône-Alpes et Bourgogne-Franche-Comté : on citera par exemple la commune Le Chalange (Orne, Chalonge vers 1210) et les Challanges Est et Challanges Ouest à Beaune (C.-d’Or, Chaalenges en 1195, Chalenges en 1216, Chalange en 1574). À Val-de-Meuse (H.-Marne), le Bois Chalangard, entre le Bois Monsieur et le Bois Là-Haut, devait être l’objet d’âpres disputes entre différents propriétaires, comme le suggère son suffixe péjoratif –ard. Devenu lui aussi patronyme Chalange se retrouve dans des noms comme La Chalangerie à Subligny (Manche) ou  La Chalengère à Moulins-en-Tonnerre (Yonne). 

On trouve également une forme normando-picarde (La ou Les) Calange(s) à près de cinquante exemplaires, comme Calange au Neubourg (Eure, Callenge au début du XIXè siècle) et trois Les Callanges, tous en Normandie.

On évitera la confusion avec la montagne de Challange (Névache, H.-A.) dont le nom est issu du pré-indo-européen *kal, « pierre, rocher »,  accompagné du suffixe –inca (oui, Kalinka).

Je ne pouvais pas passer à côté, il est, n’est-il pas ?

La variante chalenge est encore moins représentée : on ne trouve qu’une dizaine de Chalenge(s) et autant de Challenge(s), tous en Bretagne et Normandie, à l’exception de quelques uns en Pays-de-la-Loire et d’un seul en Auvergne-Rhône-Alpes qui se fait tout petit puisqu’il s’agit de Challengette à Saint-Martin-de-la-Porte (Savoie). On ajoutera Les Calenges, « terres vagues disputées à Saint-Martin-au-Bosc, fin du XIIIè siècle » (Dictionnaire topographique de l’Eure, Ernest Poret Bosseville, 1877).

Connu en ancien français avec le sens de « disputer, contestation », le verbe escalangier a donné l’escalangie, « contestation », qui explique des noms de lieux comme Échalonge à Essertene-et-Cecey (H.-Saône), Les Échalonges à Saint-Viaud (L.-A.) ou encore la Grande et la Petite Échalange au Gast (Calv.) etc.

Je termine ce passage en revue avec la commune de Chelun (I.-et-V.) qui est attestée ecclesia de Calumpniaco au XIe siècle, Chalunum en 1506 et Chalun au XVIe siècle – Calumpniaco étant  directement issu du latin médiéval calumniacus.

PS : on aura remarqué que c’est en Bretagne qu’on trouve la très grande majorité de ces toponymes. Le Breton serait-il aussi querelleur que l’Auvergnat est avare et le Provençal menteur enjoliveur ?

La devinette

Il vous faudra trouver deux lieux-dits non habités de France métropolitaine portant le même nom lié au mot du jour.

Ils se font face de part et d’autre de la frontière entre deux communes d’un même canton.

Le nom de la première commune est issu de celui d’un homme latin suivi d’un terme désignant des habitations.

Le nom de la deuxième commune est issu d’un terme désignant un lieu humide suivi d’un dérivé d’un nom d’homme latin.

Le bureau centralisateur du canton porte un nom désignant un lieu marécageux suivi du nom du saint patron de la région.

Toutes ces communes ont été citées, au moins une fois sur ce blog, le plus souvent en raison de la production agricole locale.

D’anciens occupants de la région, particulièrement ardents, ont été plus tard remplacés par d’autres qui portaient un nom rappelant leur origine montagnarde.

 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

 

Les Badaffres aux Granges-Gontardes (Drôme) : la répàladev

Un Intrus, TRS et LGF sont restés les seuls à avoir résolu ma dernière devinette. Bravo à tous les trois !

Il fallait trouver Les Badaffres aux Granges-Gontardes dans le canton de Grignan de l’arrondissement de Nyons, dans la Drôme.

Les Granges-Gontardes, ici :

Les Badaffres,

 

La toponymie

Les Badaffres : le Trésor du Félibrige (TDF*) donne les noms badafo, badaflo, badafro et badagno comme variantes de badasso  pour désigner la lavande (dans le Gard) ou le ciste cotonneux (à Avignon). Avant lui,  Audibert Ainé (Catalogue des végétaux …, 1817) donnait déjà le nom de badaffre au ciste blanchâtre de Provence.

Sur la variante badafo ont été également créés les noms du Badaffier à Sorgues (Vauc.) et des Badafières à Saint-Jean-de-Ceyrargues (Gard) qui, s’ils figurent bien dans le fichier FANTOIR, sont absents des cartes IGN – ce qui m’a retenu d’en faire ma devinette.

Le Trésor du Félibrige ajoute les homonymes badafo, badaflo et badafro auxquels il ajoute les formes balafro, barafro et barèfro, avec le sens de « balafre ». Le lieu-dit Les Badaffres était déjà nommé ainsi dans le cadastre de 1933, soit bien avant que l’exploitation d’une carrière de granulats n’y soit autorisée (1985) et ne vienne balafrer le paysage.

Les Granges-Gontardes : on parlait de La meterie appellée des Gontardz en 1476 puis de La Grange des Gontards en 1487. Au gré des changements de propriétaire, l’endroit changea ensuite de noms avant de s’appeler définitivement Les Granges-Gontardes dès 1891.

♦ Le terme « grange » (granja en occitan) est issu du latin populaire granica et désignait le bâtiment où le grain était entreposé. Synonyme du latin granarium (collectif en –arium de granum), « grenier », il ne le resta pas en roman où, par distinction avec le grenier, il désigna le fenil, c’est-à-dire le grenier à foin, le « bâtiment où l’on serre les gerbes pour les battre en hiver ». Ces bâtiments devaient ici être ici suffisamment nombreux ou d’une taille imposante pour avoir laissé leur nom à l’endroit.

♦ Ces granges étaient la propriété d’un nommé Gontard, dont le nom, d’origine germanique, est issu du vieux haut allemand gund/gunt, « lutte, combat », et hard, « dur, fort ».

Grignan : attesté de Gradinano en 1138-1163, du nom d’homme latin Gratinius, dérivé de gratus, « qui a de la grâce », et suffixe –anum.

Nyons : attesté Noimagos chez Ptolémée au IIè siècle, du gaulois novio, « nouveau » et magos « champ, place, marché », comme je l’expliquais dans un article consacré aux adjectifs gaulois.

Les indices

■ « Le nom du peuple gaulois qui occupait la région montre qu’il regroupait un grand nombre de tribus » : il s’agissait des Voconces, dont le nom d’origine celte *(d)uo(d)kmtei signifierait « les vingt (tribus) » (source).

 ■ On reconnait, de l’olivier à l’huilier en passant par le moulin, tout ce qui est nécessaire pour fabriquer de l’huile d’olive, spécialité AOC de la ville de Nyons.

 

 

 

  ■ Il fallait reconnaître le nommé Gontard, « grotesque » (ancêtre des clowns), d’une famille circassienne  homonyme des Gontard, propriétaires des Granges qui porteront leur nom.

 

 

 

 

 ■ La Charrette bleue, roman de René Barjavel paru en 1981, raconte l’enfance de l’auteur à Nyons.

Badasse ou bayasse

Antinoüs, ailé d’effroi, courait dans la badassière ; l’air parfumé se creusait devant lui.

Le souffle régulier de sa gorge gonflait sa poitrine de bonne vie.

Jean Giono (Naissance de l’Odyssée, 1930)

 

« Dans la badassière » ? Qu’ès aco, une « badassière » ? Un lieu plein de « badasse », pardi ! Mais encore ?  Ce mot est absent de tous les dictionnaires usuels ! Mais, puisqu’il s’agit de Giono, consultons donc le Trésor du Félibrige (TDF*) et … aqueste còp !

Badassié, badassiero, badassièiro : lieu couvert de badasso ; lande, bruyère.

Badasso, baiasso : cupulaire fétide, plante ; plantain des sables ; plantain pucier ; plantain des chiens ; thym, lavande en Languedoc, plantes ainsi nommées à cause de leurs fleurs labiées.

Mystère levé : Antinoüs courait donc dans un champ de lavande dont il sentait le parfum vivifiant.

 

On aura remarqué que F. Mistral (TDF* 1878) donne aussi la forme baiasso. On ne trouve pas de baïasse dans les dictionnaires usuels mais le Littré (1863-73) propose : « bayasse (ba-ia-s’) s. f. Nom, en Dauphiné, de la lavande coupée et recueillie pour distillation d’huile de spic ». Le Quillet (1936) lui emboite le pas en écrivant : « bayasse : Fleur dont on extrait l’huile de spic ». Le spic est le nom usuel de la lavande aspic ou grande lavande (Lavandula spica L.), nom tombé un peu en désuétude.

Quant au Pégorier (GTD*), qui reprend les badassié, badassière et le badassas, « lande, terre inculte en Provence », donnés par Mistral, il ajoute la baïassière, « lavandaie en Provence ».

 

 

 

Étymologie

L’étymologie de badasse ou bayasse n’est pas assurée. On se souvient que Mistral écrit que ces plantes sont « ainsi nommées à cause de leurs fleurs labiées » qui ont la particularité de faire penser à une gueule ouverte (latin labia, « lèvre »), comme celle du badaud (du provençal badar,«  bâiller, rester bouche bée », du bas latin batare, « ouvrir »). Cette hypothèse est reprise par P. Fabre (NLL*) ainsi que par B. et J.-J. Fénié (TO*) tandis que P. Gastal (NLEF*) préfère y voir un mot d’origine ligure, puisque les toponymes qui en sont issus sont surtout présents dans le Sud-Est, comme nous allons le voir. Ceci dit, la lavande ne se trouve guère dans les Hauts-de-France ou en Normandie …

Fleur bée de lavande

Toponymie

Les noms de lieux issus de badasse ou bayasse sont moins de cinquante, ce qui facilite le travail du toponymiste !

■ Badasse

Sur ce terme ont été formés les noms de Badassa (Malarce-sur-la-Thine, Ardc.), de quelques Badassat (Creuse, P.-de-D. et H.-V.), de Badassac (Jegun, Gers ; Florensac, Hér.), de Badassax (Couffoulens, Aude) et de Badassar (Anglards-de-Saint-Flour, Cant.) dont les divers suffixes sont des altérations du collectif –às de badassàs, qui a ici le sens de « lande, terre inculte » plutôt que celui de lavandaie.

La forme occitane s’est conservée dans le Badasso (Auriac, Aude), le Badassou (Murasson, Av. ; Mirandol-Bourgnounac, Tarn) et dans le quartier de Badasson aux Baux-de-Provence (B.-du-R.). Pour ce dernier nom, F. Mistral (TdF*) précise qu’il désigne plus particulièrement le serpolet et qu’il est également devenu nom de famille provençal.

La francisation est à l’origine des noms de La Badasse (Rousson, Gard), des Badasses (Vernègues, B.-du-R.), des collectifs  Badasset (Vernègues et Lambesc, B.-du-R.) et Badassey (Mireval, Hér.) et du diminutif Badassel (Saint-Gervasy, Gard).

Le collectif en –ier ne se retrouve que dans le Badassier (Banne, Ardc. ; Blauvac, Vauc.), Badassière (Castelnau-de-Guers, Hér. ; Cassagnoles, Gard) et les Badassières (Navacelles, Gard).

■ Bayasse

Cette forme, pourtant la seule présente dans les anciens dictionnaires,  est encore moins représentée en toponymie que la précédente.  On ne trouve en effet que deux Bayasse (Moiron, Jura ; Uvernet-Fours, A.-de-H.-P.), un collectif Le Grand Bayasset et son diminutif Bayassetou à Saint-Martial (Ardc.).

Enfin, les collectifs en -ière ne sont que cinq : La Bayassière (L’Épine et Saint-André-de-Rosens, H.-A. ; Faucon, Vauc.), la Grande Bayassière (Sigottier, H.-A.) et Les Bayassières (Verclause, Dr.).

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

 

La devinette

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié aux mots du jour.

Il est situé dans une localité dont le nom est composé de celui d’un type de bâtiment suivi de celui, belliqueux d’origine germanique, du premier propriétaire connu.

Le nom du bureau centralisateur du canton est issu de celui d’un homme latin particulièrement gracieux.

Le nom du peuple gaulois qui occupait la région montre qu’il regroupait un grand nombre de tribus.

Un indice pour l’arrondissement :

 

 

 

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Draboussette à Corbières-en-Provence (A.-de-H.-P.) : la répàladev

 

 

  Un Intrus et TRS  sont les seuls à avoir résolu ma dernière devinette. Félicitations tous les deux, donc !

Il fallait trouver Draboussette à Corbières-en-Provence, dans le canton de Manosque de l’arrondissement de Forcalquier, dans les Alpes-de-Haute-Provence.

Corbières-en-Provence, c’est ici :

Et Draboussette, là :

 

Toponymie

Draboussette : il s’agit d’un diminutif de l’occitan dabrous, métathèse pour darbous, variante de darbon, « taupe », vue dans le billet. Le toponyme désignant ici (cf. la carte ci-dessus) une petite colline de 333 m d’altitude, entre le Coteau Rond (493 m) et le Picarlet (401 m), c’est sans doute le sens de « monticule de terre ressemblant à une taupinière », soit « petite colline », qu’il faut privilégier ici.

On notera avec perplexité que, si le fichier FANTOIR concernant la commune mentionne bien le lieu-dit Draboussette

il y mentionne également une rue Draboucette

dont on se demande bien d’où elle sort avec ces –ss– devenus –c-.

Corbières-en-Provence : attesté rocham Corbariam au début du XIè siècle, du latin corbus, « corbeau » et suffixe –aria, soit le rocher abritant des corbeaux. L’occitan corbièra  désigne le « lieu où se rassemblent les corbeaux pour passer la nuit » (Dictionnaire occitan-français, Louis Alibert, IEO éditions, 1965). Le complément en-Provence a été rajouté en 2018, pour éviter la confusion avec la région des Corbières.

Manosque : cette ville a fait l’objet d’un billet à propos de son nom et de son blason, intitulé À quatre mains

Forcalquier : j’écrivais ceci dans un  billet :

La bien connue Forcalquier (Alpes-de-H.-P., de Forcalcherio en 1004 et in castro Furnocalcario) comme son diminutif Forcalqueiret (Var, in Furno calacario en 1037) doivent bien leur nom — association de forn, « four », et de calquièr, littéralement « calcaire » mais qu’il faut comprendre au sens étymologique « à chaux » (calx, « chaux » ; calcarius, « de chaux, à chaux ») — à d’anciens fours à chaux, figurant d’ailleurs dans le blason de cette dernière.

Les indices

Une ville fleurie qui s’en remet totalement à Dieu : Manosque a été nommée Urbs florida, « ville fleurie », par la reine Jeanne en 1370. La ville en a fait sa devise avant de la remplacer par Omnia in manu Dei sunt, « Tout est dans les mains de Dieu », allusion à peine déguisée au blason de la ville, à quatre mains (cf. plus haut).

Ma mère l’Oye, de Maurice Ravel, pièce pour piano à quatre mains. (cf. plus haut).

■ « Chaud ! » écrit à la craie blanche (sur un tableau noir) : pour le four à chaux de Forcalquier, bien sûr.

Les indices du mardi 24 février 2026

Un Intrus a déjà trouvé la réponse à ma dernière devinette. Bravo à lui !

Rappel de l’énoncé :

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine lié à un des mots du jour [taupe et darbon].

La commune porte un nom signifiant que certains animaux s’y rassemblaient en grand nombre. Ce nom est complété depuis peu par celui de la région.

Les différentes hypothèses expliquant le nom du bureau centralisateur du canton, une ville fleurie qui s’en remet totalement à Dieu, ont fait l’objet d’un billet sur ce blog.

Le canton ?  Voir cette vidéo

L’arrondissement ?

 

Les indices du mardi

■ La vidéo ci-dessus (Maurice Ravel – Ma mère l’oye – pièce pour piano à quatre mains ) concerne plus particulièrement le blason du bureau centralisateur du canton.

■ La commune ?

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Taupe et darbon

Les auteurs médiévaux férus d’histoire naturelle classaient la taupe parmi les vers (vermes), larves, insectes et petits rongeurs : c’était un animal peu apprécié, considéré comme un ennemi des cultures. On raconte ainsi, dans le Forez, que les fées  s´étant révoltées contre Dieu, furent changées en taupes et condamnées à ne jamais voir le jour. Les pattes de la taupe ressemblent à de petites mains, ce qui, selon le peuple, prouve bien la vérité de cette métamorphose (Louis-Pierre Gras, Dictionnaire du patois forézien, 1863)

On reconnaissait toutefois à la taupe quelques vertus. Elle faisait déjà partie de l’arsenal thérapeutique de Pline et, au Moyen Âge, on l’utilisait pour soigner l’épilepsie, les problèmes cutanés et les ulcères et, donc, la lèpre (oui, voilà pourquoi on parle de la taupe aujourd’hui !). Selon une tradition populaire, un collier de dents de taupe porté autour du cou aurait la capacité de protéger contre les maux de dents des enfants. Plusieurs légendes européennes vantent son caractère bénéfique pour la santé, accompagnant les hommes de bienfaits, de bonheur, d’amour et de richesse (Maurice Fleurent, « Les taupes, les hommes et les dieux », dans L’homme et l’animal. Premier colloque d’ethnozoologie. Institut International d’Ethnosciences, 1975).

Talpa cent balles

Étymologie

Le latin vulgaire talpa, attesté chez Varron (116 av. J.-C. – 27 av. J.-C.), est à l’origine du français « taupe ». Talpa était du genre masculin (cf. le catalan talp et l’espagnol topo) et est devenu féminin sous l’influence des mots en –a. Étymologiquement, ce mot serait d’origine prélatine, peut-être issu de la racine *tala, « terre ». Phonétiquement, talpa a évolué dans deux directions : les consonnes sourdes t et p ont été conservées pour donner le français « taupe », tandis qu’elles ont été modifiées en consonnes sonores d et b pour donner d’abord le latin vulgaire darpus puis le bas-latin darbo, darbonis d’où est issu l’occitan darbòn – qui a gardé le genre masculin.

Étant donné que les toponymes issus de darbon ne se rencontrent que dans un grand Sud-Est (Franche-Comté, Alpes, Provence et est du Massif Central) et que ce terme ne se retrouve dans aucune langue celtique, certains auteurs (NLEF*) lui attribuent une origine ligure.

Taupe 50

Tauoponymie

La présence de la taupe dans la toponymie n’est jamais tout à fait certaine, puisque la plupart des dérivés de taupe ou darbon se retrouvent également dans des noms de famille bien attestés qui ont pu, à leur tour, devenir toponymes. Le sens de ces patronymes (Taupin, Taupeau … Darbon, Darboux …) est difficile à déterminer. Il n’est en effet pas sûr que le Moyen Âge ait été sensible à la mauvaise vue de l’animal, au point d’en faire un sobriquet pour un individu à la vue basse : l’expression « myope comme une taupe », par exemple, n’est attestée que depuis 1579. Peut-être est-il préférable d’y voir un surnom pour un homme petit et aux proportions disharmonieuses, comme pour l’occitan taupet moderne ou pour un individu à la peau foncée voire noire (negro coumo un darboun écrit F. Mistral) ou bien encore pour celui qui fait des menées souterraines. Par ailleurs, certains dérivés lexicaux de taupe ou darbon  renvoient aussi fréquemment à l’idée de « petite élévation de terre formée par la taupe » d’où le sens secondaire de « monticule de terre » que l’on peut donner à certains de ces toponymes. C’est par exemple ce sens que donne le Littré à taupinée ou taulpinière, en ajoutant que Rabelais y voyait une « petite maison de campagne basse et sans apparence ».

Il ne sera pas question ici de passer en revue tous les toponymes dérivés de taupe ou darbon, mais d’en découvrir les formes principales et quelques cas particuliers intéressants.

Taupe

Seul, l’animal se rencontre dans quelques lieux-dits du type La ou Les Taupe(s) dans la Sarthe (p. ex. à Vibraye, La Grande Taulpe en 1557), du Cher (p.ex. à Nérondes) et de la Côte-d’Or (p. ex. à Pommard ou Chambolle-Musigny), région où il peut y avoir confusion avec toppe, « lieu en friche». On en trouve également en Haute-Loire (p.ex. à Sainte-Florine), dans la Nièvre (p.ex. à Mhère), le Morbihan (p.ex. à Ploërmel) etc. On signalera la Mine de la Taupe, une ancienne houillère de Vézézoux dont on apprend par le Dictionnaire topographique de la Haute-Loire (A. Chassaing, 1907) qu’elle a été « découverte en 1774 par les souterrains d’une taupe ».

Les toponymes du type La ou Les Taupière(s), au nombre d’une cinquantaine principalement en Bourgogne-Franche-Comté (C.-d’Or, S.-et-L. …)  sont probablement en lien avec les taupes : Les Taupières à Cuzy ou Issy-l’Évêque (S.-et-L.), La Taupière à Mesnay (Jura) etc. sont sans doute des terrains creusés par les taupes ou des lieux où étaient installés des pièges à taupes, un des sens donnés à « taupière ». On leur ajoutera une vingtaine de La ou Les Tauperi(e)s en Normandie et Pays-de-la-Loire.

Les toponymes du type Taupinière, Taupinerie ou encore Taupelière sont vraisemblablement issus de noms de famille Taupin et Taupel, bien attestés dans les régions concernées : la Taupinière à Bourges (Cher, La Tupinière en 1463), la Taupinière à Congé-sur-Orne (Sarthe, la Toupinière en 1874), Les Taupinières (Carquefou, L.-A.), la Taupinerie (Héric, L.-A.), la Taupelière à Secondigny (D.-S., Taupeleria au XIIè siècle) etc.

On mentionnera quelques autres noms plus rares comme Talpas à Bourg-de-Visa (T.et-G.), La Talpière à Saint-Pierre-de-Curtine (Sav.), Las Talpos à Limoux (Aude) etc.

Darbon

On ne sera pas étonné que, s’agissant d’un mot de deux syllabes, l’occitan darbòn ait de nombreuses variantes. F. Mistral (TDF*) signale ainsi darboun et darbou, derboun et derbou, mais aussi des formes avec métathèse comme draboun ou dreboun. Les dérivés sont tout aussi nombreux comme les collectifs darbounièro et derbounièro, darboussièro, darboussilho etc. Là aussi, les patronymes sont nombreux : Darbon, Darbou, Darboux, Darbous etc. et peuvent être à l’origine de toponymes. Il conviendra toutefois de se méfier pour Darbon qui peut également être une agglutination pour d’Arbon, nom qui a pu être donné à un individu originaire de la commune d’Arbon en Haute-Garonne. Même remarque pour Darbonne qui peut désigner un individu originaire d’Arbonne (S.-et-M.).

Le nom de Darbonnay, commune du Jura, a été interprété par Dauzat & Rostaing comme un « lieu infesté par les taupes ». Mais les formes anciennes données par Alphonse Rousset  (Dictionnaire géographique, historique et statistique de la Franche-Comté, Besançon, 1853), Arboniacum, Arbonia et Arbon, hélas ni datées ni sourcées, si elles sont sincères, orientent plutôt vers un nom de domaine gallo-romain formé avec le nom d’homme Arbonius ou Albinius et suffixe –acum ou bien sur un dérivé de la racine -*alb rappelant la blancheur du terrain argilo-calcaire (G. Taverdet, Noms de lieux du Jura, Association bourguignonne de dialectologie et d’onomastique, Dijon, 1984). Le même doute existe pour le lieu-dit Darbonnay à Ambronay (Ain) dont la forme Darbonay de 1424 ne permet pas de trancher entre le sens de taupinière, monticule de terre ou le nom d’homme. On rapprochera de ces noms les dérivés collectifs Darbonnet (Thénésol, Sav., Arcens, Ardc. etc.) ou Darbonet (Leyssard, Ain) sans oublier qu’il peut aussi s’agir d’un nom d’homme Darbonnet, plusieurs fois attesté dans les cartulaires médiévaux.

En micro-toponymie, on rencontre des formes simples comme Darbon (Cazères, H.-G., Le Breuil, Allier etc.), Darbou (Pechbonnieu, H.-G. etc.), Darboux (Laborel, Dr. etc.) ainsi que la forme avec métathèse les Drabons (Villard-sur-Doron, Sav.), mais aussi Derbou (Taulignan, Vauc. etc.), les Derbons (Luz-la-Croix-Haute, Dr. etc.), Derboux (Mondragon, Vauc.) etc.

On trouve également des noms collectifs comme Darbonnières à Saint-Just-Chaleyssin (Is.), la Darbonnière à Saint-André-d’Huiriat (Ain), Darboussille à Fontvieille (B.-du-R., cf. darboussilho donné par Mistral), Darbousset à Bourg-Saint-Andéol (Ardc.) etc. Avec d’autres suffixes apparaissent d’autres noms collectifs comme les Darbounoux à Raucoules (H.-L.),  Darbounouse à la Chapelle-en-Vercors (Dr. –Darbonnosa au XVème siècle), Derbounouse à Bouvante (Dr.) les Darboussèdes à Toulon (Var), des augmentatifs comme Darboussas à Tharaux (Gard) ou encore des diminutifs comme Darbounelles à Saint-Siffret (Gard).

Mention particulière pour les noms comme la Darboussière à La Seyne-sur-Mer (Var) ou les Darboussières à Lagorce (Ardc.) qui peuvent faire référence, plutôt qu’à la taupe elle-même, à la plante nommée en occitan darbossièra, soit la  stramoine (Datura stramonium), censée éloigner les taupes (GTD* et TP*).

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

La devinette

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine lié à un des mots du jour.

La commune porte un nom signifiant que certains animaux s’y rassemblaient en grand nombre. Ce nom est complété depuis peu par celui de la région.

Les différentes hypothèses expliquant le nom du bureau centralisateur du canton, une ville fleurie qui s’en remet totalement à Dieu, ont fait l’objet d’un billet sur ce blog.

Le canton ?

L’arrondissement ?

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

 

 

Maladière, maladrerie etc.

Toujours à l’écart des zones urbaines, des établissements étaient spécialisés dans l’accueil des malades de la lèpre. Cette maladie a été introduite en France par les Croisés de retour de Jérusalem et a semé la terreur au Moyen Âge parce qu’on ne lui connaissait guère de traitement.  Les lépreux, repoussés par les populations, faisaient malgré tout l’objet de la charité de ceux qui, craignant pour leur salut éternel, offraient des terres ou faisaient bâtir des établissements spécialisés pour les accueillir, des léproseries. Le lépreux, c’était le « malade », du latin de l’époque impériale male habitus, « mauvais état » ( la première attestation date du Xè siècle sous la forme malabde), tandis que le latin classique aeger a complètement disparu. C’est à partir de ce mot malade  qu’ont été formés les noms des bâtiments qui leur étaient réservés comme  maladière, maladerie et d’autres, qui vivent encore aujourd’hui dans de nombreux toponymes.

Maladière et Maladerie

  Avec le suffixe –ière, ont été formés près d’un demi millier de noms du type (La ou Les) Maladière(s), principalement en Bourgogne-Franche-Comté, Auvergne-Rhône-Alpes et dans le Grand Est. On citera La Maladière, nom d’un quartier de Dijon (C.-d’Or) et de Valence (Dr.), La Maladière à Ucel (Ardc.), une léproserie qui a reçu des pensionnaires jusqu’au début du XVIIè siècle, La Maladière à Saint-Péray ‘Ardc.) construite en 1454 par Mathieu Valay dit le lépreux de Toulaud, Les Maladières à Beaune (C.-d’Or), où une léproserie avait été édifiée, au XIIIè siècle, à l’initiative du duc de Bourgogne Eudes III, leproseria Belnensis, « la léproserie de Beaune », citée en 1230 dans le Cartulaire de Citeaux – mais tous les bâtiments ont été détruits au début du XVIIIè siècle : seul le toponyme en garde la mémoire. Le même duc avait fait bâtir une autre léproserie à Nuits-Saint-Georges (id.), lors de l’affranchissement de la ville ; le lieu-dit Les Maladières garde le souvenir de ces bâtiments qui furent ravagés par un incendie lors des Guerres de Religion, comme le rappelle le lieu-dit voisin, Les Brûlées.

Dans la Drôme, un affluent de l’Isère s’appelle la Maladière, du nom d’un quartier de Bourg-de-Péage.

On mentionnera le diminutif La Maladerotte à Chorey-lès-Beaune (id.) qui existait encore au XIXè siècle sous le nom de La Maladière. Au XIIIè siècle était déjà mentionnée Maladeria Cherriaci, « la Maladière de Chorey ». Mais pourquoi cette Maladière est-elle devenue La Maladérotte, avec le suffixe bourguignon -otte ? Était-elle plus petite, par rapport à sa voisine de Beaune ?

À peine plus de cent toponymes ont été formés avec le suffixe –erie donnant des noms du type (La ou Les) Maladerie(s), plutôt répartis en Normandie, dans le Centre-Val-de-Loire et les Pays-de-la-Loire. On mentionnera La Maladerie à Montchauvet (Yv), associée à Notre-Dame-de-Bon-Secours  sur la carte de Cassini (f. 26, Évreux, 1757) et La Petite Maladerie à Mézeray (Sarthe) qui était simplement La Maladerie sur la carte de Cassini (f. 64, Le Mans, 1765). On citera également La Maladerie à Chimay (Hainaut, Belgique).

Maladrerie et Maladrie

L’ancien français ladre — du nom de Lazarus, ce malade couvert d’ulcères que le Christ ressuscita selon le Nouveau Testament — a servi à nommer le lépreux et sa maladie, la ladrerie. Par croisement entre « malade » et « ladrerie » a été formé le terme de « maladrerie », synonyme de maladerie. Ce terme  a fourni un  grand nombre de toponymes : on compte en effet plus de six cents (La ou Les) Maladrerie(s), notamment en Normandie, dans le Grand Est et les Hauts-de-France. On signalera les quartiers dits La Maladrerie de Caen (Calv.), de Jonzac (Ch.-M.), d’Aubervilliers (S.-St-Denis) ou encore d’Albi (Tarn). Dans une boucle de l’Ardèche, à Aiguèze, avait été fondée la Maladrerie des Templiers.

Sur la rive gauche du Tarn, au sud de Millau (Av.), La Maladrerie fut fondée par le comte Hugues de Rodez qui donna maison et terres pour lés lépreux en écrivant : « eu, Huc, com de Rodez, do et lieure a dieu et als malautes de la fermaria de Trageict l’alo et totas la drechuras que eu y avia » (Moi, Hugues, comte de Rodez, donne et livre à Dieu et aux malades de la maison de Trajet [du passage du Tarn] l’alleu et tous les droits que j’y ai »). Il n’en reste aujourd’hui que le nom et la chapelle Saint-Thomas

Une forme contractée apparaît, surtout en Bretagne et Normandie mais aussi dans les Hauts-de-France et le Grand Est, dans des noms du type (La ou Les) Maladrie(s) comme par exemple La Maladrie (Herbignac, Le Cellier, Vertou, Vigneux-de-Bretagne en L.-Atl., etc.) ou Les Maladries (Val Couesnon, I.-et-V. etc.). Le même toponyme se retrouve également en Belgique avec par exemple La Maladrie à Courcelles (Hainaut) et à Rendeux (Luxembourg). Sur ce même maladrie ont été formés les noms de La Maladrière à Esclassan (Ardc.), emplacement d’une léproserie détruite au XVIè siècle et Les Maladrières àPierreville (Manche).

Malautière

En langue d’oc, malade se disait malaut d’où la malautièra qui l’accueillait. On compte à peine quatorze lieux-dits nommés  La Malautière et trois (Les) Malautières – en Vaucluse, Ardèche (où la Malautière des Vans était La Maladyere au XVIIIè siècle), Bouches-du-Rhône, Drôme, Hérault, Gard et Lozère . Au nord de Génolhac (Gard), entre Concoules et Cap-Cèze, coule le ruisseau de la Malautière. À Roiffeux (Ardc.), le lieu-dit aujourd’hui La Maladière était une Mallauteria en 1464. On rajoutera La Malaudière à Peyre-en-Aubrac et à Sainte-Colombe-de-Peyre, en Lozère.

Une forme légèrement différente est à l’origine de huit noms, tous en Haute-Loire comme La Malouteyre à Brives-Clarensac qui était Malauteria en 1314 et la Maison Maladière en 1546 ou La Malouteyre à Polignac, mentionnée Malautaire sur la carte de Cassini (f. 103, Blaye, 1783).

Encore plus rare, puisqu’on n’en trouve qu’un seul exemple, est La Malitière à Laigné-Saint-Gervais (Sarthe – ancien français malit, « malade ; maudit »). À Génolhac (Gard), ce même nom, écrit au pluriel Les Malitières (occitan malit, « malade ») sur la carte de Cassini (f. 90, Viviers, 1779) est devenu de manière incompréhensible la Malhiguière sur le cadastre napoléonien de 1828, corrigé en La Malitière dans le Dictionnaire topographique du Gard (Eugène Germer-Durand, 1868), mais repassé à la Maliguière sur la carte IGN actuelle et à Malhiguière dans le fichier FANTOIR … Allez vous y retrouver !

Ces lieux étaient parfois désignés sous le nom plus simple de la malautiá, la « maladie », ou du malaut, le « malade », comme le Serre de la Malautié au nord-ouest de Marvuéjols (Gard – lire ici), La Malaudie à Riom-ès-Montagne (Cantal) ou encore le Valat de la Malautié à Aspiran (Hérault).

E. Nègre (TGF*) estime que le nom de La Mulatière (Briançon, H.-A.), qui était Malateria en 1314, est issu de l’occitan malautiera, « léproserie », et a subi l’attraction de l’occitan mulatièr, « muletier ». Il est suivi  par H. Sutter qui donne cette même étymologie pour les hameaux La Mulatière de Saint-Cyr-sur-Menthon dans l’ Ain (Villagium Millateriae en 1493), La Mulatière à Saint-Sylvestre en Haute-Savoie ou encore Les Mulatières à Nantoin en Isère.  On ajoutera le nom de La Mulaterie au Grand-Bornand (H.-Sav.). On se gardera bien de leur ajouter le nom de La Mulatière, commune du Rhône, qui vient de celui de la famille Mulat « installée là au XVè siècle » (DENLF*).

Les autres

D’autres noms ont été utilisés pour nommer ces établissements d’accueil des lépreux.  On connait ainsi une dizaine de La Ladrerie (dont sept dans le Grand-Est) mais seulement deux La Léproserie  (Le Tilleul, S.-Mar. et Lussac-le-Château, Vienne) qui étaient sans aucun doute des lieux d’accueils pour les malades. À ceux-là, s’ajoutent trois toponymes pour lesquels  Lépreux sert de complément : l’Ouche des Lépreux (Auxy, S.-et-L. – ouche), le Val aux Lépreux (Grands-Laviers, Somme) et  le Lac des Lépreux (Beauregard-et-Bassac, Dord.) dont l’eau était censée favoriser la guérison comme celle de la Fontaine des Lépreux (Fleurance, Gers) qui n’a droit, elle, qu’à une rue.

Il convient de ne pas oublier Levrouxvicus Leprosus au VIè siècle, soit « village lépreux », pour lequel j’écrivais  à propos de sa rue sans-Cul 

♦ Levroux, qui était donc un  village qualifié de « lépreux », accueillait et soignait les malades de la lèpre, attirés par la légende (reprise comme véridique sur le site de la mairie) de saint Sylvain de Levroux qui guérissait les maladies de peau, dont le « feu de saint Sylvain », un des premiers noms de la lèpre. On peut lire sur wiki la légende du saint et sa réfutation.

L’ancien français avait un autre mot pour désigner le lépreux : il s’agit de mesel (du latin misellus, diminutif de miser « malheureux ; malade ») connu également en occitan  mesèl ou mesèu,  déjà considérés comme « vieux » par F. Mistral (TDF*). On rencontre ainsi, en pays de langue d’oïl, La Meselle (Épinay-sur-Odon, Calv. ; Lagney, M.-et-M. etc.), La Mesellerie (Ahuillé, May.) et les variantes La Messelle (Beauzemont, M.-et-M. etc.) et La Messelière (La Bouëxière, I.-et-V.). En pays de langue d’oc, on notera la Grange de Meisselle, sur la même rive droite de l’Ardèche que La Maladrerie des Templiers d’Aiguèze (Ardc.) vue plus haut, La Meisselle (Saint-Auban, Alpes-Mar.) et plusieurs Messelière (Queaux, Vienne etc.). Selon F. R. Hamelin (TH*), le nom de Mezeilles, un hameau de la commune de Vieussan (Hér.), qui était mansus de Meselhas en 1342, aurait la même origine.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

La devinette

Il vous faudra chercher (et trouver) un toponyme de France métropolitaine lié aux mots du jour.

Il apparait, précédé d’un article, dans une commune C1 au nom relatif à son relief et, précédé du même article et suivi d’un adjectif, dans une commune C2 au nom d’origine végétale.

À C1 naquit l’auteur d’un vol qui fit beaucoup de bruit. À C2 vécut  un poète qui créa le style discordant.

Le bureau centralisateur du canton de C1 a un nom qui coule de sources.

Les habitants du bureau centralisateur du canton de C2 devraient leur surnom à leur farouche résistance face à l’envahisseur.

Un indice pour les pays respectifs de C1 et C2

 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

 

 

 

La Prémollière à Pouillé (Loir-et-Cher) : la répàladev

Un Intrus, TRS et LGF sont restés les seuls à avoir résolu ma dernière devinette. Bravo à tous les trois !

Il fallait trouver La Prémollière à Pouillé dans le canton de Saint-Aignan de l’arrondissement de Romorantin-Lanthenay dans le Loir-et-Cher.

Pouillé, ici

 

La Prémollière, là

Toponymie

La Prémollière : il s’agit d’un ancien pratum mollierum soit un pré cultivé où l’on voit sourdre de petites sources. L’article féminin s’explique par la finale –ière.

Pouillé : attesté Poillé en 1290 et de Poilleio au XIIIè siècle, du nom d’homme latin Paullius et suffixe –acum. Dans l’Antiquité, Pouillé faisait partie, avec Thésée et Monthou-sur-Cher, du vicus Tasciaca, et un temple dédié à une divinité de l’eau aux propriétés guérisseuses y avait été bâti comme on le lira chez wiki.

Saint-Aignan : attesté saint Aignien en 1280, du nom d’Anianus, évêque d’Orléans au Vè siècle

Romorantin-Lanthenay : la fusion entre les deux communes s’est faite en 1961.

Romorantin : l’étymologie de Romorantin a suscité de nombreuses hypothèses, notamment parce que les attestations médiévales prêtent à confusion : de Regemorantino en 1075  suivi de Rivus Morentini en 1151. Le premier élément du composé a semble-t-il subi l’attraction paronymique du latin rex, « roi » (d’où Rege-) ou du latin rivus, « ruisseau » (d’où Rivus). Il s’agit pourtant vraisemblablement du gaulois ritu, « gué », comme le suggèrent fortement les formes Remorentinum en 1196 et Roimorentin au XIIè siècle. Le second élément est le nom de la rivière : Morentinus au XIè siècle, le Rantin dès 1762, puis chez le géographe A. Joanne en 1872 et encore sur les cartes du XXè siècle avant de tomber en désuétude. Le nom Morantin est une formation sur le gaulois more, « mer » (dont on sait qu’il désignait toute étendue d’eau), accompagné du suffixe –anta, sur lequel est venu se fixer bien plus tard la désinence du cas régime féminin -ane, fréquente au bas Moyen Âge dans les noms de rivières. La substitution du genre masculin (Morantin) au féminin (*Morantane) s’explique par l’attraction des nombreux noms masculins terminés par –ain.  Le nom Romorantin a été créé pour désigner le gué sur la Sauldre de la voie d’Orléans à Limoges : il était situé à quelques centaines de pas du confluent avec le Morantin. Cette étymologie est celle que propose P.-H. Billy (DNLF*) après L. Duroy et M. Mullon (DNL*) qui penchaient pour un gallo-germanique *mora, « marais ». Guy Villette (L’Origine des noms de communes du Loir-et-Cher, 1992) voyait lui aussi en Romorantin un nom d’origine hydronymique gaulois sur *mor, « marais », précédé de ritu, « gué ». Dans un texte paru en 1947 dans la revue Onomastica, Jean Soyer considérait Morantin comme un cognomen gallo-romain *Maurentinius, diminutif de Maurentius ; il a été repris par A. Dauzat (DENLF*) et par E. Nègre (TGF*).

Lanthenay  : attesté de Lanthenayo en 1369. Ce nom a été le plus souvent expliqué par un nom d’homme accompagné du suffixe –acum : nom gaulois Lentenus pour A. Dauzat (DENLF*) et G. Villette (op. cit.) ; nom latin Lentinus pour E. Nègre (TGF*) ; nom latin Lentinius pour L. Duroy et M. Mullon (DNL*). P.-H. Billy (DNLF*) pense que ce nom est « aisément explicable par le gaulois *lantana, « viorne », avec le suffixe latin collectif -etu.

 

Indices

■ « La région, connue pour son couvert forestier, abritait un lieu de rendez-vous gaulois particulièrement prisé »  : il fallait penser à la Sologne et à son couvert forestier dont la célèbre forêt des Carnutes où se déroulait tous les ans un grand rassemblement des druides gaulois, comme nous le disait César : « Commandés par un chef unique », ils se réunissent une fois l’an, «  dans un lieu consacré, au pays des Carnutes , et arbitrent les différends entre particuliers ou entre la soixantaine de peuples qui forment cette mosaïque bigarrée qu’est alors la Gaule ».

LGF accompagnait sa bonne réponse de ce  commentaire : « Pour les rendez-vous gaulois, on peut soit faire référence à un classique du porno de Burd Tranbaree de 1979 (voir https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Grande_Mouille) ou plus vraisemblablement au château de Chambord, toujours en Sologne, où François 1er « avait pris l’habitude de disparaître en forêt pour y chasser en compagnie d’un petit groupe d’intimes – composé de beaucoup de dames – que les contemporains appellent la « petite bande » du roi. » » Je n’avais pensé ni à l’un ni à l’autre …

■ Il fallait reconnaître Agnan, le condisciple à lunettes du Petit Nicolas, qui porte le nom de l’évêque éponyme de Saint-Aignan.

 

 

 

 

■ le druide Panoramix partant à la cueillette du gui dans la forêt des Carnutes.

Les indices du mardi 10 février 2026

Un Intrus, LGF et TRS ont déjà résolu ma dernière devinette. Félicitations à tous les trois !

Rappel de l’énoncé :

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine lié aux mots du jour.

La commune où il se situe, d’abord sanctuaire gaulois voué au culte de l’eau, doit son nom à celui d’un homme latin.

Le nom du bureau centralisateur du canton est un hagiotoponyme.

La région, connue pour son couvert forestier, abritait un lieu de rendez-vous gaulois particulièrement prisé.

 

Les indices du mardi

■ l’indice ci-dessus concerne le bureau centralisateur du canton.

■ pour la région, son couvert forestier et le lieu de rendez-vous  :

 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Les Molières des topos

En région méridionale, une molière désigne généralement un terrain mou et détrempé, une « terre grasse et marécageuse ». L’occitan mòlièra, que F. Mistral écrivait mouliero, désigne un « terrain mou, lieu bas où les eaux croupissent et où l’on peut s’enfoncer » mais aussi un « champ cultivé où l’on voit sourdre de petites sources » (TDF*). Le Pégorier (GTD*) définit les molières comme des « terrains marécageux » dans les Ardennes et la mollière comme une « terre humide et molle» en Vendômois et dans le Centre ; il ajoute le molenc, « endroit humide et marécageux dans un champ » en occitan. Ces termes sont formés sur l’adjectif mòl, « mou, humide », lui-même du latin mollis.

Cependant, il existe un parfait homonyme molière, désignant une « carrière de pierres à meule ; pierre servant à faire des meules », soit l’équivalent de « meulière ». Comment faire la distinction ? D’abord par la géologie, bien sûr : où il n’y a pas de roche siliceuse, il n’y a pas de pierre meulière. Et puis par la datation du toponyme : sachant que l’on n’a parlé de carrière meulière qu’à partir de 1499 (molliere) et de pierre meulière qu’à partir de 1545 (pierre de moullère), tous les toponymes antérieurs à ces dates ne peuvent désigner que des terrains mous et détrempés.

Tous ces noms sont à l’origine de toponymes sous trois formes principales : Molière(s), Molère(s) et Moulenc.

De même étymologie sont issus des toponymes en mouille et mouillère , qui devraient faire l’objet d’un prochain billet.

Molière(s)

Trois communes portent le nom simple de Molières : en Dordogne (Molerii en 1115), dans le Lot (Molerias en 1147) et dans le Tarn-et-Garonne (de Moleriis en 1269) auxquelles s’ajoutent Les Molières (Ess., de Moleriis en 1146), où il s’agit bien de « terre humide » et non d’un lieu d’extraction de pierres meulières, puisque ce sens n’existait pas en 1146. Dans le Gard, deux communes homonymes ont ajouté un déterminant à leur nom : Molières-Cavaillac (de Molieyriis en 1162  – Cavaillac : Territorium de Cavallaco en 1250, sur le surnom latin Caballus et suffixe –acum ) et Molières-sur-Cèze. Dans la Drôme, on trouve l’ancienne Molières-Glandaz, aujourd’hui commune déléguée de Solaure-en-Diois. Dans la Loire se trouve Roche-la-Molière, attestée  ecclesia de Rochi la Moleri en 1225, où on exploitait le grès pour en faire des meules.

La variante molièra avec o fermé, francisée en moulière, se rencontre dans les noms de Serre-les-Moulières (Jura),  d’Esmoulières (Haute-Saône) – avec la préposition es, « dans les », en référence aux fondrières et tourbières présentes dans  la commune –  et comme déterminant dans celui de La Chapelle-Moulière (Vienne). Le nom de cette dernière est attesté Capella Molerarium en 1157, Capella de Moleriis en 1177 et Capella de Moleria en 1274 : l’ancienneté de ces noms montre bien qu’il s’agissait là aussi de terres humides et molles – et non d’extraction de pierres meulières qui ne s’est faite que beaucoup plus tard dans la forêt de Moulière.

 

Les noms de lieux-dits, oronymes et hydronymes du type (La ou Les) Molière(s) sont de loin les plus nombreux (le fichier FANTOIR compte près de 1000 lieux-dits ainsi nommés !). On mentionnera Molière à Chemazé (Mayenne, d’abord au pluriel de Moleriis au XIè siècle), Molières-sur-l’Alberte (ancienne commune de l’Aude aujourd’hui dans Ladern-sur-Lauquet, Moleyra en 1106), Molières à Saint-Michel-de Boulogne (Ardc., Moleria en 1464), etc. On trouve également quatre Lamolière (Moissac, T.-et-G. etc.) avec agglutination de l’article ainsi que  deux Emolières (Geay, Ch.-M. et Velles, Indre) et un Eymolières (Lablachère, Ardc. qui rappelle depuis le XVè siècle l’existence d’une carrière de meules), avec la préposition ès. On ne trouve qu’un seul diminutif avec La Molierette de Branoux-les-Taillades (Gard). À Saint-Étienne-de-Tinée (Alpes-Mar.), on a gardé la forme occitane avec Molieras et Molieras Haute, comme on trouve (Les) Mollieras à Nice et à Valdeblore (id.), peut-être un augmentatif.

Les toponymes avec o fermé sont plus de sept cents du type (La ou Les) Moulières. La grande majorité d’entre eux sont sans intérêt (onomastique). On signalera néanmoins, puisqu’on en connait les formes anciennes, Les Moulières à Sauvian (Hér., ad Molarias en 969) et Les Moulières à Pouzolles (id., de Molleiras en 1183). À Sainte-Radegonde (Gir.), le hameau de La Mouleyre rappelle une carrière de pierres à meules nommée Molieyra Barrassas en 1524, donnée à bail à huit meuniers d’Istournet, des Basses et d’Ambec, qui y trouvaient de quoi faire des meules pour leurs moulins. trois diminutifs apparaissent avec La Moulierette (Meyrueis, Loz.), et Moulierettes (Rousses, Loz. et La Garde-Freinet, Var). Les formes augmentatives sont ici plus nombreuses avec plusieurs (La, Les ou Las) Moulieras (Voutezac, Corr. ; Saint-Amand, Cr. etc. ) et La Moulierasse (Dourbies et Saint-André-de-Majencoules, Gard).

La graphie avec –ll– est présente à plus de quatre cents exemplaires du type (La ou Les) Mollière(s). Une mollière désigne le plus souvent  une « terre grasse et marécageuse »  ou encore, notamment dans la zone littorale picarde, le  terrain tour à tour couvert et découvert par les marées, d’où le nom de La Mollière d’Aval et de La Mollière de Terre à Cayeux-sur-Mer (Somme).

 

Molère(s)

En gascon, le suffixe –ièra est passé au simple –èra, donnant molèra.  Deux communes seulement utilisent cette variante molère dans leur nom. Il s’agit de Benqué-Molère (H.-Pyr. – Benqué : De Benquerio en 1313, du nom de l’osier dont on fait des liens, du latin vincus, « lien » et collectif –ier réduit à –é, comme pour la landaise Benquet, plutôt que du gascon benc, « roche escarpée ») et de Campet-et-Lamolère (Landes).

Les micro-toponymes sont ici bien moins nombreux : on ne compte en effet qu’une soixantaine de (La ou Les) Molère(s), principalement en Nouvelle-Aquitaine et en Occitanie. Ce type de nom est aussi présent en Bourgogne-Franche-Comté, Centre-Val-de-Loire, Grand-Est. etc, où le sens est plus vraisemblablement celui de carrière de pierres à meule voire de moulin.  On trouve un seul La Molerette (Marigny-en-Oxois, Aisne) et un seul Les Molerettes (La Chapelle-Longueville, Eure).

 

Moulenc

Le nom de l’ardéchoise  Issamoulenc  (Yssamolenco en 1275, Issamolenc en 1573 et Issamoulin chez Cassini ) est formé de l’ancien provençal eissame, « l’essaim », et de moulen « terrain mou, fondrière » (cf. ce billet).

Cette forme moulenc apparait dans une quinzaine de Le ou Lou Moulenc, tous en Occitanie (Av., Gard, Hér., Loz., P.-de-D., Tarn et T.-et-G.) à l’exception du Moulenc à Thèze (A.-de-H.-P). On peut leur rajouter des noms respectant la prononciation auvergnate, soit Las Moulenches ou Lou Moulenchos, tous en Lozère, et La Moulenchère à Saint-Angel (P.-de-D.).

La variante graphique avec q se rencontre dans une vingtaine de (Le) Moulenq, quelques La ou Les Moulenque(s) et La Moulinquière, très majoritairement en Aveyron et les autres dans le Tarn et en Lozère. On peut peut-être leur rajouter La Moulenquié à Terre de Bancalié (Tarn) mais les graphies Molinquié de Cassini en 1778 et Moulinquié de l’IGN en 1950 peuvent faire penser à un moulin.

Beaucoup plus rares sont les formes avec o ouvert : on ne rencontre qu’un seul Molenc (Saint-Antonin, Alpes-Mar.), un seul La Molenque (Mirandol-Bourgnonac, Tarn), un seul La Molenquière (Roussennac, Av.).

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

La devinette

 

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine lié aux mots du jour.

La commune où il se situe, d’abord sanctuaire gaulois voué au culte de l’eau, doit son nom à celui d’un homme latin.

Le nom du bureau centralisateur du canton est un hagiotoponyme.

La région, connue pour son couvert forestier, abritait un lieu de rendez-vous gaulois particulièrement prisé.

 

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