TRS le premier, Alyx la seconde et LGF le troisième m’ont donné la bonne réponse à ma dernière devinette. Bravo à tous les trois !
Il fallait trouver Nieregoutte ou Nieregouthe, un lieu-dit de Saint-Yrieix-le-Déjalat, dans le canton d’Égletons de l’arrondissement d’Ussel en Corrèze.


La toponymie
■ Nieregoutte : le nom de ce lieu-dit, aussi écrit Nieregouthe sur les cartes IGN, signifie « noire goutte », pour désigner un ruisselet de couleur sombre (de nièro, forme locale pour nègro, « noir » et aussi nom de la puce).

Saint-Yrieix-le-Déjalat tout en haut et Nieregouthe tout en bas
Saint-Yrieix-le-Déjalat compte aussi un hameau dit Goutte de l’Est, un autre Goutte de l’Ouest et un dernier nommé Les Gouttes. À ce niveau-là, ce ne sont plus des gouttes, mais une véritable douche !
■ Saint-Yrieix-le-Déjalat : attesté sanctus Aredius lo Degalat en 1315, et Sant-Eirièis lou Desjala dans le Trésor du Félibrige, d’après saint Aredius, qui fut chancelier du roi Thibert Ier, roi d’Austrasie, puis disciple de saint Nicet et évêque de Trèves (à partir de 527) et qui fonda le monastère d’Attane autour duquel s’étendit Saint-Yrieix-la-Perche en Haute-Vienne.
Le déterminant le-Déjalat signifie littéralement « le dégelé » mais est donné pour « frileux » dans le Limousin par le Trésor du Félibrige.
Le nom Aredius, devenu Erieis en occitan après la chute du d intervocalique, a été francisé en Yrieix en Limousin (et en Héray en Poitou).
Ce même saint est présent sous la même forme dans les noms de :
- Saint-Yrieix-la-Perche (H.-V.), canonicus Sancti Aredii vers 1120 ; le déterminant la-perche n’a pas d’explication bien assurée : le latin pertica désignait « une perche, un long bâton », particulièrement un pieu fiché en terre pour marquer la limite du finage, mais, par métonymie du sens de « rejeton », il a aussi désigné un bois de jeunes arbres.
- Saint-Yrieix-sous Aixe (H.-V.), sanctus Aredius Soutayna vers 1315 : le déterminant rappelle la situation du village en aval d’Aixe-sur-Vienne ;
- Saint-Yrieix- les- Bois (Creuse), sanctus Aredius vers 1315 ;
- Saint-Yrieix- la-Montagne (Creuse), Sanctus Aredius vers 1315 ;
- Saint-Yrieix- sur-Charente (Char), Sanctus Ardeius vers 1300.

■ Égletons : attesté de Glutonibus en 1075, de Glotos en 1251, Augloutous en 1410 et Esgletons en 1599-1604, le nom est Aus Gleton en occitan. Ce nom vient du nom de personne germanique Gliuto, au pluriel pour désigner la famille, avec agglutination tardive de la préposition es, « chez les » (TNO*)
■ Ussel : attesté Oxxello sur une monnaie mérovingienne puis Ussel en 1157, ce nom vient du gaulois *uxello, « élevé » (cf. ce billet). L’adjectif gaulois était usité comme substantif avant la romanisation du pays.
*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Les indices
■ ce tableau de Gustave Courbet est intitulé Le Ruisseau noir, comme la « goutte noire ».
■ le chef-lieu d’arrondissement Ussel, dont le nom d’origine gauloise signifie « élevé ; hauteur », est bien « le sommet » de la gauloiserie.
■ cette photo de deux anciens présidents de la république française, tous deux élus de la Corrèze, permettait de réduire les recherches à ce département.
■ il fallait reconnaître, dans cette enluminure du Moyen Âge, le troubadour Bernard de Ventadour de la famille des comtes de Ventadour, dont la seigneurie eut Égletons comme capitale en 1059.




Fouquet : un « foucquet » est en effet, en gallo, un écureuil ; un
faucon sur un mont pour les De Montfaucon, etc). Nombreuses sont les villes qui ont utilisé cette façon de faire pour illustrer leurs armoiries et qui se sont appuyées pour cela sur des étymologies plus ou moins exactes, voire fantaisistes, des jeux de mots ou des calembours comme nous allons le voir.
Le nom d’Ussel en Corrèze a été interprété comme une déformation de l’ancien français huis scel, porte fermée. C’est de là que viennent les armoiries de la ville qui représentent une « porte d’or clouée et ferrée de sable accompagnée de trois étoiles en champ d’azur». ( En héraldique, si l’or est jaune et l’azur bleu, le sable est noir ; c’est comme ça, je n’y peux rien; mais là je suis sûr de la réalité du blason!)