L’éléphant d’Asie a pris, on le sait, une place très importante dans la culture asiatique et notamment dans le sous-continent indien. Bien entendu, comme ailleurs, on retrouve les noms de l’éléphant dans les toponymes. La liste exhaustive en est quasi impossible à établir et serait sans intérêt: je me contenterai, comme pour le continent africain, d’en donner quelques exemples.
En hindi, il existe plusieurs mots pour désigner l’éléphant en fonction de son sexe, de son âge, mais aussi de son rôle, des qualités qui lui sont attribuées, etc.
Hasti (ou Hathi), venu du sanskrit, est un des plus utilisés. Plusieurs lieux portent ce nom en Inde, au Pakistan, etc. De nombreux temples creusés dans la roche sont ornés de sculptures éléphantesques et en portent le nom ( cf. Éléphanta) comme, dans l’État d’Odisha, Hathi Gumpha ( « la grotte de l’éléphant ») qui date du IIè siècle av. J.-C.

Dans l’Andra Pradesh se trouve une ville sainte au nom très particulier : Srikalahasti. Ce nom se décompose, en langue telougou en celui de trois animaux : l’araignée (sri , à ne pas confondre avec le sanskrit ou hindi sri, au sens de «noble, vénéré, saint »), le serpent ( kala) et l’éléphant (hasti). La légende raconte que ces trois bêtes étaient de fervents adorateurs de Shiva, le bon dieu hindou. Ils en vénéraient particulièrement le lingam, chacun à sa façon et ignorant tout des deux autres. Le serpent l’ornait de perles et de pierres précieuses, l’araignée le protégeait en tissant tout autour de lui une toile et l’éléphant, puisant l’eau de la rivière avec sa trompe, le douchait quotidiennement. Un jour, surprenant l’éléphant en train d’asperger d’eau son idole, le serpent entreprit de le punir. Pour cela il s’insinua dans sa trompe et le mordit; fou de douleur et de colère, l’éléphant s’agita en tout sens, frappant plusieurs fois son front et sa trompe contre le lingam ce dont le serpent finit par mourir ; l’araignée, alertée par le remue-ménage vint défendre son ouvrage soyeux, entama la guerre de trois mais périt à son tour, projetée contre le lingam par un coup de trompe de l’éléphant; pour finir, le venin ophidien fit son effet et l’éléphant mourut à son tour. Shiva apparut alors — il était temps! — et offrit à chacun le moksha.
La capitale de la province sri-lankaise (où Sri signifie « noble ») de Wayamba s’appelle en cingalais Kurunegala , c’est-à-dire « le rocher ( gala) de l’éléphant (kurune) », traduction littérale de son nom sanskrit Hasthi-shaila-pura (où pura signifie « cité »).

Le rocher de l’éléphant à Kurunegala
Un autre mot sanskrit pour désigner l’éléphant, gaja ( gaji pour la femelle) est passé lui aussi à l’hindi et se retrouve dans des noms de lieux. Là aussi, les temples creusés dans la roche sont nombreux, comme Goa Gajah, « la grotte de l’éléphant » sur l’île de Bali.

L’état indien du Bengale-Occidental compte une localité appelée tout simplement Gaja dont je vous proposes ces deux photos à contempler tous chakras ouverts et dans la position du lotus :

Gaja, la quiétude…

… et la sérénité
On relève bien sûr de nombreux autres Gaja ou Gajah dans toute l’Inde mais aussi en Indonésie comme dans toute l’aire géographique où ce mot s’est propagé. C’est le cas par exemple en Malaisie où Batu Gajah doit son nom ( « la pierre éléphant ») à deux rochers en forme d’éléphant formés dit-on par les pierres que les villageois auraient jetées contre deux monstrueux éléphants venus ravager leurs champs de cannes. Dans le même pays on trouve aussi Kubu Gajah ( « la forteresse de l’éléphant ») et Alur Gajah ( « le sillon [fait par ] un éléphant »).
Curieusement, deux villes françaises portent aussi ce nom: Gaja-la-Selve et Gaja-et-Villedieu, toutes deux dans l’Aude. Leur nom, on s’en doute, n’a bien sûr rien à voir avec l’éléphant: il s’agit d’un anthroponyme latin Gaius accompagné du suffixe classique -acum.
En langue lao, l’éléphant se dit xang À sa fondation au XIVè siècle, le royaume qui occupait le territoire de l’actuel Laos fut baptisé Lan Xang Hom Khao, « Le Royaume du Million d’Éléphants et du Parasol Blanc ».
La langue thaï parle, elle, de chang : pour la soif et les amateurs de bière, je propose un demi de

Ce mot est bien sûr très proche du chinois xiang

à l’origine lui aussi d’un certain nombre de toponymes qu’il est malgré tout difficile de différencier des très nombreux xiang signifiant tout simplement « canton ». Je ne citerai que ce site pittoresque de la province du Guangxi, près de Guilin:

La ressemblance avec un éléphant trempant sa trompe dans l’eau l’a fait baptiser Xiàngbí Shān, « la colline de la trompe d’éléphant ».
Cet article est la suite d’une série entamée par hasard par une devinette, puis poursuivie de continent en continent par ici, par là, par là aussi et enfin là.
Et ce n’est pas fini!
Le swahili utilise principalement le mot tembo pour désigner ce pachyderme. Nous trouvons ainsi en Tanzanie dans le massif du Mont Meru la Mgongo wa Tembo, « la crête de l’éléphant ». On connaît aussi les Chutes Tembo en République Démocratique du Congo ( Congo-Kinshasa). Dans ce même pays, à la frontière avec l’Angola se trouvait un petit village appelé Tembo qui est en pleine expansion grâce ou à cause d’une exploitation minière intensive, source entre autres de violents conflits…


Basé cette fois sur le nom arabe fil, on trouve, toujours en Algérie, à l’est de Philippeville, le djebel Filfila ( photo ci-contre). Au Maroc j’ai trouvé un Chaabat-el-fil ( «le repos de l’éléphant »?) et un Gueltate-al-fila ( de guelta, « dépression remplie par l’eau de pluie, mare, marais »). Les toponymes de ce genre sont semble-t-il nombreux en Afrique du Nord. Je ne citerai que Boual-al-fil au Tchad







Impossible d’échapper à la 

Il existe aussi une
La région de Bombay leur fut cédée ( plutôt de force que de plein gré …) en 1534 par 

