Palikao ( réponse à la devinette)

Il a fallu attendre la publication de quelques indices pour que mes lecteurs les plus perspicaces ( Le Brosseur, TRS et un intrus, dans l’ordre ) viennent à bout de ma devinette.

Il fallait trouver Palikao, un hameau entre Langé et Baudres, dans l’Indre, que vous pouvez admirer en suivant ce lien.

Ce nom a été importé là, peut-être par un ancien combattant, en hommage à la bataille de Palikao du qui, par la prise d’un pont stratégique, a ouvert la route de Pékin aux troupes franco-britanniques engagées dans la seconde guerre de l’opium contre la Chine.

La_bataille_de_Palikiao

Charles Guillaume Marie Apoline Antoine Cousin-Montauban, le général qui menait les troupes françaises, fut fait comte de Palikao par Napoléon III en 1863. Il n’eut pourtant pas accès au maréchalat car la victoire de Palikao fut, hélas, suivie du sac du Palais d’été.

Ce général ayant auparavant largement contribué à la conquête de l’Algérie, on trouva judicieux de donner le nom de Palikao  à une ville fondée le 28 janvier 1870  par les Français autour du douar de Tighennif. Elle s’appela ainsi jusqu’à l’Indépendance, en 1962, où elle prit le nom du douar.

Enfin, on donna ce nom en 1864 à une ancienne rue Napoléon du XXè arrondissement de Paris, où quelques artistes alternatifs créèrent au début des années 1980 une « usine » ( sur l’ambitieux modèle de la Factory de Warhol ) qui prit le nom d’Usine de Pali-Kao et qui vit passer de nombreux artistes dont les Bérurier noirs qui publièrent en 1998 un album-compilation portant ce  nom. On notera au passage le trait d’union qui n’a aucune justification ( ou alors, il en faudrait deux : Pa-Li-Kao ). Ah! Ces amateurs!

culdecoEt maintenant, un peu de toponymie …

Palikao est l’ancienne graphie de Baliqiao, en  mandarin 八里桥.

Jsp, une de mes fidèles lectrices bien connue de ceux qui suivent LSP et mon blog, autant sino que nippophile ( et  phone ?), a eu la gentillesse, et je l’en remercie, de m’expliquer les hanzis qui composent ce nom :

« huit »
里      lǐ  « l’unité de longueur (environ 500m) », pas les lis/lys fleurs
桥 ou 橋 qiáo  «pont , ou pile de pont ».

Elle me précise que :

le premier hanzi est en simplifié, et le 2° traditionnel (comme l’écrivent encore les Japonais)
le radical à gauche (du troisième hanzi, ndlr)  est le bois/l’arbre 木 ( sans doute parce que les premiers ponts étaient en bois, ndlr).

Ce nom signifie donc « le pont des huit lis ». Tout le monde s’accorde pour dire que celui-ci était situé à huit lis de la Cité Interdite.

Cette mesure de distance a varié au cours du temps et de la région où elle était employée, un peu comme la lieue chez nous.

Wikipedia nous donne ( vous l’avez lu si vous avez cliqué sur les liens) une distance de 4600 m entre Baliqiao et le centre de Pékin, ce qui fait un li de 575 m — contre les 500m « officiels »  généralement  admis aujourd’hui..

Le pont a été construit en 1446, donc sous la  dynastie Ming, la seule à ne pas figurer ( comme de bien entendu! ) sur le tableau déjà cité.

Wiki, malgré tout, me dit : « la valeur généralement considérée est le li de 576 m, définie dès la dynastie Qin » . Oserai-je prétendre que cette valeur du li était déjà établie, du moins dans cette région, sous les Ming ?

Et, pour ne rien oublier :

  • Langé ( Indre ) est soit un ancien Langiacum du nom d’homme gallo-romain Langius, formé sur le gaulois Langos, et suffixe -acum (Dauzat-Rostaing) soit un nom d’homme romain Lanius avec un -g- épenthétique et le même suffixe (Nègre).
  • Baudres (Indre), Baudra en 1221, est issu d’une racine pré-latine baudr-, « boue », attestée à Baudre ( Manche), Baudreix (Pyr.-Atl.) ou encore à Baudrières (S.-et-L.).

cul-de-lampe-03Que l’on commémore les victoires militaires en baptisant  des hameaux de leurs noms est facilement compréhensible. Qu’on leur donne des noms de défaites l’est moins … On compte pourtant une petite dizaine de Waterloo en France métropolitaine dont plus de la moitié dans le Sud-Ouest (Gers, Hte-G,, L.-et-G.) sans qu’on sache pourquoi.

Dans le cadastre de Chevenon ( Nièvre) apparaissent cinq micro-toponymes rappelant la Grande Armée aussi bien dans ses bons jours (Friedland, Iéna, Ratisbonne, Champ de Wagram)  que dans ses mauvais (Waterloo).

cul-de-lampe-03Pour finir vraiment, la devinette du dimanche, que vous attendiez tous :

Une armée de 40 000 français fut vaincue par un ennemi inférieur en nombre lors d’une bataille qui fit au moins 9 000 victimes. Parmi les combattants français figuraient des volontaires issus d’un régiment licencié l’année précédente mais regroupés, avec toujours leur même uniforme très populaire, sous une bannière qui connut un destin monumental. Leurs actes de bravoure — qui n’ont malgré tout pas empêché la défaite finale — ont marqué les esprits au point que le nom du village rappelle cet évènement depuis le tout début du siècle dernier.

Saurez-vous me dire de quel village il s’agit ?

Allez! Un indice en deux dessins  —mais façon billard à trois bandes, vous me connaissez :

devinette 01 05 16

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Vous connaissez la règle : réponses chez leveto@sfr.fr.

3 commentaires sur “Palikao ( réponse à la devinette)

  1. J’avoue ne pas bien comprendre la phrase « Oserai-je prétendre que cette valeur du li était déjà établie, du moins dans cette région, sous les Ming ? »

    En effet, la dynastie Qin date d’avant notre ère. Si cette valeur du li à 576 m était valable deux siècles avant notre ère, l’existence d’une valeur équivalente sous les Ming se situe 1600 à 1700 ans plus tard. J’aurais donc davantage attendu l’adverbe encore que l’adverbe déjà

    Ce li précoce est un signe : ce soir, il est déjà temps d’aller se coucher, car le jour du travail * fatigue : je laisse donc les érudits s’attaquer à la nouvelle devinette.

    * Je sais, le 1er mai n’est pas le jour du travail (et puis quoi, encore !) mais la journée internationale des travailleurs et de leurs droits. Ce soir, la vedette sera le droit à la paresse.

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  2. Jacques C

    Il y a en effet une confusion entre la dynastie Qin ( 221- 206 avant J.-C.) où le li valait 415.8 m et la dynastie Qing (1644 – 1911 après J.-C.) où le le li variait entre 537 m et 645 m.

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  3. >Leveto,

    Après la réponse, restent des questions :

    – L’animal évoqué, dans la saynète et en guise de gratification, est-il bien ce dragon que j’avais repéré ?

    – Comment une bataille dont j’ignorais parfaitement l’importance historique a-t-elle pu se solder par une si insignifiante mortalité : 2 Anglais et 3 Français défunctés tandis que les forces en présence comptaient 40.000 hommes (10.000 venus d’Europe et 30.000 locaux) ?
    Au « rayon boucheries », ça fait quand même un peu minable !

    Remarques annexes :

    – Ce monde est vaste et l’Indre si cosmopolite : après Mexico (Rouvres-les-Bois), Malakoff (Vendroeuvres)… voici Palikao à Baudres, un village dont le nom m’est pourtant si familier : une personne de Machincourt, maintenant défunte, y était née, avant de s’expatrier vers de meilleurs cieux… et c’est donc un toponyme que j’ai bien souvent écrit à la main et au stylo, du temps où l’on délivrait encore en mairie des fiches d’état civil aux administrés.

    – Il semble aussi qu’il existe, à Montpellier, un pont (ou peut-être n’est-ce qu’une passerelle ?) désigné, de manière locale et familière, comme Le pont de Palikao. L’ambition d’une amicale d’anciens militaires est que soit maintenant officialisée cette dénomination d’usage.
    ________________

    >L’Intrus… (et si vous me lisez) :

    Je vous laisse le champ libre pour la dernière devinette de Leveto… et je laisse au Brosseur le soin de couper l’herbe sous le pied de qui il veut : je n’ai jamais été un grand sportif, avide de médailles et là, j’ai la flemme.

    Mais je suis un garçon sur qui l’on peut compter et, promis juré, je vous concocterai une devinette, en écho à celle de Leveto… C’est-à-dire avec reconnaissance toponymique après mortalité considérable et dévastation de l’immobilier – pas un sac ordinaire, mais pire encore !
    Il y sera question de « toponyme pour de vrai » et de toponyme de fiction.
    Il y aura un panonceau invité, traité façon Art naïf, et aussi un film de cinéma et un roman… Il y aura, encore et surtout, une méprise admirable, façon «fantaisie sémantique».

    Pour ne pas désavantager le camarade Le Brosseur, nous y ajouterons un Canadien historique… malgré que le rôle d’un Scandinave d’excellente moralité, lui, ne sera pas à négliger.

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