Amazonie, Amazonia ( partie IV )

Ne le dites pas trop fort, mais elle brûle encore :

Les dernières données satellitaires de l’institut brésilien INPE confirment qu’avec quelque 131 600 incendies depuis janvier le Brésil, qui abrite 60 % de l’Amazonie, n’avait pas brûlé autant depuis sept ans.

Mais tout va bien, les méchantes flammes n’ont qu’à bien se tenir :

Lundi, à New York, Emmanuel Macron lancera, lors d’une réunion en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, « un appel à la mobilisation ».

( ici )

Continuons aujourd’hui, tant qu’il en reste, notre tour de l’Amazonie ( commencé ici, poursuivi et encore ) avec la première des trois « Guyanes ».

La première définition de Guyane qui fit consensus fut celle du capitaine de frégate Frédéric Bouvier qui écrivait en 1862 :

On donne le nom de Guyane à cette vaste contrée de l’Amérique équinoxiale qui est comprise entre l’Orénoque, l’Amazone, le Rio-Negro et la mer. Le Rio-Negro qui la limite à l’ouest, sert en même temps de trait d’union aux deux grands fleuves qui la bordent au nord et au sud.

On voit que la région en question dépasse largement les limites du Guyana, du Surinam et de la Guyane française.

L’étymologie de Guyane a fait couler beaucoup d’encre. Il a d’abord été question d’en faire le nom d’un peuple aborigène rencontré par les Espagnols, les Ouayanás ou Gouayanas, nom dans lesquels ont a cru reconnaitre ceux qu’on appelle aujourd’hui Wayanas ( H.-A. Coudreau, 1885). On sait aujourd’hui que ces derniers vivaient loin de la côte hors de portée des premiers marins européens et ne pouvaient pas être à l’origine du nom de la Guyane. On a donc proposé une autre étymologie selon un mot d’une langue amérindienne qui signifierait « la terre sans nom » (E. Lézy, 1989 ) mais sans préciser la langue ( il en existe ici au moins trois …). En réalité, si on remonte aux premières sources espagnoles, c’est à dire à Diego de Ordás qui atteint ce qu’il appelle la Province de Guayána peuplée par les Guayanos, expliquant que ces noms viennent de la langue des indigènes, on est amené à conclure que le nom Guyane s’est d’abord appliqué au territoire d’une tribu indienne du nord de l’Orénoque. La découverte de plusieurs hydronymes identiques appliqués à des cours d’eaux fort éloignés les uns des autres ouvrait la voie à une autre hypothèse : en comparant Wiana ou Guiana et wina et wini, racines linguistiques arawak désignant l’eau, on a fait de Guyane « le pays inondé » ( Rodway, 1904 ) ou « la terre aux nombreuses eaux », appuyé par le fait que les Espagnols avaient déjà parlé de Costa Anegada (« côte noyée »). Or, plusieurs témoignages indiquent que les Guayanos dont parlaient les Espagnols ne vivaient ni à proximité immédiate du littoral ni au bord de l’Orénoque et que les explorateurs eurent beaucoup de mal à les atteindre. Une dernière hypothèse ( Williams, 1923 ) a fait venir le nom de la Guyane de plus loin et plus haut : les tribus parties des pentes orientales des Andes péruviennes, en se déplaçant loin vers le Nord et en suivant les méandres des Amazones et de l’Orénoque, ont gardé en commun une racine (linguistique) qui, bien qu’ayant souffert de nombreuses altérations, s’est conservée aujourd’hui. C’est ce nom qu’ils auraient donné, avec quelques variations, successivement aux cours d’eau le long desquels ils s’installaient. Apparentés aux Caraïbes, il semble que ces indigènes aient eu un arbre totem, un palmier comme les Awara, Ouaï ou Gouaï voire Guyaï, d’où viendrait leur nom.

Les avancées de la recherche linguistique américaniste invitent pourtant aujourd’hui à préférer une étymologie renvoyant à un fleuve, comme pour le Surinam, du fleuve appelé Sulinaman en langue karib, ou comme la rivière de Cayenne appelée Kalani dans la même langue et notée cajane ou caiane par les premiers colons. Il reste toutefois indiscutable que des indigènes appelés Guayanos ou Guayanas, appartenant au groupe linguistique karib, vivaient sur les rives bordées de palmiers d’un affluent de l’Orénoque à l’arrivée des Européens

Je ne vous ai fait ici qu’un très bref résumé de ce que l’on sait aujourd’hui du nom de la Guyane. Pour en savoir plus ( et mieux ! ), vous pouvez lire avec profit ce document dont je me suis largement inspiré.

L’Amazonie guyanienne

Barima-Waini ( ou Nord-ouest ) doit son nom à celui, amérindien, de deux rivières. On reconnait dans celui de la Waini la racine vue plus haut pour Guyane. La capitale, Mabaruma, porte, elle aussi un nom amérindien.

Pomeroon-Supenaam : Pomeroon est le nom de la rivière au bord de laquelle les premiers Hollandais ont tenté de s’établir à la fin du XVIè siècle. Ils en furent chassés puis remplacés par les Espagnols vers 1650. Les Amérindiens s’étaient réfugiés plus à l’intérieur, à Essequibo. La colonie espagnole fut à son tour détruite par les Français en 1689. C’est au XVIIIè siècle qu’une troisième tentative fut la bonne. Le nom de la rivière est noté Pomerón par les colons espagnols qui reprenaient le nom indigène. Supenaam, de l’amérindien Supinaam, est le nom d’ une autre rivière. La capitale, Anna Regina, tiendrait son nom de la noyade accidentelle vers 1800 des deux filles d’un colon anglais qui venait de racheter la plantation aux Hollandais.

îles d’Essequibo-Demerara Occidental : Essequibo est le nom de la plus importante rivière de Guyana. Elle a été explorée pour la première fois par Juan de Esquivel, dont on lui a donné le nom, altéré par les prononciations des indigènes et des colons successifs. C’est son nom qui sera aussi donné par les Vénézuéliens à la Guyane Esequiba désignant le territoire frontalier contesté entre les deux pays. Demerara est une rivière dont le nom arawak Dumaruni, avec le suffixe uni, « eau », signifie « rivière de l’amourette ». Cette amourette est un arbre ( Brosinum guianense) aussi appelé lettre-mouchetée, caractérisé par un bois très dense dont on a fait des lettres d’imprimerie. La capitale Vreed-en-Hope porte le nom que les premiers colons, des Hollandais, lui avaient donné : « Paix et Espoir » ( ils ont pas été déçus !), nom que les Anglais ont conservé.

Demerara-Mahaica : Demerara a été expliqué plus haut. Sans surprise, Mahaica est le nom arawak d’une rivière dont je ne connais pas le sens. La capitale, Georgetown, s’est d’abord appelée Longchamps quand les Français s’y sont installés en 1782 après les Anglais et les Hollandais. Deux ans plus tard, les Hollandais en reprirent possession et l’appelèrent Stabroek, en l’honneur de Nicolaas Geelvink, lord de Stabroek, président en 1784 de la Compagnie néerlandaise des Indes Occidentales. Elle fut enfin appelée Georgetown en 1812 en l’honneur du roi George III du Royaume-Uni.

Mahaica-Berbice : Berbice est le nom d’une rivière issu de l’arawak beribishi, un type de bananier poussant abondamment sur ses rives. La capitale est Fort Wellington dont le nom fait référence à Arthur Wellesley qui fut fait duc de Wellington après sa victoire à Waterloo.

Berbice Oriental-Courantyne : la rivière Corantyne ( ou Courantyne ou Corantjin) doit son nom à l’arawak Corentini dans lequel on reconnait le suffixe ini/oni/uni , « eau » ( comme pour le Dumaruni vu plus haut et les noms suivants). La Courantyne a été appelée Rio Barbeiros par les Espagnols, soit la » rivière des ( punaises ) vinchucas ». La capitale, New Amsterdam, doit son nom aux premiers colons hollandais entre 1730 et 1740, et le conserva malgré sa prise par les Anglais en 1803.

Cuyuni-Mazaruni : les deux rivières qui donnent son nom à cette région ont des noms dérivés de l’arawak, reconnaissables à leur suffixe -uni, « eau ». La capitale, Bartica, porte le nom amérindien de la « terre rouge » ( latérite ) qui caractérise la région.

Potaro-Siparuni : la rivière Siparuni porte un nom arawak reconnaissable au suffixe -uni, « eau ». Le nom de la rivière Potaro reste mystérieux mais il est à l’origine de celui de la potarite, un amalgame de palladium. La capitale Mahdia a été fondée en 1884 par des Africains libérés de l’esclavage. L’orthographe avec un -hd – inhabituel en Guyana peut faire penser à un transfert du nom d’une ville maghrébine, mais cela reste très douteux.

Haut-Takutu-Haut-Essequibo : Takutu est un hydronyme sans aucun doute d’origine arawak qui signifierait « rivière noire », un synonyme de Rio Negro, si on croit l’explorateur Schomburgk. La capitale Lethem est nommée en hommage à Sir Gordon James Lethem, qui fut gouverneur de la Guyane Britannique de 1941 à 1947.

Haut-Demerara-Berbice : les deux toponymes ont déjà été expliqués, suivez un peu, quoi! La capitale est appelée Linden en l’honneur de Linden Forbes Sampson Burnham, le négociateur de l’indépendance du Guyana en 1966 et proclamateur de la république en 1970.

… et ce sera tout pour aujourd’hui !

L’inspiration commençant à faire défaut, je ne vous propose aujourd’hui qu’une toute petite devinette :

Il vous faudra trouver le nom d’une commune française qui fut la proie des flammes, selon son étymologie.

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