Herm

Le latin classique utilisait un mot hérité du grec eremus pour désigner le désert, la solitude. Le latin chrétien a emprunté au grec le terme « ermite », « celui qui vit dans la solitude ».

Dans l’ancienne langue, eremus a gardé ce sens de désert, de solitude, d’ermitage, mais, parallèlement, est apparu le sens rural de lande stérile, en bas latin herma terra, et c’est celui-ci que j’aborde aujourd’hui, laissant de côté les ermites et leurs ermitages.

L’ancien français hermi ou ermi était un désert inculte ; l’occitan èrm ou èrme désigne une lande, un désert, une terre inculte, la vigne abandonnée, et son péjoratif ermàs a donné le verbe s’esmassir, « se transformer en friche ; le catalan dit erm, l’espagnol yermo, l’italien ermo et le basque eremu. On rapproche de cette même racine le gallois hermaes, « externe, extérieur », ou encore le breton ermaez, « au dehors », d’où est issu ermaeziad, « étranger ».

Les toponymes issus de ce mot sont très nombreux dans toute la France, notamment en pays de langue d’oc et plus particulièrement dans le Massif Central.

On trouve ainsi les noms de Herm (Landes), L’Herm (Ariège), Saint-Germain-l’Herm (P.-de-D.), Saint-Cernin-de-l’Herm (Dord.) et Saint-Michel-en-l’Herm (Vendée) et aussi de Hermé (S.-et-M., Hermez en 1166, avec le suffixe diminutif –et au pluriel) et Hermes (Oise, ad pontem Harmis en 1060 puis Mons Hermarum en 1143 et Harmae en 1170, sans rapport avec le dieu Hermès).

L’agglutination de l’article a fourni les noms de Lherm (H.-Gar. et Lot) et de Lerm-et-Musset (Gir.).

Les lieux-dits, écarts ou hameaux portant des noms similaires sont très nombreux comme Les Hermes (par exemple à Vitrolles, B.-du-R.), Les Ermes (aux Allues, Sav.), le Mas de l’Herme (à Jonquières, Hér.), etc.

carte-postale-saint-germain-l-herm-

On trouve quelques dérivés comme Les Hermaux (Loz., avec le suffixe –al au pluriel) et Herment (P.-de-D., avec le suffixe locatif –enc) et aussi les lieux-dits L’Hermet (à Desaignes, Ardèche – diminutif), L’Hermier (à Carsac-Aillac, Dord. – collectif), Hermillon (à La Tour-en-Maurienne, Sav. – diminutif), Hermière (à Favières, S.-et-M. – collectif), etc.

Plus inattendus sont les noms de L’Air (à Siauges-Saint-Roman, H.-Loire)  qui est un ancien Lermum (1078-91) et de Lerveuil (à Vissac, H.-Loire)  qui était Lermus en 1078 avant de changer en Lerm Veilh en 1404 avec l’adjectif occitan vielh, « vieux ».

Notons des formes quasi méconnaissables dans les déterminants de Saint-Romain-de-Lerps (Ardèche, Romanus de heremos au XIIIè s ) et de Saint-Genest-Lerpt (Loire, Sancti Genesi l’Erm en 1225).

Germ

Erme a donné aussi des formes en arm– comme pour Armes (Nièvre ) et Armeau (Yonne, Hermeau en 1304 – diminutif –al,eau) et pour de nombreux lieux-dits en Armiaz (à Cranves-Sales, Sav.), Armigère (à Chatain, Vienne, et Pleuville, Char.) Armières (à Villefontaine, Is.) etc.

Quelques hydronymes ont été formés avec cette même racine comme le ruisseau de l’Herm, affluent du Viaur à la Salvetat-Peyralès (Av.) et donc sous-affluent de la Garonne, L’Herm, affluent de l’Ance à Saint-Julien-d’Ance (H.-Loire)  ou encore l‘Hermettaz, affluent de l’Isère à Notre-Dame-des-Millières (Sav.).

devinette_forum_792_th1

La devinette

Il vous faudra trouver le nom d’une localité de France métropolitaine lié au mot qui nous intéresse aujourd’hui accompagné vraisemblablement d’un élément issu d’une racine oronymique pré-indo-européenne ou, selon une autre hypothèse moins consensuelle, d’un mot désignant un type de bâtiment.

La localité est si petite qu’il n’y a rien à en dire de particulier.

♦ un premier indice, pour la région :

la région où se trouve ce village doit son nom à des étrangers, fugitifs, brigands ou aventuriers, installés dans sa ville principale par un général romain à l’issue d’une guerre victorieuse dans un pays voisin. Le nom générique donné à cette population a d’abord complété celui de la ville avant de le remplacer puis de servir à nommer  la région. Cette ville porte aujourd’hui un autre nom complété par le nom de ladite région.

♦ un second indice, pour la ville principale :

indice 30 05 2021

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

2 commentaires sur “Herm

  1. Bonjour M Leveto , déjà lundi

    38 L’alpe d’Huez
    lieu dit : BRANDES ( anciennes mines)

    lieu dit : L’ HERPIE

    lieu dit : OUTARIS

    38 Au Bourg d’Oisans : Les ESSOULIEUX

    30 TAVEL sur wikipedia , c’est le grand n’importe quoi

    21 AMPILLY-LES-BORDES
    AMPILLY-LE-SEC
    – sur un site = EPONA ( déesse celte)

    – sur un autre = Emporion

    50 FLOTTEMANVILLE
    homme norrois ? lequel ?

    73 L’ARMENAZ mont des Bauges alpes Almina ? Ar =Alp

    77 Gréez-sur-Roc ecclesia de GRES = GRES ?

    28 FRAZé frasiam fraseium froisieum

    72 SAINT-ULPHACE cella sancti ulfacii ULF ( loup ? )

    38 CHIRENS Chirochus ? Caringi caringos ? CARLNGOS ? CARENCUS ?
    CHIRON ?
    38 SINARD

    38 VALENCOGNE 1 ° vallis inconia ?
    2 ° familles VAILLANT & COGNE ?? ??

    38 Saint-nicolas-de-MACHERIN

    merci infiniment.

    Je connaissais une jeune femme d’Herm ( 40 ) ce qui m’avait déjà fait
    étudier cette étymologie.

    J'aime

  2. lecteur

    De plus en plus compliqués vos toponymes ! Difficultés à trouver les formes anciennes, quand il y en a !, difficultés à les décrypter (d’autant plus que, la plupart du temps, les toponymistes chevronnés font l’impasse …), etc. Bref, pour certains d’entre eux vous comprendrez qu’il ne s’agit que d’hypothèses personnelles qui ne prétendent pas à la certitude.
    Ceci dit, ça m’occupe et ça me permet de réviser mes acquis !

    ■ 38 L’alpe d’Huez

    ♦ lieu dit : BRANDES (anciennes mines)

    il faut sans doute voir dans ce nom celui de la « brande » ou « bruyère à balais » (Erica scoparia), du bas latin branda, « bruyère », qui a aussi donné l’ancien français brandey, brandoy, « champ de bruyères ».
    L’ancien français brande , « embrasement, flamme », pouvant s’appliquer à un lieu défriché par le feu, est une autre possibilité.
    J’ai bien noté la présence d’anciennes mines d’argent , notées argenteria de la branda au XIIIè siècle, mais ce sont les mines qui ont pris le nom du lieu et pas le contraire.

    ♦ lieu dit : L’ HERPIE

    Plutôt qu’une racine oronymique pré-indo-européenne arp , variante de alp, et suffixe ia, on peut penser au franco-provençal alpin èrpi, « herse », par analogie avec l’aspect dentelé de la crête dont le pic de l’Herpie constitue le sommet (3012m). Notons non loin de là le Râteau des Rousses (2585m) ou encore le Râteau (3809m) à la Meije, tous deux ainsi nommés en raison de la même ressemblance.

    ♦ lieu dit : OUTARIS
    Absent du Dictionnaire topographique de l’Isère, le nom semble bien mystérieux, sauf à y voir un dérivé du latin altare , sur altus , « haut », qui, avant de désigner l’autel où on déposait des offrandes au passage des cols (d’où le Lautaret, l’Autaret, etc. ) a pu désigner tout simplement une hauteur.
    On trouve ainsi à Longirod (canton de Vaud, CH) une grangia de Altari en 1291 devenue aujourd’hui le lieu-dit Outard.

    ■ 38 Au Bourg d’Oisans : Les ESSOULIEUX

    Le lieu-dit est attesté Huysilinum et Heysulinum au XIIIè siècle ainsi que Eissulif à la même époque (Dictionnaire Topographique de l’Isère)
    J’ai trouvé aussi mention du nom d’ Exoliu daté d’entre 1096 et 1109 ( ici , mais hélas sans autre explication.
    Les formes anciennes, si disparates qu’on se demande si elles ne sont pas distinctes, ne m’ont pas permis de me forger une opinion solide. Tout juste puis-je penser sans grande conviction à un dérivé du celtique ouxellos, uxellos, « élevé » : on pourrait en effet voir dans la forme Huysilinum la transcription plus ou moins phonétique d’un ancien uxell-inum — comme le diminutif uxima a donné son nom à Huismes (I.-et-L.) ou comme Uxellodunum (« la haute forteresse ») a donné le Puy d’Issolud (à Vayrac, P.-de-D.).

    ■ 30 TAVEL sur wikipedia , c’est le grand n’importe quoi

    Attestée Villa de Tavellis en 1294, donnant lieu à deux hypothèses :
    Le gaulois tava, « tranquille », nom donné à un cours d’eau , et suffixe ellum (D&R) ou le latin tabellis , locatif pluriel de tabella , « aux petites planches », pour désigner une construction en bois (E. Nègre).

    ■ 21 AMPILLY-LES-BORDES
    AMPILLY-LE-SEC

    – sur un site = EPONA ( déesse celte)
    – sur un autre = Emporion

    Attestés Empiliacus en 1099 pour le premier et Ampilliacum en 1169 pour le second. Pas de mystère : nom d’homme latin Ampellius et suffixe -acum.

    ■ 50 FLOTTEMANVILLE
    homme norrois ? Lequel ?

    Il s’agit en effet d’une ancienne Flotomanum (1056) puis Flotemanvilla (1147) que l’on rattache généralement au nom d’homme norrois Flotamadr accompagné du latin villa, « domaine agricole »,

    ■ 73 L’ARMENAZ mont des Bauges alpes Almina ? Ar =Alp

    Attesté Armène et Alpes Almina au XIIème siècle.
    Il s’agit en effet d’un toponyme composé du pré-indo-européen Ar, « alpe, alpage », et d´un qualificatif issu du latin mediana, « du milieu ». Présence du -z- terminal habituel en savoyard.

    ■ 77 Gréez-sur-Roc ecclesia de GRES = GRES ?

    Attesté Gres en 837. Il s’agit en effet d’un toponyme issu du gallo-romain * gresum , « terrain rocailleux » — lui-même issu d’un pré-latin car, gar , « pierre », et suffixe -esu..

    ■ 28 FRAZÉ frasiam fraseium froisieum

    E. Nègre propose une origine selon le nom d’homme germanique Fradohis et suffixe -acum

    ■ 72 SAINT-ULPHACE cella sancti ulfacii ULF ( loup ? )

    Le nom célèbre Ulfacius , un ermite du Perche au Vè siècle selon  l’Église, au VIè siècle selon  cet ouvrage ou encore au VIIè siècle selon D&R, Nègre qui ont lu ce  dictionnaire hagiographique
    Si on compare son nom Ulfacius à celui d’ Ulfus , assimilé à Wulf, martyr en Champagne aux IIè-IIIè siècles et devenu saint Oulph (dont une commune de l’Aube porte le nom), on est bien en présence d’un dérivé de wulf, « loup ».

    ■ 38 CHIRENS Chirochus ? Caringi caringos ? CARLNGOS ? CARENCUS ?
    CHIRON ?

    On ne trouve hélas pas de forme plus ancienne qu’une latinisation Chirencium du XIVè siècle, suivie de Chirencum au siècle suivant.
    La terminaison en -ens fait penser à un dérivé en ing d’un nom d’homme germanique, peut-être Caro (DR). E. Nègre propose le nom de personne germanique Carencus employé seul, comme c’est quelquefois le cas, cf. le suivant.

    ■ 38 SINARD

    Attesté Sinart au XIIè siècle, du nom d’homme germanique Senardus.

    ■ 38 VALENCOGNE 1 ° vallis inconia ?
    2 ° familles VAILLANT & COGNE ?? ??

    Oubliez les noms de famille !
    Le Dictionnaire topographique de l’Isère donne les formes anciennes : Valenconi au XIIIè siècle, Vallenconia au XIVè siècle, Valanconia et Valenconis au XVè siècle et enfin Valencogny au XVIIIè siècle
    il s’agit indubitablement d’une « vallée » mais le deuxième élément reste mystérieux .
    L’hypothèse la plus simple fait appel au patois dauphinois où encona signifie « sinuosité » (cf. le français « encoignure »). Ce mot encona était semble-t-il aussi connu en langue celtique
    Mais peut-être est-il à rapprocher de l’occitan conh, du latin cuneus , « coin ». Cf. les toponymes Cognet (Isère), Cognin (Sav.), Cognin-les-Gorges (Isère), etc. Valencogne serait alors la vallée dans un coin du territoire.
    On trouve néanmoins sur le site de la mairie : « Une charte de l’Archevêque de Lyon datée de 653 évoque une paroisse nommée  Vallis incognita  ». Mais cela ressemble fort à une latinisation a posteriori d’un terme préexistant mal compris. En tout cas, Jean Fréchet, auteur des Vies, traditions, coutumes des Terres Froides et du Dauphiné (Le Bellier, 1984) doute fortement de cette vallis incognita qui n’apparaît nulle par ailleurs que dans ce document.
    Le site wiki parle, en se mélangeant les pédales, d’une improbable vallis inconia en s’appuyant sur la Revue savoisienne de 1941 et des hydronymes comme l’Ancone.

    ■ 38 Saint-nicolas-de-MACHERIN

    Attesté Sancty Nicolay de Machirinno, Macherino, Mascherino aux XIVè et XVè siècle.
    Il faut sans doute voir dans ce Macherin la forme germanique dérivée du latin maceria , « ruines (de l’époque romaine ) », comme pour Macheren (Moselle), attesté Machera en 1121.

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s