Chalonge est un toponyme qui désigne une terre ayant fait l’objet d’un litige, d’une contestation de propriété, résolue ou non par un arrangement privé, souvent par les armes, ou judiciaire. On le rencontre principalement dans l’Ouest, écrit chalonge ou challonge. Des variantes, beaucoup moins nombreuses, se retrouvent ailleurs, sous des formes diverses que l’étymologie du mot nous permettra de découvrir.
Étymologie
L’ancien français d’oïl chalonge ou chalenge, « réclamation judiciaire, poursuite en justice » et, dans un sens plus général, « dispute, défi, attaque » était accompagné du verbe chalongier ou chalengier, « réclamer en justice, disputer, défier ». Ces termes sont issus du latin médiéval calumniacus, « terre faisant l’objet d’un litige, disputée entre plusieurs seigneurs », lui-même de calumnia qui, au Moyen Âge, avait le sens de « litige, contestation, querelle » , issu du latin classique calumnia, « fausse accusation, tromperie, chicane en justice » (d’où la calomnie). Ces mots latins sont eux-mêmes issus du verbe déponent calvor, calvi, « chicaner, tromper », de la langue du droit. On a rapproché ce verbe du grec kêlein, « charmer, séduire (péjorativement), corrompre » et du gotique holon, « calomnier ». On aura compris que c’est de là que vient, par l’intermédiaire au XIXè siècle de l’anglais qui l’avait conservé, notre challenge, que le français avait oublié depuis le XIIè siècle.
Le dictionnaire de Godefroy, toujours très soucieux d’exhaustivité, donne de nombreuses formes pour chalenge : chalonge, calonge, chalange, chaloigne, caloigne, chalogne, challogne, chalainge, chalunge, chalompne, calompne et calumpne.
Outre chalonge, quelques une de ces variantes et d’autres formes sont encore présentes en toponymie.
Toponymie
Comme je le signale en introduction, c’est la forme chalonge qui est la plus représentée en toponymie (et pour cause : c’est étymologiquement la première attestée) avec plus de cinq cents exemples (La, Le ou Les) Chalonges et une soixantaine de (La, Le ou Les) Challonges. Près des trois quarts d’entre eux se trouvent en Bretagne et dans les Pays-de-la-Loire, le reste étant réparti dans le Centre-Val-de-Loire, la Nouvelle-Aquitaine, la Bourgogne-Franche-Comté, l’Auvergne-Rhône-Alpes et le Grand-Est.
On citera Les Chalonges à Bourgon, Saint-Denis-de-Gâtines, Châlons, Vautorte etc.(May.), des « terres limitrophes de paroisses et imposées tour à tour dans une paroisse et dans une autre » (Dictionnaire topographique de la Mayenne, Léon Maître, 1878), Les Chalonges à Rueil-la-Gadelière (E.-et-L., Les Chaloignes en 1358 – cf. le Godefroy, op.cit.), Les Chalonges à La Bazoche-Gonet (E.-et-L., Chalonges en 1300), Chalonge à Roëzé-sur-Sarthe (Sarthe, Boscus de Calumnia vers 1050 – une forêt dont l’exploitation faisait l’objet d’un litige), Chalonge à Seyssel (Ain, de Chalongio en 1388) les Chalonges à Montaillé (Sarthe, decima de Columpniis au XIIè siècle – où l’on voit la variante avec –mp– signalée par Godefroy), les Bordes de Chalonges à Bombon (S.-et-M., Calumnia vers 1142, silva Calumpnie en 1145), le Chalonge à Dixmont (Yonne, Kalungium en 1199) etc. Devenu patronyme, soit nom d’origine soit sobriquet pour un querelleur, Chalonge est à l’origine des Chalongères à Retiers (I.-et-V.) et des Chalongers à Fresnay-sur-Sarthe (Sarthe).

Pour celui-ci, l’issue du « chalonge » a dû être favorable
Il conviendra d’éviter la confusion avec des toponymes issus du bas-latin colongia, du latin colonica, « terre d’un colon », comme pour la commune de Challonges (H.-Sav.) attestée cura de Chalungia vers 1344 qui a subi l’attraction du franco-provençal tsalo, « chaleur », ou avec ceux composés de cha (gaulois calmis, « pâturage en montagne ») et longe (pour « long ») comme Chalonge nom d’un alpage à Samoëns (H.-Sav.). De la même manière, le nom de Calonges (L.et-G.) et de plusieurs lieux-dits Calonge(s) du Sud-Ouest sont issus du latin colonica, au contraire des Calonges de Ronfeugerai et d’Athis-Val de Roure (Orne) qui sont une forme normando-picarde de chalonge (le verbe calengier est connu en ancien normand).
La variante chalange est représentée à moins de cent exemples du type (La, Le ou Les) Chalange(s) ou Challange(s), très majoritairement en Normandie et Bretagne, mais aussi en Pays-de-la-loire, Auvergne-Rhône-Alpes et Bourgogne-Franche-Comté : on citera par exemple la commune Le Chalange (Orne, Chalonge vers 1210) et les Challanges Est et Challanges Ouest à Beaune (C.-d’Or, Chaalenges en 1195, Chalenges en 1216, Chalange en 1574). À Val-de-Meuse (H.-Marne), le Bois Chalangard, entre le Bois Monsieur et le Bois Là-Haut, devait être l’objet d’âpres disputes entre différents propriétaires, comme le suggère son suffixe péjoratif –ard. Devenu lui aussi patronyme Chalange se retrouve dans des noms comme La Chalangerie à Subligny (Manche) ou La Chalengère à Moulins-en-Tonnerre (Yonne).
On trouve également une forme normando-picarde (La ou Les) Calange(s) à près de cinquante exemplaires, comme Calange au Neubourg (Eure, Callenge au début du XIXè siècle) et trois Les Callanges, tous en Normandie.
On évitera la confusion avec la montagne de Challange (Névache, H.-A.) dont le nom est issu du pré-indo-européen *kal, « pierre, rocher », accompagné du suffixe –inca (oui, Kalinka).

Je ne pouvais pas passer à côté, il est, n’est-il pas ?
La variante chalenge est encore moins représentée : on ne trouve qu’une dizaine de Chalenge(s) et autant de Challenge(s), tous en Bretagne et Normandie, à l’exception de quelques uns en Pays-de-la-Loire et d’un seul en Auvergne-Rhône-Alpes qui se fait tout petit puisqu’il s’agit de Challengette à Saint-Martin-de-la-Porte (Savoie). On ajoutera Les Calenges, « terres vagues disputées à Saint-Martin-au-Bosc, fin du XIIIè siècle » (Dictionnaire topographique de l’Eure, Ernest Poret Bosseville, 1877).
Connu en ancien français avec le sens de « disputer, contestation », le verbe escalangier a donné l’escalangie, « contestation », qui explique des noms de lieux comme Échalonge à Essertene-et-Cecey (H.-Saône), Les Échalonges à Saint-Viaud (L.-A.) ou encore la Grande et la Petite Échalange au Gast (Calv.) etc.
Je termine ce passage en revue avec la commune de Chelun (I.-et-V.) qui est attestée ecclesia de Calumpniaco au XIe siècle, Chalunum en 1506 et Chalun au XVIe siècle – Calumpniaco étant directement issu du latin médiéval calumniacus.
PS : on aura remarqué que c’est en Bretagne qu’on trouve la très grande majorité de ces toponymes. Le Breton serait-il aussi querelleur que l’Auvergnat est avare et le Provençal menteur enjoliveur ?

La devinette
Il vous faudra trouver deux lieux-dits non habités de France métropolitaine portant le même nom lié au mot du jour.
Ils se font face de part et d’autre de la frontière entre deux communes d’un même canton.
Le nom de la première commune est issu de celui d’un homme latin suivi d’un terme désignant des habitations.
Le nom de la deuxième commune est issu d’un terme désignant un lieu humide suivi d’un dérivé d’un nom d’homme latin.
Le bureau centralisateur du canton porte un nom désignant un lieu marécageux suivi du nom du saint patron de la région.
Toutes ces communes ont été citées, au moins une fois sur ce blog, le plus souvent en raison de la production agricole locale.
D’anciens occupants de la région, particulièrement ardents, ont été plus tard remplacés par d’autres qui portaient un nom rappelant leur origine montagnarde.

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr
Bonjour M Leveto :
-25 ECHAY
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28 UMPEAU
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29 COMMANA ( un peu comme Connemara)
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33 MARCHEPRIME
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38 DIZIMIEU
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39 CRAMANS
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46 MAXOU
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52 DANCEVOIR
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63 YOUX
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80 MARCHéLEPOT-misery
ancienne commune MARCEL en 1103 / mareschel < picard maresquel
» petit marais du pot » ( source wiki ? )
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–Bonne semaine, merci.
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