Ferrif, à Apchon (Cantal) et Enterif à Laval-sur-Doulon (Haute-Loire) : les répauxdev

Félicitations à TRS, LGF et Un Intrus qui m’ont donné les bonnes réponses à mes dernières devinettes !

Il fallait trouver le lieu-dit Ferrif à Apchon (canton de Riom-ès-Montagnes, arrondissement de Mauriac dans le Cantal) et le lieu-dit Enterif à Laval-sur-Doulon (canton du Plateau du Haut Velay granitique, chef-lieu Craponne-sur-Arzon, arrondissement de Brioude en Haute-Loire).

Tout ça se trouve ici :

apchon_ laval-sur-doulon

2 call (2)

La toponymie

Ferrif : le nom est attesté Villa Frigidus Rivus au XIIè s, Freyrif en 1513 et Ferrif en 1783 (Cassini, feuille 14, Mauriac) et, anecdotiquement, Froid-Rif au XIXè s. On comprend qu’il s’agissait d’un « ruisseau froid ».

Apchon : attesté Apione au XIIè siècle, du nom d’homme latin Appius suivi du suffixe latin –onem.

Riom-ès-Montagnes : il y a un an, dans un billet relatif à une devinette concernant le gaulois attegia, j’écrivais :

■ Riom-ès-Montagnes : attesté Riom dès le XIIè siècle, ce nom est dérivé du gaulois rig-o-magos, « le marché ou champ de foire du roi », comme je l’expliquais dans ce billet. Le complément, « dans les montagnes », sert à la distinction d’avec Riom (P.-de-D.).

Mauriac : attesté Mauriaco sur une monnaie mérovingienne et Mauriacus en 818, du nom d’homme latin Maurius et suffixe  latin issu du gaulois –acum.

Les indices

■ Le sketch de l’eau ferrugineuse, dit par Bourvil, devait orienter les recherches vers un village possédant une telle eau, ce qui est le cas d’Apchon, avec la Font-Salée ou Source Saint-Éloi.

■ Les Quatre Barbus et Lucienne Vernay interprètent la chanson Le Bon roi Dagobert, dans laquelle Saint-Éloi joue un grand rôle, qui complétait l’indice précédant – ce que confirmait, le mardi, la phrase : « les indices ci-dessus permettent de remonter à la source, bien sûr.»

 ■ ce tableau d’Émile Gruppe montrait un ruisseau gelé en hiver : un rif froid, bien sûr !

 ■ il fallait reconnaitre une fleur de gentiane jaune, qui était « une allusion à la liqueur de gentiane, spécialité de Riom-ès-Montagnes et au Gentiane express, train touristique entre Riom-ès-Montagnes et Lugarde » et dont je m’étais déjà servi dans le billet op. cit.

2 call (1)

La toponymie

Enterif : ce nom est attesté Mansus de Anterivest en 1307, Mansus de Anterivus en 1322 et Enterisse en1888. On le trouve écrit Anterif dans le Dictionnaire topographique de la Haute-Loire (A. Chassaing et A. Jacotin, 1907). Il s’agissait donc de « la maison devant le ruisseau ».

Laval-sur-Doulon : ce nom s’explique tout seul. L’occitan val, issu du latin vallis, « vallée », était féminin, d’où l’article la. Le Doulon est un hydronyme gaulois formé sur *dol, « vallée, creux,méandre » accompagné du suffixe celtique –ono.

Plateau du Haut Velay granitique : le nom de ce canton associe la topographie (« plateau » ) et la géologie (« granitique ») au nom du pays (le Haut Velay). À comparer au canton du Velay volcanique (chef-lieu Cussac-sur-Loire).

Velay : le nom de ce pays est formé au haut Moyen Âge sur le nom ancien Vellavi de la ville qui en était alors la capitale, aujourd’hui Saint-Paulien (H.-L.). Il est d’abord attesté a Vellavo en 581-87, formé sur le nom du peuple gaulois, les Vellaves. À partir du IXè siècle apparait l’adjectif Vellaicus formé avec le suffixe latin –icu, d’où le pagus Vellaico en 845. L’adjectif sera substantivé à partir du bas Moyen Âge, d’où l’ancien occitan Velai à la fin du XIIè siècle et le français Velay en 1335.

Craponne-sur-Arzon : attesté in vicaria Craponensem en 990 et Crappona en 1383. On s’accorde aujourd’hui à voir dans ce nom un dérivé de la base oronymique pré-indo-européenne *kr-app, comme je l’expliquais naguère dans un billet concernant les noms Crapon, grepon et grapillon.

L’Arzon doit son nom à l’hydronyme pré-celtique *alis (sur une souche *ales, « rocher » ) complété par l’hydronyme gaulois –one (d’où « rivière caillouteuse »). Après la disparition du i atone, al(i)son(e) voit le l devant consonne subir un rhotacisme et le s se durcir en z pour donner finalement arzon.

Brioude :  attesté Brivas au Vès, Brivate au VIès, Vetus Brivate en  833, Vetulae Brivatae et Vetus Brivata au XIVès, ce nom est formé  du gaulois briva, « pont », suivi du suffixe gaulois atone –ate. Le pont primitif sur l’Allier était à Vieille Brioude, 3km au sud. Cette étymologie avait été expliquée dans un billet consacré au pont gaulois.

Les indices

La complainte de Mandrin (ici interprétée par Yves Montand) devait orienter vers Brioude où le brigand s’est illustré dans un épisode resté célèbre, « en 1754, obligeant le directeur de la ferme générale à acheter à prix fort du tabac de contrebande, déshonorant ainsi ce notable peu apprécié, qui meurt huit jours après des suites de son émotion ».

■ « l’indice ci-dessus devrait faire un pont vers la solution ». Un pont comme celui, gaulois, qui a donné son nom à Brioude.

 ■ un tableau montrant une cabane devant un ruisseau :  mansus ante rivus, bien sûr !

 ■  une planche signée Buffon concernant les crapauds … comme le Sommet du Crapaud dont le nom est issu du pré-indo-européen *kr-app, comme celui de Craponne (cf. plus haut).

Les indices du mardi 03 décembre 2024

Un Intrus m’a donné la bonne réponse à la deuxième devinette tandis que TRS m’a donné celle de la première … Un bravo à se partager, donc !

Je rappelle que « Les deux lieux à trouver, dans des départements mitoyens, sont distants de 100 km par la route ».

Rappel de la première devinette :

2 call (2) ■ le nom du lieu-dit à trouver est formé du nom du ruisseau accompagné d’un adjectif qualificatif.

La commune où il se trouve doit son nom à celui d’un homme latin accompagné d’un suffixe lui aussi latin.

Le canton a été cité et le nom de son chef-lieu expliqué sur ce blog quand un lieu-dit, situé dans une autre de ses communes et tirant son nom d’un type d’habitations, avait fait l’objet d’une devinette.

Enfin, le chef-lieu d’arrondissement doit lui aussi son nom à celui d’un homme latin accompagné d’un suffixe plus répandu.

Pour la commune, je vous propose deux indices en vidéo :

un sketch de Bourvil

et une chanson des Quatre Barbus et Lucienne Vernay

et les indices du mardi :

■ les indices ci-dessus permettent de remonter à la source, bien sûr.

■ pour le lieu-dit lui-même :

indice b 03 12 2024

■ pour le canton :

indice a 03 12 2024

cdl 1

Rappel de la deuxième devinette :

2 call (1)■ le nom du deuxième lieu-dit à trouver est issu d’une locution précisant l’emplacement d’une maison par rapport au ruisseau.

Le nom de la commune est composé du nom du relief où elle se situe accompagné de celui du cours d’eau qui l’arrose.

Le canton porte un nom, en plusieurs mots, associant la topographie et la géologie au nom du pays, lequel doit son nom à un peuple de montagnards.

Le nom du chef-lieu de ce canton est formé sur une base oronymique pré-indo-européenne bien connue. Il a été cité sur ce blog dans un billet consacré à des dérivés de cette base.

Le chef-lieu d’arrondissement porte un nom d’origine gauloise et a été lui aussi cité dans un billet consacré à ce mot gaulois.

Et puisque nous sommes dans la vidéo, restons-y !, voici pour le chef-lieu d’arrondissement : une chanson d’Yves Montand

et les indices du mardi :

■ l’indice ci-dessus devrait faire un pont vers la solution.

■ pour le lieu-dit lui-même :

indice d 03 12 2024

■ pour le canton :

indice c 03 12 2024

Réponses attendues chez leveto@sfr.fr

Rif

Issu, comme le rieu (dont on a vu quelques exemples ici et ), du latin rivus, « ruisseau », mais avec assourdissement en f du v latin final, le terme rif se retrouve essentiellement dans la toponymie des Alpes septentrionales et des Préalpes du Nord.

Plus de cent vingt de ces toponymes se retrouvent à parts à peu près égales en Isère et dans les Hautes-Alpes, une quarantaine dans l’Allier et autant dans le Puy-de-Dôme, près de vingt dans la Drôme, une douzaine en Haute-Loire et quelques autres en Savoie, Cantal et Alpes-de-Haute-Provence.

Ce même terme a pu devenir patronyme, notamment sous la forme Durif, désignant celui qui habite près du ruisseau, qu’on retrouve au Durif (Monestier, P.-de-D.), au Champ Durif (Saint-Martin-d’Hères, Is. ; Fontanes et Mercœur, H.-L.) et au Pré Durif (Mercœur, H.-L. ; Saint-Priest-des-Champs, P.-de-D.).

On ne sera pas étonné si rif désigne avant tout un cours d’eau de montagne – on en compte au moins cinquante rien qu’en Isère – mais il a pu ailleurs désigner un simple petit cours d’eau voire un canal d’irrigation : on compte ainsi plus de cent soixante hydronymes formés avec ce terme. Enfin, le nom du cours d’eau a pu servir à nommer la terre, le hameau ou le village qu’il traverse, voire, dans quelques cas, le relief proche et donc, comme souvent, d’hydronyme devenir oronyme.

Une seule commune porte un nom associé à ce terme : il s’agit de Grandrif, dans le Puy-de-Dôme.

CPAGrandrif-

Quand la seule distraction était l’arrivée de l’autobus (et quand on écrivait Granrif …)

Les toponymes formés sur la forme simple Rif, précédé ou non de l’article, sont les plus rares. On trouve néanmoins une quinzaine de cours d’eau nommés simplement (Le) Rif répartis équitablement entre l’Isère, la Drôme et les Hautes-Alpes, plus un à Ménétrol (P.-de-D.) et guère plus de lieux dits (H.-A., Is., Drôme, Allier) comme Le Rif (Notre-Dame-de-Mésage, Is., bordaria de Rivo au XIIIè s.)

C’est bien entendu les noms du rif complétés par un déterminant qui sont les plus nombreux, que ce nom soit écrit en un seul ou en deux mots. Ce déterminant peut être [dans ce qui suit l’abréviation ld signale un lieu-dit et le signe ≈ signale un cours d’eau] :

  1. le nom de l’endroit qu’il arrose : le Rif de Migneval (ld, Saint-Martin-des-Olmes, P.-de-D.), Rif de Baumugne (≈, Saint-Julien-en-Beauchêne,  H.-A.), Rif de Châtelard (≈, Saint-Véran, H.-A.), Rif de Beauregard (≈, Allemond, Is.), Rif de Saint-Marcellin (≈, Veynes, H.-A.), Rif la Ville (≈, Manteyer,H.-A.) et bien d’autres.
  2. le nom de celui qui s’est établi au bord du ruisseau : Rif Bonnet (ld, Montmorin, P.-de-D.), Rif des Faures (ld, Mirmande, Dr.), Rif de la Richarde et Rif de Marcel (≈, Saint-Véran, H.-A.), Rif des Garcins (≈, Molines-en-Queyras, H.-A.), Rif du Gendarme (≈, Saint-Michel-les-Portes, Is.), Rif du Sauvage (≈, Ardes, P.-de-D.), Rif du Font Mathieu (≈, Villar-d’Arêne, H.-A.) et bien d’autres.
  3. un élément distinctif particulier : le Rif du Pin (ld, Saint-Maurice-en-Trièves, Is.), le Rif du Sap (ld,La Chapelle-en-Valgaudemar, H.-A.), Rif de l’Arc (≈, La Roche-des-Arnauds, H.-A.), Rif de la Ruine du Playe (≈, Gresse-en-Vercors, Is.), Rif du Lavoir (≈, Mornans, Dr.), Rif des Ruches (≈, Roissard, Is.), le Rif de Pisselièvre (≈, Soyans, Dr.) etc.
  4. un adjectif indiquant :
    • son aspect : (le) Gros Rif (≈, Villar-Saint-Pancrace, H.-A. ; Gua, Is.), le Grand Rif (≈, Chateau-Ville-Vieille, H.-A. ; Saint-Barthélémy-de-Séchilienne, Is.), Petit Rif (≈, Villar-Saint-Pancrace , H.-A.), Rif Clar (ld, Saint-Andéol, Is.), Rif Claret (ld Briançon, Riou claret en 1539, et Montgardin, H.-A.), Rif Tor (≈, Chabestan, H.-A.), le Rif Tort (≈, La Grave, H.-A.), Rif Tord (ld, Cervières et Névache, H.-A.), Rif Vieux (≈, Roynac, Dr.), Rif Mort (≈, Barraux, Is.) etc.  En un mot, on trouve le Grandrif (ld Dore-l’Église, P.-de-D. ; ≈, Saint-Just, id.), le Malrif (≈, Abriès-Ristolas, H.-A., In malo rivo en 1398, affluent du Guil ; ≈, Ventavon, H.-A., Malus Rivus en 1290, affluent du Baynon).
    • sa couleur : le Rif Blanc (≈, Vaujany, Is ; ≈, La Grave et Le Monêtier-les-Bains, H.-A.), Rif Brillant (≈, Huez, Is. ), le Rif Noir (≈, Chabrillan, Dr. ; ≈, Saint-Anthelme, P.-de-D.), le Rif Roux (≈, Le Périer, Is.), Rif Trouble (≈, la Bâtie-Neuve, H.-A.), etc.
    • une autre caractéristique : le Rif Froid (≈, Saint-Étienne-en-Dévoluy, H.-A.), le Rif Bel (≈, Guillestre et Vars, H.-A. ; ld, Guillestre, H.-A.), Rif Bruyant (≈, Lalley, Is. ; ld, Lavaldens, Is.) etc. En un mot, on connait également le Riffroid (≈ et ld, Alixan, Dr.) et Les Riffroids (ld, La Clusaz, H.-Sav.).

CPA-Rif-Tort-Oisans

Nombreux sont également les toponymes pour lesquels le rif sert de déterminant. On connait par exemple la Bergerie du Rif Premier (ld, Allemond, Is.), l’Auberge du Rif (ld, Saint-Victor, Allier), le Bois du Rif Blanc (ld, Le Monêtier-les-Bains, H.-A.), le Champ du Rif (ld, Bagneux, Allier), le Refuge du Rif Tord (ld, Besse, Is.), la Ferme du Rif (ld, La Motte-Chalançon, Dr.), l’Étang du Rif Blanc (≈, Champier, Is.), le Glacier du Rif de la Planche (≈, Villar-d’Arêne, H.-A.), etc. et de redondants Torrent du Rif (≈, Barcillonnette, Antonaves, Barret-sur-Méouge …H.-A.) etc. J’ajoute à cette série un étonnant Lordurif ou, mieux, L’Ordurif (ld, Valcivières, P.-du-D.) qui était L’hort du Rif, soit « le jardin du ruisseau ».

Les oronymes sont bien entendu moins nombreux, pas plus d’une douzaine, dont la Tête du Rif de l’Are (1859 m, Dévoluy, H.-A.), le Seuil du Rif qui monte au Pic du Rif (3478 m, Vallouise-Pelvoux, id. – où le Riou Blanc prend sa source), la Côte du Rif (La Chalp, Is.), la Combe du Rif Mollet (Besse, id.) et la Montagne du Malrif (Abriès, H.-A.).

Signalons pour finir Le Rifroger, un affluent de la Veuve en aval du Grand Lucé, dans la Sarthe. Attesté de Rivo Frogerii au XIè siècle, Ruffrogier en 1406 et Rifrogier en 1490, ce nom est issu de l’oïl rieu, ru, ri, « ruisseau » et du patronyme Frogier et non de l’occitan rif suivi du nom de personne Roger.

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Les devinettes

Incapable de faire un choix, je vous propose aujourd’hui deux devinettes en rapport avec le mot du jour. Les deux lieux à trouver, dans des départements mitoyens, sont distants de 100 km par la route.

2 call (2) ■ le nom du lieu-dit à trouver est formé du nom du ruisseau accompagné d’un adjectif qualificatif.

La commune où il se trouve doit son nom à celui d’un homme latin accompagné d’un suffixe lui aussi latin.

Le canton a été cité et le nom de son chef-lieu expliqué sur ce blog quand un lieu-dit, situé dans une autre de ses communes et tirant son nom d’un type d’habitations, avait fait l’objet d’une devinette.

Enfin, le chef-lieu d’arrondissement doit lui aussi son nom à celui d’un homme latin accompagné d’un suffixe plus répandu.

Pour la commune, je vous propose deux indices en vidéo :

et

2 call (1) ■ le nom du deuxième lieu-dit à trouver est issu d’une locution précisant l’emplacement d’une maison par rapport au ruisseau.

Le nom de la commune est composé du nom du relief où elle se situe accompagné de celui du cours d’eau qui l’arrose.

Le canton porte un nom, en plusieurs mots, associant la topographie et la géologie au nom du pays, lequel doit son nom à un peuple de montagnards.

Le nom du chef-lieu de ce canton est formé sur une base oronymique pré-indo-européenne bien connue. Il a été cité sur ce blog dans un billet consacré à des dérivés de cette base.

Le chef-lieu d’arrondissement porte un nom d’origine gauloise et a été lui aussi cité dans un billet consacré à ce mot gaulois.

Et puisque nous sommes dans la vidéo, restons-y !, voici pour le chef-lieu d’arrondissement :

Réponses attendues chez leveto@sfr.fr

Le Ruitord à Donnezac (Gir.) : la répàladev.

TRS, LGF et Un Intrus restent les seuls à avoir trouvé la solution à ma dernière devinette. Bravo à tous les trois !

Il fallait trouver Le Ruitord, un lieu-dit de Donnezac, du canton de Nord-Gironde – chef-lieu Saint-André-de-Cubzac – dans l’arrondissement de Blaye, en Gironde.

Donnezac, c’est là :

local Donnezac

Le Ruitord, ici, suivez la flèche rouge :

RUITORD Donnezac Capture GEOP

cdl 1

La toponymie

Le Ruitord : ce nom s’explique facilement à partir du latin rivus tortus, « ruisseau tortueux ».

Donnezac : du nom de personne latin Donatius suivi du suffixe acu(m). Le nom Donatius, formé sur le latin donatus, « donné (à Dieu) », était très répandu parmi les noms d’hommes latins chrétiens.

canton de Nord-Gironde : comme son nom l’indique, il est situé au nord du département de la Gironde.

L’étymologie de la Gironde a été expliquée dans un billet auquel je n’ai rien à ajouter.

Saint-André-de-Cubzac

Saint-André : on trouve les noms anciens Sanctus – Andreas et Sanctus – Andreas – de – Nomine – Domini. La paroisse a longtemps gardé le nom de Saint-André-du-Nom-de-Dieu. L’église romane a été bâtie au XIIè siècle par les Bénédictins de la Sauve Majeure qui l’ont, selon toute vraisemblance, dédiée à l’apôtre André, même si plusieurs saints ont aussi porté ce nom, comme un évêque de Florence au IXè siècle ou André de Syracuse, martyrisé vers 881.

Cubzac : attesté Cusac en 1254, Cubsac en 1273 et Cubzac en 1361, du nom d’homme latin Cuppius, avec palatalisation du pi en pðz puis bðz (pour la signification du ð, cf. l’encadré du billet concernant Fozières) accompagné du suffixe –acu(m).

Blaye : on dispose des formes anciennes du nom suivantes : Blauia sur la Table de Peutinger (et plus tard sur la Cosmographie de Ravenne), Blauto, à corriger *Blavio sur l’Itinéraire d’Antonin, Blavia au IVè siècle chez le poète Ausone et enfin Blabia au début du Vè siècle.

CPA-Blaye-entree-chenal

On ne s’assied pas, Madame ?

Ce nom viendrait du gaulois blavus, « bleu », avec une latinisation d’abord masculine blavius puis féminine blavia qui s’est imposée. La couleur ferait allusion aux eaux de la Gironde (DNLF*). Cette étymologie est cependant mise en doute par certains auteurs pour lesquels il s’agirait d’un toponyme formé sur le nom de personne gaulois Blavos, latinisé en Blavius et mis au féminin pour villa ou terra Blavia. Selon ces auteurs, le celtique blavos signifie « jaune, blond », cf. l’irlandais blà de même sens et le latin flavus (NLCEA*, DNFLMF*). Enfin, certains ne prennent pas vraiment parti, donnant au celtique blavos le sens d’« entre jaune et vert-bleu » (TT*). Notons toutefois que le FEW (vol. I, p.404 b) donne *blavos (kelt.), gelb, soit « jaune » et que la forme du bas-latin (et non gaulois) blavus pour « bleu » apparait chez Isidore de Séville (560-636), soit postérieurement à la Table de Peutinger où se trouve déjà le nom Blauia.

C’est en 1306 qu’apparaît la forme française Blaives qui sera supplantée par la forme gasconne Blaya (1337) francisée en Blaye dès 1363.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

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Les indices

indice a 24 11 2024 ■ cette image montrait des bouteilles de vin de bordeaux, comme le Blaye-Côtes-de-Bordeaux, dont l’étiquette 45° devait orienter non pas vers un degré d’alcool mais vers un degré de latitude. Le 45è parallèle passe par Saint-André-de-Cubzac.

indice d 24 11 2024 ■ il fallait ici s’attacher au nom de l’acteur Bernard-Pierre Donnadieu (ici dans le film Martin Guerre), qui est la traduction du latin Donatus. Comme le disait l’énoncé, cet indice orientait vers le nom de la commune, soit Donnezac. On pouvait également penser à la chevelure blonde du personnage, comme le gaulois Blavos, une des étymologies proposées pour le nom de Blaye.

gappe-de-raisin ■ Les plus attentifs auront remarqué ce cul-de-lampe : une grappe de raisins, pour orienter vers une région viticole, ici le Blaye-Côtes-de-Bordeaux.

indice b 26 11 2024 ■ le nom de  Pierre de Donadieu (détail du priant de Picheri exposé à Angers) confirmait l’indice précédent.

indice b 23 11 2024 ■ ce personnage de bédé, le détective Pat’Apouf a été créé en 1938 par Gervy, né le 12 mai 1908 à Blaye.

indice a 26 11 2024 ■ l’actrice Lili Damita, de son vrai nom Liliane Marie Madeleine Carré, est née le 10 juillet 1904 à Blaye.

 

Les indices du mardi 26 novembre 2024

TRS, LGF et Un Intrus ont déjà trouvé la réponse à ma dernière devinette. Bravo à tous les trois !

Rappel de l’énoncé :

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine qui doit son nom à un cours d’eau sinueux.

La commune qui l’abrite porte un nom d’origine anthroponymique latine accompagnée d’un suffixe classique.

Le canton qui abrite cette commune porte un nom le localisant dans le département.

Le chef-lieu de ce  canton est un hagiotoponyme complété par le nom de la commune dont dépendait la paroisse. Le nom de ladite commune est, lui aussi, d’origine anthroponymique latine accompagnée du même suffixe classique.

Le chef-lieu d’arrondissement porte un nom d’origine anthroponymique gauloise suffixé au féminin.

Cette image devrait vous mettre sur la piste de l’arrondissement et du canton :

et celle-ci, sur celle du nom de la commune (et même sur celle du nom du chef-lieu d’arrondissement !) :

indice d 24 11 2024

Les indices du mardi

■ un nouvel indice pour la commune :

indice b 26 11 2024

■ plus un cadeau pour les bédéphiles :

indice b 23 11 2024

■ et un autre pour les cinéphiles :

indice a 26 11 2024

Réponse attendue chez leveto@sfrfr

Rieutort

Après les rieux secs méridionaux vus dans le précédent billet, je m’intéresse aujourd’hui aux cours d’eau, toujours méridionnaux, dont les méandres ont donné lieu à l’appellatif rieu tòrt, « ruisseau tortueux, sinueux, au tracé tourmenté », du latin rivus tortus de même sens. L’hydronyme est passé à des noms de communes, de hameaux et lieux-dits proches du ruisseau. C’est la forme Rieutort qui est de loin la plus représentée, mais il en existe de nombreuses variantes.

En deux mots, Rieu Tort désigne une vingtaine de ruisseaux en Haute-Garonne (Bessières, Grépiac …), Hérault (Pézenas, servian …), Isère (Huez, Oz), Pyrénées-Atlantiques (Denguin), Hautes-Pyrénées (Hèches, Ibos), Tarn-et-Garonne (Pompignan…) et Var (La Bastide), ainsi que trois lieux-dits (Antagnac et Coulx, L.-et-G. ; Azereix, H.-P.). On trouve une douzaine de ruisseaux nommés Riou Tort dans les Alpes-de-Haute-Provence (Seynes), la Corrèze (Rilhac-Xaintrie et Saint-Julien-aux-Bois – photo ci-contre), la Haute-Garonne (Lherm, Rieumes …), le Lot-et-Garonne (Sauvagnas), les Hautes-Pyrénées (Ancizan), le Tarn (Giroussens) et le Tarn-et-Garonne (dans l’Enclave de Castelsarrasin, où il s’agit également d’un lieu-dit). Signalons également le  Riu Tort (Azereix, H.-P. et Latour-de-Carol, P.-O.) et le Riu Tortu (Monacia-d’Aullène, C.-du-Sud).

Ce sont les formes en un seul mot qui sont les plus nombreuses avec en premier lieu les noms Rieutort-de-Randon d’une ancienne commune lozérienne aujourd’hui dans Monts-de-Randon, Riotord d’une commune altiligérienne (Rivo torto en 1061), Saint-Félix-de-Rieutord d’une commune ariégeoise et Usclades-et-Rieutord d’une commune ardéchoise.

CPA-Usclades-et-Rieutord

Le nom Rieutort, précédé ou nom de l’article, désigne un peu moins de quarante ruisseaux (Ariège, Aude, Corrèze, H.-Gar., Gers, Gir., Hér., Loz., Tarn, T.-et-G.) et à peu près autant de lieux-dits (mêmes département plus Vaucluse et Gard), auxquels ont rajoutera les diminutifs Rieutortet (Nasbinals, Serverette et Monts-de-Randon, Loz.). Le même nom sert aussi de déterminant à plus de cent cinquante noms de lieux-dits comme Baraque de Rieutort, Draye-Rieutort, Coste-Rieutort (à Monts-de-Randon, Loz., qui compte plus de cent noms de ce type rappelant leur ancienne appartenance à l’ancienne commune de Rieutort-du-Randon), Château du Rieutort (Roquelaure, Gers), le Bois de Rieutort (Azereix, H.-P.) etc. Avec un –d terminal, on trouve une trentaine de ruisseaux nommés (le) Rieutord (Ardc., Aude, Av., Dord., H.-G., Lot, L.-et-G., Loz., P.-de-D., H.-P., Tarn) et à peu près autant de lieux-dits Rieutord (mêmes départements plus Ariège, Cantal, Gard, Gers, T.-et-G. et P.-O.). La forme Rieutor est beaucoup plus rare mais se rencontre tout de même dans le nom de six lieux-dits (Brezons, Cant. ; Causses-et-Veyran, Fabrègues, Saint-Bauzille-de-Putois et Servian Hér. ; Coussan, H.-P.) et de deux ruisseaux (Pauillac, Gers et Saint-Denis-Catus, Lot).

Formés sur rio, on trouve les noms de trois lieux-dits (le) Riotor (Gap, H.-A. ; Lagnes, Vauc. ; Laurac-en-Vivarais, Ardc.), de quatre lieux-dits Riotord (Romagne, Gir. ; Saint-Martin-de-Valamas, Ardc. ; Riotord, H.-L. ; Novacelles, P.-de-D.) et d’un lieu-dit dit la Riotorte (Lachamp-Ribennes, Loz.) ainsi que le Ravin de Riotor (Laurac-en-Vivarais, Ardc.) et le Ruisseau de Riotor (Tresques, Gard).

Formés sur riou, apparaissent cinq lieux-dits Rioutor (Ardc. ; Gir. ; H.-L. . H.-P.), une dizaine de Rioutord (Ariège ; H.-G. ; Gers ; H.-L.) et autant de Rioutort (Ariège ; Aude ; H.-G. ; H.-L.), ainsi que deux cours d’eau le Rioutort (Aix, Landes et Aulon, H.-P.) et trois le Rioutord (Jaunac, Ardc. ; Montgaillard-de-Salies et Saint-Bertrand-de-Comminges, H.-G.).

Une forme d’oïl apparait avec le lieu-dit Rutor d’Estandeuil (P.-de-D.) qui correspond au Rutor de Saint-Gervais-de-Vic (Sarthe), au Rutord de Chemillé-en-Anjou (M.-et-L.) et au Rutore de Grez-Neuville (id.) ainsi qu’au ruisseau nommé le Rutord à Chanzeaux (id.) – sans oublier le Ru Tortueux de Tracy-le-Mont (Oise).

Dans le domaine gascon, on rencontre les noms d’Arrieutort (Orthevielle, Landes), de Larrieutort (Riscle, Gers), de Lous Arrieutorts (Urost, P.-A.) ainsi que ceux d’Arrioutor (Lourdes, H.-P.) et de l’Arrioutort (Mazerolles, P.-A.).

Au même domaine de sens, celui de ruisseau sinueux, se rattache le nom de la commune de Corbarieu (T.-et-G.), à l’intérieur de la courbe d’un ruisseau, et celui de Corbarieu, un lieu-dit de Bessens (id.).

Rog-loupe-rouge

La devinette

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine qui doit son nom à un cours d’eau sinueux.

La commune qui l’abrite porte un nom d’origine anthroponymique latine accompagnée d’un suffixe classique.

Le canton qui abrite cette commune porte un nom le localisant dans le département.

Le chef-lieu de ce  canton est un hagiotoponyme complété par le nom de la commune dont dépendait la paroisse. Le nom de ladite commune est, lui aussi, d’origine anthroponymique latine accompagnée du même suffixe classique.

Le chef-lieu d’arrondissement porte un nom d’origine anthroponymique gauloise suffixé au féminin.

Cette image devrait vous mettre sur la piste de l’arrondissement et du canton :

et celle-ci, sur celle du nom de la commune (et même sur celle du nom du chef-lieu d’arrondissement !) :

indice d 24 11 2024

 

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Rieussen à Fozières (Hérault) : la répàladev

Un Intrus le premier, puis TRS et LGF ont trouvé la bonne réponse à ma dernière devinette. Bravo à tous les trois !

Il fallait trouver le lieu-dit Rieussen à Fozières, dans le canton de Lodève, dans l’Hérault.

Fozières, c’est ici :

local fozieres

et Rieussen, là :

RIEUSSEN Capture GEOP

cdl e

La toponymie

Rieussen : le nom de ce lieu-dit est attesté Rieusenc et Rieusec en 1642. Il s’agit donc bien d’un rieu sec, un ruisseau intermittent, comme il y en a tant dans les Causses.

Fozières : on trouve les formes anciennes suivantes : villam quam dicum Foderias en 988, castro quod vocatur Foderia en 1106-20, ecclesie Beati Marie de Foderia en 1484, Fouzières en 1529, l’église de Fozières en 1740-60 et Fosières en 1770-2 (Cassini).

Du-d-au-z

F. Mistral (TDF*), donne le nom occitan Fouziero, qu’il explique par le bas-latin Fuzeria, Fozaria, Foderiæ, « carrières, mines ». A. Dauzat & C. Rostaing (DENLF*) reprennent cette hypothèse d’un dérivé *fodaria du latin fodere, «creuser », en précisant que le latin connaît fodina, « endroit où on creuse ». E. Nègre (TGF*) reprend à son tour l’hypothèse du dérivé du latin fod(ere), « creuser », avec le suffixe collectif –arias désignant un « ensemble de creux ». De son côté, Frank R. Hamelin (TH*) penche pour « une forme collective *fodaria dérivée du terme germanique *fodar, « fourrage » (FEW, III, p.659) ». Paul Fabre (NLL*), prudent, mentionne les deux hypothèses sans prendre parti.

En lisant ce remarquable document concernant l’ Inventaire du patrimoine de Fozières, on lit :

L’étymologie du nom de la commune laisse imaginer que celle-ci soit marquée par une activité minière. Bien qu’il n’y ait pas de trace d’exploitation ancienne sur son territoire, la carte géologique signale la présence de gîte de cuivre et de plomb argentifère.
A proximité de Fozières, à l’occasion des travaux du chantier de l’A75, au mur de Soumont ont été mis au jour des galeries d’exploitations de mines d’argent. Différentes phases d’exploitations on été déterminées depuis l’antiquité, le moyen Age jusqu’à l’époque moderne.

On y apprend également (p. 24) que, si des mines y ont bien été exploitées, c’était au XIXè siècle. Si on en croit le témoignage oral d’un habitant (Alfred Brol, p. 149 du même document), les mines de baryte n’étaient pas situées sur la commune de Fozières elle-même, mais sur la commune voisine de Soumont, sur des terres appartenant au marquis de Fozières, d’où leur nom de « mines de Fozières ». Une autre habitante (Juliette Jeanjean, p. 176, id.) est encore plus catégorique : « Non, ici il n’y en a pas de mines ». L’étymologie selon des « creux » ou des « mines » ne semble donc pas assurée : en l’absence de trace écrite d’une antique exploitation minière régulière, les quelques trous et galeries trouvés ici et là suffisent-ils à expliquer le nom du village ?

Quant au fourrage, si on en croit le même témoignage (Juliette Jeanjean, p. 172), il semble bien avoir été une activité traditionnelle du village. Mais cela suffisait-il à lui donner son nom ?

[J’insiste : si vous avez un peu de temps à consacrer au document concernant Fozières, allez-y ! Feuilletez-le ! Lisez les témoignages ! Ah ! Si tous les villages de France pouvaient se doter d’un tel document …].

Fozières a été citée sur ce blog à propos de la Serre Baou dans un article consacré à bals et balç

Lodève : le 17 février 2024, dans une répàladev, j’écrivais ceci :

Lodève : le nom est attesté Loteva au IIè siècle, Luteva vers 678, sedis Lodove en 884, Lotevam vers 1056 et Lodeva vers 1160, du gaulois luteva, composé de *luta, « boue » et suffixe –eva. Un désaccord s’est fait entre toponymistes sur le sens exact à attribuer à l’étymon *lut : celui de « boue » correspond au sens antique du latin lutum ; celui de « marais » au sens médiéval de l’ancien irlandais loth, contemporain du gaélique loth. La formation du nom de Lodève étant gauloise, il est évident qu’il convient ici de préférer le sens antique de « boue » plutôt que celui de « marais ». Lodève avait été citée sur ce blog à propos de la boue dans cet article et le Lodévois dans celui-ci.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

cdl e

Les indices

■ le monument au mort pacifiste : celui de Paul Dardé.

■ les traces laissées par un évêque dans la toponymie : allusion aux empreintes de pas laissées, selon la légende, par saint Fulcran, évêque de Lodève au Xè siècle, mentionnées dans cet article consacré aux Pezades.

indice a 19 10 2024 ■ il fallait reconnaître le monogramme que la Manufacture de tapis de la Savonnerie appose, au bas des tissages, comme marque d’identification.  Cette manufacture a été installée à Lodève en 1964 « pour favoriser l’insertion de femmes françaises d’origine nord-africaine ayant quitté l’Algérie après l’Indépendance ».

indice e 19 11 2024 ■ cette photo montre un joueur de poker misant tous ses jetons, ce qui se dit all in ! en anglais et « faire tapis » en français. Ce « tapis » était censé compléter l’indice précédent.

indice b 19 11 2024 ■ le chalet Vallot, premier observatoire astronomique du Mont Blanc, créé par Charles Vallot, né le 16 février 1854 à Lodève  et mort le 11 avril 1925 à Nice.

INDICE A 19 11 2024 ■ cette photo montre l’avion d’André Beaumont, vainqueur du Tour d’Angleterre et d’Écosse (Round Britain Race) en juillet 1911. Il est né le 8 février 1880 à Lodève et mort dans la même ville le 11 août 1937.

indice d 19 11 2024 ■ cette empreinte de reptile est celle d’un Thérapsidé, baptisé Chirotherium lors de sa découverte à Fozières.  On pourra lire à ce propos, à la page 26 de l’Inventaire de Fozières, les circonstances de cette découverte et l’intérêt que George Sand portait à ces fossiles.

 

Les indices du mardi 19 octobre 2024

Personne ne m’a encore donné la réponse à ma dernière devinette.

Rappel de l’énoncé :

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié au mot du jour. [rieussec]

La commune où il se situe a été citée sur ce blog à propos d’un de ses lieux-dits portant un nom d’origine pré-indo-européenne désignant une forme de relief.

Elle porte un nom qui pourrait être lié, selon certains auteurs, aux creux de terrain qui la caractérisent et dans lesquels certains voient le résultat d’une ancienne activité minière ou, selon un autre auteur, à l’importance de ses plantes fourragères.

Le chef-lieu du canton a été cité à de nombreuses reprises et son nom, lié à la qualité de sa terre, expliqué. On y trouve un monument aux morts pacifiste.

Un évêque local a été mentionné sur ce blog en raison des traces qu’il a laissées dans la toponymie.

■  un indice pour le canton :

indice a 19 10 2024

Les indices du mardi

■ pour compléter l’indice ci-dessus :

indice e 19 11 2024

■ un autre indice pour le canton :

indice b 19 11 2024

■ encore pour le canton :

INDICE A 19 11 2024

■ et une trace, mais pas celle de l’évêque !, pour la commune elle-même :

indice d 19 11 2024

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Rieussec

Le toponyme méridional rieussec désigne un ruisseau à sec une partie de l’année. Ce nom est formé de l’occitan riu ou du franco-provençal rieu, tous deux du latin rivus, « ruisseau », accompagné de l’adjectif occitan et français sec, du latin siccus. Il a d’abord désigné le ruisseau lui-même avant de quelques fois passer par métonymie à un lieu-dit ou même à une commune. Si la forme majoritaire du toponyme est bien Rieussec, on verra qu’il existe également quelques variantes.

En deux mots, Rieu Sec désigne une vingtaine de ruisseaux : en Ardèche (Villeneuve-de-Berg), Aude (Villardonnel), Drôme (Mirabel-aux-Baronies etc.), Gard (Peyremale), Hérault (Gignac etc.), Hautes-Pyrénées (Générest), Savoie (Saint-Julien-Mont-Denis), Tarn-et-Garonne (Féneyrols) et Vaucluse (Grillon, Murs), qui ont parfois donné leur nom à un lieu-dit comme à Murs (Vauc.), à Cazouls-lès-Béziers (Hér.), à Vézac (Cant.) et quelques autres. On trouve une dizaine de ruisseaux nommés Riou Sec, dans les Alpes-de-Haute-Provence (Saint-Paul-sur-Ubaye etc), les Hautes-Alpes (Saint-André-d’Embrun), l’Aveyron (Réquista etc), le Cantal (Vic-sur-Cère etc) et le Var (Callas), qui ont pu, là aussi, devenir noms de lieux dits comme à Callas (Var), Névache (H.-A.), Peyreleau (Av.) et quelques autres. On trouve également le Rio Sec qui coule à Tourette-Levens (A.-Mar.) et le Rio Secco qui arrose Montgenèvre (H.-A.) et Venaco (Haute-Corse) ainsi qu’un lieu-dit Rio Sec à Sainte-Féréole (Corrèze) et Tourrette-Levens (A.-Mar.). On trouve enfin, sous une forme francisée, le Ru Sec à Salsigne (Aude).

Ce sont les formes en un seul mot qui sont les plus abondantes avec en premier lieu le nom Rieussec d’une commune héraultaise (de Rivosicco en 1351).

Ce même nom Rieussec désigne également cinq ruisseaux (à Privas et à Salavas, Ardèche ; à Saint-Just-sur-Viaur, Av. ; à Saint-Étienne-de-Gourgas et à … Rieussec, Hér.) ainsi qu’une vingtaine de lieux-dits parmi lesquels je citerai le Château Rieussec à Fargues (Gir.), connu pour son sauternes, et le Domaine de Rieussec à Gignac (Rivum Secum au XIè siècle, Hér.), classé au titre des monuments historiques pour son vignoble appartenant à la même famille depuis le XVè siècle. Rajoutons à cette liste les noms, avec un seul –s-, de deux ruisseaux Rieusec, l’un dans la Drôme (Rivosec en 1406) et l’autre dans les Hautes-Alpes (Rivus siccus en 1069), ainsi que celui des lieux-dits Rieusec (Portet-d’Aspet, H.-G. ; Varen, T.-et-G.).

La forme rioussec est moins représentée mais apparait tout de même dans le nom de Rioussec (Pont-de-Barret, Dr. ; Sentein, Ariège ; Chasseradès, Loz. etc.) et dans celui du Valat de Rioussec (Chasseradès, Loz.). Plus rare encore, on trouve le nom de Russec (Ustou, Ar. ; Conques-sur-Orbiel, Aude …) et de la Plaine et de la Bergerie de Russec à Salsigne (Aude).

Le lieu-dit Rousset-en-Vercors, qui a donné son nom au col de Rousset de la commune de Saint-Agnan-en-Vercors (Drôme), est attesté Riusec en 1179, soit le « ruisseau sec », mais a vu son nom subir l’attraction de Rousset-les-Vignes (Drôme, Rossetum au XIVè siècle) et de Rousset des Hautes-Alpes (Rossetum en 1050) ou des Bouches-du-Rhône (de Rosseto en 1037) qui doivent leur nom à l’ancien occitan rosset désignant une terre argileuse rougeâtre (du latin russus, « roux » et suffixe diminutif –et pour « tirant sur le roux »). Pour ceux qui seraient étonnés de trouver un « ruisseau sec » en montagne, on rappellera que le Vercors est un massif calcaire, où l’eau a une fâcheuse tendance à s’enfoncer dans les profondeurs de la terre, pour resurgir en bas, dans la vallée ou la plaine, sous forme de sources.

On trouve également le Riousset, toujours dans la Drôme, qui était Rivo seco en 1406. Pour les autres Riousset ou Rieusset, l’étymologie est plus probablement celle du « petit ruisseau », à moins naturellement que les formes anciennes ne viennent infirmer cette hypothèse.

Dans le domaine gascon, on trouve les noms de plusieurs ruisseaux L’Arrieu Sec (Malvezie, H.-G. ; Laà-Mondrans, P.-A. ; Germ et Seich, H.-P.) et de quelques lieux dits Arrieu-Sec (Saint-Cricq-du-Gave, Landes ; Puyoô, P. -A. etc.) ainsi que le ruisseau Arriou Sec (Asson, P.-A.), le lieu-dit Arriou Sec (Arthez-d’Asson, id. ) et la Coume de l’Arriou Sec (Campan, H.-P.), plus le lieu-dit Arriousec (Momuy, Landes). À ces noms, il convient d’ajouter ceux d’Arrieusecq (Laâ-Mondrans, P.-A.) et de Darrieusec (Hèches, H.-P.).

Et qu’advient-il à ce ruisseau sec, une fois qu’il a bien fini de sécher ? Eh bien, il devient un ruisseau mort ! D’où les noms de quelques lieux-dits (Le) Rieu Mort (Douville et Saint-Paul-la-Roche, Dord. ; Saint-Côme-d’Olt, Av.) et Rieumort (Cours-de-Monségur et Taillecavat, Gir ; Allenc, Loz.), ainsi que Rioumort (Alloue, Char. ; Jullianges, H.-L. etc.). Ce nom a pu également désigner des branches mortes d’un cours d’eau plus important comme c’est le cas pour le Rieu Mort, une ancienne branche de l’Hérault colmatée dès le XIIIè siècle à Agde (Hér.), ou des ruisseaux au débit parfois si faible qu’ils paraissent morts comme le Riou Mort, affluent du Lot en Aveyron.

La devinette

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié au mot du jour.

La commune où il se situe a été citée sur ce blog à propos d’un de ses autres lieux-dits portant un nom d’origine pré-indo-européenne désignant une forme de relief.

Elle porte un nom qui pourrait être lié, selon certains auteurs, aux creux de terrain qui la caractérisent et dans lesquels certains voient le résultat d’une ancienne activité minière ou, selon un autre auteur, à l’importance de ses plantes fourragères.

Le chef-lieu du canton a été cité à de nombreuses reprises sur ce blog et son nom, lié à la qualité de sa terre, expliqué. On y trouve un monument aux morts pacifiste.

Un évêque local a été mentionné sur ce blog en raison des traces qu’il a laissées dans la toponymie.

■  un indice pour le chef-lieu de canton  :

indice a 19 10 2024

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Bonnœuvre (Loire-Atlantique) : la répàladev

Un intrus et LGF sont restés les seuls à découvrir la réponse à ma dernière devinette. Félicitations à tous les deux !

Il fallait trouver Bonnœuvre, une ancienne commune de Loire-Atlantique, aujourd’hui fusionnée dans Vallons-de-l’Erdre, dans le canton d’Ancenis-Saint-Géréon de l’arrondissement de Châteaubriant-Ancenis.

Vallons-de-L’Erdre, c’est ici :

local-Vallons-de-l'Erdre

Bonnœuvre, là :

Bonnoeuvre Capture GEOP

60px-Asterism.svg

La toponymie

Bonnœuvre : dans un article consacré au gaulois briva, « pont », j’écrivais que cette racine avait été employée avec *banno, « corne, pic » :

Bonnœuvre (L.-Atl., aujourd’hui dans la commune nouvelle de Vallons-de-l’Erdre), était noté Banouvrium (1073) puis Banovrium (1186), d’un composé banno-ó-briva, « pont en forme de corne » (?). Le premier terme du composé pourrait être plus simplement un nom d’homme gaulois Banna. Le nom Banovrium a été latinisé (joca monachorum ?) Bono Opere en 1330, d’où le Bonnœuvre actuel plutôt qu’un *Bannovre qui aurait été plus respectueux de l’étymologie.

X. Delamarre (NLCEA*) opte, lui, pour le gaulois briga, « forteresse », donnant au composé banno-ó-briga le sens de « forteresse de la pointe ».

On aura noté sur la carte précédente la présence d’un hameau nommé La Corne de Cerf, dont je ne suis pas parvenu à dater la date d’apparition, mais qui constitue une curieuse coïncidence.

Vallons de l’Erdre : ce nom s’explique aisément. Le nom de la rivière, Erda en 1072, pourrait être issu d’une racine hydronymique pré-celtique *ered, « couler » (TGF*) ou bien d’un celtique *e(p)eri-da, « de l’Ouest (rivière) » (NLCEA*) – comme l’Eridanus, ancien nom d’un fleuve mythique de la Celtique, mal localisé par les Anciens (le Rhône ou le Pô), probablement nommé ainsi très tôt par les Celtes d’Europe centrale

Ancenis-Saint-Géréon

Ancenis : La première mention du nom de cette commune date de 1004 sous la forme de castello Ancenins en 1004. Ce nom est formé sur le cognomen latin Antianus muni du suffixe d’appartenance –ense. Le cognomen étant encore attesté à l’époque carolingienne, la formation toponymique peut remonter aussi bien à l’Antiquité qu’au haut Moyen Âge.

Saint-Géréon : Le nom de la localité est attesté sous les formes Sancti Gereonis Aurelianis en 1104, Saint Geno en 1123, Sanctus Geronus en 1278. Saint Géréon de Cologne est un martyr de la légion thébaine, décapité à Saint-Maurice (Suisse) au IIIè siècle. Les curieux de savoir pourquoi son nom a été donné à une localité de Loire-Atlantique peuvent lire cet article. Le cas n’est cependant pas unique : la commune de Saint-Géron (H.-Loire), qui était terra S. Gereon vers 970, porte le nom du même saint.

Châteaubriant-Ancenis

Châteaubriant : attesté sous les formes Castellum Brienti au XIe siècle, Castro Brientii en 1265, Chateaubrient en 1348, Chasteaubrient en 1353, Chateaubriand en 1379, Castrum Briencii en 1453, Chasteaubriand en 1576 et Chasteaubriant en 1664, le nom de cette commune lui vient du seigneur qui a fondé le château au XIè siècle, un nommé Brient (du breton brient, « privilégié, noble, aristocrate »).

Ancenis : rien de neuf depuis le paragraphe ci-dessus.

Marche de Bretagne : « La marche de Bretagne est, à l’époque carolingienne, une circonscription militaire destinée à protéger la Neustrie des Bretons et à organiser des expéditions militaires sur leurs territoires. La marche de Bretagne est créée au VIIIe siècle, incluant les comtés de Nantes, Vannes et Rennes. Son chef le plus célèbre est le comte Roland.» (wiki)

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Les indices

indice a 01 11 2024■ cette illustration de La bataille de Roncevaux (Grandes chroniques de France, XIVè siècle) montrait Roland le Preux (736-778), premier comte de la Marche de Bretagne. Oui : Roncevaux  était une fausse piste.

indice b 12 11 2024■ cette vue d’un Pont sur le Rhône est une œuvre d’Henry Ottman (1877-1927) né à Ancenis. Oui : le Rhône était une fausse piste.

indice c 12 11 2024■ il fallait reconnaitre dans cet objet une charrue brabant double de l’entreprise Huard de Châteaubriant. Oui : le Brabant était une fausse piste.