En manque d’inspiration (toute suggestion est la bienvenue !), je continue aujourd’hui mon exploration des légendes toponymiques basées sur des paroles « historiques » (cf. partie I, partie II et partie III).
Baugé (aujourd’hui Baugé-en-Anjou, Maine-et-Loire)
La légende raconte que Foulques Nerra, comte d’Anjou mort en 1040, tua un jour un énorme sanglier lors d’une partie de chasse à l’endroit où il allait par la suite faire édifier son château, le Balgiacum castrum, entre 1015 et 1025. Il fit alors découper le cuir du sanglier en longues et fines lanières et ordonna qu’on s’en serve pour mesurer le périmètre à l’intérieur duquel serait bâtie sa résidence et la ville. On raconte que cette dernière prit alors le nom de Baugé, car le verbe bauger signifie « mesurer », en souvenir du geste exécuté par les arpenteurs à la demande de Foulques Nerra. Ce sens de « mesurer » pour bauger est attesté en patois angevin : on trouve en effet dans le Glossaire étymologique et historique des patois et des parlers de l’Anjou d’Anatole-Joseph Verrier & René Onillon (1908) le mot bauge, « mesure quelconque dont on se sert comme unité de longueur » et le verbe bauger, « mesurer un espace ».
Cette légende s’appuie sur un motif assez répandu de mesure d’un territoire à l’aide d’une peau d’animal. La princesse phénicienne Didon fit ainsi délimiter le périmètre de la future ville de Carthage à l’aide de la peau d’un bœuf découpée en fines lanières. Plus proche dans le temps de Foulques Nerra, Raimondin de Poitiers, sur les conseils de la fée Mélusine, fit de même avec la peau d’un cerf. Des légendes similaires ont été racontées pour Londres et York. Pour en savoir plus sur ce motif de « la peau d’animal délimitant un territoire extraordinaire » on lira (en prenant son temps…) ce remarquable article de Jean-Jacques Vincensini

On notera que les armoiries de la commune, attribuées en 1696, sont parlantes : d’argent à un sanglier de sable, défendu du champ, baugé dans un buisson de sinople mouvant du flanc senestre, le tout sur une terrasse du même.
On voit là le double sens du verbe « bauger » – se mettre à l’abri, en parlant du sanglier, ou mesurer – qui a permis la légende toponymique.
Le dessin du blason est issu du site l’Armorial des villes et villages de France, avec l’aimable autorisation de son auteur, Daniel Juric.
Le nom de la commune est attesté Bellogaecum sur une monnaie mérovingienne, in villa Balgiaco en 999, Belgiacum castrum vers 1035-1060, Baugeium en 1100 et enfin Baugé en 1575, du nom de personne latin Balbius et suffixe acum.
Beauvoir (Manche)
Une légende locale explique pourquoi cette ville qui s’appelait autrefois Astériac reçut son nouveau nom. Une femme aveugle, qui se rendait en pèlerinage au Mont-Saint-Michel, retrouva la vue lorsqu’elle se trouva face audit mont. Sa première phrase fut alors : « Qu’il fait beau voir ! » et le nom de Beauvoir fut donné à la ville où elle se trouvait. (Petite entorse au titre de cet article : le « mot » légendaire est ici anonyme).

Si, si ! En ouvrant bien les yeux (ahah), on aperçoit le Mont-Saint-Michel, tout au fond…
Le nom primitif Asteriacus (du nom de personne gallo-romain Asterius et suffixe -acum), attesté dans la Revelatio ecclesiae sancti Michaelis in monte Tumba qui fut rédigée au début du IXe siècle par un chanoine du Mont-Saint-Michel, est attribué par certains historiens à Beauvoir, mais aucune preuve ne vient étayer cette hypothèse.
Beauvoir est appelé Belveir en 1131- 49, Belveer en 1155, Bealverio vers 1200 et Bellus Visus en 1245, de l’oïl bel, « beau » et veoir, « aspect ».
Homécourt (Meurthe-et-Moselle)
Pierre de Bar, seigneur de Pierrefort (1265 – 1348), était un grand seigneur irascible et batailleur. Une coalition composée de Messins et de divers ducs et comtes de la région, opposés à ses exactions, entreprit le siège du château de Riste où il s’était retranché. À un moment donné, les assaillants ayant réussi à s’emparer d’une partie des positions défensives, il se serait écrié : « Oh ! mes cours sont prises ! », d’où serait venu et resté le nom d’Homécourt.
L’histoire du château de Riste est en réalité quelque peu différente (lisez le § 2-4, page 20 de ce document).
Les formes anciennes Hameicourt (1260) et Hemecourt (XIIIè siècle) orientent vers l’anthroponyme germanique Haimecus suivi du bas latin cortem, « domaine ».
Nogent-sur-Seine (Aube)
Selon la légende, cette ville de Champagne se serait appelée jadis Richebourg et aurait changé de nom dans les circonstances suivantes : « un jour que cette ville était assiégée et allait succomber, l’évêque de Troyes qui y commandait s’étant écrié : » mon Dieu ! ayez pitié de nos gens ! », sa prière aurait été exaucée par la déroute des ennemis et la ville en aurait conservé le nom de Nogent » (Paul Lutel, La Légende de Champagne, Paris, 1891 – cité par Paul Sébillot, Le Folklore de France, t. IV, librairie Orientale et Américaine, 1907).
Une autre version qui fait remonter la légende à la guerre de Cent Ans avait été citée sur ce blog dans un article consacré aux adjectifs gaulois :
Le nom de cette ville est attesté Novigentum chez Grégoire de Tours (538 – 594) et Novientum en 859, d’après le gaulois *novi-o-entum, « domaine nouvellement crée, nouvel établissement ».
Le Dictionnaire topographique du département de l’Aube (Théophile Boutiot, 1874) mentionne bien une ville disparue nommée Richebourg en précisant toutefois que « cette ville aurait existé sur l’emplacement de Nogent-Sur-Seine » en citant l’Histoire de Nogent d’A. Aufauvre (1859) et le Guide pittoresque du voyageur en France de Girault de Saint-Fargeau (1838). On lit dans ce dernier ouvrage :

mais rien ne vient étayer cette « tradition ».

La devinette
Se promenant un jour dans la région où il séjournait, un auteur célèbre demanda à des personnes qu’il rencontra le nom de l’endroit où il se trouvait. Ces dernières, comprenant mal la question, lui répondirent en expliquant ce qu’elles étaient en train de faire. Elles employèrent pour cela un verbe conjugué à l’indicatif de la première personne du pluriel, comme : « Nous travaillons ! » – en employant bien entendu, dans leur langue, le verbe correspondant à leur activité. Cette réponse laconique devint le nom du village, de France métropolitaine, qui fait l’objet de la devinette du jour.
En réalité, la légende ne tombe pas si loin, puisque le toponyme est issu d’un nom de personne gallo-romain dérivé de l’activité en question.
Le chef-lieu de canton porte un nom issu de celui d’un homme gaulois.
Le nom du chef-lieu d’arrondissement est issu d’un mot gaulois décrivant la nature de son sol.
Indice :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr




■ la tapisserie : il s’agit d’une des treize
■ cette photo montrait un fin croissant de lune, fine allusion au pays du croissant, zone linguistique où se situe la Combraille.




LGF est le seul à avoir trouvé la solution à ma dernière 



■ le personnage de bédé : il fallait reconnaitre
■ l’œuvre d’art : cette huile sur papier de
■ le gratin dauphinois devait inciter à limiter les recherches au Dauphiné, pays historique dans lequel se situe Savournon.








