Étymologies populaires basées sur des paroles « historiques » (partie IV).

En manque d’inspiration (toute suggestion est la bienvenue !), je continue aujourd’hui mon exploration des légendes toponymiques basées sur des paroles « historiques » (cf. partie I, partie II et partie III).

Baugé (aujourd’hui Baugé-en-Anjou, Maine-et-Loire)

La légende raconte que Foulques Nerra, comte d’Anjou mort en 1040, tua un jour un énorme sanglier lors d’une partie de chasse à l’endroit où il allait par la suite faire édifier son château, le Balgiacum castrum, entre 1015 et 1025. Il fit alors découper le cuir du sanglier en longues et fines lanières et ordonna qu’on s’en serve pour mesurer le périmètre à l’intérieur duquel serait bâtie sa résidence et la ville. On raconte que cette dernière prit alors le nom de Baugé, car le verbe bauger signifie « mesurer », en souvenir du geste exécuté par les arpenteurs à la demande de Foulques Nerra. Ce sens de « mesurer » pour bauger est attesté en patois angevin : on trouve en effet dans le Glossaire étymologique et historique des patois et des parlers de l’Anjou d’Anatole-Joseph Verrier & René Onillon (1908) le mot bauge, « mesure quelconque dont on se sert comme unité de longueur » et le verbe bauger, « mesurer un espace ».

Cette légende s’appuie sur un motif assez répandu de mesure d’un territoire à l’aide d’une peau d’animal. La princesse phénicienne Didon fit ainsi délimiter le périmètre de la future ville de Carthage à l’aide de la peau d’un bœuf découpée en fines lanières. Plus proche dans le temps de Foulques Nerra, Raimondin de Poitiers, sur les conseils de la fée Mélusine, fit de même avec la peau d’un cerf. Des légendes similaires ont été racontées pour Londres et York. Pour en savoir plus sur ce motif de « la peau d’animal délimitant un territoire extraordinaire » on lira (en prenant son temps…) ce remarquable article de Jean-Jacques Vincensini

BAUGE-49

On notera que les armoiries de la commune, attribuées en 1696, sont parlantes : d’argent à un sanglier de sable, défendu du champ, baugé dans un buisson de sinople mouvant du flanc senestre, le tout sur une terrasse du même.

On voit là le double sens du verbe « bauger » – se mettre à l’abri, en parlant du sanglier, ou mesurer – qui a permis la légende toponymique.

Le dessin du blason est issu du site l’Armorial des villes et villages de France, avec l’aimable autorisation de son auteur, Daniel Juric.


Le nom de la commune est attesté Bellogaecum sur une monnaie mérovingienne, in villa Balgiaco en 999, Belgiacum castrum vers 1035-1060, Baugeium en 1100 et enfin Baugé en 1575, du nom de personne latin Balbius et suffixe acum.

Beauvoir (Manche)

Une légende locale explique pourquoi cette ville qui s’appelait autrefois Astériac reçut son nouveau nom. Une femme aveugle, qui se rendait en pèlerinage au Mont-Saint-Michel, retrouva la vue lorsqu’elle se trouva face audit mont. Sa première phrase fut alors : « Qu’il fait beau voir ! » et le nom de Beauvoir fut donné à la ville où elle se trouvait. (Petite entorse au titre de cet article :  le « mot » légendaire est ici anonyme).

CPA-Beauvoir-Manche

Si, si ! En ouvrant bien les yeux (ahah), on aperçoit le Mont-Saint-Michel, tout au fond…

Le nom primitif Asteriacus (du nom de personne gallo-romain Asterius et suffixe -acum), attesté dans la Revelatio ecclesiae sancti Michaelis in monte Tumba qui fut rédigée au début du IXe siècle par un chanoine du Mont-Saint-Michel, est attribué par certains historiens à Beauvoir, mais aucune preuve ne vient étayer cette hypothèse.


Beauvoir est appelé Belveir en 1131- 49, Belveer en 1155, Bealverio vers 1200 et Bellus Visus en 1245, de l’oïl bel, « beau » et veoir, « aspect ».

Homécourt (Meurthe-et-Moselle)

Pierre de Bar, seigneur de Pierrefort (1265 – 1348), était un grand seigneur irascible et batailleur. Une coalition composée de Messins et de divers ducs et comtes de la région, opposés à ses exactions, entreprit le siège du château de Riste où il s’était retranché. À un moment donné, les assaillants ayant réussi à s’emparer d’une partie des positions défensives, il se serait écrié : « Oh ! mes cours sont prises ! », d’où serait venu et resté le nom d’Homécourt.

L’histoire du château de Riste est en réalité quelque peu différente (lisez le § 2-4, page 20 de ce document).


Les formes anciennes Hameicourt (1260) et Hemecourt (XIIIè siècle) orientent vers l’anthroponyme germanique Haimecus suivi du bas latin cortem, « domaine ».

Nogent-sur-Seine (Aube)

Selon la légende, cette ville de Champagne se serait appelée jadis Richebourg et aurait changé de nom dans les circonstances suivantes : « un jour que cette ville était assiégée et allait succomber, l’évêque de Troyes qui y commandait s’étant écrié :  » mon Dieu ! ayez pitié de nos gens ! », sa prière aurait été exaucée par la déroute des ennemis et la ville en aurait conservé le nom de Nogent » (Paul Lutel, La Légende de Champagne, Paris, 1891 – cité par Paul Sébillot, Le Folklore de France, t. IV, librairie Orientale et Américaine, 1907).

Une autre version qui fait remonter la légende à la guerre de Cent Ans avait été citée sur ce blog dans un article consacré aux adjectifs gaulois :


Le nom de cette ville est attesté Novigentum chez Grégoire de Tours (538 – 594) et Novientum en 859, d’après le gaulois *novi-o-entum, « domaine nouvellement crée, nouvel établissement ».

Le Dictionnaire topographique du département de l’Aube (Théophile Boutiot, 1874) mentionne bien une ville disparue nommée Richebourg en précisant toutefois que « cette ville aurait existé sur l’emplacement de Nogent-Sur-Seine » en citant l’Histoire de Nogent d’A. Aufauvre  (1859) et le Guide pittoresque du voyageur en France de Girault de Saint-Fargeau (1838). On lit dans ce dernier ouvrage :

Richebourg Capture

mais rien ne vient étayer cette « tradition ».

Rog-loupe-rouge

La devinette

Se promenant un jour dans la région où il séjournait, un auteur célèbre demanda à des personnes qu’il rencontra le nom de l’endroit où il se trouvait. Ces dernières, comprenant mal la question, lui répondirent en expliquant ce qu’elles étaient en train de faire. Elles employèrent pour cela un verbe conjugué à l’indicatif de la première personne du pluriel, comme : « Nous travaillons ! » – en employant bien entendu, dans leur langue, le verbe correspondant à leur activité. Cette réponse laconique devint le nom du village, de France métropolitaine, qui fait l’objet de la devinette du jour.

En réalité, la légende ne tombe pas si loin, puisque le toponyme est issu d’un nom de personne gallo-romain dérivé de l’activité en question.

Le chef-lieu de canton porte un nom issu de celui d’un homme gaulois.

Le nom du chef-lieu d’arrondissement est issu d’un mot gaulois décrivant la nature de son sol.

Indice :

indice 10 02 2024

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Savarzeix à Saint-Martial-le-Vieux (Creuse) : la répàladev

LGF le premier, suivi par Jacques C. puis par TRS et enfin par Sibille, sont les quatre à m’avoir donné la solution de ma dernière devinette. Bravo à tous les quatre !

Il fallait trouver Savarzeix, un lieu-dit de Saint-Martial-le-Vieux, du canton d’Auzances dans l’arrondissement d’Aubusson, sous-préfecture de la Creuse.

local Saint-Martial-le-Vieux

Toponymie

(Le) Savarzeix : ce nom est attesté Le Savarsaix en 1763 (carte de Cassini, feuillet 13, Aubusson) puis Savardeix et Savarzeix en 1844. On y reconnait un diminutif pluriel *savardets avec passage du d au z et graphie limousine –eix de la finale –ets. On trouve également un lieu-dit nommé Savardeix à Charron dans la Creuse et un autre à Courteix, en Corrèze.  La forme Savarzeix constitue, elle, ce que les linguistes appellent un hapax. Le terme, du bas-latin savarda lui-même issu du gaulois *savartos, désignait sans doute de petites parcelles de terre non cultivées, en friche ou en jachère.

Savarzeix Capture

Saint-Martial-le-Vieux : ecclesia Sancti Marcialis Veteris en 1352, Dominus de sancto Marciale vers 1374 et S. Marcau-le-Vieilh en 1451, du nom de Martial de Limoges, également appelé l’apôtre des Gaules ou d’Aquitaine, premier évêque de Limoges au IIIè siècle. Le village était déjà qualifié de « vieux » en 1352 … peut-être pour le distinguer de Saint-Martial-le-Mont, distant de moins de soixante kilomètres.

Auzances : on trouve écrit Apud Ausanciam … Geraldus de Tarto praeses Ausentiae en 1185 et Ad mensuram de Ausancia en1209. Ce nom est formé de l’hydronyme pré-celtique *alis- suivi du suffixe préroman ou roman antia. Le nom *Alisantia a dû désigner d’abord la Noisette qui coule à Auzances (ou plutôt le ruisseau de l’Étang Neuf qui, avant les nombreux assèchements moyenâgeux, traversait la ville et qui, aujourd’hui, se jette dans la Noisette). Ce nom d’Auzance est le même que celui d’un fleuve côtier de Vendée ou d’un ruisseau de la Vienne, à Vouillé.

Le site de la mairie explique que la tradition locale préfère voir dans ce nom le gaulois *aliso, « alisier » ou « sorbier des oiseaux ». Cette étymologie est aujourd’hui discutée : le thème pré-celtique *alis, semble avoir d’abord été hydronymique (d’où l’Alise, l’Auze, l’Auzonne, etc. ) avant de passer au nom de l’arbre, l’aulne, peut-être parce que ce dernier pousse près des cours d’eau et aidé par l’homophonie avec un *alisa importé par les Francs (le gaulois avait *verno pour nommer l’aulne, ce terme restant bien implanté en zone de langue d’oc).

CPA Auzances 1920

Rassurez-moi : ce n’est que de la limonade que les gamins au premier plan boivent au goulot ?

(La carte est datée de 1920 : on faisait alors son marché en costume trois pièces, cravate et chapeau sur la tête …)

Aubusson : voici le paragraphe que j’ai écrit pour la rubrique « toponymie » de la page wiki :

Le nom de la ville est attesté comme adjectif Albusiensis en 936 et comme substantif Albuzo en 1048. La base est donc *Albucio. Pour A. Dauzat (DENLF*), repris par E. Nègre (TGF*), ce serait un nom d’homme latin Albucius muni du suffixe latin –onem. Pour P.-H. Billy (DNLF*), il s’agirait plutôt de l’appellatif gaulois albuca, « terre argileuse », muni du suffixe –ione.

pays de Combraille : Auzances fut une des cinq châtellenies de la baronnie des Combrailles. Ce pays a fait l’objet d’un article en 2014, intitulé La Combraille, le pays du croissant, où son étymologie est expliquée.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Les indices

indice b 04 02 2024 ■ la tapisserie : il s’agit d’une des treize tapisseries d’Aubusson réalisées à partir des aquarelles de J. R. R. Tolkien. Le sujet représenté pouvait éventuellement faire penser à une rivière encombrée dans un environnement boisé … comme la Combraille.

indice a 06 02 2024 ■ cette photo montrait un fin croissant de lune, fine allusion au pays du croissant, zone linguistique où se situe la Combraille.

Les indices du mardi 06 février 2024

LGF m’a déjà donné la solution de ma dernière devinette. Félicitations !

L’énoncé en était le suivant :

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine lié au gaulois *savartos étudié dans le billet.

Le lieu ainsi nommé se trouve dans une commune portant un nom d’apôtre accompagné d’un qualificatif.

Le chef-lieu du canton porte un nom issu de l’ancien nom d’origine pré-celtique du ruisseau qui le baigne, mais la tradition locale préfère y voir un nom d’arbre.

Le pays, avec sa particularité linguistique, a fait l’objet d’un article sur ce blog.

Un indice :

indice b 04 02 2024

cul de lampe vert 1

Les indices du mardi

■ l’indice ci-dessus concerne le chef-lieu d’arrondissement et, de manière plus détournée, le pays.

■ l’apôtre dont il est question dans l’énoncé n’était pas un des douze disciples de Jésus-Christ mais un évangélisateur au nom … planétaire.

■ un nouvel indice pour le pays :

indice a 06 02 2024

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Savart, sabart et salvert

Il y a plus de six ans, dans un court paragraphe d’un article consacré aux incultes utiles, je m’étais intéressé aux savarts champenois. Je reviens aujourd’hui sur ce terme et ses différentes formes dont on trouve les traces en toponymie et j’en profite pour en préciser l’étymologie.

Un savart désigne une terre crayeuse et pauvre des plateaux de Champagne, Ardennes et Picardie, où sa pelouse rare et sèche la réduit principalement à la pâture des moutons. Ce type de terrain, jadis très présent notamment en Champagne pouilleuse, a aujourd’hui quasiment disparu, victime de la « rénovation » agricole. Le mot est également présent en occitan sous la forme sabart, désignant une terre argileuse plutôt dure et inculte, et en Val de Loire sous la forme salvert, désignant là aussi une terre inculte, une friche.

savart champenois

Illustration piochée sur ce blog

Le mot savart est issu du gaulois *savartos, « terre inculte, friche », passé au bas latin savarda puis en ancien français sous la forme sauvart (attestée vers 1210). Godefroy notait déjà dans son Dictionnaire de l’ancien français le terme sauvart ou savart, présent en Picardie, Ardennes et Champagne pour « terre inculte », le nom propre Savart et les noms de lieux Les Savards de l’Aisne et la Seine-et-Marne.

Le rapprochement étymologique qui a été fait avec le gaulois *samaro, « champ cultivé au début de l’été » (du gaulois samo, « été »), est aujourd’hui abandonné par la majorité des linguistes. Certains d’entre eux font également le rapprochement avec le vieil irlandais samh, « calme, tranquille », sens qui pourrait convenir à la période de repos de la terre mise en jachère.

Savart

Près de deux cent quarante lieux-dits portent le nom de Savart(s) précédé ou non d’un article, dont plus de la moitié dans les Hauts-de-France, une soixantaine dans le Grand-Est et une trentaine en Île-de-France. Ce nom est parfois accompagné d’un qualificatif comme Blanc Savart (Vendrest, S.-et-M., etc.), Grand Savart (Bignicourt, Ardennes, etc.), Haut Savart (Congy, Marne, etc.), Bas Savart (Misy-sur-Yonne (S.-et-M., etc.) parfois, d’un déterminant comme le Savart de la Montagne (Ployart-et-Vaurseine, Ardennes) ou le Savart du Loup (Le Breuil, Ardennes) et d’autres fois encore il sert de déterminant comme pour le Bois des Savarts Glacés (Grand-Rozoy, Aisne) ou la Mare des Savarts (Passy-en- Valois, Ardennes). Enfin, il est quelquefois accompagné du nom du propriétaire comme pour le Savoir Mortier (Champigny, Marne), le Savart Michel (Pavant, Aisne), le Savart des Moines (Chézy-sur-Marne, Aisne) ou du nom du hameau voisin comme pour les Savarts de Beauregard (Laffaux, Aisne), les Savarts de Visigneux (Berzy-le-Sec, Aisne), les Savarts de Varsovie (Beine-Nauroy, Marne) ou le Savart de Blamont (Saint-Étienne-sur-Suippe, Marne).

Le même nom se trouve en Bourgogne-Franche-Comté avec Les Savarts (Perroy, Nièvre) et les Prés de Savart (Saint-Amand-en-Puisaye, id.) et même en Nouvelle-Aquitaine avec la Cave de Mont Savart (Saint-Jean-de-Thouars, Deux-Sèvres). Ces noms me permettent de signaler que Savart a été utilisé comme patronyme, désignant par métonymie le propriétaire du terrain, qui a pu à sont tour devenir toponyme ailleurs que dans sa zone d’origine.

Une variante avec –d final se retrouve principalement en Centre-Val-de-Loire comme au Champ Sabard de Menetou-Râtel (Cher) ou aux Sabards de Châteauvieux (L.-et-C.). Devenu patronyme, le même nom a donné la Sabarde (Mareuil-sur-Cher, L.-et-C.), la Sabarderie (Brinay, Cher, etc.), la Sabardière (Heugnes, Indre) etc.

On notera pour finir que le nom est devenu Savary en Suisse romande, d’où le nom d’un lieu-dit de Saint-Maurice dans le Valais. (H. Bessat et C. Germi, Les noms du patrimoine alpin, vol. 2; éd. ELLUG, 2004). Les patronymes Savary, Savarit ou Savaric semblent quant à eux être d’origine germanique, formés d’une racine *sav– de sens obscur et de ric, « puissant ».

Sabart

Ce nom occitan Sabart se retrouve principalement en Ariège, à Eycheil, Esplas-de-Sérou et à Tarascon-sur-Ariège où on trouve également Notre-Dame-de-Sabart et la Grotte de Sabart. C’est de cet ancien hameau de Tarascon nommé Sabart que vient le nom du pays Sabartès ou Sabarthès, de la haute vallée de l’Ariège jusqu’au pas de la Barre, en aval de Foix, dont il était la capitale. Le nom est attesté  suburbio Savartense en 870, du gaulois *savartos et suffixe adjectival –ensem. Sur ce même modèle a été formé le nom de la commune de Savarthès (H.-G.), « (pays ) de terres incultes ». Passés comme noms de famille Sabarthès, Sabarthez, Sabartès ou encore Savartès, on retrouve ces noms comme toponymes comme par exemple pour le quartier Sabarthès de Carcassonne.

C’est également en Ariège qu’on trouve la commune de Saverdun, attestée Savardu en 1034, soit le même gaulois *savartos accompagné de dunum, « forteresse ».

Avec le suffixe roman –aría devenu –arié a été formé le nom de La Sabartarié à Viviers-lès-Montagnes (Tarn).

Saverdun Le Balouard

Balouard : nom occitan du boulevard

Salvert

La forme salvert, toujours issue du gaulois *savartos avec le sens de « terre inculte, friche », est présente principalement comme régionalisme en Centre-Val de Loire (S. Gendron, Les noms de lieux de l’Indre, 2004) avec plus de cent noms de lieux-dits comme Salvert (Douadic, Indre, etc.) Le Salvert (Les Hermites, I.et-L. ; Mayet, Sarthe, etc.), Les Salverts (Domérat, Allier, etc.), le Petit Salvert (Vaiges, May., etc.), le Grand Salvert (Izé, May., etc.), le Clos du Salvert (Mauges-sur-Loire, M.-et-L.), la Bruyère de Salvert et la Noé de Salvert (Pruillé-l’Éguillé, Sarthe).

Il convient cependant d’être attentif pour ces toponymes puisque l’homonyme Salvert existe aussi comme patronyme, variante de Sauveur – d’où la présence de noms de lieux Salvert ailleurs qu’en Centre-Val de Loire.

Rog personnage loupe

La devinette

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine lié au gaulois *savartos étudié dans le billet.

Le lieu ainsi nommé se trouve dans une commune portant un nom d’apôtre accompagné d’un qualificatif.

Le chef-lieu du canton porte un nom issu de l’ancien nom d’origine pré-celtique du ruisseau qui le baigne, mais la tradition locale préfère y voir un nom d’arbre.

Le pays, avec sa particularité linguistique, a fait l’objet d’un article sur ce blog.

Un indice :

indice b 04 02 2024

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Les Eyserennes à Savournon (H.-A.) : la répàladev

podium seul  LGF est le seul à avoir trouvé la solution à ma dernière devinette. Bravo !

Il fallait trouver les Eyserennes, un lieu-dit de Savournon, canton de Serres, arrondissement de Gap, dans le département des Hautes-Alpes.

Savournon, c’est ici :

local-Savournon-

Et les Esseyrennes, c’est là :

EYSSERENNES Savournon Capture

cdl d

Toponymie

les Eysserennes : le nom de ce lieu-dit est écrit Eschioorena en 1506 dans le livre terrier de Gap. On y reconnait aisément une forme dérivée de l’occitan escareno  donnant le féminin  écharenne pour désigner une pente très raide. Le nom est passé à celui du torrent des Eysserennes.

Savournon : le nom de cette commune est attesté sous la forme Saorno en 1178 et en 1252 et sous sa forme occitane Savornon en 1516. Il est issu du nom de personne roman *Saturno(n) variante de Saturninus, soit Saturnin, lui-même diminutif de Saturnus. C’est ce même nom qui est à l’origine de celui de Sadournin (H.-Pyr.).

Serres : attesté Cerredum en 988 et Serre en 1173, d’une base pré-indo-européenne *ser-, « crête à dos d’âne, sommet allongé », qui apparait au masculin dans sa forme primitive dans les noms de lieux-dits Le Ser à Conac et à Salmiech en Aveyron. Attiré par l’occitan sèrra, « scie » (de serrar, « scier », du latin serrare), le féminin sèrre a désigné plus particulièrement « une crête de montagne généralement dentelée ».

CPA SERRES 05

Serres (H.-A.) et la « crête de montagne dentelée »

Gap : je recopie ici sans vergogne ma récente contribution à la rubrique toponymique de la page wiki consacrée à Gap :

Le nom de la ville est attesté Vappinquo dès 17 av. J.-C. sur le quatrième gobelet de Vicarello. Selon le linguiste et spécialiste de l’onomastique P.-H. Billy (DNLF*), la seule étymologie plausible serait la racine indo-européenne *uop– , « eau », suivie du suffixe gaulois –inco (peut-être emprunté aux Ligures). Le passage du nom de lieu Vappincum à l’adjectif Vappincensis puis à la forme courte Vappensis explique la disparition du suffixe. L’évolution de l’initiale est marquée par les graphies Wappincensis ecclesiae en 876 puis vicecomes Guapincensis en 1045 qui ne peuvent pas s’expliquer par une influence germanique (avec w passant à g) mais probablement par une prononciation originelle proche de *g-uop ou *gwop.

Dans son dernier ouvrage concernant les Noms de lieux celtiques de l’Europe ancienne, le linguiste X. Delamarre émet pour Vapincum l’hypothèse d’un celtique *uapincon formé de la racine *wek/wok donnant le gaulois uep/uop passé à uap, « parler », accompagné du suffixe –inco. Le sens, incertain, serait celui de « domaine de *Vapincos (parleur ?) » (NLCEA*).

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

cdl d

Les indices :

■ le natif de la commune : il s’agissait de Philippe-François de Rastel de Rocheblave (né en 1727 à Savournon et mort en 1802 à Québec). Après sa participation à la bataille de Fontenoy en 1745, il poursuivit sa carrière en Nouvelle-France (au service des Français, puis des Espagnols et enfin des Anglais) avant de s’installer au Canada où il fut élu député du Bas-Canada à trois reprises.

indice 28 01 2024 ■ le personnage de bédé : il fallait reconnaitre Jules Saturnin, apparu dans le feuilleton Dupont et Dupond, détectives publié en 1943 par Hergé. Saturnin, comme Savournon

indice a 30 01 2024  ■ l’œuvre d’art : cette huile sur papier de Serge Charchoune (1888-1975) est intitulée Lame de scie. Ce titre devait orienter vers l’outil dont le nom a influé sur celui du chef-lieu de canton, Serres.

1a352-indice-b-16-09-18 ■ le gratin dauphinois devait inciter à limiter les recherches au Dauphiné, pays historique dans lequel se situe Savournon.

Les indices du mardi 30 janvier 2024

Ma dernière devinette est restée inviolée.

J’en rappelle l’énoncé :

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié à un des mots du jour. [échaillon, escalette, écharra, écharenne]

La commune qui abrite ce lieu dit porte un nom issu d’un nom de personne latin sans suffixe.

Le nom du chef-lieu du canton est issu d’un oronyme pré-indo-européen ayant subi l’attraction d’un mot occitan désignant un outil.

Un natif de cette commune fit une carrière militaire en Europe puis en Amérique du Nord d’abord au service de la France, puis au service de l’Espagne et enfin de l’Angleterre, avant de s’installer comme commerçant et d’être élu à trois reprises député d’une partie du futur Québec. Je me permets de mâcher le travail pour les accros des listes en leur donnant celle des parlementaires du Québec de 1764 à nos jours : z’ont plus qu’à…

Un indice :

indice 28 01 2024

cdl d

Les indices du mardi

■ l’indice ci-dessus concerne le nom de la commune qui abrite le lieu-dit à trouver.

■ une œuvre d’art pour le nom du chef-lieu de canton :

indice a 30 01 2024

■ et un dernier :

1a352-indice-b-16-09-18

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Mise à l’échelle

Les habitués de mon blog se souviennent peut-être d’une devinette datant du 19 août 2023 dont la solution était l’Écharasson, une montagne drômoise dont le « nom est issu de l’occitan eicharasson, dérivé d’eschala, eichara, « échelle », employé métaphoriquement pour désigner un raidillon, une pente raide ».

De nombreux autres mots, tous issus du bas-latin scala dérivé du classique scalae, « échelle », sont utilisés en pays de montagne pour désigner un petit passage abrupt qu’il faut escalader ou la partie la plus raide de la montagne où l’on accède comme par les degrés d’une échelle (A. Gros, Dictionnaire étymologique des noms de lieux de la Savoie, 1935, rééd. 2021). On connaît ainsi, principalement dans le massif alpin, l’échaillon, l’escalette, l’écharra et l’écharenne.

Échaillon

« On a appelé de ce nom un lieu escarpé où l’on ne peut aborder que par des degrés taillés dans la pierre » (ibid.). Ce mot est issu de l’ancien français escaillon, « échelon », lui-même de l’occitan escala, « échelle ».

On compte plus de cinquante noms de lieux L’Échaillon comme en Savoie à La Tour-en-Maurienne, au Châtel ou à Sainte-Foy-Tarentaise, dans les Hautes-Alpes à L’Argentière-la-Bessée, dans la Drôme à Valdrôme etc. ainsi que des oronymes comme le Grand Échaillon, une barre rocheuse et un plateau de prairies et de bois au dessus de Léoncel dans le Vercors, la Crête de l’Échaillon à Névache dans les Hautes-Alpes, le Bec de l’Échaillon à Saint-Quentin-sur-Isère (Is.) etc. Notons une variante graphique dans les noms de la Montagne de l’Essaillon à Nyons (Drôme) et du lieu-dit l’Esseillon à Aussois et à Termignon (Sav.).

Enfin, le même mot a servi à nommer des cours d’eau comme le Ruisseau de l’Échaillon à Saint-François-Longchamp ou la Fontaine de l’Échaillon à Montricher-Albane, tous deux en Savoie, ou encore le Ruisseau de l’Échaillon à Oulles en Isère.

Escalette

Le diminutif méridional escaleta du même occitan escala, « échelle », est à l’origine des noms du pas de l’Escalette (Hér., voir plus bas) qui permet l’accès au causse du Larzac au-dessus de Lodève, du pas de l’Escalette (H.-Gar.) dans la haute vallée de la Pique à la frontière espagnole, du pic de l’Escalette à Boux (H.-Gar. 1856 m), du Tuc de l’Escalette à Seix (Ariège), du Soum de l’Escalette à Bagnères-de-Luchon (H.-Gar.) etc. Une vingtaine de lieux-dits portent ce même nom d’Escalette, principalement dans le sud-ouest comme à Saint-Martin-de-Hinx (Landes), à  Villeneuve (Gir.), à Samouillan (H.-Gar.), à Goudon (H.-Pyr.), à Montvalen (Tarn) etc.

Dans les Bouches-du-Rhône, on connaît le quartier et la calanque de l’Escalette à Marseille, qui devraient leur nom à l’escalier que devait emprunter le gardien de l’usine à plomb implantée au fond de la calanque au XIXè siècle pour accéder à sa vigie, ainsi que le lieu-dit l’Escalette à Sausset-les-Pins.

Pour finir, rappelons la commune héraultaise de Pégairolles-de-l’Escalette qui avait été vue dans le billet consacré aux sotchs à propos du Sot du Lièvre. C’est à propos de ce Pas de l’Escalette que Jean Mercadier (Découverte du Haut Languedoc, éd. de l’auteur, 1973) évoquait un « simple chemin muletier qui escaladait la haute vallée de Lergue, par une série de marches taillées dans le roc ».

CPA Pas de l'Escalette

Écharra

Issu du bas latin scala, « échelle », avec passage du l au r, le nord-occitan escara ou eichara, nom masculin qui désigne « une échelle dont les montants sont disposés de part et d’autre d’une barre centrale » a servi en toponymie à désigner en montagne la pente raide à gravir comme une échelle ou la pente forte à éboulis bordant une ligne de crête.

On trouve un seul lieu-dit Les Écharras et une Montée des Écharras à La Combe-de-Lancey (Is.).

Avec un suffixe diminutif, le dialectal écharasson se retrouve principalement dans le Vercors comme pour l’Écharasson (écrit les Charassons par Cassini en 1779) qui a donné son nom à la Montagne de l’Écharasson et au Col ou Pas de l’Écharasson à Saint-Jean-en-Royans (Drôme), au Pas de l’Écharasson du Plateau-des-Petites-Roches (Is.) ou encore au Pas de l’Écharassou à Châtillon-en-Diois (Drôme). À Mirabeau (Vauc.), dans le Luberon, on rencontre le lieu-dit L’Escarasson, nom qu’on trouve au pluriel Les Escarassons à Portes, dans le Gard.

Écharenne

Du même nord-occitan escara ou eichara, accompagné du suffixe adjectival –enna, a été formé le nom féminin écharenne qui, avec ses nombreuses variantes, a servi lui aussi à nommer des pentes abruptes et par là, des communes, des lieux-dits ou des reliefs.

Frédéric Mistral (Trésor du Félibrige) donne escareno pour « pente raide ». Le patois du Queyras parle d’escarène ou d’eicharène pour désigner « une pente très raide où le sol parait décharné par des éboulements ou des ravins ». Le dauphinois emploie escharigna pour « escarpé ».

L’Escarène est une commune des Alpes-Maritimes accompagnée de sa voisine Touët-de-l’Escarène, Lescheraines, une commune de Savoie dont le nom a subi l’ agglutination de l’article et Saint-Pierre-de-Chérennes, attestée Les Cherennes en 1432, une commune de l’Isère.

CPA Touet de l'Escarène

Les lieux-dits sont plus nombreux et laissent apparaître des variantes du nom comme dans ces quelques exemples :

  • L’Écharenne à Saint-Sébastien, Vif et à Valjouffrey, les Écharennes à la Chalp, à Valjouffrey et à Tréminis, la Combe et le Ruisseau de l’Écharenne à la Chalp, tous en Isère ainsi que l’Écharenne à Saillans dans la Drôme et aussi à Saint-François-Longchamp et Bonneval-sur-Arc en Savoie.
  • L’Écharène à Brette, à Saint-Nazaire-le-Désert et à Espenel ainsi que le Ruisseau de l’Écharene à Saillans, tous dans la Drôme ; l’Écharène à Chatel-en-Trièves en Isère, attestée Scarena et Lescharena au XIIè siècle.
  • les Rochers de l’Écherenne à Valloire (Sav.) ; le Bois de l’Eschereine à Saint-Avre (Sav.) ; L’Eschereine à La Chambre (Sav.) attestée Esccherena en 1238 ; les Eycharennes, un bois et un torrent, à Saint-Julien-en-Beauchêne (H.-Alpes) et l’Eycharène à Névache (id.) ; les Esserennes à Bouvante (Drôme).

Avec une mauvaise coupure du mot apparaissent des noms comme Les Charaines, une montagne à l’est du col du Glandon (commune de Saint-Colomban-du-Villards en Savoie – L’Écharaine a été compris « les Charaines », d’où le pluriel), Les Charennes à La Salette-Fallavaux (Is.) et à Saint-Martin-de-Clelles (Id.), le ravin des Charennes à Clelles (id.) ou encore le Col de Sarenne à Clavans-le-Haut (Is.), la Brêche de Sarenne (id.) et le col de Serenne à Saint-Paul-sur-Ubaye (A.-de-H.-P.).

that's all folks

Bon, accrochez-vous à la souris, je retire l’échelle.

La devinette

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié à un des mots du jour.

La commune qui abrite ce lieu dit porte un nom issu d’un nom de personne latin sans suffixe.

Le nom du chef-lieu du canton est issu d’un oronyme pré-indo-européen ayant subi l’attraction d’un mot occitan désignant un outil.

Un natif de cette commune fit une carrière militaire en Europe puis en Amérique du Nord d’abord au service de la France, puis au service de l’Espagne et enfin de l’Angleterre, avant de s’installer comme commerçant et d’être élu à trois reprises député d’une partie du futur Québec. Je me permets de mâcher le travail pour les accros des listes en leur donnant celle des parlementaires du Québec de 1764 à nos jours : z’ont plus qu’à…

Un indice :

indice 28 01 2024

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

 

Wy-dit-Joli-Village (Val-d’Oise) : la répàladev

podium seul TRS est le seul à avoir trouvé la solution de ma dernière devinette. Bravo à lui !

Il fallait trouver Wy-dit-Joli-Village, une commune du canton de Vauréal dans le département du Val-d’Oise, dans le Vexin français.

local Wy-dit-Joli-Village

cdl e

Toponymie

Wy-dit-Joli-Village :

Le toponyme est mentionné sous les formes Huis au XIIè siècle puis Vy en 1337. On trouvera par la suite le nom de Vuy, Wuic et enfin Wy. Ce nom est issu du latin vicus, « village » (cf. cet article, où est mentionné Longwy).

L’adjonction du complément Joli Village est expliquée par une légende mettant en scène Henri IV. Au cours d’une partie de chasse vers 1590, le roi se serait enquis du nom du village qu’il traversait. « Wy ! » aurait alors répondu un villageois, à quoi le roi aurait répliqué : « Ah ! Quel joli village ! ».

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Pour certains, cette exclamation aurait été parfaitement sincère, pour d’autres il s’agissait plutôt d’un trait d’ironie, le village aux rues ravinées avec de grosses pierres étant difficile à traverser à cheval. Quoi qu’il en soit, la répartie royale serait restée et officialisée : en 1756, Cassini écrit Wy ou le Joly Village (feuillet 2, Beauvais) tandis que la carte d’état-major (1820-66) parle de Wy le Joli Village  Le passé huguenot du village (un ancien cimetière protestant y avait été aménagé dès 1560 au lieu-dit l’Enfer) n’est sans doute pas étranger à cette légende.

WY CASSINI

Cette légende a ceci de remarquable qu’elle réintroduit dans le complément la notion de « village » déjà présente dans Wy : le toponyme actuel peut en effet se traduire par le « Village-dit-Joli-Village ».

En fait, c’est sans doute lors de sa campagne contre le Ligueur Charles de Lorraine, duc de Mayenne, conclue par sa victoire à Arques le 29 septembre 1589, qu’Henri IV est passé à Wy où il a peut-être noté la présence du cimetière protestant.

Vauréal

Le nom du village apparait sous la forme Leus en 1189 puis Locus en 1253 et enfin Lieux. Cette appellation est sans mystère : elle est issue du latin locus, « lieu », fautivement mis au pluriel.

C’est en 1656 que le seigneur de l’endroit depuis 1644, Antoine de Guérapin, décide de changer le nom en Vauréal. Il ne sortait pas ce nom de son chapeau mais reprendrait celui d’un hameau qui abritait une léproserie non loin de là et qui était appelé en 1303 Vallis Regis juxtam Pontisaram, « la vallée du roi, près de Pontoise » (M. Mulon, Noms de lieux d’Île-de-France, éd. Bonneton, 1997) ; on trouvera par la suite le nom de Val-le-Roi – le roi en question étant Philippe IV le Bel. Sans doute ledit seigneur, devenu baron, jugeait-il plus noble (j’allais écrire « plus snob ») de s’appeler Guérapin de Vauréal plutôt que Guérapin du Lieu … Il faudra quand même attendre plus d’un siècle avant que le nouveau nom ne soit définitivement adopté.

Une autre source (Alphonse Boullé, 1893) explique que ledit Antoine Guérapin acquit par adjudication en 1644 les terres de Lieux. En juillet 1656, il obtint de Louis XIV l’érection en baronnie de cette seigneurie sous le nom de Vauréal : il venait en effet de se faire accorder, en janvier de la même année, l’érection également en baronnie de sa seigneurie de Vauréal, sise au Châtelier dans la Marne et souhaitait donner le même nom à ses deux seigneuries. À lire en suivant ce lien.

On notera au passage l’imagination débordante des anciens Val-d’Oisiens qui appelaient leur village Village et leur lieu d’habitation Lieu.

Vexin français

Ce pays historique du haut Moyen Âge, dont le chef-lieu est Pointoise (Val-d’Oise) est formé d’une partie de l’ancien diocèse de Rouen. Son nom est attesté in Vilassino Francico en 1028-33. C’est une formation du haut Moyen Âge. Dans l’Antiquité, les Veliocasses occupaient les deux rives de la basse Seine, de Pontoise au Havre, soit un territoire correspondant à l’actuel Val-d’Oise, plus le sud-est de l’Oise, le sud de la Seine-Maritime et le nord de l’Eure. Dès le début du VIIè siècle, ce vaste territoire est appelé pagus Veliocassinus, du nom du peuple des Véliocasses attesté chez César au milieu du Ier siècle av. J.-C. Bien plus tard, les combats incessants entre les Normands et les Carolingiens ont conduit en 911 au traité de Saint-Clair-sur-Epte, qui se conclut par le partage du Vexin en Vexin normand, limité au sud par l’Epte, concédé au duc de Normandie et en Vexin français, limité au nord par l’Epte et réuni au royaume de France. Les attestations in pago Welchisino en 843 et Veugesin en 1160 (qui concernaient le Vexin normand) montrent l’évolution phonétique qui conduira à la forme Vexin, attestée dès 1382 dans le nom du païs du Vexin le François puis, plus simplement, du Vexin François en 1552.

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Les indices

saint Romain de Rouen

Saint Romain est né à Wy, peu avant ou pendant le règne de Dagobert. Il y aurait fait jaillir une source miraculeuse censée rendre la vue aux aveugles. Plus tard, devenu évêque de Rouen, il vint à bout de la Gargouille, un  énorme serpent qui « dévouroit et detruisoit les gens et bestes du païs ». Il fut aidé en cela par un condamné à mort, unique volontaire qui n’avait rien à perdre, ce qui serait, selon la légende, à l’origine du privilège de saint Romain qui permettait aux évêques de Rouen de gracier un condamné à mort par an.

la rivière Vauréal

Henri Menier (1853-1913), membre de la famille des célèbres chocolats Menier, propriétaire d’un château à Vauréal, acquiert grâce à sa fortune l’île d’Anticosti au Québec. En souvenir de la ville du val-d’Oise où il s’est établi, il nomme une des rivières de cette île la Vauréal. Le toponyme est toujours en vigueur de nos jours, notamment dans le nom du Canyon de la Vauréal.

Les indices du mardi 23 janvier 2024

Personne n’a trouvé la solution à ma dernière devinette

Rappel de l’énoncé :

Il vous faudra trouver une localité de France métropolitaine qui a jugé bon d’ajouter à son nom un compliment que lui aurait fait un roi de France lors de son passage.

Selon les uns, ce compliment était parfaitement sincère, selon les autres, semble-t-il plus nombreux, il était plutôt ironique.

Le chef-lieu du canton où se situe la localité objet de la devinette porte un nom lui aussi lié à un roi … mais pas le même !

La localité à trouver est située dans la partie sud d’un pays historique, initialement « gaulois », coupé en deux par un traité conclu entre les Carolingiens et leurs voisins, une rivière servant de frontière.

cdl e

Les indices

■ Le roi auteur du compliment était le quatrième de son nom.

■ la localité à trouver a vu naître un saint, qui y aurait fait jaillir une source miraculeuse qui porte aujourd’hui son nom ; il deviendra évêque du diocèse. Selon la légende, aidé d’un condamné, unique volontaire, il parvint à libérer la région d’une calamité et obtint pour cela que lui et ses successeurs puissent user d’un droit de grâce par an, droit qui ne leur fut retiré qu’à la Révolution.

■ le nom du chef-lieu de canton a été repris par un de ses châtelains, riche industriel, pour nommer une rivière d’une île … canadienne dont il était propriétaire.

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Étymologies populaires basées sur des paroles « historiques » (partie III).

Je poursuis, avec ce billet, une série, commencée ici et continuée , consacrée aux légendes expliquant des toponymes par de prétendues paroles prononcées par des personnages historiques. Aujourd’hui, ces sont les rois de France qui sont mis à contribution.

Castétis (Pyrénées-Atlantiques)

Le nom de cette commune serait dû à l’exclamation admirative du roi Henri IV à la vue d’une jeune fille du lieu à la poitrine particulièrement opulente : « Qu’as tetis ! », c’est-à-dire : « Que tu as (de ces) tétons ! ». (non, nous n’avons pas de photo.)

Les formes anciennes du toponyme, Castetiis en 1304 et Casteg-Tiis en 1334 ont été analysées par Dauzat & Rostaing (DENLF*) comme issues de la forme gasconne casteth de castellum, « château fort ». Plus sûrement, selon l’hypothèse de MIchel Morvan (NLPBG*) et Hubert Dutech, (Lo Noste Béarn, éd. MonHélios, 2003 ), ce nom proviendrait du gascon Castet-Hiis, d’après le latin Castellum Finis (on sait qu’en gascon, que le f initial a évolué en h), « château de la frontière », ce qui correspondrait à sa situation géographique, à la limite ancienne des vicomtés de Dax et de Béarn.

La Cèze (Gard)

L’anecdote pseudo-historique concernant le nom de cette rivière est un exemple bien connu des étymologies populaires. Louis XIV, se promenant dans le Gard avec sa suite, traversa un jour le pont sur la Cèze à Bagnols-sur-Cèze et, fin observateur, s’exclama alors : « Ce pont est très étroit ! », à quoi un courtisan répondit : « Ah ! majesté, si c’est très étroit, ça fait seize ! ».

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La forme ancienne est Cicer en 817, probable latinisation fautive causée par l’attraction paronymique avec l’ancien occitan cese (du latin cicer), « pois chiche » ; on trouve ensuite fluvium Cicers (1242). Il est plus sûr d’expliquer ce nom par la racine hydronymique pré-celtique seikw, « verser, couler, ruisseler », comme pour la Seine (Sequana chez César). Pour la Cèze, où seikw était suivi du suffixe atone pré-celtique –are, il y aurait eu passage de kw à k puis évolution de k à ts puis s, comme dans cicer donnant cese, accompagné du recul d’accent sur la première syllabe. (DNFLMF*).

Le Pas-Opton (Vendée)

Ce lieu-dit de la commune Le Fenouiller (Vendée) est parfois appelé le Haut-Pas-Opton pour le distinguer du Bas-Pas-Opton qui lui fait face sur la commune de Notre-Dame-de-Riez, de l’autre côté de la Vie.

On explique ce nom par une phrase prêtée à Louis XIII qui, lors de son expédition contre les protestants, aurait choisi de passer ici, en disant : « Pour ce pas, optons ! », « pas » ayant le sens de « passage » et, plus précisément ici, de « gué ». La vérité historique est qu’après la bataille de Riez [aujourd’hui Saint-Hilaire-de-Riez], il passa la rivière à Croix-de-Vie [aujourd’hui Saint-Gilles-Croix-de-Vie] et se rendit à Apremont.

Le nom apparait sous la forme Pas-Aupton (XVIIIè siècle), Le Pas au Peton chez Cassini (feuillet 132, Les Sables-d’Olonne, 1770) puis Pas-Opton au XIXè siècle, tandis que les formes poitevines sont Le Pouptun et Le Pouctun. Il s’agit vraisemblablement d’un « gué au piéton », avec la forme poitevine ancienne peton de « piéton », précédée d’un Pou– issu de la réduction normale de Pa(s) à P devant ou (poitevin pour « au »), d’où la forme Poupeton puis Poupton » (Jean-Loïc Le Quellec, Noms de lieux de la Vendée, Mougon, Geste Éditions,1995).

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Vaucevin (Doubs)

Ce micro-toponyme de la commune de Montfaucon (Doubs) apparait aujourd’hui sous la forme Les Vauzevins. Il s’agissait du nom d’un terroir viticole dépendant du château de Montfaucon, exploité du XIVè au XVIIè siècle avec le Chevriot, les Pendeurs, les Gloriolles, le Champ l’Ognon et quelques autres.

On prétend que, lors du siège de Besançon en 1674, Louis XIV, encore lui !, aurait goûté ce vin et se serait exclamé, après avoir reposé son verre et fait claquer sa langue : « Il vaut, ce vin ! » ( Charles Beauquier, Blason populaire de Franche-Comté, éd. Lechevalier et Leroux, 1897).

Sans forme ancienne disponible, il est difficile de se prononcer sur l’étymologie de ce nom. On peut toutefois imaginer, sans grand risque de se tromper, un nom composé de vallis, « val, vau », accompagné d’un nom de personne, peut-être le latin Civinus (comme pour Cevins en Savoie).

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

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La devinette

Il vous faudra trouver une localité de France métropolitaine qui a jugé bon d’ajouter à son nom un compliment que lui aurait fait un roi de France lors de son passage.

Selon les uns, ce compliment était parfaitement sincère, selon les autres, semble-t-il plus nombreux, il était plutôt ironique.

Le chef-lieu du canton où se situe la localité objet de la devinette porte un nom lui aussi lié à un roi … mais pas le même !

La localité à trouver est située dans la partie sud d’un pays historique, initialement « gaulois », coupé en deux par un traité conclu entre les Carolingiens et leurs voisins, une rivière servant de frontière.

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr