LGF est le seul à avoir résolu ma dernière devinette. Félicitations !
Il fallait trouver Le Marillais, une ancienne commune du Maine-et-Loire, devenue commune déléguée de la commune nouvelle de Mauges-sur-Loire en 2015.

Plusieurs légendes expliquent à leur façon ce toponyme en faisant appel à Charlemagne ou à saint Maurille d’Angers (sources principales pour ce billet : Les secrets des noms de communes et lieux-dits du Maine-et-Loire, par Pierre-Louis Augereau, éd. Cheminements, 2004 ; Jacques E. Merceron, La Vieille Carcas de Carcassonne, éd. du Seuil, 2006).
♦ Joseph Grandet (Notre-Dame angevine, rédigée vers 1700-1724, Angers, éd. Germain et Grassin, 1884 – cité en 1893 par l’abbé Louis Leroy dans son Histoire des pèlerinages de la sainte Vierge en France, éditions Vivès) raconte que Charlemagne et ses armées livraient une bataille meurtrière contre les Bretons à Marillais. Charles, « pour animer ses soldats au combat, leur crioit de dessus une éminence voisine du lieu où ils donnoient la bataille : Maria illic est, Maria illic est ! , Marie est pour vous en cet endroit, ou bien Marie vous donne la victoire, et c’est de là qu’on appelle cette chapelle du nom de Marillais comme qui diroit Maria illic est, ou en vieux gaulois [sic !] : Marie illec est », soit « Marie y est ». Comme on a plus tard découvert de nombreux ossements dans les champs, certains ont conclu qu’il s’agissait des combattants et que Marillais valait autant que Mors illic est soit, en bon français, la « Mort y est ».
♦ Une autre explication s’appuie sur l’apparition en 430 de Marie à Maurille, au lieu-dit la croix du Pichon, au confluent de l’Èvre et de la Loire, là où s’élève aujourd’hui l’église Notre-Dame du Marillais. La tradition veut que la Vierge, tenant dans ses bras l’enfant Jésus, aurait demandé au disciple de saint Martin de célébrer dans son diocèse une messe solennelle le jour de sa Nativité, soit le 8 septembre.» Cette déclaration se serait déroulée un an avant le concile d’Éphèse durant lequel Cyrille d’Alexandrie allait proclamer et faire reconnaître la nature divine de la maternité de Marie, Mater Dei. Selon cette légende, les Angevins auraient ainsi été les premiers à célébrer cette fête avant qu’elle ne s’étendît au reste de la chrétienté, d’où son nom de Feria Andegavensis, la « fête angevine » (cf. la foire de la Petite Angevine tenue tous les ans à Beaupréau-sur-Mauges). Une fois ce tableau posé, revenons-en à la toponymie : selon la légende, Le Marillais serait une déformation éponymique de Maurille pour la chapelle Beata Maria de Maurillo devenue Beata Maria de Mariolo puis Notre-Dame du Marillais ou bien, là encore, une déformation de l’expression latine Maria illic est.
♦ Enfin, une dernière explication fait appel aux nombreuses inondations que la Loire, sortant de son cours, faisait subir à la localité, envahissant la chapelle jusqu’à en submerger l’autel, et l’isolant comme une île au milieu d’un lac, ce qui la fait nommer en quelques manuscrits Beata Maria de Lacu, d’où l’on a fait Notre-Dame du Marillais.

Une hécatombe pour célébrer Marie …

Retour à la « science » toponymique :
Le nom est attesté Mariolus et ecclesia beata Marie ad Mariolum au XIIè siècle et de Marieleis en 1186, sans doute d’après le gaulois maro, « grand » et o-ialo « clairière puis village » donnant un composé * Mareuil auquel aurait été plus tard ajouté le suffixe –ais (latin –ensem) d’où « le (champ) de Mareuil ». Les noms de ce type sont fréquents : E. Nègre cite quinze Mareuil ou Marœuil et sept Mareil ou Mareilles plus Mareau, Marolles, Marols, Méreau, Mariol, Mariège, Maruéjols, Marvéjols et Mareuge (TGF*, NLCEA*).
L’hypothèse d’une explication liée à un nom de personne gallo-romain Mariolus n’est cependant pas complètement exclue.
Pour Mauges-sur-Loire, je vous renvoie au premier billet de cette série.
*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Les indices
■ « Ce même endroit a été marqué, lors d’une autre guerre, par l’exécution sommaire de nombreux prisonniers, hommes femmes et enfants. » : lors de la guerre de Vendée, plusieurs fusillades ont eu lieu à cet endroit, de novembre 1793 à avril 1794, faisant plusieurs centaines ou milliers de victimes parmi les Vendéens. Elles sont connues comme les Fusillades du Marillais.
■ « Je citais ici-même cette localité il y a plus de dix ans à propos d’une grotte portant un joli petit nom.» : dans un article intitulé De quelques minous, je citais en 2011 le nom de la Caverne du Minou, une grotte située au Marillais :

■ cette mairie est celle de Mareuil-la-Motte (Oise), bien entendu choisie parfaitement au hasard. Comme je l’indiquais, il s’agissait d’onomastique et de rien d’autre : il fallait donc s’arrêter au nom de la commune, Mareuil, issu du gaulois maro-o-ialo, comme Le Marillais.
■ cette couverture renvoyait au sonnet de Du Bellay, Heureux qui comme Ulysse..., lequel est connu pour célébrer, plus que l’air marin, la douceur angevine.
■ cette carte est un représentation de là où se déroule Le Rivage des Syrtes, célèbre roman de Julien Gracq, lequel est né et enterré à Saint-Florent-Le-Vieil, ancienne commune du Maine-et-Loire, aujourd’hui commune déléguée de Mauges-sur-Loire, comme Le Marillais. Vous étiez prévenus : c’est du billard à trois bandes !















Lapinou Year, pardi !

■ ce dessin de Sempé donnait deux indices : premièrement, la basilique Notre-Dame de Paris devait orienter les recherches vers un édifice homonyme. Deuxièmement, Sempé, né à Bordeaux le 17 août 1932 est mort le 11 août 2022 à Ampus.
■ le dragon : il fallait reconnaître le dragon Smaug le Doré, principal antagoniste du Hobbit (J. R. R. Tolkien, 1937). Et du dragon à Draguignan …
■ Brad Pitt et George Cloney, un verre de vin à la main : le premier est propriétaire du château de Miraval à Correns et le second du domaine de Canadel au Castellet, tous deux dans le canton de Brignoles et produisant du vin (pour les liens, débrouillez-vous…).

