Les indices du mardi 31 octobre 2023

TRS a déjà trouvé une des deux réponses à ma dernière devinette, celle que je ne trouve pas sur les cartes IGN mais qui figure pourtant au fichier FANTOIR. Bravo à lui !

Rappel de l’énoncé :

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié au mot du jour [Terral].

Le nom de la commune où se situe ce lieu-dit mentionne une jeune femme au nom d’origine germanique qui serait morte en martyre mais qui n’est nulle part ailleurs connue ni célébrée – contrairement à ses homonymes dans une autre région.

Le nom du chef-lieu d’arrondissement indique que l’endroit était une place forte dont le nom, qui n’était à l’origine pas le sien, en faisait un poste de garde.

Le nom du canton combine le précédent avec celui du pays naturel, lequel fait référence à l’administrateur d’un domaine gallo-romain qui deviendra un comté carolingien. Ces deux noms ont déjà été étudiés, séparément, sur ce blog.

Un indice :

indice b 29 10 2023

Dernière minute : Le lieu-dit à trouver, qui figure bien sur la carte IGN, ne figure en revanche pas dans le référentiel « officiel » de la Direction Générale des Finances Publiques (DGFIP), le FANTOIR. En revanche, ce dernier mentionne un lieu dont le nom est issu de la même racine que celle qui nous intéresse, mais que je ne trouve pas sur la carte IGN !

Quoi qu’il en soit, il est trop tard pour changer ma devinette : les deux réponses seront donc acceptées, avec double ration de compliments pour ceux (oui : « ceux », je suis optimiste) qui me donneront les deux.

cdl b

Les indices

■ céphalophore, la jeune femme qui a donné son nom au village est réputée avoir lavé son cou tranché dans une source au nom « shakespearien » près de l’actuelle église du village.

■ un cadeau, pour la région :

indice c 29 10 2023

Réponse(s) attendue(s) chez leveto@sfr.fr

Terral etc.

Selon le Dictionnaire de l’ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle de D. Godefroy (10 vol.,1880-95), le terral (terraul, teral, tieral, tyeral, tarial) désigne « la terre, le terrain, le territoire » et peut avoir les sens particuliers de « retranchement en terre, terrassement, rempart », de « digue », de « fossé » ou encore de « boue ». Dans le même dictionnaire, le terrail (terail, terreil, tierail) désigne un « terrain » et peut prendre, là aussi, les sens particuliers de « retranchement en terre », de « digue » ou d’« amas de terre ».

Concernant la terre, celle sur laquelle on marche, qu’on travaille, qu’on aménage, c’est sans surprise qu’on retrouve ces mots en toponymie, tels quels ou avec quelques variations.

En Languedoc, le terral ou tarral, dont le sens oscille entre celui de « terroir » et celui de « parcelle de terre », peut désigner plus particulièrement un large espace terrassé en nivelant la terre, d’où ce nom souvent donné à des places publiques. Par analogie, au sud du Massif Central, ce même mot peut désigner une terre plane, le plus souvent déserte et à végétation maigre, balayée par le vent froid du nord qui chasse les nuages et apporte le soleil. Par métonymie, le terral ou terrau  est le nom donné à ce vent, par opposition au marin.

Il ne sera question ici que des toponymes issus de terral, laissant de côté les beaucoup trop nombreux toponymes issus de terre (terrier, terroir, terrasse, etc.) qui seront peut-être étudiés ultérieurement.

Terral

C’est sous la forme terral que ce mot connait le plus grand nombre d’occurrences en toponymie.

Ainsi trouve-t-on, au sens de terroir, Le Terral dans l’Aude, au nord-ouest d’Ouveillan (castrum de Terrallo en 1176, Esglise Sainct Martin du Terral de 1219 au XVIIe siècle  et Teralh en 1536, ancien prieuré, propriété de l’abbaye de Fonfroide), Le Terral au nord-est de Flavin en Aveyron, Le Terral à Saint-Jean-de-Védas dans l’Hérault (de Terralio en 1043-60 et castel del Terralh en 1331, ancien château des évêques de Maguelonne et Montpellier),  le Terral à Tauriac dans le Lot, le Terral à Miaules dans le Tarn et bien d’autres.

La commune héraultaise de Cournonterral, du canton de Pignan, était, vers 1032, un castellum quod vocant Cornonc, avant qu’on n’y bâtisse une ecclesie S. Petri de Cornone près du Castro de Cornone en 1181 où l’on cultivait du chanvre à la canabaria de Cornone, ce qui attira la construction de petites masures dites de Casaliglis, id est de Cornone Terralli, marquant la naissance du village moderne qui deviendra Cornoni Terrallo en 1207, d’où les noms Cornonterralh en 1312 et Cornonterral en 1319. La forme Cournon Terrail apparait en 1626 suivie par Cournonterral dès 1740. On reconnait aisément l’occitan terral dans la deuxième partie de ce nom, sans doute ici au sens de terroir fertile, arable, à comparer à Cournonsec (castello que vocant de Cornone Sicco en 1063 ), commune du même canton qui était à l’origine un écart de la précédente, où l’adjectif « sec » se rapporte à sa situation en hauteur. La première partie du nom est plus difficile à analyser : le thème oronymique *cor-n (sur la base pré-celtique *kor, variante de*kar) semble peu appropriée à la topographie des lieux, mais on peut faire un parallèle avec le gascon cornal qui désigne un coin, un quartier.

CPA Cournonteral

La vocalisation du a en u devant le l donne la diphtongue aw en occitan réduite à ɔ, écrit au en français, d’où le nom de Lou Terrau, la place du Terreau à Manosque (A.-de-H.-P.) et de la place des Terreaux à Lyon, ainsi que de nombreux Le Terreau, avec le sens d’espace terrassé désignant souvent la place du village. Sur le même modèle ont été formés des noms comme le Grand Terrau à Poulans (S.-et-L.), les Terraux à Beaufort (Is.), etc. ainsi que le Champ Terreau à Gibles (S.-et-L.), le Terreau Billot à Vielverge ou le Terreau Brenot à Saulieu(C.-d’Or, avec le nom du propriétaire), etc.

Certains de ces dérivés, désignant à l’origine une élévation de terre, une digue, ont pu désigner un fossé, notamment en Franche-Comté (cf. le Terreau de la Goutte à Vignoles en Côte-d’Or ou les Grands Terreaux à Saône dans le Doubs) ou un canal en Saône-et-Loire (cf. l’Étang du Terreau à Verosvres).

Tarral

Beaucoup moins représentée, la variante tarral apparait dans les noms de Le Tarral (Compeyre, Av. ; Montpeyroux, Hér.), du Puech du Tarral (une colline à Aniane, Hér.) et des Tarrals (Combret, Av.). Le féminin La Tarrale (Alignan-du-Vent, Hér.) est soit une féminisation de tarral, soit plus vraisemblablement issu du nom de famille Tarral.

Terrail

Issue de l’occitan terralh,la forme française terrail apparait telle quelle dans une quarantaine de noms comme celui du Château du Terrail à Montmaur (H.-A.), de (le) Terrail (al  Terral en 1467 à Puisserguier, Hér. ; Naillac, Dord. ; Montpezat, Gers ; Arette, P.-A. etc.), ou encore de (les) Terrails (Peyriguère, H.-P. ; Arbecey, H.-Saône etc.).

CPA-saint-rome-de-tarn-place-terrail

Ce nom est également présent en pays de langue d’oïl comme au Terrail au Mans et à Conlie, dans la Sarthe, et à Wambrechies dans le Nord – mais sans doute s’agit-il dans ces cas-là de patronymes. Le même patronyme est à l’origine de la Terraillerie, un hameau et un bois de Saint-Michel-sur-Brenne dans l’Indre.

On sait qu’avant d’être le chevalier sans peur et sans reproche bien connu, le seigneur de Bayard s’appelait Pierre Terrail, du nom d’une famille de petite noblesse dauphinoise à la tête d’un domaine de vingt-huit journaux, soit à peine sept hectares.

On trouve également la forme diminutive Terraillon, au sens de parcelle de terre, comme le lieu-dit Terraillon de la commune de Saint-Martin-de-Boubaux (Loz.), un îlot de terre exploité au milieu des bois sur le bord du Galeizon et une petite dizaine d’homonymes. Le pluriel Terraillons se retrouve à Bron (Rhône) et à Miscon (Drôme) mais il oriente plus vraisemblablement vers un nom de famille qu’on trouve avec certitude dans le nom Chez Terraillon à Joux (Rhône). Ce patronyme, et sa variante Terralion, peut présenter, outre le sens toponymique de « celui qui habite un lieu nommé Terraillon », un sens purement anthroponymique au sens de « celui qui travaille la boue, qui fait des pots de terre, potier ».

D’autres diminutifs, plus rares, se retrouvent dans des noms comme le Terraillet à Bassens (Sav.), le Terraillot à Tart-le-Haut (C.-d’Or), le Terraillou à Montmaur (Aude), les Terraillous à Paulhac (H.-G.) etc.

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La devinette

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié au mot du jour.

Le nom de la commune où se situe ce lieu-dit mentionne une jeune femme au nom d’origine germanique qui serait morte en martyre mais qui n’est nulle part ailleurs connue ni célébrée – contrairement à ses homonymes dans une autre région.

Le nom du chef-lieu d’arrondissement indique que l’endroit était une place forte dont le nom, qui n’était à l’origine pas le sien, en faisait un poste de garde.

Le nom du canton combine le précédent avec celui du pays naturel, lequel fait référence à l’administrateur d’un domaine gallo-romain qui deviendra un comté carolingien. Ces deux noms ont déjà été étudiés, séparément, sur ce blog.

Un indice :

indice b 29 10 2023

Dernière minute : Le lieu-dit à trouver, qui figure bien sur la carte IGN, ne figure en revanche pas dans le référentiel « officiel » de la Direction Générale des Finances Publiques (DGFIP), le FANTOIR. En revanche, ce dernier mentionne un lieu dont le nom est issu de la même racine que celle qui nous intéresse, mais que je ne trouve pas sur la carte IGN !

Quoi qu’il en soit, il est trop tard pour changer ma devinette : les deux réponses seront donc acceptées, avec double ration de compliments pour ceux (oui : « ceux », je suis optimiste) qui me donneront les deux.

Réponse(s) attendue(s) chez leveto@sfr.fr

Le Cheix-sur-Morge (P.-de-D) et Verfeil (H.-G.) : les répauxdev

podium seul  LGF est, une fois de plus, le seul à m’avoir donné les réponses à mes deux dernières devinettes et à en avoir décortiqué avec brio les indices. Félicitations !

Il fallait trouver Le Cheix (P.-de-D.) et Verfeil (H.-G.). Accrochez-vous, c’est un peu long !

Capture 1 Le Cheix ou Le Cheix-sur-Morge est une commune du canton et de l’arrondissement de Riom (Puy-de-Dôme), arrosée par la Morge, dans la Grande Limagne.

local-Cheix-

Le Cheix : attesté Cheir au XIIIè siècle, ce nom est l’ancien occitan cheir, « rocher », issu du bas-latin carium (lui-même du pré-indo-européen *kar, « pierre, rocher »), pour désigner un endroit rocheux. La graphie avec –x final est propre au Limousin.

Noms-en-eix

La Morge : du gaulois morga, « (rivière servant de) limite, de frontière ». D’où aussi les noms de La Morge (deux exemples en Haute-Savoie), Morge (affluent droit de l’Isère), Morgon (Allier, P.-de-D., Rhône) etc.

Riom : attesté in Ricomangensi vico en 590 (Grégoire de Tours), du gaulois rix, « roi, chef» et magos, « champ, marché » : c’était le « le marché du roi, le champ royal ».

Limagne :  j’expliquais dans un article de l’an dernier :

Le latin limus, formé sur une base gauloise lem-, lim -, « marais, vase », qui a donné « limon » (cf. ce billet), est à l’origine du nom de la Limagne, Pagum Lemanium chez Sidoine Apollinaire et Arverniam Lemanen chez Grégoire de Tours. Ce dernier vante le charme de la région (tantae jocunditatis gratia) et explique qu’elle est revêtue de champs et nue d’arbre : la grande richesse du pays, due à l’abondance de l’eau et à la fertilité de la terre volcanique, est déjà certaine à l’époque. Cependant, au milieu de la Limagne, les marais régnaient en maîtres, d’où son nom gaulois.

-le-cheix-sur-morge-le-pont-romain

Et maintenant, un peu d’héraldique :

Le blason de la commune est tranché : au 1er d’argent à l’arbre de sinople, au 2e d’azur au pont d’une arche d’argent, maçonné de sable et surmonté, à dextre, d’un épi de blé tigé et feuillé d’or.

LE_CHEIX_SUR_MORGE-63

La construction de ce blason a été guidée par le souci de rappeler par l’arbre de sinople sur champ d’argent, la famille du Fraisse et par le pont d’argent, la présence du « pont romain », patrimoine emblématique de la commune ainsi que de montrer le caractère agricole en ajoutant un épi de blé d’or.

Ladite famille du Fraisse était armée d’argent au frêne de sinople ; au chef d’azur chargé de trois étoiles d’or.

Du Fraisse Armes

Illustration extraite du Nobiliaire d’Auvergne, J.-B. Bouillet, 1848

Ces armes sont étymologiquement parlantes puisque le nom Fraisse est issu du latin fraxinus, « frêne ».

Les indices

indice a 22 10 2023  ■ il fallait reconnaitre un portrait de Victor de l’Aveyron, un « enfant sauvage ». Un astucieux montage (dont je suis assez fier, même si LGF a su le décrypter assez vite) le montrait ici encadré par des perforations de pellicule de film cinématographique : plus qu’au département de l’Aveyron, il fallait donc penser au film L’Enfant sauvage de François Truffaut dont au moins une scène (celle du pont romain) a été tournée au Cheix-sur-Morge.

■ Fernand Raynaud est mort le 28 septembre 1973 dans un accident de voiture au Cheix-sur-Morge, dont une rue porte le nom. Le choix du sketch du cantonnier était parfaitement délibéré, pour égarer un peu plus les chercheurs.

cdl 1

Capture 2  Verfeil (Haute-Garonne) est une commune du canton de Pechbonnieu dans l’arrondissement de Toulouse (Haute-Garonne), dans la région du Lauragais.

local Verfeil

Verfeil : le nom de la commune est attesté Verful en 1137, Verdfeil en 1162 et Verfuelh en 1390. Il s’agit d’une formation médiévale sur le latin viridis, « vert », et folium, « feuille » : prenant la partie (la feuille) pour le tout (le bois) ce nom décrit par métonymie le couvert végétal du territoire. Sur le même modèle ont été formés les noms de l’homonyme Verfeil (T.-et-G., de Viridifolio en 1272) et de Verfeuil (Gard, de Viridifolio en 1121).

Pechbonnieu : ce nom est formé sur l’occitan pèch (du latin podium, « colline au sommet arrondi ») accompagné du patronyme Bonnieux, de l’ancien provençal bonil, « honnête, bonasse » (cf. ce billet).

Lauragais : le nom du pays, formé autour de Laurac (Aude) est attesté de Lauragense en 1150, nom qui repose sur l’ancien nom de la ville, Laurac en 932, accompagné du suffixe d’appartenance –ense. Laurac est formé avec le suffixe locatif gaulois –aco sur le cognomen gaulois ou romain Laurus ou bien sur l’appellatif latin laurus, « laurier ». La forme occitane Lauragues apparait en 1150 et sera francisée Lauraguais en 1664 et Lauragais dès 1663.

Verfeil Tambour

Le tambour-major de Verfeil devant une réclame pour la Crème Éclipse sur les volets d’un magasin d’alimentation spécialiste du café … mais, c’est du cirage !

Un peu d’héraldique :

Le blason de Verfeil est d’argent au figuier terrassé de sinople.

VERFEIL-31

La présence du figuier s’explique par une légende. Au XIIè siècle, Bernard de Clairvaux, alors en guerre sainte contre les cathares, jeta l’anathème sur la commune en s’écriant : « Verfeil … Cité de la verte feuille, que dieu te dessèche ». Cependant, la tradition locale attribue à Guillaume de Puylaurens la prolongation de l’anathème qui provoqua une sècheresse de sept ans. À l’issue de celle-ci, le premier arbre à reverdir fut un figuier.

Dans son armorial officiel (1696), D’Hozier décrit un blason d’argent à trois feuilles de figuier de sinople pour la communauté des habitants de Verfeüil.

VERFEIL d'Hozier-31-04

Illustration extraite de l’Armorial général de France, disponible sur Gallica

Les indices

indice-b-22-10-2023  ■ la comtesse de Ségur : ce portrait de la comtesse de Ségur, choisi parce qu’elle était alors âgée et grand-mère, devait faire penser à ses petites-filles (dites « modèles » dans le titre d’un de ses romans), enterrées à Verfeil, dans le cimetière de Saint-Sernin-des-Rais

indice d 24 10 2023 ■ le Pays de Cocagne (Brueghel l’Ancien) : une des étymologies de  cette expression est ainsi expliquée (wiki)

Le terme pourrait également dériver de coque, cocagne ou coquaigne, qui désignait une boule de feuilles écrasées et compactées à la main par les cultivateurs d’une plante appelée le pastel, et qui était fabriquée dans le Lauragais et l’Albigeois du XVe au XVIIe siècle. Sa zone de culture se trouvait dans le triangle Albi-Carcassonne-Toulouse. De cette plante était extraite une teinture bleue, d’où la couleur appelée « bleu pastel » ou « bleu de Cocagne ». La cocagne était ensuite mise à sécher et était vendue aux fabricants de teinture à un cours tellement élevé que toute la filière du pastel devint extrêmement riche. L’expression « Pays de cocagne » pourrait évoquer la richesse de cette région. Le mot cocagne viendrait lui-même du provençal coca « coque » ou « gâteau ».

Sauf mention contraire, les dessins de blasons sont issus du site lArmorial des villes et villages de France, avec l’aimable autorisation de leur auteur, Daniel Juric.

 

 

 

Les indices du mardi 24/10/2023

LGF a déjà trouvé la réponse à la première de mes deux dernières devinettes. Bravo à lui !

Elle était ainsi énoncée :

Il vous faudra trouver une commune de France métropolitaine dont le blason montre un végétal, une construction romaine et un symbole rappelant la vocation agricole locale.

Le végétal est le même que sur les armoiries parlantes des seigneurs locaux, qui en portaient le nom.

Le nom de la commune signifie que son sol est plutôt rocheux. Il est parfois accompagné de celui de la rivière qui la baigne et qui servait, comme le dit son nom, de limite entre des tribus gauloises.

Selon son nom, le chef-lieu du canton où se trouve cette commune était un champ appartenant à un personnage important.

Le nom d’origine celtique de la région naturelle où se trouve cette commune a été mentionné et expliqué à plusieurs reprises sur ce blog, à propos de la qualité humide de son sol.

Indice :

indice a 22 10 2023

 

et j’y ajoute cet indice :

L’énoncé de la deuxième devinette était le suivant :

Il vous faudra découvrir une commune de France métropolitaine dont le nom décrit, de manière métonymique, son couvert végétal.

Son blason montre quant à lui un végétal qui, selon la légende, fut le premier à repousser après une malédiction qui la priva d’eau pendant plusieurs années.

Selon son nom, le chef-lieu du canton où se trouve cette commune était la colline d’un individu portant un patronyme signifiant « agréable, bienveillant ».

Le nom d’origine latine de la région naturelle où se trouve cette commune, qui a été expliqué sur ce blog, fait référence à une plante ou à un personnage portant le nom de cette plante.

Indice :

indice-b-22-10-2023

 

et j’y ajoute cet indice, pour la région naturelle :

indice d 24 10 2023

Réponses attendues chez leveto@sfr.fr

Blasons végétaux

Lagaffe endormi

Savez-vous ce qu’il se passe quand on se laisse aller à rêvasser, traînailler, prendre son temps à ne rien faire … ? Eh bien, on se retrouve fort dépourvu, comme disait le poète, et on ouvre les fonds de tiroir … où l’on pêche quelques blasons soigneusement rangés pour pallier ce genre de situations. Désolé pour ceux que cela hérisse (mais ça faisait quand même déjà presque un an !).


Aujourd’hui, ce sera végétal, en commençant par le chêne :

■ Le Chesnay (Yv.) :

Les armoiries sont de gueules au chêne d’or, à l’écusson, brochant en cœur, d’azur à la bande d’argent chargée de trois quintefeuilles de gueules.

LE_CHESNAY-78

Sans surprise, la forme Chesneto attestée au XIIIè siècle est issue du gaulois cassanos, « chêne », accompagné du suffixe collectif etum. D’où le chêne du blason.

■ Le Chesne (Ardennes) :

Le blason est d’azur au chêne d’or posé sur un tertre du même, surmonté d’une colombe du Saint-Esprit d’argent mouvant en bande du canton dextre du chef d’une nuée d’or et tenant en son bec la sainte Ampoule de gueules.

LE_CHESNE-08

Le blason fait ainsi référence à la devise communale : regnum parens ampulla a superis regno date redita per nos (l’Ampoule, mère des Rois, donnée au royaume par les esprits célestes, et récupérée par nous) et … au chêne.

■ Valderoure (Alpes-Maritimes)

Le blason est d’argent à la branche de chêne rouvre de sinople, englantée d’or ; chaussé de sinople.

VALDEROURE-06

La devise communale est semper robur, « toujours solide» … comme le chêne du même nom.

En poursuivant par l’aulne et le vieux sapin :

Bovernier (district de Martigny, canton du Valais, Suisse)

Le blason de la ville est d’azur au château à deux tours crénelé d’argent, maçonné et ajouré de sable, une branche de verne d’or mouvant du château en chef.

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Par étymologie populaire, on a fait figurer dans ces armoiries « une branche de verne », du gaulois verno, « aulne », les rendant faussement parlantes. En effet, les formes anciennes du toponyme, Burgus Warnierus ou Burgi Vualneri en 1228 et Bor Warner en 1250, montrent qu’il s’agissait du bourg de Varnier : de l’ancien franco-provençal bor, français « bourg » soit « petite ville, centre de marché, parfois fortifiée ou close de murailles », d’où le château du blason, et du patronyme d’origine germanique Warinhari ou Warinheri (wara, « protection » et hari, « armée », d’où aussi le patronyme Garnier). On notera la formation romane du nom avec déterminé suivi du déterminant.

■ Treyscovagnes (district d’Yverdon, canton de Vaud, Suisse) :

Le blason de la commune arbore trois sapins (armes parlantes, cf. plus bas) et une bande chargée de trois coquilles, représentant les armes des seigneurs de Grandson.

Treycocagne

Attesté Trescovanes en 1228, Trecovagnes en 1364 et Trescovaignes en 1453, où l’on reconnait l’appellatif savoyard covagne désignant un vieux sapin branchu, souvent creux à l’intérieur, à barbes de lichen  (terme sans doute issu du latin cavus, « creux »). Le préfixe tres peut représenter soit le chiffre « trois », d’où les trois sapins figurant au blason, soit plus probablement la préposition « trans », « au-delà des (covagne)s ».

Les arbres, ça se coupe :

■ Coppet (district de Nyons, canton de Vaud, Suisse)

Cette localité vaudoise arbore une coupe d’argent sur fond d’azur comme arme parlante mais il s’agit là d’une étymologie populaire.

CHE_Coppet_COA.svg

Attesté Copetum en 1191 et 1299, puis château de Copet en 1347, ce nom est issu de l’ancien français copee,  « action de couper » et copeure, « action de couper les arbres », d’où copeis, coupeis, coupier, couppeis, couppier, « bois, taillis ». Ce nom, ici au diminutif, a pu désigner un bois-taillis où l´on coupe le bois ou bien un pâturage créé par une coupe faite dans une forêt,

Et viennent y pousser les genêts et les chardons :

■ Ginestas (Aude)

Le blason est de gueules à la branche de genêt fleuri d’or ; au chef cousu d’azur chargé de trois fleurs de lis d’or.

GINESTAS-11

Attesté Genestar en 995, ce nom est issu du latin ginesta, « genêt », accompagné du suffixe augmentatif acium, d’où la branche de genêt du blason.

■ Bussy Chardonney, aujourd’hui fusionné dans Hautemorges (district de Morges, canton de Vaud, Suisse).

La commune arborait des armes à juste titre parlantes : le blason est en effet parti d’argent à la clef de gueules, et de gueules au chardon d’argent. 

98px-Bussy-Chardonney-coat_of_arms.svg

Les formes anciennes de Chardonney sont Chardenai en 1223 et grangiam de Chardonne en 1324, d’après le bas latin cardone, « chardon », accompagné du suffixe collectif etum. La clef est celle de saint Pierre, protecteur des premiers cantons suisses.

■ Chardonne (district de Riviera-Pays-d’Enhaut, canton de Vaud, Suisse)

Le blason est d’argent à trois chardons fleuris au naturel, mouvant d’un mont à trois coupeaux de sinople sur les chardons dextre et senestre deux chardonnerets affrontés au naturel.

Chardonne-coat_of_arms.svg

Ces armes ne sont doublement parlantes que par étymologie populaire. Les formes anciennes Carduna, vers 1000,  Cardonna en 1001-25, Chardonna vers 1150, Cardona et Carduna au XIIè  siècle sont féminines et ne peuvent pas venir du latin cardone qui est masculin. Elles correspondent plus vraisemblablement à une ancienne *villa Cardona, avec un anthroponyme latin Cardo ou Cardonus. Ni le chardon ni les chardonnerets ne sont justifiés par l’étymologie.

Enfin, les cannes :

Saint-Cannat (B.-du-R.)

Les armories de la ville sont d‘or à la canne feuillée de sinople sur un tertre de même, accostée des lettres capitales S et C de gueules ; au chef d’azur chargé de trois étoiles d’argent.

SAINT_CANNAT-13

Il s’agit en réalité d’armes parlantes issues d’une étymologie populaire : attesté S. Cannato en 1046, le nom fait référence à Cannatus,  évêque de Marseille au VIè s. et non à la canne.

Les dessins de blasons de communes françaises sont issus du site lArmorial des villes et villages de France, avec l’aimable autorisation de leur auteur, Daniel Juric. Les autres ont été piochées chez wikipedia.

Rog personnage loupe

Les devinettes

 N’ayant pas pu me résoudre à choisir, je vous propose ce soir deux devinettes !

Capture 1  Il vous faudra trouver une commune de France métropolitaine dont le blason montre un végétal, une construction romaine et un symbole rappelant la vocation agricole locale.

Le végétal est le même que sur les armoiries parlantes des seigneurs locaux, qui en portaient le nom.

Le nom de la commune signifie que son sol est plutôt rocheux. Il est parfois accompagné de celui de la rivière qui la baigne et qui servait, comme le dit son nom, de limite entre des tribus gauloises.

Selon son nom, le chef-lieu du canton où se trouve cette commune était un champ appartenant à un personnage important.

Le nom d’origine celtique de la région naturelle où se trouve cette commune a été mentionné et expliqué à plusieurs reprises sur ce blog, à propos de la qualité humide de son sol.

Indice :

indice a 22 10 2023

Capture 2 Il vous faudra découvrir une commune de France métropolitaine dont le nom décrit, de manière métonymique, son couvert végétal.

Son blason montre quant à lui un végétal qui, selon la légende, fut le premier à repousser après une malédiction qui la priva d’eau pendant plusieurs années.

Selon son nom, le chef-lieu du canton où se trouve cette commune était la colline d’un individu portant un patronyme signifiant « agréable, bienveillant ».

Le nom d’origine latine de la région naturelle où se trouve cette commune, qui a été expliqué sur ce blog, fait référence à une plante ou à un personnage portant le nom de cette plante.

Indice :

indice-b-22-10-2023

Réponses attendues chez leveto@sfr.fr

 

 

 

 

 

 

Le lieu-dit Pertuzades à La Tieule (Loz.)

podium seul  LGF est resté le seul à m’avoir donné la réponse à ma dernière devinette. Bravo !

Il fallait trouver le lieu-dit Pertuzades à La Tieule, canton de La Canourgue, arrondissement de Mende, en Lozère.

La Tieule, en Lozère, c’est ici :

la-Tieule

et Pertuzades, c’est là :

Pertuzades Capture GEOP

cdl d

Toponymie

Pertuzades : il s’agit d’un dérivé en -ada de pertús, littéralement traduisible par « trouée », mettant l’accent sur l’aménagement d’un passage difficile en montagne. Le pluriel, tardif, ne s’explique pas.

La Tieule : noté La Tioule sur la carte de Cassini (feuillet 55, Mende, 1779), ce nom est issu de l’occitan teulo, tieulo (du latin tegula), que F. Mistral (TDF*) définit comme « dalle, pierre plate, ardoise ; voir lauso », ce dernier mot étant lui-même défini : « pierre plate et mince servant à couvrir les maisons ».

CaptureTEULO TDF                                       Capture LAUSO TDF

Dans les régions au sol schisteux, comme ici, la teulièra n’est pas une tuilerie, mais une carrière d’ardoise ou de lauze. On trouve dans la même région un nombre important de toponymes où la teula est citée au singulier ou au pluriel .

La voûte recouverte de lauzes traduit le nom du village (La Tuile) et permet de marquer le patrimoine architectural de la commune typiquement caussenard avec ces toits de lauzes sur voûte.

La Tieule et ses toits de lauze

À la Tieule, murs de pierres et toits de lauzes

La Canourgue : attesté (ecclesia) canonica en 1060, c’est-à-dire «  église collégiale placée sous l’autorité d’un chanoine ».  Ce nom avait été expliqué ici-même en 2015 dans un article consacré à l’église.

Mende : c’est Grégoire de Tours qui, le premier en 575-94, évoque le martyre de saint Privat in criptam Memmatinsis montis. Il cite plus loin la ville, ex Mimate. La forme originelle est donc Memmate qui, accentuée sur la première syllabe, est à l’origine de Mende. Ce nom est issu du gaulois *menman, « pensée, prière ; intelligence, esprit », muni du suffixe locatif gaulois –ate. Ce même radical se retrouve dans des noms de divinités celtiques, Menmandutiae à Béziers, Minmantiae à Périgueux, Menmanhia à Rome. Il est très probable que la montagne sise au dessus de la ville de Mende a fait l’objet d’un culte, comme c’était alors fréquent ; c’est sur le flanc de cette montagne que se trouvait l’ermitage de saint Privat où il fut découvert et martyrisé par les Alamans. La montagne est appelée le Mont Mimat depuis 1724 environ, mais porte toujours, localement, le nom de lou Truc (de Saint-Privat) : l’appellation Mont Mimat n’est qu’une réfection d’érudits locaux. La forme originelle Mimate du nom de la ville est passé régulièrement en occitan à Memde en 1152 et graphié Mende en français en 1318. (DNLF*). Ce toponyme avait déjà été expliqué ici-même en juillet 2022 dans cet article.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

cdl d

Les indices

indice a15 10 2023  ■ Le Pont de Montvert, peint en 2017par Lydia Guigo, montrait un village lozérien aux toits de lauzes, comme à La Tieule.

indice a 17 10 2023 ■  ce Portrait d’un chanoine (Jean Chalette, 1581-1643) devait orienter vers l’étymologie du nom de La Canourgue. Le choix volontaire du portrait d’un chanoine non identifié montrait que ce n’était pas le personnage qui constituait un indice, mais sa fonction.

indice b 17 10 2023 ■ sur cette affiche d’un spectacle donné au théâtre du Chêne noir d’Avignon en 2022, il fallait reconnaître Céleste Albaret, servante de Marcel Proust, née en 1891 à Auxillac, commune intégrée en 1973 à La Canourgue.

indice c 17 10 2023 ■ cette représentation d’une carrière de lauzes, qui devait orienter vers La Tieule, est issue de ce site qui explique tout sur la lauze.

Les indices du mardi 17 octobre 2023

LGF m’a déjà donné la bonne réponse à ma dernière devinette. Bravo à lui !

Rappel de l’énoncé :

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié à ceux du billet du jour [pertuis et pertus].

La commune dans laquelle se trouve ce lieu-dit doit son nom, précédé d’un article, à un matériau de construction typique de la région.

Le chef-lieu de canton doit son nom, précédé d’un article, à l’Église.

Le chef-lieu d’arrondissement doit son nom à des divinités gauloises protectrices de la montagne voisine.

Un seul indice :

indice a15 10 2023

cdl a

Les indices

■ pour la commune elle-même :

indice c 17 10 2023

■ pour le chef-lieu de canton :

indice a 17 10 2023

■ toujours pour le chef-lieu de canton :

indice b 17 10 2023

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Pertuis et pertus

Ce n’est plus guère qu’en géographie qu’on rencontre aujourd’hui le terme « pertuis », pour désigner un col, un passage étroit, une percée ou encore un passage entre deux îles ou une île et le continent ; le même mot peut aussi désigner l’ouverture dans un barrage de moulin, destinée à laisser passer les bateaux.

Pertuis est le déverbal, attesté vers 1140 sous la forme pertus, de l’ancien verbe pertuisier, « faire un trou », employé jusqu’au début du XVIIè siècle puis classé comme « vieux » par les dictionnaires bien que toujours présent dans les dialectes. Ce verbe, dont on connait aussi des formes pertucar ou pertucer, est issu du latin populaire *pertusiare (à l’origine aussi de « percer ». Dès le VIIIè siècle, le latin médiéval atteste pertusium, « trou ». Au début du XIIè siècle apparait le mot pertus bientôt suivi de pertuis pour désigner d’abord couramment un trou, une petite ouverture puis, dès 1155, un col de montagne.

Si la forme pertuis s’est répandue dans toute la France où elle a fourni de nombreux toponymes, c’est dans le Midi, francisé plus tardivement, qu’on rencontre encore la forme pertus. Dans les deux cas sont apparues des formes pseudo-savantes avec un –th– non étymologique donnant perthuis ou perthus.

Une fois de plus, pensant partir pour une petite promenade de santé, j’ai finalement parcouru un marathon : la toponymie est une science épuisante !

Pertuis

Forme simple pertuis :

On trouve plus de deux cents toponymes formés sur la forme simple pertuis, parmi lesquels quatre noms de communes : Le Pertuis (H.-Loire, Pertus en 1284), Pertuis (Vauc., Pertusum en 981), Beaumont-de-Pertuis (id.) et Donzy-le-Pertuis (S.-et-L.). Pour ces communes, le pertuis devait représenter le passage obligé, non par les nécessités topographiques du lieu mais en raison de l’établissement de péages. C’est sans doute aussi le cas pour certains des toponymes que nous allons voir, dont il faudrait étudier plus précisément la topographie et l’histoire.

Les noms de lieux-dits, habités ou non, sont près d’une cinquantaine de (Le) Pertuis auxquels on ajoute les Pertuis servant de déterminant comme pour Bois du Pertuis (La Pérouille, Indre), la Croix du Pertuis (Ozolles, S.-et-L.), les Champs du Pertuis (Fâchin, Nièvre), et plusieurs Mont Pertuis, Pierre Pertuis, Roche Pertuis etc. ou encore les Pertuis accompagnés d’un qualificatif comme le Bon Pertuis (Gardanne, B.-du-R.), Froid Pertuis (Jolivet, M.-et-M.), un Pertuis Carré (Brienon-sur-Armançon, Yonee), plusieurs Grand Pertuis, le Beau Pertuis (Ancy-le-Libre, Yonne), le Mal Pertuis (Zincourt et Attigny, Vosges).

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Pertuis (Vaucluse) – Le timbre de type Blanc permet de dater la carte de1900 à 1930. Les curieux pourront en savoir plus sur le Service des améliorations (foncières) en suivant ce lien.

D’autres toponymes rattachent le Pertuis à un animal (quatre Pertuis au Loup, un Pertuis aux Loups), à un végétal (Pertuis des Vignes), à un patronyme (le Pertuis d’Allard, Mornay-Berry, Cher ; le Pertuis de Manou, Senonches, E.-et-L. ; le Pertuis Noguet, Inodouër, I.-et-V., etc.) ou à un élément métaphorique (le Pertuis d’Enfer, Clamecy, Nièvre ; le Pertuis de l’Ombre, Ygrande, Allier).

Enfin, il convient de noter que, par relation du lieu à l’habitant, Pertuis a pu devenir  patronyme d’où des noms comme pour le Mas de Pertuis  à Saint-Haon (H.-L.) ou le Mas Pertuis de Châtillon-sur-Chalonne (Ain).

Les oronymes sont également très présents avec des noms simples comme le Pertuis (Chichilianne, Is. ; Saou, Drôme, etc.), plusieurs redondants Col du Pertuis (Mizoën, Is. ; Comps, Drôme etc.), des Aiguilles du Pertuis (Les Borels, H.-A.), l’Aiguille du Pertuis (Abondance, H.-Sav.), des Grand(s) et des Petit(s) Pertuis, un pléonastique Trou des Pertuis (la Haute-Beaume, H.-A.), etc.

On a vu que « pertuis » pouvait désigner un passage étroit en mer : c’est le cas pour le Pertuis de Maumusson entre l’île d’Oléron et le continent, le Pertuis breton entre l’île de Ré et le continent et le Pertuis d’Antioche entre l’île de Ré et l’île d’Oléron, ainsi nommé car il était emprunté par les navires se rendant au Proche-Orient, dans la principauté d’Antioche tenue par les Croisés.

Formes dérivées de pertuis :

Les dérivés de « pertuis » sont plus rares mais on peut relever les diminutifs Pertuiset (Mieussy, H.-Sav. etc.), Pertuison (Pont-l’Abbé-d’Arnoult, Ch.-M. etc.)  et Pertuisot (Moroges, S.-et-L. etc.) qui sont plus vraisemblablement des patronymes. Les dérivés comme Pertuisière(s) (Réveillon, Orne etc.) et Pertuisserie (Almenèches, Orne) sont à coup sûr des noms formés sur des patronymes.

Le Moulin Pertuizet (Villemotier, Ain) et Pertuizet (Saint-Germain-Laval, Loire) font apparaitre une variante orthographique avec z.

Formes composées en un seul mot avec pertuis :

Le composé Roquepertuis, « le rocher du passage », entre dans le nom de Saint-André-de-Roquepertuis (Gard), faisant sans doute référence au roc de l’Aiguille qui marque la sortie de la gorge de la Cèze.

Si on trouve un Bonpertuis (Apprieu, Is.) et un Bonpertui (Notre-Dame-de-Briançon, Sav.), c’est de loin le Maupertuis , « mauvais passage », qui est la forme la plus fréquente avec plus d’une centaine d’exemples, dont les communes de Maupertuis (Manche) et Nouaillé-Maupertuis (Vienne).

Le composé Montpertuis est présent à une quinzaine d’exemplaires comme à Baye (Marne) – mais certains d’entre eux peuvent être d’anciens mau pertuis – tandis que je n’ai trouvé qu’un seul Fraispertuis à Jeanménil (Vosges).

Perthuis :

Cette forme pseudo-savante se retrouve dans le nom de la commune de Pierre-Perthuis (Yonne), du Château du Perthuis (Conflans-sur-Loing, Loiret), du Moulin de Perthuis (Gy-le-Nonain, Loiret) et dans celui d’une douzaine de lieux-dits.

On trouve également cette orthographe dans le nom de la commune de Mauperthuis (S.-et-M.) et de quelques lieux-dits ainsi que dans le nom de cinq ou six Montperthuis.

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Voilà un passage qu’il ne faisait sans doute pas bon d’emprunter, à Mauperthuis (S.-et-M.)

Pertus

Comme je l’ai indiqué dans mon introduction, c’est dans le Midi, zone moins influencée par le français moderne, que l’on rencontre la forme pertus (occitan pertús) où elle désigne le plus souvent un col, un passage difficile.

Forme simple Pertus :

On trouve moins d’une trentaine de lieux-dits, habités ou non, portant ce nom comme le Pertus (Cieux, Vienne, etc.) ou le pléonastique Trou du Pertus (Plaisians, Drôme). Le plus souvent, il s’agit d’un patronyme comme pour Chez Pertus (Suis, Char.), Bois de Pertus (Peyremale, Gard) ou Mas Pertus (Arpajon-sur-Cère, Cantal) et quelques autres. Notons également les Champs Pertus aux Porcs (Boron, T.-de-B.) dont les porcs devaient aisément pouvoir sortir (à moins qu’il ne s’agisse plus vraisemblablement des champs où un certain Pertus gardait ses porcs).

Les oronymes sont moins de vingt avec une Cime du Pertus (Belvédère, A.-Mar.), un Pertus de Souffre (Les Ollières-sur-Eyrieux, Ardèche), des Ravin ou des Vallon du Pertus etc.

Formes dérivées :

On retrouve là aussi des diminutifs comme Pertuset, Pertusette ou Pertusot, mais vraisemblablement patronymiques. Apparaissent aussi des Pertusière et une Pertuserie (Carbay, M.-et-L.). Le féminin se retrouve dans le nom de la Roche Pertuse à Névache (H.-A.) à rapprocher de la Pierre Pertusée à Jouac (H.-V.). Quant au Pas de Pertuson du massif du Vercors (à Méaudre, Is.), il constitue à son tour une tautologie.

Mes lecteurs les plus attentifs se souviendront sans doute du Pas de Pertuité (Valloire, H.-Sav.), mentionné dans une récente liste de lecteur.

Des variantes orthographiques avec un z se retrouvent dans des noms comme Pertuza (l’Argentière-la-Bessée, H.-A.), Pertuzou (Saint-Vérand, Is.), le Pertuzat (Monastier-sur-Gazelle, H.-L.), la Pertuzerie (Saint-Savinien, Ch.-M.) et quelques autres.

Formes composées en un seul mot avec pertus :

Pertús est le plus souvent composé avec mal ou mau, « mauvais », d’où les noms du Roc de Malpertus, sur le mont Lozère, du Valat de Malpertus (Les Bondons, Loz.) et d’une petite dizaine de lieux-dits Malpertus. Le composé Maupertus est plus rare qui ne se retrouve que dans le nom de la commune de Maupertus-sur-Mer (Manche) où il désigne la difficile entrée du port, ainsi que dans celui du Bois des Maupertus à Dampmesnil (Eure) et des lieux-dits Maupertus (Ancelle et Ascros, H.-A.).

La commune de Duilhac-sous-Peyrepertuse (Aude) a adopté son déterminant en 1976 en référence aux ruines du château de Peyrepurtuse qui le surplombe et mentionné par Cassini sous le nom de Pierre Pertuse. Le nom du château a servi à créer celui du pays, le Peyrepertusès.

Signalons également le lieu-dit et site archéologique de Roquepertuse (à Velaux, B.-du-R.).

Perthus :

Moins de vingt toponymes montrent l’orthographe perthus. C’est bien entendu le cas de la commune des Pyrénées-Orientales et du col du Perthus, entre France et Espagne. On trouve un autre col du Perthus à Saint-Raphaël (Var), accompagné d’un Pic du Perthus Occidental et d’un Pic du Perthus Oriental, du Ruisseau et d’un Ravin du Perthus. On trouve à peine six lieux-dits portant un tel nom simple comme le Perthus à Saint-Cyprien-sur-Dourdo (Av.).

Variantes régionales

En Corse

Onze toponymes corses sont issus de ce même pertus, parmi lesquels Pertuso à Marignana, le Capo Pertusato de Bonifacio, la Petra Pertusa à Bocognano, le ruisseau de Pertusella à Ola, etc.

On trouve également la variante partusu dans les noms de la Fontaine de Partusu à Quenza, de  de la Punta di I Partusi à Sartène et du ruisseau de Partuso à Galéria.

Dans les Alpes

Le franco-provençal connait lui aussi la variante partu, d’où dans les Hautes-Alpes les lieux-dits Partus et Partusas à La Motte-en-Champsaur et le Ravin du Partus à Arvieux.

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La devinette

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié à ceux du billet du jour.

La commune dans laquelle se trouve ce lieu-dit doit son nom, précédé d’un article, à un matériau de construction typique de la région.

Le chef-lieu de canton doit son nom, précédé d’un article, à l’Église.

Le chef-lieu d’arrondissement doit son nom à des divinités gauloises protectrices de la montagne voisine.

Un seul indice :

indice a15 10 2023

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Sni-A-Bar creek (Missouri, USA) : la répàladev

LGF a rejoint TRS sur le podium des « solutionneurs » de ma dernière devinette. Bravo à tous les deux !

Il fallait trouver le ruisseau Sni-A-Bar qui prend sa source dans le comté de Lafayette, passe dans le comté de Jackson et retourne dans le comté de Lafayette où il se jette dans le Missouri,  dans l’État du Missouri aux États-Unis d’Amérique.

Un peu de géographie ?

Le Missouri, c’est là, en bleu :

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Et les comtés de Jackson et Lafayette, ici, toujours en bleu :

Missouri

Enfin, sur ces cartes, le tracé en bleu (approximatif, ça n’a pas été facile ! ) du Sni-A-Bar :

Jackson Lafayette county, Mo

Au gré des auteurs, on trouve des variantes du nom : Big Sni-A-Bar creek (d’où un Little Sni-A-Bar creek mentionné sur quelques cartes), Sni-A-Bar river et Sniabar creek.

cdl b

La toponymie

■ Sni-A-Bar : en 1937, Anne Atchison publie une thèse à l’Université du Missouri de Columbia intitulée Place Names Of Five West Central Counties Of Missouri. On y trouve (entre autres !) les noms successifs qui ont été donnés à ce cours d’eau : Euebert (1803) ; Chenal on Barre (1819-1820) ; Chenal Ebert (1823) ; C. aux Hebert (1826) ; Hebert Creek (1832) ; Slue Abar (1834) ; Shnee-a-bar (1834) ; Shne-bar (1834) ; Schuyte Aber (1837) ; Snybar (1855) ; Snyabar (1859) ; Sniabar (1869).

L’explication la plus convaincante de l’origine de ce nom est celle de la corruption du français « chenal Hubert ». Un commerçant de Saint-Louis nommé Antoine Hubert est en effet connu pour avoir parcouru la région et navigué sur une partie du Missouri en bateau dans les années 1800. Au confluent de la rivière et du Missouri, une petite île forme ce qu’il prit pour un bras du fleuve, dans lequel il s’est engouffré, pensant pouvoir rejoindre le Missouri un peu plus haut. Quand il s’aperçut de son erreur, il fit demi tour et nomma « chenal » ce cours d’eau. La difficulté pour les anglophones de prononcer ce mot et le nom Hubert provoqua les variantes du nom vues plus haut jusqu’à aboutir au Sni-A-Bar actuel.

Une autre hypothèse (The History of Jackson county, Missouri, ouvrage collectif publié en 1881 par la Union Historical company de Kansas City et repris par Marcia Napier, Grain Valley Historical Society, 2019) parle d’un français nommé Abar (d’où le nom attesté en 1834). Il semble que ce soit là une erreur, les premiers noms Euebert  ou Hebert n’ayant sans doute pas encore été retrouvés en 1881. Selon Marie-Thérèse Morlet (Dictionnaire étymologique des noms de famille, 1re édition : Perrin, Paris, 1991), le patronyme Abar est un nom de personne d’origine germanique, Hadberth (had, « combat » et  berht, « brillant »), que l’on rencontre surtout sous la forme Habert, d’où également une possible confusion avec Hubert.

Le nom du ruisseau Sni-A-Bar a servi à nommer le Sni-A-Bar Township du comté de Lafayette ainsi que le Sni-A-Bar Township du comté de Jackson, aujourd’hui annexé par Kansas City.

Sni-A-Bar-creek

Sni-A-Bar creek … où on aurait trouvé des traces de Bigfoot

■ Comté de Lafayette : après avoir été créé et nommé en 1820 comté de Lilliard (en l’honneur de James Lilliard qui participa à la rédaction de la première constitution de l’État du Tennessee), ce comté a été renommé en 1825 en hommage au marquis de Lafayette.

■ Comté de Jackson : comme d’autres du même nom, ce comté a été baptisé en 1826 en l’honneur du sénateur du Tennessee Andrew Jackson qui deviendra le septième président des États-Unis d’Amérique trois ans plus tard.

■ Missouri : le nom de l’État provient de celui de la rivière Missouri. Cette dernière doit son nom à la tribu des Missouris, lesquels étaient appelés weemihsoorita or weemeehsoorita , « ceux qui ont des canots creusés en bois », en langue miami-illinois par leurs voisins (Etymology of Missouri, Michael Mc Cafferty, Indiana University, 2004 ; Placenames of the world, Adrian Room, McFarlan and Company, 2006). Ils utilisaient des dugout canoes (canots monoxyles), taillés dans un tronc d’arbre, contrairement à la plupart des autres tribus qui confectionnaient des canots en écorce de bouleau.

La Confédération des Illinois fut le premier groupe d’Amérindiens rencontré par les Francais dans la région, ce qui explique l’adoption de la désignation illinoise plutôt que missourie par le père Jean Marquette (1637-75) qui fut le premier à écrire le nom du Vemessvrit. Dans leur propre langue siouane, les Missouris s’appellent eux-mêmes Ni’achi, orthographié Niutachi, signifiant « les gens de l’embouchure de la rivière ».

cdl b

Les indices

indice a 07 10 2023 ■ Hubert de la Pâte Feuilletée, célèbre compagnon d’Oumpah-Pah le peau-rouge, donnait le nom Hubert à l’origine de celui de la rivière.

■ le choix du titre interprété par June Carter et Johnny Cash, Jackson, s’explique aisément maintenant qu’on connait le comté du même nom.

indice-a-10-10-2023  ■ les bar-bar-bar du bandit-manchot : je vous avais bien dit qu’il ne  fallait pas s’y arrêter – sauf pour confirmer le nom du Sni-A-Bar. (Au fait, savez-vous pourquoi ces bar ?)

Les indices du mardi 10 octobre 2023

TRS, qui toponymise plus vite que son ombre, m’a déjà donné la réponse à ma dernière devinette. Félicitations !

L’énoncé en était le suivant :

Il vous faudra trouver le nom d’un petit cours d’eau (creek) étasunien d’origine française.

Dans chacun des deux comtés (county) du même État dans lesquels il coule, son nom est passé à un canton (township) dont l’un a été annexé par la plus grande ville dudit État.

Chacun des deux comtés porte un nom rendant hommage à une personnalité historique, l’une française et l’autre étasunienne.

Le nom à trouver, écrit de nos jours avec deux traits d’union, était formé d’un mot français désignant un cours d’eau suivi du nom du premier Français qui, lors de sa remontée en bateau du grand fleuve régional, s’y aventura.

Mal compris et difficile à prononcer par les locuteurs anglophones, le nom est devenu ce qu’il est aujourd’hui : un mot de trois syllabes sans aucune signification – mais sans doute plus facile à prononcer.

L’État dans lequel coule ce cours d’eau porte un nom issu de celui d’Amérindiens qui creusaient des troncs d’arbres.

Un indice :

indice a 07 10 2023

Ah ! Un conseil : ne vous fatiguez pas, ce nom n’apparait pas dans la liste des toponymes d’origine française aux États-Unis fournie par wiki, ce serait pas du jeu !

cdl b

Les indices du mardi

■ une chanson (spéciale dédicace à TRS …)

■ … un complément pour le nom de l’État :

indice b 10 10 2023

■ et puis cette image, à laquelle je n’ai pas pu résister, mais ne vous y attardez pas trop : vous ne devriez la comprendre qu’une fois la solution trouvée !

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Réponse attendue chez leveto@sfr.fr