Les indices du mardi 15 août 2023

Mes deux derniers toponymes à trouver ont déjà été découverts par Jacques C. et TRS l’a rejoint en deux temps. Félicitations à tous les deux !

L’énoncé de la devinette, concernant des toponymes composés de Montagne et d’un ou plusieurs autre(s) mot(s) était le suivant :

Il vous faudra trouver le nom de deux montagnes situées sur le territoire de la même commune, l’une à l’est, l’autre à l’ouest.

La première, à l’est, a pris le nom du col qu’elle surplombe. Celui-ci est issu de l’emploi métaphorique du nom d’un instrument d’usage courant dans nos campagnes pour indiquer que la pente est raide. La commune sur l’autre versant à laquelle ce col permet d’accéder porte un nom qui indique qu’il y eut là une boucherie.

La deuxième, à l’ouest donc, doit son nom à une partie anatomique d’un animal (mais un érudit du début du siècle dernier voyait dans ce nom un dérivé de celui d’un animal domestique).

Le nom de la commune où se trouvent ces deux Montagnes est composé d’un hagiotoponyme déterminé par le nom du pays.

Le pays en question doit son nom à un dieu gaulois, vénéré au moins dans deux localités à ses marges, et plus tard assimilé au Mars romain. En fait, il parait plus probable que le pays ait été qualifié ainsi en référence à la couleur de son sol riche en oxydes ferreux plutôt qu’en référence directe au dieu.

Et pour finir :

indice b 13 08 2023
© RMN (Musée du Louvre) / Réunion des Musées Nationaux

cdl a

Les indices

■ pour le premier toponyme :

indice a 15 08 2023

■ pour le deuxième toponyme :

indice d 15 08 2023

PS : il s’agit bien d’indices et pas des solutions ! Ils ne sont bien entendu pas à prendre au pied de la lettre, mais ils donnent des pistes à suivre pour parvenir aux solutions. Est-ce assez clair ?

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De quelques montagnes (II)

Je continue, après les pics (I et II) et les monts (I, II et III), mon parcours montagneux (I) avec ces quatre nouveaux exemples :

departements-muette

Montagne Noire (la)

En Occitanie, dans les départements de l’Aude et du Tarn, le massif de la Montagne Noire culmine au Pic de Nore à 1211 m, déjà vu dans ce billet.

Depuis le VIIè siècle ( on trouve écrit Montana en 678)  et durant tout le Moyen Âge, seul le générique de montagne (latin montana) lui était appliqué ; aujourd’hui encore, les habitants ne l’appellent que la montagne.

C’est sous l’Ancien Régime, probablement en référence aux vastes étendues boisées qui le recouvrent, qu’on l’appela Montagne Noire. La montagne a en effet constamment fait l’objet de reboisements, les plus nombreux aux XIXè et XXè siècles.

Pic de Nore : ceux qui ont suivi le précédent lien savent d’où ce pic tient son nom.

Montagnes Noires (les)

En Bretagne, dans les départements du Morbihan et du Finistère, le massif des Montagnes Noires, Menez Du en breton, culmine au Roc’h Toullaëron à 318 m.

Ce massif a reçu ce nom, tard semble-t-il, en référence aux vastes étendues boisées qui le recouvraient au Bas Moyen Âge et, de façon un peu plus réduite, sous l’Ancien Régime : on trouve ainsi Montagne Noire en 1784 sur la carte de Cassini. C’est le géographe Malte-Brun, en 1829, qui lui donne son nom au pluriel, les Montagnes Noires, probablement en regard des hauteurs qui composent l’ensemble. On notera toutefois que le nom breton Menez Du est au singulier.

Roc’h Toullaëron : le breton roc’h signifie rocher. Toullaëron désigne à l’origine la source qui alimente le cours d’eau nommé ar stêr Laer. Ce nom se décompose en toull, « entrée, cavité (de la source ?) » suivi de Laeron, forme dérivée du nom de la rivière Laer. Le nom Laeron est connu au Moyen Âge sous la forme Ladtron avec le sens de petit lac, mare, qui correspond probablement au nom Latdrun donné à la rivière au XIè siècle. Ajoutons pour être complet que cette acception de laer, pluriel laeron, est sortie d’usage en breton, seule celle de « voleur » ayant cours aujourd’hui. Il n’y a pourtant nulle référence ici à quelques brigands, ni à un éventuel repère pour la bande de Marion du Faouët qui sévit anciennement dans les environs.

Montagne de Pincogul (la)

Cette montagne des Alpes-Maritimes culmine à 1384 m à la limite entre le parc régional des Préalpes d’Azur et le parc national du Mercantour, à proximité de la commune d’Ascros, au nord de Nice.

PINCOGUL Capture Geoportail

On trouve déjà sur la carte d’état major (1822-66) ce même nom de Pincogul dans lequel on peut reconnaitre un composé de pin, l’arbre, et de l’occitan cogul, « coucou » : ce serait une « pinède aux coucous ». On rapprochera ce nom de celui du lieu-dit Pescoujol à Cézens (Cantal) dont il était question dans ce billet.

Une autre hypothèse est suggérée par F. Mistral (Trésor du Félibrige) qui, pour le Pe-Couquieu (près de Barbentane, B.-du-R.), le Puech-Cogul et le Puech-Coguol (Gard), fait un rapprochement avec le latin cucullus, « capuchon », comme pour le nom italien Montecuculli. Il faudrait alors imaginer que la première partie pin de Pincogul soit due à une déformation par attraction paronymique d’un ou pi issu du latin podium. Le nom Pécogiu mentionné sur la carte IGN actuelle ci-dessus semble conforter cette dernière hypothèse, mais il n’apparait sur aucune carte antérieure, ce qui ne nous permet pas d’affirmer un lien entre les deux noms. En 1795, dans un rapport remis par des officiers chargés de la jonction entre l’Armée d’Italie (Nice) et l’Armée des Alpes (Bercelonnette), on trouve écrit le nom Picogura pour cette montagne, mais il s’agit vraisemblablement d’une transcription phonétique écrite par quelqu’un qui ne parlait pas la langue locale.

Montagne de Ceüse (la)

Ce sommet des Hautes-Alpes, parfois écrit Seüse, culmine à 2016 m entre Gap et Veynes, dans le pays de Buech du sud du Dévoluy.

CEUSE Capture Géoportail

Dans le nom Secussia attesté en 1288, on reconnait la racine  pré-celtique sek–  (sur l’indo-européen *sekh, « retenir, tenir ») suivie du suffixe lui aussi préceltique –usia. C’est cette même racine accompagnée du même suffixe qui explique aussi les noms de Suze-la-Rousse  (Drôme, Secusia en 1178) et de La Suze-sur-Sarthe (Sarthe, Secusa en 1288). Avec le suffixe toujours préceltique unt-ia on trouve Sigonce (A.-de-H.-P., Segoncia en 1206) et Sigüenza en Espagne (Segontia, dans les textes romains ) et avec le suffixe –a-ra, le pic de Sègre (à Saillagousse, P.-O.). La racine sek– serait à l’origine du gaulois sego, « force, vigueur », à l’origine des noms des peuples gaulois Ségusiaves, Segusiens, Ségoviens, Ségobriges, Ségovellunes et Ségontiques et qui pourrait être, selon certains spécialistes, directement à l’origine de quelques uns des toponymes précités avec le sens de « lieu élevé et fortifié ». À regarder de près la topographie de la montagne de Ceüse, entourée de falaises en fer à cheval, on peut imaginer une telle étymologie :

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Quant aux étymologies mentionnées sur la page wikipedia, elles sont à oublier aussitôt lues. Celle donnée par F. Mistral (latin silex, silicis, « silex, caillou ») s’explique sans doute par son ignorance de la forme ancienne Secussia. Celle donnée par E. Nègre ( « montagne des chiens ») est plus curieuse : le sens de « chien d’origine celtique » pour segusius ne se trouve pas dans le Gaffiot mais apparait tardivement chez Du Cange. En réalité, cette origine celtique est avancée par Arrien, auteur grec d’un traité de Cynégétique au IIè siècle ap. J-C : « on appelle ces chiens ségusiens (σεγούσιαι) du nom d’une tribu gauloise qui les élève et s’en sert pour chasser ». E. Nègre n’explique pas pourquoi il préfère cette étymologie selon le nom des chiens, plutôt que selon le nom des Gaulois qui les élevaient ou selon la racine  *sego.

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Les devinettes

Il vous faudra trouver le nom de deux montagnes situées sur le territoire de la même commune, l’une à l’est, l’autre à l’ouest.

La première, à l’est, a pris le nom du col qu’elle surplombe. Celui-ci est issu de l’emploi métaphorique du nom d’un instrument d’usage courant dans nos campagnes pour indiquer que la pente est raide. La commune sur l’autre versant à laquelle ce col permet d’accéder porte un nom qui indique qu’il y eut là une boucherie.

La deuxième, à l’ouest donc, doit son nom à une partie anatomique d’un animal (mais un érudit du début du siècle dernier voyait dans ce nom un dérivé de celui d’un animal domestique).

Le nom de la commune où se trouvent ces deux Montagnes est composé d’un hagiotoponyme déterminé par le nom du pays.

Le pays en question doit son nom à un dieu gaulois, vénéré au moins dans deux localités à ses marges, et plus tard assimilé au Mars romain. En fait, il parait plus probable que le pays ait été qualifié ainsi en référence à la couleur de son sol riche en oxydes ferreux plutôt qu’en référence directe au dieu.

Et pour finir :

indice b 13 08 2023
 © RMN (Musée du Louvre) / Réunion des Musées Nationaux

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La Montagne de Jajène (Drôme) : la répàladev

Une fois de plus, ma dernière devinette n’a été résolue par personne …

Il fallait trouver la Montagne de Jajène, sur le territoire de Lus-la-Croix-Haute, du canton du Diois dans la Drôme.

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Montagne de Jajène : au XIIè siècle, les moines de Saint-André-le-Bas écrivaient Jazenel, comme ceux de Dubron écrivaient  ad collem Jazenel en 1169 pour nommer le col. Ce nom est issu de l’occitan jasena désignant une poutrelle de charpente (TDF) et ici, par métaphore, une crête de montagne ; après évolution locale du z intervocalique en j, il passera à *Jajena, francisé en Jajène. L’occitan jasena est lui-même issu du latin jacere, « gésir, être étendu ».

La Montagne de Jajène, comme le montre la carte ci-dessous, donne son nom au col de Jajène qui la sépare de la Montagne de France. Elle marque également la frontière entre deux pays, le Trièves et le Bochaine (cf. plus bas), et entre deux départements, la Drôme et l’Isère.

La Croix Haute JAJENECapture

La Croix-Haute en bas à gauche, la Montagne et le col de Jajène en haut à droite, la Montagne de France en bas à droite.

Lus-la-Croix-Haute : attesté Lunis en 1012 puis Luns en 1201. On s’accordera avec Ernest Nègre (TGF*) pour voir dans ce nom celui d’un homme latin Lucinius. Ce dernier est en effet à l’origine du nom de Lunac (Aveyron) qui était apud Lussnag en 1224, nom qu’on explique par le passage de *Luciniacum à *Luts(i)nac. Utilisé sans suffixe, Lucinium aurait pu évoluer en *Luts(i)num puis Luns et enfin Lus. L’hypothèse de Dauzat&Rostaing (DENLF*) d’un homme gaulois *Lunus est affaiblie par l’absence d’attestation de ce nom. [j’entends d’ici les récriminations de certains de mes lecteurs qui me reprocheront de n’avoir parlé que de l’homme gaulois dans l’énoncé de ma devinette. Ils auront un petit raison mais je n’aurai pas tout à fait tort, dans la mesure où l’hypothèse gauloise n’est pas à rejeter totalement. Na.]

La Croix-Haute est le nom d’un hameau qui s’est développé autour d’une  croix située  au  col auquel elle donne son nom nom.

Trièves : le nom de ce pays est attesté vers 1028, in Tregas ; cette forme se distingue des formes ultérieures telles in Trevisis vers 1090 et in Trevis vers 1200. En Dauphiné, triève est un appellatif encore utilisé aujourd’hui au sens de « carrefour » (du latin trivium). Mais, à moins de trouver un lieu-dit qui porte ce nom, le sens de « carrefour » parait peu satisfaisant pour une région (des lieux-dits Triève(s) sont nombreux … mais aucun dans la région concernée). L’attestation la plus ancienne oriente vers un étymon gaulois *Trebio, « passage », d’où par exemple l’ancien français triege « chemin le plus court, passage ». Le Trièves peut en effet être défini comme un lieu de passage(s) entre la moyenne vallée du Drac et le Diois. La forme latine à l’ablatif Trevis de 1200 serait alors le résultat d’une attraction paronymique du latin trivium, appellatif mieux connu. La forme Trièves n’apparait pas, quant à elle, avant 1594.  (DNLF*)

Bochaine : il avait été question de ce pays dans un billet consacré aux « plaisanteries de moines » parmi lesquelles on trouvait

Saint-Julien-en-Beauchêne (  H.-Alpes ) n’a rien à voir avec un bel arbre mais tout avec le bassin du Buëch, appelé Bochaine. Le Buëch passe sous un pont nommé  a ponte Bucchii en 1202 et donne son nom à Trabuech, un hameau de Lus-la-Croix-Haute appelé Ultra Bodium en 1260 et Ultra Buech en 1304: on peut en conclure que Buëch est issu du gaulois bodios, « jaune », en référence à ses eaux torrentueuses et boueuses. Le suffixe roman –ana a servi à former Bochaine à partir du nom de la rivière.

canton du Diois : le pays Diois doit son nom à la ville de Die dont je parlais dans le billet à l’origine de cette devinette :

Die était Dea Augusta Vocontorium au IIIè  siècle et plus simplement Dea Bocontorium au siècle suivant. La déesse tutélaire du lieu, simplement appelée Dea, semble être en réalité la déesse indigène Andarta.

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Les indices

640px-Carcassonne_-_Gisant_d'un_chevalier_01 ■ ce gisant, du participe présent du verbe gésir, du latin jacere, était là pour l’étymologie de Jajène.

■ le vin effervescent : la clairette de Die, bien sûr !

■ les Gaulois : il s’agit des Voconces dont on ne sait pas bien si le nom est issu du celtique *voconti, « vingt tribus », ou bien de *vo-conti, les « deux cents ».

Les indices du mardi 07 août 2023

 Personne ne m’a encore donné la réponse à ma dernière devinette

En voici de nouveau l’énoncé :

Il vous faudra trouver une Montagne de France métropolitaine qui marque la frontière entre deux pays et deux départements et qui porte, par métaphore, le nom d’une pièce de charpente tout en longueur.

Elle donne son nom au col qui la sépare d’une autre Montagne qui porte le nom d’un autre pays, bien plus grand celui-là.

La commune où se trouve cette Montagne doit la première partie de son nom, en trois lettres, à un homme gaulois et la deuxième, en trois mots, à un col marqué par une construction religieuse.

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Et les indices du mardi

■ pour le nom de la Montagne lui-même et plus précisément pour son étymologie :

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By Tylwyth Eldar – Own work, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=110287621

 ■ on produit dans cette région un vin effervescent.

■ le peuple gaulois qui vivait là portait un nom faisant allusion au nombre de tribus qui le composaient – mais les spécialistes ne sont pas d’accord sur le chiffre.

 

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De quelques Montagnes

Après avoir parcouru des Monts et des Pics, me voici au pied de Montagnes.

L’usage de l’appellatif « montagne » (bas-latin *montanea dérivé de montem) est semble-t-il bien plus répandu que celui de mont, et pas toujours en pays de haute montagne : il est par exemple plus présent dans la Drôme que dans les deux autres départements du Dauphiné, l’Isère et les Hautes-Alpes. Cet appellatif peut avoir pris un sens particulier, selon les régions : ainsi, dans les Alpes, ce mot qualifie-t-il le plus souvent un « pâturage de montagne », un « alpage » ou même, plus précisément, un « ensemble de pâturages d’altitude », comme il désigne, dans le Cantal, un « lieu d’estive ».

La Montagne d’Alaric

Il s’agit d’un massif, dans le département de l’Aude, dont le point culminant (600 m) porte le même nom ou celui de Signal d’Alaric, rappel de son utilisation par Cassini.

Le massif tient son nom d’un ancien château situé sur l’actuelle commune de Barbaira : castrum quod vocant Alarig en 1063. La légende locale reconnaît bien entendu dans ce nom celui du roi wisigoth Alaric (395-410), célèbre auteur du pillage de Rome en 410 ; mais ce n’est qu’au milieu du Vè siècle, sous Théodoric II que le massif se trouve dans la zone conquise et soumise aux Wisigoths.

Sur le flanc occidental dudit massif se trouve une abbaye dite de Saint-Hilaire édifiée au VIIIè siècle à la suite d’une chapelle construite au milieu du  VIè siècle par l’évêque de Carcassone, Hiaire (Hilarius). D’abord dédiée à saint Saturnin, l’abbaye sera vouée à saint Hilaire dès le début du IXè siècle. Augmentant sa puissance, le monastère aura, autour de l’an mil, de nombreuses possessions dans le massif, d’où les noms qu’on y trouve encore de nos jours : Combe d’Alaric, Coumo Alaric, La Plaine d’Alaric (ecclesia Sancti Petri de Alarico en 1119), Serre d’Alaric, Serre d’Alric (Coste d’Alaric en 1311-1500, a Laric en 1500).

Alari étant la forme occitane du nom de personne latin Hilarius (le monastère est dit Saint Alari en 1340-41), il a subi par la suite une remotivation en référence à celui du roi wisigoth Alaric. Cette remotivation a sans doute été accentuée par le fait que le flanc méridional de la Montagne d’Alaric est longé par la vallée dite Val de Daigne, attestée vallis Aquitanica en 820, un petit territoire qui a appartenu pendant quelques décennies à l’Aquitaine, limite orientale d’extension du royaume wisigoth au milieu du Vè siècle, quand l’Aquitaine était soumise ainsi que l’extrémité occidentale de la Narbonnaise.

La Montagne de la Sainte-Victoire

Il s’agit d’un massif des Bouches-du-Rhône, dont le point culminant est le Pic des Mouches (1011 m). Selon F. Mistral, on trouverait le nom mons Victoriae dans des chartes du Moyen Âge : la légende s’en est emparée en évoquant la victoire du général romain Marius sur les Teutons en 102 av. J.-C. à Aix(-en-Provence).

En 1251, la chapelle sise au sommet est appelée Sancta Aventura, en hommage a une sainte également honorée près de Villeneuve-lès-Avignon, à l’emplacement du fort Saint-André. Reconstruite et élevée en prieuré en 1654, elle prend le nom, déjà existant semble-t-il, de Sainte-Victoire ; une nouvelle chapelle est construite deux ans plus tard, dédiée à Notre-Dame-de-la-Victoire. En 1728, Antoine François Laval cite la montagne de sainte Victoire ou Sainte Venture ; en 1779, la carte de Cassini mentionne le prieuré Ste Victoire. Au XIXè siècle, la montagne est appelée en provençal colo de Santo Ventùri d’où Mount Ventùri, croisant les deux noms Aventura d’une part et Vitòri, forme provençale de « Victoire », d’autre part. Le culte de la sainte Ventura étant particulièrement rare, la réfection est logique et attendue. Ce nom provençal est à l’origine du surnom de venturié (aujourd’hui écrit « venturier », cf le chemin de la Sainte-Victoire dit Venturier à Vauvenargues) donné aux pèlerins qui s’y rendaient alors le 24 juin (aujourd’hui le dernier dimanche d’avril).

L’étymologie donnée par Rostaing, qui voulait y voir un deuxième Mont Ventoux, est à rejeter. Quant au surnom de Délubre donné par Mistral en 1886, suivi par le géographe Joanne en 1902, il vient du provençal delieure, « endroit où un torrent fait brèche », allusion à la brèche de la montagne  visible depuis de la mer : elle est dénommée le Délubre par les marins de Martigues, qui s’en servent comme amer.

La Montagne de Lure

Il s’agit d’un massif des Alpes-de-Haute-Provence, dont le point culminant est le Signal de Lure (1826 m).

Dauzat (Dictionnaire étymologique des rivières et montagnes en France, 1978) rattachait à cette montagne le nom Λουρíωνα mentionné par le géographe grec Strabon, tandis que Rostaing (Essai sur la toponymie de la Provence, 1950) datait ce même nom de l’époque carolingienne. Cette identification est fortement controversée, Strabon semblant parler du Luberon.

En réalité, la première mention date seulement du XIIè siècle sous une forme qui ne variera pas : montem Lura en 1155. On reconnait dans ce nom la racine indo-européenne *Leur, « pierre », munie du suffixe féminin –a. La forme française Lure apparait en 1652 et le syntagme montagne de Lure en 1703.

La Montagne du Glandasse

Il s’agit d’un haut plateau bosselé situé dans la Drôme à l’extrémité sud du Vercors, culminant au Dôme à 2041 m.

Comme je l’ai dit dans l’introduction, « montagne » a ici le sens d’« ensemble de pâturages d’altitude ». La Montagne du Glandasse est une terre d’accueil pour transhumants dans le Diois dont chaque pâturage prend aussi le nom de « montagne » comme, du nord au sud, la Montagne de la Ville, la Montagne de Die, la Montagne de Châtillon, … chacune accueillant un troupeau transhumant particulier.

Le nom du Glandasse (parfois écrit Glandaz) est issu de la variante *gl– de la racine pré-indo-européenne *gal, elle-même variante de*kal, « rocher, pierre ». La base *gl est ici prolongée en –a-nd, comme pour le col du Glandon en Savoie ou le mont Glandure en Saône-et-Loire. On retrouve ce même nom dans celui de Molières-Glandaz toujours dans la Drôme.

La Montagne de la Ville : la ville en question est Chichilianne (Is.), qui était Chaysilhana, du nom de personne roman Cascelius et suffixe féminin –ana, sous entendu villa ou terra.

La Montagne de Die porte le nom de la commune qui a donné le sien au pays Diois. Die était Dea Augusta Vocontorium au IIIè  siècle et plus simplement Dea Bocontorium au siècle suivant. La déesse tutélaire du lieu, simplement appelée Dea, semble être en réalité la déesse indigène Andarta.

La Montagne de Châtillon porte le nom de Châtillon-en-Diois qui est attesté de Castillione en 1267,  du latin castellum, « château fort ; château ; grande maison de plaisance » et suffixe diminutif –ionem.

On notera, dans le même département, la Montagne d’Angèle, la Montagne de Bouchère et la Montagne de Chovet ainsi que, dans les Hautes-Alpes, la Montagne de Chauvet, la Montagne de Féraud et la Montagne de Dindaret, où la préposition de marque nettement une relation de ces « montagnes » ou « lieux de pâturage » aux personnes, propriétaires ou bergers.

Berger_fmurr Pour avoir accompagné dans ma jeunesse, durant deux jours et donc une nuit, un troupeau de moutons jusqu’à la Montagne du Glandasse, je peux vous dire que c’est … exténuant. J’en garde pourtant de bons souvenirs parmi lesquels, curieusement (mais peut-être pas tant que ça, tout bien réfléchi), le plus présent encore aujourd’hui est l’odeur – qui a vécu près d’un troupeau de moutons me comprendra. Viennent ensuite le bruit (qui a vécu … etc.) et le ciel étoilé, jamais retrouvé depuis, pollution lumineuse oblige.

index

La devinette

Il vous faudra trouver une Montagne de France métropolitaine qui marque la frontière entre deux pays et deux départements et qui porte, par métaphore, le nom d’une pièce de charpente tout en longueur.

Elle donne son nom au col qui la sépare d’une autre Montagne qui porte le nom d’un autre pays, bien plus grand celui-là.

La commune où se trouve cette Montagne doit la première partie de son nom, en trois lettres, à un homme gaulois et la deuxième, en trois mots, à un col marqué par une construction religieuse.

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Le Crève-Cul, la rue du Cul-Tout-Nud et le Sans Cul : les répauxdev

podium-vide-2 Il ne faudrait pas que ça devienne une habitude mais personne ne m’a donné ne serait-ce qu’une bonne réponse à mes dernières devinettes

Il fallait trouver le Crève Cul à Sciecq (Deux-Sèvres), la rue du Cul-Tout-Nud à Richebourg (Pas-de-Calais) et le Sans Cul à Ménétréols-sous-Vatan (Indre).

carte-france-departements-muette

Crève-Cul

Le nom de ce lieu-dit de Sciecq s’explique aisément : la terre y était sans doute si dure à travailler et de peu de rapport qu’on s’y donnait de la peine pour pas grand chose.

Sciecq : Ciec en 1255 et Sihec en 1299, du nom de personne germanique Sigo et suffixe –iacum.

Capture CREVE CUL

Coulonges-sur-l’Autize (chef-lieu du canton) :  villa Ecolonii vers 978, à lire *villae Colonici et Colongia 1090, du bas-latin colonica, « ferme confiée à un colonus, un fermier perpétuel et héréditaire, attaché au sol, mais homme libre ». (cf. ce billet). Le –s final de Coulonges n’est pas étymologique.

les indices :

♦ En 1569, lors de la période trouble des guerres de Religion, la famille royale s’installe au château de Coulonges-sur-l’Autize pour les fêtes de Noël en rentrant de la bataille de Saint-Jean-d’Angély. Sont présents : le roi Charles IX, sa mère Catherine de Médicis, son frère Henri III et sa sœur Marguerite plus connue sous le nom de la Reine Margot.

♦ Saint-Jean-d’Angély a subi trois sièges durant son histoire : en 1351 durant la guerre de Cent Ans, en 1569 durant la troisième guerre de Religion et en 1621 durant les rébellions huguenotes.

♦ Sciecq fait face au château de Mursay, sur la commune d’Échiré, autrefois habité par l’homme de guerre et poète Agrippa d’Aubigné et par sa petite fille, la future Madame de Maintenon, maitresse de Louis XIV.

Rue du Cul-Tout-Nud

Plusieurs hypothèses sont données pour expliquer le nom de cette rue de Richebourg (P.-de-C.). La première est que la rue étant jadis particulièrement boueuse, les dames qui y circulaient devaient remonter leur robe, laissant parfois voir leur derrière. Une autre dit que c’étaient des moines de l’abbaye qui montraient leurs fesses. Mon hypothèse est qu’il pourrait s’agir à l’origine d’un endroit reculé non cultivé, sans végétation.

rue cul tout nu

L’unique pierre gravée du nom de la rue a été si usée par le temps qu’on a utilisé une encre noire pour en faire apparaître les caractères, en omettant le –d– final de nud, pourtant étymologique et officiel.

Richebourg : Rikesborc en 1171, Richesborc en 1136, sans doute du nom de personne germanique Ricburgis.

Beuvry (chef-lieu du canton) : Brevi en 1135 et Beveri en 1152, du nom de personne roman Biberius et suffixe -acum.

Les indices :

♦ Richebourg porte le même nom que le climat de Vosne-Romanée  qui produit le prestigieux grand cru de la Côte-de-Nuits.

♦ Le nom de Beuvry peut faire penser à une beuverie au cours de laquelle on dépasserait les deux verres maximum recommandés par Bison futé.

♦ On trouve à Richebourg un Cimetière militaire portugais, un Mémorial indien et le Touret Memorial, où sont ensevelis des soldats étrangers morts sur notre sol lors de la Première Guerre Mondiale.

Sans-Cul

Cette parcelle de Ménétréols-sous-Vatan (Indre) porte un nom bien mystérieux pour lequel je n’ai pas trouvé d’explication convaincante. Ce nom semble en tout cas récent puisqu’il n’apparait que sur les cartes postérieures à 1950. La forme parfaitement rectangulaire et boisée de ce terrain qui tranche dans le paysage n’est peut-être pas étrangère à  cette appellation, mais je ne vois pas le lien sauf à imaginer une très hypothétique parcelle sans cul(ture) …

Capture aérienne Sans Cul

Je n’ai trouvé qu’une seule occurrence de ce Sans-Cul chez Google.

On trouve, tout aussi énigmatique, le pluriel Les Sans-Cul à Bégard (C.-d’Armor) qui pourrait ne représenter qu’une autre forme de Les Sans-Culottes, nom probablement d’origine révolutionnaire

Sans Cul Bégard

Ménétréols-sous-Vatan : de Monasteriolo en 1154, du latin tardif monasteriolum, « petit monastère » ; le –s final n’est pas étymologique.

Capture Sans Cul

Levroux (chef-lieu du canton ): vicus Leprosus au VIè siècle, soit « village lépreux ».

Les indices :

♦ Levroux, qui était donc un  village qualifié de « lépreux », accueillait et soignait les malades de la lèpre, attirés par la légende (reprise comme véridique sur le site de la mairie) de saint Sylvain de Levroux qui guérissait les maladies de peau, dont le « feu de saint Sylvain », un des premiers noms de la lèpre. On peut lire sur wiki la légende du saint et sa réfutation.

♦ J’écrivais dans l’énoncé : « À bien y réfléchir, on se demande même ce que fait ce nom dans ce billet … » Ben oui, Sans Cul dans un billet consacré justement au cul …

Les indices du mardi 01 août 2023

Il y avait trois devinettes à la conclusion de mon billet consacré au cul. Aucune d’entre elles n’a trouvé son « solutionneur ».

En voici de nouveau les énoncés, accompagnés de leurs indices respectifs :

Lettrine-1- Il vous faudra trouver un lieu-dit  dont le nom dit tout le mal qu’on s’y donnait pour en travailler la terre.

Le nom de la commune où il se situe est issu d’un patronyme germanique accompagné du suffixe bien connu –iacum.

Le chef-lieu de canton, dont le nom indique qu’il s’agit d’une ancienne propriété d’un paysan libre, a hébergé en son château la famille royale pour les fêtes de Noël.

■ Les fêtes de Noël auxquelles participe la famille royale suivent de quelques semaines le siège victorieux d’une ville située moins de 100 km au sud, ville qui a subi deux autres épisodes semblables au cours de son histoire.

■ Sur l’autre rive de la rivière qui baigne cette commune, se trouve un château qui abrita jadis un homme de guerre et poète ainsi que sa petite-fille, future maîtresse d’un roi de France – mais pas le même que celui mentionné ci-dessus.

Lettrine-2-233x300 Il vous faudra trouver un toponyme qui indique que l’endroit, particulièrement marécageux, obligeait les dames qui s’y aventuraient à relever leurs jupes au point d’exposer leurs derrières aux regards.

La commune qui l’abrite est homonyme d’un vin prestigieux, si ce n’est le plus prestigieux.

■ Il est plaisant de constater que le chef-lieu de canton qui abrite cette commune porte un nom dont la prononciation peut faire croire qu’on y fait fi d’un conseil avisé de Bison futé concernant la consommation du produit dont ladite commune est homonyme.

■ la commune accueille plusieurs cimetières mémoriaux rendant hommage aux soldats  étrangers venus se battre au prix de leur vie lors de la Première Guerre Mondiale.

Lettrine-3-220x300Les experts perdront passeront du temps à dénicher ce toponyme de France métropolitaine au nom si étonnant qu’il n’en existe qu’une seule occurrence sur la toile – hormis sur quelques cartes géographiques et un homonyme au pluriel sur le territoire d’une autre commune. À bien y réfléchir, on se demande même ce que fait ce nom dans ce billet …

La commune qui l’abrite porte un nom évoquant un petit monastère.

■ Le chef-lieu de canton porte un nom qui évoque une maladie infectieuse fort contagieuse dont on soignait les malades dans un établissement spécialisé.

■ C’est dans ce chef-lieu de canton qu’est née la légende d’un saint guérisseur dont le nom a servi à nommer par périphrase la maladie que la ville aurait eu pour vocation de soigner.

Réponses attendues chez leveto@sfr.fr

Parlons cul

Désireux de revigorer mon audience en berne ( j’ai bien écrit « berne », parce que Bern, ses audiences, ça va, merci pour lui) je prends modèle sur les magazines qui mettent des fesses à la une (ah ! ça ! celui qui a inventé le summer body mériterait de siéger à la droite de Pierre Lazareff – « une information suivie d’un démenti, ça fait deux informations », c’est lui) ou les QdR qui mettent Maïa (Mazaurette, pas l’abeille) en vedette tous les week-ends, je vais donc parler cul aujourd’hui.

Il ne s’agira pas d’étudier les dérivés de la base pré-indo-européenne *cuk qui a donné des homonymes – je ne vous parlerai donc pas de Montcuq (d’autres l’ont fait avant et mieux que moi) – ni même d’évoquer les utilisations métaphoriques comme cul-de-sac.

Non, fi de tout cela !, il s’agira bien de parler de cul, c’est-à-dire de cette région anatomique hémisphérique faite de deux parties charnues qu’on appelle fesses et de ce qu’elles encadrent.

Pour bien savoir de quoi on parle, le mieux est de le montrer. C’est ce que l’on faisait dans une douzaine d’endroits nommés Montre-Cul ou Montrecul qui désignent souvent, notamment en Bourgogne (à Bligny-le-Sec et Sennecey-lès-Dijon, Côte-d’Or), une vigne plantée sur une pente si raide « qu’on pouvait facilement avoir un point de vue sur l’anatomie des dames qui travaillaient au niveau supérieur » (G. Taverdet, Anthologie des expressions en Bourgogne, Éd. Rivages, 1984 ). Comme on le voit sur la carte postale ci-dessous, il peut arriver de montrer son cul ailleurs que dans les vignes :

CPA fontaine Montrecul

Et puisqu’on est sur une pente raide, n’oublions pas les Tire-Cul (une montée à Mézières-sur-Oise, Aisne ; un sentier à Savigny-le-Sec, Côte-d’Or etc.) ou Tirecul (à Monbazillac, Dord.), auxquels on peut ajouter la serre de Tiraquiou (occitan tira cuol ; avec serre, « crête de montagne généralement dentelée », ) à Montpezat (Ardèche). Le sens littéral et facétieux de ces noms peut être « tirer à l’aide d’une corde passée sous les fesses pour faire monter une personne » ou bien « tirer » est à prendre au sens de « qui fait tendre » les muscles fessiers, qui « tire sur les muscles des fesses ». Tendre les fesses ? C’est aussi l’origine des noms Tend-Cul à Fuissé, Gibles et Montmelard en Saône-et-Loire.

Dans le même ordre idée, mais à l’envers, il y a des descentes si raides qu’on peut y tomber sur le derrière comme à Bombequiol, au pied de la Séranne, à l’est de Saint-André-de-Buèges (Hér.) ou à Bombecul, au bas des versants abrupts de la montagne des Issarts à Carnas (Gard). On trouve également une rue Bombecul à Bruniquel (T.-et-G.), à Terrasson-Lavilledieu (Dord.), etc.  À Béziers (Hér.), l’actuelle rue François Bonnet (du nom d’un avocat Biterrois du XVIIè, auteur de quelques pièces que l’on jouait lors des fêtes de Caritachs) s’appelait rue Bombe-Cul avant 1904, sans doute du fait que sa pente devait entraîner de nombreuses chutes ou obligeait les passants à bomber les fesses pour maintenir l’équilibre. En occitan, bombar signifie « heurter avec force », ici « heurter le sol avec le derrière en tombant ».

CPA-47-penne--rue-bombecul-vers-1920

Toujours dans le sens de pente difficile à descendre sans se retrouver sur les fesses, il semble que le Pas-de-Calais se soit fait une spécialité des Tape-Cul avec trois lieux-dits portant ce nom à Oye-Plage, Escalles et Belle-et-Houllefort, mais il en existe aussi à Chaulnes (Somme) et à Marans (Ch.-M.) auxquels on ajoute les Casse-Cul de Frasne et de La Rivière-Drugeon, un Tapecul à Vix (Vendée) et un Fossé Tapecul à Havernas (Somme). Les toponymes Cogne-Cul à Françay (L.-et-C.) et le Champ Cogne-Cul de Mornay-sur-Allier (Cher) semblent avoir le même sens. Enfin, désignant des pentes au bas desquelles on peut rouler, on trouve des Roule-Cul notamment en Charente -Maritime  (Saint-Xandre, Saint-Georges-du-Bois, Thairé et Vervant), en Charente (Graves-Saint-Amant et Taizé-Aizé) et dans la Vienne (Chasseneuil-du-Poitou).

Si nous ne menons pas toujours nos culs sur une pente raide, il peut parfois nous arriver de les promener dans des lieux … piquants. Ainsi en est-il du Bois de l’Écorche-Cul à Corpoyer-la-Chapelle (C.-d’Or) et du coteau dit l’Écorche-Cul à Malmy (Marne), du Frotte au Cul à Sacy-le-Petit (Oise) et du Frotte-Cul à Saint-Malo-des-Trois-Fontaines (Mor.), du Gratte-Cul (cf. le fruit de l’églantier ou cynorhodon) à Éternoz (Doubs) ou encore du Bois de Ripe-Cul à Chatignac (Char.), tous lieux à la végétation épineuse. Ajoutons à cette liste les lieux-dits Frappe-Cul à Plassac-Rouillac (Char.) et Pince-Cul à Barrais-Bussolles (Allier), dont on peut se demander ce qu’ils sous-entendent.

Pour soigner toutes ces plaies, quoi de mieux qu’un peu d’eau froide ? C’est ce qu’on trouvera aux Mouille-Cul de Gurgy (Yonne), Saint-Sulpice-de-Faleyrens (Gir.), Saint-Hilaire-sous-Romilly (Aube), Lemuy (Jura) et du Russey (Doubs), tous ces noms désignant des zones humides. Si cela ne suffisait pas, on pourra se rendre au lieu-dit Trempe-Cul de Chaudes-Aigues (Cantal) ou au Baigne-Cul de Tremblay-en-France (Seine-Saint-Denis), en passant par le ruisseau de Baigne-Cul de Vaux-les-Prés (Doubs), sans oublier les versions occitanes de Bagne Cul à Lio (P.-O.) ou le Ban de Cul à Saint-Jean-d’Aups (Sav.)

Mais attention de ne pas finir le cul embrené comme aux Cul-Berneux de Coupetz et de Cernon (Marne) où berneux  est à lire ici comme une métathèse de breneux, adjectif formé sur bren (ou bran) , « partie grossière du son », puis « ordure, excrément » (cf. ce billet) — mais il s’agit ici plus sûrement d’endroits reculés particulièrement malpropres.

N’oublions pas les aléas climatiques qui peuvent donner des Chaud-Cul et des Brûle-Cul ou inversement des Froid-Cul , Frais-Cul et même un Cul-Gelé (à La Ferté-Gaucher (S.-et-M.) — mais il s’agit ici plus sûrement d’endroits reculés plus ou moins exposés au soleil. Froidcul est un lieu-dit de Moyeuvre-Grande, en Moselle, qu’on appelle aussi Sainte-Ségolène – « je dis ça, je dis rien », comme on dit dans les (mauvaises) séries télé.

Arrivé (presque) à la fin de la promenade, il ne reste plus qu’à retourner d’où on vient, ce que l’on fait aux lieux-dits Tourne-Cul et Tournecul (sept occurrences, toutes dans la moitié nord de la France – sans commentaire) ou encore au Bois de Virecul (Montracol, Ain) ou à Vire-Cul (Arandas, Ain).

Enfin, je ne serais pas complet sans citer le Trou du Cul, une grotte à Clamecy (Nièvre) et sans rappeler les Quatre-Sans-Cul de Chambéry (Sav.) qui avaient été mentionnés dans un billet dont les plus anciens de mes lecteurs se souviennent peut-être.

Et terminons-en avec le célèbre cri de guerre qui a réjoui notre enfance (en tout cas la mienne) :

« À cul les Velrans ! ».

P.S. : je sais bien que les animaux ont aussi un derrière et que les toponymes en Cul-de-Boeuf, Cul-de-Loup et autres culs de la gent zoologique sont fort nombreux, mais les énumérer aurait été fastidieux et n’aurait pas apporté grand chose à mon propos.

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Les devinettes

Pris par le temps, je n’ai pas pu affiner leur rédaction ni en choisir une et je vous propose donc ces trois devinettes, toutes concernant la France métropolitaine et le mot du jour :

Lettrine-1-  Il vous faudra trouver un lieu-dit  dont le nom dit tout le mal qu’on s’y donnait pour en travailler la terre.

Le nom de la commune où il se situe est issu d’un patronyme germanique accompagné du suffixe bien connu –iacum.

Le chef-lieu de canton, dont le nom indique qu’il s’agit d’une ancienne propriété d’un paysan libre, a hébergé en son château la famille royale pour les fêtes de Noël.

Lettrine-2-233x300 Il vous faudra trouver un toponyme qui indique que l’endroit, particulièrement marécageux, obligeait les dames qui s’y aventuraient à relever leurs jupes au point d’exposer leurs derrières aux regards.

La commune qui l’abrite est homonyme d’un vin prestigieux, si ce n’est le plus prestigieux.

Lettrine-3-220x300 Les experts perdront passeront du temps à dénicher ce toponyme de France métropolitaine au nom si étonnant qu’il n’en existe qu’une seule occurrence sur la toile – hormis sur quelques cartes géographiques et un homonyme au pluriel sur le territoire d’une autre commune. À bien y réfléchir, on se demande même ce que fait ce nom dans ce billet …

La commune qui l’abrite porte un nom évoquant un petit monastère.

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Le Pic Cassini, en Lozère : la répàladev

Personne ne m’a donné la réponse à ma dernière devinette !

Il fallait trouver le Pic Cassini, le deuxième sommet (1680 m) des Monts Lozère, sur la commune du Pont-de-Montvert–Sud-Mont-Lozère, dans le canton de Saint-Étienne-du-Valdonnez, en Lozère.

local Pont-de-Montvert-

Plus précisément, le Pic Cassini en haut à droite et le Pont-de-Montvert diagonalement opposé :

Pic Cassini Capture

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Toponymie

Pic Cassini : ce pic porte ce nom en hommage à la famille Cassini dont plusieurs de ses membres ont réalisé au XVIIIè siècle, à la demande de Louis XIV,  la célèbre carte de France qui porte leur nom et notamment à César-François Cassini de Thury, dit Cassini III, principal artisan de ladite carte. Ce dernier avait choisi ce sommet comme point de départ des mesures de triangulation géodésique dont il se servait pour confectionner ses cartes ; chacun de ces points est connu comme « signal de Cassini ».

Ce sommet-là était appelé Signal de Belle Coste, du nom d’un hameau et d’un bois sur son flanc sud, sur la première carte de Cassini en 1744 mais il ne sera plus mentionné sur les cartes suivantes de 1778-9.

Carte Cassini I Capture

La carte d’état-major, éditée entre 1820 et 1866, mentionne simplement le Signal de Cassini :

Pic de Cassini Etat major

Édouard-Alfred Martel (1859-1938), fondateur de la spéléologie, parlera, dans son ouvrage concernant Les Cévennes et la région des causses : Lozère, Aveyron, Hérault, Gard, Ardèche paru chez Delagrave en 1891, du Signal de Malpertus, soit du « mauvais pertuis » ou « mauvais passage », du nom d’une montée entre Bellecoste et ledit signal.

Ce n’est semble-t-il qu’au début des années 1950, sur les cartes de l’IGN, que ce sommet est qualifié de pic et devient donc le Pic Cassini :

Pic Cassini Bellecoste 1950 Capture

Allez ! On respire, avec le sommet du Pic Cassini sous la neige (source) :

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Pont-de-Montvert–Sud-Mont-Lozére

C’est sur le territoire de cette commune que le Tarn prend sa source et qu’il est enjambé par le pont du XVIIè siècle qui donne son nom au village. Le déterminant Montvert est une allusion limpide au couvert boisé du mont qui domine le village – et n’a rien à voir avec un seigneur de Mons mentionné sur la page wiki.

En 2016, la commune, associée à Fraissinet-de-Lozère et Saint-Maurice-de-Ventalon, est devenue Pont-de-Montvert–Sud-Mont-Lozère par adjonction du nom de la face sud du Mont-Lozère, s’appropriant ainsi une part de la notoriété dudit mont.

Mont Lozère : cf. ce billet

Saint-Étienne-du-Valdonnez, chef-lieu du canton qui porte son nom :

Saint-Étienne : Sanctus Stephanus de Valdones en 1352, du nom du premier martyr.

Valdonnez : cette région naturelle, formée de la vallée du Bramont est enserrée entre les Causses et les Cévennes. Elle est attestée in vicaria Valdunensi en 1031-60 dans le cartulaire de Gellone. Il s’agissait d’une circonscription du haut Moyen Âge dont le nom est formé sur celui de son ancien chef-lieu, Valdunum, muni du suffixe d’appartenance latin –enseValdunum est identifié avec Balduc, oppidum situé sur la hauteur dite Truc de Balduc, sur la commune de Saint-Baudile ; son nom est issu du latin vallis, « vallée, vallon », et du gaulois dunum, « mont, citadelle, enceinte fortifiée ». Le nom devient en occitan Valdunes en 1229 puis Valdones en 1258 et sera francisé au milieu du XVIIIè siècle en Valdonnès et Valdonnez.

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Indices

■ « une commune où a commencé une guerre » :

François de Langlade du Chayla, archiprêtre des Cévennes, inspecteur des missions catholiques, est né en 1647 au château du Chayla à Saint-Paul-le-Froid. Il a été tué  le au Pont-de-Monvert (Loz.), assassinat qui est considéré comme déclencheur de la guerre des Cévennes ou des Camisards.

écrivais-je en juillet 2022 à propos d’un indice concernant Courbejarret.

indice a 16 07 2023 ■ Louis XIV : c’est sous son règne qu’eut lieu cette guerre des Cévennes et que fut réalisée la carte de Cassini.

■ « un autre sommet du même massif, au pied duquel se trouvent les débris des véhicules utilisés dans le tournage d’un film » :  si vous avez suivi le lien vers le Truc de Balduc, vous savez que : « La falaise du truc de Balduc fut utilisée pour le tournage de La Grande Vadrouille. Il est encore possible de voir les épaves des voitures utilisées pour la scène des planeurs en bas de la falaise » (cf. cette vidéo)

indice a 18 07 2023 ■ le Chêne de Flagey (Courbet, 1864) : pour l’étymologie du nom Cassini, du latin cassanus, « chêne ».

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Les indices du mardi 18 juillet 2023

  Personne n’a encore trouvé la réponse à ma dernière devinette.

En voici une nouvelle fois l’énoncé :

Il vous faudra trouver un pic de France métropolitaine nommé en hommage à une personne célèbre qui ne l’a jamais gravi.

Il est situé sur le territoire d’une commune où a commencé une guerre, s’accorde-t-on à dire.

Cette commune porte un nom qui fait référence à son couvert boisé. Elle fait partie aujourd’hui d’une commune nouvelle qui porte le même nom mais associé à celui d’une zone géographique.

Un indice :

indice a 16 07 2023

Des précisions

■ cette montagne a porté au moins deux autres noms, sans doute ceux utilisés par la population locale, avant celui que je vous demande de trouver. On trouve d’abord, sur une carte ancienne, un nom qui fait référence au bois situé à ses pieds, dont le nom décrit la pente du terrain. On trouve ensuite, dans un ouvrage d’un célèbre géographe, un nom qui fait référence à un mauvais passage situé au-dessus de ce bois. Ce n’est qu’à partir de la carte d’état major (1822-66) qu’apparait le nom toujours en vigueur aujourd’hui. Enfin, ce n’est que vers les années 1950 que l’IGN qualifiera de « pic » ce qui n’est que le deuxième point culminant du massif auquel il appartient.

■ le personnage éponyme de ce pic ne l’a jamais gravi lui-même, mais il l’a fait gravir par d’autres, pour en faire le sommet central de sa stratégie.

■ l’indice vaut aussi bien pour le nom à trouver que pour la guerre dont il est question dans l’énoncé.

Les indices du mardi

■ le nom du chef-lieu du canton où se situe le pic à découvrir est un hagiotoponyme déterminé par le nom du pays, lequel porte un nom issu de celui de son ancienne « ville » principale, laquelle portait un nom signifiant « forteresse de la vallée » et qui n’existe plus aujourd’hui, déformé, que dans le nom d’un autre sommet du même massif, au pied duquel se trouvent les débris des véhicules utilisés dans le tournage d’un film.

■ un tableau, pour le nom à trouver :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr