Au Moyen Âge, une verchère ou verchière était un fonds de terre assigné en dot à une femme. Il s’agissait le plus souvent d’une parcelle de bonne terre attenante à la ferme, à la maison d’habitation, et le plus souvent enclose. Le terme a ensuite évolué par l’idée de « bonne terre » au sens de « terre cultivée », « terrain enclos près de la ferme ». Il se rapproche sémantiquement de l’ouche, « terre fertile de petite dimension, située à proximité d’une maison ou d’un village, et close de haies », sauf qu’il y a dans verchère, au moins à l’origine, une connotation juridique absente pour l’ouche. En occitan on parle de verquièra et en nord-occitan de verchièra.

Extrait du dictionnaire de Godefroy
Historiquement, ces mots sont issus du latin médiéval vercaria dont la première attestation date de 814 dans le Polyptique de Wadalde de l’abbaye Saint-Victor-de-Marseille. L’étymologie est obscure, il s’agit peut-être d’une création gallo-romaine du vocabulaire juridique. Certains auteurs proposent une origine selon le gaulois vergo– ou verco-, « œuvre, travail ».
Les toponymes qui en sont issus sont essentiellement répartis en Auvergne-Rhône-Alpes et Bourgogne-Franche-Comté pour les formes avec –ch– et en Occitanie et Paca pour les formes avec –q-.
Les toponymes Verchère(s), précédés ou non d’un article (la ou les) ou d’une préposition (à la, aux, sous, sur) sont de très loin les plus nombreux, plus d’un millier. On ne citera que La Verchère, un ancien quartier de Bourg-en-Bresse (Ain, Vercheria en 1417) et Les Verchères à Yssingeaux (H.-L., Vercherias vers 1100). Souvent, ces noms sont accompagnés d’épithètes (Grande, Petite, Derrière, Dessus …) ou de compléments : La Verchère-au-Comte (Saint-Symphorien-des-Bois, S.-et-L.), La Verchère-aux-Prêtres (Amanzé, id.), La Verchère du Prélat (Saint-Romain-du-Gourdon), La Verchère-au-Chat (Chevagny-sur-Guye , id.), La Verchère aux Femmes (Oyé, id.) etc.

À la vôtre !
On rencontre des diminutifs comme La Vercherette (Laiz, Ain ; La Vineuse-sur-Frégande, S.-et-L. etc.), Vercherole (Polliat, Ain), Vercheroule (Saint-Julien-de-Jonzy, S.-et-L.), Vercheron (Châtenay, Matour… S.-et-L. etc.), La Vercheronne (Chassigny-sous-Dun, S.-et-L.) etc.
On aura remarqué l’abondance d’exemples en Saône-et-Loire. Et pour cause ! Ce département compte à lui seul 917 lieux-dits Verchère ou Verchères !
Beaucoup plus rare, le nom Verchière n’apparait qu’à deux exemplaires, à Villar-d’Arêne (H.-A.) et à Saint-Vincent-de-Barrès (Ardc.), tout comme La Vercheyre, à Marcols-les-Eaux et Saint-Mélany (Ardc). Pourtant plus proche de l’étymologie selon vercaria, on ne connait qu’un seul Les Vercaires à Saint-Sigismond (H.-Sav.). L’agglutination de l’article est, elle, à l’origine de trois Laverchère (Sonthonnax-la-Montagne, Ain ; Neulise et Pommiers-en-Forez, Loire).
En pays de langue d’oc, ce terme est beaucoup moins répandu. On notera malgré tout la commune Verquières des Bouches-du-Rhône, attestée de Vercheriis en 1155, le lieu-dit Verquière (Sablet, Vauc.), La Verquière (Concoules et L’Estréchure, Gard ; Saint-Germain-de-Calberte, Loz.) et Les Verquières (Ventabren, B.du-R.).
Rappelons enfin que Verchères est également le nom d’une ville du Québec dont la paroisse originelle fut nommée Saint-François-Xavier-de-Verchères en 1724, en l’honneur de son premier seigneur, né à Vignieu (Isère) en 1632, père de Madeleine de Verchères qui y résista en 1692 à une attaque des Iroquois. Le bureau de poste prendra en 1827 le simple nom de Verchères, avant que ne soit créée la municipalité du même nom en 1845.

Le hameau de Verchère aujourd’hui disparu, au sud de Saint-Chef, à l’ouest de Vignieu., en Isère. (Cassini, feuille 118, Belley – 1762)

Selon Pierre Gastal (NLEF*) et Henri Sutter (site), il a pu y avoir corruption du mot par un B- initial, ce qui expliquerait les noms de Berchères-les-Pierres, Berchères-Saint-Germain et Berchères-sur-Vesgre, trois communes d’Eure-et-Loir, de La Berchère (Boncourt-le-Bois et Nuits-Saint-Georges, C.-d’Or ; Montredon-de-Corbières, Aude), Les Berchères (Saint-Just-de-Claix, Is. ; Pontault-Combault, S-et-M) etc. On se rappelle que Godefroy (cf. ci-dessus) donne effectivement berchière comme variante de verchière.
Cependant, pour Berchères-les-Pierres (Bercherie vers 1272), B.-Saint-Germain (in Bercariis vers 1120 et Bercheriae en 1208) et B.-sur-Vesgre (Bercheriae en 1164), comme pour Les Berchères à Pontaut-Combault (Bercheres vers 1050 et Bercherias en 1079), E. Nègre (*TGF), Dauzat & Rostaing (*DENLF) et S. Gendron (ONLF*) privilégient l’hypothèse d’un oïl *berchière, « bergerie », issu du bas latin berbicaria.
*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

La devinette
Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié au mot du jour.
Deux pistes ont été proposées pour expliquer la première partie du nom de la commune qui l’abrite : la première fait appel à un nom d’ homme latin ; la deuxième fait appel à un aménagement de cours d’eau. Ce nom est complété par celui du pays, lequel est issu du nom de la rivière qui le parcourt.
De la même façon, deux pistes ont été proposées pour expliquer le nom du bureau centralisateur du canton : la première fait appel à l’aspect de la vallée où il est situé ; la deuxième fait appel à une construction humaine.
La commune ne présente rien de suffisamment remarquable pour en faire un indice, mais, pas de souci !, j’en ai deux pour le bureau centralisateur du canton :
■ et d’un :

■ et de deux :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr



■ cette 
■ il fallait ici reconnaître un troupeau de moutons … de race Lacaune.
■ il s’agit ici de Pérail, un fromage au lait entier de brebis de race Lacaune.
■ Victor, l’enfant sauvage de l’Aveyron (ici, 











■
■ ce muscat blanc devait faire penser au muscat de Rivesaltes.






■ dans son célèbre sketch du Schmilblick, Coluche interprétait le non moins célèbre Papy Mougeot, retraité à Cajarc (faussement situé en Aveyron).
■ dans le mitan des années 1980, Madame Claude « vit dans une ancienne bergerie (rachetée à l’ancien ministre Olivier Guichard) à Cajarc dans le Lot »
■ en voyant cette gravure, il fallait penser à 


