La Prémollière à Pouillé (Loir-et-Cher) : la répàladev

Un Intrus, TRS et LGF sont restés les seuls à avoir résolu ma dernière devinette. Bravo à tous les trois !

Il fallait trouver La Prémollière à Pouillé dans le canton de Saint-Aignan de l’arrondissement de Romorantin-Lanthenay dans le Loir-et-Cher.

Pouillé, ici

 

La Prémollière, là

Toponymie

La Prémollière : il s’agit d’un ancien pratum mollierum soit un pré cultivé où l’on voit sourdre de petites sources. L’article féminin s’explique par la finale –ière.

Pouillé : attesté Poillé en 1290 et de Poilleio au XIIIè siècle, du nom d’homme latin Paullius et suffixe –acum. Dans l’Antiquité, Pouillé faisait partie, avec Thésée et Monthou-sur-Cher, du vicus Tasciaca, et un temple dédié à une divinité de l’eau aux propriétés guérisseuses y avait été bâti comme on le lira chez wiki.

Saint-Aignan : attesté saint Aignien en 1280, du nom d’Anianus, évêque d’Orléans au Vè siècle

Romorantin-Lanthenay : la fusion entre les deux communes s’est faite en 1961.

Romorantin : l’étymologie de Romorantin a suscité de nombreuses hypothèses, notamment parce que les attestations médiévales prêtent à confusion : de Regemorantino en 1075  suivi de Rivus Morentini en 1151. Le premier élément du composé a semble-t-il subi l’attraction paronymique du latin rex, « roi » (d’où Rege-) ou du latin rivus, « ruisseau » (d’où Rivus). Il s’agit pourtant vraisemblablement du gaulois ritu, « gué », comme le suggèrent fortement les formes Remorentinum en 1196 et Roimorentin au XIIè siècle. Le second élément est le nom de la rivière : Morentinus au XIè siècle, le Rantin dès 1762, puis chez le géographe A. Joanne en 1872 et encore sur les cartes du XXè siècle avant de tomber en désuétude. Le nom Morantin est une formation sur le gaulois more, « mer » (dont on sait qu’il désignait toute étendue d’eau), accompagné du suffixe –anta, sur lequel est venu se fixer bien plus tard la désinence du cas régime féminin -ane, fréquente au bas Moyen Âge dans les noms de rivières. La substitution du genre masculin (Morantin) au féminin (*Morantane) s’explique par l’attraction des nombreux noms masculins terminés par –ain.  Le nom Romorantin a été créé pour désigner le gué sur la Sauldre de la voie d’Orléans à Limoges : il était situé à quelques centaines de pas du confluent avec le Morantin. Cette étymologie est celle que propose P.-H. Billy (DNLF*) après L. Duroy et M. Mullon (DNL*) qui penchaient pour un gallo-germanique *mora, « marais ». Guy Villette (L’Origine des noms de communes du Loir-et-Cher, 1992) voyait lui aussi en Romorantin un nom d’origine hydronymique gaulois sur *mor, « marais », précédé de ritu, « gué ». Dans un texte paru en 1947 dans la revue Onomastica, Jean Soyer considérait Morantin comme un cognomen gallo-romain *Maurentinius, diminutif de Maurentius ; il a été repris par A. Dauzat (DENLF*) et par E. Nègre (TGF*).

Lanthenay  : attesté de Lanthenayo en 1369. Ce nom a été le plus souvent expliqué par un nom d’homme accompagné du suffixe –acum : nom gaulois Lentenus pour A. Dauzat (DENLF*) et G. Villette (op. cit.) ; nom latin Lentinus pour E. Nègre (TGF*) ; nom latin Lentinius pour L. Duroy et M. Mullon (DNL*). P.-H. Billy (DNLF*) pense que ce nom est « aisément explicable par le gaulois *lantana, « viorne », avec le suffixe latin collectif -etu.

 

Indices

■ « La région, connue pour son couvert forestier, abritait un lieu de rendez-vous gaulois particulièrement prisé »  : il fallait penser à la Sologne et à son couvert forestier dont la célèbre forêt des Carnutes où se déroulait tous les ans un grand rassemblement des druides gaulois, comme nous le disait César : « Commandés par un chef unique », ils se réunissent une fois l’an, «  dans un lieu consacré, au pays des Carnutes , et arbitrent les différends entre particuliers ou entre la soixantaine de peuples qui forment cette mosaïque bigarrée qu’est alors la Gaule ».

LGF accompagnait sa bonne réponse de ce  commentaire : « Pour les rendez-vous gaulois, on peut soit faire référence à un classique du porno de Burd Tranbaree de 1979 (voir https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Grande_Mouille) ou plus vraisemblablement au château de Chambord, toujours en Sologne, où François 1er « avait pris l’habitude de disparaître en forêt pour y chasser en compagnie d’un petit groupe d’intimes – composé de beaucoup de dames – que les contemporains appellent la « petite bande » du roi. » » Je n’avais pensé ni à l’un ni à l’autre …

■ Il fallait reconnaître Agnan, le condisciple à lunettes du Petit Nicolas, qui porte le nom de l’évêque éponyme de Saint-Aignan.

 

 

 

 

■ le druide Panoramix partant à la cueillette du gui dans la forêt des Carnutes.

Les indices du mardi 10 février 2026

Un Intrus, LGF et TRS ont déjà résolu ma dernière devinette. Félicitations à tous les trois !

Rappel de l’énoncé :

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine lié aux mots du jour.

La commune où il se situe, d’abord sanctuaire gaulois voué au culte de l’eau, doit son nom à celui d’un homme latin.

Le nom du bureau centralisateur du canton est un hagiotoponyme.

La région, connue pour son couvert forestier, abritait un lieu de rendez-vous gaulois particulièrement prisé.

 

Les indices du mardi

■ l’indice ci-dessus concerne le bureau centralisateur du canton.

■ pour la région, son couvert forestier et le lieu de rendez-vous  :

 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Les Molières des topos

En région méridionale, une molière désigne généralement un terrain mou et détrempé, une « terre grasse et marécageuse ». L’occitan mòlièra, que F. Mistral écrivait mouliero, désigne un « terrain mou, lieu bas où les eaux croupissent et où l’on peut s’enfoncer » mais aussi un « champ cultivé où l’on voit sourdre de petites sources » (TDF*). Le Pégorier (GTD*) définit les molières comme des « terrains marécageux » dans les Ardennes et la mollière comme une « terre humide et molle» en Vendômois et dans le Centre ; il ajoute le molenc, « endroit humide et marécageux dans un champ » en occitan. Ces termes sont formés sur l’adjectif mòl, « mou, humide », lui-même du latin mollis.

Cependant, il existe un parfait homonyme molière, désignant une « carrière de pierres à meule ; pierre servant à faire des meules », soit l’équivalent de « meulière ». Comment faire la distinction ? D’abord par la géologie, bien sûr : où il n’y a pas de roche siliceuse, il n’y a pas de pierre meulière. Et puis par la datation du toponyme : sachant que l’on n’a parlé de carrière meulière qu’à partir de 1499 (molliere) et de pierre meulière qu’à partir de 1545 (pierre de moullère), tous les toponymes antérieurs à ces dates ne peuvent désigner que des terrains mous et détrempés.

Tous ces noms sont à l’origine de toponymes sous trois formes principales : Molière(s), Molère(s) et Moulenc.

De même étymologie sont issus des toponymes en mouille et mouillère , qui devraient faire l’objet d’un prochain billet.

Molière(s)

Trois communes portent le nom simple de Molières : en Dordogne (Molerii en 1115), dans le Lot (Molerias en 1147) et dans le Tarn-et-Garonne (de Moleriis en 1269) auxquelles s’ajoutent Les Molières (Ess., de Moleriis en 1146), où il s’agit bien de « terre humide » et non d’un lieu d’extraction de pierres meulières, puisque ce sens n’existait pas en 1146. Dans le Gard, deux communes homonymes ont ajouté un déterminant à leur nom : Molières-Cavaillac (de Molieyriis en 1162  – Cavaillac : Territorium de Cavallaco en 1250, sur le surnom latin Caballus et suffixe –acum ) et Molières-sur-Cèze. Dans la Drôme, on trouve l’ancienne Molières-Glandaz, aujourd’hui commune déléguée de Solaure-en-Diois. Dans la Loire se trouve Roche-la-Molière, attestée  ecclesia de Rochi la Moleri en 1225, où on exploitait le grès pour en faire des meules.

La variante molièra avec o fermé, francisée en moulière, se rencontre dans les noms de Serre-les-Moulières (Jura),  d’Esmoulières (Haute-Saône) – avec la préposition es, « dans les », en référence aux fondrières et tourbières présentes dans  la commune –  et comme déterminant dans celui de La Chapelle-Moulière (Vienne). Le nom de cette dernière est attesté Capella Molerarium en 1157, Capella de Moleriis en 1177 et Capella de Moleria en 1274 : l’ancienneté de ces noms montre bien qu’il s’agissait là aussi de terres humides et molles – et non d’extraction de pierres meulières qui ne s’est faite que beaucoup plus tard dans la forêt de Moulière.

 

Les noms de lieux-dits, oronymes et hydronymes du type (La ou Les) Molière(s) sont de loin les plus nombreux (le fichier FANTOIR compte près de 1000 lieux-dits ainsi nommés !). On mentionnera Molière à Chemazé (Mayenne, d’abord au pluriel de Moleriis au XIè siècle), Molières-sur-l’Alberte (ancienne commune de l’Aude aujourd’hui dans Ladern-sur-Lauquet, Moleyra en 1106), Molières à Saint-Michel-de Boulogne (Ardc., Moleria en 1464), etc. On trouve également quatre Lamolière (Moissac, T.-et-G. etc.) avec agglutination de l’article ainsi que  deux Emolières (Geay, Ch.-M. et Velles, Indre) et un Eymolières (Lablachère, Ardc. qui rappelle depuis le XVè siècle l’existence d’une carrière de meules), avec la préposition ès. On ne trouve qu’un seul diminutif avec La Molierette de Branoux-les-Taillades (Gard). À Saint-Étienne-de-Tinée (Alpes-Mar.), on a gardé la forme occitane avec Molieras et Molieras Haute, comme on trouve (Les) Mollieras à Nice et à Valdeblore (id.), peut-être un augmentatif.

Les toponymes avec o fermé sont plus de sept cents du type (La ou Les) Moulières. La grande majorité d’entre eux sont sans intérêt (onomastique). On signalera néanmoins, puisqu’on en connait les formes anciennes, Les Moulières à Sauvian (Hér., ad Molarias en 969) et Les Moulières à Pouzolles (id., de Molleiras en 1183). À Sainte-Radegonde (Gir.), le hameau de La Mouleyre rappelle une carrière de pierres à meules nommée Molieyra Barrassas en 1524, donnée à bail à huit meuniers d’Istournet, des Basses et d’Ambec, qui y trouvaient de quoi faire des meules pour leurs moulins. trois diminutifs apparaissent avec La Moulierette (Meyrueis, Loz.), et Moulierettes (Rousses, Loz. et La Garde-Freinet, Var). Les formes augmentatives sont ici plus nombreuses avec plusieurs (La, Les ou Las) Moulieras (Voutezac, Corr. ; Saint-Amand, Cr. etc. ) et La Moulierasse (Dourbies et Saint-André-de-Majencoules, Gard).

La graphie avec –ll– est présente à plus de quatre cents exemplaires du type (La ou Les) Mollière(s). Une mollière désigne le plus souvent  une « terre grasse et marécageuse »  ou encore, notamment dans la zone littorale picarde, le  terrain tour à tour couvert et découvert par les marées, d’où le nom de La Mollière d’Aval et de La Mollière de Terre à Cayeux-sur-Mer (Somme).

 

Molère(s)

En gascon, le suffixe –ièra est passé au simple –èra, donnant molèra.  Deux communes seulement utilisent cette variante molère dans leur nom. Il s’agit de Benqué-Molère (H.-Pyr. – Benqué : De Benquerio en 1313, du nom de l’osier dont on fait des liens, du latin vincus, « lien » et collectif –ier réduit à –é, comme pour la landaise Benquet, plutôt que du gascon benc, « roche escarpée ») et de Campet-et-Lamolère (Landes).

Les micro-toponymes sont ici bien moins nombreux : on ne compte en effet qu’une soixantaine de (La ou Les) Molère(s), principalement en Nouvelle-Aquitaine et en Occitanie. Ce type de nom est aussi présent en Bourgogne-Franche-Comté, Centre-Val-de-Loire, Grand-Est. etc, où le sens est plus vraisemblablement celui de carrière de pierres à meule voire de moulin.  On trouve un seul La Molerette (Marigny-en-Oxois, Aisne) et un seul Les Molerettes (La Chapelle-Longueville, Eure).

 

Moulenc

Le nom de l’ardéchoise  Issamoulenc  (Yssamolenco en 1275, Issamolenc en 1573 et Issamoulin chez Cassini ) est formé de l’ancien provençal eissame, « l’essaim », et de moulen « terrain mou, fondrière » (cf. ce billet).

Cette forme moulenc apparait dans une quinzaine de Le ou Lou Moulenc, tous en Occitanie (Av., Gard, Hér., Loz., P.-de-D., Tarn et T.-et-G.) à l’exception du Moulenc à Thèze (A.-de-H.-P). On peut leur rajouter des noms respectant la prononciation auvergnate, soit Las Moulenches ou Lou Moulenchos, tous en Lozère, et La Moulenchère à Saint-Angel (P.-de-D.).

La variante graphique avec q se rencontre dans une vingtaine de (Le) Moulenq, quelques La ou Les Moulenque(s) et La Moulinquière, très majoritairement en Aveyron et les autres dans le Tarn et en Lozère. On peut peut-être leur rajouter La Moulenquié à Terre de Bancalié (Tarn) mais les graphies Molinquié de Cassini en 1778 et Moulinquié de l’IGN en 1950 peuvent faire penser à un moulin.

Beaucoup plus rares sont les formes avec o ouvert : on ne rencontre qu’un seul Molenc (Saint-Antonin, Alpes-Mar.), un seul La Molenque (Mirandol-Bourgnonac, Tarn), un seul La Molenquière (Roussennac, Av.).

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

La devinette

 

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine lié aux mots du jour.

La commune où il se situe, d’abord sanctuaire gaulois voué au culte de l’eau, doit son nom à celui d’un homme latin.

Le nom du bureau centralisateur du canton est un hagiotoponyme.

La région, connue pour son couvert forestier, abritait un lieu de rendez-vous gaulois particulièrement prisé.

 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

 

 

 

Jarjalesse à Bassillac et Auberoche (Dord.) : la répàladev

Un Intrus et LGF sont les seuls à avoir trouvé la bonne réponse à ma dernière devinette. Bravo à tous les deux !

Il fallait trouver le lieu-dit Jarjalesse à Bassillac et Auberoche dans l’arrondissement de Périgueux, en Dordogne.

Bassillac et Auberoche, ici :

 

Jarjalesse, là, en bas à droite :

 

Les toponymes

Jarjalesse : ce lieu-dit a connu des graphies variées. On le trouve écrit Jargelesse sur la carte de Cassini (f. 70, Périgueux, 1779), déjà Jarjalesse sur la carte d’état-major (1820-66) et le cadastre napoléonien (1824)  tandis que le Dictionnaire topographique de la Dordogne (A. de Gourgues, 1873) signale la variante Jarjelaisse, mais sans préciser de date. Ce nom est composé de l’occitan jarjal, « nielle des blés » (TDF*) accompagné du suffixe locatif -ès (latin -ensis). La graphie -esse résulte soit d’une tentative de transcrire la prononciation locale  soit d’une féminisation volontaire, sous entendu « la terre ».

Jargelesse sur la carte de Cassini (f. 70, Périgueux, 1779)

 

Bassillac et Auberoche : cette commune résulte de la fusion, en 2017, de Bassillac, Blis-et-Born, Eyliac, Milhac-d’Auberoche, Saint-Antoine-d’Auberoche et du Change.

♦ Bassillac : attesté Basssilhac au XIIIè siècle, du nom d’homme latin Bassilius et suffixe –acum.

♦ Auberoche : on connait le nom de la châtellenie d’Auberoche au moins depuis  1287 sous la forme castellana de Alba Rupe, décrivant la paroi de roche blanche sur laquelle était construit le château.

♦ Blis-et-Born :  On trouve déjà le même nom Blis en 1147, difficile à analyser mais E. Nègre pense au nom d’homme germanique Biliso tandis que Bénédicte Fenié pense au gallo-romain Bilicius. Pour Born, on trouve déjà de Born en 1252, qu’Ernest Nègre analyse comme issu du nom d’homme germanique Borno tandis que Dauzat & Rostaing y voyaient un dérivé du pré-latin borna, « source ». Plus récemment, X. Delamarre y voit un *Burnon, « domaine de Burnos», ce dernier nom étant « rare mais attesté Burnus ».

♦ Eyliac : attesté Ilhacum au XIIIè siècle, du nom d’homme gaulois Illius et suffixe -acum.

♦ Milhac-d’Auberoche : attesté Milliacus  en 950, du nom d’homme gaulois Milios (X. Delamarre) plutôt que  latin Æmilius (Dauzat &Rostaing) ou Emilius (E. Nègre) et suffixe –acum.

♦ Saint-Antoine-d’Auberoche : l’église, bâtie au XIIè siècle, a été vouée à saint Antoine, anachorète né en 251 et mort en 356.

♦ Le Change : attesté eccl. deu Chanhere au XIIIè siècle et Cambium au XIVè siècle. La forme du XIVè siècle est sans doute une ré-interprétation du nom originel alors incompris et qui l’est encore aujourd’hui.

■ le canton du Haut Périgord Noir porte le nom d’une partie du Périgord, pays historique du haut Moyen Âge, formé de l’ancien diocèse de Périgueux, dont le nom est attesté Petrogoricum en 575-94 chez Grégoire de Tours, une formation du Moyen Âge sur le nom ancien de la ville, Petrocori, muni du suffixe latin –icu. La forme en ancien occitan Peiregors est attestée vers 1185 et la forme en ancien français Perigors en 1302.

Son  bureau centralisateur est Thenon  attesté  Teno en 1197 et Theno au XIIIè, du nom d’homme latin *Tenus et suffixe –onem.

■ canton d’Isle Manoire : porte le nom de deux rivières. L’Isle  était  Elle en 1090, Hela en 1107, Ella en 1160 et Esla en 1182, de la racine indo-européenne  *isl-, « se mouvoir vite », à l’origine de l’hydronyme pré-celtique *el et suffixe féminin -a.  Le Manoire était de Manore en  1365, Le Manoir chez Cassini (1779) et Manor sans date (Dictionnaire topographique du Périgord, op.cit.), du latin mano, manare, « couler, se répandre ».

Son bureau centralisateur est Boulazac Isle Manoire, attesté Bolazac au XIIIè siècle, du nom d’homme gaulois Bullatios et suffixe -acum.

Périgueux : lors d’une répàladev du 28/06/2025, j’écrivais :

cette ville a porté deux noms dans l’Antiquité. Le premier est attesté sous différentes formes : Tutella Aug(usta) et Tutela Au(gusta) Vesunnia au Ier siècle, Tutela Vesunna sans date. On y reconnait le nom de la déesse latine Tutela, chargée de la conservation et du salut du lieu (dont l’archéologie n’a retrouvé aucune trace) accompagné du nom de la déesse topique Vesunna, divinité d’une source (son nom est composé de l’indo-européen *ves, « s’écouler, couler » suivi du suffixe –unna). Au IVè siècle, comme il était d’usage, la ville a pris le nom du peuple dont elle était le chef-lieu de civitas, en l’occurrence celui des Petrocorii mentionné par César au milieu du Ier siècle av. J.-C.. Vers 360, la ville est appelée civitas Petrocorium, cité des Pétrocores.  Au VIIIè siècle, Petrecors est la forme à partir de laquelle l’évolution phonétique va donner Périgueux, par passage de Petr– à  Pedr– puis à Peir–  et enfin Per-, accompagné de l’affaiblissement du c intervocalique en g. On trouve plus tard la forme Pereguers (1433) qui est à lire peregüe : cette prononciation est en effet mise en évidence par la graphie Periguhes (1466) qui oblige à bien prononcer le u.  Le üe évoluant en œ en limousin et ü en gascon (Peyreguus est attesté en 1428), et en tenant compte de l’amuïssement du rs final, c’est bien la prononciation limousine originelle qui est à l’origine de Périgueux. Le -x final est un habillage pseudo-savant sur le modèle de nombreux appellatifs pluriels existant alors (gueux, cheveux …).

Quant aux Pétrocores, si vous avez suivi le lien précédent, vous savez déjà que leur nom signifie « les quatre armées » (gaulois petru-, « quatre », et corios, « armée »).

 

Les indices

■ on compte trois lions sur cette image, comme ceux qui figurent sur les armoiries et le drapeau du Périgord.

 

 

 

 

■ cette vidéo de Vetty chantant Où vas-tu Basile ?, déjà utilisée il n’y a pas si longtemps dans une devinette concernant Bazoches-sur-Hoëne, devait ici orienter les recherches vers Bassillac.

Les indices du mercredi 04 février 2026

Personne ne m’a encore donné la réponse à ma dernière devinette.

J’en rappelle l’énoncé :

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié aux mots du jour [gerzeau et jarjat].

Il est situé dans une commune de formation récente, dont le nom associe celui de son centre urbain le plus important avec celui d’un domaine seigneurial médiéval qui servait de déterminant à deux des communes fusionnées. Le premier de ces noms est issu de celui d’un nom d’homme latin et le deuxième fait référence à l’aspect de la roche.

Cette commune a été citée sur ce blog à propos de son ancienne petite fortification circulaire.

Elle  se trouve dans une région où vivaient des Gaulois particulièrement bien militarisés.

Et je rajoute les traditionnels indices du mardi :

■ La commune est partagée entre deux cantons. Le premier porte le nom du pays où il se situe et le second celui de deux rivières qui l’arrosent

■ Et, toujours pour la commune, je n’hésite pas à recycler :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Gerzeau et jarjat

  Gerzeau est l’autre nom que l’on donne à  la nielle des blés (Agrostemma githago), principalement dans le Centre et l’Ouest, où on trouve les variantes gerziau (Mayenne) et jarzeau (Oléron), sans oublier le jargeau québecois.

Avec un j- initial, d’autres variantes sont connues comme le jardeau et la jardille (haut Maine), la jergerie et le jadériot (Sologne), le jarjeillot (Morvan), le jarjillot (Doubs), le jarjillet (Bourgogne), la jargerie (Meuse), le jargiot (Indre), le jargé (Velay), le jarjai et le jarjal (Forez) etc. (Marcel Larchiver, Dictionnaire du Monde rural, Fayard, 2006).

Frédéric Mistral (TDF*), outre le jarjai et le jarjal foréziens, définis comme « vesce fausse, vesce des blés », ajoute les noms de gercèl (Limousin), gercil (Quercy), gergil et jardèl (Rouergue) et jarjariè (Auvergne) qu’il complète par une entrée pour jarjaio et jargilho (Dauphiné), jarjalido (Limousin) et jarjariies (Auvergne) définis comme la vesce faux-sapin (Vicia onobrychoïdes) ou la vesce hérissée (Vicia hirsuta).

Dans les Cahiérs de doléances des villes, bourgs et paroisses du bailliage d’Alençon en 1789 réunis par louis Duval en 1887 et mis en ligne en 2008, il est fait mention de terres qui ne rapportent que trente gerbes de seigle au jour  et « encore rempli de jardeau et d’yvraye », jardeau étant défini comme « gerzeau ou nielle, mauvaise herbe qui croit dans les blés ».

Étymologie

Gerzeau, qui a eu pour variante jardeau vers 1330, au sens de « espèce de nielle », apparait aussi sous la forme jarzeu au XIIIè siècle avec le sens d’« ivraie ». On rapproche ce nom de l’ancien français garderie, attesté vers 1176, variante de jarderie (1168), là aussi au sens d’ivraie, qui serait dérivé de l’ancien français gart (attesté en 1200), « long poil dur qui se trouve dans une toison et la déprécie ». Gart est considéré comme issu du francique*gard, « épine, aiguillon ». (DHLF*).

Pierre Guiraud (Dictionnaire des étymologies obscures, Payot, 1982) relie pour sa part jarzeu à l’ancien français jarse, « lancette utilisée pour la saignée », dérivé de jarser, « scarifier » (attesté au XIIè siècle), peut-être du bas latin charaxare, « couper, inciser », souvent écrit caraxare, « sillonner, déchirer » ( du grec kharassein, « faire une entaille »). Le verbe latin serait devenu *garassare puis par dissimilation *garsare. L’idée reste toutefois la même : une entaille qui déprécie un matériau comme la nielle parasite le blé.

Émile Littré pensait quant à lui que le mot gerzeau, dont il donne les variantes berrichonnes geargeau, geargiau et gearziau, pouvait dériver du nom de la gerce,  « sorte de teigne qui ronge les étoffes, les papiers », cette plante nuisible ayant été assimilée à une teigne. Mais  gerce, connue sous la forme jarse au XIIè siècle avec le sens de « lancette » comme on l’a vu plus haut, n’a pris le sens de « teigne des étoffes et des papiers » qu’au début du XVIIè siècle.

Enfin, P. Gastal (NLEF*) s’interroge sur un possible lien avec le gaulois gargo, « sauvage », cf. l’irlandais garg de même sens.

 

Toponymie

Tous ces mots, désignant des plantes parasites du blé, donc nuisibles, ont pu désigner par métonymie les terres qu’elles envahissaient et, par la suite, par portage du nom de lieu à l’habitant, devenir noms de familles.

Curieusement, le seul mot que l’on trouve encore dans les dictionnaires usuels n’apparait qu’une seule fois comme toponyme avec Le Gerzeau à Cravans en Charente-Maritime. On lui ajoutera, avec une graphie légèrement différente, Les Jarzeaux à Mélesse (I.-et-V.), la Pièce du Jarzeau à Chalonnes-sur-Loire (M.-et-L.) et le Bois Jarzeau à Bellon (Char.). Et on complètera avec Le Jardeau à Guécélard (Sarthe), à Beffia (Jura), Les Jardeaux à Oisly et Vallières-les-Grandes (L.-et-C.) et la Fontaine Jardeau à Haute-Amance (H.-M.) qui porte sans doute le nom de son propriétaire.

Ce sont les formes avec J– initial qui sont de loin les plus nombreuses, à commencer par Jarjat (Aspres-lès-Corps, H.-A. ; Boffres et Saint-Jean-Chambre, Ardc.), Jarjate (Thorame-Basse, A.-de-H.-P.), et plusieurs (La) Jarjatte (Dr., Ardc., H.-A. et A.-de-H.-P.) et leurs variantes Jargeat (Martignat, Ain ; Saint-Laurent-du-Cros, H.-A. ; Le Monteil (H.-L.), et La Jargeate (Sainte-Eulalie-en-Royans, Dr.). On pensera, pour les formes féminines, à un nom formé sur un patronyme pour en qualifier la ferme ou la terre : les patronymes Jarjat et Jargeat sont en effet connus et surtout portés en Ardèche et dans la Drôme. On ajoutera à cette liste le nom de Jarjeattaz à Saint-Julien-en-Genevois (H.-Sav.), dont on sait que le –z final ne se prononce pas et qui équivaut donc à une *jarjatte.

Beaucoup plus rares sont les autres noms. L’occitan jarjai se rencontre à Jarjaille à Sault (Vauc.) et aux Jarjailles, aussi écrit Jargeaille à Champsac (H.-V.). On trouve également le collectif Les Jargeries à Beaulon (Allier) et le diminutif Les Jargillets à Buxy (S.-et-L.).

À Sainte-Énimie (aujourd’hui dans Gorges-du-Tarn-Causses, en Lozère) on trouve la Serre de Jargilles, avec le francoprovençal  jargille, « vesce » (cf. § 41 et cet extrait) – dont j’aurais bien fait ma devinette du jour mais avec deux occurrences sur la toile seulement et absent des cartes, j’ai eu pitié ! Les Stéphanois utilisent aujourd’hui ce mot pour désigner un garnement – peut-être comme métaphore pour « mauvaise herbe ». On trouve également un lieu-dit Aux Jargilles à Mesnois (Jura), sans doute de même étymologie (le jurassien est un dialecte francoprovençal).

Plus spécifiquement bourguignon, le terme gergil, « mauvaise graine ; nielle », est à l’origine du nom de la Combe Gergille à Champagne-sur-Vingeanne (C.-d’Or), du Gergillet à Saint-Gervais-en-Vallière (S.-et-L.), du Meix Gergillet (pour meix, voyez ici), des Gergillets et des Gergillats à Saint-Maurice-en-Rivière (S.-et-L.) et de quelques autres.

Les incertains

Le nom  de Jarjayes (H.-A.), qui était Gargaia en 1080 et Jarjaya en 1190, a donné lieu à plusieurs hypothèses. La première, avancée par Dauzat & Rostaing (DENLF*) et reprise par J. Astor (DNFLM*) et B. et J.-J. Fenié (TP*), fait dériver ce nom de la racine pré-indo-européenne *gar, « pierre, rocher », prolongée en g-ata (à rapprocher, donc, de noms comme la montagne de Gargas des Hautes-Pyrénées, du pic de Garganta dans les Pyrénées-Atlantiques ou encore du mont Gargan dans la Haute-Vienne). E. Nègre (TGF*) ne remonte pas si loin et fait venir le nom de Jarjayes de l’occitan de Haute Provence *jarjaio, équivalent du provençal gargaio, « gorge, gosier ». Enfin, P. Gastal (NLEF*) et R. Brunet (TT*),  font venir ce nom de l’occitan jarjaio, mentionné pour le Dauphiné par F. Mistral (TDF*) avec le sens « vesce des blés ». Le même problème se pose pour le lieu-dit Château de Jarjayes à Noyers-sur-Jabron (A.-de-H.-P.) qui était de Gargaia en 1050 et de Jarjaya en 1309 et pour Jarjayes à Redortier-le- Contadour (id.).

Le nom de Jargeau (Loiret) est plus facile à identifier. Comme je l’ai écrit sur la page wiki consacrée à cette ville :  la première attestation du nom de la ville date de 938 avec la mention du Monasterium Gargoligensis, avec le suffixe adjectival latin -ensis. Le nom se décompose en *Gargo-ialon, soit « le domaine (du gaulois -ialo, « clairière » puis « domaine, village ») de Gargos (du gaulois gargo, « féroce, sauvage ») (NLCEA*). Seul P. Gaastal (NLEF*), semble-t-il, s’interroge sur un possible lien avec le gerzeau.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

 

 

La devinette

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié aux mots du jour.

Il est situé dans une commune de formation récente, dont le  nom associe celui de son centre urbain le plus important avec celui d’un domaine seigneurial médiéval qui servait de déterminant à deux des communes fusionnées. Le premier de ces noms est issu de celui d’un nom d’homme latin et le deuxième fait référence à l’aspect de la roche.

Cette commune a été citée sur ce blog à propos de son ancienne petite fortification circulaire.

Elle  se trouve dans une région où vivaient des Gaulois particulièrement bien militarisés.

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

 

Les répauxdev du 01 février 2026

Un Intrus et TRS sont restés les seuls à m’avoir donné les bonnes réponses à mes dernières devinettes . Bravo à tous les deux !

Dernière minute  : LGF m’a donné la deuxième réponse !

Il fallait trouver le crabotin d’Aydius et l’anneau de Vic-Bilh, deux fromages de chèvre du Sud-Ouest.

 

Le crabotin d’Aydius

crabotin est un dérivé diminutif du gascon crabo, « chèvre », par métathèse de cabro. Le crabotin désigne donc le chevreau et aussi un petit fromage de chèvre.

Aydius : la première mention de ce nom date de 1590 sous la forme Lo temple de Sent Martin d’Aydius. On peut rapprocher ce nom de celui d’Aydie, dans le même département, qui était Aidie en 1385 et Aydia en 1542, mais cela ne nous est guère utile : les deux noms sont d’origine obscure.

Ossau-Iraty : ce fromage de brebis AOC, produit dans la région, doit son nom à la vallée d’Ossau et à la forêt d’Iraty.

Oloron-Sainte-Marie : lors d’une répàladev concernant Pellusegagne à Larrau (P.-A.), j’écrivais :

Oloron : était Iluron au IVè siècle (Itinéraire d’Antonin) puis Civitas Elloronensium vers l’an 400 et enfin Oloro en 506, de la base basque ili, « domaine, ville ». La deuxième partie du nom est plus discutée : pour certains il s’agirait du basque ur, « eau » (la ville est située au confluent de deux gaves), pour d’autres il s’agirait d’un simple suffixe de sens mystérieux …

Sainte-Marie : ce nom apparaît sous les formes Maria in Eleron au XIe siècle puis Sancta-Maria de Olorno en 1215, la paroisse ayant été placée sous la protection de la Vierge Marie.

 

L’anneau de Vic-Bilh

■ Il s’agit tout simplement d’un fromage en forme d’anneau.

Vic Bilh : attesté Vicus Vetulus au Xè siècle. L’appellatif latin vicus a d’abord eu le sens de « quartier de ville ; village ; propriété rurale » au Ier siècle av. J.-C. ; à partir du VIè siècle, il désigne toute sorte d’agglomération sauf s’il s’agit d’une cité épiscopale ; à partir du VIIIè siècle, il désigne aussi parfois une subdivision du pagus (lui-même subdivision de la civitas de l’empire romain) : c’est ici sa signification, le Béarn étant alors divisé en une quinzaine de vics. En gascon, le latin vetulus, « ancien, vieux » a abouti à bilh, d’où le nom du Bigbilh en 1101. Le vic bilh est donc une « ancienne circonscription » du haut Moyen Âge, dont la graphie actuelle Vic Bilh ne semble pas antérieure à 1489.

Le Vic Bilh est composé de quatre cantons :

Lembeye portait déjà ce même nom au XIè siècle, d’origine obscure ;

Garlin  attesté Gasli vers 984,  Caslinus au XIè siècle et Garlii en 1385, peut-être du nom d’homme germanique Kaselin ;

Morlàas attesté Morlas en 1080 et Morlanis en 1100, peut-être du nom d’homme latin Maurellus et suffixe –anum, avec en gascon, après perte du n final, allongement de la voyelle précédente graphiée aa : Morlans > Morlas > Morlaas ;

Thèze : attesté Tese au XIIè siècle, du latin tensa, « terre défendue ».

Madiran : attesté de Madirano en 1300, du nom d’homme latin Materius et suffixe –anum.

Pacherenc de Vic Bilh : pacherenc vient du gascon paisherada, « échalassée » en parlant de la vigne.

 

Les indices

 ■ il fallait reconnaitre sur cette illustration Monsieur de Tréville (entre le Roi et le cardinal), né Jean-Armand du Peyrer à Oloron-Sainte-Marie en 1598.

 

 

 

 

 ■ ces vignes en échalas devaient faire penser au Pacherenc de Vic Bilh

 

 

 

 

 ■ cette vache rouge, déjà utilisée à plusieurs reprises sur ce blog, devait orienter les recherches vers le Béarn sur les armoiries et le drapeau duquel elle figure en double exemplaire.

Les indices du mardi 28 janvier 2026

Un Intrus et TRS ont déjà trouvé les réponses à mes dernières devinettes. Bravo à tous les deux !

Rappel des énoncés :

Il vous faudra trouver un fromage (de chèvre, oui) dont le nom associe un terme lié au chevreau au nom de la commune où il est produit.

Pour ceux qui l’ont étudié, le nom de ladite commune est « obscur » — même si sa terminaison peut faire penser à une origine latine.

On y produit également un fromage de brebis bénéficiant d’une A.O.C., beaucoup plus connu, qui porte le nom d’une forêt associé à celui d’une vallée.

Le nom du bureau centralisateur du canton est issu d’un terme désignant la ville dans la langue régionale associé à un hagionyme féminin.

 

 

 

Il vous faudra trouver un fromage (de chèvre, oui, encore) dont le nom associe un terme décrivant sa forme au nom de la région où il est produit.

Le nom de ladite région indique, dans la langue régionale, qu’il s’agit d’une création ancienne. On y produit également deux vins bénéficiant d’une A.O.C., l’un qui porte le nom d’une commune, un ancien domaine gallo-romain, et l’autre qui porte un nom rappelant la méthode de culture de la vigne associé au nom de ladite région.

Cette région regroupe quatre cantons portant chacun le nom de son bureau centralisateur. Deux de ces noms sont d’origine obscure, un troisième est issu de celui d’un homme germanique et le quatrième indique qu’il s’agissait d’une terre défendue.

 

Les indices du mardi

■ Les deux lieux de production de ces fromages sont distants d’une cinquantaine de kilomètres.

 

Réponses attendues chez leveto@sfr.fr

Des chèvres sur un plateau

Le plateau dont il est question dans le titre de cet article est un plateau de fromages. Grand amateur de fromages de chèvre, je me suis intéressé au nom de quelques uns d’entre eux, dont une grande partie sont dus à des toponymes.

Accrochez-vous ! Il y en a beaucoup (mais je ne  les ai pas encore tous goûtés !) classés par ordre alphabétique .. et ce n’est qu’un petit échantillon de ce que la France produit comme fromages de chèvre !

Banon

Produit dans les Alpes-de-Haute-Provence, autour de la commune de Banon, ce fromage de chèvre est affiné dans des feuilles de châtaigner.

J’écrivais naguère, à propos de l’occitan bane, « corne » : « On peut rajouter à cette liste la commune de Banon [A.-de-H.-P., castrum Bannoni au XIè siècle – avec suffixe augmentatif –on(e)] dont le nom reflète sa situation d’ancien village perché, au pied de la montagne de Lure (DENLF*, TP*) »

Bane

Brousse de Rove

Emprunté à l’occitan broussa, « lait caillé »,  « brousse » est le nom donné à un certain type de fromage de chèvre (ou de brebis). La Brousse du Rove (AOC récente de 2018) est produite au Rove (B.-du-R.). Attesté Roveretum au IIè siècle, ce nom est issu du latin robor/robur, désignant le chêne rouvre, accompagné du suffixe collectif –etum qui est tombé par la suite. Phonétiquement, le u inaccentué de robur passe à e et condamne le r final à la chute tandis que le b entre voyelles passe normalement à v : robu(r) > robe > rove.

Brocciu

Brocciu est tout simplement la forme corse de « brousse » vue ci-dessus.

Cabrioulet

Il s’agit, on l’aura compris, d’un nom purement commercial, diminutif de cabriou, nom pyrénéen du chevreau. Le Cabrioulet est fabriqué en Ariège, près de Foix.

Cabecou et Chabichou

Le nom du Cabecou est une altération du mot occitan (limousin) cabrecou « jeune chevreau ; petit fromage de chèvre en Auvergne » (TDF*)

Le nom du Chabichou est une altération du mot occitan (auvergnat) chabrilhou de même sens.

Chambrille (Tomme de)

Ce fromage de chèvre poitevin est originaire de La Mothe-Saint-Héray (D.-S.) où coule le ruisseau de Chambrille qui tiendrait son nom des micaschistes scintillants qu’il charrie, d’où un « champ brille », hypothèse à prendre avec des pincettes à laquelle on préfèrera celle d’un dérivé diminutif de champ ou, mieux, de l’ancien français chambril, « treillage ». Les curieux pourront lire la légende de la Dame de Chambrille.

Charolais

J’écrivais naguère, à propose de Charolles (Saône-et-Loire) : « on écrivait Kadrela vico en 924 puis Carrellae en 1098. Il faut y voir un nom formé sur le latin quadrus, « carré », accompagné du suffixe diminutif –ella.  On connaît des Carrelles  en Bourgogne qui désignent de petits champs : ce pourrait être une des origines  du nom de la ville. D’ autres hypothèses font état d’un quadrum, « carré », au sens de motte castrale  ou encore d’une possible ancienne*Quadrella ( villa), « (ferme) carrée ». L’hypothèse basée sur un dérivé de l’ancien français char , si elle est compatible avec le Carellae de 1098, l’est moins avec le Kadrela de 924. Quant à l’évolution phonétique du suffixe –ella en -ole, elle est habituelle en Bourgogne où le nom de la ville est prononcé tsarole, en dialecte bourguignon. »

Oh! Les vaches!

Chavignol (crottin de)

Chavignol est un lieu-dit de Sancerre (Cher), attesté Chaveneium  en 1131 et Cavinniolum en 1134. Il s’agit d’un diminutif en –ol du nom de Chevigny, lieu-dit de la commune voisine de Groises, lequel est attesté Chaveneium en 1129, du nom d’homme latin Cavinnius et suffixe –acum.

Chavroux (Pyramide de)

Ce nom est une création purement commerciale (1985) avec un nom censé rappeler la chèvre.

Cher (Trèfle du)

Le nom de la rivière est attesté Cares torrens en 575-94, dans lequel on reconnait le pré-indo-européen *kar, « dur ; pierre ». Le nom est d’abord féminin, comme de nombreux hydronymes, ce que confirme la forme Chera en 1062. Cependant, à partir du IXè siècle apparait une forme masculine, comme Carus en 844, qui persistera jusqu’à nos jours. Le nom actuel, Cher, n’est pas attesté avant 1552.

Chevrotin

Fabriqué en Savoie et Haute-Savoie, le nom de ce fromage signifie localement « petit fromage de chèvre », tout simplement.

Condrieu (Rigotte de)

Condrieu (Rhone) est attesté Condriacus au Xè siècle et de Condriaco en 1251, du nom d’homme gaulois Conrius  [de conriyos, « libre, libéré (avec d’autres)] et suffixe –aco.

Le nom de « rigotte » est issu de l’italien ricotta « fromage fabriqué à partir du petit-lait soumis à ébullition »

Levroux (Pyramide de)

J’écrivais naguère : « Le latin lepus, leporis, « lièvre », est peut-être à l’origine du nom de Levroux (Indre) – attesté vicus Leprosus au VIè siècle, qui pourrait être un « village lépreux » mais le passage de pr à vr fait difficulté, d’où l’hypothèse d’un lepor(em)osum ».

La garenne, le lièvre et le lapin

Mâconnais (Le)

Le nom de Mâcon était expliqué dans une répàladev : « attesté Matisco chez César au Ier siècle av. J.-C., puis Matascone au VIè siècle et enfin civitas Masconis en 887. Plusieurs hypothèses ont été formulées : le ligure *mat, « montagne, forêt » (DENLF*) ; le gaulois *matu, « ours » (TGF*) ; le celtique apparenté au breton mad, « bon, excellent » (DNL*). Le site de la ville a amené P.-H. Billy (DNLF*) à proposer une dernière hypothèse  qui s’appuie sur la racine pré-indo-européenne *madito, « humide », qui a donné les latins mattus et matus, « humecté, humide, mou ». À ce radical a été adjoint un double suffixe ligure –iscone remplacé au VIè siècle par un autre suffixe –asco toujours ligure, même si des formes en –iscone subsistent jusqu’au Xè siècle.

Nuzeret (répàladev)

Mothais sur feuille

Ce fromage du Poitou doit son nom à La Mothe-Saint-Héray (D.-S.), où on fabrique également le Chambrille vu plus haut. Le nom de la commune est attesté Mota en 1041, de l’oïl motte, « levée de terre, tertre isolé, emplacement élevé où l’on a bâti un château », écrit avec th hellénisant. Saint Héray est une altération du nom d’Arède d’Attane, abbé du VIè siècle en Limousin, plus connu sous le nom de saint Yrieix.

Pelardon

Ce petit fromage de chèvre des Cévennes était appelé peraldou par l’abbé Boissier de Sauvages en 1756, qui précisera en 1785 que ce nom lui vient de l’occitan pebre, « poivre » en raison de son goût légèrement piquant. F. Mistral (TDF*) mentionne  les formes peraudou et peraldou auxquelles il ajoute les formes ayant subi la métathèse pelardou, pelaudoun, pelaudou ou bien encore pelalhou.

Pelussin (rigotte de)

Pelussin est une commune de la Loire, qui était parrochia Pulicinis en 1050 et Pelucius en 1225, peut-être du nom de la divinité latine Pollux, Pollucis et suffixe –inum (DENLF*) ou , beaucoup moins vraisemblablement, du latin pullicenus, « poussin », utilisé comme nom de personne passé nom de lieu (TGF*). On peut également penser au pelossier, nom local du prunellier (NLLR*).

Pour la rigotte, voir à Condrieu.

Picodon

Cet autre petit fromage de chèvre des Cévennes, plus particulièrement ardéchoises, doit , comme le pélardon, son nom, picaudou en occitan, à son goût piquant.

Pouligny-Saint-Pierre (Pyramide)

Ce fromage doit son nom à la commune de Pouligny-Saint-Pierre (Indre), qui était de Poligniaco en 1174, Polignec au XIIIè siècle et Poligniacus en 1351, du nom d’homme latin Pollenius et suffixe –acum.

Rocamadour

Le nom de Rocamadour (Lot)  vient de roc et du nom de saint Amator, comme je l’écrivais dans ce billet :

Du sang ! Du sang ! Du sang !

Saint-Chabret

Ce fromage est fabriqué dans la Creuse, à Gouzon. On ne trouve nulle part un  toponyme Saint-Chabret. En revanche, il existe plusieurs lieux-dits Chabret, principalement en Auvergne-Rhône-Alpes, qui peuvent désigner des endroits où on élève des chèvres ou bien correspondre à un nom de famille (surnom d’éleveur de chèvre ou sobriquet de quelqu’un vif comme un chevreau).  Il existe en revanche une commune Saint-Chabrais dans la Creuse, qui était Sanctus Caprasius vers 1315, du nom de Caprasius, saint Caprais d’Agen, premier évêque de la ville, martyrisé sous Dioclétien en 303. Le nom du fromage a été sans doute été inspiré par celui de la ville associé au nom de la chèvre…

Saint-Loup (bûche)

Ce fromage de chèvre du Poitou est fabriqué à Saint-Loup-Lamairé (D.-S.), attesté S. Lupi en 1095, du nom de Lupus,  saint Loup. Lamairé était de Lamariaco vers 1092, du nom d’homme germanique Lathomar et suffixe –iacum.

Sainte-Maure-de-Touraine

Ce fromage est fabriqué dans la commune  de Sainte-Maure-de-Touraine qui était Arciacum au VIè siècle, du nom d’homme gaulois Artius et suffixe -acum avant d’être appelée castrum S. Maurae au XIè siècle, du nom de Maura, sainte légendaire de Touraine au VIè siècle.

Selles-sur-Cher

Le nom de Selles-sur-Cher (L.-et-C.), attesté Celam en 1200, vient du latin cella, comme je l’écrivais ici :

Monastère – Chapitre V

Valençay (pyramide de)

Valençay (Indre) était de Valentiaco en 1144, du nom d’homme latin Valentius et suffixe –acum.

Qui ne connait pas l’histoire de ce fromage, en forme de pyramide tronquée (sur ordre de Talleyrand ou par l’empereur lui-même) pour ne pas rappeler la défaite de Napoléon en Égypte ?

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Les devinettes

 

Il vous faudra trouver un fromage (de chèvre, oui) dont le nom associe un terme lié au chevreau au nom de la commune où il est produit.

Pour ceux qui l’ont étudié, le nom de ladite commune est « obscur » — même si sa terminaison peut faire penser à une origine latine.

On y produit également un fromage de brebis bénéficiant d’une A.O.C., beaucoup plus connu, qui porte le nom d’une forêt associé à celui d’une vallée.

Le nom du bureau centralisateur du canton est issu d’un terme désignant la ville dans la langue régionale associé à un hagionyme féminin.

 

 

 

Il vous faudra trouver un fromage (de chèvre, oui, encore) dont le nom associe un terme décrivant sa forme au nom de la région où il est produit.

Le nom de ladite région indique, dans la langue régionale, qu’il s’agit d’une création ancienne. On y produit également deux vins bénéficiant d’une A.O.C., l’un qui porte le nom d’une commune, un ancien domaine gallo-romain, et l’autre qui porte un nom rappelant la méthode de culture de la vigne associé au nom de ladite région.

Cette région regroupe quatre cantons portant chacun le nom de son bureau centralisateur. Deux de ces noms sont d’origine obscure, un troisième est issu de celui d’un homme germanique et le quatrième indique qu’il s’agissait d’une terre défendue.

 

 

Réponses attendues chez leveto@sfr.fr

 

 

 

Bélême à Hédé-Bazouges (I.-et-V.) : la répàladev II

Un Intrus, TRS et LGF ont résolu ma devinette du mardi 20 janvier 2026. Bravo à tous les trois !

Il fallait trouver Bélême, un lieu-dit d’Hédé-Bazouges dans le canton de Mélesse de l’arrondissement de Saint-Malo, en Ille-et-Vilaine.

Hédé-Bazouges, c’est là :

et Belème, ici :

Bélême : on reconnait dans ce nom le même dérivé de Belisama que pour Bellème (Orne) ou Les Bellesmes (lieu-dit de Chalifert, S.-et-M.) vus dans le billet. L’orthographe de ce nom est pour le moins fluctuante : Beleme sur le site de la mairie, Belême pour la carte d’état-major (1820-66) et le cadastre napoléonien de 1835, Belème pour l’IGN 1950, Bélême pour l’IGN actuelle …

Hédé-Bazouges : résultat de la fusion en 2011 de Hédé et Bazouges-sous-Hédé

Hédé : « La forme castellum Hatduei attestée en 1085 porte le nom du constructeur du château, nom connu aussi sous les formes Atoeu ou Atoui. On peut aussi penser à un nom d’homme d’origine germanique Heddo accompagné du suffixe latin –iacum », comme je l’ai écrit sur la page wiki de la ville. Les autres étymologies proposées sur la même page sont à prendre avec précaution.

Bazouges : comme je l’ai écrit dans un billet consacré aux dérivés du latin basilica, Bazouges en est un des résultats attestés dans l’Ouest et le Sud-Ouest. Chez les Romains, basilica servira d’abord à désigner « des bâtiments à colonnades, souvent rectangulaires et terminés en hémicycle, qui servaient de tribunal, de bourse de commerce, de halle, de marché couvert, etc. La basilique devint l’établissement qui complétait le forum et qui, bientôt, en absorba les fonctions : s’y déroulèrent alors les affaires publiques, juridiques, financières, etc. ».

Mélesse :  attesté sous les formes Mellece en 1185, Melecia en 1238, Melescia en 1280, et « ecclesia de Meletia en 1300, du nom d’homme gaulois Melito, Melitius, suffixé au féminin (sous entendu terra ou villa) », comme je l’ai écrit sur la page wiki de la ville.

Saint-Malo : la ville était nommée Macloviensem en 1162, du nom de Maclovius, c’est-à-dire saint Maclou ou Malo, évêque d’Aleth au VIè siècle.

Cette bédé devait orienter les recherches vers Saint-Malo, la ville des corsaires.