Le plomb

Un de mes lecteurs, qui signe échogradient73, m’interrogeait récemment à propos du lieu-dit Pomblière de Saint-Marcel en Savoie. Je lui répondais alors : « A. Gros (Dictionnaire étymologique des noms de lieux de la Savoie, 1935)  déplore que  » depuis quelques années, on s’est mis à écrire Pomblières, graphie contraire à l’étymologie « , puisque le hameau s’appelait bien Plombière à l’origine. On trouve en effet écrit La Plombière sur la carte d’état-major (1820-66) ». Et j’ajoutais qu’ « il y a d’autres Plombières en C.-d’Or, H-L. et Vosges qui, tous, semblent attester d’anciennes mines ou fonderies de plomb ». J’ai eu envie de creuser (ahah) le sujet.

Plombière(s)

Deux communes portent le nom de Plombières, l’une en Côte-d’Or, l’autre dans les Vosges.

Plombières-lès-Dijon (C.-d’Or) est attestée Plumberiae en 584 et Plombières dès 1276. L’étymologie « évidente » selon le latin plumbus, « plomb » et suffixe –aria, d’où « mines de plomb », adoptée par Dauzat & Rostaing (DENLF*) et E. Nègre (TGF*) est mise en doute par G. Taverdet (NLBo*) qui constate l’absence de minerai de plomb dans le sous-sol de la région et qui émet l’hypothèse d’un palumbaria, « pigeonnier ». Mais pourquoi ne pourrait-on pas imaginer pour plombière le sens de « plomberie, atelier où on travaille le plomb » comme une verrière pouvait désigner une verrerie ?

Plombières-les-Bains (Vosges) est attesté Plommières en 1289 et Plombières en 1439. L’histoire de la ville nous montre qu’elle était connue dès l’Antiquité pour ses eaux ferrugineuses, d’où sans doute son nom issu du pluriel du latin aqua plumbaria, « eau contenant du plomb ». Le déterminant -les-Bains, rencontré dès 1602, ne sera officialisé qu’en 1891.

Une quarantaine de lieux-dits portent un nom identique, faisant pour la plupart référence à une mine de plomb. C’est par exemple le cas du quartier Plombières de Marseille (B.-du-R.) qui est attesté in Plomberas en 1040, du lieu-dit Plombières à Saugues (H.-L.) qui était Plumbeyras en 1279 et de Plombières à Uchaud (Gard) qui portait déjà ce nom en 1548. Beaucoup plus rare, le singulier se retrouve néanmoins avec La Plombière à Genilac (Loire) et avec Plombière à Châtenay (Is.). Et on n’oubliera pas le Pomblière savoyard vu en introduction.

On pourra s’étonner du peu d’occurrences des plombières dans nos toponymes. Cela est sans doute dû au fait que ces mines contenaient surtout du plomb argentifère et étaient exploitées avant tout pour le métal précieux et donc plutôt nommées (l’)argentière (plus de cent cinquante occurrences …).

D’autres suffixes ont servi à former des toponymes à partir de plomb, mais ils sont beaucoup plus rares. Curieusement, la forme « plomberie » n’apparait que dans le nom très récent de La Plomberie à Feux (Cher). On rappellera cependant l’ancien fief dit La Plomberie à Chaunay (E.-et-L.), déjà mentionné en 1207, qui tenait son nom d’un certain Raoul le Plombier. La forme plombard (un lieu riche en minerai de plomb ou un patronyme désignant un plombier) se retrouve par exemple avec Plombard, lieu-dit à Condeissiat (Ain),  mentionné comme nom d’un étang sur la carte de Cassini (feuille 117, Bourg-en-Bresse, 1764) et dans la Topographie historique du département de l’Ain (Marie-Claude Guigue, 1873) ; Plombard, une montagne culminant à 917 m à Saint-Férréol-Trente-Pas (Dr.) ; Plombard, un lieu-dit de Saint-Hilaire-les-Places (H.-Vienne) déjà présent sur la carte d’état-major (1820-66) ; Champ Plombard, un vaste coteau à Laval-d’Aix (Dr.), etc.

Plomb – le minerai

En tant que minerai d’exploitation minière, le terme « plomb » n’a été que rarement employé comme toponyme. C’est par exemple le cas de la Carrière Plomb (Goudelancourt-lès-Pierrepont, Aisne), de la Mine à Plomb (Crossac, L.-A.) et des Mines de Plomb (Sainte-Marie-aux-Mines, H.-R.). D’autres noms sont plus difficiles à interpréter, tant le terme « plomb » peut avoir de sens différents selon son origine comme nous le verrons.

On peut néanmoins attribuer avec certitude au minerai de plomb des toponymes comme la Grotte de Plomb (Tenay, Ain) qui doit son nom à la couleur plombée de ses parois ; le sommet de la Roche Plombée (Bouvante, Drôme) qui doit son nom à un rocher servant de borne marqué d’un X au centre duquel se trouve un vieux boulon scellé au plomb (J.-P. Maschio, Histoires de bornes..., 2006 – page 42, bien sûr) ; les Champs Plombés de Saint-Clément-sur-Guye (S.-et-L.) qui « font penser à une ancienne exploitation de minerai de plomb, à ciel ouvert comme il se doit » (J.-P. Valabrègue, La mémoire des lieux-dits, vol. I, 1995) ; l’Étang du Plomb à Alloue (Char.) et le Ruisseau du Plomb à Sciez (H.-Sav.) qui doivent probablement leur nom à l’eau ferrugineuse qui leur donne une couleur particulière ; la Croix du Plomb, à Voulon, Vienne, qui doit son nom à La Croix de Plomb, une ferme ainsi appelée dans le Dictionnaire topographique de la Vienne (Louis Redet, 1881) située à un carrefour marqué d’une telle croix.

Plommaz, un hameau de Faucigny (H.-Sav.), devrait son nom à plommas, « morceau de plomb », de plumbum avec assimilation de mb en mm (cf. le nom de Plommières en 1289 pour Plomblières-les-Bains des Vosges).

Plomb a pu également être utilisé comme patronyme et se retrouve ainsi dans des noms de lieux comme Plomb et le Bois de Plomb à Baron (S-et-L.) ; Plomb à Argis (Ain) qui était le fief de Hugo de Plombis en 1196, à rapprocher de l’ancien fief de Plomb encore mentionné en 1707 à Livry (Calv.) ; le Mas Plomb à Saint-Éloi (id.) ; la ferme Le Plomb à Châteauneuf-de-Galaure (Gard) etc. On rajoutera la plaisante Fosse du Cul de Plomb à Saint-Martin-la-Campagne (Eure), avec le sobriquet du propriétaire, qui voisine la Fosse Benoit, la Fosse Hermier, la Fosse Frémont et d’autres.

Toujours parmi les patronymes, on trouve Plombat qui a dû désigner « celui qui marquait d’un sceau de plomb une étoffe » (M.-T. Morlet, Dictionnaire étymologique des noms de famille, 1997), d’où le Bois de Plombat à Saint-Geniez-d’Olt (Av.). La chapelle Saint Pierre des Plombat, à La Cresse (Av.) fut fondée par Pierre Plombat, curé de Saint Martin de Pinet, et ses ayants-droits (testament du 15 juin 1509). Enfin, c’est le patronyme Plombis (cf. Hugo de Plombis vu plus haut) qui est à l’origine du nom du château de Plombis à Castelsagrat (T.-et-G.).

Plomb du Cantal et les autres

C’est en 1268 qu’apparait l’appellation Pom de Cantal pour désigner le point culminant du massif du Cantal (1855 m). On trouve ensuite le nom Pont de Cantal sous la plume de Guilhem Anelier dans son Histoire de la Guerre de Navarre, après 1277 donc, puis le nom Pomo vocato de Cantal en 1282. C’est en 1651 qu’apparait la forme Plomb de Cantal et en 1706, la forme Plomb du Cantal encore en usage aujourd’hui. La très grande majorité des spécialistes (le premier semblant être Antoine Thomas suivi par Ch. Rostaing, E. Nègre, P.-H. Billy, B. et J.-J. Fénié etc.),  voient dans le premier nom du mont l’appellatif ancien occitan pom, « pommeau (d’épée) », issu du latin pommus, « pomme », employé dans un sens métaphorique pour décrire la pointe dont le sommet est fortement émoussé.

Les moutons dans les estives au sommet du Plomb du Cantal

L’appellation Pont de Cantal est sans nul doute une erreur de copiste tandis que la forme Plomb de Cantal serait issue d’une attraction paronymique du français « plomb ».

Ce nom de « plomb » semble alors être passé dans le langage courant pour désigner un relief au sommet plus ou moins plat, comme c’est le cas pour le Plomb de Joux (Châteauneuf, Loire) qui était Plan de Joux sur la carte de Cassini (feuille 87, Lyon, 1761) et vraisemblablement pour le Plomb à Brié-et-Argonnes (Is.) qui est une appellation récente (absente des cartes avant celle de l’IGN actuelle) d’une butte à sommet plat.

Cependant, nombre de hauteurs et de hameaux sur des replats ou des plateaux sont également appelés plomb : le Plomb à Verdille (Char.), à Tarentaise (Loire), à Vérin (id. – même nom déjà chez Cassini – feuille 88, Saint-Marcellin, 1767) sont de modestes hauteurs plates ; le Mont Plomb à Lentilly (Rh.) est lui aussi une hauteur arrondie (384 m) dans les Monts du Lyonnais etc. Roger Brunet (TT*), constatant que, dans la plupart des cas, il s’agit de sommets plats ou de replats, fait le parallèle avec d’autres reliefs similaires qui sont nommés plot, comme le Plot du Lac et le Plot des Ayres à Cubière (Loz.), le Plot de l’Aygue à Bleymard (id.), le Mont Plo à Pelouse (id.), le Plo d’Arques et le Plo de Bayle à Caunes-Minervois … dans lesquels il voit un terme descriptif de relief à sommet plat, issu de l’occitan et franco provençal plot, « billot », là où il est sans doute plus pertinent de voir une variante de l’occitan plan, « plateau ; plaine » avec fermeture du a en ò devant le n final, comme l’explique Paul Fabre (NLCev*) à propos de Plo (Courry, Mars et Saint-Jean-du-Gard, Gard ; Saint-Jean-du-Bruel, Av.), du Plot (Malarce-sur-la-Thines, Ardc. – simplement le Plo au XVIIIè siècle), des Plots (Gravières, Ardc. – Les Plos au XVIIIè siècle) etc. F. Mistral donne effectivement plo dans le Limousin et le Vivarais et plon en Dauphiné comme des variantes de plan et le Pégorier (GTD*) définit plot comme un « endroit plat » en occitan.

Personne ne semble en outre avoir relevé que le Puech de Chantal à Saint-Martin-Cantalès (Cant.) était décrit comme une « montagne à vacherie » dans le Dictionnaire topographique du Cantal (Émile Amé, 1897) qui en donne le nom Plon du Chantal en 1636. Le même dictionnaire signale également Le Plo, « montagne à burons », aujourd’hui écrit Le Plô, sur la commune de La Trinitat.

Je signale en outre le lieu-dit Mauplom à Clairac (L.-et-G.) qui était Mauplon sur la carte d’état-major (1820-66), soit un « mauvais plateau », dont la graphie semble avoir été attirée par le plomb sans aller jusqu’au bout.

De là à penser que tous les Plombs désignant des hauteurs à sommet arrondi ou aplati soient d’anciens plos ou plons qui auraient subi l’attraction paronymique du français « plomb » … Et que donc le Plomb du Cantal ne serait qu’un ancien Plon qui aurait subi l’attraction paronymique d’abord de pom puis de plomb

Reste le mystère du nom d’une ancienne commune de la Manche qui s’appelait Plomb, intégrée depuis 2016 dans la nouvelle commune dite Le Parc. Dauzat & Rostaing, qui ne disposaient pas de formes anciennes du nom, émettaient en 1963 (DENLF*) l’hypothèse du latin plumbum, « plomb », employé absolument pour désigner une mine de plomb. Les formes anciennes mises au jour depuis, à savoir de Plumbo en 1162, Plun vers 1223 et de nouveau Plumbo en 1259 font rejeter cette hypothèse par F. de Beaurepaire (Les noms des communes et anciennes paroisses de la Manche, 1986) qui pense que ces différentes formes sont des « fantaisies graphiques influencées par le mot « plomb » » mais qui ne propose rien à la place. Je trouve dans les Annales de Normandie de 1979 (vol. 29 à 30, page 235) la forme Plom datée de 1060-66, soit bien avant la première attestation connue en 1121-34 de plum pour le « plomb ». Aucun des autres auteurs dont je dispose des ouvrages ne semble s’être intéressé à ce toponyme. Je constate pour ma part que la carte de Cassini (feuille 95, Avranches, 1768) montre une Rivière Plomb qui traverse la ville de Plomb, mais je n’ai pas pu établir laquelle donne son nom à l’autre …

PS de dernière minute qui explique la publication tardive de ce billet.

J’aurais bien aimé vous proposer une devinette à propos d’un lieu-dit Bleigrub (de l’allemand blei, « plomb » et grube, « fosse ; mine ») à Sainte-Marie-aux-Mines (H.-Rhin) la bien nommée. Ce lieu-dit est mentionné dans le Dictionnaire topographique du Haut-Rhin (G. Stoffel, 1868)

mais il n’existe plus aujourd’hui, remplacé par un anodin Mine de plomb

Je me suis alors dit que j’allais vous faire chercher un lieu-dit de Saint-Martin-d’Uriage (Is.) nommé Beauplomb sur la carte IGN comme sur la carte d’état-major (1820-66)…. Hélas ! Si j’en crois le fichier FANTOIR, ce lieu-dit n’existe plus aujourd’hui mais on trouve un Beauplan qui pourrait être une corruption du nom d’origine et qui montrerait la facilité avec laquelle on passe de plon/plomb à plan

Et que dire de ce Villeplomb à Parcé-sur-Sarthe (Sarthe), écrit Vilplomb dans le Dictionnaire topographique de la Sarthe (Eugène Vallée et Robert Latouche, 1950), dont je n’ai pas pu trouver l’étymologie – peut-être un vil plan, « mauvais terrain plat » ?

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

La devinette

Ben oui, il y en a une quand même …

À vous de trouver un toponyme de France métropolitaine composé d’un terme générique d’un type de relief accompagné d’un nom lié au mot du jour. Ce toponyme se retrouve dans le nom d’une rue de la commune où il se situe.

Le nom de cette dernière est un hagiotoponyme complété par la qualité de ses eaux.

Elle est située dans un pays qui doit son nom à la rivière qui le baigne, laquelle était remarquable par son lit pierreux si on en croit son nom.

Cette rivière servait de limite entre le territoire de deux peuples gaulois, les uns venus d’ailleurs et les autres, de courageux guerriers.

Un indice pour la grande ville la plus proche :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Fontaudin (Artigues-près-Bordeaux, Gir.) et Ametzlépo (Aldudes, P.-A.) : les répauxdev

 Personne n’a rejoint Un Intrus sur le podium des « solutionneurs » de ma dernière devinette. Bravo à lui tout seul, donc !

Il fallait trouver le lieu-dit Fontaudin, à Artigues-près-Bordeaux dans le canton de Lormont, en Gironde et Ametzlépo, un col à 688 m aux Aldudes, dans le canton de la Montagne Basque (bureau centralisateur Mauléon-Licharre) dans les Pyrénées-Atlantiques.

La toponymie

Fontaudin : on n’a aucun mal à décomposer ce mot en fon(t), « source », et taudin, variante bordelaise du nom du chêne tauzin.

Artigues-près-Bordeaux ( Las Artigas en 1160) était citée dans un article concernant l’artigue, un défrichement «  non seulement par le feu mais aussi par simple abattage des bois, généralement sur une pente pour l’affecter à la pâture ou la culture. Le mot équivaut donc d’une certaine manière à l’essart de la France septentrionale ».

Lormont : cette commune, qui doit son nom au latin laurus, « laurier » et mons « mont » était citée dans un article consacré au … laurier.

Ametzlépo : étymologie sans problème (pour qui connait un peu le basque), de ametz, « chêne tauzin » et lepo, « col ». L’orthographe Ametzlépo est l’orthographe « officielle » depuis 2004, mais on avait vu apparaitre en 1840 l’orthographe Amezlepho, reprise en 2005 et encore présente sur la carte IGN actuelle

Aldudes : dans un article consacré au bide basque j’écrivais que ce « nom d’une commune et d’une montagne, est un composé de aldu, « hauteur, mont » et bide, « chemin », comme le laisse voir la forme Alduide attestée en 1193 dérivée de*aldu(b)ide (le pluriel, tardif, date de l’accord au pluriel en langue romane avec l’expression les monts) ».

Mauléon-Licharre : ce canton avait été exploré lors d’une répàladev concernant Pellusegagne à Larrau (P.-A.) :

♦ Mauléon : attesté Mauleon en 1150, Malleon en 1276 et Malus Leo en 1277, allusion à des « mauvais » ou « méchants » lions destinés à inspirer la terreur à d’éventuels assaillants. Il s’agissait à l’origine du nom de la forteresse créée ou plutôt restaurée au début du XIIe siècle sous ce nom typiquement féodal.

♦ Licharre : attesté Lecharre en 1327, Lexarre en 1337, Lesarre en 1338, lo noguer de Licharre en 1385, sent Johan de Lixare en 1470 et Lixarre en 1490. Pour plusieurs raisons (passage de les– des formes anciennes au lix– des formes modernes, contradiction entre le –ch– de la forme moderne et le –xt– du nom basque Lextarre etc.) ce nom est d’interprétation difficile. On pense généralement à un composé de lats, « cours d’eau », et de -aurr, « devant, situé au-devant » (avec réduction de la diphtongue aur à ar), suivi de l’article défini –a (passé à –e en voyelle finale atone). Le nom signifierait simplement que Licharre est « le devant du cours d’eau », c’est-à-dire du Saison. (J.-B. Orpustan, Nouvelle toponymie basque, 2010).

Les indices

 ■ le col de la Source (dans la Sarthe) : le col pour Ametzlepo et la source pour Fontaudin, bien sûr …

■ le buste de Brigitte Bardot en Marianne a été sculpté en 1968 par Aslan, pseudonyme d’Alain Aslan Gourdon qui est né à Lormont le 23 mai 1930 selon la page wiki de la commune (ou qui n’aurait fait qu’y habiter enfant selon la page wiki qui lui est consacrée, constatè-je tardivement).

■ « pour éviter que ma devinette concernant C2 ne fasse un bide, je vous donne cet indice. Voilà. »  L’indice était le mot « bide », qui participe à l’étymologie des Aldudes.

Les indices du mardi 22 juillet 2025

Félicitations à Un Intrus qui m’a déjà donné les deux bonnes réponses à mes dernières devinettes !

Les énoncés en étaient les suivants :

N’ayant pas pu me décider à choisir entre eux, il vous faudra trouver deux noms de lieux liés aux mots du jour [les noms du chêne tauzin].

Le toponyme T1 est un nom composé faisant appel à un cours d’eau.

La commune C1 qui l’abrite a été citée sur ce blog à propos des défrichements qui lui ont donné son nom, lequel est accompagné de celui de la grande ville la plus proche.

Le bureau centralisateur BC1 a été expliqué sur ce blog à propos d’un végétal aux vertus gastronomiques et médicinales.

Le toponyme T2 est un nom composé faisant appel à un relief.

La commune C2 qui l’abrite a été citée sur ce blog à propos d’une voie qui lui a donné son nom.

Le nom du bureau centralisateur BC2 a été lui aussi expliqué sur ce blog. Il est formé de celui de deux communes réunies, l’une d’elles ayant un nom censé tenir les éventuels assaillants à distance. Cette dernière a été également citée sur ce blog à propos du pays dont elle était la ville principale et qui doit son nom à son couvert forestier.

L’ensemble des communes ci-dessus ayant été déjà citées sur ce blog et, pour certaines d’entre elles lors de devinettes, il m’est difficile de trouver des indices qui n’auraient pas été déjà utilisés …

Alors, peut-être cette photo pourra-t-elle vous aider, pour les deux toponymes à trouver :

Les indices

■ pour BC1 :

■ et pour éviter que ma devinette concernant C2 ne fasse un bide, je vous donne cet indice.

Réponses attendues chez leveto@sfr.fr

Le chêne tauzin

  Il y a près de trois lustres j’écrivais un billet consacré au chêne et à ses différents noms ayant servi à former des toponymes (cassanos, quercus, dervo, tanno, blaco et robur). Il manquait à cette liste le chêne tauzin. Je répare aujourd’hui cet oubli.

Le chêne tauzin, Quercus pyrenaica, anciennement Quercus tauza, est présent dans le tiers sud-ouest de l’hexagone :  littoral du golfe de Gascogne, Nouvelle-Aquitaine, partie-occidentale de l’Occitanie, Anjou, Touraine, région de Nantes. On l’appelle plus simplement tauzin, tausin en occitan, ou chêne noir. Son abondance particulière dans les Pyrénées lui vaut son nom scientifique et son appellation de chêne des Pyrénées en anglais, allemand et italien tandis que les Espagnols le nomment melojo, du latin malum folium,  « mauvaise feuille », en référence aux feuilles flétries qui restent sur l’arbre tout l’hiver.

Répartition du chêne tauzin en France (les croix représentent des cas isolés)

L’origine du nom « tauzin » n’est pas assurée. Dès 1316 est attesté le nom tauzie donné au gland de cet arbre, dont le nom tauzin n’est attesté, lui, qu’au début du XVIè siècle. On pense généralement à une racine pré-indo-européenne *tauk accompagnée du même suffixe que le latin sappinus, « sapin ».

En toponymie, ce nom a évolué essentiellement sous deux formes différentes, tauzin et tauzia, chacune accompagnée de quelques variantes.

Tauzin

Le toponyme Tauzin est représenté à près de quarante exemplaires et le pluriel Tauzins à seulement huit, en gironde, dans le Gers, les Landes, le Lot-et-Garonne, les Pyrénées-Atlantiques et en Dordogne.  Ainsi le lieu-dit Tauzin de Dessous à Courties (Gers) était-il écrit « à l’occitane » Tausin de Bat (« d’en bas ») sur la carte de Cassini (Feuille 74, Auch, 1771 ) et Tausin-Debat sur la carte IGN de 1950 en parallèle avec le Tausin de Dessus devenu Tauzin de Dessus. À Pujols-sur-Ciron, en Gironde, le Tausin de la carte d’état-major (1820-66) et de la carte IGN de 1950 a pris le pluriel et est appelé aujourd’hui Les Tauzins.

Quand la prononciation occitane en – du –in terminal entre en jeu (comme pour Limousin / Limousy) on obtient le nom de Tauzy à Montignac-de-Lauzun (L.-et-G.), de Saint-Privat-en-Périgord (Dord.) et d’Abidos (P.-A.) et les pluriels Tauzis (Viella, Larroque-sur-l’Osse, Gers ; Lussagnet, Landes ; Astaffort, Sainte-Livrade-sur-Lot, L.-et-G. ; Ger, Houeydets, H.-P.) parfois écrit Tausis (Houeydets, H.-P.).

Un dérivé  augmentatif en –as se retrouve dans le Tausinat et le Petit Tausinat, écrits Tauzinas sur la carte IGN de Laffitte-sur-Lot (L-et-G.) et le Tauzinat à Saint-Hippolyte et Saint-Christophe-des-Barres (Gir.).

Un autre dérivé collectif apparait à La Tauzinade de Beaupouyet (Dord.) et des Salles-de-Castillon (Gir.). Un dérivé féminin à valeur collective a donné leur nom aux Tauzina de Minzac (Dord.), Blaziert (Gers), Blésignac (Gir.) et Birac-sur-Trec (L.-et-G.).

On notera que tauzin, en tant que nom de l’arbre caractéristique de la ferme berceau familial, a pu devenir un patronyme, ce qui peut expliquer par exemple Les Tauzins à Pierreclos en Saône-et-Loire, une propriété de la famille Tauzin.

Tauzia

Cette forme féminine à valeur collective tausina a pu être modifiée par la phonétique gasconne quand la chute du n devenu intervocalique l’a faite passer à tausia. Le Glossaire de Pégorier définit tausia par « lieu où il y a des chênes tauzins, bois, futaie » et précise : tausi, « chêne tauzin ».

On trouve ainsi plus de cinquante lieux-dits Tauzia mais pas plus de quatre Tauzias. À Fustérouau (Gers) le lieu-dit Tauzia était écrit Tozia  par Cassini (f. 74, Auch, 1771) mais déjà Tauzia sur la carte d’état-major (1820-66). Un lieu-dit Tauzia complète le nom de Maignaut-Tauzia, une commune du Gers. Le pluriel Tauzias apparait à quatre reprises dans les Pyrénées-Atlantiques (Aussevielle, Bournos, Denguin et Lalonguette).

Comme pour la forme précédente, on trouve là aussi des augmentatifs : Tauziat à Bazas (Gir.) était un simple Tauzin sur la carte d’état-major ; à Gradignan (Gir.) se trouve le Château de Tauziat, écrit Tauziac sur la carte d’état-major.

Le collectif en –et (tausinet donnant tausiet) est à l’origine d’une vingtaine de Tauziet (Landes, P.-A. etc.), Tauziets (Landes et Gir.) et d’un féminin Tauziette (Gajac et Gans, Gir.) écrit Tauziete à Nérac (L.-et-G.). On trouve également Le Tausiet à Villenave-près-Béarn  (H.-P.) et Tausiette à Birac (Gir.).

Le collectif en –ier (tausinier donnant tausier) se retrouve au féminin tausièro, que le Pégorier définit comme une « forêt de chênes noirs, en Gascogne », dans les noms de Tauziera (Labastide-d’Armagnac, Landes etc.), de Tauzière (Astis, P.-A. etc.), de Latauzière (Nomdieu et Saint-Vincent-de-la-Montjoie, L.-et-G. – avec agglutination de l’article) et des Tauzières (Bahus-Soubiran, Landes etc.). Signalons Les Tausières à Périgny (Char.) qui témoignent de la présence de cet arbre au nord de sa zone habituelle de répartition.  Enfin, le pluriel tausièrs est passé à tausiès d’où les noms de Tauziès et de Tauziès Haut à Gaillac (Tarn).

Le collectif en -ède se retrouve exclusivement dans les Landes avec le Grand et le Petit Tauziède à Retjons, le Bois de Tauziède à Peyrehorade et les Tauziède à Cagnotte, Maurrin et Montaut.

De la même façon que pour tauzin, le nom tauzia a pu devenir patronyme. Il en est de même pour Tauziet et Tauziès.

Le taudin bordelais

Dans le Trésor du Félibrige, F. Mistral  accompagne le nom tauzin d’une forme « limousine » tauzi et d’une forme « bordelaise » taudin. On a vu plus haut que la forme tauzi se retrouve bien au-delà du Limousin et notamment en Gascogne. Mais comment expliquer ce taudin avec passage du d au z alors qu’en occitan c’est généralement le phénomène inverse qui se produit (Azam pour Adam, Azéma pour Adhémar, etc. ) ? On pense que dans une zone assez réduite autour de Bordeaux, le –z– intervocalique, souvent graphié dz, se prononçait comme le –th– anglais et a fini par passer à –d-, comme pour cousino, « cuisine », qui devient coudino dans cette région. 

Les toponymes issus de ce taudin se retrouvent en Gironde avec Taudin (Bigaros), l’Abeilley de Taudin (Le Teich – abeilley = bordelais abelhèi « rucher »), Taudina (Bigaros, Carignan-de-Bordeaux, Saint-Estéphe), Taudinat (Listrac-Médoc) et Taudinet (Gaillon-en-Médoc). On trouve également un Moulin Taudin à Montcaret (Dord.). Ce dernier toponyme suggère que Taudin a pu lui aussi devenir patronyme mais on se méfiera d’une confusion possible avec son homonyme Taudin, diminutif de taud, « abri », qu’on trouve plus particulièrement en Normandie et en Pays de la Loire.

Le basque ametz

Le basque emploie le mot ametz pour nommer le chêne tauzin. Dans les Pyrénées-Atlantiques, on trouve ainsi des lieux-dits Ametztoi, francisé en Amestoy à Bardos, Briscous, Chéraute etc. et Amestoya (avec –a terminal, article défini) à Arcanques, Macaye, Itxassou etc. désignant un « lieu des chênes tauzins, bois de chênes tauzins ». On trouve également, dans le même département, les lieux-dits Ametzague (avec le suffixe basque –aga, « lieu de ») à Mouguerre et Saint-Jean-de-Luz, Amesteyabura (avec abur, « bout, sommet ») à Mauléon-Licharre, Ametzondo (avec ondo, « bon ») à Saint-Pierre-d’Irrube, Ametzlarré (avec larré, « friche, terre inculte ») à Beyrie-sur-Joyeuse et d’autres. Sous une forme composée  on notera le lieu-dit Amestoybehereborda (Mendionde, P.-A.), « la ferme (borda) en dessous (behere) du bois de chênes tauzins (amestoy) » ou encore Loucoucoamestia (Espelette, id.), avec le basque luku, du latin locus, « bois », désignant généralement la demeure ancestrale.

Les devinettes

N’ayant pas pu me décider à choisir entre eux, il vous faudra trouver deux noms de lieux liés aux mots du jour. 

Le toponyme T1 est un nom composé faisant appel à un cours d’eau.

La commune C1 qui l’abrite a été citée sur ce blog à propos des défrichements qui lui ont donné son nom, lequel est accompagné de celui de la grande ville la plus proche. 

Le bureau centralisateur BC1 a été expliqué sur ce blog à propos d’un végétal aux vertus gastronomiques et médicinales.

Le toponyme T2 est un nom composé faisant appel à un relief.

La commune C2 qui l’abrite a été citée sur ce blog à propos d’une voie qui lui a donné son nom.

Le nom du bureau centralisateur BC2 a été lui aussi expliqué sur ce blog. Il est formé de celui de deux communes réunies, l’une d’elles ayant un nom censé tenir les éventuels assaillants à distance. Cette dernière a été également citée sur ce blog à propos du pays dont elle était la ville principale et qui doit son nom à son couvert forestier.

L’ensemble des communes ci-dessus ayant été déjà citées sur ce blog et, pour certaines d’entre elles lors de devinettes, il m’est difficile de trouver des indices qui n’auraient pas été déjà utilisés … 

Alors, peut-être cette photo pourra-t-elle vous aider, pour les deux toponymes à trouver :

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Bécrel à Fitz-James (Oise) et à Saint-Martin-le-Gaillard (S.-M.) : la répàladev

un Intrus et LGF sont restés les seuls à me donner la réponse à ma dernière devinette. Bravo à tous les deux !

Il fallait trouver le toponyme Bécrel qui désigne un lieu-dit à Fitz-James, dans le canton de Clermont dans l’Oise et un autre à Saint-Martin-le-Gaillard, dans le canton d’Eu de l’arrondissement de Dieppe en Seine-Maritime.

Les toponymes

Bécrel : à Fitz-James, le lieu-dit est attesté Bekerel en 1201, la cauchie de Becquerel en 1356 (cauchie, du latin *calcetea, « chaussée ») et Becquerel en 1840. Il s’agit aujourd’hui de La Ferme de Becrel.

À Saint-Martin-le-Gaillard, on parlait du Moulin de Becquerel en 1419, du Moulin de Béquerel en 1505, d’un Moulin, fief de Becquerel en 1783 et de Bécrel en 1877. Le nom a été récemment muni d’un article : Le Bécrel, aussi écrit Le Becquerel.

On reconnait sans difficulté dans ce nom une variante par amuïssement de la deuxième syllabe du nom Bécquerel vu dans le billet. On note également que les appellations du Moulin de Bécquerel ou du fief de Becquerel orientent vers un patronyme plutôt que vers un nom donné à un moulin. La représentation de Bécrel comme une simple ferme à l’écart du moulin à eau (Pont de Pierre) sur la carte de Cassini ci-dessus (feuille 2, Beauvais, 1756) va dans le même sens.

Fitz-James : cette localité s’est d’abord appelée Garti en 1150, Vuarti en 1186, Warti en 1190, la cauchie de Wartie en 1263, Warty en 1303, Warty-Saint-Pierre en 1373, Ouartis en 1450 et Warty-les-Clermonts au XVIIIe siècle, d’après le nom d’homme germanique Warto et suffixe –acum. En 1710, lorsqu’elle a été érigée en duché-pairie pour Jacques de Berwick, fils naturel du roi Jacques II d’Angleterre, elle prit le nom de Fitz-James, littéralement « fils de Jacques ».

Clermont : à propos de Clermont-l’Hérault, j’écrivais ce paragraphe qui peut s’appliquer ici :

Si le sens du latin montem, « mont, colline », ne fait pas de difficulté, l’adjectif claro a donné lieu à plusieurs interprétations.  Frank R. Hamlin (TH*), reprenant les travaux de Gaston Combarnous (Annales du Midi, tome LXXII, n° 51, 1960), propose de voir dans claro monten une « hauteur orientée vers le soleil levant ». P.-H. Billy (DNLF*) , à propos de Clermont-Ferrand, propose de recourir à l’ancien français cler, « peu épais, peu serré (à propos d’une forêt) » et à son dérivé clere, « clairière » : la montagne ainsi désignée aurait donc été vide d’arbres. Dauzat & Rostaing (DENLF*) estimaient que clair est à prendre au sens de « bien dégagé, que l’on voit de loin ». E. Nègre (TGF*) donnait le choix entre « de couleur claire » ou « célèbre, illustre ». Plus judicieusement semble-t-il, J. Astor (DNFLM*), qui note le très grand nombre d’occurrences de cet adjectif clair pour qualifier des lieux fort différents (Clairefontaine, Clervaux ou Clerval, Clairlieu, Clairmarais, Clairvivre etc.), estime qu’il ne peut avoir qu’une valeur laudative, celle qu’il a dans les expressions médiévales vis clair, « beau visage », claires et nobles dames, et même dans Hauteclaire, nom de l’épée d’Olivier, compagnon de Roland, alte clere, « fière et belle ». On peut faire le parallèle avec l’adjectif bel qui a, lui aussi, donné de nombreux toponymes (Belmont, Beaumont, Beauval, Bellefon, Beaulieu …).

Pour le différencier de ses homonymes on parle parfois de Clermont de l’Oise (en référence au département et non à la rivière qui n’arrose pas la ville) ou de Clermont en Beauvaisis (en référence au pays de Beauvais dont il fait partie).

Beauvaisis : le nom de ce pays est attesté in Belloacinse en 657-90. C’est une formation du haut Moyen Âge sur l’ancien nom de la ville de Beauvais, Belloacus attesté en 673-75, muni du suffixe d’appartenance –ense. Le nom français Belvaisis, attesté en 1142, a subi l’attraction paronymique du picard vaisi, dénasalisation du français « voisin » (latin vicinus), d’où la forme Bella Vicino en 1120 et Belvaisins en 1142, qui expliquent le nom de Beauvoisins donné dès 1370 aux habitants. La forme Beauvaisis ne semble attestée qu’après 1562.

Beauvais : la ville s’est d’abord appelée Césaromagos (Ptolémée, milieu du IIè siècle), soit « le marché de César », où César est le nom qu’Octave, le futur empereur Auguste, et ses successeurs se sont donné au début de l’époque impériale. La ville a , comme tant d’autres aux IIIè-IVè siècles, reçu pour nouveau nom celui du peuple dont elle était le chef-lieu, en l’occurrence les Bellovaci, mentionnés par César au milieu du Ier siècle av. J.-C. La ville est ainsi attestée Bellovacorum civitas au Vè siècle mais c’est de l’ablatif pluriel Bellovacis qu’est directement issu le nom de Beauvais attesté en 1419. Selon l’étymologie la plus consensuelle le nom des Bellovaques signifierait « forts, puissants ».

Saint-Martin-le-Gaillard : attesté Sancto Martino en 1050, en hommage à saint Martin de Tours. En 1059, apparait le nom Sancto Martino Jaillardo, qui deviendra Ecclesie Sancti Martini le Gueslart vers 1240, Ecclesia Beate Marie de Sancto Martino le Gaillart en 1283,  Saint Martin le Gaillart en 1338 et enfin Saint Martin le Gaillard dès 1362.

Le déterminant est le patronyme Gaillard ou Jaillard, nom d’une famille déjà connue là au XIè siècle (François de Beaurepaire, Les noms des communes et anciennes paroisses de la Seine-Maritime, A. et J. Picard, 1979).

Eu : une des premières mentions connues du nom de la ville date de 925 sous la forme castrum Auga. Ce nom provient sans doute du germanique *ahwa, « eau ; cours d’eau ». Au cours du XIè siècle, le genre masculin a replacé le féminin : on trouve ainsi en 1040-50 les deux formes, Ouve et Ou. La forme actuelle, Eu, est attestée en 1055-66. Au XVIIè siècle, le cours d’eau a pris le nom de Bresle, laissant à la ville l’exclusivité du nom d’Eu. (DNLF*).

Eu : Place de l’Hôtel de ville où travaille le maire de

la ville.

Dieppe : la ville et son port sont situés là où l’Arques se jette dans la Manche, dans une échancrure large et profonde. Ce petit fleuve tient son nom du village appelé Arques (apud Arcas en 944) situé au confluent dudit fleuve et de la Béthune. C’est le cours inférieur de ladite Béthune qui est appelé, à partir de l’an mil, d’un nom saxon *deop, « profond », mis au féminin pour « eau profonde », d’où Deppe attesté en 1015-26. La ville elle-même est appelée Deopa dès 1142, nom dont la formation est explicitée par une attestation de 1030, apud portum ipsius Dieppae, « au port de la Dieppe » : on voit bien que la ville tient son de la rivière. (DNLF*).

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Les indices

 ■ Jacques Martin (animateur) et Jacques Martin (dessinateur) : si j’ai choisi de vous montrer ces deux célébrités, c’est bien pour indiquer que ce n’était pas leurs personnes qui constituaient l’indice mais leur nom : Jacques pour James de Fitz-James et Martin pour Saint-Martin-le-Gaillard.

Le Club des Cinq et le château de Mauclerc : il fallait penser à l’illustrateur, Frédéric Rébéna, né à Clermont de l’Oise.

 ■ le Mémorial aux pêcheurs de Gloucester (Massassuchets, USA) devait rappeler la devise de la ville de Dieppe : Nautae tui et gubernatores , « tes marins, mais au gouvernail » (c’est-à-dire des pêcheurs, bien sûr, mais qui savent bien mener leur barque !).

Choisel et Coisel

Après avoir étudié les Béquerel-Bécherel et les Coquerel-Cocherel, j’en termine aujourd’hui avec cette petite série concernant des moulins en m’intéressant aux Coisel-ChoiseL.

Dans un premier billet introduisant une précédente série consacrée aux moulins (deux, trois, quatre et cinq) j’écrivais : « Les « moulins à choisel » (dont la roue était munie de pots ou augets) du XIIIè siècle sont à l’origine du nom de Choisel (Yvelines, Calvados, Loire-Atlantique, Meuse)  et de Choiseau (Aube, Côte-d’Or, Mayenne, etc.) ». On verra que les choses ne sont pas si simples : bien d’autres noms sont liés à ce choisel.

ALERTE ROUGE !

On verra surtout que tout a déjà été dit sur L’énigme des moulins à Coisel, par Ghislain Gaudefroy dans un article paru en 1985 dans la Nouvelle revue onomastique.

Je vous en souhaite bonne lecture.

Quant à moi, je pars à la recherche d’un nouveau sujet pour mon billet de dimanche (et, comme nous sommes déjà jeudi, je dois faire vite !).

Les indices du mardi 15 juillet 2025

Devinez ! Oui, Un Intrus et LGF ont déjà trouvé la solution à ma dernière devinette ! Félicitations à tous les deux !

Rappel de l’énoncé :

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine lié aux mots du jour [bécherel/béquerel] et présent dans deux communes distantes de 172 km par la route les autoroutes. La première commune, C1, a changé son premier nom, issu de celui d’un homme germanique, par celui de son nouveau seigneur, au XVIIIè siècle. La deuxième commune, C2, a complété le sien, un hagiotoponyme, par celui de son seigneur, mais dès le XIè siècle.

Le bureau centralisateur du canton de C1 doit son nom à sa végétation peu dense. Pour le différencier de ses homonymes, on lui adjoint le nom d’une rivière … qui n’y coule pas.

Le bureau centralisateur du canton de C2 doit son nom à l’eau du fleuve qui le baigne et son chef-lieu d’arrondissement doit le sien à un cours d’eau aux eaux plus profondes.

J’ose cet indice, pour C1 et C2

Les indices du mardi

■ Le pays où se trouve C1 doit son nom aux puissants Gaulois qui s’y trouvaient. Ce nom sert parfois de complément à celui du BC1, à la place du nom de la rivière.

■  pour BC1

■ pour A2 :

■ Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Béquerel et Bécherel

Après avoir passé en revue les moulins appelés Coquerel ou Cocherel dans le précédent billet, je m’intéresse aujourd’hui à ceux qu’on appelle Béquerel ou Bécherel.

En 2010, dans mon deuxième billet consacré aux moulins, j’écrivais ceci :

Les moulins étaient bruyants, on les accusait d’être bavards, d’avoir bon bec : de là les noms de Bécherel (Ille-et-Vilaine), Béchereau, Bécherelle ou Bécheret (nombreux hameaux en langue d’oïl) et aussi Bicherel (sur la commune de Tremblay-en-France, Seine-St-Denis). La forme picarde est à l’origine de Becquerel (Somme) et Becquerelle (Pas-de-Calais).

On verra plus loin que cette étymologie n’est pas la seule à avoir été proposée, mais commençons par le début : où trouve-t-on ces moulins et sous quelles variétés de noms ? (je vous rassure : je serai moins long que pour les Coquerel/Cocherel ! ).

Les toponymes

Becquerel

La très grande majorité de ces toponymes se trouvent dans les Hauts-de-France, en Bretagne et en Normandie, à commencer par la section de la commune de Boiry-Becquerelle (P.-de-C. – Boiry était Bairiacum en 1191, du nom de personne roman Barrius et suffixe –acum), qui était Becherel en 1154-59 et Becquerel en 1238.

C’est la forme masculine qui est la plus représentée (25 occurrences dans le FANTOIR), comme Becquerel (Rue, Somme – Beckerel en 1199 ; le Crotoy, Somme – ad Bekerel en 1210), le Becquerel (« ancien moulin à Appeville », Eure – DT*) ou encore Becquerel à Saint-Quentin (Aisne) qui était Molendinum de Becherel en 1176 et qui est appelé aujourd’hui Moulin de Saint-Quentin.

Le féminin (5 occ. seulement), outre dans le nom de la commune citée ci-dessus, se retrouve dans celui de Becquerelle au Crotoy et à Érondelle (Somme).

Le diminutif Becqueret  (21 occ.) se trouve dans l’Aisne (Berrieux), la Manche (Varenguebec), l’Oise (Jaulzy), l’Yonne (Thorigny-sur-Oreuse) etc. et au féminin Becquerettes dans les Landes, à Montaut.

Bequerel

Écrit sans la lettre –c-, ce toponyme n’apparait que 18 fois au masculin comme pour Béquerel, un « moulin dans la forêt de Montfort » connu dès 1308 (Montfort-sur-Risle, Eure – DT*), Béquerel « moulin à eau, chapelle isolée, ruisseau affluent de la rivière d’Auray et pont sur ce ruisseau, commune de Plougoumelen (Mor. – DT*) ou encore Béquerel, « moulin sur le Crach, commune de Crach ; étang baignant Crach et Carnac ; pont sur le Crach reliant Crach, Carnac et Ploemel » (Mor. – DT*) etc.

Le féminin (5 occurrences) se retrouve par exemple à la Béquerelle (Marquette-les-Lille, Nord) tandis que le diminutif ne se retrouve qu’au Béqueret à Ponchon (Oise).

Becherel

Ceux qui ont lu attentivement le précédent billet se souviennent des « zones linguistiques séparées par la ligne Joret – au nord, le c se prononce [k] d’où la graphie –qu– tandis qu’au sud le c se prononce [ʃ], d’où la graphie –ch-. »

La forme Bécherel apparait dans près de 130 toponymes dont Bécherel et Miniac-sous-Bécherel, deux communes d’Ille-et-Vilaine. On trouve également le  Moulin de Bécherel à Saint-Lupien (Aube – Molendinum de Beecherel en 1225 – DT*), le Moulin de Bécherel, « moulin sur le Pont-Ehuello, moulin à vent et lande, commune de Kervignac » (Mor. – DT*), Bécherel, « village, moulin et pont sur le ruisseau de ce nom, commune de Plouay (Mor. – DT*) et d’autres en Bretagne, Normandie et Pays-de-la-Loire.

Plus rare, le féminin n’apparait qu’à 16 exemplaires comme à La Bécherelle (Saint-Cyr-en-Pail, May. – in reditu de Bécherel en 1205, DT*) ou, au pluriel, aux Bécherelles (Échilleuses, Loiret). Et non, pas de toponyme Bescherelle …

Une variante, qui a subi l’attraction des finales en –et, se retrouve dans quarante noms comme Bécheret à Broué (E.-et-L. – Bécherel en 1670), Bécheret à Bagneux (Marne – Becherel en la paroisse de Baigneulz en 1464), Bécheret à Joiselle (Marne – Bescherel, paroisse de Joisel, en 1645 etc.

Une variante masculine apparait dans les noms de Béchereau à Poigny (S.-et-M. – molendinum de Becherel en 1214), du Faubourg Béchereau à Nogent-sur-Seine (Aube – Beschereau en 1575), de Béchereau à Saint-Hilaire-sur-Yerre (E.-et-L. – Bescherellum en 1192 et Becherel en 1227), de Béchereau à Piacé (Sarthe – Becherel en 1208) etc. On trouve un pluriel aux Bèchereaux de Batilly-en-Gâtinais (Loiret).

Enfin, signalons le pluriel Bescherelles à Donnemarie-Dontilly (S.-et-M – Becherel en 1232, Molendinum de Bescherel au XIIIè siècle et Becherelle en 1682).

Bicherel

Le lieu-dit Bichereau de Thoury-Férottes (S.-et-M.) est attesté Molendinum de Berchereau en 1164 et Becherellum en 1177 : il s’agit bien d’une variante de Bechereau vu plus haut. Dans le même département, le lieu-dit Bicheret, à Guérard, était dit moulin de Bécheret en 1698. Toujours en Seine-et-Marne, le DT*, signale Le Bicherais, un moulin détruit à Lagny, qui était Molendinum de Bescherel en 1695. 

Si on ajoute à ces attestations anciennes le nom du lieu-dit Le Moulin de Bicherel à Saint-Rémy-l’Honoré (Yv.), on peut sans doute imaginer que la douzaine de lieux-dits Bicherel (Bretagne, Normandie et Île-de-France) désignaient également des moulins.

Dans la Nièvre, le lieu-dit Bicherolles de Saint-Maurice est noté Moulin de Bicherolle sur la carte de Cassini (feuille 49, Nevers, 1760), sans doute un diminutif du précédent.

L’étymologie

Le Dictionnaire de l’ancien français donne pour le substantif féminin becquerelle la définition suivante : « brocard, mauvais propos, coup de langue : en style populaire, coup de bec » et il ajoute : « par extension, ce mot s’est appliqué aux femmes qui se disent de sales injures ».

C’est à partir de ce sens de bavard qu’Auguste Vincent (Toponymie de la France, éd. Librairie générale, Bruxelles, 1937) a émis l’hypothèse que le nom de Bécherel ou Béquerel a été donné à des moulins à cause de leur bruit incessant. Cette hypothèse a été reprise par Dauzat & Rostaing (DENLF*) et par E. Nègre (TGF*).

Dès 1956, P. Lebel (Principes et méthodes de l’hydronymie français ; éd. Les Belles Lettres) écrivait : « Bécherel est un ancien * biccarellus, diminutif d’un gallo-germanique * biccaris, employé dans le langage technique pour désigner les auges, les godets des roues de moulin (cf. allemand moderne Bêcher, « coupe » ». Guy Souillet, qui le cite (Bécherel, Cocherel et Choisel, 1958, in RIO), ajoute : « Bécherel se serait donc appliqué d’abord à un moulin à eau, puis, par extension, à un moulin quelconque. ». Mariane Mulon reprend à son tour cette hypothèse dès 1997 (NLIF*) puis dans un article publié en 2012 (Typologie des noms de moulins en France in NRO) et Roger Brunet (TDT*) la suit.

Il ne faudrait pourtant pas négliger la seconde hypothèse de Dauzat & Rostaing qui, après avoir cité A. Vincent, ajoutent néanmoins que le nom Bécherel ou Bequerel viendrait « plutôt d’anciennes fermes qui tirent leur nom du propriétaire, Bécherel étant un surnom d’homme, comme Béchet, Béchard etc. ». On trouve par exemple un Moulin de Bécard à Saint-Avit-Sénieur (Dord.). L’adjectif occitan becarut, « grand parleur, bavard ; qui se rebèque facilement », est lui aussi à l’origine de noms de famille Becarrut et Beccaru, d’où le lieu-dit la Bécarude à Pernes-les-Fontaines (Vauc.).

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

La devinette

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine lié aux mots du jour et présent dans deux communes distantes de 172 km par la route.

La première commune, C1, a changé son premier nom, issu de celui d’un homme germanique, par celui de son nouveau seigneur, au XVIIIè siècle. La deuxième commune, C2, a complété le sien, un hagiotoponyme, par celui de son seigneur, mais dès le XIè siècle.

Le bureau centralisateur du canton de C1 doit son nom à sa végétation peu dense. Pour le différencier de ses homonymes, on lui adjoint le nom d’une rivière … qui n’y coule pas.

Le bureau centralisateur du canton de C2 doit son nom à l’eau du fleuve qui le baigne et son chef-lieu d’arrondissement doit le sien à un cours d’eau aux eaux plus profondes.

J’ose cet indice, pour C1 et C2

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Coqueréauville ou Caucréauville à Beaurepaire (S.-Mar.) : la répàladev

À l’heure où j’écris ces lignes (soit à 10 h du matin avant une publication programmée pour 23h), Un Intrus reste le seul à m’avoir donné la solution à ma dernière  devinette.

Il fallait trouver Coqueréauville ou Caucréauville, à Beaurepaire, du canton de Criquetot-l’Esneval dans l’arrondissement du Havre, en Seine-Maritime.

Criquetot-l’Esneval, ici :

Coqueréauville, là :

La toponymie

Coqueréauville ou Caucréauville : le nom est écrit Coqueréauville en 1877, Caucréauville en 1953 et de nouveau Coqueréauville en 1953. On y reconnaît sans difficulté le patronyme Coquerel/Coquereau suivi de ville, suffixe très courant en Normandie pour désigner un domaine, un village. On rapprochera cette formation des noms Coqueréaumont vus dans le billet.

Caucriauville, nom d’un quartier du Havre, a la même étymologie.

Beaurepaire : attesté Belrepaire au XIIIè siècle, il s’agit d’un bel abri, d’un beau séjour, d’une belle demeure.

Criquetot-l’Esneval :

Criquetot : le village est attesté Criketot en 1195, du norrois kirkia, « église », et topt, « terrain avec habitation ». De l’ancienne église, il ne reste que le clocher carré du XIè siècle. Le site de la mairie se trompe en écrivant « Crique : ou Kerch, qui, en celtique, signifie « hauteur » et Tot : finale très fréquente dans le pays de Caux, et utilisée par tous les peuples scandinaves et signifiant « maison ». Criquetot voudrait donc dire « Maison de la hauteur » ».

Esneval : les formes anciennes  Apud Criquetot, assensu domini mei R. de Wesneval (sans date), In Criketot le Vennesval (1198) et Criquetot dom. de Hoisneval (vers 1240)  font appel au nom des barons d’Esneval (avec passage habituel du W– à V– puis disparition complète fréquente en dialecte normand), dont le manoir d’origine se situait à Pavilly, au bord de l’Esne (d’où *Esne-val), ancien nom de l’Austreberthe.

Le Havre : le port a été officiellement créé en 1517 par ordonnances de François Ier : havre de Grace ordonné par le roy nostre sire estre fait pres le chief de Caux […] le lieu de Grasse soit le plus propre et plus aisé de la dite coste et pays de Caux a faire havre. Cependant, le nom est déjà attesté en 1489-90 : eavye du Hable de Grace. Le déterminant, de Grâce, fait référence à la chapelle Notre-Dame de Grâce qui s’y trouvait. Le terme Havre est issu du moyen néerlandais havene, « port », emprunté dès le XIIè siècle par l’ancien français sous la forme havene, devenue hable et havre selon les parlers. En 1370, Froissart mentionne ainsi unh havene de mer en Bretaigne que on appelle Konke [Concarneau]. Le nom de la ville est donc issu directement de l’ancien français. La ville a aussi était appelée le Port de Grace en 1534 et simplement Grace en 1617. La forme Le Havre de Grace est attestée en 1618. En 1801 apparait le nom simple Havre qui deviendra Le Havre en 1804.

Les indices :

♦ il fallait reconnaitre le Ville-de-Lyon, paquebot qui conduit Tintin du Havre au San Theodoros, dans l’album L’Oreille cassée. Le « top départ ! » qui accompagnait cet indice devait orienter vers la ville de départ du paquebot, c’est-à-dire Le Havre, sans tenir compte de son nom, Ville-de-Lyon.

♦ les Gaulois qui habitaient la région sont les Calètes  dont le nom « est basé sur un radical calet-, caleto-, thème de nom gaulois signifiant « dur ». Cette racine se perpétue en brittonique dans le breton kalet / kaled, « dur » et le gallois caled, « dur » et est apparentée par l’indo-européen à la racine germanique hard « dur » » (wiki). Cet ethnonyme est à l’origine du nom du pays de Caux.

 ♦ Impression soleil levant, célèbre vue du port du Havre.

Les indices du jeudi 10 juillet 2025

Oups ! J’ai oublié de publier ce petit billet hier soir …

Un Intrus m’a déjà donné la réponse à ma dernière devinette. Bravo à lui !

Rappel de l’énoncé :

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié à un de ces noms [Coquerel – Cocherel], accompagné d’un complément courant dans la région.

Il est situé dans une commune dont le nom montre qu’il s’agissait d une habitation plutôt agréable.

Le chef-lieu bureau centralisateur du canton doit la première partie de son nom, issu d’une langue étrangère, à une église près d’une ferme. La seconde partie de son nom est celui de seigneurs, issu, lui, d’un hydronyme.

Un indice et … top départ ! :

Les nouveaux indices

■ les Celtes qui vivaient là étaient particulièrement « durs ».

■ et, pour compléter l’indice du mardi :

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