Un de mes lecteurs, qui signe échogradient73, m’interrogeait récemment à propos du lieu-dit Pomblière de Saint-Marcel en Savoie. Je lui répondais alors : « A. Gros (Dictionnaire étymologique des noms de lieux de la Savoie, 1935) déplore que » depuis quelques années, on s’est mis à écrire Pomblières, graphie contraire à l’étymologie « , puisque le hameau s’appelait bien Plombière à l’origine. On trouve en effet écrit La Plombière sur la carte d’état-major (1820-66) ». Et j’ajoutais qu’ « il y a d’autres Plombières en C.-d’Or, H-L. et Vosges qui, tous, semblent attester d’anciennes mines ou fonderies de plomb ». J’ai eu envie de creuser (ahah) le sujet.
Plombière(s)
Deux communes portent le nom de Plombières, l’une en Côte-d’Or, l’autre dans les Vosges.
Plombières-lès-Dijon (C.-d’Or) est attestée Plumberiae en 584 et Plombières dès 1276. L’étymologie « évidente » selon le latin plumbus, « plomb » et suffixe –aria, d’où « mines de plomb », adoptée par Dauzat & Rostaing (DENLF*) et E. Nègre (TGF*) est mise en doute par G. Taverdet (NLBo*) qui constate l’absence de minerai de plomb dans le sous-sol de la région et qui émet l’hypothèse d’un palumbaria, « pigeonnier ». Mais pourquoi ne pourrait-on pas imaginer pour plombière le sens de « plomberie, atelier où on travaille le plomb » comme une verrière pouvait désigner une verrerie ?
Plombières-les-Bains (Vosges) est attesté Plommières en 1289 et Plombières en 1439. L’histoire de la ville nous montre qu’elle était connue dès l’Antiquité pour ses eaux ferrugineuses, d’où sans doute son nom issu du pluriel du latin aqua plumbaria, « eau contenant du plomb ». Le déterminant -les-Bains, rencontré dès 1602, ne sera officialisé qu’en 1891.
Une quarantaine de lieux-dits portent un nom identique, faisant pour la plupart référence à une mine de plomb. C’est par exemple le cas du quartier Plombières de Marseille (B.-du-R.) qui est attesté in Plomberas en 1040, du lieu-dit Plombières à Saugues (H.-L.) qui était Plumbeyras en 1279 et de Plombières à Uchaud (Gard) qui portait déjà ce nom en 1548. Beaucoup plus rare, le singulier se retrouve néanmoins avec La Plombière à Genilac (Loire) et avec Plombière à Châtenay (Is.). Et on n’oubliera pas le Pomblière savoyard vu en introduction.
On pourra s’étonner du peu d’occurrences des plombières dans nos toponymes. Cela est sans doute dû au fait que ces mines contenaient surtout du plomb argentifère et étaient exploitées avant tout pour le métal précieux et donc plutôt nommées (l’)argentière (plus de cent cinquante occurrences …).
D’autres suffixes ont servi à former des toponymes à partir de plomb, mais ils sont beaucoup plus rares. Curieusement, la forme « plomberie » n’apparait que dans le nom très récent de La Plomberie à Feux (Cher). On rappellera cependant l’ancien fief dit La Plomberie à Chaunay (E.-et-L.), déjà mentionné en 1207, qui tenait son nom d’un certain Raoul le Plombier. La forme plombard (un lieu riche en minerai de plomb ou un patronyme désignant un plombier) se retrouve par exemple avec Plombard, lieu-dit à Condeissiat (Ain), mentionné comme nom d’un étang sur la carte de Cassini (feuille 117, Bourg-en-Bresse, 1764) et dans la Topographie historique du département de l’Ain (Marie-Claude Guigue, 1873) ; Plombard, une montagne culminant à 917 m à Saint-Férréol-Trente-Pas (Dr.) ; Plombard, un lieu-dit de Saint-Hilaire-les-Places (H.-Vienne) déjà présent sur la carte d’état-major (1820-66) ; Champ Plombard, un vaste coteau à Laval-d’Aix (Dr.), etc.
Plomb – le minerai
En tant que minerai d’exploitation minière, le terme « plomb » n’a été que rarement employé comme toponyme. C’est par exemple le cas de la Carrière Plomb (Goudelancourt-lès-Pierrepont, Aisne), de la Mine à Plomb (Crossac, L.-A.) et des Mines de Plomb (Sainte-Marie-aux-Mines, H.-R.). D’autres noms sont plus difficiles à interpréter, tant le terme « plomb » peut avoir de sens différents selon son origine comme nous le verrons.
On peut néanmoins attribuer avec certitude au minerai de plomb des toponymes comme la Grotte de Plomb (Tenay, Ain) qui doit son nom à la couleur plombée de ses parois ; le sommet de la Roche Plombée (Bouvante, Drôme) qui doit son nom à un rocher servant de borne marqué d’un X au centre duquel se trouve un vieux boulon scellé au plomb (J.-P. Maschio, Histoires de bornes..., 2006 – page 42, bien sûr) ; les Champs Plombés de Saint-Clément-sur-Guye (S.-et-L.) qui « font penser à une ancienne exploitation de minerai de plomb, à ciel ouvert comme il se doit » (J.-P. Valabrègue, La mémoire des lieux-dits, vol. I, 1995) ; l’Étang du Plomb à Alloue (Char.) et le Ruisseau du Plomb à Sciez (H.-Sav.) qui doivent probablement leur nom à l’eau ferrugineuse qui leur donne une couleur particulière ; la Croix du Plomb, à Voulon, Vienne, qui doit son nom à La Croix de Plomb, une ferme ainsi appelée dans le Dictionnaire topographique de la Vienne (Louis Redet, 1881) située à un carrefour marqué d’une telle croix.
Plommaz, un hameau de Faucigny (H.-Sav.), devrait son nom à plommas, « morceau de plomb », de plumbum avec assimilation de mb en mm (cf. le nom de Plommières en 1289 pour Plomblières-les-Bains des Vosges).
Plomb a pu également être utilisé comme patronyme et se retrouve ainsi dans des noms de lieux comme Plomb et le Bois de Plomb à Baron (S-et-L.) ; Plomb à Argis (Ain) qui était le fief de Hugo de Plombis en 1196, à rapprocher de l’ancien fief de Plomb encore mentionné en 1707 à Livry (Calv.) ; le Mas Plomb à Saint-Éloi (id.) ; la ferme Le Plomb à Châteauneuf-de-Galaure (Gard) etc. On rajoutera la plaisante Fosse du Cul de Plomb à Saint-Martin-la-Campagne (Eure), avec le sobriquet du propriétaire, qui voisine la Fosse Benoit, la Fosse Hermier, la Fosse Frémont et d’autres.
Toujours parmi les patronymes, on trouve Plombat qui a dû désigner « celui qui marquait d’un sceau de plomb une étoffe » (M.-T. Morlet, Dictionnaire étymologique des noms de famille, 1997), d’où le Bois de Plombat à Saint-Geniez-d’Olt (Av.). La chapelle Saint Pierre des Plombat, à La Cresse (Av.) fut fondée par Pierre Plombat, curé de Saint Martin de Pinet, et ses ayants-droits (testament du 15 juin 1509). Enfin, c’est le patronyme Plombis (cf. Hugo de Plombis vu plus haut) qui est à l’origine du nom du château de Plombis à Castelsagrat (T.-et-G.).
Plomb du Cantal et les autres
C’est en 1268 qu’apparait l’appellation Pom de Cantal pour désigner le point culminant du massif du Cantal (1855 m). On trouve ensuite le nom Pont de Cantal sous la plume de Guilhem Anelier dans son Histoire de la Guerre de Navarre, après 1277 donc, puis le nom Pomo vocato de Cantal en 1282. C’est en 1651 qu’apparait la forme Plomb de Cantal et en 1706, la forme Plomb du Cantal encore en usage aujourd’hui. La très grande majorité des spécialistes (le premier semblant être Antoine Thomas suivi par Ch. Rostaing, E. Nègre, P.-H. Billy, B. et J.-J. Fénié etc.), voient dans le premier nom du mont l’appellatif ancien occitan pom, « pommeau (d’épée) », issu du latin pommus, « pomme », employé dans un sens métaphorique pour décrire la pointe dont le sommet est fortement émoussé.

L’appellation Pont de Cantal est sans nul doute une erreur de copiste tandis que la forme Plomb de Cantal serait issue d’une attraction paronymique du français « plomb ».
Ce nom de « plomb » semble alors être passé dans le langage courant pour désigner un relief au sommet plus ou moins plat, comme c’est le cas pour le Plomb de Joux (Châteauneuf, Loire) qui était Plan de Joux sur la carte de Cassini (feuille 87, Lyon, 1761) et vraisemblablement pour le Plomb à Brié-et-Argonnes (Is.) qui est une appellation récente (absente des cartes avant celle de l’IGN actuelle) d’une butte à sommet plat.
Cependant, nombre de hauteurs et de hameaux sur des replats ou des plateaux sont également appelés plomb : le Plomb à Verdille (Char.), à Tarentaise (Loire), à Vérin (id. – même nom déjà chez Cassini – feuille 88, Saint-Marcellin, 1767) sont de modestes hauteurs plates ; le Mont Plomb à Lentilly (Rh.) est lui aussi une hauteur arrondie (384 m) dans les Monts du Lyonnais etc. Roger Brunet (TT*), constatant que, dans la plupart des cas, il s’agit de sommets plats ou de replats, fait le parallèle avec d’autres reliefs similaires qui sont nommés plot, comme le Plot du Lac et le Plot des Ayres à Cubière (Loz.), le Plot de l’Aygue à Bleymard (id.), le Mont Plo à Pelouse (id.), le Plo d’Arques et le Plo de Bayle à Caunes-Minervois … dans lesquels il voit un terme descriptif de relief à sommet plat, issu de l’occitan et franco provençal plot, « billot », là où il est sans doute plus pertinent de voir une variante de l’occitan plan, « plateau ; plaine » avec fermeture du a en ò devant le n final, comme l’explique Paul Fabre (NLCev*) à propos de Plo (Courry, Mars et Saint-Jean-du-Gard, Gard ; Saint-Jean-du-Bruel, Av.), du Plot (Malarce-sur-la-Thines, Ardc. – simplement le Plo au XVIIIè siècle), des Plots (Gravières, Ardc. – Les Plos au XVIIIè siècle) etc. F. Mistral donne effectivement plo dans le Limousin et le Vivarais et plon en Dauphiné comme des variantes de plan et le Pégorier (GTD*) définit plot comme un « endroit plat » en occitan.
Personne ne semble en outre avoir relevé que le Puech de Chantal à Saint-Martin-Cantalès (Cant.) était décrit comme une « montagne à vacherie » dans le Dictionnaire topographique du Cantal (Émile Amé, 1897) qui en donne le nom Plon du Chantal en 1636. Le même dictionnaire signale également Le Plo, « montagne à burons », aujourd’hui écrit Le Plô, sur la commune de La Trinitat.
Je signale en outre le lieu-dit Mauplom à Clairac (L.-et-G.) qui était Mauplon sur la carte d’état-major (1820-66), soit un « mauvais plateau », dont la graphie semble avoir été attirée par le plomb sans aller jusqu’au bout.
De là à penser que tous les Plombs désignant des hauteurs à sommet arrondi ou aplati soient d’anciens plos ou plons qui auraient subi l’attraction paronymique du français « plomb » … Et que donc le Plomb du Cantal ne serait qu’un ancien Plon qui aurait subi l’attraction paronymique d’abord de pom puis de plomb …

Reste le mystère du nom d’une ancienne commune de la Manche qui s’appelait Plomb, intégrée depuis 2016 dans la nouvelle commune dite Le Parc. Dauzat & Rostaing, qui ne disposaient pas de formes anciennes du nom, émettaient en 1963 (DENLF*) l’hypothèse du latin plumbum, « plomb », employé absolument pour désigner une mine de plomb. Les formes anciennes mises au jour depuis, à savoir de Plumbo en 1162, Plun vers 1223 et de nouveau Plumbo en 1259 font rejeter cette hypothèse par F. de Beaurepaire (Les noms des communes et anciennes paroisses de la Manche, 1986) qui pense que ces différentes formes sont des « fantaisies graphiques influencées par le mot « plomb » » mais qui ne propose rien à la place. Je trouve dans les Annales de Normandie de 1979 (vol. 29 à 30, page 235) la forme Plom datée de 1060-66, soit bien avant la première attestation connue en 1121-34 de plum pour le « plomb ». Aucun des autres auteurs dont je dispose des ouvrages ne semble s’être intéressé à ce toponyme. Je constate pour ma part que la carte de Cassini (feuille 95, Avranches, 1768) montre une Rivière Plomb qui traverse la ville de Plomb, mais je n’ai pas pu établir laquelle donne son nom à l’autre …
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PS de dernière minute qui explique la publication tardive de ce billet.
J’aurais bien aimé vous proposer une devinette à propos d’un lieu-dit Bleigrub (de l’allemand blei, « plomb » et grube, « fosse ; mine ») à Sainte-Marie-aux-Mines (H.-Rhin) la bien nommée. Ce lieu-dit est mentionné dans le Dictionnaire topographique du Haut-Rhin (G. Stoffel, 1868)
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mais il n’existe plus aujourd’hui, remplacé par un anodin Mine de plomb …
Je me suis alors dit que j’allais vous faire chercher un lieu-dit de Saint-Martin-d’Uriage (Is.) nommé Beauplomb sur la carte IGN comme sur la carte d’état-major (1820-66)…. Hélas ! Si j’en crois le fichier FANTOIR, ce lieu-dit n’existe plus aujourd’hui mais on trouve un Beauplan qui pourrait être une corruption du nom d’origine et qui montrerait la facilité avec laquelle on passe de plon/plomb à plan …
Et que dire de ce Villeplomb à Parcé-sur-Sarthe (Sarthe), écrit Vilplomb dans le Dictionnaire topographique de la Sarthe (Eugène Vallée et Robert Latouche, 1950), dont je n’ai pas pu trouver l’étymologie – peut-être un vil plan, « mauvais terrain plat » ?
*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

La devinette
Ben oui, il y en a une quand même …
À vous de trouver un toponyme de France métropolitaine composé d’un terme générique d’un type de relief accompagné d’un nom lié au mot du jour. Ce toponyme se retrouve dans le nom d’une rue de la commune où il se situe.
Le nom de cette dernière est un hagiotoponyme complété par la qualité de ses eaux.
Elle est située dans un pays qui doit son nom à la rivière qui le baigne, laquelle était remarquable par son lit pierreux si on en croit son nom.
Cette rivière servait de limite entre le territoire de deux peuples gaulois, les uns venus d’ailleurs et les autres, de courageux guerriers.
Un indice pour la grande ville la plus proche :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr
Personne n’a rejoint Un Intrus sur le podium des « solutionneurs » de ma dernière devinette. Bravo à lui tout seul, donc !
■ le col de la Source (dans la Sarthe) : le col pour Ametzlepo et la source pour Fontaudin, bien sûr …
■ le buste de Brigitte Bardot en Marianne a été sculpté en 1968 par Aslan, pseudonyme d’Alain Aslan Gourdon qui est né à Lormont le 23 mai 1930 selon la page wiki de la commune (ou qui n’aurait fait qu’y habiter enfant selon la page wiki qui lui est consacrée, constatè-je tardivement).
Le toponyme T1 est un nom composé faisant appel à un cours d’eau.
Le toponyme T2 est un nom composé faisant appel à un relief.

Il y a près de trois lustres j’écrivais un billet consacré au






■ Jacques Martin (animateur) et Jacques Martin (dessinateur) : si j’ai choisi de vous montrer ces deux célébrités, c’est bien pour indiquer que ce n’était pas leurs personnes qui constituaient l’indice mais leur nom : Jacques pour James de Fitz-James et Martin pour Saint-Martin-le-Gaillard.
■ le 







♦ il fallait reconnaitre le Ville-de-Lyon, paquebot qui conduit Tintin du Havre au San Theodoros, dans l’album L’Oreille cassée. Le « top départ ! » qui accompagnait cet indice devait orienter vers la ville de départ du paquebot, c’est-à-dire Le Havre, sans tenir compte de son nom, Ville-de-Lyon.
♦ Impression soleil levant, célèbre vue du port du Havre.
