Rauba Capèu et Caguo-Ven : les répauxdev du 29 novembre 2025

Un Intrus est le seul à avoir résolu cette devinette. Bravo !

Il fallait trouver la Pointe et le Quai de Rauba Capèu à Nice (A.-M.)

Rauba-Capèu (ou Raubo-Capèu en graphie mistralienne) : de l’occitan, littéralement « vole chapeau » pour exprimer que le vent violent qui souffle ici fait s’envoler les couvre-chefs.

Avant de prendre ce nom, on l’appelait Pointe des Ponchettes, du nissard  pounchetta, « petite pointe », désignant les pointes rocheuses qui s’avancent dans la mer. La rue des Ponchettes existe toujours.

Carte d’état-major (1820-66)

Nice : pour tout savoir sur ce nom [du grec (thea) nikaia qui signifie « (déesse) qui donne la victoire»], je vous renvoie au billet qui lui a été consacré.

► ce tableau de Maurice Denis (1870-1943) s’intitule La Victoire de 1918 et devait orienter vers la ville de Nice, du grec nikaia.  Par ailleurs, Maurice Denis est né à Granville (fausse piste !) en 1870, une ville qui fut temporairement appelée Granville-la-Victoire, après le siège des Vendéens qu’elle avait enduré victorieusement en 1793.

► le capitaine Haddock – un marin, pour indiquer que nous sommes au bord de la mer – et sa casquette que le vent emporte.

► « pour la première ville, je ne peux rien vous dire sans vous offrir la victoire trop facilement. » : ça c’est un indice !

Personne n’a résolu cette devinette.

Il fallait trouver le Col de Caguo-Ven à Bormes-les-Mimosas, du canton de La Crau dans l’arrondissement de Toulon (Var).

Col de Caguo-Ven (237 m.) : de l’occitan, littéralement « chie du vent », c’est vous dire si le passage de ce col n’est pas toujours agréable … J’ai entendu, dans ma jeunesse, un Borméen parler du Pas de Cague au Vent, ce qui n’a pas tout à fait le même sens, mais l’idée reste la même.

Bormes-les-Mimosas : lors d’un billet consacré au Panthéon gaulois, j’écrivais :  » On a voulu rattacher  au nom de Borvo [divinité de sources chaudes, dieu guérisseur] sous la forme dérivée Bormo, le nom de Bormes-les-Mimosas (Var) : il s’agit plutôt dans ce cas d’un pré-indo-européen *bor-, « hauteur » : il n’y a en effet pas d’eaux thermales ». Le déterminant les-Mimosas a été ajouté le 15 février 1968

La Crau : attesté Carum en 1376 probablement mis pour *Craum puis  La Crau en 1454, du provençal crau, « lande couverte de cailloux », lui-même du pré-roman  *kraw_, « pierre »,  issu de la racine pré-indo-européenne *kar. D’autres lieux ainsi nommés parsèment la Basse Provence, comme la plaine de la Crau

Toulon : j’ai mis mon grain de sel à la rubrique toponymie de la page wiki consacrée à Toulon : « Le nom inscrit sur l’Itinéraire d’Antonin est très exactement Telone Martio, portant la marque de la divinisation d’au moins une partie du lieu. Ce qui rappelle l’inscription au deo Teloni, dieu des eaux, trouvée à Périgueux où était adorée la divinité aquatique Vesunna. Le nom de Toulon est donc issu du gaulois *Telon, « source, rivière » (cf. FEW, XIII/1, 164b ). Le nom est passé de Telo à Tolo dès le VIIIè siècle : le pays est ainsi appelé in pago Tolonense en 739 (DNLF*).

► ce tableau d’Adolphe Monticelli (1824-1886) est intitulé La source et devait évoquer l’étymologie de Toulon.

► « l’art de chier », c’est le titre de cet article où j’ai trouvé cette illustration. Et de chier à caguer…

► une pelote de fil de lin (fausse piste !), couleur jaune mimosa.

Les indices du mercredi 26 novembre 2025

Personne n’a résolu mes dernières devinettes, dont je rappelle les énoncés :devinette

Une fois de plus, n’ayant pas pu choisir, je vous propose deux devinettes. Dans les deux cas il s’agit d’un toponyme utilisant une location verbale pour désigner de manière imagée un endroit où souffle le vent, comme Escornebœuf par exemple.

Situé dans une grande ville, le premier de ces toponymes désigne un ensemble de pointes rocheuses au pied d’une colline où se dressait un château et la voie qui les longe.

Avant de prendre son nom imagé actuel, l’endroit était appelé par un mot de la langue locale désignant justement ces pointes rocheuses ; ce nom est resté pour nommer une rue voisine.

Ici, le vent n’écorne pas les bœufs, mais ça décoiffe quand même !

Pour la ville elle-même :

Le deuxième toponyme concerne un col et exprime, dans un langage fort peu châtié, d’où vient le vent.

La ville où il se situe doit son nom à un très vieux mot désignant une hauteur accompagné du nom d’un végétal.

Le nom du bureau centralisateur du canton est celui d’un endroit particulièrement caillouteux.

Pour le chef-lieu d’arrondissement :

Les indices du mercredi

■ pour le premier toponyme :

■ pour le deuxième toponyme :

■ pour la deuxième ville :

■ pour la première ville, je ne peux rien vous dire sans vous offrir la victoire trop facilement.

Réponses attendues chez leveto@sfr.fr

Un coup de vent

Le billet d’aujourd’hui sera consacré aux vents, non pas aux noms que l’on donne à chacun d’entre eux, mais plutôt à la manière dont eux ou leurs effets sont décrits de façon plus ou moins imagée et qui a laissé des traces en toponymie.

Éliminons tout de suite les innombrables lieux nommés (Le) Moulin à Vent, Quatre Vents (lesquels peuvent désigner des carrefours) ou (À) Tout-Vent qui ne présentent que peu d’intérêt, auxquels on ajoutera quelques Trois Vents, Cinq Vents, Les Sept-Vents ou encore Mille Vents, une dizaine de Froid Vent, quelques Plein Vent et Grand Vent, un Haut Vent (à Iffendic, I.-et-V.), un Mauvais Vent (Bonneuil-Matours, Vienne) ainsi qu’un Vent du Sud (à Biaudos, Landes) – sans oublier les noms aux pluriels du type Hauts Vents, Tous Vents, Froids Vents etc. On accordera toutefois une place particulière à l’ancienne commune Sept-Vents du Calvados (aujourd’hui dans Val-de-Drôme) dont le nom Sepvans en 1170 est peut-être en rapport avec le scandinave vangr-, « champ ». Quelques noms plus pittoresques ont été donnés à des lieux venteux : on compte, notamment en Vendée et dans le Nord-Ouest, une quinzaine de Heurtevent (dont une ancienne commune du Calvados aujourd’hui dans Livarot-Pays d’Auge), une petite dizaine d’Hurtevent dans le Pas-de-Calais et autant de Hurlevent

L’appellatif vent est aussi utilisé en pays d’oc, où on trouve des noms identiques aux précédents et aussi le col des Très Vents à Saint-Gervais-sur-Mare (Hér.) exposé au cers ou terral, vent du nord, au grèc, vent du nord-est et au marin, vent du sud, tout comme le Puig des Très Vents au nord ouest du Canigou (P.-O.). Ce qui nous amène à des noms comme Les Treize Vents à Florensac et Pézennas (Hér.) qui sont sans doute des altérations de très vents. Le nom de la commune vendéenne de Treize-Vents, en fait « treize vans », avait, lui, été étudié dans ce billet.

Cependant, l’occitan a gardé quelques traces du terme aura (du latin aura, « souffle, vent ») dans des noms comme Toutaure à La Garde-Freinet (Var), le Bau de Quatre Aures à Toulon (id. – bau, contraction de balma, « escarpement rocheux et cavité ou grotte à sa base »), une vingtaine de Toutes Aures, les Mille Aures à Molières-Glandaz (aujourd’hui dans Solaure-en-Diois, Dr.) et Caudezaures au Soulié (Hér. – exposé au sud, d’où « les vents chauds ».). On rappellera les noms, à présent rectifiés, du col de Mylord, qui était des Mille Aures [ ce nom apparaissait sur une ancienne carte du Piémont dans la vallée de Bardonnèche ] et du Baou (rocher) de Quatre Heures, au nord de Toulon, qui est redevenu des Quatre Aures, noté aussi baou de 4-Oures sur la carte IGN.

Des adjectifs ont également été formés pour décrire des lieux exposés au vent. On trouve ainsi la Tête des Venteux (Saint-Sauveur, M.-et-M.), le Bout Venteux (Angerville-la-Martel, S.-Mar.)  ou encore le Puy Venteux (Chaum, H.-G) ; un Col Ventous (Villeneuve-Minervois, Aude), Les Ventous (Graissessac, Hér.), deux Puech Ventous (Rebourguil, Av. et Cazouls-lès-Béziers, Hér.) ; au féminin apparaissent la Ventouse (Gluiras, Ardc. Villa Ventosa au XIIè siècle), le Col de la Ventouse (Aydal, P.-de-D.), la Serre de la Ventouse (Thines, Ardc.) etc. et la commune de Ventouse (Char.  Ventosa en 1300, « la venteuse »). On se gardera bien entendu d’inclure dans cette série le nom du mont Ventoux dont la forme ancienne Vinturi et la prononciation locale Ventour orientent vers une étymologie sur la racine pré-indo-européenne *vent/*vint à valeur oronymique (cf. ce billet). Il en est peut être de même pour des toponymes tels Ventoulou (Lot), Ventalou (Cant.), Venterol (A.-de-H.-P. et Drôme), Ventavon (H.-A.) ou Ventalon de Saint-Maurice-de-Ventalon (Loz.).

Sur l’occitan aura ont été formés l’adjectif aurous qu’on retrouve dans le Mont Aurous (Hèches, H.-P. ; Chanac, Loz.) et l’Aurouse (à Die, Dr. ; Chomérac, Ardc. etc.) ainsi que l’adjectif auroux qu’on retrouve dans le nom de la commune d’Auroux (Loz.) et dans celui de plusieurs lieux-dits ou encore dans celui de Montauroux, commune du Var et de Saint-Bonnet-De-Montauroux, commune de Lozère.

« Cure d’air très estimable » : avec un nom pareil, c’est bien le moins !

D’autres dérivés de vent ont servi à nommer des lieux ventés. C’est le cas de l’occitan ventador, à l’origine de Ventadour, nom du château à Moustier-Ventadour (Corr.) et du  Château de Ventadour à Meyras (Ardc.), tous deux situés sur de hauts éperons rocheux ouverts à tous les vents et donc, implicitement, dominant tous les points cardinaux. Avec le sens de lieu venté favorable pour vanner le blé, on trouve  plusieurs sites nommés Ventadour en Corrèze, Puy-de-Dôme, Haute-Loire, Rhône et Haute-Vienne sans oublier le féminin Ventadouyre, sur la partie haute d’un versant au sud-est de Coupiac (Av.). D’autres dérivés comme Bentayou-Sérée (P.-A.), Bentaillou (Saint-Girons, Seintein, Ariège etc.) et Les Bantaillous (Les Plans, Hér.) ou encore le Ventail (Dussac, Dord. ; Alet-les-Bains, Aude), La Croix du Ventail (Gangs, Hér.) etc. évoquent également des lieux ventés et le vannage.

Nombreux ont été les lieux nommés à partir d’un verbe décrivant l’action du vent. Le premier de ces verbes est bien sûr souffler qui a donné par exemple Souffle-Vent à Vironvay (Eure), Souffle le Vent à Mauges-sur-Loire (M.-et-L.), la Gorge de Souffle-Cendres à Drumettaz-Clarafond (Sa.), le Pic des Souffles (La Chalp, Is.), le Souffle d’Éole à Ahuillé (May.) etc.

Sur le verbe occitan bufar d’origine onomatopéique signifiant « souffler », ont été formés  les noms du Sommet de la Buffe (Sassenage, Is.), des Buffes (Saint-Michel-de-Chabrillanoux, Ardc.), de la Buffa (Nice, A.-M., Lanslebourg-Mont-Cenis, Sav. etc.), la Buffaz (Saint-Michel-de-Maurienne, Bessans etc. en Savoie) et les noms suffixés collectifs de Buffières d’une commune de Saône-et-Loire et de plusieurs hameaux (Av., Loz., Dr. etc.), de Pierre-Buffière (H.-Vienne – qui n’est pas un Monsieur mais un rocher soumis au vent) et des variantes comme Buffalières (Saint-Victor-et-Melvieu, Av.) ou encore Buffarel (Mostuéjouls, id.).  On trouve également des noms comme Bouffevent (Noirétable, Loire ; Monbazillac,Dord. etc.), Bouffe-Vent (Léotoing et Agnat, H.-L. etc.), Bouffelaure (Berbezit et saint-Pal-de-Chalençon, id.). On se gardera d’ajouter à cette liste les noms du type Buffard, qui est un patronyme d’origine germanique Vulfardus, d’où Buffardière, et de Bouffémont (Val-d’Oise) qui est formé sur le nom d’homme germanique Buffo. 

Enfin, quelques expressions imagées ont été utilisées pour désigner des lieux soumis au vent. On commencera par la commune d’ Escornebœuf (Gers), L’Écornebœuf (à Folles,H.-V.), l’Escornebeou ( àSaubusse, Landes), l’Escorneboueou (à Bruges-Capbis-Mifaget, P.-A.) et Escornebiaus (Arzens, Aude), tous endroits où  il souffle un vent « à décorner les bœufs. On poursuivra avec le col de Fioule-Bise (à Issenlas, Ardc. – occitan fiola bisa « siffle bise ») et le Buffefri (au Rouget, Cant. – « souffle froid »). Les Vente Farine (un col à Fontjoncouse, Aude ; un hameau à Alaigne, Aude ; à Pailhès, Ariège etc.) ou la Couillade de Ventefarine (Saint-Paul-de-Fenouillet, P.-O. – pour couillade, voir ce billet) étaient des lieux exposés au vent donc propices au vannage. Le vent ne soufflait pas bien fort à Vente-Plume (Puylaroque, T.-et-G. ; Pouy-Roquelaure, Gers) mais suffisait à y faire tourner des moulins. Quant aux noms de Vente-Cul (Séderon, Dr.) du Col de Vente-Cul (Lus-la-Croix-Haute, Dr. ; La Roche-des-Arnauds, H.-A.) et de la Serre de Vente-Cul (Saint-Étienne-de-Lugdarès, Ardc.), ils sont formés avec la racine oronymique pré-indo-européenne *kuk (celle de la commune lotoise de Montcuq) qui, incomprise, a subi l’attraction du mieux connu cul.

Les devinettes

Une fois de plus, n’ayant pas pu choisir, je vous propose deux devinettes. Dans les deux cas il s’agit d’un toponyme utilisant une location verbale pour désigner de manière imagée un endroit où souffle le vent, comme Escornebœuf par exemple.

Situé dans une grande ville, le premier de ces toponymes désigne un ensemble de pointes rocheuses au pied d’une colline où se dressait un château et la voie qui les longe.

Avant de prendre son nom imagé actuel, l’endroit était appelé par un mot de la langue locale désignant justement ces pointes rocheuses ; ce nom est resté pour nommer une rue voisine.

Ici, le vent n’écorne pas les bœufs, mais ça décoiffe quand même !

Pour la ville elle-même :

Le deuxième toponyme concerne un col et exprime, dans un langage fort peu châtié, d’où vient le vent.

La ville où il se situe doit son nom à un très vieux mot désignant une hauteur accompagné du nom d’un végétal.

Le nom du bureau centralisateur du canton est celui d’un endroit particulièrement caillouteux.

Pour le chef-lieu d’arrondissement :

Réponses attendues chez leveto@sfr.fr

Champceau : la répàladev du 23 novembre 2025

 Un Intrus est resté le seul à trouver la solution de ma dernière devinette. Bravo à lui tout seul, donc !

Il fallait trouver Champceau, nom d’un lieu-dit de Saint-Martin-du-Lac (Saône-et-Loire) et de Cornusse (Cher) – et aussi de La Roche-Vanneau (C.-d’Or) et d’Iguerrande (Cher).

 Champceau à Saint-Martin-du-Lac

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Saint-Martin-du-Lac, ici :

Champceau, là, en bas :

Champceau : le nom de ce lieu-dit est attesté au XIè siècle in villam Cancellas cum appendiciis suis (« dans le domaine de Cancellas et ses annexes »). On reconnait dans Cancellas un dérivé du latin cancelli, « treillis, barreaux », pour indiquer que le domaine était clos par une palissade. L’étymologie populaire a fait de ce nom un campicellum, un « petit champ ».

Saint-Martin-du-Lac : Saint-Martin est bien entendu saint Martin de Tours. L’appellatif « du Lac » est une référence à la présence ancienne d’un lac ou d’une grande étendue d’eau. On sait que le cours de la Loire s’est modifié dans le temps ; ce qu’on appelle aujourd’hui le ruisseau de la Digue était un ancien bras de la Loire. Entre cette dernière et cette digue s’étendait un lac à l’emplacement actuel de l‘Île (cf. la carte ci-dessus).

Paray-le-Monial (canton) : « Le nom de la ville est attesté au féminin ad Paredam villam en 873-76 mais c’est le masculin Peredus qui l’emportera dès 901. Ce nom est issu du latin paries, « mur ». Cet appellatif était utilisé au Moyen Âge pour nommer des anciennes mottes castrales qu’on entourait de murs ou de nouveaux châteaux. On a trouvé à Paray-le-Monial des vestiges d’une motte castrale » (DNLF*) (cf. la notice wiki dont je suis l’auteur).

Charolles (arrondissement) : en 2021, lors d’une répàladev, j’écrivais que le nom est attesté Cadrella au XIè siècle, dérivé du latin quadrum, « carré », donnant *quadrella (villa), « (ferme) carrée » — Du Cange donne quadrellus (later) pour « (brique) carrée ». Il y a eu changement du suffixe –elle pour –olle.  (TGF*).  On connait également les formes Kadrela vico en 924 puis Carrellae en 1098-1106, qui ont été comprises comme « petit champ » ou « coin d’un champ ».

Champceau à Cornusse

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Cornusse, ici

Champceau(x), là

Champceau : le nom est attesté Sant Cens XIIIè s, à lire *Sant Ceus, puis Sanctus Census en 1327, à lire *Ceusus, et enfin Sancelle en 1422, du latin lat cancelli « barreaux, grille » pour, là aussi, désigner un champ clos. Il y a eu attraction de l’oïl saint remplacé tardivement par champ.

Cassini écrivait  Sansçeaux Ruiné (feuille 10, Bourges, 1760)  tandis qu’on trouve le nom au pluriel Champceaux sur la carte d’état-major (1820-66) et sur la carte IGN.

Cornusse : « Le nom de la commune est attesté Cornossa en 1150 et Cornussa en 1191, du nom d’homme latin *Cornutius et suffixe féminin –a, pour *Cornutia (terra ou villa) » (TGF*) (cf. la notice wiki dont je suis l’auteur).  Le nom *Cornutius est dérivé de Cornicen, « sonneur de cor ».

Saint-Amand-Montrond : après la fondation d’une abbaye au VIè siècle, une église a été fondée là puis dédiée à saint Armand, ermite en Berry devenu évêque de Maastricht et fondateur du monastère d’Elnon à côté de Saint-Amand-les-Eaux (Nord). Sur la hauteur voisine fut bâtie une motte castrale au XIè siècle, appelée castellum de Monte Rotundo en 1286, du latin mons, « mont » et  rotundus , « rond ». Devenu paroisse, le futur village de Montrond s’appellera Vieil Château en 1786. Autour de l’église dédiée à saint Amand s’est développé un village appelé sanctus Amandus en 1096. Par la suite, dès 1400, le nom du village est muni d’un déterminant : Saint Amand Laillier : le territoire est un gros producteur d’ail et des dîmes sont perçues sur sa culture. En 1766, le village s’appellera Saint Amand en Bourbonnais : il est en effet situé à la limite du Bourbonnais, aux confins du Berry et fera partie des quelques paroisses bourbonnaises qui seront jointes à la partie haute du Berry pour constituer en 1790 le département du Cher. À partir du XVIIIè siècle, on accolera le nom du village de Montrond à celui de saint Amand qui deviendra Saint Amand Mont Rond en 1767-68 (chez Cassini), mais cette appellation ne sera officialisée qu’en 1943. En l’an II, on baptisera la ville Libreval, d’un adjectif « révolutionnaire » et de val, antonyme de mont

  Les indices

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 La cible hexagonale représente la France, la flèche pointant vers Saint-Amand-Montrond, une des villes revendiquant le titre de centre de la France. La cible est placée sur un panneau de bois carré  comme Charolles.

 Flic Story (Jacques Deray, 1975) raconte la traque, par l’inspecteur Borniche, d’Émile Buisson (1902-1956), né à Paray-le-Monial.

 Ce sonneur de cor devait évoquer Cornutius, à l’origine du nom de Cornusse.

Un moine passant devant un mur : Paray-le-Monial, bien sûr.

« Cette case de bédé dessinée par Gotlib ne valait que si on s’arrêtait sur le nom de l’inspecteur Charolles. Je l’ai trouvée si adaptée pour servir de maigre indice que je n’ai pas pu résister ! » (recyclage d’une ancienne devinette).

  L’assaut de la tour Malakoff (image d’Épinal) : on trouve une Tour Malakoff à Saint-Amand-Montrond « érigée par le général-marquis de Rochechouart-Mortemart en l’honneur des troupes victorieuses de Napoléon III durant la campagne de Crimée. Elle porte la mention « Gloire immortelle à l’Armée d’Orient – 8 septembre 1855 » ».

Les indices du mardi 18 novembre 2025

Un Intrus m’a déjà donné la réponse à ma dernière devinette. Félicitations !

Rappel de l’énoncé :

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine lié au mot du jour [chancel, cancel].  Il apparait quatre fois dans le fichier officiel FANTOIR, mais je ne vous parlerai que de deux d’entre eux pour lesquels nous disposons des formes anciennes du nom qui rendent leur étymologie indubitable.

█ La commune C1 porte le nom d’un saint accompagné d’un nom relatif à une ancienne étendue d’eau.

Le nom du bureau centralisateur du canton BC1 fait référence aux murs qui en ceignaient la motte castrale originelle. Il est accompagné d’un adjectif relatif à une partie de ses habitants.

Le nom du chef-lieu d’arrondissement A1 est issu de la forme du domaine d’origine.

█ La commune C2 doit son nom à celui d’un homme latin.

Le chef-lieu d’arrondissement A2 porte le nom d’un saint accompagné de celui de son relief principal.

♦ Un indice pour A1 et A2

♦ Un indice pour BC1

♦ Un indice pour C2

Les indices du mardi

■ pour BC1

.

■ pour A1

■ pour A2

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Chancel, chancelade etc.

Le pluriel latin cancelli, qui désignait des « barreaux, treillis, balustrades », est à l’origine de l’ancien occitan cancèl/chancèl qui a désigné des réalités identiques : clôture du domaine proche de châteaux et d’abbayes, mais aussi herse de portes de villes, grille ceinturant le chœur d’une église, etc. Au Moyen Âge, cancel a pu aussi parfois désigner un quartier clos de confinement, notamment pour les Juifs, comme le Cancel de Genève, lieu de résidence obligatoire pour les Juifs de 1428 à 1490. 

Le verbe chanceler a d’abord eu le sens de disposer des barreaux ou un treillis, une clôture. Son participe passé a également donné lieu à un dérivé occitan cancelada/chancelada désignant l’étendue de la terre enclose, chancelée.

Plusieurs communes portent des noms issus de cette racine. Il s’agit, en domaine d’oïl, de Chanceaux (C.-d’Or, Cancellis en 841), de Chanceaux-sur-Croisille (I.-et-L, villa Cancellis au Xè siècle), de  Chanceaux-près-Loches (I.-et-V., Chanceos au XIIIè siècle) et de l’ancienne Chanzeaux (M.-et-L., Concellis vers 1080 et de Cancellis en 1150 – et non, pas de boucherie ici), aujourd’hui dans Chemillé-en-Anjou. En domaine d’oc, il s’agit de Chancelade (Dord., Chanselada en 1233) et de Champcella (H.-A. , Chanselata au XIIIè siècle, puis attraction de champ).

C’est bien entendu dans la micro-toponymie qu’on retrouve le plus grand nombre de dérivés de cancel/chancel.

Chancel est ainsi représenté une cinquantaine de fois contre moins de vingt pour Cancel. La plupart du temps, il s’agissait d’une grille, d’une clôture marquant une limite mais, on l’a vu, il pouvait aussi s’agir de la porte d’une ville comme la Porte du Cancel ou du Cancèu, à Beaucaire (Gard). Aix-en-Provence (B.-du-R.) et Les Vans (Ardc.) ont une rue du Cancel. Les noms de familles Cancel ou Chancel peuvent aussi bien désigner le préposé à la fermeture et à l’ouverture de la porte de la ville qu’un nom de lieu d’origine. Il en est de même pour le nom du Chancelier qui pouvait n’être qu’un huissier ou un garde des sceaux et dont on retrouve le nom dans quelques lieux-dits Chancelier, dans une vingtaine de Chancelière et Chancellière ou encore dans une vingtaine de Chancellerie, tous marquant la propriété d’un nommé Chancel ou Chancelier ou bien l’endroit où étaient conservées les clefs et les sceaux de la ville. Sur Cancel ont été formés les équivalents Cancelle, Cancelier et Cancelière, également à l’origine de quelques toponymes. On ajoutera le nom chancerelle, formé par dissimilation du l en r, désignant la petite grille protégeant l’entrée d’une habitation, d’où le lieu-dit Chancerelle à Linxe (Landes) et le patronyme Chancerelle, bien connu des amateurs de sardines en boîte.

Les noms de lieux formés sur le participe passé, pour désigner une terre enclose, sont également présents sous plusieurs formes. C’est ainsi qu’on trouve une dizaine de Chancelée en Charente-Maritime, Deux-Sèvres, Indre-et-Loire, Indre et Loir-et-Cher, quelques Chancelé dans le Centre-Val-de-Loire, accompagnés par quelques Cancelade en Aveyron, Cantal, Bouches-du-Rhône et Var  et plusieurs Chancelade en Dordogne, Corrèze, Puy-de-Dôme (dont l’Étang de Chancelade, entre Charensat et Montel-de-Gelat), Lozère et Haute-Loire. On rajoutera à cette liste quelques noms comme Chancelay (à Bessey-la-Cour, C.-d’Or, Cancelladus en 852 ; à Pleumarin, Vienne etc.) Chancelaye (à Barcelonnette, A.-de-H.-P.), Chancelas (Ubaye-Serre-Ponçon, A.-de-H.-P.). Ayant subi l’attraction de champ, on trouve les noms de Champcel (Artonne, P.-de-D.), Champcella (Saint-Chaffrey et La Salle-les-Alpes, H.-A.), Champcelas (Ubaye-Serre-Ponçon, A.-de-H.-P.) et Champcelée (Suilly-la-Tour, Nièvre). 

L’Étang de Chancelade : vaut le détour.

Plus rares, des diminutifs apparaissent dans des noms comme Chancelet ( Neuville et Youx, P.-de-D. ; Domérat, Allier), Chancelettes (Arzenc-de-Randon, Loz.), Cancelet (Saint-Geniès, Dord. ; Moidieu-Détourbe, Is.), Cancelette (Marcelcave, Somme), Chancelot (Courcelles-en-Montagne, H.-Marne ; Sainte-Sabine, C.-d’Or), Chancelotte (Loches-sur-Ource, Aube)  ou encore Chancelin (Baugé-en-Anjou et Le Vieil-Baugé, M.-et-L. ; Curtil-sous-Burnand, S.-et-L.) et Chanceline (Flassans-sur-Issole, Var) etc. Tous ces noms peuvent également être des noms de familles.

La devinette

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine lié au mot du jour.  Il apparait quatre fois dans le fichier officiel FANTOIR, mais je ne vous parlerai que de deux d’entre eux pour lesquels nous disposons des formes anciennes du nom qui rendent leur étymologie indubitable.

█ La commune C1 porte le nom d’un saint accompagné d’un nom relatif à une ancienne étendue d’eau.

Le nom du bureau centralisateur du canton BC1 fait référence aux murs qui en ceignaient la motte castrale originelle. Il est accompagné d’un adjectif relatif à une partie de ses habitants.

Le nom du chef-lieu d’arrondissement A1 est issu de la forme du domaine d’origine.

█ La commune C2 doit son nom à celui d’un homme latin.

Le bureau centralisateur du canton BC2 chef-lieu d’arrondissement A2 porte le nom d’un saint accompagné de celui de son relief principal.

♦ Un indice pour A1 et BC2 A2

♦ Un indice pour BC1

♦ Un indice pour C2 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Les répauxdev du 15 novembre 2025

  Seul Un Intrus a trouvé les réponses à mes dernières devinettes. Bravo à lui tout seul !

 

 Il fallait trouver le quartier et l’impasse Soulagi aux Pennes-Mirabeau, du canton de Gardanne des Bouches-du-Rhône.

Les Pennes-Mirabeau, ici :

Soulagi : le nom du lieu-dit est écrit Soulage sur la carte de Cassini (feuille 123, Aix-en-Provence, 1779) et Soullagi sur le cadastre napoléonien 1833 qui mentionne également le chemin de Soullagi. On comprend sans difficulté qu’il s’agissait d’un soulage comme ceux vus dans le billet. Le –i final est sans doute une tentative de rendre la prononciation locale.

(carte de Cassini, 1779 – Soulage en haut à droite)

(cadastre napoléonien de 1833 – Soullagi et Chemin de Soullagi)

Les Pennes-Mirabeau :

Pennes : le nom est attesté in Pennicis et Pennas en 1047, de la base pré-indo-européenne *penn désignant un rocher escarpé, une crête de montagne, un rempart rocheux, à l’origine des gaulois pennus, « pointu » et penis, « pointe » et de l’occitan pena, « rocher, pignon, pinacle ». Cf. ce remarquable article. Le pluriel serait mis ici pour désigner les deux crêtes rocheuses au sommet du vieux village.

Mirabeau : après avoir porté en 1900 le nom de Pennes-Voltaire, la commune fut officiellement baptisée en 1902 Pennes-Mirabeau du nom de Gabriel-Honoré Riquetti de Mirabeau (1749-1791), qui vécut au château familial de Mirabeau en Vaucluse. Un érudit local, majoral du Félibrige, Maurice Rippert, expliquait le nom par l’occitan mira beu, arguant du fait que, du château de Vento, la vue était sublime. 

Gardanne  :  comme je l’ai écrit sur la page wiki, trois hypothèses ont été formulées pour expliquer le nom de Gardanne. Ce nom serait composé du germanique gart,  signifiant « jardin », et de ana, provenant du latin, signifiant « marais » ou « eau », d’où le sens de « terre fertile » (DENLF*). Cependant, le nom de Gardanne, attesté Gardana en1022 et Guardana en 1034, pourrait être issu du nom de personne germanique Werdan suffixé au féminin –a pour *Wardana (villa ou terra) (TGF*). Enfin, une autre hypothèse fait venir le nom de Gardanne de la racine pré-indo-européenne *gar, attachée à l’idée de « pierre, rocher », allongée en –dana, comme pour le roc de Jardane près de Serres (Hautes-Alpes) (DNFLMF*).

Le Petit papa Noël (vidéo) était là pour son compositeur Henri Martinet, qui vécut aux Pennes Mirabeau dont un théâtre porte le nom.

 Des plumes Mirabeau. Les pennes sont des plumes…

 Il fallait trouver Solagues et Solagues-École à Saint-Hippolyte, dans le canton Lot et Truèyre, dont le bureau centralisateur est Espalion, dans l’Aveyron.

Saint-Hippolyte, ici 

Solagues et Solagues École , à gauche :

Solagues et Solagues-École : sans surprise, ces noms sont des variantes de soulage vu dans le billet. 

Saint-Hippolyte : considéré comme le grand docteur de l’Église au IIIè siècle, le prêtre Hippolitus de Rome déclencha un schisme dans la communauté chrétienne de  la ville et entra en conflit avec le pape. En 235, à la fin du règne de Sévère Alexandre, il fut exilé en sardaigne avec le pape Pontien avec qui il se réconcilia. Ils y moururent à la suite des durs travaux des mines (de fer ou de plomb) auxquels ils étaient condamnés.

■ canton de Lot et Truyère : ce canton porte le nom des deux rivières qui y coulent.

Espalion : j’ai écrit sur wiki : « le nom de la ville est attesté Speleu et Speleuvo vers 997-1031 puis ad Espeleu vers 1169. Il est formé sur la racine pré-celtique *spal-, « pic, falaise », en référence à la hauteur de Calmont qui domine la ville. Le suffixe –evo est celtique et aurait dû aboutir à *Espalieu. Cependant, au XIVè siècle le suffixe a été changé pour –onem, d’où les formes Spalio et Spelio attestées en 1383 et Espaleo en 1510 qui ont abouti au nom actuel (DNFLMF*) ».

 Des chevaux en liberté pour rappeler le nom d’Hippolyte, du grec  hippo , « cheval », et lyte « qui délie, qui libère ». La Camargue était une fausse piste, bien sûr.

 Tintin en scaphandre : Espalion  héberge un musée du Scaphandre.

 

 

 

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*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Les indices du mardi 11 novembre 2025

Pas de réponses à mes dernières devinettes. Tout le monde fait le pont ?

L’énoncé de la première devinette :

Le toponyme T1 à trouver [lié à « soulage »], présent dans le fichier FANTOIR pour nommer un lieu-dit et une impasse, n’apparait pas sur la carte IGN actuelle, était oublié par l’état-major, mais était connu de Cassini et du cadastre napoléonien.

La commune qui l’abrite porte un nom en deux parties séparées par un trait d’union. La première est issue d’un oronyme pré-celtique. L’origine de la seconde partie, ajoutée au début du siècle dernier pour éviter des confusions avec des homonymes, a été oubliée ou perdue : il pourrait s’agir d’un patronyme ou d’un nom à valeur laudative.

L’origine du nom du bureau centralisateur du canton fait elle aussi l’objet de plusieurs hypothèses : une racine oronymique pré-indo-européenne ; un nom d’homme germanique ; un nom d’origine germanique signifiant « sol humide, fertile ».

Un indice, pour la commune :

https://www.youtube.com/watch?reload=9&v=WQushjP2Wqk

L’ indice du mardi :

L’énoncé de la deuxième devinette :

Le toponyme T2 [lié à « soulage »] sert à nommer deux lieux-dits d’une même commune, le nom de l’un d’entre eux étant complété par celui d’un bâtiment.

Parmi les douze communes qui portent le nom du même saint, celle qui abrite T2 a choisi, comme sept autres, de ne pas se différencier par un déterminant.

Le canton porte un nom doublement hydronymique. Le nom de son bureau centralisateur est une référence, à partir d’une base pré-celtique, à la hauteur qui le domine.

Un indice, pour la commune :

L’ indice  du mardi :

Réponses attendues chez leveto@sfr.fr

Soulages

En février dernier, lors d’une « répàladev » consacrée à Montsuc situé à Soulages (Cantal), j’écrivais ceci à propos de ce dernier toponyme :

Nous disposons des formes anciennes suivantes du nom de Soulages : Solatges au XIVè siècle, Sollatges en 1401, Soulatges en 1610, Soulaiges en 1625, Soulaige en 1671, Sollages en 1730, Solages en 1784 et enfin Soulages sur la carte de Cassini en 1779 (Émile Amé, Dictionnaire topographique du Cantal, 1897). Ce nom provient du pluriel de l’occitan solatge, « dépôt, sédiment, vase » pour désigner des champs en plaine alluviale (TGF*). L’occitan utilise le terme solatge pour désigner des sédiments plus ou moins tourbeux ; en Gévaudan le terme désigne des « tourbières ». Le sens général est celui de « couverture du sol par une terre sédimentaire », c’est-à-dire « terre limoneuse déposée au cours des crues de rivières », d’où le sens plus général de pré ou champ fertile au sol léger et facile à travailler (DNFLMF* ; TNO*).

et j’ajoutais :

Le Trésor du Félibrige définit soulage, soulatge par « résidu, sédiment d’un liquide, vase d’une eau bourbeuse ». Le Dicodòc définit solatge par « dépôt, sédiment, vase ». Le dictionnaire catalan-français dictionnari.cat définit le même solatge par « dépôt ».

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Discussion

Mais (ben oui, il y a des « mais », sinon à quoi bon un nouveau billet ?) si la majorité des toponymes du type Soulage se trouvent en pays d’oc, il en est quelques uns en pays d’oïl (I.-et-V., Indre, I.-et-L., Jura, M.-et-L., Manche, Meuse) et, si une grande partie de ces mêmes Soulage se trouvent en zone alluviale, il en est d’autres situés loin de tout cours d’eau, voire en altitude. Quelles réflexions ces exceptions nous imposent-elles ?

Un petit tour vers les dictionnaires autres que ceux mentionnés ci-dessus nous donne quelques pistes. Le Godefroy, à l’entrée Soulage, -aige, solage, solatge donne le sens de « sol, terrain » (définition reprise dans le Littré) et se fait plus précis en donnant pour Solage le sens de « sol, terrain, terroir » en Normandie, Poitou, Beauce et Perche. Il cite également par exemple le Manière de bien cultiver la vigne... (Jacques Boullay, 1723 – en ligne) :

À la même entrée Soulage, Godefroy ajoute le sens de « sorte de droit » sans plus de précision.

Le Pégorier donne la même définition de « sol, terrain, terroir » pour solage et soulage.

On comprend que le sens de « sol, terrain » pourrait bien entendu expliquer tous les toponymes du type Solage ou Soulage et notamment ceux des pays d’oïl, tandis que la forme Soulatge, avec le –tg– ou -tj- transcrivant la prononciation, serait réservée aux pays d’oc. 

Quant à la « sorte de droit » mentionnée par Godefroy, il s’agirait soit d’une sorte de taxe foncière soit, plus sûrement, de la redevance payée, le plus souvent en nature – lait, fromage ou agneaux – pour le pacage des moutons le long des chemins de transhumance, une sorte de complément au pulvérage, taxe sur la poussière soulevée par les troupeaux qu’on a vue passer dans le billet précédent [d’où l’idée du billet d’aujourd’hui !]. Les lieux nommés Soulage(s) désigneraient l’emplacement des postes de péage le long des drailles de transhumance (André Soutou, Soulage, nom de lieu languedocien lié à la transhumance depuis le VIIIe siècle, in Nouvelle revue Onomastique, 1996, tome 27-28, pp. 75-85). S’il est vrai que la très grande majorité des lieux-dits Soulage(s) ou Soulatge(s) se trouvent entre Rhône et Garonne et peuvent correspondre à de tels péages, d’autres, notamment ceux des pays d’oïl, peuvent avoir « le sens plus général de pré ou champ fertile au sol léger et facile à travailler ».

Une autre étymologie a été proposée qui fait de Soulage un « lieu exposé au soleil » (J.-P. Chambon, Lat. rég. *solāt ( i )cu : un partenaire de lunāticus conservé dans la toponymie de la Gaule méridionale, 2015, en ligne). Cette hypothèse se heurte au fait que ce sens, s’il a jamais existé, n’aurait laissé aucune autre trace que toponymique : aucun des trois dictionnaires cités plus haut ne donne ce sens et, sur la racine sol, « soleil », l’occitan ne connait que le soulan, « pente exposée au Midi », particulièrement employé dans le Gers selon F. Mistral ou encore de soleihada, à l’origine par exemple du nom des Soulades à Félines-Minervois (Hér.). Ailleurs, on parle le plus souvent d’adré, d’adreich, d’adreit ou d’adret.

Conclusion : certains de ces toponymes peuvent avoir eu le sens tout à fait ordinaire  de « sol, terrain », d’autres le sens de « champ en zone alluviale ; terre fertile » et d’autres enfin, celui de lieu où était perçue une taxe, foncière ou sur la transhumance. Seule une étude au cas par cas de chacun de ces toponymes [on compte103 Soulage(s), 14 Soulatge(s) , 12 Solage(s) etc.], comme celle réalisée par André Soutou pour certains d’entre eux, permettrait d’en définir le sens précis.

Un peu de toponymes ? Allez, zou !

Trois communes portent un nom issu de soulage. Il s’agit de Soulages dans le Cantal (Solatges au XIVè siècle et Solagia en 1393), de Soulages-Bonneval dans l’Aveyron (parochia de Solatgio en 1349) et, avec la forme phonétique, de Soulatgé dans l’Aude (Soladgue en 1073).

N’ayons pas peur des mots : Avenue de Rouffiac

Les lieux-dits portant le nom de Soulage(s) sont, on l’a dit au nombre de 103, parmi lesquels on relèvera Soulages à Lasalle (Gard) qui était de Solaticis en 1345,  Beau Soulage à Saint-Paterne-Racan (I.et-L.) qui était Beau Solage en 1766 sur la carte de Cassini, soit le « beau terrain », Soulage à Saint-Andéol-de-Fourchades (Ardc) qui était Solatgio en 1367 ou encore Soulage à Saint-Martin d’Ollières (P.-de-D.) situé à 876 m d’altitude, loin de tout dépôt alluvial. On leur ajoutera les diminutifs Soulagets (Saint-Maurice-Navacelles, Hér.) et Soulagettes (Vêtre-sur-Anzon et Saint-Thurin, Loire), ainsi que La Soulagerie (Liffré, I.-et-V. ) qui montre que le toponyme est passé à l’habitant d’où ici le nom de famille Soulage et sa propriété la Soulagerie. À propos des patronymes (et puisque nous avons encore un peu de temps), je suppose que vous connaissez tous André Soulages, le « peintre du noir et de la lumière », mais connaissez-vous André Soulage, un résistant des FTP qui a sa rue à Bordeaux et Gabriel Soulages, un écrivain qui a la sienne à Albi ? Quant à  Arsène Soulage, dont une rue de Viviez (Av.) garde la mémoire, mystère. Et je n’oublie pas la famille de Soulages, originaire du Rouergue, dont les armes parlantes montrent un sol agens, « un soleil agissant », c’est-à-dire « rayonnant » :

Les noms de lieux ayant gardé la forme phonétique ne sont que onze au singulier Soulatge et trois au pluriel Soulatges : six dans l’Aude, six en Ariège, un dans l’Hérault et le dernier en Lozère.

Enfin, on note quelques variantes beaucoup plus rares comme Solage (deux dans l’Indre et un dans le Puy-de-Dôme), Solages (six en Aveyron et trois dans le Tarn), Le Sollage (un dans la Vienne, à Moussac) et Les Sollages (un dans l’Indre, à Saint-Civran).

Et, puisque tout doit finir en chanson :

(vous l’avez ? )

Les devinettes

N’ayant pu me résoudre à choisir, je vous propose aujourd’hui de chercher deux toponymes liés au mot du jour.

Le toponyme T1 à trouver, présent dans le fichier FANTOIR pour nommer un lieu-dit et une impasse, n’apparait pas sur la carte IGN actuelle, était oublié par l’état-major, mais était connu du cadastre napoléonien et de Cassini.

La commune qui l’abrite porte un nom en deux parties séparées par un trait d’union. La première est issue d’un oronyme pré-celtique. L’origine de la seconde partie, ajoutée au début du siècle dernier pour éviter des confusions avec des homonymes, a été oubliée ou perdue : il pourrait s’agir d’un patronyme ou d’un nom à valeur laudative. 

L’origine du nom du bureau centralisateur du canton fait elle aussi l’objet de plusieurs hypothèses : une racine oronymique pré-indo-européenne ; un nom d’homme germanique ; un nom d’origine germanique signifiant « sol humide, fertile ».

Un indice, pour la commune :

Le toponyme T2 à trouver sert à nommer deux lieux-dits d’une même commune, le nom de l’un d’entre eux étant complété par celui d’un bâtiment.

Parmi les douze communes qui portent le nom du même saint, celle qui abrite T2 a choisi, comme sept autres, de ne pas se différencier par un déterminant.

Le canton porte un nom doublement hydronymique. Le nom de son bureau centralisateur est (selon l’hypothèse la plus consensuelle) une référence, à partir d’une base pré-celtique, à la hauteur qui  le domine.

Un indice, pour la commune :

Réponses attendues chez leveto@sfr.fr

Pouveroux à Saint-Genès-la-Tourette (P.-de-D.) : la répàladev

Un Intrus et LGF sont les seuls à avoir résolu ma dernière devinette. Bravo à tous les deux !

Il fallait trouver le lieu-dit Pouveroux de Saint-Genès-la-Tourette, dans le canton de Brassac-les-Mines de l’arrondissement d’Issoire (Puy-de-Dôme).

Saint-Genès-la-Tourette, ici :

Pouveroux, là, en bas à droite :

Les toponymes

Pouveroux : ce nom est issu de l’occitan polvèra, « poussière » accompagné du suffixe de qualité –oso, soit « le poussiéreux ».

Saint-Genès-la-Tourette

Saint-Genès : du nom Genesius de plusieurs saints dont un martyr à Thiers en Auvergne au IIIè siècle, un martyr à Rome sous Dioclétien et un archevêque de Lyon au VIIè siècle.

la Tourette : il s’agit d’une petite tour de garde édifiée au XIIIè siècle

Brassac-les-Mines

Brassac : attesté Braciacus au IXè siècle, du nom d’homme gaulois Bracus latinisé en Bracius et suffixe –acum.

les Mines : ce complément, adopté en 1887, rappelle le passé minier de la ville qui a exploité le charbon dès le XVIIè siècle et jusqu’en 1978, date de fermeture du puits Bayard.

Issoire : comme je l’écrivais dans un article à propos du gaulois *durum, « citadelle » (et comme je l’ai ajouté à la rubrique « toponymie » de la page wiki) le nom d’Issoire, attesté Iciodurum au VIè siècle, vient du gaulois Iccius (dérivé de *spiko, « le pic, oiseau », avec amuïssement habituel du –p– initial en gaulois).

Les indices

■ ce chevalement devait rappeler le passé minier de Brassac-les-Mines.

 ■ Woody Woodpecker, le pic-vert, pour rappeler l’étymologie d’Issoire.

■ « Ah, non, merde !, à propos du putain de petit bâtiment, je ne peux pas vous en dire plus, bordel ! » : cette phrase truffée de gros mots devait évoquer le syndrome Gilles de La Tourette (SGT). Et oui, je sais, ce n’est pas le symptôme le plus représentatif mais c’est celui que tout le monde connait.

■ « Et si vous n’avez pas d’idée pour le chef-lieu d’arrondissement, demandez donc à vos copains … » :   les copains en question devaient rappeler le roman de Jules Romains, dans lequel Les Copains s’essaient aux bouts rimés sur Issoire -passoire et Ambert-camembert. (lire ici).