Après avoir étudié les verbes et les noms des étoffes, des couleurs et des danses issus d’un toponyme, je m’intéresse aujourd’hui aux roches et minéraux dont le nom est de même origine.
En réalité, le billet d’aujourd’hui complète un billet publié il y a déjà plus dix ans intitulé Sous les pierres, la devinette, dans lequel je passais en revue une quinzaine de noms de pierres formés sur un toponyme accompagné du suffixe bien connu –ite et complété par cet autre billet intitulé De quelques autres pierres qui en recensait neuf autres. Mais ces noms ne sont pas les seuls : j’en ai trouvé une dizaine d’autres formés avec le même suffixe et près de trois fois plus formés différemment !
- Andésite : cette roche volcanique, noire ou grise, doit son nom à la cordillère des Andes où elle a été identifiée.
- Ardennite : ce silicate a été décrit en 1872 par Lasaulx et Bettendorf. Il a été baptisé du nom de l’Ardenne belge (gaulois ardu, « haut » et suffixe –enna) où il a été découvert à Salmchâteau, un village de la commune de Vielsalm, située en région wallonne dans la province de Luxembourg
- Cantalite : nom d’une variété de quartz qu’on trouve dans le Cantal. Cantalit est le nom donné en 1808 par le minéralogiste allemand Dietrich Ludwig Gustav Karsten.
- Ilménite : cet oxyde naturel de fer et de titane se trouve en grande quantité dans des schistes cristallins autour de l’Ilmen, un lac russe proche de Novgorod (du balto-finnois Ilmajärvi, « lac aérien »)
- Kolwezite : ce carbonate hydroxylé de cuivre et de cobalt doit son nom (donné en 1980) à la mine de Kolwezi en république démocratique du Congo (d’une langue luba : kolwe, « sanglier » et zi , « lieu »).
- Montmartrite : on trouve ce nom dans le Littré qui écrit : « variété de gypse calcarifère que l’on trouve à Montmartre, près de Paris, et qui résiste à des intempéries de saison que le gypse commun ne pourrait supporter ». On aura remarqué que, pour Littré, Montmartre (vvlt) est « près de Paris » : la future « commune libre » ne fut en effet rattachée à la capitale qu’en 1860. Le nom de montmartrite avait été donné par Jean-Claude Delaméthairie (1743-1817).
- Montmorillonite : ce minéral argileux, à base de silicate d’aluminium et de magnésium hydraté, doit son nom à la commune de Montmorillon (Vienne – de mont et nom propre Morillon) où se trouvait un filon aujourd’hui épuisé. On lui donne aussi le nom de Terre de Sommières, du nom d’une commune gardoise où on la trouve en quantité.
- Ottrelite : ce silicate de couleur verte à vert-jaune doit son nom à Ottré, un village de la commune belge de Vielsalm située en région wallonne dans la province de Luxembourg, où il a été découvert – comme l’ardénite vue plus haut.
- Palagonite : ce mélange de minéraux produits par l’altération, en interaction avec l’eau, de matériaux volcaniques vitreux de nature basaltique, a été baptisé palagonite par Bunsen (1811-1899) parce qu’il se rencontre dans les formations volcaniques de Palagonia, en Sicile (wiki).
- Tanzanite : cette pierre semi-précieuse extraite en Tanzanie (vvlt) subit sur place un traitement thermique prolongeant un phénomène naturel des pays chauds transformant sa couleur de manière irréversible.
- Trimounsite : ce très rare silicate d’yttrium et de titane doit son nom à la localité de sa découverte, le grand gisement de talc de Trimouns (occitan tres monts, « trois monts » ) en Ariège (wiki).
Et les autres ? Les voici :
- Agate : il s’agit d’une variété de quartz très dur aux couleurs très variées dont on fait des billes si elle est commune mais qui est aussi employée en joaillerie si elle de belle qualité. Selon Pline l’Ancien, son nom vient de celui d’une rivière sicilienne, l’Achates, près de laquelle on en trouvait en abondance et aujourd’hui appelée Dirillo. On écrivait acate, au XIè siècle, de manière étymologiquement plus correcte mais, par contamination du latin agapis (lui-même par corruption d’achates) le mot sera écrit par la suite agate.

Agate (the blues)
- Boghead : cette houille dure, intermédiaire entre le charbon et le schiste bitumeux et qui laisse beaucoup de cendres, doit son nom au village écossais de Boghead ou Bog Head, « tête du marais ». On l’appelle aussi torbanite, d’après Torbane Hill près de Bathgate, toujours en Écosse.
- Cadmie et calamine : cadmie est le nom qu’on donnait autrefois à la calamine, un minerai de zinc. Ce nom provient de Cadmée, citadelle de Thèbes, capitale de la Béotie fondée, selon la tradition, par le Phénicien Cadmus, Cadmos ou Kadmos (wiki), où l’on extrayait ce minerai.
- Calcédoine : cette agate légèrement teintée d’un blanc laiteux était extraite, dans l’Antiquité, près de Chalcédoine, une ville de Bithynie, en face de Byzance – aujourd’hui nommée Kadikoy, dans la banlieue d’Istamboul.
- Carrare : ce marbre blanc est extrait des carrières de Carrare (du pré-indo-européen *kar, « pierre »), en Toscane.

Carrare (ta gueule à la récré)
- Erbine : cet oxyde terreux d’erbium se trouve à l’état naturel à Ytterby (« village excentré » en suédois), un village suédois de l’archipel de Stocholm qui a donné également son nom à l’erbium (terre rare de numéro atomique 68, découverte en 1835 par Gustaf Mosander), au terbium (élément chimique de numéro atomique 65) et à l’yttrium (élément chimique de numéro atomique 30).
- Gabbro : cette roche plutonique éruptive proche des basaltes doit son nom à un hameau toscan de la commune de Rosignano Marittimo. L’origine du nom Gabbro semble être dérivée du latin glabrum, « chauve, glabre » en référence au sol aride et stérile.
- Izernore : ce marbre bleuâtre doit son nom à Izernore, chef-lieu de canton de l’Ain. (wiki)
- Jais : il s’agit d’une variété de lignite d’un noir luisant qu’on trouve en France surtout dans le département de l’Aude, où on le travaille au tour pour le tailler en facettes comme une pierre précieuse. Son nom provient du latin gagatem, accusatif de gagates, « jais », lui même du grec γαγατης, soit « pierre de Gagas » (Γαγας), une ville et un fleuve de Lycie.
- Kaolin : cette argile, blanche à l’état naturel, doit son nom au chinois kao ling, littéralement « lieu élevé », nom d’un lieu-dit d’où on l’extrayait. Il pourrait s’agir à l’origine de la colline de Kaoling, dans la province chinoise de Kiangsi.
- Magnésie : la magnésie blanche (oxyde de magnésium), utilisée comme isolant thermique, tire son nom de « pierre de Magnésie », région d’Asie Mineure où abondent les aimants à l’état naturel. La magnésie noire (peroxyde de manganèse) ressemble par sa forme et sa couleur à ces aimants naturel.
- Marceline : ce silicate naturel de manganèse doit son nom à la commune du Piémont italien de Saint-Marcel où on le trouve en abondance. On l’appelle également Piémontite.
- Paros : marbre d’un blanc éclatant extrait des carrières de l’île de Páros, dans les Cyclades grecques. Il était si célèbre et si convoité qu’on a créé une porcelaine l’imitant, le parian.
- Périgueux : ce type de pierre noire, très dure, dont se servent les verriers, les émailleurs et les potiers pour polir, tire son nom de la ville de Périgueux (vvlt) où on l’exploite .
- Pouzzolane : cette terre rougeâtre d’origine volcanique qui, mélangée à de la chaux, donne une sorte de ciment, doit son nom à Pouzzoles, une localité italienne des environs de Naples (de puteoli, « les petits puits », dont l’eau d’origine volcanique était réputée dès l’Antiquité).
- Sardoine : il s’agit d’une variété de calcédoine qui était appelée sardonyx en latin, soit « onyx de Sardaigne » (vvlt). Il s’agit d’une pierre précieuse ressemblant à l’agate. Elle sert à graver des camées, des vases ou des coupes.
- Sarrancolin : ce marbre à fond gris, veiné de rouge violacé ou de rose et de jaune, doit son nom au village de Sarrancolin (Hautes-Pyrénées – d’étymologie obscure). On trouve également écrit sarancolin ou sérancolin.
- Sinople : le nom de cet oxyde de fer de couleur rouge est issu du nom de la ville de Sinope (Sinope ou Sinopa), port de Paphlagonie par où cette couleur parvenait en Occident. En héraldique, le terme « sinople » a d’abord désigné la couleur rouge puis, de manière inexpliquée, la couleur verte.
- Topaze : cette pierre précieuse jaune doré connait plusieurs variétés appelées topaze d’Inde et topaze du Brésil ainsi que des topazes occidentales, ou fausses topazes, qu’on trouve en Bohême, en Suisse et autres contrées européennes. Ceci est d’autant plus étonnant que le mot vient de l’ancien nom Topazos d’une île de la mer Rouge, aujourd’hui Zabargad ou île de Saint-Jean.
- Travertin : ce terme désigne un ensemble de dépôts le plus souvent calcaires. C’est aussi le nom d’un tuf grisâtre italien extrait dans la région de Tivoli, près de Rome, et très utilisé dans l’Antiquité : le Colisée, par exemple, est entièrement fait de travertin. Le mot est issu de l’italien travertino, déformation de tivertino qui signifie « de Tivoli ».
- Tripoli : cette terre faite de débris fossiles servait à polir les métaux, les glaces et les pierres dures — on disait tripolir ou tripoliser. On l’extrayait autrefois à Tripoli, capitale de la Libye. Son nom savant est « diatomite », car elle contient des diatomées (wiki).
- Turquin : il ‘agit du nom d’un marbre bleu veiné de blanc et d’un adjectif accompagnant « bleu » pour désigner un bleu foncé et mat. Le bleu étant la couleur favorite des Turcs, son nom lui viendrait de là, peut-être par l’italien turchino, le marbre bleu turquin antique venant de Mauritanie, pays turc.
- Turquoise : cette pierre précieuse de couleur bleu verdâtre fut découverte en Turquie d’Asie, d’où son nom, même si elle est surtout abondante en Perse.
Une place à part pour le gailletin qui n’est pas un minerai mais un morceau de houille de grosseur moyenne plus connu sous le nom de tête-de-moineau. C’est un diminutif de gaillette, mot typique des mines belges du Hainaut qui dérive du latin (nux) gallica, « noix de Gaule », parce que les morceaux de ce charbon ont l’apparence des noix.

La devinette
Il vous faudra trouver le nom d’une roche issu de celui d’un hameau de France métropolitaine curieusement situé.
Le nom de la commune qui l’abrite fait référence à un animal sauvage et est accompagné de celui, d’origine gauloise, d’un cours d’eau.
Le bureau centralisateur du canton doit son nom à celui d’un arbre accompagné d’un patronyme d’origine germanique.
Le nom du chef-lieu d’arrondissement est formé d’un terme ayant trait à l’agriculture accompagné du nom d’un cours d’eau.

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr
Un Intrus est resté seul découvreur des réponses à mes dernières 
Le premier était le 

Le deuxième lieu à trouver était le 

■ Les plus perspicaces ont bien compris qu’il ne fallait pas s’arrêter sur Alès, c’eût été trop facile. Il fallait remarquer la publicité murale pour Byrrh, la célèbre boisson au quinquina mise au point par Simon et Pallade Violet, deux frères issus d’une famille modeste de cinq enfants dont le père était muletier dans leur village natal de Corsavy. C’est ce qu’on apprend en lisant leur histoire 
■ Marie-Amélie de Bourbon peinte par Fragonard, devait orienter vers Amélie-les-Bains, bien sûr.
■ le violoncelliste Pablo Casals, peint par Juan fernandez, devait orienter vers Prades, bien sûr.















■ ces tartines de boudin noir aux pommes (
■ un Percheron peint par Achille Giroux (1816-84), né à Mortagne-au-Perche.





