L’Igue (de) Tindouyre à Varaire et Bach, dans le Lot : la répàladev.

TRS; LGF et Un Intrus sont restés les seuls à m’avoir donné la réponse à ma dernière devinette. Bravo à tous les trois !

Il fallait trouver l‘Igue de Tindouyre, partagée entre Varaire et Bach, du canton des Marches du Sud-Quercy (chef-lieu Castelnau-Montratier) sur le Causse de Limogne, dans l’arrondissement de Cahors.

Castelnau-Montratier, ici :

local-Castelnau-Montratier

L’Igue de Tindouyre, tout en haut, Bach et Varaire tout en bas :

IGUE de TINDOUYRE_Capture_GEOP

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La toponymie

Igue de Tindouyre :

♦ dans le Quercy, une igue est une « excavation naturelle creusée dans le calcaire et aboutissant à un cours d’eau souterrain », mot issu d’une base pré-celtique *ika, « ravin ».

Tindouyre est une variante de tindoul, vu dans le billet (peut-être accompagné du suffixe –ier, donnant  *tindoulier passé à *tindouiller avec l mouillé aboutissant à Tindouyre, prononcé tin-douill(e)-re).

Varaire : je recopie sans vergogne la rubrique toponymie de wikipedia, puisque j’en suis l’auteur :

Le nom du village est attesté Vitrarias dans des textes du Moyen-Âge, du latin vitraria, « verrerie ». Le village devait abriter des artisans ou des ouvriers travaillant dans une verrerie. Le nom de Varaire serait ainsi un équivalent de Vayrières, un lieu-dit à Lavercantière (Lot) et des nombreux Veyrières, dont des communes du Cantal et de Corrèze (Jean-Maire Cassagne, Villes et villages en pays lotois, Tertium éditions, ). Certains auteurs (Raymond Sindou, « Les origines de la toponymie européenne », Nouvelle revue d’onomastique, nos 37-38,‎ ) ont cru pouvoir identifier Varaire comme étant le Varadetum cité sur la Table de Peutinger entre Rodez et Cahors, mais cette identification n’est pas prouvée et le nom de Varadetum aurait sans doute évolué, après la chute habituelle du d intervocalique, en *Varet.

Bach : l’étymologie la plus vraisemblable de ce nom est celle d’une mécoupure de l’ubac donnant lu bac compris lo bac. On retrouve cette forme, parfois écrite bach, dans des noms désignant des lieux à l’écart de tout cours d’eau suffisamment important pour justifier la présence d’un bac, ce qui est le cas ici (TGF*, DNFLMF*). Cela n’a pas empêché certains auteurs de proposer l’étymologie selon le bac (DENLF*) ou selon le germanique bach, « ruisseau » (Gaston Bazalgues, Les noms des communes du Parc naturel régional des Causses du Quercy, 2006).

Marches du Sud-Quercy

Marches : à comprendre comme « frontière, limite », du germanique marka, de même sens.

Quercy : dans un billet du début de l’année, j’écrivais :

Le Quercy : ce nom se rattache, comme celui de Cahors, aux Cadurques : il est la forme phonétique du produit du dérivé en –inus de Cadurcus, Cadurcinus, porté dans des formes du VIè siècle (Cadurcinus en 565), du VIIè siècle (pagus Catorcinus en 628) et  in Caercino de 1095, signifiant « dans le Quercy ».

Je complète en ajoutant qu’au Moyen Âge apparaissent, à partir de Cadurcinus subissant la perte du d intervocalique, les formes Caersi en occitan (XIIè siècle) et Cahorsin en français (1258). La forme Quercy, adaptation française de l’occitan Caersi, apparaît d’abord sous la forme, latinisée et refaite, Querciaci en 1477 puis en français Quercy en 1511.

Castelnau-Monratier : le nom est attesté de Castro Novo Raterii avant 1319. La localité actuelle a été fondée au XIIIe siècle par Ratier, seigneur de Castelnau (« château neuf » en occitan), qui lui donna son nom. On associa ensuite son patronyme au mot mont considéré comme un  signe de noblesse. Le nom de famille Ratier est d’origine germanique, composé de rad, « conseil », et de hari, « armée ».

Causse de Limogne :

Causse : du radical pré-indo-européen *kal/*kar, « pierre », donnant le latin calx/calcis, « caillou » puis « chaux », puis l’occitan cauçe, « terre calcaire pierreuse». Cette même racine *kar se retrouve dans le terme « karst », bien connu des géologues et des spéléologues, dont l’origine est le massif du Karst (ou Carso en italien) en Istrie (Slovénie).

♦ ce plateau calcaire porte le nom de sa ville principale, Limogne-en-Quercy, laquelle doit son nom au gaulois *limonia, soit « (domaine) de Limonos », nom formé sur le celtique limo, « orme ».

Cahors : Au IIè siècle ap. J.-C., Ptolémée cite Devona et la Table de Peutinger du IVè siècle mentionne Divona, ancien nom de Cahors. Divona, source sacrée en gaulois, désignait la fontaine des Chartreux. Vers 400, apparaît le nom de civitas Cadurcorum, cité des Cadurques, puisqu’il devint alors d’usage de nommer la capitale des civitas du nom du peuple qui l’habitait. La forme moderne Cahors est issue de Cadurcis, cité au VIè siècle par Grégoire de Tours. Cette forme est l’ablatif-locatif pluriel latin en –is signifiant « chez les Cadurques ». Elle a subi la chute du d intervocalique, effective au XIè siècle.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

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Les indices

indice b 08 12 2024 ■ la phosphorite devait mettre sur la piste de la phosphatière du Cloup d’Aural qui a longtemps aidé à la prospérité de Bach. Notons au passage que cloup est un autre mot utilisé dans le Quercy pour désigner un puits naturel.

indice a 08 12 2024 ■ ce tableau de William Lee Hankey représente la place du village de Ramatuelle, avec sa fontaine et un orme plusieurs fois centenaire. Un orme, pour orienter vers le gaulois limo et le Causse de Limogne.

■ Le Petit garçon, dont les paroles françaises ont été écrites par Graeme Allwright, était là pour son refrain :

Tes yeux se voilent
Écoute les étoiles
Tout est calme, reposé
Entends tu les clochettes tintinnabuler

dans lequel on entend le verbe tintinnabuler qui devait orienter les recherches vers un toponyme dérivé de tindoul, de même étymologie.

Voulvé à Cazes-Mondenard (T.-et-G.) : la répàladev

LGF est le premier à avoir résolu ma dernière devinette

Il fallait trouver le lieu-dit Voulvé à Cazes-Mondenard dans le canton du Pays de Serres Sud-Quercy (chef-lieu Lafrançaise) de l’arrondissement de Castelsarrasin  (Tarn-et-Garonne).

Dans la même commune, on trouve également les Boulbènes Basses et Boulbènes et Garrigues qui peuvent être des réponses : ce sont d’ailleurs celles que m’a données TRS (et LGF en plus de celle que j’attendais).  Mais, si je veux être tatillon, je peux faire remarquer qu’il fallait trouver un toponyme « lié » au mot du jour et non pas « le » mot du jour lui-même …

Cazes-Mondenard :

local-Cazes-Mondenard

Voulvé, tout en haut, sur la route du Paradis :

VOULVÉCapture

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La toponymie

Voulvé

Ce nom est dérivé de « boulbène » avec passage habituel en gascon des –b– à –v– et, comme pour l’ancienne commune de Boulvé (aujourd’hui Porte-du-Quercy, Lot), masculinisation par recul de l’accent.

Cazes-Mondenard

Cazes est attesté ecclesia Sancti Petri de Cazex en 1096, Sancta Maria de Cazegs en 1115 et Casexs en 1326. Cette dernière forme correspond au pluriel de l’occitan caset, « petite maison », du latin casa. Je citais cette commune dans l’article consacré au latin casa.

Mondenard est attesté en 1042 à propos d’un individu nommé Guillaume de Montehenaldo. On trouve en 1115 les noms Pontius de Montelanard et Poncius de Montelanardo qui deviendra Pons de Montlanard en 1135. Le nom évoluera encore jusqu’à être écrit Mondenard sur la carte de Cassini (feuillet 36, Cahors, 1782). Les premières formes du nom sont composées du latin montem, « mont » dans le sens de « motte castrale », accompagné d’un nom de personne d’origine germanique, probablement Lanhardus, de land, « pays » et hard « fort ».

CPA cazes-mondenard

Papa ? Non, c’est pas vrai ! il est pas au café ! Il boit un Picon à la mairie !

Le site de la mairie fait état d’une étymologie que je qualifierai de populaire et que je recopie ici  : « Mondenard s’écrivait autrefois Mont Lanard, ce qui signifie mont de la laine. Ce nom aurait été attribué par Charlemagne qui, voulant récompenser le courage et le dévouement d’un de ses lieutenants nommé Carles, lui fit don de cette terre récemment conquise sur laquelle paissaient des brebis et des moutons. Charlemagne aurait donc dit : « Carles, je te fais Seigneur de cette terre qui portera le nom de Mont Lanard ». Effectivement, à cette époque, l’élevage ovin était la première activité économique du pays. » J’aurais pu ajouter cet exemple à mes articles consacrés aux légendes toponymiques, mais je ne le connaissais alors pas ! On remarquera cependant que le gascon dit lan pour « laine », lanatge pour « lainage » et lana, lanat pour « laineux » (Trésor du Félibrige) mais qu’il n’existe, à ma connaissance, rien en occitan qui ressemble à *lanard. Tout au plus trouve-t-on la commune de Lanas (Ardèche) du surnom Lanatius, attesté dans la gens Menenia, de lanatus, « couvert de laine » – donc « douillet » ?).

■ canton du Pays de Serres Sud- Quercy

Le nom de Pays de Serres fait allusion aux serres, c’est-à-dire aux coteaux calcaires séparés par des vallons encaissés qui donnent à l’ensemble un aspect en dents de scie, sèrra en occitan.

Le Quercy : ce nom se rattache, comme celui de Cahors, aux Cadurques : il est la forme phonétique du produit du dérivé en –inus de Cadurcus, Cadurcinus, porté dans des formes du VIè siècle (Cadurcinus en 565), du VIIè siècle (pagus Catorcinus en 628) et  in Caercino de 1095, signifiant « dans le Quercy ».

Lafrançaise

« Le nom de Lafrançaise (T.-et-G.) montre bien que cette forteresse occitane est celle des Français, les terres ayant été données au roi de France Philippe le Hardi par Bertrand de Saint-Geniès en 1274 », écrivais-je dans un article consacré aux bastides du Sud-Ouest. Dès 1274, la bastide fut appelé Villa Francese.

Castelsarrasin :

L’étymologie de Castelsarrasin (T.-et-G.) donnée par Dauzat & Rostaing (DENLF*) et reprise par E. Nègre (TGF*), qui s’appuyaient sur l’attestation de 847 d’un castrum quod Cerrucium vocatur pour expliquer le nom de Castelsarrasin par celui d’un homme latin Cerrucius, nom tombé par la suite (Castrum Saracenum en 961) dans l’attraction du nom des Sarrasins, est aujourd’hui contestée. Selon P.-H. Billy (DNLF*), l’identification du castrum Cerrucium avec Castelsarrasin est erronée.

La ville est en effet attestée seulement au XIIè siècle, en 1137 Castelli Sarraceni puis Castro Sarraceno en 1156. Le latin castellum (qui apparaît dans le nom de 1137), diminutif de castrum (employé en 1156), a désigné, durant le haut Moyen Âge, toute fortification érigée dans un but militaire ou de protection (d’une abbaye, d’une ville …) puis, dès l’an mil, une ville fortifiée. Ici, il s’agit d’un château seigneurial établi par les comtes de Toulouse et dont le nom serait lié à un personnage, Ramondus Sarracenus. Lié à la famille comtale par sa femme, ce dernier aurait été chargé de mettre en place, outre les sauvetés (fondations urbaines autour de l’asile d’une église) de Montech en 1134 et de Montauban en1144, le castelnau (fondation urbaine autour du château) qui a pris son nom. La forme occitane Castel Sarrazi apparaît en 1162 tandis que la forme française actuelle semble n’apparaître qu’au milieu du XVIIIè siècle et ne figure dans les nomenclatures officielles qu’en 1818.

Je citais cette commune dans un article consacré aux Maures et aux Sarrasins, dans un article consacré aux châteaux et dans un autre article à propos des Vandales. J’ai profité du billet d’aujourd’hui pour effectuer des mises-à-jour et pour compléter la page wikipedia.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

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Les indices

indice a 03 03 2024  ■ Philippe III le Hardi était roi de France quand on lui offrit en 1274 la nouvelle bastide qui allait devenir Lafrançaise.

indice a 05 03 2024 ■ cette image était censée l’empereur Charlemagne, trônant près d’un rouet et entouré de moutons pour rappeler la légendaire étymologie du Mont Lanard, « mont de la laine ».

indice b 05 03 2024  ■ il fallait reconnaître une grappe de chasselas de Moissac, raisin bénéficiant d’une AOC (appellation d’origine contrôlée) cultivé sur les coteaux du Bas Quercy, entre autres à Cazes-Mondenard.

Le Bastit (répàladev)

Hibou Bleu a rejoint LGF, TRS et TRA pour former un quarteron de « solutionneurs » de ma dernière devinette. Bravo à tous les quatre !

Il fallait trouver Le Bastit, un petit village du canton de Gramat dans le Lot.

localisaition Bastit

Attesté locato vocato del Bastit en 1287, ce nom est, sans mystère, un dérivé masculin de l’occitan bastida, « village nouvellement bâti et fortifié ». C’est bien ce masculin qui donne au toponyme ce « genre particulier » mentionné dans l’énoncé de la devinette.

Il n’y a que très peu d’autres lieux portant ce même nom Le Bastit, soit en Aveyron (à La Bastide-l’Évêque, à Najac et à Salles-Curan) soit dans le Lot (à Pinsac, à Gintrac, à Anglars, à Cardaillac et à Saint-Hilaire), auxquels on peut rajouter deux Mal Bastit (à Dégagnac dans le Lot et à Eymet en Dordogne) avec plus probablement le sens de « mal bâti, mal construit » que celui de « mauvaise bastide ».

L’énoncé de la devinette parlait de propriété templière à propos de ce Le Bastit :

Screenshot_2021-05-02 Album historique du département du Lot, avec les vues des principaux monume - Google Books

(Album historique du département du Lot, J. B. Gluck, 1852)

le-bastit-tour de la dîme

La tour de la Dîme « servait  à stocker le principal impôt que l’église percevait sur les paysans : la dîme ( « dixième » part de la récolte). Sa construction serait due à l’Ordre de Malte. La tour est en ruine et seule subsiste la salle basse. La légende veut qu’un souterrain aille du château à la tour dîmière ».

L’énoncé de la devinette parlait aussi d’une tribu gauloise. Il fallait penser à celle des Cadurques dont le nom pourrait signifier « ceux qui vivent près d’une belle rivière », sans doute le Lot, ou « ceux qui suivent les meneurs, les chefs, en bref ceux qui obéissent à l’autorité politique qu’ils se sont donnée ». Le nom des Cadurques est à l’origine de celui de Cahors (Cadurcis en 541 puis Caorz vers 1190 après amuïssement du d intervocalique) et de celui du Quercy (Cadurcinum en 575, sur le nom de la ville muni du suffixe latin –inum, puis Caersi au XIIè siècle).

Les autres indices :

indice a 02 05 2021  il fallait reconnaitre André Malraux, ou plutôt le colonel Berger comme il se faisait appeler pendant sa période de Résistant. C’est au cours de cette dernière qu’il est arrêté à Gramat le , lors de la fusillade de la voiture de George Hiller. (wiki)

■  il s’agit du buste de Lucteriosindice a 04 05 2021, dernier chef gaulois des Cadurques. Selon certains, c’est ce buste qui aurait inspiré le personnage d’Astérix.

La Braunhie ( répàladev )

TRA a fini par rejoindre TRS pour former le duo de « solutionneurs » de ma dernière devinette. Bravo !

Il fallait trouver la Braunhie, un petit pays du Quercy dans le département du Lot, autour de Caniac-du-Causse, Coeur-de–Causse et de Montfaucon, traversé par le Vers et en partie couvert par une forêt qui porte son nom.

carte-braunhie

Le Pech Cendrié( du latin podium, donnant l’occitan puech ou pech, « hauteur, tertre » et cendrié, « couleur cendrée » ), au sud-est de Labastide-Murat ( aujourd’hui dans Coeur-de-Causse ) domine, à plus de 460 m, le Causse de Gramat. Il correspond au point culminant d’un dôme karstique, la Braunhie, où les calcaires du Primaire apparaissent au dessus du vaste plateau d’aspect aride et minéral, fait de rares pelouses sèches, de landes de genévriers et de bois de chênes pubescents.Rongé par l’érosion, le plateau est creusé de lapiaz, dolines et avens ainsi que de vastes igues, sortes de combes humides et difficilement accessibles  Ce sont sans doute ces bas-fonds argileux et humides ( cf. la photo illustrant la carte ), facilement repérables du côté de Caniac-de-Causse, qui sont à l’origine du nom du pays, du celtique *bracu, « boue, bourbier » donnant l’occitan brau, accompagné du suffixe latin –anica, : *brac-anica deviendra* bracania puis *braunia.

braunhie bracu

Un braudièr ( « bourbier » ) dans la Braunhie

Notons pour terminer que la graphie -nh- de la Braunhie est reprise de l’occitan Braunhia où le –nh- se prononce –gn-. Ce nom se prononce d’une façon intermédiaire entre braogn(a) et brôgn(a) avec accent tonique fortement marqué sur la première syllabe et une deuxième syllabe quasi muette, ce qui a conduit à prononcer brôgne le nom francisé de la Braunhie — qui aurait dû s’écrire Braugne ou Brogne comme l’occitan Gasconha est transcrit Gascogne en français.

cdl3Les indices

■ le couple Jean Seberg -Romain Gary

indice 12 01 20

Selon sa biographe Myriam Anissimov, Romain Gary acheta à Caniac-du-Causse trois maisons avec Jean Seberg et son petit-cousin Paul Pavlovitch, celui qui devait personnifier l’écrivain imaginaire Émile Ajar. « Ni Romain ni Jean n’y vinrent souvent, écrit-elle, mais Paul réhabilita sa ruine et en fit sa demeure. » ( cf. wiki)

■ le Crocus sativus

indice a 12 01 20

Le safran, traditionnellement cultivé dans le Quercy depuis les Croisades et jusqu’à la Révolution française, connait un nouvel essor depuis la fin du siècle dernier. Un des producteurs a choisi d’appeler son entreprise  Safran de la Braunhie.

■ le maréchal d’Empire :

indice c 14 01 20

Joachim Murat est né le 25 mars 1767 à Labastide-Fortunière qui prendra le nom de Labastide-Murat le par un décret impérial de Napoléon III et sera intégrée à Coeur-de-Causse le 1er janvier 2016.

■ le pont :

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Il fallait reconnaître le célèbre pont Valentré de Cahors, préfecture du Lot, éponyme d’un fameux vin noir ( sublime avec un foie gras de canard poêlé aux haricots noirs pimentés, à la vôtre !).

■ le gâteau :

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Les gourmands auront reconnu un brownie … Comme il était précisé dans l’énoncé, cet indice n’était qu’une sorte de plaisanterie en forme d’à-peu-près.

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Discussion

Je me suis appuyé pour l’écriture de ce billet sur deux ouvrages de Bénédicte et Jean-Jacques Fénié : le Dictionnaire des pays et provinces de France ( éditions Sud-ouest, 2000 ) et la Toponymie occitane ( même éditeur, 2003 ) où les auteurs nous expliquent que les formes anciennes du nom font défaut.

Auteur de monographies paroissiales du diocèse de Cahors, Edmond Albe ( 1861-1926 ) proposait une autre étymologie. Dans une de ses monographies, il écrivait :  « cette étendue de terrain qui s’appellera la Braunhie ( diminutif de Barasconie ou Brasconie, terre de Barascon de Thémines ) » sans plus nous expliquer ce qui lui fait avancer cela. Dans une autre page consacrée à la seigneurie de Beduer, il affirmait : « Elle appartient sûrement au XIIIè siècle à la famille de Barasc. Qu’était cette famille ? Barasc est un prénom. Il a servi à nommer toute une étendue de pays, aujourd’hui dite la Braunhie, mais où la forme ancienne du nom se trouve dans le vocable des Brasconies (…) On trouve ce prénom donné à plusieurs membres de la famille de Thémines : Barasc et Barascon de Thémines, Pierre Barasc de Thémines ». Il se base pour cela sur une Chronique de Marcillac que, de son preuve aveu, il n’a pas mais dont certains détails lui paraissent suspect…

Cette hypothèse sera reprise dans Villes et villages en pays lotois de Jean-Marie et Mariola Korsak ( Tertium éditions, 2013 ), où on lit : « Le nom a été corrompu ; il est à lire La Barasconie. La terre appartenait au sieur Barascon de Thémines  ». On lit de même dans Templiers et hospitaliers en Quercy de Jacques Juillet ( éd. Le Mercure Dauphinois, 2010 )  : « La Brasconie, ou les Brasconies, Brasnies, Braunhies, la Braunhie ( pron. la braugne ) tous ces termes proviennent de Silva barasconia, la forêt de Barascon ou des Barasc, seigneurs de Beruer ». Aucun de ces deux auteurs ne nous précise les sources où il aurait puisé ces anciens noms …

François Petittjean nous explique quant à lui que l’origine de cette famille est mal connue et que Barasc aurait été un prénom fort répandu à cette époque. L’hypothèse de Barasc utilisé comme prénom est là aussi peu étayée et semble-t-il contredite par Edmond Albe lui-même ( Monographie de Béduer, op.cit. ) qui nous parle lui aussi d’Arnaud de Barasc et écrit :  « il nous est impossible de savoir si les de Barasc sont une branche des Thémines ou les de Thémines une branche des Barasc », où Barasc semble être un toponyme. Selon la fiche wiki qui leur est consacrée, les Barasc sont seigneurs de Béduer depuis Dieudonné Ier Barasc ( né vers 1030, mort en 1085 ) et le resteront jusqu’au XVIè siècle. Barasc serait donc plus un toponyme ( du pré-celtique *bar-, « hauteur », donnant le gaulois *barro et suffixe -asco ? ) devenu anthroponyme qu’un prénom.

Le Dictionnaire des communes du Lot (… ) de L. Combarieu ( édité à Cahors en 1880 ) nous parle à trois reprises de cette famille : sont mentionnés en 1236 l’évêque Géraud de Barasc-Béduer ( p. 17 ), en 1286 le seigneur Dieudonné de Barasc-Béduer ( p. 144 ) et, en 1293, le seigneur Arnaud de Barasc-Béduer ( p. 137 ). Nulle trace dans cet ouvrage de Braunhie, Barasconie ou Brasconie en tant que terres seigneuriales. Le seul toponyme correspondant peu ou prou est celui du hameau des Brasconnies ( pp. 23 et 30 ), écrit sans doute par erreur avec deux -n- mais malheureusement sans ses formes anciennes qui nous auraient permis d’en savoir plus.

Cette hypothèse d’une origine anthroponymique du nom de la Braunhie est séduisante mais se heurte pourtant à plusieurs difficultés :

  • l’absence d’attestations écrites anciennes ( hormis cette Chronique de Marcillac citée par Edmond Albe mais introuvable ) est étonnante quand on constate que tous les noms des possessions, y compris les plus petites, des Barasc de Beduer sont cités dans des actes d’état civil ou dans des chroniques historiques bien documentées ;
  • l’improbabilité phonétique qui ferait passer de Barasconia accentué sur la première syllabe à B(a)rasconia puis Brasconia et Braunha là où on attendrait Bar(as)conia puis Barconia et Barconha voire Baronha. Ainsi, la commune vauclusienne Vénasque, anciennement Venasca, a gardé son accent tonique sur la première syllabe et n’est pas devenue *Vasque. De la même façon, l’ancienne Doranonia citée par Ruricius au Vè siècle est devenue, après syncope du -a- non accentué, Dornonia chez Grégoire de Tours au VIè siècle et, après dissimilation des deux  -n-, l’actuelle Dordogne.

L’hypothèse d’une origine d’après le gaulois *bracu est, elle, confortée par :

  • la phonétique qui autorise sans difficulté le passage de Brac-onia à Braunia écrit Braunha ;
  • le nom du hameau des Brasconnies qu’on peut rapprocher de celui de Brasc ( Aveyron ) vu dans le billet consacré à *bracu ;
  • la comparaison avec le nom de la Braunhe ( ancienne carrière de bauxite sur la  commune de Pézènes-les-Mines, Hérault ) notée la Braugne sur la carte de Cassini ( n° 57, feuille de Lodève, 1740) ;
  • la comparaison avec l’hydronyme Braune d’un affluent du Gardon à Saint-Chaptes ( Gard).

Conclusion : la discussion est ouverte, mais j’ai choisi mon camp.