L’alisier blanc, Aria edulis, arbre de la famille du sorbier habitué aux conditions difficiles comme le froid et la sècheresse, est bien connu dans les montagnes méridionales. On le rencontre en toponymie par un terme qui, en occitan moderne, ne s’applique plus qu’à son fruit, l’alise : la drulha, la druèlha, la drolha, la drelha.
Ce mot est d’origine celtique, du gaulois dervo, « chêne » (cf. le breton derv– et le gallois derw–), accompagné d’un suffixe diminutif –ullia. Ce nom dervullia puis derullia a été dévié dans la désignation de l’alisier sous la forme drulhièr. Cependant, le sens originel de plantation de chêne pédonculé est resté vivant, notamment dans certaines régions du Centre Ouest : drouille désigne une chênaie ancienne dans la Creuse et l’Indre et drouil désigne le chêne noir en Charente-Maritime.
Comme son titre l’indique, l’article d’aujourd’hui sera consacré au nom occitan drulhe de l’alisier blanc et à ses variantes. La forme drouille sera étudiée dans un prochain billet.
Drulhe
Outre la commune aveyronnaise nommée Drulhe (villa de Druilla en 1195 et Drulha en 1383), on compte plus de vingt lieux-dits nommés Drulhe ou Drulhes, en Aveyron, Cantal, Tarn et Tarn-et-Garonne, auxquels on ajoutera le diminutif Drulhette (Sémalens, Tarn) et le Mas Drulhet (Cénevières, Lot) qui montre que le nom est devenu patronyme.
À Sousceyrac-en-Quercy (Lot) se trouve le Puech d’Endrulhe, dont le nom a subi l’agglutination de la préposition en (puech : dérivé du latin podium).
Le fichier FANTOIR ajoute un lieu-dit Vaudrulhes sur le territoire de la commune de Saint-Martin-de-Valgalgues (Gard) que le site de la mairie ne connait pas (on y trouve néanmoins un hameau de Drulhes) et qu’on trouve appelé simplement Drulhes sur la carte IGN et déjà sous ce même nom sur la carte de Cassini (f. 91, Nîmes, 1779).
Druilhe
Cette variante n’apparait qu’à une dizaine d’exemplaires dans les mêmes départements que ci-dessus, y compris deux Moulins de la Druilhe (à Ally et Brageac, Cantal), plus deux collectifs Druilhet (Najac, Av. et Aureville, H.-G.). Attention ! Les noms en druille, très fréquents dans les Pays-de-la-Loire et alentours, désignent plus sûrement le chêne et le bois de chênes, et non l’alisier : pour druillet, il faudra donc attendre un prochain billet.
Druelle
On connait une commune aveyronnaise nommée Druelle-Balsac, qui était Drulha en 1341, et plusieurs lieux-dits (Aux) Druelles en Bourgogne-Franche-Comté.
Drelier
Directement issu de l’occitan drulhière, « arbre portant des drulhes, alisier », le terme drelier, encore vivant dans le parler auvergnat, se retrouve dans les noms des lieux-dits (Le) Drelier en Aveyron, Cantal, Lozère et Haute-Loire.
Dreuilhe
Outre la commune ariégeoise nommée Dreuilhe, c’est en Ariège, Haute-Garonne, Tarn et Tarn-et-Garonne qu’on rencontre une dizaine de lieux-dis Dreuilhe et dans les Landes qu’on trouve le collectif Dreuilhet (à Mimbaste). On leur ajoutera le nom La Dreilhe d’une forêt à Palairac dans l’Aude, qui était la Drulhe au XVIIIè siècle.
Dreuille
Cette variante se retrouve à une quarantaine d’exemplaires en Occitanie et Nouvelle-Aquitaine, au singulier comme au pluriel, ainsi qu’au collectif Dreuillet (L’Aiguillon, Ariège ; Goyrans, H.-G.). Elle est également présente dans d’autres régions (Grand-Est, Bretagne, Pays-de-la-Loire, etc.) où elle a dû conserver le sens de bois de chênes. Comme les autres, ce nom a été utilisé comme patronyme, comme le montre l’illustration suivante :

Le château de Dreuille, à Cressanges (Allier), propriété de la famille du même nom,
d’abord écrit Dreuilhe.

La devinette
Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine issu d’une forme collective du mot du jour. Il est utilisé comme complément d’un nom du langage régional désignant une forme de relief.
Le nom de la commune où il est situé désignait un ensemble de hameaux.
Le bureau centralisateur du canton comme le chef-lieu de l’arrondissement ont été cités à plusieurs reprises et leurs noms expliqués sur ce blog. Le premier est un hagionyme accompagné du nom du pays ; le second est issu d’un nom latin suffixé.
Le BC du canton comme le chef-lieu d’arrondissement ayant déjà été la source de plusieurs indices pour d’autres devinettes, il m’est difficile de me renouveler sans trop vous faciliter la tâche.
Alors, un indice pour la commune :
Et un indice plus général :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr
Bonjour m Leveto
Voici les noms que je vous propose aujourd’hui .
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08 HIERGES
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44 LA TURBALLE
sur internet , le choix des possibles est large
tripallium ; auberge ; trophée comme la turbie ( simple homophonie ? )
tribulare , triballe etc…
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52 POINSON-les-FAYL
est-ce un poinçon , comme vous le citez pour le poinson , à sepvigny ?
( article sur les unités de mesure )
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57 MARTHILLE tilleul ?
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57 HABOUDANGE / x – ingen
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67 SAESSOLSHEIM lieu , maison de xxx
73 barberaz chemin de la ROUE
—
73 la ravoire .LES CHASSETTES marais , ruisseau.
la rue des chassettes , à cherbourg , a-t-elle une même origine ?
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73 à aillon-le-jeune , la ferme de MORBIé
( et donc , lien avec morbier du Jura )
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73 la tuile , TORNASSA
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80 RIVERY.
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Voilà , merci et bonne semaine.
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►echogradient73
■ 08HIERGES
► Ni Dauzat&Rostaing ni Nègre n’ont étudié ce toponyme …
Mais le Dictionnaire des noms de lieux en Wallonie et à Bruxelles (J.-J. Jespers, Éd. Racines, 2005) explique que, attesté Herge en 1112 et Hirge en 1140 et localement Itche, ce nom provient du wallon hitche, « herse garnie de branchages épineux » (du latin *hirpicare, « herser ») et désigne un « (lieu passé à la) herse ».
■ 44 LA TURBALLE sur internet , le choix des possibles est large tripallium ; auberge ; trophée comme la turbie ( simple homophonie ? ) tribulare , triballe etc.
►Ni Dauzat&Rostaing ni Nègre n’ont étudié ce toponyme …
Un article de Ouest-France s’est intéressé à ce nom et en a rappelé les différentes étymologies supposées que je vous laisse découvrir :
https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/turballe-cest-grec-latin-breton-ou-scandinave-3511070
La conclusion de l’article est la suivante :
■ 52 POINSON-lès-FAYS, est-ce un poinçon , comme vous le citez pour le poinson , à sepvigny ? ( article sur les unités de mesure )
► Attesté Poyssuns en 1226, Poissons en 1277 et Poinsons au XIVè siècle du nom d’homme latin Pistius ou Poccius et suffixe –onem.
■ 57 MARTHILLE tilleul ?
► attesté Marte en 717, Til en 962 et enfin Martille en 1790. Il s’agit en effet du tilleul (latin tilius) précédé d’un nom d’homme latin Martius ou germanique Mard-.
■ 57 HABOUDANGE / x – ingen
► attesté Hauuoldingas en 976, du nom d’homme germanique Hawald et suffixe –ingas (sous entendu terras). (Cf. wiki qui ne dit pas autre chose)
■ 67 SAESSOLSHEIM lieu , maison de xxx
► Attesté Sahsinesheim au IXè siècle, Saselsheim en 1050, Sahselnesheim en 1120 et Sehselsheim en 1275 : du nom d’homme germanique Saxoinus remplacé par Saxenildis et heim « village, hameau ».
■ 73 barberaz chemin de la ROUE
► Sans forme ancienne disponible (et sans accès aux archives municipales) il est difficile d’interpréter ce nom. On peut penser à la roue du moulin à eau désignant par métonymie le moulin lui-même. Autre hypothèse : l’ancien occitan roda, « buisson, friche buissonneuse ».
■ 73 la ravoire .LES CHASSETTES marais , ruisseau.
la rue des chassettes , à cherbourg , a-t-elle une même origine ?
► Ce nom est absent du Dictionnaire étymologique des noms de lieux de la Savoie (A. Gros). Il s’agit probablement du diminutif pluriel du franco-provençal chasse, « chêne » pour signifier un bois de petits chênes (cf. Chasse-sur-Rhône en Isère). On trouve un Bois des Chassettes à Challes-les-Eaux (Sav.).
Le franco-provençal à Cherbourg me semble exclu … Le Pégorier donne « chasse : pièce de terre clôturée ; chemin rural » en Normandie, variant de cache. On pourrait avoir ici aussi un diminutif pluriel.
■ 73 à aillon-le-jeune , la ferme de MORBIÉ ( et donc , lien avec morbier du Jura )
► Absent du Dictonnaire d’Antoine Gros.
La carte IGN actuelle montre le Mont Morbié (sic), sur le flanc duquel se trouve la Source du Morbier (sic) qui coule jusqu’à rejoindre l’Isère. Au sud-ouest du Mont Morbié (sic), passé le col de la Sciaz, on trouve le lieu-dit Morbier (sic) où prend sa source un autre ruisseau de Morbier (sic) qui se jette, lui, dans le Lindar.
La carte IGN de 1950 écrit Mont Morbié, Ruisseau du Morbier et chalet Morbié. On y trouve également, sur le flanc est du Mont Morbié, des Granges Morbié aujourd’hui disparues.
La carte d’état-major (1820-66) ne nomme pas le Mont mais mentionne le Chalet de Morbier et les Granges Morbier.
Tout ça pour dire que Morbié est une autre graphie pour Morbier plus proche de son étymologie, c’est-à-dire le « mort bief » désignant un ruisseau asséché ou intermittent. Le nom du ruisseau est passé au mont et aux divers lieux-dits.
■ 73 la tuile , TORNASSA
► Le lieu-dit Tornassa se trouve à La Thuile, en Savoie. Il est absent du Dictionnaire d’A. Gros et des cartes IGN que j’ai pu consulter ainsi que de la carte d’état-major. Le site Mapcarta le situe au sud des Beaux, sur la route menant au col de Marocaz. Cette route n’étant pas particulièrement sinueuse, un dérivé augmentatif de « tourna » au sens de « tour, détour, virage » ne semble pas pertinent. D’autre part, son origine visiblement récente semble exclure un nom issu du pré-indo-européen *tur-n, « éminence » (sauf à imaginer un transfert du nom de la Croce de Tornassa italienne …). Conclusion : mystère.
■ 80 RIVERY.
► Attesté Rivery en 1105 et Riveri en 1145-96, du nom d’homme germanique Rifarius et suffixe –iacum.
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