Une caborne a d’abord désigné une grotte, un creux, une cavité puis, par métaphore, une cabane rudimentaire, une hutte, un taudis généralement en pierres sèches. Employé en Anjou, en Auvergne, en Bourgogne, en Franche-Comté et jusque dans les Alpes, le mot a pu désigner localement des choses légèrement différentes.
Le Dictionnaire étymologique du patois lyonnais (Clair Tisseur, alias Nizier de Puitspelu, éd. Slatkine,1890 ) définit la caborne comme un « petit réduit, hutte, dans laquelle les journaliers se mettent à l’abri. Par extension, se dit avec sens péjoratif, de toute habitation misérable. En Savoie, on appelle caborne les chétives boutiques des marchands détaillants. ». Dans le Lyonnais, une caborne est une cabane de berger généralement en pierres sèches (cf. la carte postale ci-dessous).
Selon le même dictionnaire, « l’acception primitive de caborna est celle de chose creuse, ensuite grotte, caverne : languedocien caborno, cabourno ; limousin calabourno ; rouergat caborgno, cabourgno, cavité, creux d’arbre, tanière ; dauphinois calaborna, grotte ; acception conservée dans le lyonnais cabornu, creux, recreusé ».
Le Trésor du Félibrige définit caborne ainsi : « cavité, creux d’arbre ; caverne, tanière ; saule étêté, vieux tronc d’arbre ».
Émile de Villié (Glossaire du patois de Villié-Morgon en Beaujolais, lib. Droz, 1950) définit ce terme par : «
excavation dans un talus , une roche. Tronc de saule ou de châtaignier creux ».

Une caborne – cabane de berger – à Saint-Cyr-au-Mont-d’Or (Rhône)
L’étymologie de ce mot a donné lieu à plusieurs hypothèses.
L’ancien français avait le terme cabordate, « cabane, hutte » qui a pu être croisé avec caborne, « capuchon de moine » (Dictionnaire de Godefroy) : c’est une des hypothèses mentionnées par H. Sutter.
Selon Pierre Gastal (NLEF*), il pourrait s’agir d’un dérivé du gaulois borna, d’abord « source, trou de source puis grotte » et « anfractuosité, cavité sombre dans un rocher », croisé avec le gaulois cabana ou le latin caverna (de cavus).
Il pourrait également s’agir du même gaulois borna précédé du suffixe péjoratif ca– (celui de cahute, cabosser, cafouiller…). C’est la deuxième hypothèse mentionnée par H. Sutter.
Cité par Roger Brunet (TT*), Pierre Guiraud (Dictionnaire des étymologies obscures, éd. Payot-Rivages, 2006) remarque que de nombreux noms commençant par ca– ont le sens de creux (cave, caverne … mais aussi cap pour la tête, caboche, caborne de moine) et souvent le sens de quelque chose qui protège (cabane, caborne … mais aussi caban, le breton kabig …) : peut-être ces mots sont-ils issus d’une racine pré-latine *ca– au sens de « creux ». NB : un prochain billet devrait être consacré à tous les mots commençant par ca– ayant le sens de « ceux » et/ou de « cabane, abri rudimentaire » que l’on trouve dans le Pégorier (GTD*) et qui sont à l’origine de toponymes.
Les toponymes issus du terme caborne sont peu nombreux : à peine une centaine de Caborne ou Cabourne accompagnés de quelques variantes sont mentionnés dans le fichier FANTOIR (qui ne recense pas tous les oronymes).
Avec le sens de « caverne », on trouve le gouffre de la Caborne à Aromas (Jura), la Caborne à l’Ours ou grotte de Cornu à Chaux-des-Crotenay (Jura), la Caborne du Boeuf à Saint-Hymetière-sur-Valouse (Jura), le Gouffre et le Sommet des Cabornes à Chichilianne (Is.) ou encore la Caborne Chopêtre (« caverne au salpêtre », ancien habitat troglodyte) ou Grotte du Cerdon à Haut-Bugey (Ain) et quelques autres.
Avec le sens de cabane en pierres sèches, on mentionnera le sentier des Cabornes à Poleymieux-au-Mont-d’Or (Rhône), La Caborne (Saint-Laurent-de-Mure, Rh. ; Le Trésor, Ain etc.), Les Cabournes à Jallais (M.-et-L.), La Cabourne (Aumagne, Ch.-Mar. etc) et quelques autres.
Une variante, pourtant attestée dans la plupart des dictionnaires de patois, ne semble apparaitre que quatre fois dans le nom de La Caborgne à Bellefonds et à Bignoux (Vienne) ainsi qu’ à Pouilly-sur-Loire (Nièvre) et dans Les Caborgnes à Bellefonds (Vienne).
Dans les Alpes est utilisé le terme chabournéou (probablement de même étymologie que caborne) pour désigner un endroit sous roche où les moutons se mettent à l’abri en cas d’orage, d’où le nom de la Pointe de Chabournéou qui culmine à 3250 m dans le massif des Écrins, à La Chapelle-en-Valgaudemar (H.-A.) et qui a donné son nom à un col, un torrent et un glacier ainsi qu’à un refuge. On peut sans doute ajouter le nom, avec suffixe augmentatif-péjoratif, du ravin de la Chabournasse (Saint-Étienne-en-Dévoluy, H.-A.) et peut-être celui de la Chabournouse (Saint-Front, H.-L.), « la caverneuse ».
*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

La devinette
Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine composé de deux mots dont le premier désigne un ensemble de végétaux et dont le second est lié au mot du jour.
La première partie du nom de la commune qui l’abrite exprimerait le fait que n’y poussait pas un certain type de végétal ou, au contraire, rendrait compte de son couvert forestier. Elle est accompagnée d’un déterminant rappelant l’industrie locale.
Le nom du bureau centralisateur du canton est un hagiotoponyme – que la mairie explique cependant par une référence à un militaire romain.
Un indice, pour la région :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr
Bonjour Monsieur Leveto-Je vous présente la liste de ce lundi .
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35 ROTHENEUF ( avec ses rochers sculptés )
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38 à chapareillan , L’EPITEL , chemin de l’EPITEL
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38 saint-pierre-de-MEAROZ
et hameau ( barrage sur le Drac ) de Saint-pierre-COGNET
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53 ALEXAIN
-63 saint-pierre-COLAMINE
chef-lieu lomprat.
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80 FIEFFES-MONTRELET < ficca < Fisc ? montrelet < monstier : monastère ?
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74 le BEROUZE ( à samoens )
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Les BROCHAUX < pointe ? brocchus < broccos ( 74 montriond )
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d’autres toponymes en » broche » ?
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74 à montriond : vallée de CHERAVAUX < clairvaux , ( monastère d’origine )
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74 MATHONEX à samoens.
Selon un article savant publié dans les « Mémoires et documents de l’académie chablaisienne », Mathonex (écrit parfois Mathoney, en cohérence avec sa prononciation, mais pas, semble-t-il, avec son étymologie) est un « nom gallo-romain issu d’un cognomen suivi du suffixe locatif -ex, déformation du latin -acus » (vous n’êtes évidemment pas sans savoir que le mot cognomen désigne en latin le surnom d’un Romain).Selon d’autres sources tout aussi savantes (qui ont nourri de leur science Wikipedia en l’occurrence), le suffixe -ex est une déformation de -acum, qui est d’origine gauloise (et non latine). Typique des zones géographiques ayant connu un ancien peuplement celtique, il est principalement utilisé pour construire des noms de lieux ou de cours d’eau.Voilà donc pour le suffixe : soit latin, soit gaulois, c’est au choix.Reste donc le cognomen. Il se trouve que la patronyme Mathon est très fréquent dans l’Ardèche, et également présent dans la Somme. C’est un hypocoristique (nous savons tous qu' »un hypocoristique est un anthroponyme (nom de personne) à valeur affective et diminutive, le plus souvent formé par abréviation, altération et / ou suffixation du nom originel » : tout ce qu’il faut pour en faire un cognomen) du nom de baptême Matthieu ou Mathieu.Matthieu, quant à lui, est d’origine hébraïque. Le nom provient de « matith » (don) et « Yâh » (prononciation de la première lettre de YHVH, le nom de Dieu en hébreu). L’étymologie de Matthieu est donc « Don de Dieu » (équivalent du grec Théodore et du français Dieudonné).Mathon est donc le petit nom d’un certain Matthieu, et Mathonex est son village.
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Bonne semaine , Leveto.
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►echogradient73
■ 35 ROTHENEUF ( avec ses rochers sculptés )
► La rubrique toponymie de la page wiki me semble digne de confiance.
Elle s’appuie sur un ouvrage de J.-Y. Le Moing (Les noms de lieux bretons en Haute-Bretagne) dont un court extrait est disponible en ligne (à propos de l’anthroponyme Tenoc ou Denoc).
■ 38 à chapareillan , L’EPITEL , chemin de l’EPITEL
►Le nom de la section cadastrale est écrit en un seul mot Lepitel sur le cadastre napoléonien de 1833. Quelle que soit son orthographe, ce toponyme est absent du Dictionnaire topographique de l’Isère (E. Pilot de Thorey, 1921), ce qui nous prive de formes plus anciennes.
Lepitel pourrait être une variante par agglutination de l’article du nom de famille Le Pitel, lui-même variante de Le Piteux, nom d’origine médiévale désignant le « compatissant ». Plus tard, une mécoupure aurait fait de Lepitel le nom de L’Epitel.
■ 38 saint-pierre-de-MEAROZ
► Attesté Mansus del Mayeros en 1260 puis Masus des Meyaros, Meyarotos, et Meyarots en 1539. Il s’agit d’un patronyme (ou d’un nom de fonction) dérivé du bas latin Meyaria ou Météria, « la métairie », soit un équivalent de Métayer.
■ et hameau ( barrage sur le Drac ) de Saint-pierre–COGNET
► Cognet est attesté Cognetum au XIIIè siècle, du latin cotoneum, « coing » et suffixe collectif latin –etum : « endroit où on trouve des coings » (Dauzat & Rostaing). L’hypothèse de Nègre (reprise de F. Mistral), à savoir l’occitan cougnet, « petit coin », pour désigner un village en forme de coin est envisageable puisque le village fait un angle aigu entre le Drac et le ruisseau de la Jonche.
■ 53 ALEXAIN
►Attesté Alesain en 1180 du nom d’homme latin Alexanius, au singulier et sans suffixe comme tant d’autres.
■ 63 saint-pierre-COLAMINE
► Colamine semble être une variante de condamine (communauté exploitant une même terre ; champ près de l’habitation domaniale principale exempté de redevances et exploité souvent à deux ; terres données en métayage, en condominium).
Pour en savoir plus sur le passage de condamine à colamine, je vous invite à lire ce texte où St Pierre de Colamine est cité page 300. (Y a pas de raison à ce que je sois le seul …)
♦ chef-lieu Lomprat.
► Sans doute comme son homonyme LompratàAubazat (H.-L.) qui était Lonc Prat en 1271, un « pré de forme allongée ».
■ 80 FIEFFES–MONTRELET < ficca < Fisc ? montrelet < monstier : monastère ?
► Fieffes est attesté Fifies au XIIè siècle, Fiefiis en 1174 et Fiefes en 1204, pluriel de l’oïl fieffe, « bail à rente, héritage donné à rente ».
Montrelet est attesté Monstrelet au XIIè siècle, Monsterlet en 1155 et Mosterlet en 1176, de l’oïl moustier, « monastère » et double suffixe diminutif ell–et : « très petit monastère ».
■ 74 le BEROUZE ( à samoens )
► H. Sutter explique que le nom est attesté Aberossa en 1317, Albarosa en 1438, Berrosa en 1525, Berrousaz en 1651, probablement du savoyard aberà, « abreuver [le bétail] », par mécoupure.
■ Les BROCHAUX < pointe ? brocchus < broccos ( 74 montriond )
► On trouve écrit Le Brochot sur la carte d’état-major (1820-66) et Les Brocheaux sur la carte IGN de 1950
H. Sutter mentionne, lui, Le Brochau (au singulier) à Montriond, qu’il explique comme un dérivé de l´ancien français broce, broche, brosse, brousse, broussis, « broussailles, bruyères, lieu rempli de ronces et de bruyères ; hallier, petit bouquet d´arbres », broussis, « broussaille », bas latin broces, brossia, bruscia, bruxia, « broussaille, végétation touffue de terrains incultes », latin vulgaire *bruscia, « terrain broussailleux, empli de buissons épineux, friche ».
On peut également penser en effet (et sans doute à raison vu la localisation du site à 1580 m d’altitude) à un dérivé du gaulois broccos, « pointe », d’où « éperon rocheux ». Cf. par exemple Brouchaud en Dordogne (Brochal en 1453) sur un promontoire entre deux ruisseaux.
♦ d’autres toponymes en » broche » ? Si je cherche « broche » dans le fichier IGN (bien moins complet que le Fantoir), je compte 120 toponymes différents …
■ 74 à montriond : vallée de CHERAVAUX < clairvaux , ( monastère d’origine )
► attesté (grangiam de) Caravalle en 1181 et écrit Chairavau sur la carte d’état-major (1820-66), ce nom est issu de la racine oronymique *car(a), « pierre, rocher » et latin vallis, « vallée » : ce serait la vallée caillouteuse.
■ 74 MATHONEX à samoens.
Selon un article savant publié dans les « Mémoires et documents de l’académie chablaisienne », Mathonex (écrit parfois Mathoney, en cohérence avec sa prononciation, mais pas, semble-t-il, avec son étymologie) est un « nom gallo-romain issu d’un cognomen suivi du suffixe locatif -ex, déformation du latin -acus » (vous n’êtes évidemment pas sans savoir que le mot cognomen désigne en latin le surnom d’un Romain). Selon d’autres sources tout aussi savantes (qui ont nourri de leur science Wikipedia en l’occurrence), le suffixe -ex est une déformation de -acum, qui est d’origine gauloise (et non latine). Typique des zones géographiques ayant connu un ancien peuplement celtique, il est principalement utilisé pour construire des noms de lieux ou de cours d’eau. Voilà donc pour le suffixe : soit latin, soit gaulois, c’est au choix. Reste donc le cognomen. Il se trouve que la patronyme Mathon est très fréquent dans l’Ardèche, et également présent dans la Somme. C’est un hypocoristique (nous savons tous qu' »un hypocoristique est un anthroponyme (nom de personne) à valeur affective et diminutive, le plus souvent formé par abréviation, altération et / ou suffixation du nom originel » : tout ce qu’il faut pour en faire un cognomen) du nom de baptême Matthieu ou Mathieu. Matthieu, quant à lui, est d’origine hébraïque. Le nom provient de « matith » (don) et « Yâh » (prononciation de la première lettre de YHVH, le nom de Dieu en hébreu). L’étymologie de Matthieu est donc « Don de Dieu » (équivalent du grec Théodore et du français Dieudonné). Mathon est donc le petit nom d’un certain Matthieu, et Mathonex est son village.
► Le suffixe –ex (ou –ey) est en effet le résultat du suffixe gaulois –aco adopté en latin –acum.
La première partie du nom est vraisemblablement un nom de personne. Celui-ci peut en effet être Mathon, déjà signalé comme nom d’homme chez Juvénal par le Gaffiot, ou un hypocoristique plus tardif de Mathieu. Cette dernière hypothèse est privilégiée en 1995 par les auteurs du Dictionnaire des communes de Haute-Savoie. Avant cela, en 1899, un article de la Revue savoisienne émettait l’hypothèse d’un nom d’homme germanique Matto ou latin Mattus.
Sans datation de la création du hameau et de sa dénomination, il est difficile de trancher.
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