Chancel, chancelade etc.

Le pluriel latin cancelli, qui désignait des « barreaux, treillis, balustrades », est à l’origine de l’ancien occitan cancèl/chancèl qui a désigné des réalités identiques : clôture du domaine proche de châteaux et d’abbayes, mais aussi herse de portes de villes, grille ceinturant le chœur d’une église, etc. Au Moyen Âge, cancel a pu aussi parfois désigner un quartier clos de confinement, notamment pour les Juifs, comme le Cancel de Genève, lieu de résidence obligatoire pour les Juifs de 1428 à 1490. 

Le verbe chanceler a d’abord eu le sens de disposer des barreaux ou un treillis, une clôture. Son participe passé a également donné lieu à un dérivé occitan cancelada/chancelada désignant l’étendue de la terre enclose, chancelée.

Plusieurs communes portent des noms issus de cette racine. Il s’agit, en domaine d’oïl, de Chanceaux (C.-d’Or, Cancellis en 841), de Chanceaux-sur-Croisille (I.-et-L, villa Cancellis au Xè siècle), de  Chanceaux-près-Loches (I.-et-V., Chanceos au XIIIè siècle) et de l’ancienne Chanzeaux (M.-et-L., Concellis vers 1080 et de Cancellis en 1150 – et non, pas de boucherie ici), aujourd’hui dans Chemillé-en-Anjou. En domaine d’oc, il s’agit de Chancelade (Dord., Chanselada en 1233) et de Champcella (H.-A. , Chanselata au XIIIè siècle, puis attraction de champ).

C’est bien entendu dans la micro-toponymie qu’on retrouve le plus grand nombre de dérivés de cancel/chancel.

Chancel est ainsi représenté une cinquantaine de fois contre moins de vingt pour Cancel. La plupart du temps, il s’agissait d’une grille, d’une clôture marquant une limite mais, on l’a vu, il pouvait aussi s’agir de la porte d’une ville comme la Porte du Cancel ou du Cancèu, à Beaucaire (Gard). Aix-en-Provence (B.-du-R.) et Les Vans (Ardc.) ont une rue du Cancel. Les noms de familles Cancel ou Chancel peuvent aussi bien désigner le préposé à la fermeture et à l’ouverture de la porte de la ville qu’un nom de lieu d’origine. Il en est de même pour le nom du Chancelier qui pouvait n’être qu’un huissier ou un garde des sceaux et dont on retrouve le nom dans quelques lieux-dits Chancelier, dans une vingtaine de Chancelière et Chancellière ou encore dans une vingtaine de Chancellerie, tous marquant la propriété d’un nommé Chancel ou Chancelier ou bien l’endroit où étaient conservées les clefs et les sceaux de la ville. Sur Cancel ont été formés les équivalents Cancelle, Cancelier et Cancelière, également à l’origine de quelques toponymes. On ajoutera le nom chancerelle, formé par dissimilation du l en r, désignant la petite grille protégeant l’entrée d’une habitation, d’où le lieu-dit Chancerelle à Linxe (Landes) et le patronyme Chancerelle, bien connu des amateurs de sardines en boîte.

Les noms de lieux formés sur le participe passé, pour désigner une terre enclose, sont également présents sous plusieurs formes. C’est ainsi qu’on trouve une dizaine de Chancelée en Charente-Maritime, Deux-Sèvres, Indre-et-Loire, Indre et Loir-et-Cher, quelques Chancelé dans le Centre-Val-de-Loire, accompagnés par quelques Cancelade en Aveyron, Cantal, Bouches-du-Rhône et Var  et plusieurs Chancelade en Dordogne, Corrèze, Puy-de-Dôme (dont l’Étang de Chancelade, entre Charensat et Montel-de-Gelat), Lozère et Haute-Loire. On rajoutera à cette liste quelques noms comme Chancelay (à Bessey-la-Cour, C.-d’Or, Cancelladus en 852 ; à Pleumarin, Vienne etc.) Chancelaye (à Barcelonnette, A.-de-H.-P.), Chancelas (Ubaye-Serre-Ponçon, A.-de-H.-P.). Ayant subi l’attraction de champ, on trouve les noms de Champcel (Artonne, P.-de-D.), Champcella (Saint-Chaffrey et La Salle-les-Alpes, H.-A.), Champcelas (Ubaye-Serre-Ponçon, A.-de-H.-P.) et Champcelée (Suilly-la-Tour, Nièvre). 

L’Étang de Chancelade : vaut le détour.

Plus rares, des diminutifs apparaissent dans des noms comme Chancelet ( Neuville et Youx, P.-de-D. ; Domérat, Allier), Chancelettes (Arzenc-de-Randon, Loz.), Cancelet (Saint-Geniès, Dord. ; Moidieu-Détourbe, Is.), Cancelette (Marcelcave, Somme), Chancelot (Courcelles-en-Montagne, H.-Marne ; Sainte-Sabine, C.-d’Or), Chancelotte (Loches-sur-Ource, Aube)  ou encore Chancelin (Baugé-en-Anjou et Le Vieil-Baugé, M.-et-L. ; Curtil-sous-Burnand, S.-et-L.) et Chanceline (Flassans-sur-Issole, Var) etc. Tous ces noms peuvent également être des noms de familles.

La devinette

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine lié au mot du jour.  Il apparait quatre fois dans le fichier officiel FANTOIR, mais je ne vous parlerai que de deux d’entre eux pour lesquels nous disposons des formes anciennes du nom qui rendent leur étymologie indubitable.

█ La commune C1 porte le nom d’un saint accompagné d’un nom relatif à une ancienne étendue d’eau.

Le nom du bureau centralisateur du canton BC1 fait référence aux murs qui en ceignaient la motte castrale originelle. Il est accompagné d’un adjectif relatif à une partie de ses habitants.

Le nom du chef-lieu d’arrondissement A1 est issu de la forme du domaine d’origine.

█ La commune C2 doit son nom à celui d’un homme latin.

Le bureau centralisateur du canton BC2 chef-lieu d’arrondissement A2 porte le nom d’un saint accompagné de celui de son relief principal.

♦ Un indice pour A1 et BC2 A2

♦ Un indice pour BC1

♦ Un indice pour C2 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Les répauxdev du 15 novembre 2025

  Seul Un Intrus a trouvé les réponses à mes dernières devinettes. Bravo à lui tout seul !

 

 Il fallait trouver le quartier et l’impasse Soulagi aux Pennes-Mirabeau, du canton de Gardanne des Bouches-du-Rhône.

Les Pennes-Mirabeau, ici :

Soulagi : le nom du lieu-dit est écrit Soulage sur la carte de Cassini (feuille 123, Aix-en-Provence, 1779) et Soullagi sur le cadastre napoléonien 1833 qui mentionne également le chemin de Soullagi. On comprend sans difficulté qu’il s’agissait d’un soulage comme ceux vus dans le billet. Le –i final est sans doute une tentative de rendre la prononciation locale.

(carte de Cassini, 1779 – Soulage en haut à droite)

(cadastre napoléonien de 1833 – Soullagi et Chemin de Soullagi)

Les Pennes-Mirabeau :

Pennes : le nom est attesté in Pennicis et Pennas en 1047, de la base pré-indo-européenne *penn désignant un rocher escarpé, une crête de montagne, un rempart rocheux, à l’origine des gaulois pennus, « pointu » et penis, « pointe » et de l’occitan pena, « rocher, pignon, pinacle ». Cf. ce remarquable article. Le pluriel serait mis ici pour désigner les deux crêtes rocheuses au sommet du vieux village.

Mirabeau : après avoir porté en 1900 le nom de Pennes-Voltaire, la commune fut officiellement baptisée en 1902 Pennes-Mirabeau du nom de Gabriel-Honoré Riquetti de Mirabeau (1749-1791), qui vécut au château familial de Mirabeau en Vaucluse. Un érudit local, majoral du Félibrige, Maurice Rippert, expliquait le nom par l’occitan mira beu, arguant du fait que, du château de Vento, la vue était sublime. 

Gardanne  :  comme je l’ai écrit sur la page wiki, trois hypothèses ont été formulées pour expliquer le nom de Gardanne. Ce nom serait composé du germanique gart,  signifiant « jardin », et de ana, provenant du latin, signifiant « marais » ou « eau », d’où le sens de « terre fertile » (DENLF*). Cependant, le nom de Gardanne, attesté Gardana en1022 et Guardana en 1034, pourrait être issu du nom de personne germanique Werdan suffixé au féminin –a pour *Wardana (villa ou terra) (TGF*). Enfin, une autre hypothèse fait venir le nom de Gardanne de la racine pré-indo-européenne *gar, attachée à l’idée de « pierre, rocher », allongée en –dana, comme pour le roc de Jardane près de Serres (Hautes-Alpes) (DNFLMF*).

Le Petit papa Noël (vidéo) était là pour son compositeur Henri Martinet, qui vécut aux Pennes Mirabeau dont un théâtre porte le nom.

 Des plumes Mirabeau. Les pennes sont des plumes…

 Il fallait trouver Solagues et Solagues-École à Saint-Hippolyte, dans le canton Lot et Truèyre, dont le bureau centralisateur est Espalion, dans l’Aveyron.

Saint-Hippolyte, ici 

Solagues et Solagues École , à gauche :

Solagues et Solagues-École : sans surprise, ces noms sont des variantes de soulage vu dans le billet. 

Saint-Hippolyte : considéré comme le grand docteur de l’Église au IIIè siècle, le prêtre Hippolitus de Rome déclencha un schisme dans la communauté chrétienne de  la ville et entra en conflit avec le pape. En 235, à la fin du règne de Sévère Alexandre, il fut exilé en sardaigne avec le pape Pontien avec qui il se réconcilia. Ils y moururent à la suite des durs travaux des mines (de fer ou de plomb) auxquels ils étaient condamnés.

■ canton de Lot et Truyère : ce canton porte le nom des deux rivières qui y coulent.

Espalion : j’ai écrit sur wiki : « le nom de la ville est attesté Speleu et Speleuvo vers 997-1031 puis ad Espeleu vers 1169. Il est formé sur la racine pré-celtique *spal-, « pic, falaise », en référence à la hauteur de Calmont qui domine la ville. Le suffixe –evo est celtique et aurait dû aboutir à *Espalieu. Cependant, au XIVè siècle le suffixe a été changé pour –onem, d’où les formes Spalio et Spelio attestées en 1383 et Espaleo en 1510 qui ont abouti au nom actuel (DNFLMF*) ».

 Des chevaux en liberté pour rappeler le nom d’Hippolyte, du grec  hippo , « cheval », et lyte « qui délie, qui libère ». La Camargue était une fausse piste, bien sûr.

 Tintin en scaphandre : Espalion  héberge un musée du Scaphandre.

 

 

 

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*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Les indices du mardi 11 novembre 2025

Pas de réponses à mes dernières devinettes. Tout le monde fait le pont ?

L’énoncé de la première devinette :

Le toponyme T1 à trouver [lié à « soulage »], présent dans le fichier FANTOIR pour nommer un lieu-dit et une impasse, n’apparait pas sur la carte IGN actuelle, était oublié par l’état-major, mais était connu de Cassini et du cadastre napoléonien.

La commune qui l’abrite porte un nom en deux parties séparées par un trait d’union. La première est issue d’un oronyme pré-celtique. L’origine de la seconde partie, ajoutée au début du siècle dernier pour éviter des confusions avec des homonymes, a été oubliée ou perdue : il pourrait s’agir d’un patronyme ou d’un nom à valeur laudative.

L’origine du nom du bureau centralisateur du canton fait elle aussi l’objet de plusieurs hypothèses : une racine oronymique pré-indo-européenne ; un nom d’homme germanique ; un nom d’origine germanique signifiant « sol humide, fertile ».

Un indice, pour la commune :

https://www.youtube.com/watch?reload=9&v=WQushjP2Wqk

L’ indice du mardi :

L’énoncé de la deuxième devinette :

Le toponyme T2 [lié à « soulage »] sert à nommer deux lieux-dits d’une même commune, le nom de l’un d’entre eux étant complété par celui d’un bâtiment.

Parmi les douze communes qui portent le nom du même saint, celle qui abrite T2 a choisi, comme sept autres, de ne pas se différencier par un déterminant.

Le canton porte un nom doublement hydronymique. Le nom de son bureau centralisateur est une référence, à partir d’une base pré-celtique, à la hauteur qui le domine.

Un indice, pour la commune :

L’ indice  du mardi :

Réponses attendues chez leveto@sfr.fr

Soulages

En février dernier, lors d’une « répàladev » consacrée à Montsuc situé à Soulages (Cantal), j’écrivais ceci à propos de ce dernier toponyme :

Nous disposons des formes anciennes suivantes du nom de Soulages : Solatges au XIVè siècle, Sollatges en 1401, Soulatges en 1610, Soulaiges en 1625, Soulaige en 1671, Sollages en 1730, Solages en 1784 et enfin Soulages sur la carte de Cassini en 1779 (Émile Amé, Dictionnaire topographique du Cantal, 1897). Ce nom provient du pluriel de l’occitan solatge, « dépôt, sédiment, vase » pour désigner des champs en plaine alluviale (TGF*). L’occitan utilise le terme solatge pour désigner des sédiments plus ou moins tourbeux ; en Gévaudan le terme désigne des « tourbières ». Le sens général est celui de « couverture du sol par une terre sédimentaire », c’est-à-dire « terre limoneuse déposée au cours des crues de rivières », d’où le sens plus général de pré ou champ fertile au sol léger et facile à travailler (DNFLMF* ; TNO*).

et j’ajoutais :

Le Trésor du Félibrige définit soulage, soulatge par « résidu, sédiment d’un liquide, vase d’une eau bourbeuse ». Le Dicodòc définit solatge par « dépôt, sédiment, vase ». Le dictionnaire catalan-français dictionnari.cat définit le même solatge par « dépôt ».

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Discussion

Mais (ben oui, il y a des « mais », sinon à quoi bon un nouveau billet ?) si la majorité des toponymes du type Soulage se trouvent en pays d’oc, il en est quelques uns en pays d’oïl (I.-et-V., Indre, I.-et-L., Jura, M.-et-L., Manche, Meuse) et, si une grande partie de ces mêmes Soulage se trouvent en zone alluviale, il en est d’autres situés loin de tout cours d’eau, voire en altitude. Quelles réflexions ces exceptions nous imposent-elles ?

Un petit tour vers les dictionnaires autres que ceux mentionnés ci-dessus nous donne quelques pistes. Le Godefroy, à l’entrée Soulage, -aige, solage, solatge donne le sens de « sol, terrain » (définition reprise dans le Littré) et se fait plus précis en donnant pour Solage le sens de « sol, terrain, terroir » en Normandie, Poitou, Beauce et Perche. Il cite également par exemple le Manière de bien cultiver la vigne... (Jacques Boullay, 1723 – en ligne) :

À la même entrée Soulage, Godefroy ajoute le sens de « sorte de droit » sans plus de précision.

Le Pégorier donne la même définition de « sol, terrain, terroir » pour solage et soulage.

On comprend que le sens de « sol, terrain » pourrait bien entendu expliquer tous les toponymes du type Solage ou Soulage et notamment ceux des pays d’oïl, tandis que la forme Soulatge, avec le –tg– ou -tj- transcrivant la prononciation, serait réservée aux pays d’oc. 

Quant à la « sorte de droit » mentionnée par Godefroy, il s’agirait soit d’une sorte de taxe foncière soit, plus sûrement, de la redevance payée, le plus souvent en nature – lait, fromage ou agneaux – pour le pacage des moutons le long des chemins de transhumance, une sorte de complément au pulvérage, taxe sur la poussière soulevée par les troupeaux qu’on a vue passer dans le billet précédent [d’où l’idée du billet d’aujourd’hui !]. Les lieux nommés Soulage(s) désigneraient l’emplacement des postes de péage le long des drailles de transhumance (André Soutou, Soulage, nom de lieu languedocien lié à la transhumance depuis le VIIIe siècle, in Nouvelle revue Onomastique, 1996, tome 27-28, pp. 75-85). S’il est vrai que la très grande majorité des lieux-dits Soulage(s) ou Soulatge(s) se trouvent entre Rhône et Garonne et peuvent correspondre à de tels péages, d’autres, notamment ceux des pays d’oïl, peuvent avoir « le sens plus général de pré ou champ fertile au sol léger et facile à travailler ».

Une autre étymologie a été proposée qui fait de Soulage un « lieu exposé au soleil » (J.-P. Chambon, Lat. rég. *solāt ( i )cu : un partenaire de lunāticus conservé dans la toponymie de la Gaule méridionale, 2015, en ligne). Cette hypothèse se heurte au fait que ce sens, s’il a jamais existé, n’aurait laissé aucune autre trace que toponymique : aucun des trois dictionnaires cités plus haut ne donne ce sens et, sur la racine sol, « soleil », l’occitan ne connait que le soulan, « pente exposée au Midi », particulièrement employé dans le Gers selon F. Mistral ou encore de soleihada, à l’origine par exemple du nom des Soulades à Félines-Minervois (Hér.). Ailleurs, on parle le plus souvent d’adré, d’adreich, d’adreit ou d’adret.

Conclusion : certains de ces toponymes peuvent avoir eu le sens tout à fait ordinaire  de « sol, terrain », d’autres le sens de « champ en zone alluviale ; terre fertile » et d’autres enfin, celui de lieu où était perçue une taxe, foncière ou sur la transhumance. Seule une étude au cas par cas de chacun de ces toponymes [on compte103 Soulage(s), 14 Soulatge(s) , 12 Solage(s) etc.], comme celle réalisée par André Soutou pour certains d’entre eux, permettrait d’en définir le sens précis.

Un peu de toponymes ? Allez, zou !

Trois communes portent un nom issu de soulage. Il s’agit de Soulages dans le Cantal (Solatges au XIVè siècle et Solagia en 1393), de Soulages-Bonneval dans l’Aveyron (parochia de Solatgio en 1349) et, avec la forme phonétique, de Soulatgé dans l’Aude (Soladgue en 1073).

N’ayons pas peur des mots : Avenue de Rouffiac

Les lieux-dits portant le nom de Soulage(s) sont, on l’a dit au nombre de 103, parmi lesquels on relèvera Soulages à Lasalle (Gard) qui était de Solaticis en 1345,  Beau Soulage à Saint-Paterne-Racan (I.et-L.) qui était Beau Solage en 1766 sur la carte de Cassini, soit le « beau terrain », Soulage à Saint-Andéol-de-Fourchades (Ardc) qui était Solatgio en 1367 ou encore Soulage à Saint-Martin d’Ollières (P.-de-D.) situé à 876 m d’altitude, loin de tout dépôt alluvial. On leur ajoutera les diminutifs Soulagets (Saint-Maurice-Navacelles, Hér.) et Soulagettes (Vêtre-sur-Anzon et Saint-Thurin, Loire), ainsi que La Soulagerie (Liffré, I.-et-V. ) qui montre que le toponyme est passé à l’habitant d’où ici le nom de famille Soulage et sa propriété la Soulagerie. À propos des patronymes (et puisque nous avons encore un peu de temps), je suppose que vous connaissez tous André Soulages, le « peintre du noir et de la lumière », mais connaissez-vous André Soulage, un résistant des FTP qui a sa rue à Bordeaux et Gabriel Soulages, un écrivain qui a la sienne à Albi ? Quant à  Arsène Soulage, dont une rue de Viviez (Av.) garde la mémoire, mystère. Et je n’oublie pas la famille de Soulages, originaire du Rouergue, dont les armes parlantes montrent un sol agens, « un soleil agissant », c’est-à-dire « rayonnant » :

Les noms de lieux ayant gardé la forme phonétique ne sont que onze au singulier Soulatge et trois au pluriel Soulatges : six dans l’Aude, six en Ariège, un dans l’Hérault et le dernier en Lozère.

Enfin, on note quelques variantes beaucoup plus rares comme Solage (deux dans l’Indre et un dans le Puy-de-Dôme), Solages (six en Aveyron et trois dans le Tarn), Le Sollage (un dans la Vienne, à Moussac) et Les Sollages (un dans l’Indre, à Saint-Civran).

Et, puisque tout doit finir en chanson :

(vous l’avez ? )

Les devinettes

N’ayant pu me résoudre à choisir, je vous propose aujourd’hui de chercher deux toponymes liés au mot du jour.

Le toponyme T1 à trouver, présent dans le fichier FANTOIR pour nommer un lieu-dit et une impasse, n’apparait pas sur la carte IGN actuelle, était oublié par l’état-major, mais était connu du cadastre napoléonien et de Cassini.

La commune qui l’abrite porte un nom en deux parties séparées par un trait d’union. La première est issue d’un oronyme pré-celtique. L’origine de la seconde partie, ajoutée au début du siècle dernier pour éviter des confusions avec des homonymes, a été oubliée ou perdue : il pourrait s’agir d’un patronyme ou d’un nom à valeur laudative. 

L’origine du nom du bureau centralisateur du canton fait elle aussi l’objet de plusieurs hypothèses : une racine oronymique pré-indo-européenne ; un nom d’homme germanique ; un nom d’origine germanique signifiant « sol humide, fertile ».

Un indice, pour la commune :

Le toponyme T2 à trouver sert à nommer deux lieux-dits d’une même commune, le nom de l’un d’entre eux étant complété par celui d’un bâtiment.

Parmi les douze communes qui portent le nom du même saint, celle qui abrite T2 a choisi, comme sept autres, de ne pas se différencier par un déterminant.

Le canton porte un nom doublement hydronymique. Le nom de son bureau centralisateur est (selon l’hypothèse la plus consensuelle) une référence, à partir d’une base pré-celtique, à la hauteur qui  le domine.

Un indice, pour la commune :

Réponses attendues chez leveto@sfr.fr

Pouveroux à Saint-Genès-la-Tourette (P.-de-D.) : la répàladev

Un Intrus et LGF sont les seuls à avoir résolu ma dernière devinette. Bravo à tous les deux !

Il fallait trouver le lieu-dit Pouveroux de Saint-Genès-la-Tourette, dans le canton de Brassac-les-Mines de l’arrondissement d’Issoire (Puy-de-Dôme).

Saint-Genès-la-Tourette, ici :

Pouveroux, là, en bas à droite :

Les toponymes

Pouveroux : ce nom est issu de l’occitan polvèra, « poussière » accompagné du suffixe de qualité –oso, soit « le poussiéreux ».

Saint-Genès-la-Tourette

Saint-Genès : du nom Genesius de plusieurs saints dont un martyr à Thiers en Auvergne au IIIè siècle, un martyr à Rome sous Dioclétien et un archevêque de Lyon au VIIè siècle.

la Tourette : il s’agit d’une petite tour de garde édifiée au XIIIè siècle

Brassac-les-Mines

Brassac : attesté Braciacus au IXè siècle, du nom d’homme gaulois Bracus latinisé en Bracius et suffixe –acum.

les Mines : ce complément, adopté en 1887, rappelle le passé minier de la ville qui a exploité le charbon dès le XVIIè siècle et jusqu’en 1978, date de fermeture du puits Bayard.

Issoire : comme je l’écrivais dans un article à propos du gaulois *durum, « citadelle » (et comme je l’ai ajouté à la rubrique « toponymie » de la page wiki) le nom d’Issoire, attesté Iciodurum au VIè siècle, vient du gaulois Iccius (dérivé de *spiko, « le pic, oiseau », avec amuïssement habituel du –p– initial en gaulois).

Les indices

■ ce chevalement devait rappeler le passé minier de Brassac-les-Mines.

 ■ Woody Woodpecker, le pic-vert, pour rappeler l’étymologie d’Issoire.

■ « Ah, non, merde !, à propos du putain de petit bâtiment, je ne peux pas vous en dire plus, bordel ! » : cette phrase truffée de gros mots devait évoquer le syndrome Gilles de La Tourette (SGT). Et oui, je sais, ce n’est pas le symptôme le plus représentatif mais c’est celui que tout le monde connait.

■ « Et si vous n’avez pas d’idée pour le chef-lieu d’arrondissement, demandez donc à vos copains … » :   les copains en question devaient rappeler le roman de Jules Romains, dans lequel Les Copains s’essaient aux bouts rimés sur Issoire -passoire et Ambert-camembert. (lire ici).

Les indices du mardi 04 novembre 2025

Un Intrus et LGF ont déjà résolu ma dernière devinette. Félicitations !

L’énoncé en était le suivant :

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié au mot du jour [polvèra, poussière].

La commune qui l’abrite porte le nom d’un saint accompagné de celui d’un petit bâtiment.

Le nom du  bureau centralisateur du canton  est issu de celui d’un homme gaulois complété par un terme rappelant une production locale aujourd’hui abandonnée.

Un indice pour le canton :

Un indice pour le chef-lieu d’arrondissement :

Les indices du mardi

■ Ah, non, merde !, à propos du putain de petit bâtiment, je ne peux pas vous en dire plus, bordel !

■ Et si vous n’avez pas d’idée pour le chef-lieu d’arrondissement, demandez donc à vos copains …

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Polvèra et poussière

Ce  petit billet a été écrit pour répondre à un ami qui, envisageant d’acquérir une maisonnette à la campagne, me demandait le sens du nom de l’endroit où elle se situe. Cette question, qui pourrait sembler très accessoire n’est pourtant pas dépourvue de pertinence : si vous envisagez de vous installer à un endroit appelé Nègue-Saume ou Nèguevaques, attendez-vous à des crues soudaines du ruisseau du coin ; si vous envisagez de poser vos valises à Balledent ou à Grattepanche, prévoyez de retrousser vos manches et n’attendez pas de miracles de votre potager …

L’occitan polvèra, « poussière » (du latin pulvis, eris) est à l’origine de nombreux toponymes dont le sens est le plus souvent lié à la nature du sol.

Directement issu du terme occitan, mais avec –b mis pour –v, on trouve le lieu-dit Poulbère à Saint-Vincent (T.-et-G.) et ses dérivés Poulbereil à Lavaurette (id.) et Poulberens à Caussade (id.).

Le nom de la commune de Pulvérières (P.-de-D.) représente un dérivé en –ièra de ce même polvèra : il s’agit  ici de la poussière de pouzzolane, lave d’origine volcanique de couleur rougeâtre, très présente comme le montre l’ancienne carrière de pouzzolane du Puy de l’Espinasse.

Avec le même suffixe collectif ont été formés les noms des lieux-dits Polvérières au Cayrol (Av.) et La Poulverière à Cabanès (id.) ainsi que celui de Poulvelarie à Altillac (Corr.).

Avec le suffixe collectif –ina, on trouve La Pouverine à Cuers (Var), Les Polvérines ou Las Poulbérines à Porté-Puymorens (P.-O.).

La forme adjectivale occitane polverèl se retrouve quant à elle dans des noms comme Le Polverel ou Poulverel à Alassac et Yssandon (Corr. – écrit Pulverel sur la carte de Cassini en 1783), La Poulverelle à Lavaur (Tarn) ou encore Polverelles à Malbo (Cant.). Le Pégorier (GTD*) définit le terme poulverel comme « terres poudreuses en particulier arènes dolomitiques ».

Les termes occitans polverin et polverèl renvoient, selon le Trésor du Félibrige (TDF*), à la « poussière fine que le vent soulève », par exemple les fines particules de terre soulevées durant le labour par le vent, en période sèche. Par conséquent, les noms de lieux en question pourraient désigner des terrains secs, en tout cas rarement détrempés. Une autre possibilité (TNO*) pourrait être celle de désigner un endroit où l’on fabriquait de la farine (pulvera farina). Toutefois, un certain nombre de ces toponymes pourraient se rattacher à l’ancien droit de pulvérage, droit que faisaient payer les seigneurs (à l’imagination sans limite) aux propriétaires des troupeaux transhumants, à cause de la poussière soulevée qui passait pour gâter les récoltes.

La Corse n’est pas en reste puisqu’on y trouve la commune de Polveroso (H.-C.), dont le nom est formé avec le suffixe adjectival de qualité –ós (du latin –osu), le lieu-dit Polverolla à Corte (id.), un ruisseau Polvera à Lano (id.) et la Bocca di Polverosa à Tasso (C.-du-Sud – avec bocca, « col, passage »). Sur le continent cette fois, avec le même suffixe –ós, on trouve le nom de Pouverous à Bozouls (Av).

On aura remarqué que j’ai passé sous silence les toponymes formés sur le mot poussière. On compte moins de soixante-dix lieux-dits Poussière(s), majoritairement en pays de langue d’oïl (Grand-Est, Pays-de-la-Loire, Bourgogne-Franche-Comté, Bretagne, Normandie) et moins d’une dizaine en Nouvelle-Aquitaine, en PACA et en Occitanie. Ces noms ne présentent guère d’intérêt, désignant la plupart du temps un terrain léger, s’enlevant facilement en poussière et peut être, dans quelques cas, la poussière de charbon.

J’en termine en rappelant le billet consacré à Boulbène, que certains spécialistes font venir du latin pulvis, « poussière ».

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

La devinette

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié au mot du jour.

La commune qui l’abrite porte le nom d’un saint accompagné de celui d’un petit bâtiment.

Le nom du  bureau centralisateur du canton  est issu de celui d’un homme gaulois complété par un terme rappelant une production locale aujourd’hui abandonnée.

Un indice pour le canton :

Un indice pour le chef-lieu d’arrondissement :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Chauchagrun, à Peyre-en-Aubrac (Loz.) : la répàladev

Un Intrus et LGF sont les seuls à avoir résolu ma dernière devinette (et ce n’était pas si facile, cf. le fichier « officiel »). Bravo à tous les deux !

Il fallait trouver Chauchagrun, une colline à Peyre-en-Aubrac, dans l’arrondissement de Mende en Lozère, l’ancien Gévaudan.

Peyre-en-Aubrac :

Chauchagrun :

Chauchagrun, tout à gauche, et le Roc de Peyre, en bas à droite

Les toponymes

Chauchagrun : attesté Chauchagrum sur le cadastre napoléonien de 1841 de Sainte-Colombe-de-Peyre, ce nom est une agglutination de l’occitan chaucha grum, « foule le grain ».

L’endroit est qualifié de « terre vaine » sur ledit cadastre, c’est-à-dire de « terre inculte et non close ».

Il devait s’agir de l’ endroit où l’on foulait les grains de céréales, souvent aux pieds des bêtes de trait.

Ce nom n’apparait pas dans le fichier FANTOIR de la commune. On y trouve néanmoins un lieu-dit Chauchaguies dont je me demande bien d’où il sort et ce qu’il veut dire.

■ Peyre-en-Aubrac : cette commune a été créée en 2017 par la fusion de Saint-Sauveur-de-Peyre, Sainte-Colombe-de-Peyre, Fau-de-Peyre, Chaze-de-Peyre, Javols et Aumont-Aubrac.

Peyre : sans surprise, ce nom est issu de l’occitan pèira, « pierre ». Le roc de Peyre, au sud-est de Saint-Sauveur-de-Peyre fut, une fois fortifié, le cœur de toute une contrée. Les noms de Saint-Sauveur-de-Peyre, Fau-de-Peyre, Saint-Léger-de-Peyre, La Chaze-de-Peyre et Sainte-Colombe-de-Peyre  témoignent de  l’expansion du fief de Peyre, la première baronnie du Gévaudan, étendue sur le plateau de l’Aubrac.

Aubrac : dans un billet consacré au gaulois *bracu, j’écrivais :

Le nom de ce pays, partagé entre Aveyron, Lozère et Cantal, est attesté en occitan Albrac au XIIIè siècle. C’est une formation sur le nom ancien du village Altum Bracum, bâti au Moyen Âge autour d’un hospice, tenu par des moines, fondé en 1120 pour héberger les pèlerins sur le chemin de Compostelle. Le nom est attesté après cette date hospitale de Alto Braco puis en 1289 Mons de Alto Braco , tandis qu’Albrac apparait dès 1168. Il s’agit d’une formation médiévale composée du latin altus, « haut » et de l’appellatif gaulois *bracu, « marais ». La région était alors boisée et marécageuse ( DNLF* ). Les étymologies selon un hypothétique oronyme *alb- ( DENLF* ) ou un nom de personne romain Alburius et suffixe gaulois –acum ( TGF ) sont peu conciliables avec la forme de 1120 et donc peu convaincantes

Mende : dans une répàladev du 30 juillet 2022, j’écrivais :

on ne peut que supposer l’existence d’un oppidum gaulois sur le Mont Mimat ; une petite ville romaine s’est établie à son pied, à l’emplacement même de Mende. C’est Grégoire de Tours, en 575-94, qui évoque le martyre de saint Privat in criptam Memmatis montis, au premier Livre de son Histoire des Francs. Le même auteur cite plus loin la ville, ex Mimate. On comprend que la forme originelle est donc Memmate : accentuée sur la première syllabe, elle est à l’origine de Mende. Le nom est issu du gaulois *Menman, « pensée, prière ; intelligence, esprit », muni du suffixe locatif gaulois –ate. On retrouve ce radical dans des noms de divinités gauloises comme Menmandutiae à Béziers, Minmantiae à Périgueux, Menmanhia à Rome. Il est fort probable que la montagne surplombant Mende a fait l’objet d’un culte, comme c’était alors fréquent ; c’est sur le flanc de cette montagne que se trouvait l’ermitage de saint Privat où il fut découvert et martyrisé par les Alamans. La montagne n’est appelée le Mont Mimat que depuis 1724 environ, mais les paysans locaux ont conservé l’habitude de l’appeler lou Truc (de Saint-Privat) ; l’appellation Mont Mimat est une réfection d’érudits locaux. La forme originelle Mimate a eu pour résultat occitan régulier Memde en 1152, graphié Mende en français en 1318.

Gévaudan  : dans le même billet que ci-dessus, j’écrivais :

ce pays historique du haut Moyen Âge, formé de l’ancien diocèse de Javols (Loz.), est devenu partie de l’ancienne province de Languedoc, dont le chef-lieu est Mende (Loz.) et qui correspond grosso modo à l’actuel département de la Lozère. Le nom du pays est attesté in Gabalitano en 587-93, toujours chez Grégoire de Tours. C’est une formation du haut Moyen Âge, sur le nom de la ville Gabali (l’actuelle Javols) avec le suffixe –itanu couramment utilisé dans l’Empire romain pour nommer des peuples ou des habitants. Le nom originel du peuple est ici Gabali, utilisé par César au milieu du Ier siècle av. J.-C. ; en 77,  Pline l’Ancien l’appelle Gabales. Au bas Moyen Âge, le nom du pays est graphié par l’occitan local Javalda en 1219 puis Givaudan en 1387, l’occitan toulousain Gavalda après 1277 et enfin le français Gevaudan en 1388. L’étymologie du nom des Gabales n’est pas assurée. On a pensé à la racine *gab (celle des hydronymes pré-latins de type gave). Après Venceslas Kruta (Les Celtes – Histoire et dictionnaire, R. Laffont, 2000) on s’accorde aujourd’hui pour voir dans le nom des Gabales un dérivé du gaulois *gabal qui désignait une « fourche ». Jacques Lacroix (Les noms d’origine gauloise – La Gaule des combats, éd. Errance, 2003) voit dans ce *gabal l’origine de « javelot » et fait des Gabales les « hommes au javelot ».

Les indices

  ■ un Gaulois tenant une lance (un Gabale, donc, qui donnera son nom au Gévaudan), debout sur un rocher (Peyre) au milieu d’une mare (Aubrac), à côté d’une colombe posée sur une pierre (Sainte-Colombe-de-Peyre) : tout y était.

 ■ le foulage ou chauchage du blé par des bœufs, comme à Chauchagrun.

Les indices du mardi 28 octobre 2025

Un Intrus et LGF ont déjà trouvé la solution à ma dernière devinette. Félicitations à tous les deux!

L’énoncé en était le suivant :

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine lié à un des mots vus dans le billet (sauf les dérivés de torculum). Il désigne un endroit où on s’occupait d’autre chose que de raisins.

La commune qui l’abrite, qui a donné son nom au canton dont elle est le bureau centralisateur, porte le nom du lieu d’origine d’une importante famille noble régionale accompagné du nom du pays. Étymologiquement, ces deux noms font référence à la qualité du sol, fort différente l’une de l’autre.

Une image, rassemblant plusieurs indices :

Les indices du mardi

■ le nom à trouver est celui d’une colline visible sur les cartes mais qui apparait dans le fichier FANTOIR sous une forme incongrue qui ne veut pas dire grand chose.

■ j’ajoute ceci pour le toponyme à trouver :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Les pressoirs (suite et fin)

 Je terminais mon billet consacré au treuil, au trouilh et aux autres noms du pressoir (à vigne, à olives …) dérivés du latin torculum, en laissant entendre qu’un autre billet serait un jour consacré aux autres noms donnés aux pressoirs.

Le voici enfin, youpi ! (Mais on n’était pas pressés. Ahah).

 

D’autres noms issus de torculum

On trouve dans les Pyrénées-Orientales plusieurs lieux-dits el ou le Trull, d’un mot catalan signifiant « pressoir à huile ». Sur le même mot catalan a été formé, avec le suffixe collectif –aris, le nom Trullars francisé en Trouillas, nom d’une commune du même département et de plusieurs lieux-dits du Sud-Ouest.

Une variante savoyarde se retrouve dans plusieurs Plan du Truit (Grand-Aigueblanche, La Table et Villard-Sallet, Sav..) et dans Le Truit et la Croix-du-Truit (Notre-Dame-du-Cruet, id.). On retrouve le même nom Le Truit à Sarrians (Vauc.).

Pour le plaisir, signalons qu’en Suisse, la forme Tru (vue pour Queige, en Savoie, dans le billet cité en introduction) a pu devenir Trou, d’où Le Trou des Nonnes, à Saint-Blaise (canton de Neuchâtel), où se trouvait le pressoir d’un couvent.

Certains noms avec D- initial peuvent être des variantes issues de ce même torculum. On connait ainsi des lieux-dits la Driole (Mollans, H.-Saône) et Driolle (Anduze et Saint-Roman-de-Codières, Gard) où se trouvaient des pressoirs à raisins.

Déjà, au IIè siècle …Pressurage de la vendange – Mosaïque de Saint-Romain-en-Gal (Rhône)

Chaucheur

On trouve dans le  dictionnaire d’ancien français de Godefroy le mot chaucheur (chauqueur, chacheur, choqueur …) avec le sens de « pressoir ». L’origine en est le verbe chauchier (chaucher, cacher, chaucer etc), « fouler avec force, fouler aux pieds, presser, pressurer » avec des chausses.

On trouve Les Grands et Les Petits Chaucheurs à Fretigney-et-Velloreille (H.-Saône) et Au Chaucheur à Fignévelle (Vosges). Le Pégorier, qui donne chaucheur comme « ancien lorrain », cite la variante chaucu, d’où sans doute Le Chaucu aux Baroches (M.-et-M.) et Le Chaucul à Vigy (Mos.).

Le même Pégorier donne également le terme chauchis, « pressoir » en Mayenne, département dans lequel on trouve sept lieux-dits Le Chauchis (Courcité, Madré etc.). Il en existe également deux en Loire-Atlantique (La Chapelle-Heulin et Les Sorinières) qui sont probablement de même sens. Il conviendra, dans les autres régions, de faire la différence d’avec les termes issus du latin (via) calciata, « chemin empierré » ou « chemin foulé aux pieds, par le bétail », d’où les nombreux Chauchis ou Chauchy bretons, les Chauchy, Chaussis etc. des pays alpins et d’autres variantes.

Plusieurs lieux-dits portent également le nom de Chaucheux, par exemple à Orchamps (Jura) ou Les Chaucheux, par exemple à Soissons-sur-Nacey (C.-d’Or), désignant l’emplacement du pressoir seigneurial que les vignerons devaient utiliser moyennant le paiement d’une taxe.

On ajoutera la hameau La Chaucherie de Saint-Méard (H.-V.), dans lequel E. Nègre (TGF*) voit le nord-occitan chauchèra, « fosse de tanneur, une tannerie ». Le terme chauchèra, issu du verbe chauchar / caucar, « fouler », a été appliqué au foulage des draps et des cuirs, mais aussi au foulage des vendanges et au battage des blés sous les pieds des animaux de trait. C’est ainsi que le nom de famille Chauchard, quand il est d’origine occitane, parait issu du métier de fouleur de draps ou de cuirs, ou bien encore de l’activité saisonnière du paysan préposé (dans les grands domaines agricoles médiévaux) au foulage de la vendange ou au dépiquage du blé. On le retrouve dans des noms de lieux Chauchard à Tournon-d’Agenais (L.-et-G.), Pré Chauchard à Azé (S.-et-L.), Les Chauchards (Cérilly, Allier), Chauchardy à Aix-en-Provence (B.-du-R. – avec la graphie –y du diminutif –in) etc. Quant il est originaire des pays de langue d’oïl, le même patronyme Chauchard pouvait avoir le sens d’homme aux instincts lubriques immodérés, d’après l’ancien français chaucher désignant l’action du coq couvrant la poule.

Pressoir à pommes (photo extraite de cette page)

Pressoir

On s’en doute, le nom le plus représenté en toponymie est tout simplement « Pressoir », du latin médiéval pressare. On le retrouve dans plus d’un millier de lieux-dits en pays de langue d’oïl, notamment en Bretagne, Normandie et Pays de la Loire, où les pressoirs ne servaient pas qu’au raisin, mais aussi aux pommes, aux noix, aux olives etc.  On le trouve également en Auvergne-Rhône-Alpes (34 ex.), en Nouvelle-Aquitaine (16 ex.), en Occitanie (3 ex.) et en PACA (Le Vieux Pressoir à Signes, Var). Le nom est parfois accompagné d’un qualificatif (vieux, rouge, vert …), du nom du propriétaire (Girault, Leroy …), du lieu où il se trouve (du bosc, des vignes, des champs … ) etc.

On en connait quelques variantes comme les diminutifs Presson (Lerzy, Aisne ; Vineuil, L.-et-C. …), Pressou (Hudimesnil, Manche ; Les Épesses, Vendée …) ou encore Le Pressouillet à Pressignac (Dord). Une altération de « pressoir » a abouti à  Pressour, un nom qu’on retrouve à une dizaine d’exemplaires dont huit en Bretagne et deux dans la Nièvre (Le Pressour et la Vallée du Pressour, à Châteauneuf-de-Bargis), et à Prensour dans la Vienne, à Iteuil. On citera également les lieux-dits Le Presseux à Terres-de-Druance (Calv.) et à Plédéliac (C.-d’A.), Le Pressoux à Droupt-Sainte-Marie (Aube) et à Gourgé (D.-S.) et Les Pressoux à Geay (D.-S.).

Quelques régionalismes

  • En Champagne, Ardennes et jusque dans les Flandres, tordre désignait l’action de « presser des matières premières (surtout oléagineuses) » . On utilisait alors le tordoir, d’abord pour le tordage des peaux, mais le mot a également désigné un appareil servant à broyer le minerai ou encore et surtout un moulin à huile (un tordoir à oile est attesté à Reims en 1259). On trouve ainsi plusieurs lieux-dits Le Tordoir (Proyart, Somme ; Trosly-Loire, Aisne ; Montay, Nord ; Saint-Crépin-aux-Bois, Oise ; Fismes, Marne etc.), Le Vieux Tordoir (Berry -au-Bac, Aisne etc.), Le Tordoir Bleu (Manicamp, id.) et d’autres. L’Ancien Prieuré du Tortoir, à Saint-Nicolas-aux-Bois (Aisne) a gardé la forme d’ancien français tortoir dans son nom.
  • En Bretagne, Loguel Ar Presouer (Prat, C.-d’A.) est la « parcelle du pressoir ».
  • En Normandie, le prinseu ou prinseux était le pressoir à pommes, dont on retrouve la trace dans la ruelle du Prinseus à Fermanville (Manche).
  • En Alsace, le pressoir des villages viticoles était appelé trott (lire page 250)les dictionnaires allemands donnent die Trotte, du latin torcular, « pressoir » – d’où le lieu-dit Trott Stueck à Steinbach (H.-Rhin – avec stück, nom topographique issu du moyen haut-allemand stuck(e), stück(e), allemand Stück, « morceau, partie d’un tout, morceau de terre ») et le patronyme Trottman et ses variantes Trotman, Trottemann, Trottemant …  , dont je n’ai trouvé aucune transposition comme toponyme.
  • En Pays-Basque, lako, dont le sens premier « lac » est issu de l’étymon latin lacu, a très vite désigné la « citerne à eau, à vin, à huile » puis le bâtiment du pressoir et enfin le pressoir lui-même. Le même cheminement étymologique s’est produit pour le castillan lagar, lui aussi à partir du latin lacu.  On connait ainsi, dans les Pyrénées-Atlaniques, les lieux-dits Lakoa à Anhaux, à Halsou, à Iholdy etc. et Lacoa à Ayherre (avec le –a terminal comme article défini) où aucune étendue d’eau n’est connue. On retrouve le même terme dans des noms composés comme à Archelako à Domezin-Berraute appelé Arretxelako en basque, le pressoir (lako) de la maison (etxe) de pierre (harri).

La devinette

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine lié à un des mots vus dans le billet (sauf les dérivés de torculum). Il désigne un endroit où on s’occupait d’autre chose que de raisins.

La commune qui l’abrite, qui a donné son nom au canton dont elle est le bureau centralisateur, porte le nom du lieu d’origine d’une importante famille noble régionale accompagné du nom du pays. Étymologiquement, ces deux noms font référence à la qualité du sol, fort différente l’une de l’autre.

Une image, qui rassemble plusieurs indices :

 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr